Chers fils et filles,

 

Nous voudrions vous donner une marque de l'amour pasto­ral, propre à notre ministère envers l'homme de notre temps, l'homme considéré selon un modèle uniforme, non pour abaisser son niveau, mais pour élargir le rayon de notre intérêt, en cher­chant d'attirer votre attention sur les tentations habituelles contre la foi en Dieu, ou, en termes plus généraux, contre la religion.

 

 

Un dépassement libérateur ?

 

ephod.jpegUne de ces tentations qui se glisse dans la mentalité mo­derne est la persuasion que, en somme, on peut se passer de Dieu et qu'il peut être remplacé par d'autres valeurs. C'est-à-dire que l'on peut se passer de la foi en Dieu, et de la pratique reli­gieuse que la foi exigerait. Ce n'est pas une négation absolue, ce n'est pas un athéisme radical ou rationnel, niais bien un man­que d'intérêt pratique, une tentative d'appuyer la vie sur d'autres bases que celles de la religion traditionnelle. C'est souvent la conclusion d'un raisonnement plutôt empirique mais complexe, qui détruit à l'intérieur de l'âme le peu de certitude que le caté­chisme avait inculqué à l'enfant encore jeune, et qui semble disparaître au premier doute venant d'un effort intellectuel nais­sant et à la première perspective attrayante d'affranchissement de devoirs ennuyeux : comme il est difficile, dit-on, ce problème de Dieu ! Comme il est facile de se soustraire à ses exigences, spéculatives et pratiques ! Comme c'est agréable ! Et pour certains la tentation revêt l'apparence de Minerve, la déesse de la sagesse païenne, qui fait penser à l'abandon de la religion comme un dépassement libérateur de pseudo-idées enfantines (vous en souvenez-vous ? Ce n'est pas Chantecler qui fait se lever le so­leil) : l'adulte n'a pas besoin de ce monde religieux qui semble imaginaire et superstitieux ; il est satisfait d'autres pensées, ses pensées, qui sont ensuite ses intérêts, ses obligations, ses amours, ses expériences, son activité quotidienne, ce qu'il a à faire, ce qu'il appelle la vie réelle.

C'est là la première forme de la tentation — comme nous le disions — du remplacement de Dieu : nous pourrions la rap­procher, par le rappel de la parabole du semeur, des semences tombées parmi les buissons d'épines qui en grandissant étouffent les grains naissants (Mt 13, 7-22) : les soucis temporels prennent toute la place qui dans l'âme devrait être réservée aux devoirs et droits de la religion. C'est du positivisme pratique. L'inobser­vance du repos et de la prière des jours de fête démontre combien est forte et puissante cette tentation. Ceux qui y cèdent aujourd'hui sont légion, alors que l'importance, aussi bien personnelle que collective, de la participation à la liturgie eucharistique est de­venue plus évidente, aussi bien pour marquer sagement le rythme du temps et des occupations profanes que pour laisser à l'esprit une pause, son réconfort, son niveau primordial.

 


Irremplaçable besoin de Dieu

 

La vie areligieuse devient facilement sans satisfactions et insignifiante. L'homme intelligent s'aperçoit qu'il marche dans l'obscurité ; sans la lumière de la vérité et de la pratique religieuse, son expérience perd son importance et sa signification, sa personnalité devient médiocre, sa liberté devient la proie de passions mauvaises et de l'influence d'autrui. Il sent le besoin d'un idéal supérieur quelconque, devant et au-dessus de Lui. Les opinions courantes, les aphorismes rhétoriques, les philosophies à la mode offrent facilement une idole à mettre à la place de Dieu. Nous voulons reconnaître que souvent ce sont des con­ceptions nobles et hautes, choisies par l'homme moderne pour le guider à la place de la foi religieuse, comme la science, la li­berté, l'art, le travail, le progrès, le devoir, l'amour... D'autres conceptions non moins répandues, ne sont pas sans signification ambiguë : la richesse, la puissance, la gloire, la politique, le bonheur, etc. Ce sont des valeurs certainement. Mais peuvent-elles atteindre ce degré d'absolu que nous reconnaissons à la divinité et qui ne demande pas une justification à un plan supé­rieur ? Sont-elles, si on s'en contente, capables de prendre dans notre esprit la place de Dieu ? Ne laissent-elles pas, quand elles sont seules, un vide qui, somme toute, est la partie la plus impor­tante et la meilleure ? Et si nous réduisons notre capacité de compréhension à ces valeurs isolées, alors qu'elles demandent d'être mises en liaison avec une source et un ordre plus élevés, n'avons-nous pas réduit leur vraie mesure, ou rapetissé plutôt que dilaté l'amplitude de l'esprit humain qui est sans limites ? C'est l'aver­tissement si connu de saint Augustin (cf. Conf. 1, 1), qui par­court, avant et après lui, toute l'histoire de la spiritualité humaine : le besoin du Dieu irremplaçable. Il ne s'agit pas de qualifier ce besoin insatiable d’« angoisse métaphysique », dont ne veut même pas entendre parler ni le matérialisme moderne ni, pour d'autres raisons, l'idéalisme immanentiste ; mais il s'agit de re­connaître une exigence innée et profonde de l'âme humaine, ouverte sur l'infini et qui aspire à se comparer et donc à se con­fondre avec la connaissance et l'amour du Dieu dont elle porte en elle-même l'empreinte mystérieuse. La substitution, même dans les cas que nous rencontrons parfois chez des hommes de grande valeur intellectuelle et morale, est abusive : abusive en ce qui concerne Dieu qui a mis au début de son message biblique un premier commandement : « Je suis le Seigneur ton Dieu ; tu n'auras pas d'autre dieu que moi » (Ex 20, 2-3) ; et abusive en ce qui concerne l'homme car elle le trompe avec l'éclat de reflets, de lumières artificielles, le privant de la lumière directe de l'éblouis­sant mystère de Dieu.

 


Placer l'homme au centre de la religion ?

 

Mais aujourd'hui une autre forme de substitution de Dieu, du Christ, de la foi, de la religion est à la mode ; c'est celle qui nous pousse non plus à refuser les bienfaits de la religion elle-même, spécialement de la religion chrétienne, mais plutôt à obtenir ces bienfaits pour l'homme moderne en les distinguant et en les séparant de leur racine, c'est-à-dire du rapport avec le monde divin. On dit souvent, séparation de la source verticale, pour lui conférer une origine et un terme dans une ligne hori­zontale ; non plus référence à Dieu mais à l'homme. Pour donner au christianisme une formulation qui plaise à la mentalité sécu­larisée, laïciste, hostile à la transcendance et à la Réalité mysté­rieuse du Dieu vivant et du Christ, Verbe incarné et notre Sau­veur dans l'Esprit Saint, on a essayé d'interpréter le christia­nisme selon des critères purement humains. Beaucoup se rap­pellent encore un article célèbre écrit immédiatement après la guerre par un philosophe idéaliste connu, « pourquoi nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens », article dans lequel était explicitement reconnu au christianisme le mérite irréfutable d'avoir assuré à la doctrine de l'esprit des valeurs nouvelles et inextinguibles ; mais le christianisme authentique est absorbé et donc substitué par l'immanentisme idéaliste. Aujourd'hui on parle des penseurs qui offrent une réinterprétation séculière de la foi chrétienne comme d'un christianisme sans religion où le Christ a une grande place, mais comme homme. Dieu disparaît. On y dit des choses belles et profondes qui charment les chré­tiens de notre temps, doctrinalement sécularisés, et donc néga­teurs de la vérité religieuse que l'Eglise défend et répand éter­nellement : ce sont souvent des pages impressionnantes, comme des rosés merveilleuses mais séparées de leur racine ; ils vivent bien, affirmant des valeurs morales appréciables, mais comment ces dernières peuvent-elles être expliquées alors qu'elles sont séparées de leur vraie racine et réduites à une mesure purement humaine ? Et combien de temps pourront-elles durer pour sauver l'homme au niveau duquel elles sont descendues ? « L'espace d'un matin » (cf. DE ROSA, Civ. Catt., 1970, quad. 2877 et 2878). Dieu, le Christ, l'Eglise ne peuvent pas être impunément remplacés. Essayons de surmonter cette tentation, en retrouvant dans notre foi catholique la certitude, la plénitude, le salut qu'elle seule peut donner. Avec notre Bénédiction Apostolique.

 

Audience générale de Sa Sainteté le Pape Paul VI, 19 août 1970

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