Liturgie / Rit Romain

Jeudi 12 novembre 2009

La liturgie dans les propos du Cardinal Ratzinger :

 

- L'effrayant appauvrissement qui se manifeste là où l'on chasse la beauté est devenu de plus en plus évident.
- Le fait de s'en tenir à la seule notion d' "accessible à tous" n'a pas rendu les liturgies véritablement plus compréhensibles ou plus ouvertes, mais seulement plus indigentes.

- C'est justement dans notre monde d'aujourd'hui que nous avons besoin du silence, du mystère supra-individuel, de la beauté.

- Le Concile a été tout simplement dépassé.

- Après le concile de nombreux prêtres ont délibérément érigé la désacralisation au niveau d'un programme d'action.

- Dans l'histoire de l'après-Concile, la Constitution sur la Liturgie ne fut plus comprise à partir de ce primat fondamental de l'adoration, mais plutôt comme un livre de recettes sur ce que nous pouvons faire avec la liturgie.

- Aujourd'hui, on peut se demander si, après tout, il y a encore un rite latin; la conscience de ce rite n'existe certainement plus guère.

- Aux yeux de la plupart, la liturgie apparaît plutôt comme une chose à réaliser par chaque communauté, tâche en vue de laquelle les groupes concernés bricolent de semaine en semaine leurs "liturgies" propres avec un zèle aussi admirable que déplacé.

- La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s'est éloignée toujours davantage de son origine. Le résultat n'a pas été une réanimation mais une dévastation.

- On a une liturgie dégénérée en "show", où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide de bêtises à la mode.

- Des centres où la liturgie est célébrée sans affectation, mais avec respect et grandeur, attirent, même si l'on ne comprend pas chaque mot.

- La tolérance envers des fantaisies [liturgiques] aventureuses est chez nous presque illimitée. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin.

- Je suis convaincu que la crise de l'Eglise que nous vivons aujourd'hui repose largement sur la désintégration de la liturgie.

- On aurait besoin pour le moins d'une nouvelle conscience liturgique, pour faire disparaître cet esprit de bricolage.

- Il est nécessaire de restaurer non pas certaines cérémonies, mais l'idée fondamentale de la liturgie.

- Une nouvelle impulsion spirituelle est nécessaire pour que la liturgie soit à nouveau une activité communautaire de l'Eglise et qu'elle soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques.

 

 

 

La liturgie dans les enseignementS du pape Benoît XVI :

 

- En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable.
- J'ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Eglise.

- Il est nécessaire de vivre l'Eucharistie comme mystère de la foi authentiquement célébré, dans la conscience claire que l'intellectus fidei est toujours originellement en rapport avec l'action liturgique de l'Eglise.

- La relation entre mystère auquel on croit et mystère que l'on célèbre se manifeste d'une façon particulière dans la valeur théologique et liturgique de la beauté.

- La beauté de la liturgie est expression très haute de la gloire de Dieu et elle constitue, en un sens, le Ciel qui vient sur la terre.

- La beauté n'est pas un facteur décoratif de l'action liturgique; elle en est plutôt un élément constitutif, en tant qu'elle est un attribut de Dieu lui-même et de sa révélation.

- Puisque la liturgie eucharistique est essentiellement actio Dei dont nous sommes participants en Jésus par l'Esprit, son fondement n'est pas à la disposition de notre arbitraire et il ne peut subir la pression des modes du moment.

- Le premier moyen de favoriser la participation du peuple de Dieu au Rite sacré est la célébration appropriée du Rite lui-même.

- L'ars celebrandi est la meilleure condition pour une actuosa participatio.

- L'ars celebrandi découle de l'obéissance fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité.

- En tant que premier dispensateur des mystères de Dieu dans l'Eglise particulière qui lui est confiée, l'évêque est le guide, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique. ll revient à l'évêque de sauvegarder l'unité unanime des célébrations dans son diocèse.

- Les célébrations liturgiques présidées par l'Evêque dans l'église cathédrale doivent se dérouler dans le plein respect de l'ars celebrandi, afin qu'elles puissent être considérées comme le modèle pour toutes les églises présentes sur le territoire.

- L'ars celebrandi doit favoriser le sens du sacré et l'utilisation des formes extérieures qui éduquent à un tel sens, comme par exemple l'harmonie du rite, des vêtements liturgiques, de l'ameublement et du lieu sacré.

- L'attention et l'obéissance à la structure propre du rite, tout en exprimant la reconnaissance du caractère de don de l'Eucharistie, manifestent la volonté du ministre d'accueillir, avec une docile gratitude, ce don ineffable.

 

Pro Liturgia


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Mercredi 4 novembre 2009

Depuis plusieurs années il n'y a plus, dans les séminaires de France, de formation théologique solide pour les futurs prêtres. Parallèlement, dans bien des paroisses, il n'y a plus de catéchisme solide pour les jeunes. Résultat : chacun se fait "sa" religion. En observant bien le fonctionnement des diocèses, il apparaît clairement aujourd'hui que ce ne sont désormais que quelques laïcs imbibés de l'esprit soixante-huitard (donc, complètement déformés au niveau doctrinal et liturgique) qui contrôlent tout et tirent les ficelles. Au point que dans certaines paroisses, un nouveau prêtre nommé par l'évêque ne pourra venir que si les laïcs qui composent l'équipe "d'animation" pastorale [oui, le Saint-Sacrifice de la Messe est devenu une "animation" pour ces personnes] sont d'accord. Et gare au prêtre qui n'accepte pas cette situation le forçant à se plier aux exigences d'une petite poignée de fidèles laïcs qui s'imaginent représenter la totalité de la paroisse : ce groupe de laïcs ira voir le vicaire épiscopal qui ira trouver l'évêque... qui préfèrera évincer le prêtre plutôt que de risquer d'avoir à affronter deux ou trois "mamies-bigoudis" surexcitées qui, avec l'appui de vicaires épiscopaux peu formés sur le plan pastoral et théologique, forment un véritable magistère parallèle au sein des diocèses. Dans un tel contexte, la doctrine catholique n'est plus enseignée et le Pape n'est plus écouté; le sacerdoce ministériel lui-même est remis en cause par des personnes qui se disent "catholiques", et la célébration des sacrements n'est assurée que lorsqu'elle peut devenir l'occasion de valoriser les membres des équipes liturgiques qui participent activement à la démolition de la célébration de la foi. Un exemple parmi d'autres de cette situation : dans le diocèse de Strasbourg, tous les vicaires épiscopaux et tous les responsables de la liturgie !!!!!! ont été cooptés parmi les prêtres imbibés de l'esprit de mai 68 (anti-romain) et n'ayant eu aucune formation théologique solide. Dans un tel contexte, les prêtres qui, par fidélité aux enseignement magistériels, font cavalier seul et refusent de suivre les orientations pastorales mises en place par les groupes de pression cités plus haut, sont peu à peu évincés et privés du droit d'exercer un ministère. Dans ce contexte, le sacerdoce ministériel disparait pour être peu à peu remplacé par une fonction ministérielle exercée par délégation d'une communauté paroissiale donnée : c'est la mise en place d'une Eglise de type luthérien. Ici comme en beaucoup d'autres endroits, le ras-le-bol de certains prêtres dont on est sûrs qu'ils sont catholiques atteint un degré qui devrait - normalement ! - inquiéter les évêques diocésains.


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Samedi 17 octobre 2009

« La position du prêtre tourné vers le peuple a fait de l’assemblée priante une communauté refermée sur elle-même. Celle-ci n’est plus ouverte ni vers le monde à venir, ni vers le Ciel. La prière en commun vers l’Est ne signifiait pas que la célébration se faisait en direction du mur, ni que le prêtre tournait le dos au peuple – on n’accordait d’ailleurs pas tant d’importance au célébrant. De même que dans la synagogue tous regardaient vers Jérusalem, de même tous ensemble regardaient "vers le Seigneur". Il s’agissait donc, pour reprendre les termes de J. A. Jungmann, un des pères de la Constitution sur la Liturgie de Vatican II, d’une orientation commune du prêtre et du peuple, conscients d’avancer ensemble en procession vers le Seigneur. Ils ne s’enfermaient pas dans un cercle, ne se regardant pas l’un l’autre mais, peuple de Dieu en marche vers l’Orient, ils se tournaient ensemble vers le Christ qui vient à notre rencontre » (cf : "L'Esprit de la liturgie", Cardinal Joseph Ratzinger).


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Jeudi 15 octobre 2009

Depuis Vatican II, des équipes liturgiques se réunissent pour imaginer des messes dominicales au cours desquelles devront surgir des éléments nouveaux (nouveaux chants, nouveaux gestes... etc.) censés rendre les célébrations plus attrayantes et plus participatives. Dans le même temps ont fleuri des "revues d'animation liturgiques" qui proposent des nouveautés aux équipes citées plus haut et qui seraient en mal d'inspiration. Il faut du neuf, du neuf, du neuf... et pour beaucoup l'esprit de "créativité" est la garantie d'une messe réussie.

 

 

 

"L'imagination au pouvoir" criaient les étudiants en mai 68. "Créativité" disent nos animateurs liturgiques - qui, au demeurant, sont le plus souvent des animatrices -. Or voici ce qu'écrit à ce sujet le Cardinal Ratzinger dans "L'esprit de la liturgie" (pp. 135 et ss.) : « (...) la créativité ne saurait constituer une catégorie authentique de la liturgie. Cette notion appartient d'ailleurs à la vision marxiste du monde. Dans un univers dépourvu de sens et fruit d'une évolution aveugle, l'homme marxiste est capable de créativité en faisant naître un monde nouveau et meilleur. Dans le domaine artistique, la créativité équivaut aujourd'hui à une "décréation" : il ne s'agit plus de reproduire quoi que ce soit de reconnaissable mais de poser un acte artistique radicalement individuel, libre de toute norme, de toute finalité et de toute référence à un "sens". Cette forme de nihilisme est un appel, un véritable cri de détresse face à un monde de plus en plus contrôlé par la rationalité et la technologie. (...) Cette "créativité" n'a en tout cas rien à faire avec la liturgie. Celle-ci ne vit pas de trouvailles artistiques ni de planification liturgique. (...) On ne personnalise pas la liturgie, on ne la renouvelle pas en la banalisant le vocabulaire et en multipliant les activités. Il faut aller "au-delà", pénétrer dans cette réalité qui, dans le rite, toujours nous devance et qui toujours restera hors de notre portée ». Nos compositeurs de cantiques à la petite semaine et nos célébrants qui se croient autorisés ou obligés à faire sans cesse du neuf en liturgie ne seraient-ils, au fond, que les victimes d'une détresse spirituelle qu'ils tenteraient d'exprimer par créativité liturgique interposée ? Les propos de l'ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi invitent à poser cette question. Y répondre par l'affirmative serait dramatique... mais ô combien révélateur de la profondeur de la crise qui touche l'Eglise et qui peut aboutir à ce genre de "happening" tant bien que mal déguisé en messe.


Pro Liturgia


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Jeudi 8 octobre 2009

Le Motu Proprio Summorum Pontificum va-t-il apporter tous les fruits qu'on serait en droit d'attendre ? Rien n'est moins sûr. Car tel qu'il est le plus souvent appliqué, il risque de contribuer à la constitution de deux Eglise, chacun ayant "sa" forme du rite romain. Ce n'est sûrement pas l'objectif poursuivi par Benoît XVI.
Or il faut bien en convenir: dans les paroisses où l'on célèbre selon les deux "formes", les fidèles ne se fréquentent que très rarement. Il y a le "public" de la messe "tridentine" et le "public" de la messe "conciliaire": deux mondes, deux esprits - et partant deux visions de la liturgie - qui ne se confondent guère.



Il est vrai qu'il semble bien difficile d'inviter les habitués de la messe "tridentine" à participer à une messe présentée comme "conciliaire" mais qui, en réalité, ne l'est que fort peu. Si encore la messe "conciliaire" était célébrée dignement, sans ajouts ni omissions et - pourquoi pas - au maître-autel et en latin, il se trouverait probablement des fidèles "tridentinistes" pour suivre, au moins occasionnellement, une telle liturgie. Mais ce n'est que très rarement le cas. Dès lors, on peut comprendre que des habitués du chant grégorien et de la ritualisation ne se sentent pas enclins à suivre une liturgie qui n'est que "très approximativement conciliaire". 
De même, si les fidèles "conciliaires" étaient habitués à participer à d'authentiques messes "de Paul VI" célébrées avec dignité, ils seraient probablement moins rebutés à l'idée de devoir participer à des messes "tridentines" intégralement dites et chantées en latin. Le Cardinal Ratzinger, au cours d'un colloque à l'abbaye de Fontgombault, n'avait-il pas lui-même remarqué qu'entre l'ancienne et la nouvelle liturgie (correctement célébrée !), il y a peu de différences ? Grosso modo, les différences qui sautent aux yeux d'un fidèle qui fréquente les deux "formes" de la liturgie romaine sont : le nombre de Lectures, les prières universelles après le Credo et l'acclamation après la Consécration... Ceci mis à part, les différences sont minimes pour le "fidèle de base".
Le problème vient essentiellement de ce que peu de prêtres qui célèbrent la forme "ordinaire" de la liturgie romaine respectent véritablement le missel "de Paul VI". De là des variations qui n'affectent pas tant les deux "formes" de la liturgie romaine que la "forme ordinaire" à elle seule. Citons le cas (authentique) de cette église de province où, le dimanche matin, il y a deux messes : la première, selon la forme "extraordinaire", est célébrée par des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre qui respectent le missel romain tridentin; la seconde est célébrée par un prêtre diocésain qui s'accompagne lui-même à la guitare et improvise une bonne partie de la liturgie... Il est évident que les fidèles habitués à la première messe ne fréquenteront jamais la seconde, et vice versa.
On semble alors bien loin des objectifs que le Motu proprio Summorum pontificum se proposait d'atteindre et qui étaient clairement précisés dans la
Lettre de Benoît XVI avait adressée aux évêques. A savoir :
- faire cesser les abus dans la célébration de la forme "ordinaire" du rite romain, afin que les fidèles ayant accepté clairement le concile Vatican II ne soient plus obligés de supporter une créativité portant à des déformations de la liturgie;
- permettre un enrichissement réciproque des deux formes d'usage du rite romain;
- faire en sorte que la messe selon le missel de Paul VI soit célébrée avec révérence et en conformité avec les prescriptions, afin que soit manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent la sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien;
- faire en sorte que le missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part, afin que soit rendue visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II.

 

Pro Liturgia


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Lundi 5 octobre 2009

« A la racine de la crise liturgique se trouve une autre crise bien plus profonde et sournoise : la crise du concept d'Eglise. C'est là l'origine de nombreuses erreurs qui, en s'étant progressivement infiltrées dans nos pratiques liturgiques, mettent aujourd'hui en péril la conscience commune d'appartenance à l'Eglise catholique. La réalité "Eglise" n'est pas vraiment rejetée : elle s'efface peu à peu, disparaît chaque jour un peu plus... pour être remplacée par une nouvelle notion d'Eglise librement construite à partir des seules expériences humaines. Certes, l'Eglise catholique est faite de l'expérience des hommes. Mais elle n'est pas faite que de cela : derrière ces expériences se trouve une structure fondamentale voulue par Dieu. Derrière la façade humaine se trouve le mystère d'une réalité surhumaine sur laquelle le théologien, le sociologue, le philosophe, l'historien... n'ont aucune autorité pour intervenir. Si, par contre, l'Eglise est perçue comme une construction humaine, comme une œuvre qui ne dépend que de nous, alors on conçoit que les données de la foi puissent finir par n'être qu'arbitraire : car la foi n'a alors plus d'instrument garanti à travers elle puisse s'exprimer. L'évêque devient alors un super-manager de structures diocésaines toujours plus nombreuses et lourdes, le prêtre fait du social et du convivial, les laïcs s'immiscent dans des questions qui ne sont pas de leur ressort, la liturgie qui veut cristalliser de telles orientations doit se reconstruire sans cesse à partir de l'addition des goûts et des préjugés de quelques fidèles. Sans une vision de l'Eglise qui soit surnaturelle et pas seulement sociologique, la foi perd sa référence au Divin : pour combler le vide, l'absence de référence au Divin, on multiplie les structures purement humaines (équipes liturgiques, équipes de funérailles, équipes responsables des communautés de paroisses, équipes de catéchèse... etc.) qui donnent l'impression que les choses vont bien, mais finissent par insinuer dans la mentalité des gens que l'Eglise ne peut et ne doit fonctionner qu'à l'aide de projets humains. On oublie alors très vite qu'on entre dans l'Eglise et qu'on est dans l'Eglise non pas par le biais d'appartenances sociologiques ou parce qu'on milite dans tel mouvement paroissial, mais uniquement parce qu'on a été baptisé et que l'on participe à l'Eucharistie.

 

L'Eglise, en effet, ne se réduit ni au "collectif" des croyants, ni à leur engagement au sein de tel groupe ou de telle équipe : étant le Corps du Christ, elle est bien plus que l'addition du savoir-faire de ses membres. Pour sortir d'une crise profonde - dont la crise liturgique ne représente que la partie visible - il est urgent de recréer un climat authentiquement catholique. C'est-à-dire qu'il faut restaurer en nous, fidèles, le sens de l'Eglise en tant qu'Eglise du Seigneur, en tant que lieu de la présence réelle de Dieu dans le monde. Cette Eglise-là n'est pas "notre" Eglise, mais l'Eglise du Seigneur; sa façon de célébrer sa foi à travers la liturgie n'est pas "notre" façon de célébrer la foi, mais la sienne, celle qu'elle a reçu en héritage. "Nous ne devons pas faire des prières à la messe, mais faire de la messe notre prière", disait le pape Pie X. C'est la vision actuellement faussée que nous avons de l'Eglise qui nous mène à accepter de participer à ces liturgies paroissiales fausses où ne se pratique plus qu'une sorte d'idolâtrie du subjectif, d'hypertrophie du "moi" accentuée par le face-à-face célébrant-assemblée.

Si l'Eglise se réduit à n'être plus que "notre" Eglise, si notre regard ne porte plus que sur les structures mises en place dans les diocèses et les paroisses et les réunions qui s'y font, alors c'est la notion de "hiérarchie" qui devient incompréhensible : cette hiérarchie au service des baptisés liée à la présence de ministres ordonnés finit par être rejetée. On en vient à rapidement nier le concept d'une autorité de service voulue par Dieu, et l'on multiplie les structures chargées de prendre des décisions à la majorité des voix et où prennent de plus en plus de place de présomptueux "laïcs en responsabilité". Dès lors, l'Eglise n'est plus perçue que comme une association, comme un club devant fonctionner sur le système démocratique : chacun s'autorise à donner son avis avec généralement une véhémence inversement proportionnelle à la compétence. Or dans l'Eglise, l'autorité n'est pas fondée sur le vote à la majorité, mais sur l'autorité du Christ lui-même qui a voulu la communiquer à des hommes choisis pour être ses propres représentants jusqu'à son retour. Ce n'est qu'en se référant à cette vision qu'on pourra redécouvrir la nécessité et la fécondité de l'obéissance à la hiérarchie légitime de l'Eglise. Une obéissance qui pourra nous faire enfin comprendre pourquoi la liturgie, par laquelle l'Eglise célèbre et manifeste sa foi, ne se construit pas, ne se discute pas, mais se reçoit de ceux qui ont été chargés de la transmettre sans l'altérer arbitrairement ». 

 

Source : Cardinal J. Ratzinger, Entretien sur la foi, éd. Fayard, (chap. 3)


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Dimanche 4 octobre 2009

 


Le "danseur-en-chef" en chasuble rouge n'est pas moins que le Père Etienne UBERALL,
Vicaire Episcopal du diocèse de Strasbourg, et, accrochez-vous bien chers liseurs, 
"référent du Conseil Episcopal pour la musique et la liturgie" !!!!!



 

Hélas, cela fait plus de 40 ans que nous « constatons ». Avec toutes nos excuses à l'avance chers liseurs, mais la charité nous oblige à dire la vérité de manière un peu radicale face aux désastres actuels... En effet, ces imbéciles ne se rendent pas encore compte – 40 ans après – que nos églises se vident d'une manière drastique, que les jeunes qui pratiquent encore ont l’intelligence – pour garder la Foi – de partir le plus loin possible face à ces prêtres plus ou moins marxisés apparemment tous atteints du "syndrome de Peter Pan", face à ces prêtres (nous vous invitons à prier pour eux) complètement lavés par la génération Mai 68. Nous « constatons » que la culture religieuse – mais aussi proprement catéchétique – est aujourd’hui au bord du néant, que les fameuses "EAP" totalement incultes pour les questions relatives à la liturgie détruisent des pans entiers de l’Eglise, qu'il y a aujourd'hui une Eglise "de" France quasiment coupée en deux autant bien au niveau liturgique que doctrinal... et, comme d’habitude, nous « constatons » aussi que les évêques nous affirment – toujours depuis plus de 40 ans – que le Concile Vatican II est soi-disant « respecté » dans nos diocèses. L’hypocrisie est devenue aujourd’hui banale, même parmi certains évêques... Le jour où les jeunes seront pris au sérieux dans l'Eglise, ils reviendront, pas avant. Pendant que les vieux dansent, le Christ en sa jeunesse pleure...


En ce mois du Rosaire, je souffre Seigneur… Kyrie Eleison.








LETTRE DE L'ASSOCIATION "PRO LITURGIA" 
A L'ARCHEVECHE DE STRASBOURG


 

Monseigneur,

 

Lorsque le Saint-Père a fait paraître le Motu proprio Summorum Pontificum, vous avez signé, avec les autres Evêques de la région Est, un document dans lequel vous redoutiez "que la généralisation de l'usage du Missel romain de 1962 ne relativise les orientations du concile Vatican II" et vous affirmiez : "depuis de nombreuses années, d'importants efforts de formation liturgique ont été réalisés; les évêques s'en réjouissent et encouragent leurs diocésains à poursuivre le travail engagé." Lorsque je vous ai écrit pour vous informer qu'il était très difficile - pour ne pas dire impossible - de trouver dans notre diocèse la liturgie célébrée comme le demande l'Eglise, vous m'avez répondu par retour de courrier que, de façon générale, la liturgie est fidèlement respectée dans nos paroisses. Or la semaine passée, en faisant une recherche sur internet, je suis tombé par hasard sur un film montrant une messe célébrée à ND du Chêne à Plobsheim. (...) Il s'agit là d'une célébration que j'ose qualifier - et je ne suis pas le seul à le faire - de débile et de crétinisante qui, ce qui est gravissime, est en totale opposition avec ce que l'Eglise demande de faire. En laissant infliger aux jeunes de votre diocèse, par vos prêtres et par votre vicaire épiscopal, une telle célébration, vous portez préjudice à l'Eglise, à la foi catholique, et vous laissez entendre que vous ne souhaitez pas exercer votre ministère en union avec le Saint-Père.

 

Monseigneur, en ma qualité de baptisé et de théologien (diplôme de la Faculté d'Etat de Strasbourg reconnu canoniquement), j'en appelle, avec toute la gravité qui s'impose, à votre responsabilité d'évêque : ou bien vous cautionnez ce genre de célébrations (qui ne se font pas qu'à Plobsheim, hélas !) et dans ce cas vous vous décrédibilisez vous-même aux yeux des fidèles, ou bien vous désavouez de tels "diverstissements" concoctés par des prêtres et des éducateurs paraissant immatures et qui, c'est certain, n'ont plus aucun respect pour la liturgie. Mais dans le cas d'un désaveu de votre part, ce qui est grandement souhaitable et nécessaire, celui-ci doit être public et rapidement suivi des mesures qui s'imposent pour interdire à l'avenir ces mascarades que certains font passer à tort pour la liturgie de l'Eglise restaurée par le Concile.

 

Je terminerai en disant que si vous estimez devoir répondre à mon courrier, je souhaiterais vivement que ce soit par un message au contenu clair signé de votre main et non par une formule dilatoire signée d'un Secrétaire de l'Archevéché.

 

En vous priant d'agréer l'expression de ma respectueuse considération.


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Mercredi 30 septembre 2009

La Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II avait beaucoup insisté sur la formation solide que devaient avoir tous les fidèles, à commencer par les clercs, pour que la restauration liturgique puisse porter des fruits. L'enseignement de la liturgie - disait le texte conciliaire - devait « être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures » et devait être donné « dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique » (cf. n°16). De nos jours, comme on le constate, beaucoup s'autorisent à parler de liturgie : chacun donne son avis, fait part de ses sentiments, exprime ses positions sur telle ou telle question... Preuve que le sujet suscite un réel intérêt. Il faut cependant constater que parmi ceux qui prennent ainsi la parole et donnent leur avis, très peu ont bénéficié de la formation liturgique exigée par le Concile. Au mieux, des historiens - même non-pratiquants - sont capables de tracer les grandes lignes de l'évolution du culte; au pire, des "animateurs" liturgiques totalement incultes pérorent à qui mieux mieux sur des questions qu'ils n'ont jamais étudiées. Il suffit de "plonger" ces gens-là dans un missel ou dans les grands documents magistériels pour constater qu'ils perdent rapidement pieds; il suffit de leur poser une question précise à brûle-pourpoint pour les entendre avouer une ignorance abyssale. Car la formation de beaucoup se limite aujourd'hui à la lecture de telle ou telle "revue d'animation liturgique" ou à deux ou trois stages d'initiation généralement pilotés par des gens capables de délayer quelques idées creuses durant tout un week-end.

 

 

 

 

Tout ceci est très insuffisant et fait comprendre pourquoi, dans nos paroisses, certaines messes donnent parfois l'impression de cristalliser autour de l'autel toutes les incompétences locales. Faites quelques tests : demandez à la personne qui dans votre paroisse, le dimanche, dirige les chants, de vous résumer en quelques mots l'essentiel de ce que dit l'Eglise à propos du chant liturgique. Il y a fort à parier qu'elle ne saura pas vous dire grand-chose. Demandez aux membres de l'équipe locale "d'animation" liturgique de vous indiquer les principales différences entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire du rite romain. Vous provoquerez un silence gêné. Demandez au prêtre qui célèbre la messe dans votre paroisse ce que dit la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR) sur tel ou tel point de la liturgie. Peut-être constaterez-vous alors que le prêtre en question n'a jamais lu cette "PGMR". [...] Quant aux évêques, il suffit parfois de les voir célébrer ou de les interroger pour se rendre compte que rares sont ceux qui ont des connaissances solides en liturgie. Beaucoup sont les "fils" de la génération Action Catholique, laquelle n'a jamais fait de la liturgie sa priorité... En fin de compte, il faut bien reconnaître que dans les débats qui tournent actuellement autour de la liturgie, on trouve très peu de spécialistes de la question, c'est-à-dire des gens qui connaissent à fond l'histoire de la liturgie, qui connaissent parfaitement la forme ordinaire et extraordinaire du rite romain, qui connaissent véritablement les textes conciliaires et les documents magistériels ayant suivi Vatican II, qui connaissent parfaitement le "chant propre de la liturgie romaine" et savent l'exécuter, qui connaissent - au moins dans leurs grandes lignes - les traditions liturgiques autres que romaine... [...] Beaucoup ne connaissent qu'un aspect particulier ou superficiel de la liturgie et sont, de ce fait, incapables de faire une synthèse cohérente des questions qui se posent actuellement. De ce fait, dans les débats actuels, on entend parler d'une "messe de toujours" au sujet de laquelle le mot "toujours" a un sens qui varie du tout au tout suivant les personnes qui l'emploient, d'une "messe traditionnelle" sans que soit clairement défini ce qu'il faut entendre par "traditionnel" en liturgie, d'une "messe du Concile" que personne n'a jamais vu être célébrée dans les paroisses (sauf quelques rares exceptions), d'une "messe de Saint Pie V" dont parlent ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'étudier le missel romain que le Pape Saint Pie V a vraiment connu et fait publier (ouvrage rarissime !), d'une "messe de Paul VI" qu'on croit à tort être la messe qui est aujourd'hui célébrée dans les paroisses... etc.  A ce "galimatias", à ce "brouillamini" - pour reprendre les termes employés par M. Jourdain - s'ajoutent des considérations sur le latin et les langues courantes, sur le chant grégorien et les cantiques, sur l'orientation de la célébration, sur la participation "active" etc. En l'absence de connaissances théologiques, historiques et musicales solides et objectives sur lesquelles pourrait s'articuler un débat constructif autour de la question liturgique, en l'absence d'une lecture attentive et studieuse des documents magistériels publiés au long des 50 dernières années, beaucoup en restent au niveau d'opinions, de sentiments, de goûts subjectifs, de bonnes intentions, d'une perception fragmentaire des problèmes posés par la crise actuelle, laquelle est, il est vrai, incontestable aux yeux de tous. Dans ces conditions, la crise liturgique a encore de beaux jours devant elle.

 

Alors que faire ? En 1997, l'Abbé Claude Barthe publiait aux éditions de Guibert (Paris) une étude ayant pour titre "Reconstruire la liturgie". Ce titre est, semble-t-il, symptomatique d'une grave erreur que nous faisons tous depuis Vatican II : nous cherchons à "reconstruire"... Tous, avec "nos" moyens", avec "nos" plans, avec "nos" objectifs, nous "reconstruisons". Rarement bien, souvent très mal... Or jamais au cours des siècles la liturgie n'a été le résultat d'une construction par des « magistères parallèles qui finissent par troubler le peuple de Dieu en le conduisant au mépris de l'Autorité véritable » (CDF : Instruction ‘’Donum Veritatis’’, le 24 mai 1990). Elle a toujours été le fruit d'une réception, dans un véritable esprit de foi, de ce que nous donne l'Eglise. Aussi serait-il urgent de cesser les "constructions" pour adopter une attitude de "réception". Non pas réception du point de vue de tel ou tel "technicien ès rites", mais réception de la liturgie que l'Eglise nous offre en la qualifiant de "sainte". Laissons la conclusion à Saint Thomas d'Aquin dont les propos s'appliquent très bien à la question liturgique qui fait l'objet des lignes qui précèdent : « Ce qui possède la plus haute autorité, c'est la pratique de l'Eglise, à laquelle il faut s'attacher jalousement en toutes choses. Car l'enseignement même des docteurs catholiques tient son autorité de l'Eglise. Il faut donc s'en tenir plus à l'autorité de l'Eglise qu'à celle d'un Augustin ou d'un Jérôme, ou de quelque docteur que ce soit » (Somme Théologique, IIa – IIae, q. 10, art. 12c). Sage conseil que devraient suivre tous les fidèles qui souhaitent que la liturgie à laquelle ils participent ne soit pas autre chose que la célébration digne et noble de la foi de l'unique l'Eglise du Seigneur.

 

Pro Liturgia


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Dimanche 27 septembre 2009

Ils étaient émouvants. A les entendre soudain si sincères, on avait presque la larme à l'oeil. Qui ? Mais les évêques de France, voyons ! Quand ? Mais dès qu'a été publié le Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI, voyons ! Que nous disaient-ils ? Simplement qu'il n'était pas question de remettre en cause Vatican II; qu'il n'était pas question de revenir sur la légitimité de la liturgie voulue par le Concile; que partout - oui, partout ! - c'était le missel actuel qui était la norme. Plusieurs d'entre eux - on parle toujours des évêques de France - étaient même allés jusqu'à signer et à publier des manifestes dans lesquels ils se disaient indéfectiblement attachés au Concile et à la personne du Souverain Pontife - ou plutôt à la personne du pape, car le mot "souverain" est un mot qu'ils n'apprécient guère tant il leur fait penser à une autorité indiscutable -. Et puis il y a eu la levée des excommunications des évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Là encore, on a entendu nos évêques nous rappeler que Vatican II n'était pas négociable. Dans l'Est de la France, dix évêques sont même allés jusqu'à signer une déclaration dans laquelle ils disaient prier « pour que la décision du Saint Père soit reçue pour ce qu'elle veut être : non pas une remise en cause du concile Vatican II »

 

 

 

Oui mais voilà : les belles déclarations ont été faites; des fidèles y ont cru... et rien n'a changé. Rien n'a changé, c'est-à-dire, en clair, que nos évêques de France ne sont toujours pas prêts à recevoir Vatican II (+) (+) et à en appliquer les principes : c'est un fait qu'il faut avoir l'honnêteté de reconnaître. La situation est bloquée au point que rien ne semble avoir changé depuis le temps où l'académicien André Frossard écrivait son excellente "Lettre ouverte aux évêques de France" (éd. Fayard). Il suffit de parcourir les sites internet des diocèses français pour voir ce qu'on y trouve et qui est présenté comme le nec plus ultra de la pastorale liturgique : des messes célébrées dans des halls de fêtes ou des salles de sport; un vicaire épiscopal revêtu d'une chasuble aux couleurs de la gay pride et qui danse avec les jeunes (déguisés pour l'occasion) à la fin d'une "messe"; un archevêque qui utilise des corbeilles en osier en guise de ciboires ou de patènes; un autre archevêque - bientôt à la retraite - qui danse une farandole avec les fidèles à l'issue d'une célébration eucharistique... Et partout ces braves fidèles septuagénaires auxquels on donne des responsabilités en leur faisant croire qu'en étant à la tête de structures paroissiales démultipliées, ils rendront service à l'Eglise. Et partout des messes "plan-plan", des chants "nunuches", des célébrants qui se donnent en mauvais spectacle, des concélébrants vautrés sur des chaises, des fidèles qui se pressent autour d'un autel comme pour montrer qu'eux aussi ont le droit d'occuper un mètre carré du "podium" où il est de bon ton de se montrer si l'on veut faire partie des "super-cathos" [preuves en vidéo]... Il y a aussi des évêques qui autorisent que soit célébrée, ici ou là, la forme "extraordinaire" du rite romain, cette forme autorisée par le Motu proprio Summorum pontificum. Mais à y regarder de plus près, ces messes-là ne sont que des leurres : le même évêque qui viendra célébrer la forme "extraordinaire" correctement (sans forcément y croire, comme l'ont ouvertement avoué l'un ou l'autre d'entre eux au cours de réunions entre prêtres d'un secteur) vont allègrement massacrer la forme "ordinaire" : preuve que pour ceux-là, la liturgie n'a aucune cohérence. C'est gravissime !

 

Autres questions : a-t-on un jour entendu un évêque de France enseigner que la communion pouvait légitimement être reçue à genoux et directement dans la bouche ? Non. A-t-on entendu un de nos évêques rappeler que la liturgie dite "conciliaire" pouvait légitimement être célébrée versus orientem ? Non. A-t-on entendu un évêque rappeler à ses prêtres qu'il était interdit (par le Concile dont on se réclame !) de modifier la liturgie de l'Eglise ? Non. A-t-on vu un de nos évêques rappeler que, selon l'Exhortation Sacramentum Caritatis, il était nécessaire que les prêtres sachent célébrer en latin (ce qui suppose une solide formation !), sachent chanter le grégorien sans le massacrer (ce qui suppose aussi une formation !), et que les fidèles sachent eux-mêmes participer à la liturgie lorsqu'elle est célébrée en latin ? Non. Pour beaucoup de fidèles, il est devenu clair que, quoi que nous disent nos évêques de France, obéir au Saint-Père n'est pas leur priorité. On a même parfois l'impression que leur pastorale consiste à affirmer qu'en France, l'Eglise bénéficie d'une autonomie l'autorisant à ne pas tenir compte des enseignements du Magistère ou du moins à les adapter dans un sens vraiment très large... et très lâche. Il devient évident que dans les diocèses où l'on donne l'impression de ne pas marcher sur le même chemin que l'Eglise universelle, les fidèles n'ont plus vraiment de raisons d'avoir confiance en leurs pasteurs, quand bien même ces derniers multiplieraient-ils les lénifiantes déclarations de soutien au pape et de fidélité à ses orientations.

 

Pro Liturgia


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Samedi 26 septembre 2009


« La réforme liturgique saluée avec beaucoup d’idéalisme et

de grands espoirs par de nombreux prêtres et laïcs s’avère être

une désolation liturgique aux proportions effroyables »

(Cardinal Ratzinger, Préface à Klaus Gamber)


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Mercredi 23 septembre 2009

Romano Guardini (1885-1968) est surtout connu pour son ouvrage "L'esprit de la liturgie" dont les idées ont été reprises par Benoît XVI pour faire comprendre dans quelle optique il convient d'aborder aujourd'hui la question liturgique. En son temps, Romano Guardini avait parfois été soupçonné par certains évêques de vouloir court-circuiter la Hiérarchie de l'Eglise. A la suite de quelques malentendus, dans une lettre qu'il adresse en 1940 à Mgr. Stohr, archevêque de Mayence, Guardini cherche à dissiper d'éventuels points de conflits : plusieurs évêques allemands et autrichiens avaient en effet réagi, craignant que le mouvement lancé par Guardini en vienne à saper leur propre autorité. Le 24 décembre 1943, le Secrétaire d'Etat du Vatican écrit lui-même aux évêques soupçonneux en leur demandant de renoncer à exercer leur pouvoir propre dans des questions purement liturgiques. Mais que précisait donc Guardini dans sa lettre adressée à l'archevêque de Mayence ? Il dénonçait quatre comportements erronés en liturgie :

 

 

 

 

1. le "liturgisme", qui se produit lorsqu'on sous-estime ce qui est important jusqu'à ce qu'on le redécouvre à nouveau et qu'on lui accorde ensuite une place exagérée. Guardini précisait que cette erreur d'appréciation se produit lorsque le mode de pensée et la sensibilité ne sont plus gouvernés que par l'esthétisme.

 

2. le "practicisme", qui consiste à remplacer la véritable pastorale liturgique par des activités pratiques relevant de la pédagogie. Le "practicisme" se base sur une ignorance de l'essence et de la dignité de la vie liturgique, laquelle est d'abord intérieure et ne saurait être subordonnée à des objectifs uniquement matériels et pragmatiques. Oubliant que la liturgie est quelque chose d'inutile en soi, le "practicisme" met le culte divin au "service d'actions morales ou d'entreprises stimulantes" mais perd de vue le sens premier et le plus important de la liturgie : sa totale gratuité pour Dieu.

 

3. le "dilettantisme", qui se produit lorsqu'une orientation à la mode, véhiculée par le public, finit par s'imposer à la conscience des fidèles par modification des pratiques liturgiques imposée. Et Guardini nous donne des exemples tirés de son expérience : "Partant de l'idée selon laquelle l'homme ne peut prier que dans la langue dans laquelle il vit, on a donné de l'importance à l'allemand. Convaincu de l'importance des symboles liturgiques, on a essayé de les faire ressortir plus clairement et de donner aux saintes actions une apparence plus populaire". Il est cependant très vite apparu "que non seulement l'on ne savait pas le latin, mais l'allemand non plus. Ce qui était grave, en outre, c'était qu'on associait au thème liturgique d'autres thèmes telles que des conceptions confuses sur la place des laïcs dans l'Eglise ou sur la relation entre l'éthique et le religieux" Incontestablement, ces exemples demeurent d'une brûlante actualité après Vatican II.

 

4. le "conservatisme" qui consiste à rejeter de la liturgie ce à quoi on n'est pas habitué pour ne conserver que ce qu'on a toujours vu faire. Parlant des tenants du "conservatisme", Guardini dit qu'ils ne comprennent pas que "les éléments [auxquels ils tiennent] (...) proviennent de la période religieuse la plus stérile du XIXème siècle, et que ces éléments ont eux-mêmes supplanté bien des richesses de la piété ecclésiale". Selon Guardini, les tenants du "conservatisme" font de siècle en siècle la même erreur : celle qui consiste à assimiler la liturgie de la messe à des dévotions populaires et privées souvent douteuses. La pratique des sacrements est alors "détachée de son contexte important pour devenir un rite purement externe". Certaines forces conservatrices n'ont souvent pas "une juste conception de ce qu'est véritablement la liturgie"; beaucoup n'y voient "que l'aspect extérieur, mais sans en comprendre véritablement le sens".

 

Il est évident que Guardini réagissait ici contre un formalisme liturgique hérité des XVIIIème et XIXème siècles, encore bien ancré à son époque, et qui persistera en certains milieux après Vatican II.


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Samedi 19 septembre 2009

La "réforme de la réforme" de la liturgie, telle qu'elle est souhaitée par le pape Benoît XVI pour permettre aux fidèles de s'approprier le rite romain restauré à la suite de Vatican II, n'aboutira pas à la publication d'un nouveau missel.
Par contre, il est fort possible que soit publié par le Vatican une sorte de "guide pratique" indiquant aux célébrants comment mettre en oeuvre la forme "ordinaire" de la liturgie sans la trahir, sans trahir le Concile. 
Un tel "guide" préciserait, par exemple, comment interpréter correctement certains points de l'Introduction Générale du Missel Romain dont les formulations ont pu être l'objet de lectures divergentes et parfois erronées. On pourrait préciser, entre autres choses, comment il faut entendre, en liturgie, la fameuse formule "on pourra..." laquelle n'a jamais été, contrairement à ce qui a pu être dit, une formule donnant toute liberté aux célébrants, mais simplement un moyen de mettre fin à un rubricisme trop rigide qui se révélait inapplicable dans certains contextes (pays de missions). "On pourra" signifie bien : "on pourra... quand il n'est objectivement pas possible de faire mieux ou autrement". 
De tels points - et bien d'autres encore - pourraient être expliqués dans un "guide pratique".
Par ailleurs, un "guide" aurait un autre grand avantage : il rendrait caduques les feuilles et livrets d' "animation liturgique" dont l'utilisation aura souvent fait plus de mal que de bien dans nos paroisses.

Pro Liturgia

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Vendredi 18 septembre 2009

Dans les débats actuels qui se font autour de la liturgie en général et de la messe en particulier, il semble que beaucoup veuillent se couvrir des écrits du pape... souvent pour dire tout et n'importe quoi.
Il y a, bien sûr, ceux qui se réclament de Benoît XVI pour se prévaloir de la liturgie du concile Vatican II... qu'ils n'ont jamais ni étudié ni suivi. C'est l'immense majorité des clercs de France (exception faite pour les nouvelles générations) et des fidèles qui les suivent en leur faisant une confiance aveugle. A ceux-ci, rappelons que le Saint-Père a écrit en toutes lettres « qu'en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel » mais qu' « au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité [qui] a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable »...

 

 

... une affirmation dont nos clercs ne semblent pas faire grand cas alors qu'elle reflète la triste réalité. Faut-il redire ici que la Constitution conciliaire sur la liturgie et le missel romain qui en est issu n'ont jamais autorisé qu'un fidèle - fut-il prêtre - puisse changer quoi que ce soit dans la liturgie ? Peut-être ceux qui se réclament de Vatican II devraient-ils s'en souvenir.
Il y a ensuite ceux qui se réclament du Motu proprio Summorum Pontificum pour se prévaloir d'une forme (nous disons bien "une" forme) prise par la liturgie romaine à partir du Concile de Trente et aussi pour vouloir que cette forme redevienne la norme dans un futur aussi proche que possible. Ne conviendrait-il pas que ces fidèles qui ne cessent de remercier le Saint Père parce qu'il leur a redonné la possibilité de participer à une forme de la liturgie à laquelle ils sont attachés, relisent les textes auxquels ils se réfèrent - le Motu proprio et la Lettre aux évêques qui l'accompagne - ? Que dit cette Lettre ?
 « (...) il faut dire avant tout que le missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure évidemment la forme normale ­ la forma ordinaria ­ de la liturgie Eucharistique ». On lit bien : le missel romain dit "de Paul VI" est et demeure le livre de référence pour ce qui est de la façon "normale", "habituelle" de célébrer l'Eucharistie. Et le Saint-Père de poursuivre :
 « La dernière version du Missale Romanum, antérieure au Concile, qui a été publiée sous l'autorité du Pape Jean XXIII en 1962 (...) pourra en revanche être utilisée comme forma extraordinaria de la Célébration liturgique ». Le missel romain dit "de Saint Pie V" (qui est en réalité devenu le missel "de Jean XXIII" en raison des dernières modifications qui y ont été apportées par ce pape) pourra être utilisé, et non devra être utilisé. 
En outre, Benoît XVI précise qu' « il n'est pas convenable de parler de ces deux versions du missel romain comme s'il s'agissait de "deux rites". Il s'agit plutôt d'un double usage de l'unique et même rite ». C'est ce que, à Pro Liturgia - et même avant la fondation de notre Association - nous avons toujours affirmé. Et l'on ne peut que déplorer qu'il puisse se trouver encore des fidèles traditionalistes qui, tout en se réclamant de Benoît XVI, opposent les deux missels pour faire de la messe "de Saint Pie V" un rite à part entière : un rite qui, selon ces fidèles, serait plus catholique, plus traditionnel, plus juste doctrinalement parlant que le "rite" actuel qu'ils prétendent avoir été inventé de toutes pièces par Vatican II. Leur erreur est grossière !
Benoît XVI poursuit : « je voudrais attirer l'attention sur le fait que ce missel [de 1962] n'a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». Soulignons ici les termes employés par le Souverain Pontife : le missel en usage avant Vatican II n'a jamais été juridiquement abrogé. Que Paul VI n'ait jamais songé à abroger "juridiquement" l'ancien missel romain est la meilleure preuve qu'il y a une incontestable continuité entre les deux missels : le missel issu de Vatican II a pris la suite logique du missel "tridentin" pour le parachever (cf. Jean Paul II, Lettre Vicesimus quintus annus). Voici d'ailleurs ce que dit la Constitution Missale romanum de Paul VI, datée de 1969 et placée en tête du missel romain actuel : « Le Missel romain, promulgué en 1570 par Notre prédécesseur saint Pie V, sur l'ordre du Concile de Trente, (...) a fourni aux prêtres du rite latin la norme de la célébration du sacrifice eucharistique (...) Le récent IIème Concile oecuménique du Vatican, en promulguant la Constitution Sacrosanctum Concilium, a établi les bases de la révision générale du missel romain: en déclarant "que les textes et les rites doivent être organisés de telle façon, qu'ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils signifient"; en ordonnant que "l'Ordo de la messe soit révisé, de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties, et que soit facilitée la participation pieuse et active des fidèles"; en prescrivant "qu'on ouvre plus largement les trésors bibliques, pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la Parole de Dieu" (...) Nous ordonnons que les prescriptions de cette Constitution entrent en vigueur le 30 novembre prochain de cette année, premier dimanche de l'Avent. Nous voulons que ce que Nous avons établi et prescrit soit tenu pour ferme et efficace, maintenant et à l'avenir, nonobstant, si c'est nécessaire, les Constitutions et Ordonnances apostoliques données par nos Prédécesseurs et toutes les autres prescriptions mêmes dignes de mention spéciale et pouvant déroger à la loi. (...) ». La Constitution Missale romanum de Paul VI parle bien d'une "révision générale du missel romain" voulue par Vatican II et qui doit être tenue pour "ferme et efficace", et non de la suppression du missel issu de Trente. Ce sont ces termes qui font que Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques, a pu écrire qu' "en principe" le missel en usage jusqu'au moment du Concile n'a pas été abrogé. La locution "en principe" signifie ici "en pure théorie". Mais dans la pratique, c'est bien le missel dit "de Paul VI" qui demeure normatif, comme le souligne le Saint Père lorsqu'il écrit - toujours dans la "Lettre aux évêques" - : "le nouveau missel restera certainement [i.e. d'une façon incontestable] la forme ordinaire du rite romain, non seulement en raison des normes juridiques, mais aussi à cause de la situation réelle dans lesquelles se trouvent les communautés de fidèles."
On peut dire que si, d'un côté, les modifications que certains clercs attachés au Concile font subir à la liturgie demeurent totalement illégitimes, de l'autre côté, l'usage de l'ancien missel ne constitue qu'une dérogation transitoire aux normes liturgiques actuellement en vigueur dans toute l'Eglise. C'est donc bien au-delà des "modifications illégitimes" et les "dérogations transitoires" qu'il faut situer l'urgence "d'un nouveau mouvement liturgique qui donne le jour au véritable héritage de Vatican II." (Cf. Cardinal Ratzinger, Ma Vie, souvenirs).

 

Pro Liturgia


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Vendredi 11 septembre 2009

Peu avant la visite de Benoît XVI en France, on pouvait lire sur le site internet de la Conférence des Evêques de France (CEF) que "la réforme liturgique a provoqué, notamment en France, des tensions entre les fidèles adoptant cette réforme et une petite minorité qui a souhaité rester attachée à l'ancien rite, presque inchangé depuis le concile de Trente au XVIème siècle".
Combien de temps laissera-t-on encore les pasteurs diocésains diffuser de telles contre-vérités ? En effet, qui peut encore enseigner ou croire qu'on a laissé les fidèles de France adopter la réforme liturgique voulue par le Concile, alors que tout le monde sait bien - les preuves sont là - que ce sont les évêques eux-mêmes qui ont interdit aux prêtres de célébrer la liturgie telle que le Concile demandait qu'elle soit célébrée et qui ont mis au ban des paroisses les fidèles qui osaient faire remarquer que l'on trahissait la Constitution Sacrosanctum Concilium ? Qui a autorisé, dès les lendemains du Concile, la liquidation en trois coups de cuiller à pot des autels, des tables de communion, du latin, du grégorien, des agenouilloirs, des confessionnaux, de l'encens? 
Qui a autorisé l'usage des pots en terre cuite, des corbeilles en osier, des danses et du rock, des croûtons de pain et du gros rouge pour célébrer l'Eucharistie ?
Qui a autorisé les prêtres à célébrer sur des tables, assis par terre, sans vêtements liturgiques, sans missel ?
Qui a donné les pleins pouvoirs à des équipes de laïcs qui imposent à leurs curés les dernières lubies pastoralo-liturgiques censées attirer du monde aux messes dominicales ?
Qui a nommé à la tête des séminaires diocésains des prêtres viscéralement anti-romains qui apprenaient aux futurs prêtres à railler le pape et à critiquer systématiquement tous les enseignements magistériels ?
La réponse à ces questions, nous la connaissons : ce sont les évêques en postes au moment du Concile. Quelques uns d'entre eux finissent leur carrière dans des diocèses conduits vers une réelle déchristianisation. Les dégâts qu'ils ont fait eux-mêmes ou laissé faire par d'autres sont là : leurs successeurs, en admettant qu'ils soient bien disposés - ce qui n'apparaît pas toujours - sont aujourd'hui obligés de reconstruire sur des ruines et de composer avec des fidèles qui, comme le faisait remarquer le Cardinal Ratzinger, n'ont plus la moindre idée de ce qu'est la liturgie romaine de l'Eglise catholique.
Et ces fidèles n'ayant plus la moindre idée de ce qu'est la liturgie, nos évêques auront beaucoup de mal à nous faire croire qu'ils ont adopté la réforme du rite romain voulue par le Concile. Cette "réforme", ils ne la connaissent pas, ils ne l'on jamais vue. Bien plus grave : on la leur refuse aujourd'hui encore. Ce qui amène de l'eau au moulin de ceux qui veulent faire de Vatican II l'origine de tous les maux de l'Eglise d'aujourd'hui.

Pro Liturgia 

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Mercredi 9 septembre 2009

On appelle "Tradition" non pas des usages (des "traditions") mais les bases d'un enseignement doctrinal. Il s'agit donc d'une doctrine sacrée qui ne se trouve pas explicitement dans l'Ecriture mais dont on croit qu'elle faisait partie à l'origine de la Révélation du Seigneur.
La "Tradition" est transmise au moyen de diverses formulations qui font autorité et que l'Eglise consulte dès qu'elle a besoin de s'interroger sur la foi et sur certaines de ses pratiques.
Tout comme l'Ecriture, la "Tradition" repose sur l'autorité divine : c'est grâce à la "Tradition" que les fidèles reconnaissent l'existence de livres qui contiennent la Parole de Dieu, et c'est aussi grâce à la "Tradition" que les fidèles ont une clé qui leur permet d'interpréter correctement cette Parole divine.
La "Tradition" a une origine divine : elle confirme l'enseignement des Apôtres ainsi que la pratique de l'Eglise par laquelle cet enseignement apostolique atteint tous les hommes de bonne volonté. Il faut donc considérer la "Tradition" sous ses trois aspects : divin, apostolique et ecclésiastique.

 

 

 

La "Tradition" n'est pas quelque chose de statique puisque l'Eglise qui en détient la clé a pour devoir de parler aux hommes de diverses époques et de diverses cultures. L'Eglise a donc pour obligation de promulguer, d'appliquer et de développer la "Tradition" en veillant toutefois à ne jamais la trahir. Pour ne pas trahir la "Tradition", l'Eglise prend soin de la préserver sous trois formes. D'abord sous forme de définitions : il s'agit essentiellement des décisions conciliaires et des enseignements des papes : de tous les conciles, de tous les papes, comme l'a rappelé Benoît XVI. Ensuite sous la forme de la pratique courante (qu'il ne faut pas confondre avec des usages ou des habitudes) de l'Eglise : dans sa pratique courante, l'Eglise ne peut pas enseigner l'erreur. Enfin sous forme de conservation (qu'il ne faut pas confondre avec une sclérose) des trésors de cette "Tradition" : les écrits des Pères et l'exemple laissé par les saints qui ont reflété avec exactitude la pensée de l'Eglise et soutenu son autorité.
Mettre en doute l'enseignement de l'Eglise, c'est adopter une position qui conduit tôt ou tard à ne plus être en communion avec elle. Ne pas consulter les Pères et ignorer l'exemple des saints conduit à mener une vie chrétienne appauvrie. Modifier de son propre chef les pratiques de l'Eglise conduit à masquer l'activité vivifiante du Corps du Christ et à priver ses membres de certaines grâces.
La première attitude est totalement incompatible avec l'appartenance à l'Eglise. La deuxième et la troisième attitude ne sont pas incompatibles avec l'appartenance à l'Eglise mais ne reflètent pas les dispositions d'un véritable membre de l'Eglise puisque être catholique ou recevoir la "Tradition" des mains de l'Eglise, c'est une seule et même chose.

 

On peut reconnaître cinq sources principales de la "Tradition" : l'autorité de l'Eglise catholique, celle de l'Eglise romaine (l'Evêque de Rome est aussi chef de l'Eglise catholique, mais l'Eglise romaine ne représente pas à elle seule toute l'Eglise catholique : il y a des Eglises orientales qui sont pleinement catholiques sans être "romaines"), l'autorité des Eglises locales pour autant qu'elles sont en communion avec l'Eglise catholique (+) et donc placées sous l'autorité de l'Evêque de Rome, l'autorité des Pères et l'autorité des théologiens dont les enseignements sont approuvés par l'Eglise.
La liturgie est le principal instrument de la "Tradition" qui s'alimente aux cinq sources citées ci-dessus : elle a la même étendue que toute autorité ecclésiastique (ce qui explique que même le pape, lorsqu'il la célèbre, est tenu de la respecter), mais elle est supérieure à celle des Pères et des théologiens qui, pour leurs études, sont obligés de s'y référer.
L'un des principaux aspects de la liturgie est celui de "confession" : lorsqu'un prêtre est à l'autel, il doit avoir conscience que par la liturgie qu'il célèbre il manifeste que c'est l'Eglise tout entière qui rend hommage à Dieu de la Vérité qu'elle a reçu de Lui. S'il n'est pas permis à un célébrant de modifier la liturgie, c'est parce que la liturgie de l'Eglise a la garantie d'être exempte d'erreur : si la liturgie de l'Eglise contenait une erreur, cela voudrait dire que l'Eglise enseigne l'erreur, ce qui est impossible puisque le Christ lui-même a envoyé l'Esprit Saint pour préserver son Eglise de toute erreur.
La liturgie de l'Eglise universelle a deux formes d'unité. La première peut être qualifiée de "physique" et désigne toutes les prières et tous les rites de toutes les Eglises en communion les unes avec les autres. La seconde forme peut être qualifiée de "morale" et dépend des contextes historiques dans lesquels se sont développés les différents rites. Mais au milieu de ces différentes liturgies, la liturgie romaine tient une place particulière : on peut dire que son autorité se confond avec celle de l'Eglise universelle. L'autorité de l'Eglise romaine repose sur la promesse du Christ faite à Pierre : Tu es Petrus et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Puisque la liturgie romaine est celle du Successeur de Pierre, on peut affirmer que cette liturgie-là, telle qu'elle nous est donnée aujourd'hui par l'Eglise garante de la "Tradition", ne peut pas contenir d'erreur.

 

Pro Liturgia


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