Discours que Benoît XVI aurait dû prononcer le 17 janvier 2008 à l'université de la Sapienza à Rome. Tout comme le cours magistral - et nous le répétons, extrêmement important - à l'Université de Ratisbonne, cette nouvelle leçon restera dans l’histoire de l’Eglise. Jamais l'Eglise ne se taira pour proclamer la Vérité du Christ, même si cela comporte des peines, des insultes et des offenses. L'Epoux a été crucifié à mort pour accomplir la Vérité. Aujourd'hui, à travers son Epouse Mystique qu'est l'Eglise, c'est sa Sainte Passion qui continue dans notre histoire...

 
 
 
 
Monsieur le Recteur Magnifique,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités politiques et civiles,
Illustres professeurs et membres du personnel technique et administratif,
Chers jeunes étudiants !
 
C'est pour moi un motif de profonde joie de rencontrer la communauté de la « Sapienza - Université de Rome », à l'occasion de l'inauguration de l'Année académique. Depuis désormais plusieurs siècles cette Université marque le chemin et la vie de la ville de Rome, en faisant fructifier les meilleures énergies intellectuelles dans tous les domaines du savoir. Que ce soit à l'époque où, après sa fondation voulue par le Pape Boniface VIII, l'institution dépendait directement de l'Autorité ecclésiastique, ou successivement, lorsque le Studium Urbis s'est développé comme institution de l'Etat italien, votre communauté universitaire a conservé un haut niveau scientifique et culturel, qui l'inscrit parmi les universités les plus prestigieuses du monde. L'Eglise de Rome regarde depuis toujours avec sympathie et admiration ce centre universitaire, reconnaissant son engagement, parfois difficile et laborieux, pour la recherche et la formation des nouvelles générations. Ces dernières années, des moments significatifs de collaboration et de dialogue n'ont pas manqué. Je voudrais rappeler, en particulier, la rencontre mondiale des Recteurs à l'occasion du Jubilé des Universités, qui a vu votre communauté prendre en charge non seulement l'accueil et l'organisation, mais surtout la proposition prophétique et complexe de l'élaboration d'un « nouvel humanisme pour le troisième millénaire ». J'ai à cœur, en cette circonstance, d'exprimer ma gratitude pour l'invitation qui m'a été adressée à venir dans votre université pour y tenir une leçon. Dans cette perspective, je me suis tout d'abord posé la question : que peut et que doit dire un Pape en une occasion comme celle-ci ? Dans ma leçon à Ratisbonne, j'ai parlé, bien sûr, en tant que Pape, mais j'ai surtout parlé en qualité d'ancien professeur de cette université, en cherchant à relier les souvenirs et l'actualité. A l'Université la « Sapienza », l'antique université de Rome, je suis cependant invité en tant qu'Evêque de Rome, et je dois donc parler comme tel. Certes, la « Sapienza » était autrefois l'Université du Pape, mais aujourd'hui c'est une université laïque avec cette autonomie qui, à partir de son concept même de fondation, a toujours fait partie de l'université, qui doit exclusivement être liée à l'autorité de la Vérité. Dans sa liberté à l'égard de toute autorité politique et ecclésiastique, l'université trouve sa fonction particulière, précisément aussi pour la société moderne, qui a besoin d'une institution de ce genre. Je reviens à ma question de départ : que peut et que doit dire le Pape au cours de la rencontre avec l'université de sa ville ? En réfléchissant à cette question, il m'a semblé qu'elle en contenait deux autres, dont la clarification devrait toute seule conduire à la réponse. En effet, il faut se demander : quelle est la nature de la mission de la papauté ? Et encore : Quelle est la nature de la mission de l'université ? Je ne voudrais pas, en ce lieu, vous retenir par de longs discours sur la nature de la papauté. Une brève explication suffira. Le Pape est tout d'abord l'évêque de Rome et, comme tel, en vertu de la succession à l'Apôtre Pierre, il possède une responsabilité épiscopale à l'égard de l'Eglise catholique tout entière. Le terme « évêque-episkopos », qui dans sa première signification renvoie à l'idée de « surveillant», a déjà été fondue dans le Nouveau Testament avec le concept biblique de Pasteur : il est celui qui, d'un point d'observation surélevé, regarde l'ensemble, en prenant soin du bon chemin et de la cohésion de l'ensemble. C'est pourquoi cette définition de sa tâche oriente tout d'abord le regard vers l'intérieur de la communauté des croyants. L'Evêque - le Pasteur - est l'homme qui prend soin de cette communauté ; celui qui la conserve unie en la gardant sur le chemin vers Dieu, indiqué selon la foi chrétienne par Jésus - mais pas seulement indiquée : Il est lui-même le chemin pour nous. Mais cette communauté dont l'Evêque prend soin - qu'elle soit grande ou petite - vit dans le monde ; ses conditions, son chemin, son exemple et sa parole influent inévitablement sur tout le reste de la communauté humaine dans son ensemble. Plus celle-ci est grande, plus ses bonnes conditions ou sa dégradation éventuelle se répercuteront sur l'ensemble de l'humanité. Nous voyons aujourd'hui très clairement de quelle manière les conditions des religions et la situation de l'Eglise - ses crises et ses renouvellements - agissent sur l'ensemble de l'humanité. C'est pourquoi le Pape, précisément comme Pasteur de sa communauté, est également devenu toujours plus une voix de la raison éthique de l'humanité.
 
Une objection apparaît cependant immédiatement ici, selon laquelle le Pape, de fait, ne parlerait pas vraiment sur la base de la raison éthique, mais tirerait ses jugements de la foi et ne pourrait donc pas prétendre qu'ils soient valables pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons encore revenir sur ce thème, car c'est la question absolument fondamentale qui est posée là : qu'est-ce que la raison ? Comment une affirmation - surtout une norme morale - peut-elle se démontrer « raisonnable » ? A ce point, je ne voudrais pour le moment que brièvement observer que John Rawls, bien que niant à des doctrines religieuses compréhensives le caractère de la raison « publique », voit toutefois dans leur raison « non publique » au moins une raison qui ne pourrait pas, au nom d'une rationalité endurcie par le sécularisme, être simplement méconnue par ceux qui la soutiennent. Il voit un critère de cet aspect raisonnable, entre autres, dans le fait que de telles doctrines dérivent d'une tradition responsable et motivée, dans lesquelles au cours des temps ont été développées des argumentations suffisamment valables pour soutenir la doctrine relative. Dans cette affirmation, il me semble important de reconnaître que l'expérience et la démonstration au cours de générations, le fond historique de la sagesse humaine, sont également un signe de son caractère raisonnable et de sa signification durable. Face à une raison a-historique qui cherche à se construire toute seule uniquement dans une rationalité a-historique, la sagesse de l'humanité comme telle - la sagesse des grandes traditions religieuses - est à valoriser comme une réalité que l'on ne peut pas impunément jeter au panier de l'histoire des idées.
 
Revenons à la question de départ. Le Pape parle comme le représentant d'une communauté de croyants dans laquelle, au cours des siècles de son existence, a mûri une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme le représentant d'une communauté qui conserve en soi un trésor de connaissance et d'expérience éthiques, qui est important pour l'humanité tout entière : en ce sens, il parle comme le représentant d'une raison éthique. Mais on doit alors se demander : qu'est-ce que l'université ? C'est une question immense, à laquelle, encore une fois, je ne peux chercher à répondre qu'en style presque télégraphique, en effectuant quelques observations. Je pense que l'on peut dire que la véritable origine profonde de l'université se trouve dans la soif de connaissance qui est propre à l'homme. Il veut savoir ce qu'est tout ce qui l'entoure. Il veut la Vérité. C'est dans ce sens que l'on peut voir l'interrogation de Socrate comme l'impulsion à partir de laquelle est née l'université occidentale. Je pense, par exemple - pour ne mentionner qu'un texte - au dialogue avec Euthyphron, qui, face à Socrate défend la religion mythique et sa dévotion. Socrate oppose à ce point de vue la question suivante : « Tu crois sérieusement qu'entre les dieux il y a des querelles, des haines, des combats... Euthyphron, devons-nous recevoir toutes ces choses comme bonnes ? » (6 b - c). Dans cette question apparemment peu pieuse - qui chez Socrate dérivait cependant d'une religiosité plus profonde et plus pure, de la recherche du Dieu vraiment divin - les chrétiens des premiers siècles se sont reconnus eux-mêmes, ainsi que leur chemin. Ils n'ont pas accueilli leur foi de manière positiviste, ou comme une issue à des désirs non satisfaits ; ils l'ont comprise comme la dissipation du brouillard de la religion mythologique, pour faire place à la découverte de ce Dieu qui est Raison créatrice et, dans le même temps, Raison-Amour. C'est pourquoi, l'interrogation de la raison sur le Dieu le plus grand, ainsi que sur la véritable nature et le véritable sens de l'être humain n'était pas pour eux une forme problématique de manque de religiosité, mais faisait partie de l'essence de leur façon d'être religieux. Ils n'avaient donc pas besoin de répondre à l'interrogation socratique, ou de la mettre de côté, mais ils pouvaient et devaient même accueillir et reconnaître comme une partie de leur identité la recherche difficile de la raison, pour parvenir à la connaissance de la vérité tout entière. C'est ainsi que pouvait et devait même naître dans le cadre de la foi chrétienne, dans le monde chrétien, l'université. Il est nécessaire d'accomplir un pas supplémentaire. L'homme veut connaître, il veut la Vérité. La Vérité est avant tout un élément en relation avec le fait de voir, de comprendre, avec la theoría, comme l'appelle la tradition grecque. Mais la Vérité n'est jamais seulement théorique. Augustin, en établissant une corrélation entre les Béatitudes du Discours sur la Montagne et les dons de l'Esprit mentionnés dans Isaïe 11, a affirmé une réciprocité entre « scientia » et « tristitia »: le simple savoir, dit-il, rend triste. Et de fait - celui qui voit et qui apprend seulement tout ce qui a lieu dans le monde, finit par devenir triste. Mais la Vérité signifie davantage que le savoir : la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du bien. Tel est également le sens de l'interrogation socratique : quel est le bien qui nous rend vrais ? La Vérité nous rend bons, et la bonté est vraie : tel est l'optimisme qui est contenu dans la foi chrétienne, car à celle-ci a été accordée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l'incarnation de Dieu, s'est en même temps révélée comme le Bien, comme la Bonté elle-même.
 
http://img.over-blog.com/319x598/0/21/41/34/beno-t-xvi/benoit-XVI.jpgDans la théologie médiévale, il y eut un débat approfondi sur le rapport entre théorie et pratique, sur la juste relation entre connaître et agir - un débat que nous ne devons pas développer ici. De fait, l'université médiévale avec ses quatre Facultés présente cette corrélation. Commençons par la Faculté qui, selon la conception de l'époque, était la quatrième, la Faculté de médecine. Même si elle était considérée davantage comme un « art » que comme une science, toutefois, son inscription dans le cosmos de l'universitas signifiait clairement qu'on l'inscrivait dans le domaine de la rationalité, que l'art de guérir était sous la conduite de la raison et se trouvait soustrait au domaine de la magie. Guérir est une tâche qui requiert toujours davantage que la simple raison, mais c'est précisément pour cela qu'il a besoin de la connexion entre savoir et pouvoir, il a besoin d'appartenir à la sphère de la ratio. Inévitablement apparaît la question de la relation entre pratique et théorie, entre connaissance et action dans la Faculté de droit. Il s'agit de donner une juste forme à la liberté humaine qui est toujours liberté dans la communion réciproque : le droit est le présupposé de la liberté et non son antagoniste. Mais se pose ici immédiatement la question : comment définir les critères de la justice qui rendent possible une liberté vécue ensemble et permettent à l'homme d'être bon ? Ici un saut dans le présent s'impose : il s'agit de la question sur la manière dont peut être trouvée une norme juridique qui puisse constituer un ordonnancement de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l'homme. C'est la question qui nous intéresse aujourd'hui dans les processus démocratiques de formation de l'opinion et qui dans le même temps nous angoisse comme une question pour l'avenir de l'humanité. Jürgen Habermas exprime, selon moi, un vaste consensus de la pensée actuelle, lorsqu'il dit que la légitimité d'une charte constitutionnelle, en tant que présupposé de la légalité, dériverait de deux sources : de la participation politique égalitaire de tous les citoyens et de la forme raisonnable sous laquelle les controverses politiques sont résolues. Par rapport à cette « forme raisonnable » il note qu'elle ne peut pas être seulement une lutte pour des majorités arithmétiques, mais qu'elle doit se caractériser comme un « processus d'argumentation sensible à la vérité » (wahrheitssensibles Argumentationsverfahren). C'est une belle formule, mais c'est quelque chose d'extrêmement difficile à transformer en pratique politique. Les représentants de ce « processus d'argumentation » public sont - nous le savons - principalement les partis en tant que responsables de la formation de la volonté politique. En effet, ils auront immanquablement en vue en particulier l'obtention de majorités et ainsi ils regarderont presque inévitablement à des intérêts qu'ils promettent de satisfaire ; toutefois, ces intérêts sont souvent particuliers et ne sont pas véritablement au service de l'ensemble. La sensibilité pour la Vérité est toujours à nouveau renversée par la sensibilité pour les intérêts. Je trouve significatif qu'Habermas parle de la sensibilité pour la Vérité comme d'un élément nécessaire dans le processus d'argumentation politique, en réinscrivant ainsi le concept de Vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique. Mais alors, la question de Pilate devient inévitable : qu'est-ce que la Vérité ? Et comment la reconnaît-on ? Si pour cela on renvoie à la « raison publique », comme le fait Rawls, il s'ensuit nécessairement aussi la question : qu'est-ce qui est raisonnable ? Comment démontre-t-on qu'une raison est une raison vraie ? Dans tous les cas, il devient à partir de là évident que, dans la recherche du droit de la liberté, de la Vérité de la juste coexistence il faut écouter des instances différentes de ces partis ou des groupes d'intérêts, sans pour cela vouloir le moins du monde contester leur importance. Nous revenons ainsi à la structure de l'université médiévale. A côté de celle de droit, il y avait les Facultés de philosophie et de théologie, auxquelles étaient confiée la recherche sur l'existence humaine dans sa totalité et avec celle-ci le devoir de conserver vive la sensibilité pour la Vérité. On pourrait même dire que cela est le sens permanent et véritable de ces deux Facultés : être des gardiens de la sensibilité pour la Vérité, ne pas permettre que l'homme se détache de la recherche de la Vérité. Mais comment peuvent-elles remplir cette tâche ? Il s'agit d'une question sur laquelle il faut toujours se pencher à nouveau et qui n'est jamais posée et résolue de manière définitive. Ainsi, ici, je ne peux pas non plus offrir véritablement une réponse, mais plutôt une invitation à demeurer en chemin avec cette question - en chemin avec les grands qui au fil de l'histoire ont lutté et cherché, avec leurs réponses et leur inquiétude pour la Vérité, qui renvoie continuellement au-delà de toute réponse particulière.
 
Théologie et philosophie forment en cela un couple de jumeaux très particulier, dans lequel aucune des deux ne peut être totalement détachée de l'autre et, toutefois, chacune doit conserver sa propre tâche et sa propre identité. Le mérite historique revient à Saint Thomas d'Aquin - face à la réponse différente des Pères en raison de leur contexte historique - d'avoir mis en lumière l'autonomie de la philosophie et avec elle le droit et la responsabilité propres de la raison qui s'interroge sur la base de ses forces. En se différenciant des philosophies néoplatoniciennes, où la religion et la philosophie s'interpénétraient de manière inséparable, les Pères avaient présenté la foi chrétienne comme la vraie philosophie, en soulignant également que cette foi correspond aux exigences de la raison à la recherche de la Vérité ; que la foi est le « oui » à la Vérité, par rapport aux religions mythiques devenues une simple habitude. Toutefois ensuite, au moment de la naissance de l'université, ces religions n'existaient plus en Occident, mais uniquement le christianisme, et il fallait donc souligner de manière nouvelle la responsabilité propre de la raison, qui ne disparaît pas dans la foi. Thomas œuvra à un moment privilégié : pour la première fois, les écrits philosophiques d'Aristote étaient accessibles dans leur intégralité ; les philosophes juifs et arabes étaient présents, comme des appropriations et des continuations spécifiques de la philosophie grecque. Ainsi, le christianisme, dans un nouveau dialogue avec la raison des autres, à la rencontre desquels il allait, dut lutter pour son propre caractère raisonnable. La Faculté de philosophie que l'on appelait la « Faculté des artistes » et qui, jusqu'alors, n'avait été qu'une propédeutique à la théologie, devint alors une véritable Faculté, un partenaire autonome de la théologie et de la foi qui se réfléchissait en elle. Nous ne pouvons pas approfondir ici le débat passionnant qui en découla. Je dirais que l'idée de Saint Thomas sur le rapport entre philosophie et théologie pourrait être exprimée dans la formule trouvée par le Concile de Chalcédoine pour la christologie : philosophie et théologie doivent entretenir entre elles des relations « sans confusion et sans séparation ». « Sans confusion et sans séparation » signifie que chacune des deux doit conserver son identité. La philosophie doit rester véritablement une recherche de la raison dans sa liberté et dans sa responsabilité ; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et son étendue. La théologie doit continuer à puiser à un trésor de connaissance qu'elle n'a pas inventée elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant jamais totalement s'épuiser par la réflexion, précisément pour cela met toujours à nouveau en marche la pensée. Avec le « sans confusion » s'applique également le « sans séparation »: la philosophie ne recommence pas chaque fois du point zéro du sujet pensant de manière isolée, mais elle s'inscrit dans le grand dialogue du savoir historique, que celle-ci accueille et développe toujours à nouveau, de façon à la fois critique et docile ; mais elle ne doit pas non plus se fermer à ce que les religions et en particulier la foi chrétienne ont reçu et donné à l'humanité comme indication du chemin. L'histoire a démontré que parmi des choses dites par des théologiens au cours de l'histoire ou même traduites dans la pratique par les autorités ecclésiales, plusieurs étaient fausses et nous troublent aujourd'hui. Mais dans le même temps, il est vrai que l'histoire des saints, l'histoire de l'humanisme qui a grandi sur la base de la foi chrétienne démontre la vérité de cette foi en son noyau essentiel, en la rendant ainsi également une instance pour la raison publique. Bien sûr, beaucoup de ce que disent la théologie et la foi ne peut être approprié qu'à l'intérieur de la foi et ne peut donc pas se présenter comme une exigence pour ceux auxquels cette foi demeure inaccessible. Mais dans le même temps, il est vrai que le message de la foi chrétienne n'est jamais seulement une « comprehensive religious doctrine » au sens où l'entend Rawls, mais une force purificatrice pour la raison elle-même, qu'elle aide à être toujours davantage elle-même. Le message chrétien, sur la base de ses origines, devrait être toujours un encouragement vers la Vérité et ainsi une force contre la pression du pouvoir et des intérêts.
 
Or, jusqu'à présent, j'ai uniquement parlé de l'université médiévale, en tentant toutefois de laisser transparaître la nature permanente de l'université et de sa tâche. A l'époque moderne, se sont ouvertes de nouvelles dimensions du savoir, qui sont mises en valeur dans l'université en particulier dans deux grands domaines : tout d'abord dans les sciences naturelles, qui se sont développées sur la base de la connexion entre l'expérimentation et une rationalité présupposée de la matière ; en second lieu, dans les sciences historiques et humanistes, où l'homme, en scrutant le miroir de son histoire et en éclaircissant les dimensions de sa nature, tente de mieux se comprendre lui-même. Dans ce développement s'est ouverte à l'humanité non seulement une mesure immense de savoir et de pouvoir, mais la connaissance et la reconnaissance des droits et de la dignité de l'homme ont également grandi, et nous pouvons être reconnaissants de cela. Toutefois, le chemin de l'homme ne peut jamais se dire complètement achevé et le danger de la chute dans le manque d'humanité n'est jamais tout simplement conjuré : nous le voyons bien dans le panorama de l'histoire actuelle ! Le danger pour le monde occidental - pour ne parler que de celui-ci - est aujourd'hui que l'homme, justement en considération de la grandeur de son savoir et de son pouvoir, baisse les bras face à la question de la Vérité. Et cela signifie que dans le même temps la raison, en fin de compte, se plie face à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, contrainte de la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l'université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison, soit confinée dans la sphère privée d'un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison - inquiète de sa pureté présumée - devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n'atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage de la vérité et, ainsi, ne grandit plus, mais devient plus petite. Appliquée à notre culture européenne, cela signifie : si elle veut seulement se construire sur la base du cercle de ses propres argumentations et de ce qui à un moment donné la convainc et - inquiète de sa laïcité - si elle se détache des racines qui lui ont donné vie, alors, elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais elle se décompose et se brise.
 
Je retourne ainsi à mon point de départ. Qu'est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l'université ? Assurément, il ne doit pas tenter d'imposer aux autres de manière autoritaire la foi, qui peut seulement être donnée en liberté. Au-delà de son ministère de pasteur dans l'Eglise et sur la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la Vérité ; inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, la solliciter à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l'histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l'histoire et aide à trouver le chemin vers l'avenir.
 

Benoît XVI - Du Vatican, le 17 janvier 2008
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© Copyright du texte original plurilingue : Librairie Editrice du Vatican

Il y aurait beaucoup à dire sur le « procès Galilée ». Les faits ont été tellement travestis qu'on ne comprend plus guère ce qui s'est réellement passé. Certains points doivent être mis en évidence :

 
 
« A l'époque de Galilée, l'Eglise est restée beaucoup plus fidèle à la raison que Galilée lui-même. 
Le procès contre Galilée a été raisonnable et juste ». (Paul Feyerabend)
 

1. Galilée, contrairement à ce que l'on suppose,
n'a jamais subi la torture. Dès 1755, avec Pierre Estève dans son Histoire de l'astronomie, on a prétendu que ses juges lui avaient « crevé les yeux ». C'est un mensonge éhonté. Le savant a toujours été traité avec les égards dus à son rang. Il put habiter, durant le temps de ses interrogatoires, soit à la Villa Médicis, soit dans un appartement donnant sur les jardins du Vatican. C'est mieux, quoiqu'on en dise, que la prison inquisitoriale du château Saint-Ange. Le pape en personne insista pour que ce soit une commission extraordinaire, nommée par ses soins, qui s'occupe de la phase d'instruction, et non, comme le voulait la procédure, le Saint-Office, beaucoup plus sévère à en croire tous les avis. Urbain VIII voulut même que le procès ne se fit pas. Il n'en signa d'ailleurs pas le jugement. 2. Galilée n'a pas été jeté « au cachot jusqu'à la fin de ses jours ». Urbain VIII commua la peine de prison prononcée par l'Inquisition en assignation à résidence. Galilée fut donc autorisé à vivre dans sa maison de campagne « Le Joyau », à Arcetri, près de Florence, où il continua à recevoir ses élèves et à écrire. 3. Il n'a jamais, après sa formule d'abjuration, prononcé la phrase que la postérité lui a prêtée : « Et pourtant, elle tourne! » (E pur, si muove !). Cette parole de défi n'entre dans l'histoire qu'en 1757, par le touche-à-tout turinois Giuseppe Baretti, dans son livre The Italian Library. Personne n'y a jamais fait allusion avant ce livre. Il écrit alors que Galilée était mort depuis cent quinze ans. 4. Galilée n'a pas été condamné pour motif d'hérésie, mais pour simple « suspicion d'hérésie ». Cette « suspicion » était due à l'infraction au précepte ecclésiastique qui exigeait de ne pas présenter pour Vérité absolue et définitive ce qui ne doit rester qu'une hypothèse (l'héliocentrisme, dans le cas présent) et ne pas y mêler l'Écriture Sainte. 5. Galilée, enfin, n'a jamais été excommunié. L'Inquisition espagnole, à l'inverse de la romaine, ne prohiba pas son Dialogue. Depuis 1594, le système de Copernic était d'ailleurs enseigné à l'Université de Salamanque.
 
Inspiré de Crapouillot (n°125, septembre 1996) - Galilée face à la Sainte Inquisition
 
 
 

Cette très bonne initiative a été prise par les cardinaux Telesphore Toppo, archevêque de Ranchi en Inde, Luis Aponte Martinez, archevêque émérite de San Juan à Puerto Rico, Varkey Vithayathil, archevêque majeur de Ernakulam-Angamaly (Inde), Riccardo Vidal, archevêque de Cebu aux Philippines, et Ernesto Corripio y Ahumada, archevêque émérite de Mexico...

 
 
 
Du 3 au 7 mai 2005, ces cinq prélats avaient parrainé à Fatima (Portugal) un congrès marial sur le thème de la "coopération de la Vierge Marie à l’œuvre de Rédemption de l’homme". A l’issue de cette rencontre, les participants avaient adressé au pape le « vœu » de voir proclamer la Vierge « Mère spirituelle de l’humanité tout entière, Co-Rédemptrice de Jésus, le Rédempteur, Médiatrice de toutes les grâces de Jésus l’unique Médiateur, et Avocate avec Jésus-Christ, au nom de l’espèce humaine ». L’objectif de ce nouveau dogme marial serait de « renforcer la mission œcuménique de l’Eglise et proclamer l’Evangile dans toute sa plénitude ». En effet, « en ces temps de grande confusion parmi les nombreux mouvements du christianisme et les peuples non-chrétiens au sujet de la doctrine mariale, nous estimons opportune une définition solennelle précisant l’enseignement constant de l’Eglise concernant la Mère du Rédempteur », « En ce début de troisième millénaire », les cardinaux signataires souhaitent ainsi « éclairer » les « autres traditions religieuses » sur le rôle de la Vierge dans la doctrine catholique.
 
 
--> Un dogme est une Vérité de Foi contenue dans la Révélation et proposée par le magistère extraordinaire de l’Eglise à l’adhésion des catholiques. Outre les dogmes proclamés avant le schisme de 1054, 3 dogmes sont propres à l’Eglise catholique : L’Immaculée conception de Marie, proclamé par Pie IX (1846-1878) en 1854; l’infaillibilité pontificale, proclamé par Pie IX lors du Concile inachevé de Vatican I (1870) et l’Assomption de la Vierge Marie, proclamé en 1950 par Pie XII (1939-1958).




Lien : Marie, Médiatrice et Co-Rédemptrice... avec toute l'Eglise !

Ceux qui sont allés en pèlerinage au Sanctuaire de Lourdes, n’ont pu manquer le rendez-vous de la prière devant la Grotte où la Sainte Vierge est apparue, le 11 février 1858. C’est un lieu mystique qui semble être un « sein » de mère qui accueille, presque une nouvelle source baptismale, dans laquelle on se plonge pour redécouvrir la beauté extraordinaire et inégalable d’être chrétiens : avoir Dieu comme Père, et Marie comme Mère !

 
 
 
http://img.over-blog.com/300x460/0/21/41/34/2008/Lourdes.jpgLourdes est un des plus importants « lieux de prière » que l’Eglise connaisse. C’est comme un immense bassin de pureté, ou d’innombrables âmes ont abandonné leurs propres vêtements de péché et se sont revêtus des vêtements blancs de la renaissance spirituelle ! Plusieurs, comme celui qui écrit ces lignes, y ont trouvé la lumière nécessaire pour accepter l’appel au sacerdoce, d’autres, la force pour y rester fidèles. Comment nier que ce soit précisément la Mère à connaître plus que tous la Volonté du Fils et que, pour cela, aller à Elle, veut dire découvrir beaucoup mieux le projet mystérieux de Dieu sur chacun de nous ? Personne mieux qu’Elle ne peut nous convaincre à « faire ce que Lui nous dira » ! A Lourdes, nous aussi, comme les serviteurs de Cana, en ouvrant sincèrement notre cœur à la présence de la Mère et en écoutant ses paroles, nous restons fascinés par le mystère du Fils. Alors, sa Volonté nous apparaîtra pour ce qu’elle est vraiment : la voie qui mène à notre bonheur ! Bernadette a vu réellement la Blanche Dame, nous, en revanche, nous la voyons non pas avec nos yeux, mais avec le regard du cœur qui, dans la foi, sait deviner sa présence sur notre chemin. Devant la Grotte de Massabielle précisément, le regard intérieur du pèlerin s’éclaire d’une lumière qui est typique de ce lieu de grâce : c’est la lumière de la maternité spirituelle de Marie qui nous donne Jésus, dans un Noël toujours nouveau. Il est grand le soutien que ces apparitions mariales ont donné à des âmes innombrables, pour les encourager sur le chemin de la conversion et de la sanctification personnelle. De la sorte, leur changement a eu son influence sur l’amélioration du monde, parce que c’est le monde intérieur tout entier qui bénéficie de la conversion de chacun. Pour nous, pèlerins à Lourdes, la maternité universelle de Marie est le mystère à découvrir et à redécouvrir, afin qu’il nous accompagne pendant toute notre vie. A Lourdes, cette lumière mariale est présente partout : soit que l’on se baigne dans les eaux des piscines, soit que l’on se mêle, heureux, aux milliers de personnes qui participent à la procession aux flambeaux, en priant le Chapelet le soir, soit que l’on assiste, avec tous les malades à la Procession Eucharistique de l’après-midi. La présence de Marie est un mystère à goûter dans l’âme pour apprendre, avec Marie, à honorer son Fils, en particulier dans le Saint-Sacrifice de la Messe et dans le Sacrement de la Réconciliation. Le premier témoin de la venue de Marie à Lourdes a été la petite Bernadette Soubirous, qui en est devenue la messagère intrépide. Même si elle est enterrée au loin, plus au nord de la France, à Nevers, avec son corps totalement intact, comme si elle dormait encore, à Lourdes « tu rencontres » partout Bernadette. Il est beau de se la rappeler en lisant ses humbles paroles adressées à la Sainte Vierge : « Oui, tendre Mère, vous vous êtres abaissée jusqu’à terre pour apparaître à une faible fille… Vous, Reine du Ciel et de la terre, vous avez voulu vous servir de tout ce qu’il y avait de plus humble selon le monde » (Journal dédié à la Reine du Ciel, 1866).
 
A l’Angélus du premier Dimanche de Carême, le Saint-Père, le Pape Benoît XVI a rappelé les Apparitions de Lourdes en ces termes : « Cette année, le début du Carême coïncide providentiellement avec le 150° anniversaire des Apparitions de Lourdes ». Puis il a déclaré : « Le Message que la Sainte Vierge continue à répandre à Lourdes rappelle les paroles que Jésus prononça précisément au début de sa Mission publique et que nous écoutons à nouveaux à plusieurs reprises durant ces jours de Carême : ‘’Convertissez-vous et croyez à l’Evangile’’, priez et faites pénitence. Accueillons l’invitation de Marie qui fait écho à celle du Christ et demandons-lui d’obtenir ‘’d’entrer’’ avec foi dans le Carême, pour vivre ce temps de grâce avec une joie intérieure et un engagement généreux » (Benoît XVI, angélus du 10 février 2008).
 

« La législation ne peut pas se baser sur un simple consensus politique, mais au contraire principalement sur la morale fondée sur un ordre naturel positif » lit-on dans la “Déclaration d’Aparecida pour défendre de la Vie”, diffusée dimanche 10 février pour conclure le Premier Congrès pour Défendre la Vie, célébré à Aparecida (Brésil) du 6 au 10 février.

 
 
 
Dans la déclaration d’Aparecida, les participants dénoncent l’introduction d’une culture de mort qui amène à perdre le sens de la vie, les valeurs éthiques et les droits naturels dont dérivent tous les autres droits ; la tentative de légaliser l’avortement en Amérique latine ; la tromperie dans le domaine scientifique ; la manipulation du langage ; les autorités qui permettent la fabrication et la distribution de médicaments qui tuent des êtres humaines depuis les premières heures, comme c’est le cas de la pilule abortive ; les programmes d’état pour libéraliser l’avortement ; l’introduction d’une éducation sexuelle scolaire hédoniste dissociée de l’amour et centrée sur la génitalité, qui promeut une idéologie du genre et impose l’homosexualité entre les enfants et les jeunes ; la tentative de légaliser l’euthanasie dans le pays.
 
Face à cette situation, les participants au Congrès proposent, entre autres choses, l’institution d’observateurs permanents à l’intérieur du Congrès National afin d’accompagner efficacement les propositions relatives aux droits de l’homme, à la vie et à la famille, et de promouvoir la connaissance de la Doctrine sociale de l’Eglise dans la perspective de l’Evangile de la Vie. De la même manière ils demandent la réalisation d’actions concrètes pour défendre la vie de la part des institutions, des organismes et des leaders et le respect intégral de la vie et de la dignité humaine.
 

Rémi Brague est un professeur de philosophie français mondialement reconnu, mais il faut que ce soit un journal italien qui lui offre l'occasion de s'exprimer (le 18 janvier 2008) sur "l'affaire Sapienza" ! Le Monde et le Figaro ont des pages "Opinions", ou des "tribunes libres", mais apparemment, les opinions sont filtrées et les tribunes ne sont pas si libres que ça !

 
 
 
Professeur à la Sorbonne de Paris mais aussi à Munich, où il occupe la chaire prestigieuse dédiée à Romano Guardini, auteur d'essais traduits partout dans le monde mais aussi un des fondateurs de la revue catholique internationale "Communio" (avec Ratzinger, Balthazar, De Lubac), Rémi Brague nous invite à ne pas baisser la garde face aux nouveaux extrémismes antireligieux. On appréciera particulièrement la "petite" touche amicale pour notre sophiste graphomane du moment… notre ami Onfray !
 

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« Nous professons avec fidélité et dévotion que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils, non pas comme deux principes, mais comme d'un seul principe, non pas par deux spirations, mais par une seule et unique spiration. C'est ce que la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de tous les fidèles, a jusqu'à maintenant professé, prêché et enseigné ; c'est ce qu'elle tient fermement, prêche, professe et enseigne ; c'est là l'immuable et véritable doctrine des Pères et des Docteurs orthodoxes, aussi bien latins que grecs. Mais parce que certains, en raison d'une ignorance de la Vérité irréfutable sont tombés dans diverses erreurs, nous-mêmes désireux de fermer la route à des erreurs de ce genre, avec l'approbation du saint concile, nous condamnons et réprouvons tous ceux qui oseraient nier que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils, ou qui même, dans une audace téméraire, iraient jusqu'à affirmer que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme de deux principes et non comme d'un seul »


(Denzinger N°850 - Constitution sur la Trinité Souveraine, le 18 mai 1274 - 2ème Concile de Lyon)

La liturgie est le moyen le plus simple et le plus direct dont dispose l'Eglise pour toucher le coeur des hommes et les inviter ainsi à réfléchir sur le sens de leur existence à la lumière de Dieu. Ces questions-là ne sont pas secondaires à une époque où nos civilisations européennes traversent une grave crise d'identité qui se traduit - entre autres - par un avortement toutes les 25 secondes et un divorce toutes les trente secondes. Mais puisque la liturgie a cette faculté de pouvoir ouvrir le coeur des hommes, il est impératif qu'elle soit elle-même protégée, mise à l'abri des vicissitudes de notre siècle et des erreurs de formulation dans laquelle certains la font tomber, volontairement ou non. Or notre liturgie est aujourd'hui mise en péril. Deux dangers la menacent : le fondamentalisme et le relativisme :

 
 
 
Le fondamentalisme naît de la prétention à vouloir utiliser la liturgie comme prétexte pour réaliser un projet de pouvoir. Combien de fidèles - clercs et laïcs - ne sont-ils pas tentés de se servir ainsi de la liturgie, surtout depuis que la généralisation des messes "face au peuple" permet de mettre l'accent sur les manières ostentatoires des célébrants plus que sur la discrète présence de Dieu ? Le relativisme consiste à penser que toutes les célébrations liturgiques sont vraies et se valent. Or une telle vision de la liturgie est erronée. S'il est totalement exact que, comme l'ont rappelé certains évêques au moment où l'annonce du motu proprio Summorum Pontificum les a fait trembler, « la liturgie est l'expression de la théologie de l'Eglise », il faut en déduire que les célébrations liturgiques qui ne suivent pas les règles données par le missel romain - ou tout autre missel approuvé par l'Eglise - ne sont pas l'expression de la théologie de l'Eglise, mais simplement son expression partielle, incomplète, défectueuse. Il est évident qu'une vision relative de la liturgie ne peut être le fruit d'une vision erronée de l'Eglise et du Magistère : l'ecclésiologie se répercute immanquablement sur la liturgie, et inversement. On ne saurait donc suivre ou s'engager avec confiance dans de telles liturgies, quand bien même elles auraient l'aval de l'évêque diocésain ou du responsable de la paroisse.
 
Plus que jamais il est nécessaire de protéger notre liturgie de la dévastation "cléricale" qui l'atteint au point, parfois, de la déchristianiser. Pour cela, il est urgent d'apprendre à refuser poliment mais fermement toutes les célébrations liturgiques qui, même sous couvert de "pastorale", s'écartent des décisions conciliaires et de l'enseignement magistériel. Les célébrants qui, aujourd'hui, ne mettent pas fidèlement en oeuvre le Missel romain, élaborent des liturgies qui, gangrenées par le relativisme et le fondamentalisme, ne peuvent satisfaire le coeur de l'homme. Ces célébrants-là, qu'ils en aient conscience ou pas, font ce qu'il est convenu d'appeler un "contre apostolat".
 
Librement inspiré de l’association Pro Liturgia
Rémi Brague, professeur de philosophie arabe à la Sorbonne, a accordé un entretien au quotidien italien « Avvenire » (“Brague: ai valori preferisco i beni”, 13 décembre 2007, p 29), dans lequel il déclare entre autres : « Ce qui me gêne, c’est parler des valeurs qui se font depuis plusieurs années dans le milieu catholique. Evidemment, les contenus des ces valeurs, je ne les mets pas en discussion, mais je note une certaine naïveté à employer ce terme qui est à la mode, mais qui est utilisé aussi, par exemple, par Nietzsche, qui n’était proprement pas un bon catholique. Je propose alors une sorte d’exercice : remplacer le terme « valeurs » par le terme « biens », au pluriel. La valeur existe dans la mesure où nous l’attribuons à une chose déterminée, et elle est donc subjective :
 
 
 
Nietzsche, dans « Ainsi parlait Zarathoustra », analyse ce problème, et dit que l’acte par lequel nous donnons de l’importance à la chose, a plus d’importance que la chose qui acquiert une valeur grâce à l’acte. Les catholiques doivent être attentifs à cela. Les biens, en revanche, sont objectifs, concrets, ils répondent à des besoins et on peut les partager. Dans le christianisme il n’y a rien qui soit bon seulement pour les chrétiens. L’Encyclique « Spe Salvi » rappelle les chrétiens, tentés comme ils le sont par le subjectivisme et par le relativisme (+) (+) (+) (+) (+), à cette objectivité, pour démontrer la nécessité de l’annonce évangélique. Jésus est venu simplement pour révéler à l’homme la Vérité sur le fait qu’il est homme, qu’il est Fils de Dieu qui est Père, le Bien suprême. Ne vous semble-t-il pas que cela peut être proposé à quiconque ? Le Baptême, qui donne un début à cette filiation, se présente donc comme un don et une initiation à la connaissance de la Vérité Divine. Ainsi, Jésus, après avoir demandé aux siens de faire des disciples de toutes les nations, les a invités à les baptiser. Certainement, le Seigneur ne s’est pas préoccupé d’analyser les défis - comme on aime à dire aujourd’hui - du monde païen, mais que l’homme soit libéré de la sujétion du Malin. Pour s’opposer à cela, l’analyse sociologique ne sert pas, mais la "puissance" de l’Evangile, capable de faire fuir Satan et de sauver chaque homme est l'unique étendard (cf. Romains 1, 16). Les chrétiens doivent, comme Saint Paul, être conscients que la Parole s’est faite chair et "contient" la plénitude de la divinité, en mesure de sauver et de guérir tout homme qui se convertit. Alors, un peu plus des énergies et des ressources économiques, employées par des organisations catholiques pour les valeurs, dans les symposiums sur la paix et sur la non-violence, ne mériteraient-elles pas d’être utilisées dans la diffusion de l’Evangile ? Il est temps, probablement, de cesser de subir le chantage d’un pouvoir qui finance les activités naturelles, seulement si elles sont « neutres », c’est-à-dire si elles se taisent sur le Christ, en parlant à la rigueur de toute autre culture ou religion. Avec tant de paroles sur la Parole, ne savons-nous pas que, de sa connaissance et de sa pratique, dépend le changement de l’homme, et donc de toutes les autres choses ? Et pourtant, il y a des gens, même chez les prêtres, qui font l’éloge des non-pratiquants et des non-croyants qui arrivent à l’église pour assister à des funérailles et à des mariages, parce que ce ne sont pas des bigots, à la différence des paroissiens qui vont chaque soir à la Messe ! Qu’est-ce que l’évangélisation pour ceux-là ? Certes, le choix d’embrasser l’Evangile et d’aimer Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ, n’a de sens que s’il est fait en toute liberté. Nous savons tous, qu’il n’y a aucun plaisir à être aimés de force. Notre consolation nous vient seulement quand la personne que nous aimons répond à notre amour dans une liberté et une autonomie absolues. C’est là le risque que Dieu a pris en donnant à l’homme l’intelligence et la volonté libre. Autrement, l’amour n’aurait pas été libre, et il n’aurait donc pas été amour. Mais cela ne dispense pas de proposer Jésus-Christ !
 
Ce Jésus-Christ dont les premiers chrétiens persécutés n’eurent pas peur de montrer les initiales grecques X(ch) et P(r) di XPISTOC, souvent associées avec l’Alpha et l’Oméga qui, dans l’Apocalypse : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier… » indique que le Verbe est Créateur, et celui qui récapitule le cosmos et l’histoire. Oui, ce « chrismon » qui orne encore les habits liturgiques, souligné par les Bénédictins comme « Pax », parce qu’Il est la vraie paix. Un étendard qui rappelle Jésus-Christ, la Confirmation, la Messe Chrismale, l’onction, la mission qui, pour les chrétiens, à commencer par les jeunes, est essentielle : sans le Seigneur, il n’y a pas de paix dans le cœur de l’homme ni autour de lui. « Ubi Deus, ibi Pax » dirait Saint François. Voilà pourquoi annoncer l’Evangile est une nécessité (1 Corinthiens 9, 16-18).
 

Né en 1898, le Cardinal Alojzije Stepinac mourut le 10 février 1960 après plus de 13 ans en prison. Il a été béatifié par Jean-Paul II lors de son pèlerinage au sanctuaire de Marija Bistrica le 3 octobre 1998. Il s’opposa aux doctrines qui niaient la foi et la dignité humaine. À cause de sa fidélité à l’Église, il fut détenu longtemps en prison et, atteint de maladie et consumé d’inanition, il acheva un épiscopat de choix.

 

 

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"In Te, Domine, speravi; telle était la devise du Cardinal Alojzije Stepinac, sur la tombe duquel j'ai prié dès mon arrivée à Zagreb. Sa figure résume toute la tragédie qui a frappé l'Europe au cours de ce siècle, marqué par les grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. En lui resplendit dans sa plénitude la réponse catholique: foi en Dieu, respect de l'homme, amour envers tous confirmé dans le pardon, unité avec l'Eglise guidée par le Successeur de Pierre. Dans sa béatification, nous reconnaissons la victoire de l'Évangile du Christ sur les idéologies totalitaires; la victoire des droits de Dieu et de la conscience sur la violence et les abus de pouvoir; la victoire du pardon et de la réconciliation sur la haine et la vengeance. Le bienheureux Stepinac constitue ainsi le symbole de la Croatie qui veut pardonner et se réconcilier, en purifiant la mémoire de la rancœur et en vainquant le mal par le bien. La cause de la persécution et du procès-farce monté contre lui, fut son ferme refus face aux insistances du régime pour qu'il se sépare du Pape et du Siège apostolique et qu'il se place à la tête d'une 'Église nationale croate'. Il préféra rester fidèle au Successeur de Pierre. C'est pourquoi il fut calomnié, puis condamné." Extraits de l'audience générale du 7 octobre 1998.

Ci-dessous, hymne de Noël par le prêtre Sedulius (vers 450) :

Ce prêtre avait déjà écrit le Salve Sancta Parens :

 


1. A solis ortus cardine
Adusque terre limitem
Christum canamus principem
Natum Maria virgine.


2. Beatus auctor seculi
Servile corpus induit,
Ut carne carnem liberans
Non perderet, quos condidit.


3. Caste parentis viscera
Celestis intrat gratia,
Venter puelle baiulat
Secreta, que non noverat.


4. Domus pudici pectoris
Templum repente fit Dei,
Intacta nesciens virum
Verbo creavit filium

Litanies approuvées par Rome en 1899 par le Pape Léon XIII (version latine). 

Selon l'Enchiridion Indulgentiarum (1999), l'indulgence partielle est accordée

(aux conditions habituelles) au fidèle qui récitera pieusement ces Litanies :

 

 
 


Seigneur, --> ayez pitié de nous
Jésus-Christ, --> ayez pitié de nous

Seigneur, --> ayez pitié de nous
Jésus-Christ, --> écoutez-nous
Jésus-Christ, --> écoutez-nous

Père céleste, qui êtes Dieu, --> ayez pitié de nous
Dieu le Fils, Rédempteur du monde, --> ayez pitié de nous

Esprit-Saint, qui êtes Dieu, --> ayez pitié de nous

Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, --> ayez pitié de nous

 

Cœur de Jésus, Fils du Père Eternel, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, formé par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, uni substantiellement au Verbe de Dieu, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, souveraine majesté, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, temple saint du Seigneur, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, tabernacle du Très-Haut, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, maison de Dieu et porte du Ciel, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, fournaise ardente de Charité, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, sanctuaire de la justice et de l'amour, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, plein d'amour et de bonté, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, abîme de toutes les vertus, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, très digne de toutes louanges, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, Roi et centre de tous les cœurs, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, dans lequel sont tous les trésors de la sagesse et de la science, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, dans lequel réside toute la plénitude de la divinité, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, objet de complaisance du Père Céleste, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, le désiré des collines éternelles, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, patient et très miséricordieux, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, libéral pour tous ceux qui vous invoquent, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, propitiation pour nos péchés, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, rassasié d'opprobres, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, broyé à cause de nos péchés, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, obéissant jusqu'à la mort, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, percé de la lance, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, source de toute consolation, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, notre vie et notre résurrection, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, notre paix et notre réconciliation, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, victime des pécheurs, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, salut de ceux qui espèrent en vous, --> ayez pitié de nous

Cœur de Jésus, espérance de ceux qui meurent dans votre amour, --> ayez pitié de nous
Cœur de Jésus, délices de tous les saints, --> ayez pitié de nous 


Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, --> pardonnez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde,
--> exaucez-nous, Seigneur

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, --> ayez pitié de nous
 

V. Jésus, doux et humble de Cœur.
R. Rendez-nous un cœur semblable au Vôtre.
 
Prions : Dieu éternel et tout-puissant, jetez les yeux sur le Cœur de votre Fils bien-aimé : soyez attentif aux louanges et aux satisfactions qu'il vous rend au nom des pécheurs. Apaisé par ces divins hommages, pardonnez à ceux qui implorent votre miséricorde au nom de ce même Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

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