En France, si la paroisse à la chance d'avoir une bonne Schola, il est de "tradition"
de chanter cette Messe pour les grandes solennités liturgiques comme celles du
Christ-Roi ou bien encore de l'Épiphanie (fête des Rois) - Messe publiée par
Henry du Mont, maître de la Chapelle Royale, pour le Roy Louis XIV) :

 

 

 

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Kyrie Eleison (3*3*3)

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Kyrie Eleison (2*2*2)

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Kyrie Eleison - légèrement coupé 

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Gloria in excelsis Deo

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Gloria in excelsis Deo

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Gloria in excelsis Deo

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Credo in unum Deum

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Sanctus

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Credo in unum Deum

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Sanctus
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Agnus Dei

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Sanctus
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Agnus Dei
 
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Agnus Dei

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Ite Missa est
 
 

 

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Enregistré (dans les conditions du direct)

en la Basilique Notre-Dame de Maastricht

(Pays-Bas), le 15 mai 2016, endroit

même où Henry du Mont étudia la

musique et devient organiste en 1629

 

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Ite Missa est
 
 
 
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Un bel exemple pour toutes nos familles, durement éprouvées aujourd’hui :

 

 

 

Voici 150 ans, Louis et Zélie Martin, parents de Thérèse, s'engageaient dans le mariage, à Alençon et envisageaient de réaliser leur projet de vie en constituant une grande famille. Pour vivre leur amour, ils eurent à renoncer à leurs aspirations vocationnelles antérieures d'appel à la vie religieuse. Ils intégrèrent à leur vie de couple, comme nombre de leurs contemporains, la participation intense, active, régulière et ardente à la vie de l'Église. Ils se nourrirent des sacrements, s'investirent dans leur paroisse et consacrèrent un temps quotidien à la prière partagée, au recueillement, à la méditation et au rythme respectueux et discret de la vie personnelle de chacun. Ils ne manquaient pas non plus de recevoir le sacrement de la réconciliation au rythme régulier préconisé par l'Église et à vivre de la grâce reçue. Engagés dans la confiance sur cette voie ordinaire de la sanctification de leur vie de couple, ils donnèrent la vie à neuf enfants, tout en conservant, l'un et l'autre, leur profession. Les épreuves familiales allaient ponctuer leur vie et solliciter leur foi, en intensifiant leur confiance dans le Seigneur. Ils ont mené une vie de labeur intense et éprouvante, affronté la maladie et la mort de quatre de leurs enfants et surmonté ces décès en bas âge de leurs chers petits. Il ne leur restait que les cinq filles dont Thérèse, la plus jeune, demeure la plus connue en raison de l'accomplissement évangélique de sa vie et de son rayonnement missionnaire. Cinq ans après leur mariage, en 1858, Louis et Zélie créent leur propre entreprise de point d'Alençon. Louis travaille avec son épouse. Il s'ingénie à mettre au point de nouveaux modèles. Les résultats sont probants. Il faut trouver des débouchés. Il prend fréquemment la route d'Alençon à Paris pour élargir la clientèle, fidéliser celle qui existe et s'assurer du bon écoulement de la production de Zélie et de ses employés. C'est durant cette période qu'il transmet son horlogerie à son neveu Adolphe Leriche. Louis et Zélie quittent la rue du Pont-Neuf à Alençon et installeront leurs activités rue Saint Blaise. Durant toute cette période, Zélie assume avec un courage extraordinaire sa responsabilité maternelle, son engagement professionnel, son douloureux combat avec le cancer qui l'emportera le 28 août 1877. Elle avait 46 ans et laissait à son mari -dont elle pressentait la fragilité- ses cinq filles. L'aînée, Pauline, n'avait que 17 ans et la petite Thérèse courait paisiblement sur ses cinq ans. Pour elle, la période d'Alençon s'achevait sans sa Maman. Celle de Lisieux s'ouvrait.

 

Dans cette famille ordinaire, éclairée par la foi, confrontée aux aléas de la vie, minée par la maladie, émergent, s'affirment et se déploient les réponses et les vocations des cinq filles. Quatre choisiront le même carmel, celui de Lisieux. Léonie répondra de son choix à la Visitation de Caen. La béatification des parents mettra en lumière l'humble réponse de ce couple attentif à inscrire sa réponse quotidienne dans l'engagement pour ses enfants et la croissance spirituelle de chacune d'entre elles. Ils seront confrontés aux événements les plus douloureux de leur vie mais leur foi paisible, humble, ardente et enracinée dans la vie de l'Église leur permettra de tenir. Dans l'élan de cette passion aimante, Thérèse n'hésite pas à écrire au père Rouland, deux mois avant sa mort, fin juillet 1897 : « Le bon Dieu m'a donné un père et une mère plus dignes du ciel que de la terre, ils demandèrent au Seigneur de leur donner beaucoup d'enfants et de les prendre pour lui. Ce désir fut exaucé : quatre petits anges s'envolèrent aux cieux et les cinq enfants restées dans l'arène prirent Jésus pour époux ».

 

Texte de Monseigneur Pierre Pican, Évêque de Bayeux et Lisieux

De quelle autorité se revendiquent nos liturgies paroissiales qui se disent catholiques romaines alors qu'elles sont devenues allergiques aux rites romains, hermétiques aux enseignements de Rome, et fermées au chant propre de la liturgie romaine ? N'y aurai-il pas quelque chose qui cloche sérieusement dans ces liturgies-là ? Car nos messes paroissiales, de Lille à Marseille et de Strasbourg à Brest, ne sont ni vraiment romaine, ni même toujours catholiques, quoi qu'on dise, quoi qu'on veuille faire croire…

 

 

 

Il faut donc se demander si le fidèle catholique de France est encore autorisé à participer à une liturgie catholique romaine quand il se rend dans son église paroissiale. N'est-il pas plutôt obligé de se plier à la liturgie locale, laquelle est généralement héritée de ce que les années 70 ont produit de plus quelconque et souvent même de plus laid ? La réponse à cette question n'est pas facile tant il est vrai que dans nos diocèses la liturgie a pris des plis - des faux-plis ! -, et que personne ne semble plus capable aujourd'hui de mettre en œuvre une célébration véritablement conforme aux normes données par le missel romain. Alors comment remédier à toutes ces mauvaises habitudes qui ont été prises partout, afin que nos messes, célébrées selon des usages erronés hérités des années 70, puissent progressivement devenir plus romaines et plus catholiques ? Ne faudrait-il pas, en tout premier lieu, que les fidèles - clercs et laïcs - refusent les missels jetables et les revues d'animation et n'acceptent que le Missel romain ? Ce serait une façon de redécouvrir l'esprit de la liturgie véritable : celui de Rome, des Conciles, de la Tradition, de l'Eglise universelle. Autrement dit, il faudrait que nos évêques garantissent à tout baptisé qui se rend à la messe dans une paroisse, une liturgie célébrée intégralement selon le Missel romain, et non une célébration "relookée" à partir du dernier numéro de telle publication indiquant comment "adapter" le missel. Il est capital - vu l'état calamiteux d'un grand nombre de célébrations liturgiques - de ne plus laisser nos messes être falsifiées par les propositions liturgiques de certains célébrants qui ne savent plus (car on ne le leur a jamais appris) ce qu'est le Graduel (livre de chant officiel) ou le Missel (livre de la liturgie officielle).

 

La situation actuelle, de laquelle nous devrions impérativement nous libérer pour sauver ce qui doit être sauvé, a été parfaitement décrite par le Cardinal Ratzinger : « [Nous avons] besoin d'un nouveau commencement issu de l'intime de la liturgie, comme l'avait voulu le mouvement liturgique lorsqu'il était à l'apogée de sa véritable nature, lorsqu'il ne s'agissait pas de fabriquer des textes, d'inventer des actions et des formes, mais de redécouvrir le centre vivant, de pénétrer dans le tissu proprement dit de la liturgie, pour que l'accomplissement de celle-ci soit issu de sa substance même. La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s'est éloignée toujours davantage de cette origine. Le résultat n'a pas été une réanimation mais une dévastation. D'un côté, on a une liturgie dégénérée en show, où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe des fabricants liturgiques, et une attitude de recul d'autant plus prononcée chez ceux qui cherchent dans la liturgie non pas le showmaster spirituel, mais la rencontre avec le Dieu vivant devant qui tout "faire" devient insignifiant, seule cette rencontre étant capable de nous faire accéder aux vraies richesses de l'être. De l'autre côté, il y a conservation des formes rituelles dont la grandeur émeut toujours, mais qui, poussée à l'extrême, manifeste un isolement opiniâtre et ne laisse finalement que tristesse. Certes, il reste entre les deux tous les prêtres et leurs paroissiens qui célèbrent la nouvelle liturgie avec respect et solennité; mais ils sont remis en question par la contradiction entre les deux extrêmes, et le manque d'unité interne dans l'Eglise fait finalement paraître leur fidélité, à tort pour beaucoup d'entre eux, comme une simple variété personnelle de néo-conservatisme. Parce qu'il en est ainsi, une nouvelle impulsion spirituelle est nécessaire pour que la liturgie soit à nouveau pour nous une activité communautaire de l'Eglise et qu'elle soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques ».

 

On ne saurait être plus clair...

 

Pro Liturgia

I. Un parcours de sainteté qui transmet la foi

 

C'est pour moi une grande émotion et une grâce de Dieu d'être aujourd'hui avec vous en ce lieu. L'église Notre-Dame d'Alençon, avec son porche gothique flamboyant, est un vrai bijou ou, comme vous le dites vous-même, une vraie dentelle, le point d'Alençon en pierre ; on m'a dit que "si on veut mettre Dieu au plus bel endroit de l'Eglise, il faut le mettre à la porte !". Je remercie pour l'attention délicate avec laquelle j'ai été invité ce 12 juillet à faire mémoire, avec vous tous, du 150e anniversaire du mariage des Vénérables Serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin. Mariage et vie, dirais-je, réalisés avec une rare maîtrise, par le véritable Architecte de ce chef d'œuvre magnifique : les époux Louis et Zélie Martin sont des pierres choisies, "pierres précieuses et vivantes, sculptées par l'Esprit Saint", telle une très fine dentelle de point d'Alençon pour l'Eglise de Dieu que sont les diocèses de Sées et de Bayeux et Lisieux où ils vécurent et moururent. Noces d'or dans le Christ, même, trois fois d'or, si on peut dire, puisqu'elles durent depuis 150 ans. Je pense qu'il faut justifier le terme de : "noces de granit" comme votre évêque Mgr Jean-Claude Boulanger les a caractérisées sur le site web du diocèse. Quand on voit les maisons du centre historique de votre belle et célèbre cité - que je peux admirer -, je trouve tout à fait adéquate l'image du granit pour caractériser la solidité et la simplicité de l'amour et de la foi des époux Martin. Permettez-moi de vous rapporter les paroles d'un contemporain de leur fille Thérèse, Paul Claudel (1868-1955) qui, dans le Prologue de l'Annonce faite à Marie, écrit : « Ce n'est pas à la pierre de choisir sa place, mais au Maître de l'Œuvre qui l'a choisie… La Sainteté n'est pas d'aller se faire lapider chez les Turcs ou de baiser un lépreux sur la bouche, mais de faire le commandement de Dieu aussitôt, qu'il soit de rester à notre place, ou de monter plus haut ». Les Martin sont des saints choisis par Dieu pour être de ces saints-là, engagés dans la construction de Son Eglise. C'est en cela, justement, que réside la sainteté : s'empresser de faire la volonté de Dieu là où Il nous a placés, il s'agit de « rester à notre place, ou de monter plus haut ». Dieu est le "Trois fois saint", Dieu est ce "Père vraiment saint, source de toute sainteté", qui "sanctifie" les dons et les fidèles "par l'effusion de son Esprit" (1). La sainteté, toute sainteté, n'est donc que le reflet de sa gloire. L'Eglise, en élevant quelqu'un aux honneurs des autels, veut d'abord raconter et proclamer la gloire et la miséricorde de Dieu. En même temps, par son témoignage, elle offre aux croyants un exemple à imiter et, par son intercession, une aide à laquelle recourir. Précisément ce 12 juillet, en 1858 à 22 heures, les vénérables serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin ont contracté un mariage civil. Deux heures plus tard, à minuit, accueillis par l'abbé Hurel, un prêtre ami, ils ont franchi le seuil de cette église paroissiale pour célébrer leurs noces dans le Christ ; cela dans la plus stricte intimité, entourés de quelques parents et amis proches. La nuit de leurs noces rappelle la nuit de Noël et celle de Pâques, la nuit qui "seule entre toutes" a mérité de connaître le moment et l'heure de l'événement qui a bouleversé l'histoire de l'humanité. Ainsi a commencé leur "Cantique des Cantiques".

 

 

 

 

II. Un couple apostolique

 

Thérèse, devenue carmélite, invitait sa sœur Céline à exprimer un chant d'action de grâce à Jésus à l'occasion de sa prise d'habit : « Lève les yeux vers la Sainte Patrie ; Et tu verras sur des trônes d'honneur ; Un Père aimé… une Mère chérie… Auxquels tu dois ton immense bonheur !… " (PN 16,1). Les vénérables Serviteurs de Dieu Zélie et Louis, que le pape aura la joie d'élever aux honneurs des autels, ont été avant tout un couple uni dans le Christ, qui a vécu sa mission dans la transmission de la foi avec passion et avec un rare sens du devoir. Ils ont vécu à un moment particulier de l'histoire, ce XIXe siècle très différent du nôtre, et cependant, ils ont témoigné et se sont engagés de façon tout à fait naturelle, je dirai même de façon physiologique, dans ce que nous appelons aujourd'hui l'évangélisation. Nous pouvons à juste titre les définir comme un "couple apostolique" tel Priscille et Aquila : les époux Louis et Zélie se sont engagés comme couple chrétien laïque dans l'apostolat d'évangélisation, et ils l'ont fait, de façon sérieuse et convaincue durant toute leur existence, au sein de leur famille comme à l'extérieur. Le "don de soi" est tout à fait remarquable dans la vie de ces "incomparables parents" (2) selon l'expression même de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus de la Sainte Face. Mais la sainteté de leur vie, comme leur réputation de sainteté, ne se limite pas à la période conjugale. Elle est déjà présente auparavant. Leur vie à tous deux s'est développée dans la recherche de Dieu, dans la prière, animée par le profond désir de réaliser surtout Sa volonté. Ils s'étaient orientés, au départ, vers une vie religieuse consacrée. Ils se sont fait aider dans leur discernement. On n'en finirait pas d'être édifié par les récits des nombreux actes de charité manifestés dans vos rues par les époux Martin. Plusieurs Alençonnais, des membres de la famille Martin comme de leurs amis ont été les témoins directs de leur "don de soi". Ils ont déposé aux différents Procès informatifs, d'abord pour la cause de Thérèse et, plus tard, pour celle de ses parents, procès qui ont pour but de vérifier les critères de sainteté dans l'Eglise. Dans les témoignages recueillis pour la cause de Thérèse, de nombreuses personnes ont parlé de ses parents et de leurs qualités éminemment chrétiennes. Il suffit de lire Histoire d'une âme et de se promener dans les rues de votre ville pour découvrir les lieux où Louis et Zélie ont grandi, ont reçu leur formation humaine et chrétienne et ont travaillé : rue Saint-Blaise pour Zélie, comme dentellière (et quelle dentellière !) ; rue du Pont-Neuf pour Louis, comme horloger-bijoutier. C'est là qu'ils ont approfondi leur foi et pensé à se donner au Seigneur. Dieu toutefois avait d'autres projets sur eux et, un jour, sur le pont Saint-Léonard, ils se sont croisés, se sont connus et se sont aimés. Puis ils se sont mariés et sont devenus parents. C'est précisément ici, dans cette église, que Thérèse, leur dernière fille, est re-née au Christ. Les fonts baptismaux sont encore les mêmes ; ils représentent le sein de l'Eglise, Mère et éducatrice de saints, sein unique qui nous fait tous fils de l'Unique Père, matrice unique de la sainteté. Elles sont proverbiales, l'ouverture et la capacité d'accueil de la famille Martin : non seulement la maison est ouverte et accueillante pour quiconque frappe à la porte, mais le cœur de ces époux est chaleureux, large et prêt au "don de soi". Contrairement à l'esprit bourgeois de leur temps et de leur entourage, qui cachait derrière un certain decorum la religion de l'argent et le mépris des pauvres, Louis et Zélie, avec leurs cinq filles, passaient une bonne partie de leur temps et de leur argent à aider celui qui était dans le besoin. Au procès de ses parents, Céline Martin, au Carmel Sœur Geneviève, témoigna de l'amour de son père et de sa mère pour les pauvres : « Si au foyer régnait l'économie, c'était de la prodigalité quand il s'agissait de secourir les pauvres. On allait au devant d'eux, on les cherchait, on les pressait d'entrer chez nous, où ils étaient comblés, ravitaillés, vêtus, exhortés au bien. Je vois encore ma mère empressée autour d'un pauvre vieillard. J'avais alors sept ans. Mais je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions en promenade à la campagne quand, sur la route, nous rencontrâmes un pauvre vieillard qui paraissait malheureux. Ma mère envoya Thérèse lui porter une aumône. Il en parut si reconnaissant qu'elle entra en conversation avec lui. Alors ma mère lui dit de nous suivre et nous rentrâmes à la maison. Elle lui prépara un bon dîner, il mourait de faim, et lui donna des vêtements et une paire de chaussures… Et elle l'invita à revenir chez nous lorsqu'il aurait besoin de quelque chose ». (3) Et, à propos de son père, elle ajoute : « Mon père s'occupait de leur trouver un emploi selon leur condition, les faisant entrer à l'hôpital quand il y avait lieu, ou leur procurant une situation honorable. C'est ainsi qu'il aida un ménage de la noblesse en détresse […]. A Lisieux, aux Buissonnets, tous les lundis, dans la matinée, les pauvres venaient demander l'aumône. On leur donnait toujours, ou des vivres ou de l'argent ; et souvent c'était la petite Thérèse qui portait les aumônes. Un autre jour, mon père avait rencontré à l'église un vieillard qui avait l'air très pauvre. Il l'amena à la maison. On lui donna à manger et tout ce dont il avait besoin. Au moment où il allait partir, mon père lui demanda de nous bénir, Thérèse et moi. Nous étions déjà de grandes jeunes filles et nous nous sommes agenouillées devant lui, et il nous a bénies » (4). Ce sont des choses extraordinaires qui se sont passées ici-même ! Nous ne sommes pas devant une simple bonté, mais devant l'amour pour le pauvre vécu de façon héroïque, selon l'esprit de l'évangile de Matthieu (5). Chez ce couple lumineux resplendit quelque chose de la sainteté de toujours que nous trouvons tout au long de l'histoire de l'Eglise.

 

 

 

 

III. La réputation de sainteté

 

Tous les Papes, qui ont eu à s'occuper de la petite Thérèse (Saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, le bienheureux Jean XXIII, le Serviteur de Dieu Paul VI - du pape Jean-Paul Ier je parlerai tout à l'heure - et jusqu'au grand Pape Jean-Paul II), tous ont mis en lumière l'exemplarité de la sainteté des parents Martin, soulignant le lien de leur sainteté avec celui de leur fille. La sainteté de ces époux n'est pas due à la sainteté de leur fille ; elle est une véritable sainteté personnelle voulue, poursuivie à travers un chemin d'obéissance à la volonté de Dieu qui veut tous ses fils saints comme Lui-même est Saint. Alors, on peut dire que Thérèse est la première "postulatrice" de la sainteté de ses parents ; sainteté au sens le plus vrai du terme, ce n'est pas une simple façon de parler. Thérèse parle de son père en employant plusieurs fois des mots comme "saint", "serviteur de Dieu", "juste". Elle admire chez ses parents non seulement leurs capacités et leur finesse humaine ou leur courage au travail, elle remarque aussi leur foi, leur espérance et leur charité, l'exercice héroïque de ces vertus théologales. Elle souligne tous les éléments qui font l'objet d'un examen dans les procès canoniques. Si je pouvais, je la recommanderais comme postulatrice. L'Eglise se sent débitrice vis-à-vis de Louis et de Zélie, eux qui ont été de vrais maîtres et modèles de sainteté pour leur fille Thérèse, comme l'a affirmé justement Balthasar dans son ouvrage Sorelle nello Spirito (6) lorsqu'il écrit : « Dans le surnaturel, Thérèse ne réalise que ce qu'elle a, de quelque manière, vécu dans le naturel. Peut-être n'a-t-elle rien de plus intime et de plus irrésistible que l'amour de son père et de sa mère. C'est pourquoi son image de Dieu est déterminée par l'amour de l'enfant pour ses parents. A Louis et à Zélie Martin nous devons finalement la doctrine de la "petite voie", la doctrine de "l'enfance", car ils ont rendu vivant en Thérèse de l'Enfant-Jésus le Dieu qui est plus que père et mère" (7). Cette observation de Balthasar est d'une importance capitale. Il affirme très clairement que la doctrine de la "petite voie" qui a fait de Thérèse un Docteur de l'Eglise ès Science de l'amour de Dieu, nous la devons à la sainteté et à l'exemplarité de la vie de Louis et de Zélie ; l'Eglise, en s'apprêtant aujourd'hui à béatifier ce couple, montre que la sainteté est possible, qu'elle est à la portée de tous, quels que soient le choix et l'état de vie que nous avons embrassés. Et ce peut être une grande sainteté. Cela ne devrait-il pas être une réalité pour tout foyer ? La famille n'est-elle pas appelée à transmettre à ses enfants le mystère de "Dieu qui est plus que père et mère" ? La famille n'est-elle pas une école d'humanité véritable et un lieu d'exercices à la sainteté ? Elle est le lieu privilégié pour forger le caractère et la conscience. Voilà la mission, le devoir de toujours des couples, de la famille chrétienne. A bien y regarder, la réputation de sainteté de ces époux dépasse déjà les limites de vos diocèses ; elle est présente aujourd'hui, pourrions-nous dire, dans tout l'Oikoumene catholique comme il ressort de la documentation abondante et détaillée qui ne cesse d'augmenter depuis plus de 80 ans. Ce prodige, nous le devons certes à Thérèse. S'il est vrai que Histoire d'une âme, dont la première édition date de 1898, est, après la Bible, le livre le plus traduit en de nombreuses langues, on comprend fort bien l'immense résonance qui en résulte pour les parents Martin dans le monde. Il n'est sans doute pas exagéré de dire que, pour ce qui est de la réputation, après la Sainte Famille de Nazareth, la "sainte famille Martin" vient au second rang. Le Serviteur de Dieu, Jean-Paul Ier, lorsqu'il était encore Patriarche de Venise (1969-1978), a écrit, dans un livre bien connu, Illustrissimi (8) : « Quand j'ai vu qu'était introduite la cause de béatification des parents de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me suis dit : "Enfin une cause à deux ! Saint Louis est saint sans son épouse Marguerite, Monique sans son mari Patrizio ; Zélie Guérin, par contre, sera sainte avec Louis Martin son époux et avec Thérèse sa fille ! ». Déjà en 1925, le Cardinal Antonio Vico, envoyé par Pie XI à Lisieux comme délégué pour présider les fêtes solennelles en l'honneur de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, canonisée depuis peu, s'adressa à Mère Agnès de Jésus (Pauline, la seconde fille des Martin) : « Maintenant il faut s'occuper du papa… C'est de Rome qu'on me charge de vous le dire » (9). Si l'affaire n'a pas eu de suite immédiate, on le doit à la perplexité évidente de Mère Agnès de Jésus.

 

 

 

 

IV. « Incomparables parents »

 

Tous ceux qui ont abordé, même rapidement, Histoire d'une âme, n'ont pu que remarquer la personnalité humaine et spirituelle de ces parents qui ont construit, avec sagesse, l'atmosphère familiale dans laquelle a grandi Thérèse. Ils n'ont pu qu'aimer ses "incomparables parents". La riche correspondance de Zélie est un témoignage de la façon dont Mme Martin a suivi la formation humaine, chrétienne et spirituelle de tous les membres de sa famille, d'abord celle de son frère Isidore, avant et après son mariage, celle de sa belle-sœur Céline Fournet et celle de ses propres filles. Il n'y a pas une de ses lettres qui ne manifeste la présence de Dieu, une présence non pas formelle ou de convenance, de circonstance, mais une référence constante pour tout aspect de la vie. Une correspondance qui témoigne d'une attention exquise au bien de toute la personne et à sa croissance globale. Croissance qui est pleine et valide dans la mesure où elle n'exclut pas Dieu de son horizon. Louis, son mari, est moins loquace et n'aime pas écrire. Il ne refuse pas de témoigner ouvertement de sa foi et ne craint pas les moqueries à son égard ! Dans les rapports avec sa femme, à la maison avec ses cinq filles, dans la gestion de son horlogerie-bijouterie, ou encore avec ses amis, dans la rue ou en voyage, en toutes circonstances, pour lui "Messire Dieu, premier servi". Une famille missionnaire de première heure quand, en France, depuis peu, surgit l'œuvre de la Propagation de la foi de Pauline Jaricot (1799-1862) et que commencent les mouvements missionnaires du XIXe siècle. Vous savez que les parents Martin ont inscrit toutes leurs filles à l'Œuvre de la Sainte Enfance (on conserve encore l'image-souvenir de l'inscription de Thérèse, le 12 janvier 1882) et qu'ils envoyèrent des offrandes généreuses pour la construction de nouvelles églises en terre de mission. Pour Thérèse, le fait de participer toute jeune aux activités de l'Œuvre de la Sainte Enfance, n'a fait qu'éveiller et développer son zèle missionnaire. Louis et Zélie furent des saints qui engendrèrent une sainte, ils furent des époux missionnaires qui, non seulement, participèrent à l'élan missionnaire de leur temps, mais éduquèrent pour l'Eglise la Patronne des Missions Universelles (1927). Louis et Zélie sont saints, non pas tant par la méthode ou les moyens choisis pour participer à l'évangélisation, (qui sont évidemment ceux de l'Eglise et de la société de leur temps), mais ils sont saints par le témoignage du sérieux de leur la foi vécue dans leur famille. Ils ont évangélisé leurs enfants par l'exemple de leur vie de couple, puis par la parole et l'enseignement au sein de la famille. A cet égard, il suffit de rappeler ce que Thérèse elle-même écrit dans Histoire d'une âme à propos de la fascination qu'exerçaient sur elle son père et sa mère : « Tous les détails de la maladie de notre mère chérie sont encore présents à mon cœur, je me souviens surtout des dernières semaines qu'elle a passées sur la terre ; nous étions, Céline et moi, comme de pauvres petites exilées, tous les matins, Mme Leriche venait nous chercher et nous passions la journée chez elle. Un jour, nous n'avions pas eu le temps de faire notre prière avant de partir et pendant le trajet Céline m'a dit tout bas : "Faut-il le dire que nous n'avons pas fait notre prière ?..." "Oh ! oui" lui ai-je répondu ; alors bien timidement elle l'a dit à Mme Leriche, celle-ci nous a répondu "Eh bien, mes petites filles, vous allez la faire" et puis nous mettant toutes les deux dans une grande chambre elle est partie... Alors Céline m'a regardée et nous avons dit : "Ah ! ce n'est pas comme Maman... toujours elle nous faisait faire notre prière !"... » (10). Son père, « le Roi de France et de Navarre » (11), comme elle aimait l'appeler, exerçait une belle fascination spirituelle sur elle. Sa figure d'homme inspirait vénération et respect : « Que pourrai-je dire des veillées d'hiver, surtout celles du Dimanche ? Ah ! qu'il m'était doux après la partie de damier de m'asseoir avec Céline sur les genoux de Papa... De sa belle voix, il chantait des airs remplissant l'âme de pensées profondes... ou bien, nous berçant doucement, il récitait des poésies empreintes des vérités éternelles... Ensuite nous montions pour faire la prière en commun et la petite reine était toute seule auprès de son Roi, n'ayant qu'à le regarder pour savoir comment prient les Saints... " (12).

 

 

 

 

V. Une initiation chrétienne en famille

 

Nous pouvons définir le manuscrit A comme "le manuscrit de l'initiation chrétienne familiale de Thérèse". Une initiation conduite avec le même sérieux que l'apprentissage scolaire. La foi, chez les Martin, est une foi vécue et non pas une série de normes à respecter. De sa préparation des sacrements de l'initiation chrétienne, Thérèse, toujours dans le manuscrit A (1895), remercie non seulement ses parents déjà décédés (la maman en 1877 et le papa en 1894) mais aussi ses sœurs aînées. Je veux souligner ici la valeur particulière, non seulement des parents, mais aussi celle des sœurs aînées, donc de la famille entière. Les parents éduqués eux-mêmes par l'enseignement de l'Église, ont transmis à leur tour cet enseignement reçu à tous les enfants. Et ils l'ont tellement bien fait, qu'ils ont mérité que la plus illustre de leurs filles, après avoir été elle-même enseignée et formée par ces "incomparables parents", est devenue Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui aujourd'hui enseigne toute l'Église et toute l'humanité comme docteur (1997). Ab ipsis docta docet : Enseignée, elle enseigne maintenant. C'est là le défi que l'Église lance aujourd'hui à toutes les familles chrétiennes, avec la béatification de cette famille. Ils n'ont pas été de simples instruments qui ont véhiculé la foi, comme un aqueduc transporte l'eau, mais le depositum fidei, le dépôt de la foi, ils l'ont transmis et enrichi par leur propre expérience personnelle de foi, d'espérance et de charité. Ils n'ont pas transmis la foi comme quelque chose de traditionnel, de fragmentaire et de notionnel, mais comme quelque chose de vivant. Non pas une foi qui serait un héritage comme celui que laissent les morts ; car l'héritage vient après la mort ; non, par le baptême, ils ont greffé leurs enfants dans le courant vivant et vital de l'Église, ne se substituant pas à l'Église, mais avec l'Église et dans l'Église. Ils ont collaboré avec l'Église en parfaite harmonie. Il faut encore observer que la sainteté de ce couple se trouve en accord avec le concile Vatican II et d'autres Documents de l'Église. Je pense surtout à la constitution pastorale Gaudium et Spes dans son chapitre sur la sainteté du mariage et de la famille (13) : « Précédés par l'exemple et la prière commune de leurs parents, les enfants, et même tous ceux qui vivent dans le cercle familial, s'ouvriront ainsi plus facilement à des sentiments d'humanité et trouveront plus aisément le chemin du salut et de la sainteté ».Comment ne pas voir la proximité de la famille Martin avec ce texte ? Tout cela peut nous surprendre quand on songe combien leur temps est distant du nôtre. Il y a 150 ans, le 12 juillet 1858 se situait dans la France du Second Empire. Nous, hommes et femmes du Troisième Millénaire, nous pouvons éprouver une difficulté à imaginer leur genre de vie quotidienne, sans électricité, sans chauffage, ni radio ni télévision, rien de tous ces moyens modernes de communication qui caractérisent notre vie moderne. Mais nous, ici, aujourd'hui, nous jugeons la sainteté, non pas la distance qui nous sépare de leur témoignage ; nous jugeons la sainteté, non la forme dans laquelle elle nous parvient. Leur sainteté est distante de nous dans la forme mais non dans la substance, le contenu et la doctrine. Les Martin ont su garder le bon vin jusqu'à la fin (Jn 2/10). Même à la lumière des documents de l'Église, ce couple peut être proposé comme une famille engagée dans l'évangélisation de ses fils. A leur époque, il s'agissait d'une évangélisation plus empruntée, peut-être, au catéchisme et aux préceptes, la doctrine de l'Église était enseignée non seulement dans la paroisse mais aussi dans la famille, on apprenait par cœur les vérités de la foi. En tout cela l'Église suivait la méthode d'enseignement courante à cette époque où la mémoire jouait un rôle important. La famille Martin est témoin dans sa maison - avec ses enfants et ceux qui les entourent, ses parents et ses domestiques - du rôle de l'évangélisation, non seulement en tant que couple : toute la famille a une mission et une tâche à développer. Paul VI écrivait dans son encyclique Evangelii nuntiandi (71) quelque chose que nous voyons vécu dans la famille Martin. « Au sein de l'apostolat évangélisateur des laïcs, il est impossible de ne pas souligner l'action évangélisatrice de la famille. Elle a bien mérité, aux différents moments de l'histoire, le beau nom "d'Église domestique" sanctionné par le concile Vatican II. Cela signifie, que, en chaque famille chrétienne, devraient se retrouver les divers aspects de l'Église entière. En outre, la famille, comme l'Église, se doit d'être un espace où l'Évangile est transmis et d'où l'Évangile rayonne. Au sein donc d'une famille consciente de cette mission, tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés. Les parents non seulement communiquent aux enfants l'Évangile, mais peuvent recevoir d'eux ce même Évangile profondément vécu. Et une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup d'autres familles et du milieu dans lequel elle s'insère ».La maison rue du Pont-Neuf, celle de la rue Saint-Blaise et celle des Buissonnets ont toujours été, malgré les différents déménagements, une "petite Église domestique" où encore une fois les Martin sont bien en harmonie avec notre temps. La famille de Louis et de Zélie, a été, pour leurs cinq enfants - quatre autres sont morts en bas âge - le lieu privilégié de l'expérience de l'amour et de la transmission de la foi. Dans la maison, dans l'intimité de la chaleur familiale et de la vie domestique, chacun a reçu et donné. Au milieu des multiples soucis professionnels, les parents ont su l'un et l'autre communiquer les premiers enseignements de la foi à leurs propres enfants, dès la plus tendre enfance. Ils ont été les premiers maîtres dans l'initiation de leurs enfants à la prière, à l'amour et à la connaissance de Dieu, en montrant qu'ils priaient tout seuls et ensemble, en les accompagnant à la messe et aux visites au Saint-Sacrement ; ils leur ont enseigné la prière, pas simplement en disant qu'il fallait prier mais en transformant leurs maisons en "une école de prière". Ils ont enseigné combien c'était important de rester avec Jésus, en écoutant les Évangiles qui nous parlent de lui. De plus, la vie spirituelle, cultivée dès la jeunesse, comme ce fut le cas pour Zélie et Louis, s'alimentait à la source de la vie paroissiale. Ils étaient de fidèles lecteurs de l'Année liturgique de Dom Guéranger, livre très apprécié par Thérèse elle-même, qui en prit connaissance justement à la maison. Chers frères et sœurs, Louis et Zélie nous révèlent une vérité simple, même très simple : la sainteté chrétienne n'est pas un métier pour un petit nombre. Elle est bien la vocation normale de tous, de chaque baptisé. Louis et Zélie nous ont dit simplement que la sainteté concerne la femme, le mari, les enfants, les soucis du travail, et même la sexualité. Le saint n'est pas un surhomme, le saint est un homme vrai. Le 4 avril 1957, Céline - au Carmel sœur Geneviève de la Sainte Face -, en déposant au procès sur l'héroïcité de son père, parle de « la beauté d'une vie conjugale vécue tout entière pour le bon Dieu seul, sans aucun égoïsme ni repli sur soi. Si le serviteur de Dieu désirait beaucoup d'enfants, c'était pour les donner à Dieu sans réserve. Et tout cela dans la simplicité d'une existence ordinaire, laborieuse, semée d'épreuves accueillies avec abandon et confiance dans la Divine Providence ». Je termine en reprenant les mots mêmes qui ont conclu la déclaration sur les vertus de Louis et de Zélie le 13 octobre 1987 : « Nous avons devant nous un couple, et une famille, qui ont vécu et agi en pleine consonance avec l'Évangile, préoccupés seulement de vivre à chaque instant de la journée le plan préparé par Dieu pour eux. En interrogeant et en écoutant Sa voix, ils n'ont rien fait d'autre que de se perfectionner. Louis et Zélie Martin ne sont pas protagonistes de gestes éclatants ou d'une densité apostolique particulière, mais ils ont vécu la vie quotidienne de toute famille, illuminés toujours par le divin et le surnaturel. C'est là l'aspect central, de portée ecclésiale, offert à l'imitation des familles d'aujourd'hui. En mettant devant nous la famille Martin, on pourra recevoir aliment, force, orientation, pour éviter le laïcisme et la sécularisation moderne, et ainsi triompher de beaucoup de misères, et voir le don de l'amour conjugal et, avec lui, le don de la paternité et de la maternité dans la lumière d'un incommensurable Don de Dieu ».

 

 

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(1) Prière eucharistique II

(2) "La mère incomparable" (Manuscrit A, 4 v°) et "le père incomparable" (Lettre 91)

(3) Positio I, p.420 §603.

(4) Positio I, §56, p.41 Idem?

(5) Matthieu 25, 31-46, particulièrement le verset 40: "c'est à moi que vous l'avez fait".

(6) Soeurs dans l'Esprit, Thérèse de Lisieux et Elisabeth de Dijon.

(7) In Summarium Documentorum, XXVIII, Roma, 1987, p.1042

(8) Illustrissimi est un ouvrage publié en janvier 1976, traduit en français sous le titre Humblement vôtre (nouvelle Cité, Paris 1978). Il s'agit d'un recueil de " lettres ouvertes " écrite par Mgr Albino LUCIANI, Patriarche de Venise, deux années et demi avant d'être élu pape sous le nom de Jean-Paul Ier. Il s'adresse à des personnages historiques ou de la mythologie, à des écrivains, à des personnes de la littérature italienne ou étrangères, ou encor à des Saints de l'Eglise.

(9) cf. Summarium Documentorum, op. cit., p. 1138.

(10) . Manuscrit A, 12 r°.

(11) Cf. Manuscrit A, 19 v°.

(12) Manuscrit A, 18 r°.

(13) GS 48, 2° partie, chap. 1, n° 48 §3.

(14) Procès, vol. II, summarium, page 22, ad. 6).

« Cherchez toujours la Vérité : vénérez la Vérité découverte, obéissez à la Vérité. Il n’est pas de joie en dehors de cette recherche, de cette vénération de cette obéissance. Dans cette aventure merveilleuse, l’Eglise ne vous est pas un obstacle : au contraire, elle vous est une aide. En vous éloignant de son Magistère, vous vous exposez à la vanité de l’erreur et à l’esclavage des opinions apparemment fortes mais en réalité fragiles, car seule la Vérité du Seigneur est éternelle ! ».

 

* « C’est notre liberté que nous nous soumettions à cette Vérité » (Saint Augustin - De libero arbitrio, 13, 37)

Discours de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II au Congrès International de Théologie Morale, le 12 novembre 1988

*** Solennité pour l'Ordre Cistercien ; Mémoire obligatoire ailleurs :

 
 
      
 
 
Saint Bernard (1090-1153) naquit au château de Fontaines, près de Dijon, d'une famille distinguée par sa noblesse et par sa piété, et fut, dès sa naissance, consacré au Seigneur par sa mère, qui avait eu en songe le pressentiment de sa sainteté future. Une nuit de Noël, Bernard, tout jeune encore, assistait à la Messe de Noël. Il s'endormit, et, pendant son sommeil, il vit clairement sous ses yeux la scène ineffable de Bethléem, et contempla Jésus entre les bras de Marie. A dix-neuf ans, malgré les instances de sa famille, il obéit à l'appel de Dieu, qui le voulait dans l'Ordre de Cîteaux. Mais il n'y entra pas seul : il décida six de ses frères et vingt-quatre autres gentilshommes à le suivre. L'exemple de cette illustre jeunesse et l'accroissement de ferveur qui en résulta pour le couvent suscitèrent tant d'autres vocations, qu'on se vit obligé de faire de nouveaux établissements. Bernard fut le chef de la colonie qu'on envoya fonder à Clairvaux un monastère qui devint célèbre et fut la source de cent soixante fondations, du vivant même du Saint. Chaque jour, pour animer sa ferveur, il avait sur les lèvres ces mots : « Bernard, qu'es-tu venu faire ici. » Il y répondait à chaque fois par des élans nouveaux. Il réprimait ses sens au point qu'il semblait n'être plus de la terre. Voyant, il ne regardait point, entendant, il n'écoutait point, goûtant, il ne savourait point. C'est ainsi qu'après avoir passé un an dans la chambre des novices, il ne savait si le plafond était lambrissé ou non; côtoyant un lac, il ne s'en aperçut même pas. Un jour, il but de l'huile pour de l'eau, sans se douter de rien. Bernard avait laissé, au château de sa famille, Nivard, le plus jeune de ses frères : « Adieu, cher petit frère, lui avait-il dit. Nous t'abandonnons tout notre héritage. - Oui, je comprends, avait répondu l'enfant, vous prenez le Ciel et vous me laissez la terre. Le partage n'est pas juste ». Plus tard, Nivard vint avec son vieux père rejoindre Bernard au monastère de Clairvaux. Le Saint n'avait point étudié dans le monde mais l'école de l'oraison suffit à faire de lui un grand Docteur, admirable par son éloquence, par la science et la suavité de ses écrits. Il fut le conseiller des évêques, l'ami des Papes, l'oracle de son temps. Mais sa principale gloire, entre tant d'autres, semble être sa dévotion incomparable envers la Très Sainte Vierge. Bernard meurt en 1153 à 63 ans laissant derrière lui plus de 500 abbayes cisterciennes !
 
Saint Bernard, pourtant si engagé dans son monastère, sillonnera les routes d'Europe pour défendre l'Église et porter témoignage à la Vérité dans toute son orthodoxie. En 1129 par exemple, il participe au Concile de Troyes, convoqué par Sa Sainteté le Pape Honorius II, mais aussi, quelques années plus tard au Concile de Sens en 1140 où il fait condamner les 19 hérésies de Pierre Abélard. Il ne cessera de combattre les hérésies cathares mais aussi l'antisémitisme de son époque : « ne sommes nous pas spirituellement des sémites ? » écrira-t-il. Il prêchera ensuite à Vézelay la deuxième croisade par un discours historique, le 31 mars 1146. Epuisé, il meurt le 20 août 1153 dans son Abbaye de Clairvaux. Il sera par la suite canonisé le 18 juin 1174 par Alexandre III, et déclaré Docteur de l'Église par Pie VIII en 1830. On le fête le 20 août.
 
 
 

 
 
 
Liens : Mémoire obligatoire de Saint Bernard de Clairvaux (Liturgie)Memoráre / Souvenez-vous + Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI sur Saint Bernard de Clairvaux (21 octobre 2009) + (4 novembre 2009) + Encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XII sur Saint Bernard de Clairvaux : "Doctor Mellifluus"Télécharger gratuitement toutes les œuvres de Saint Bernard de Clairvaux + Œuvres complètes de Saint Bernard de Clairvaux + "Nous n'avons point ici une cité permanente mais nous aspirons à celle où Marie fait aujourd'hui son entrée" (pour la fête de l'Assomption)"Aujourd'hui, nous entrons dans le temps du combat chrétien" (pour la rentrée en carême) + « La violence de la douleur a donc transpercé votre âme, en sorte que ce n’est pas sans raison que nous vous proclamons plus que Martyre » (Saint Bernard) + « Que ce doux nom ne soit jamais loin de votre bouche, jamais loin de votre cœur » (Saint Bernard) + Le Christ, fontaine d'eau vive, par Saint Bernard + « Ève fut l’épine qui blessa, Marie, la rose qui soulage toutes douleurs » (Saint Bernard de Clairvaux) + « Ô Marie, cache, je te le dis, cache l’éclat de ce soleil levant, couche-le dans la crèche, enveloppe-le de langes : ce sont là nos richesses » (Saint Bernard de Clairvaux) + « Toutes les fois que vous vous sentez pressés par une violente tentation et que vous êtes menacés d’une grande épreuve, invoquez celui qui est votre gardien » (Saint Bernard de Clairvaux)

Du temps du Christ, nombreux furent les disciples, qui ont arrêté de le suivre, au motif que ses paroles étaient trop dures, trop exigeantes. Le Christ, et à sa suite l’Eglise, a toujours été dur avec le péché, mais miséricordieux envers les pêcheurs. L’Eglise, comme le rappelle Paul VI dans Humanæ Vitæ, est « Mater et Magistra », Mère et Maîtresse. Elle est pleine de sollicitude et de compassion pour les hommes pêcheurs que nous sommes, elle comprend nos faiblesses, nos conflits intérieurs, nos difficultés à vivre la continence ou à en comprendre le sens. Et en même temps, elle est Educatrice, elle ne cesse de nous montrer le bon chemin qui comblera nos cœurs et nos corps, de nous redire ce que doit être la transmission responsable de la vie, conforme à la Vérité. « L’Eglise, en effet, ne peut avoir, vis à vis des hommes une conduite différente de celle du Rédempteur : elle connaît leur faiblesse, elle a compassion de la foule, elle accueille les pêcheurs ; mais elle ne peut renoncer à enseigner la loi, qui est en réalité, celle d’une vie humaine rendue à sa Vérité originelle et conduite par l’Esprit de Dieu » (Paul VI - Humanæ Vitæ N°19). La parole du Christ et à sa suite, l’enseignement de L’Eglise, nous invite à un dépassement de nous-mêmes pour notre plus grand bonheur !

Mesdames et Messieurs,

 

C’est avec une grande joie que je vous accueille pour cette audience spéciale que j’ai volontiers réservée à votre représentation qualifiée, à l’occasion du Congrès international convoqué pour rappeler le 20ème anniversaire de l’Encyclique Humanae Vitae. En vous adressant mon cordial salut, avec une pensée particulière pour le professeur Bausola que je remercie de son allocution, je désire exprimer ma vive satisfaction aux responsables du « centre d’études et de recherches sur la régulation naturelle de la fertilité » de l’université catholique du Sacré-Cœur qui ont pris cette initiative, qui se renouvellera dans quelques jours à Bologne. La continuité sans interruption avec laquelle l’Eglise l’a proposé naît de sa responsabilité envers le vrai bien de la personne humaine. De la personne humaine des conjoints, en tout premier lieu. En effet, l’amour conjugal est leur bien le plus précieux. La communion interpersonnelle qui s’établit entre deux baptisés en vertu de cet amour est le symbole réel de l’amour du Christ pour son Eglise. La doctrine exposée dans l’Encyclique Humanae Vitae constitue donc la nécessaire défense de la dignité et de la vérité de l’amour conjugal. Comme envers toute valeur éthique, l’homme a une grave responsabilité à l’égard de l’amour conjugal. Les conjoints sont les premiers responsables de leur amour conjugal, en ce sens qu’ils sont appelés à le vivre dans sa vérité entière. L’Eglise les aide dans cette tâche en éclairant leur conscience et en leur assurant, par les sacrements, la force qui est nécessaire à la volonté pour qu’elle choisisse le bien et évite le mal. Je ne peux cependant passer sous silence le fait que beaucoup aujourd’hui n’aident pas les conjoints en cette grave responsabilité qui est la leur, mais au contraire leur créent des obstacles notables. A cet égard, tout homme qui a perçu la beauté et la dignité de l’amour conjugal ne peut demeurer indifférent devant des tentatives qui se font jour pour assimiler, à tous les effets, le lien conjugal et la simple cohabitation de fait. C’est là une égalisation injuste, destructrice, d’une des valeurs fondamentales de toute convivialité civile – l’estime du mariage – et peu éducative pour les jeunes générations, tentées ainsi d’avoir une conception et de faire une expérience de liberté qui se révèlent déformées à leur racine même. De plus, les conjoints peuvent rencontrer de sérieux obstacles dans leurs efforts pour vivre correctement l’amour conjugal à cause d’une certaine mentalité hédoniste courante, des moyens de communication sociale, des idéologies et des pratiques contraires à l’Evangile. Mais cela peut aussi arriver, et avec des conséquences réellement graves et désagrégatrices, quand la doctrine enseignée par l’Encyclique est mise en discussion, comme cela est arrivé, même de la part de certains théologiens et pasteurs d’âmes. Cette attitude, en fait, peut insinuer le doute sur un enseignement qui, pour l’Eglise, est certain, obscurcissant ainsi la perception d’une Vérité qui ne peut-être discutée. Ce n’est pas là un signe de « compréhension pastorale » mais d’incompréhension du vrai bien des personnes. La Vérité ne peut-être mesurée d’après l’opinion de la majorité. La préoccupation qui vous avez eue dans votre Congrès, d’insérer la réflexion de caractère plus spécifiquement technique et scientifique sur le contrôle naturel de la fertilité dans le contexte de larges réflexions théologiques, philosophiques et éthiques, doit être soulignée et louée. Une autre manière d’affaiblir chez les conjoints leur sentiment qu’ils sont responsables de leur amour conjugal est, en effet, de diffuser l’information sur les méthodes naturelles sans qu’elle s’accompagne de la nécessaire formation des consciences. La technique ne résout pas les problèmes éthiques, tout simplement parce qu’elle n’est pas en mesure de rendre meilleure la personne. L’éducation à la chasteté est un moment que rien ne peut remplacer. S’aimer comme des conjoints, cela n’est possible qu’à l’homme et à la femme qui sont arrivées à une véritable harmonie au plus profond de leur personnalité.

 

Vingt ans après la publication de l’Encyclique, on peut voir clairement que la norme morale qu’elle enseigne n’est pas seulement une défense de la bonté et de la dignité de l’amour conjugal, et donc du bien de la personne des conjoints. Elle a une portée éthique encore plus vaste. En effet, la logique profonde de l’acte contraceptif, sa racine ultime, que Paul VI avait déjà identifiées de manière prophétique, sont maintenant manifestes. Quelle logique ? Quelle racine ? La logique anti-vie : au cours de ces vingt dernières années, de nombreux Etats ont renoncé à leur dignité d’être les défenseurs de la vie humaine innocente, par des législations favorables à l’avortement. UN VERITABLE MASSACRE D’INNOCENTS S’ACCOMPLIT CHAQUE JOUR DANS LE MONDE ! Quelle racine ? C’est la rébellion contre Dieu créateur, unique Seigneur de la vie et de la mort des personnes humaines ; c’est la non reconnaissance de Dieu comme Dieu ; c’est la tentative, intrinsèquement absurde, de construire un monde où Dieu soit totalement étranger. Dans l’Encyclique Humanae Vitae, Paul VI exprimait sa certitude de contribuer, en défendant la morale conjugale, à l’instauration d’une civilisation véritablement humaine (cf N°18). Vingt ans après la publication de ce doucement, les confirmations du bien-fondé de cette conviction ne font vraiment pas défaut. Et ce sont des confirmations que peuvent vérifier non seulement les croyants mais aussi tout homme soucieux du destin de l’humanité : chacun peut voir à quelles conséquences on en est arrivé en n’obéissant pas à la Sainte Loi de Dieu. Votre engagement – comme celui de tant d’autres personnes de bonne volonté – est un signe d’espérance non seulement pour l’Eglise mais pour toute l’humanité. En invitant cordialement chacun d’entre vous à persévérer avec générosité sur la route commencée, je vous accorde à tous ma bénédiction, en gage de l’aide céleste.

 

Un des nombreux discours de Jean-Paul II pour les vingt ans d’Humanae Vitae - DC 1988, p. 439

Lors de la procession d'entrée pour le jour de l'Epiphanie :

 

L-Adoration-des-Mages.jpeg 

Tria sunt munera pretiosa, quae obtulerunt Magi Domino in die ista,

et habent in se divina mysteria : *** In auro, ut ostendatur Regis potentia :

in thure, Sacerdotem magnum considera : et in myrrha, Dominicam sepulturam.

Ce sont trois précieux présents que les Mages ont offert au Seigneur ce jour-là,

et ils ont en eux des mystères divins : dans l'or, pour montrer le pouvoir du Roi ;

dans l'encens, considère le Grand-Prêtre ; et dans la myrrhe, la sépulture du Seigneur.

 

(2011)

(2012)
(2013)
(2014)
 
Par l'Abbé Friedrich Koenen (1863-1887)
(Domkapellmeister - Kölner Domchor)
*** Vitrail appartenant à la Cathédrale de Toul
(Diocèse de Nancy-Toul, Lothringen)

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