Romano Guardini (1885-1968) est surtout connu pour son ouvrage "L'esprit de la liturgie" dont les idées ont été reprises par Benoît XVI pour faire comprendre dans quelle optique il convient d'aborder aujourd'hui la question liturgique. En son temps, Romano Guardini avait parfois été soupçonné par certains évêques de vouloir court-circuiter la Hiérarchie de l'Eglise. A la suite de quelques malentendus, dans une lettre qu'il adresse en 1940 à Mgr. Stohr, archevêque de Mayence, Guardini cherche à dissiper d'éventuels points de conflits : plusieurs évêques allemands et autrichiens avaient en effet réagi, craignant que le mouvement lancé par Guardini en vienne à saper leur propre autorité. Le 24 décembre 1943, le Secrétaire d'Etat du Vatican écrit lui-même aux évêques soupçonneux en leur demandant de renoncer à exercer leur pouvoir propre dans des questions purement liturgiques. Mais que précisait donc Guardini dans sa lettre adressée à l'archevêque de Mayence ? Il dénonçait quatre comportements erronés en liturgie :

 

 

 

 

1. le "liturgisme", qui se produit lorsqu'on sous-estime ce qui est important jusqu'à ce qu'on le redécouvre à nouveau et qu'on lui accorde ensuite une place exagérée. Guardini précisait que cette erreur d'appréciation se produit lorsque le mode de pensée et la sensibilité ne sont plus gouvernés que par l'esthétisme.

 

2. le "practicisme", qui consiste à remplacer la véritable pastorale liturgique par des activités pratiques relevant de la pédagogie. Le "practicisme" se base sur une ignorance de l'essence et de la dignité de la vie liturgique, laquelle est d'abord intérieure et ne saurait être subordonnée à des objectifs uniquement matériels et pragmatiques. Oubliant que la liturgie est quelque chose d'inutile en soi, le "practicisme" met le culte divin au "service d'actions morales ou d'entreprises stimulantes" mais perd de vue le sens premier et le plus important de la liturgie : sa totale gratuité pour Dieu.

 

3. le "dilettantisme", qui se produit lorsqu'une orientation à la mode, véhiculée par le public, finit par s'imposer à la conscience des fidèles par modification des pratiques liturgiques imposée. Et Guardini nous donne des exemples tirés de son expérience : "Partant de l'idée selon laquelle l'homme ne peut prier que dans la langue dans laquelle il vit, on a donné de l'importance à l'allemand. Convaincu de l'importance des symboles liturgiques, on a essayé de les faire ressortir plus clairement et de donner aux saintes actions une apparence plus populaire". Il est cependant très vite apparu "que non seulement l'on ne savait pas le latin, mais l'allemand non plus. Ce qui était grave, en outre, c'était qu'on associait au thème liturgique d'autres thèmes telles que des conceptions confuses sur la place des laïcs dans l'Eglise ou sur la relation entre l'éthique et le religieux" Incontestablement, ces exemples demeurent d'une brûlante actualité après Vatican II.

 

4. le "conservatisme" qui consiste à rejeter de la liturgie ce à quoi on n'est pas habitué pour ne conserver que ce qu'on a toujours vu faire. Parlant des tenants du "conservatisme", Guardini dit qu'ils ne comprennent pas que "les éléments [auxquels ils tiennent] (...) proviennent de la période religieuse la plus stérile du XIXème siècle, et que ces éléments ont eux-mêmes supplanté bien des richesses de la piété ecclésiale". Selon Guardini, les tenants du "conservatisme" font de siècle en siècle la même erreur : celle qui consiste à assimiler la liturgie de la messe à des dévotions populaires et privées souvent douteuses. La pratique des sacrements est alors "détachée de son contexte important pour devenir un rite purement externe". Certaines forces conservatrices n'ont souvent pas "une juste conception de ce qu'est véritablement la liturgie"; beaucoup n'y voient "que l'aspect extérieur, mais sans en comprendre véritablement le sens".

 

Il est évident que Guardini réagissait ici contre un formalisme liturgique hérité des XVIIIème et XIXème siècles, encore bien ancré à son époque, et qui persistera en certains milieux après Vatican II.

La Sainte Ecriture nous dit souvent que, dans les temps d’épreuve, le vrai chrétien doit le plus possible apporter aux affligés le réconfort, la paix, et quelque chose de cette joie divine qui soulève les cœurs et leur permet de continuer le voyage contre vents et marées vers le port du salut. Aussi convient-il, dans les tristesses présentes, de parler de la joie d’être enfant de Dieu et du devoir de donner quelque chose de cette joie à ceux qui n’en ont aucune. Tandis que, dans la tristesse commune, une joie toute superficielle est déplacée, agaçante, et même quelquefois exaspérante, la joie chrétienne apporte au contraire le soulagement aux affligés. Ce devrait être la joie du dimanche, et le dimanche la donne lorsqu’il reste vraiment, par la messe, par la vraie prière, le jour du Seigneur ; il devient au contraire, pour beaucoup, avec la cessation du travail, le jour le plus triste, lorsqu’il n’est plus du tout sanctifié et qu’il n’est qu’une journée de divertissement, de joie tout extérieure, absolument vide et sotte, à laquelle beaucoup ne peuvent pas prendre part, et qui fatigue au lieu de reposer. Les gens ne savent que faire de leur temps, parce qu’ils ne le donnent plus à Dieu ; c’est une preuve par le vide ou en creux de la nécessité de la sanctification du dimanche. En cherchant uniquement une joie inférieure on se prive d’une autre singulièrement plus précieuse. Voyons ce qu’est la vraie joie spirituelle selon la Sainte Ecriture et selon les Saints, voyons comment ils l’ont conservée même au milieu de leurs souffrances, nous saisirons mieux alors ce que nous pouvons faire pour la donner aux autres. Il ne s’agit pas du tout de la recherche de la consolation sensible, ni de sentimentalisme, qui est l’affectation d’un amour qu’on n’a pas. Le sentimentalisme ressemble à la joie spirituelle dont nous parlons comme la verroterie imite le diamant.




 

 

Qu’est la vraie joie spirituelle ?

 

Nous en saisissons la nature et la valeur lorsque nous la comparons à des joies légitimes moins hautes. Nous éprouvons une joie sensible : devant un beau lever de soleil, ou au printemps devant le réveil de la nature. Nous avons une joie supérieure à la pensée que nous sommes enfants d’un homme de bien, d’une bonne mère, et nous nous rappelons volontiers les vraies joies d’une famille unie, celle de frères qui s’aiment, heureux de travailler ensemble et de vivre des mêmes traditions, des mêmes pensées, des mêmes affections, en vue d’une action commune, vraiment féconde. Dans le même ordre, nous éprouvons la joie d’être Français, au milieu des tristesses actuelles, et de travailler au relèvement de notre patrie. La joie spirituelle est d’un ordre supérieur encore ; c’est la joie d’être enfant de Dieu par le baptême, d’être aimé par lui comme un enfant adoptif, qui a reçu une participation de sa vie intime, et qui tend à le posséder éternellement. C’est la joie d’être dans la Vérité, dans la Vérité Divine, d’y vivre, de marcher sous la direction de la Providence de Dieu, pour qu’il règne de plus en plus en nous dans le temps et dans l’éternité. Cette joie spirituelle n’est pas précisément une vertu, mais le fruit ou l’effet de la plus haute vertu, qui est la charité, ou l’amour de Dieu et des âmes en Dieu (Cf : Saint Thomas, IIa, IIae, Q. 28.). L’amour de Dieu en effet nous porte d’abord à nous réjouir de ce que Dieu soit Dieu, la Vérité même, la Sagesse, le Bien infini, la Bonté suprême, la Sainteté même, la Béatitude parfaite. L’amour de Dieu nous porte aussi à nous réjouir de ce que Dieu règne dans les âmes, dans la nôtre, dans celle du prochain. La charité enfin nous fait déjà posséder Dieu dans l’obscurité de la foi, car il est dit : « Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu en lui » (I Jo. IV, 16). Notre-Seigneur nous a dit aussi « Si quelqu’un fait la volonté de mon Père, mon Père et moi nous l’aimerons, nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jo. XIV, 23). Et au même moment Jésus nous a promis le Saint-Esprit, qui de fait nous a été donné avec la grâce et la charité au baptême, et plus encore par la confirmation. La Trinité Sainte habite ainsi en toute âme en état de grâce, et elle se fait parfois sentir à nous comme la vie de notre vie. A certains moments comme le dit saint Paul « le Saint Esprit rend témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu » (Rom. VIII, 16). Il rend ce témoignage en nous inspirant pour Lui une affection toute filiale, qui nous donne une sainte joie et qui nous fait dire : « Père ! » Ce n’est pas de la consolation sensible, ni du sentimentalisme, c’est une joie vraiment divine par son principe et son objet. Telle est la joie spirituelle, à la pensée que Dieu est Dieu, la Bonté même, qu’il règne en nous et dans les justes, qu’il est la vie de notre vie, et qu’il nous appelle à vivre de Lui pour l’éternité. Cette joie vient de cette pensée que, à l’exception du péché, sous la direction de, la Providence, tout vient de l’éternel amour. La joie spirituelle est donc manifestement le fruit de la charité. Au contraire la tristesse désordonnée et déprimante est l’effet de l’amour déréglé de soi-même, elle procède de l’égoïsme insatisfait, de l’orgueil blessé, de la vanité offensée. Plus, dans une âme, la charité arrive à dominer l’égoïsme, plus cette mauvaise tristesse disparaît et plus elle fait place à une sainte joie. Cette joie ne saurait pourtant être pleine et parfaite comme au ciel, car la charité ici-bas s’attriste elle-même du péché qui diminue le règne de Dieu et entraîne la perte des âmes. Mais, malgré les tristesses de la terre, les saints conservent, avec la paix, une joie spirituelle voulue, qu’ils donnent aux autres, sans toujours la sentir eux-mêmes. La Sainte Ecriture nous parle souvent de cette joie spirituelle. Jésus nous dit : « Demeurez dans mon amour… Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jo. XV, 11). Saint Jean l’évangéliste souhaite à ses disciples d’avoir « la plénitude de la joie », à la pensée qu’ils sont enfants de Dieu et qu’ils sont appelés à jouir de Lui éternellement (I Jo., 4). Les Psaumes disaient déjà : « Laetamini in Domino et exsultate justi. – Justes, réjouissez-vous, dans le Seigneur et exultez en Lui » (Ps. XXI, 11). Saint Paul écrit aux Philippiens : « Gaudete in Domino semper, interum dico vobis gaudete. – Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. IV, 4). Le même saint Paul va jusqu’à dire : « Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations » (II Cor. VII, 4). Les Actes des Apôtres disent d’eux tous : « Ils allaient joyeux… d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le Seigneur » (Act. V, 41). On a dit en expliquant ces paroles : « la joie est le secret gigantesque du chrétien ». De fait, en se souvenant de son baptême, il ne recule pas devant les plus grandes épreuves, lorsqu’il se dit : « je veux ce que Dieu, mon Père, veut pour moi, uniquement ce qu’il veut, tout ce qu’il veut, si dur que soit le chemin pour y parvenir ». Le chrétien s’entretient ainsi non pas avec lui-même, mais avec Dieu, son Père, et comme le dit l’Ecriture, dans cette conversation avec Dieu, il n’y a pas d’amertume : « In conversatione Dei non est amaritudo » (Sag. VIII, 16). La joie chrétienne est donc celle de posséder Dieu et d’être possédé par Lui. Par cette joie, le vrai chrétien doit donner aux autres envie de l’être. Il doit redire souvent ces paroles de l’Ecriture : « Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, je vous ai offert toutes choses avec une grande joie, gardez-moi pour toujours dans cette volonté » (I Paralip. XXIX, 17). La vrai joie est celle de tendre vers la sainteté du ciel, avec la certitude que Dieu, qui ne commande jamais l’impossible, nous offre incessamment des grâces pour y parvenir. Les saints gardent cette joie spirituelle, sans toujours la sentir sensiblement, ni même spirituellement, et ils la gardent assez pour la donner aux autres, jusque dans leurs épreuves. Pourquoi ? Parce que le Saint-Esprit, par l’affection filiale qu’il leur inspire pour lui, « rend témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu ». Il leur rappelle aussi que « pour ceux qui aiment Dieu, et qui persévèrent dans cet amour jusqu’à la fin, tout concourt au bien » (Rom. VIII, 28) ; tout, même les maladies, les contradictions, les échecs. Saint Augustin ajoute : même les fautes, à condition de s’en humilier, comme le fit saint Pierre après le triple reniement. Les saints entrevoient de mieux en mieux le bien supérieur pour lequel la Providence permet les maux de la vie présente. Ce bien supérieur, que nous verrons à découvert, on l’entrevoit progressivement, dans la mesure où l’on mérite de l’entrevoir, et on le mérite en mettant en pratique la parole de Dieu au lieu de se contenter de la connaître et de l’admirer. Saint François d’Assise éprouvait une sainte joie quand il se sentait méprisé et repoussé. Saint Dominique de même lorsqu’il était ridiculisé et maltraité par les hérétiques du Languedoc ; il se sentait devenir plus semblable à Notre-Seigneur, qui a accepté par amour pour nous les humiliations de la Passion. De même saint Benoît-Joseph Labre, le Saint Curé d’Ars, son ami le P. Chevrier de Lyon, saint Jean Bosco, qui gardait dans ses épreuves cette sainte joie, allegria, qu’il apportait à de petits enfants pauvres, qui n’en avaient aucune. La petite sœur des pauvres, leur apporté cette joie, la petite sœur de l’Assomption, tous les vrais serviteurs et servantes de Dieu. La Sainte Vierge, notre modèle, est appelée « consolatrice des affligés », « cause de notre joie », et le cœur de Jésus est appelé « les délices des saints ».

 

 

 

 

Comment donner cette joie aux autres

 

Il faut être attentif d’abord à ne pas leur faire porter notre propre tristesse, et si nous sommes abattus, à ne pas les décourager. Il faut dominer certaine tristesse, comme on résiste à des tentations. Evitons aussi de leur donner une joie trompeuse, en approuvant leurs erreurs, leurs déviations, leurs compromissions, leur manque de jugement ou d’énergie. Ce serait une fausse charité, de la faiblesse, qui leur donnerait une joie menteuse. Apportons quelque chose de cette joie spirituelle à ceux qui manquent de pain, à ceux qui n’ont pas de santé, de vitalité, à ceux qui manquent d’affection, à ceux qui manquent de générosité, qui ne cherchent pas assez Dieu ; donnons-leur envie de le chercher. Donnons Dieu à ceux qui ne l’ont pas. Alors Jésus nous dira au dernier jour : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, j’étais infirme, j’étais en prison, et vous êtes venu à moi. Chaque fois que vous avez agi ainsi à l’égard du plus humble de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Donnons quelque chose de cette joie à ceux tentés de devenir amers, en nous rappelant cette parole de saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a plus d’amour, mettez-y l’amour, et vous recueillerez l’amour ». Dans les grandes obscurités, une voix nous dit : « Lève-toi et chante ta louange dans la nuit. » Alors de nos ténèbres bien supportées, la lumière pourra jaillir pour d’autres âmes. Le Bienheureux Henri Suso, dans le livre de la Sagesse Eternelle a écrit de très belles pages sur les sommets de la joie spirituelle au milieu des épreuves. Elles peuvent se résumer ainsi en se servant de ses propres paroles ; ou plutôt ce sont celles qu’il met dans la bouche du Seigneur : "Autant souffrir est dur, autant il est doux d’avoir souffert… La souffrance, lorsqu’elle est bien supportée, me rend l’homme aimable, car elle le fait semblable à moi. La joie de la souffrance (même si elle n’est pas sentie, mais voulue) est trésor caché que jamais personne ne pourra mériter. Si quelqu’un restait agenouillé devant moi pendant cent ans pour me demander le bonheur de souffrir, il ne l’aurait pas encore mérité. D’un homme terrestre, la souffrance (supportée par amour) fait un homme céleste. Elle fait qu’à celui qui souffre le monde devient étranger, de sorte que ma tendresse l’enveloppe plus étroitement. Les amis du siècle s’éloignent de l’épreuve, et mes grâces l’enveloppent de plus en plus. C’est qu’il doit être complètement renié et abandonné du monde celui que je veux prendre pour (intime) ami… La souffrance résonnera toute l’éternité en un chant très doux, en refrains nouveaux que jamais ne pourrons répéter les anges parce qu’ils n’auront pas souffert". Si Dieu pouvait être étonné et ravi de quelque chose, ce serait de voir certains de ses enfants, qui par sa grâce arrivent à porter leur croix avec allégresse en suivant le Seigneur Jésus. Cela doit nous porter à recevoir surnaturellement les manques d’égard et même le mépris, s’il arrive (Lorsque saint Jean de la Croix demandait comme récompense à Notre-Seigneur « de souffrir et d’être méprisé pour lui » (en quoi il fut aussitôt exaucé), c’était une très grande grâce qu’il désirait. Ce n’est pas en effet le mépris pour lui-même qu’il demandait, mais la grâce de le supporter avec amour. Sans cette grâce, le mépris en lui-même ne servirait nullement à grandir dans la charité et à glorifier Dieu). Il conviendrait en avançant de le recevoir avec une joie sinon sentie, du moins voulue, et de remercier le Seigneur de la grâce qui se trouve cachée dans les humiliations à supporter. Nous oublions souvent de remercier Dieu des croix qu’il nous a envoyées ; elles étaient pourtant bien nécessaires à notre avancement. Nous le voyons pour certaines qui nous ont été très profitables. Puissions-nous ne pas perdre celles qui viendront. Le monde est hélas plein de croix perdues, qui ne servent à rien, comme le fut celle du mauvais larron. La véritable joie spirituelle est celle de tendre effectivement vers la sainteté du ciel, par le chemin que le Seigneur a choisi pour nous, si pénible qu’il soit à certains moments ; c’est la joie de tendre à cette sainteté avec la certitude que Dieu ne commande jamais l’impossible, qu’il nous appelle à la vie de l’éternité et qu’il nous offre incessamment les grâces pour y parvenir.

 

Par le P. Reg. Garrigou-Lagrange, O. P. - La vie spirituelle n° 262, février 1942

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 *** Mémoire facultative propre pour la Chili

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 *** Mémoire obligatoire propre pour l'Argentine

• TEXTES LITURGIQUES (S. PIUS A PIETRELCINA, RELIGIOSI)

 

- Galates 2, 19-20 : Ce n'est plus moi qui vit ; c'est le Christ qui vit en moi

- Psaume 127, 1 : Heureux ceux qui craignent le Seigneur

- Matthieu 16, 24-27 : Celui qui perd sa vie à cause de Moi la gardera

 

• TEXTES LITURGIQUES (PROPRE A L'ORDRE DES CAPUCINS)

 

- Jérémie 9, 22-23 : Que l'homme fort ne se glorifie pas de sa force

- Psaume 15, 1 : Seigneur, tu es mon seul bien

- Galates 6, 14-18 : Que la Croix du Christ reste mon seul orgueil

- Matthieu 11, 25-30 : Venez à Moi, je suis doux et humble de coeur

Traditionnellement, on chante cette hymne lors de la Messe Chrismale avec l'Evêque du Diocèse.

 

 

R. O Redémptor súme cármen

 Témet concinéntium.

R. Ô Rédempteur, accepte l'hymne de

 ceux qui chantent Ta victoire.

 

1. Árbor foéta álma lúce 
Hoc sacrándum prótulit, 
Fert hoc prona praésens túrba 
Salvatóri saéculi.

 

 

 

2. Consecráre tu dignáre, 
Rex perénnis pátriae, 
Hoc olívum, sígnum vívum, 
Iúra cóntra daémonum. 

 

3. Ut novétur séxus ómnis 
Unctióne Chrísmatis: 
Ut sanétur sauciáta

 Dignitátis glória.

 

 

 

4. Lóta ménte sácro fónte 
Aufugántur crímina, 
Úncta frónte sacrosáncta 
Ínfluunt charís mata.

 

5. Corde nátus ex Paréntis 
Alvum ímplens Vírginis, 
Praésta lúcem, cláude mórtem 
Chrísmatis consórtibus.

 

 

(Enregistré en la Cathédrale de Cologne
Kölner Dom, Chrisammesse, 3/4/12)
 

6. Sit haec díes fésta nóbis, 
Saeculórum saéculis 
Sit sacráta dígna láude, 
Nec senescat témpore.

 

 

(Enregistré en la Cathédrale de Cologne
Kölner Dom, Chrisammesse, 27/3/13)
 

Cette Neuvaine à l’Archange Saint Michel et aux neuf Chœurs des Anges obtient des grâces extraordinaires et le secours du Ciel contre les afflictions et actions d'origine démoniaque. Pendant ces neuf jours, accompagner la neuvaine de la confession, de prières à Saint Michel, de chapelet, de jeûne… N’oublions pas que certains démons ne peuvent être chassés que par la prière et le jeûne. Aux conditions ordinaires, une indulgence plénière peut être gagnée au cours de la neuvaine (jour au choix), ou dans les huit jours suivants. (Pie IX, 26 novembre 1876)

 

 

--> Récitez chaque jour le Confiteor, formulez votre demande, puis dire trois fois le Pater Noster, l' Ave Maria et le Gloria Patri. Terminez par la prière suivante (selon les jours)

 

 

Premier Jour : en l’honneur des Séraphins

Prince très glorieux de la Milice céleste, Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants répandus dans l'air. Venez au secours des hommes que Dieu a faits à l'image de Sa propre Nature, et rachetés à grand prix de la tyrannie du démon. Ainsi soit-il.

 

 

Deuxième Jour : en l’honneur des Chérubins

Saint Michel, Prince de la Milice des Anges, je vous invoque, exaucez-moi. Je vous supplie de prendre mon âme, au dernier jour, sous votre très sainte garde et de la conduire au lieu de rafraîchissement, de la paix et du repos, où les âmes des saints attendent dans la joie ineffable le jugement à venir et la gloire de la résurrection glorieuse. Que je parle ou me taise, que je veille, que je marche ou me repose, gardez-moi dans l'accomplissement de toutes mes oeuvres, dans tous les actes de ma vie. Préservez-moi des tentations des démons et des peines de l'enfer. Ainsi soit-il.

 

 

Troisième Jour : en l’honneur des Trônes

Grand défenseur du peuple chrétien, Saint Michel Archange, pour remplir dignement la mission qui vous a été confiée de défendre l'Église, terrassez l'hérésie, exterminez les schismes et confondez l'incrédulité. Multipliez vos victoires sur les monstres infernaux qui veulent détruire notre foi. Que l'Église de Jésus-Christ accueille de nouveaux fidèles et s'agrège des royaumes entiers afin qu'elle puisse peupler le Ciel d'âmes élues, pour la plus grande gloire du divin Rédempteur, à qui vous-même devez vos triomphes, vos mérites et votre éternelle félicité. Ainsi soit-il.

 

 

Quatrième Jour : en l’honneur des Dominations

Ô vous, qui êtes le prince et le Porte-Étendard des bons Anges, assistez-moi toujours dans votre bonté et sauvez-moi. Des légions de l'ange des ténèbres préservez-moi, afin que, sous votre conduite, je partage la lumière des bons Anges. Devant le trône du Juge Suprême, soyez mon défenseur, plaidez ma cause et conjurez la colère du Juste Vengeur. Que, par vous, à mes travaux, à mon repos, à mes jours et à mes nuits soit donnée la prospérité; que ma pensée soit toujours prête pour les oeuvres de Dieu. Ainsi soit-il.

 

 

Cinquième Jour : en l’honneur des Puissances

Saint Michel Archange, vous que la sainte Église vénère comme son gardien et protecteur, à vous le Seigneur a confié la mission d'introduire dans la céleste félicité les âmes rachetées. Priez donc le Dieu de paix d'écraser Satan sous nos pieds afin qu'il ne puisse plus retenir les hommes dans ses chaînes et nuire à l'Église. présentez au Très-Haut nos prières, afin que, sans tarder, le Seigneur nous fasse miséricorde. Vous-même, saisissez le dragon, l'antique serpent, qui est le diable et Satan, et jetez-le enchaîné dans l'abîme, pour qu'il ne séduise plus les nations. Ainsi soit-il.

 

 

Sixième Jour : en l’honneur des Vertus

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du redoutable jugement. prince très glorieux, souvenez-vous de nous, partout et toujours. Quand vous combattiez le dragon, on entendit dans le ciel la voix de ceux qui disaient : "Salut, honneur et gloire au Dieu Tout-Puissant !" La mer se souleva, la terre trembla, quand vous descendîtes du Ciel, venez au secours du peuple de Dieu. Ainsi soit-il.

 

 

Septième Jour : en l’honneur des Principautés

Ô ! Saint Michel, Prince trois fois saint de la Milice sacrée, chargé par Dieu d'organiser et conduire les phalanges angéliques, très digne de tout culte, de toute louange et de tout éloge : éclairez mes sens intérieurs, fortifiez mon pauvre cœur agité par les tempêtes de cette vie, élevez vers les hauteurs de la céleste sagesse mon esprit incliné vers les choses de la terre; affermissez mes pas chancelants et ne permettez pas que j'abandonne le sentier qui conduit aux Cieux; guérissez les plaies de mon âme; faites disparaître la trace de toutes les souffrances qu'engendrent en moi mes misères et mes malheurs. Ainsi soit-il.

 

 

Huitième Jour : en l’honneur des Archanges

Archange Saint Michel, qui avez pour mission de recueillir nos prières, de diriger nos combats et de peser nos âmes, je rends hommage à votre beauté, -- si semblable à celle de Dieu, qu'après son Verbe éternel aucun autre esprit céleste ne vous est comparable, -- à votre pouvoir sans limites en faveur de ceux qui vous sont dévots; à votre volonté, harmonieusement unie à celle du Cœur Sacré de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, pour le bien de l'homme. Défendez-moi contre les ennemis de mon âme et de mon corps. rendez-moi sensible au réconfort de votre assistance invisible et les effets de votre vigilante tendresse. Ainsi soit-il.

 

 

Neuvième Jour : en l’honneur des Anges

Glorieux Archange Saint Michel, grand zélateur de la gloire de Dieu et protecteur de l'Église universelle, vous à qui le Tout-Puissant a confié la mission de recevoir les âmes à la sortie du corps pour les présenter au très juste Juge; daignez me secourir dans mon dernier combat. Accompagné de mon bon Ange gardien, venez à mon aide et chassez loin de moi tous les esprits infernaux. Ne permettez pas qu'ils m'épouvantent alors. Fortifiez-moi dans la Foi, l'Espérance et la Charité, afin que mon âme, portée par vous à son juge, soit introduite aussitôt au lieu du repos, pour y régner éternellement avec son Rédempteur, dans la société des Esprits bienheureux. Ainsi soit-il.

Confiteor + Kyriale IV (cunctipotens genitor Deus)

 

• TEXTES LITURGIQUES (S. MATTHAEI, APOSTOLI ET EVANGELISTÆ)

 

- Ephésiens 4, 1-13 : Appel à l’unité

- Psaume 19, 2 : Adonaï, Soleil de Justice

- Matthieu 9, 9-13 : Appel de Matthieu par Jésus

 

 

Introït de la Messe : "Os iusti meditabitur"


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• TEXTES LITURGIQUES (SS. ANDREÆ KIM TAE-GÔN, PRESBYTERI ET PAULI CHÔNG HA-SANG, ET SOCIORUM)

 

- Sagesse 3, 1-9 ou Romains 8, 31-39 : Le sort comparé des justes et des impies ou chant de victoire

- Psaume 126, 1 : Quand le Seigneur ramena les captifs de Sion

- Luc 9, 23-26 : Celui qui perdra sa vie à cause de Moi la sauvera

Tandis que presque partout, en France, on continue - souvent avec une réelle arrogance - d'ignorer la liturgie restaurée à la suite de Vatican II telle qu'elle est donnée par le missel dit "de Paul VI", des fidèles se regroupent pour demander que leur soient accordés des lieux où pourra être célébrée la forme "extraordinaire" du rite romain, comme le prévoit le Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Beaucoup de ces fidèles ne sont pas des inconditionnels de la forme "extraordinaire". S'ils y viennent ou s'ils y retournent, c'est très souvent parce, à partir de ce qu'ils voient dans leurs paroisses, ils imaginent que la forme "ordinaire" est forcément laide, bavarde, fatigante, souvent même abrutissante et infantilisante. S'ils y viennent ou y retournent, c'est aussi parce qu'ils ont constaté que demander au curé de leur paroisse - ou même à l'évêque de leur diocèse - de célébrer correctement la forme "ordinaire" de la liturgie romaine revient à demander l'impossible : les curés pas plus que les évêques ne la veulent. D'ailleurs, savent-ils la célébrer ? Donc, il n'y a plus qu'une solution : se rabattre sur la forme "extraordinaire". C'est aussi une solution qui arrange bien le clergé local : on parque les "tradis" dans une chapelle et on continue à faire ce qu'on veut partout ailleurs... Tout le monde est content. Mais pour combien de temps ? Car il semble que cette façon de procéder, qui oblige les évêques à ne plus faire que de la gestion de situations précaires au détriment d'une authentique pastorale liturgique, ne soit pas une solution d'avenir. Et, comme on le verra plus bas, elle n'est pas ce que le pape Benoît XVI a souhaité.

 

 

 


1475616270Dans une église paroissiale, deux messes dominicales se succèdent. La première, se faisant passer pour conforme à la forme "ordinaire", est célébrée n'importe comment par le curé-improvisateur-guitariste. La seconde, conforme à la forme "extraordinaire", est célébrée par des prêtres extérieurs à la paroisse. Sur le parvis de l'église, les fidèles de la messe dite "ordinaire" croisent tous les dimanches les fidèles de la messe "extraordinaire" : les uns sortent tandis que les autres entrent... Pendant ce temps, on se dépêche de dégager le choeur de tout ce qui a servi pour la célébration de la première messe : il faut pousser sur le côté l'autel "face au peuple", enlever le décor imaginé par l'E.A.P. locale... Et l'on met en place ce qu'il faut pour la messe "extraordinaire" : cierges, canons d'autel, missel... etc. Sur l'escalier qui mène à la tribune, la chorale de la messe "ordinaire" qui descend croise la chorale de la messe "extraordinaire" qui monte... L'organiste qui prend son service remplace le "Louange à Dieu" et les partitions photocopiées utilisées à la messe "ordinaire" par le "Potiron" (1) et le "Paroissien 800"... Les deux musiciens se saluent : - Je vous laisse le moteur de l'orgue allumé. Bon dimanche ! - Oui, merci. Bon dimanche ! Depuis que cette situation existe, il n'y a pas eu un seul échange entre les fidèles de l'une ou de l'autre messe. Ce qui donne l'impression de deux mondes qui coexistent l'un à côté de l'autre mais qui n'ont rien en commun si ce n'est l'utilisation du bâtiment-église. C'est l'univers des Shadoks et des Gibis en quelque sorte... En beaucoup d'endroits se met en place une situation analogue. Et l'on voit des fidèles se réclamant du Concile croiser des fidèles se réclamant de la Tradition : les premiers ignorent que le Concile, qui ne peut être compris qu'à la lumière de la Tradition, ne leur permet pas  leurs excentricités liturgiques; les second refusent de comprendre que c'est la Tradition - qui va (pour le moment) de Nicée à Vatican II en englobant les enseignements de tous les papes, de Pierre à Benoît XVI (pour le moment aussi) - qui a dirigé la restauration liturgique voulue par le Concile.

 

Alors, faut-il se réjouir d'obtenir toujours plus d'églises où sera célébrée la forme "extraordinaire" de la liturgie romaine ? Oui, si l'on envisage ces lieux de culte comme transitoires et si l'on envisage la forme "extraordinaire" comme un moyen de soigner les blessures infligées à la forme "ordinaire". Non, si l'on conçoit ces lieux de culte comme des refuges stables destinés à des inconditionnels de la forme "extraordinaire" que rejoignent des fidèles frustrés de ne pouvoir participer, dans leurs paroisses respectives, à des liturgies conformes aux enseignements de l'Eglise. (2) La pensée du pape Benoît XVI au sujet des deux formes du rite romain est très claire et il n'est aucun fidèle digne de ce nom qui puisse l'ignorer pour donner libre cours à des préférences liturgiques exclusives. Dans la Lettre accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum qu'il adresse à tous les évêques le Saint Père précise : « La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c'est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel ». Ainsi, selon le Souverain Pontife, c'est bien la forme "ordinaire" du rite romain qui doit unir les fidèles des différentes paroisses, la forme "extraordinaire" ne pouvant être envisagée que dans un contexte transitoire en raison des problèmes actuels. Alors, plutôt que de vouloir une multiplication des célébrations selon la forme "extraordinaire" qui, dans ce contexte de mutuelle indifférence et de commune ignorance de la liturgie, n'apporte rien à la forme "ordinaire", la première chose à faire n'est-elle pas de demander sans relâche aux évêques de veiller à ce que les prescriptions données par le Missel de Paul VI soient partout respectées ? Il en va du droit des fidèles à prendre part à des liturgies qui ne se voudront ni "ordinaires" ni "extraordinaires", mais tout bonnement "catholiques"... Objectivement catholiques romaines ! (3)

 


(1) Le "Potiron" est le nom donné habituellement au livre d'accompagnement du grégorien

réalisé par Henri Potiron (1882-1972). Henri Potiron fut, entre autres choses, organiste

à la basilique de Montmartre et à l'orgue de choeur de Notre-Dame de Paris.
(2) Voir Benoît XVI, Lumière du monde, éd. française, Bayard, 2011, pp. 143-144.
(3) Voir Mgr Guido Marini, La liturgie, mystère du salut, éd. Artège, 2010.

Photo : Messe de Benoît XVI selon le Missel restauré à la suite de Vatican II

jesusbonpasteur.jpg« En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : « Je suis le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup les emporte et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis. Je suis le Bon Pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ». Vous avez entendu, frères très chers, l’instruction qui vous est adressée par la lecture d’Evangile; vous avez entendu aussi le péril que nous courons. Voici en effet que celui qui est bon, non par une grâce accidentelle, mais par essence, déclare : « Je suis le Bon Pasteur ». Et nous donnant le modèle de la bonté que nous devons imiter, il ajoute : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Il a fait ce qu’il nous a enseigné; il a montré ce qu’il nous a ordonné. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis au point de changer son corps et son sang en sacrement pour nous, et de rassasier par l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées. Il nous a tracé la voie du mépris de la mort, pour que nous la suivions; il a placé devant nous le modèle auquel nous devons nous conformer : dépenser d’abord nos biens extérieurs en toute charité pour les brebis du Seigneur, et si nécessaire, donner même à la fin notre vie pour elles. La première forme de générosité, qui est moindre, conduit à cette dernière, qui est plus élevée. Mais puisque l’âme, par laquelle nous vivons, est incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons au-dehors, comment celui qui ne donne pas de ses biens à ses brebis serait-il disposé à donner sa vie pour elles ? Car il en est qui ont plus d’amour pour les biens terrestres que pour les brebis, et qui perdent ainsi à bon droit le nom de pasteur. C’est d’eux que le texte ajoute aussitôt après : « Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ».

 

Il n’est pas appelé pasteur, mais mercenaire, celui qui fait paître les brebis du Seigneur, non parce qu’il les aime du fond du cœur, mais en vue de récompenses temporelles. Il est mercenaire, celui qui occupe la place du pasteur, mais ne cherche pas le profit des âmes. Il convoite avidement les avantages terrestres, se réjouit de l’honneur de sa charge, se repaît de profits temporels et se complaît dans le respect que lui accordent les hommes. Telles sont les récompenses du mercenaire : il trouve ici-bas le salaire qu’il désire pour la peine qu’il se donne dans sa charge de pasteur, et se prive ainsi pour l’avenir de l’héritage du troupeau. Tant que n’arrive aucun malheur, on ne peut pas bien discerner s’il est pasteur ou mercenaire. En effet, au temps de la paix, le mercenaire garde ordinairement le troupeau tout comme un vrai pasteur. Mais l’arrivée du loup montre avec quelles dispositions chacun gardait le troupeau. Un loup se jette sur les brebis chaque fois qu’un homme injuste ou ravisseur opprime les fidèles et les humbles. Celui qui semblait être le pasteur, mais ne l’était pas, abandonne alors les brebis et s’enfuit, car craignant pour lui-même le danger qui vient du loup, il n’ose pas résister à son injuste entreprise. Il fuit, non en changeant de lieu, mais en refusant son assistance. Il fuit, du fait qu’il voit l’injustice et qu’il se tait. Il fuit, parce qu’il se cache dans le silence. C’est bien à propos que le prophète dit à de tels hommes : « Vous n’êtes pas montés contre l’ennemi, et vous n’avez pas construit de mur autour de la maison d’Israël pour tenir bon dans le combat au jour du Seigneur » (Ez 13, 5). Monter contre l’ennemi, c’est s’opposer par la voix libre de la raison à tout homme puissant qui se conduit mal. Nous tenons bon au jour du Seigneur dans le combat pour la maison d’Israël, et nous construisons un mur, quand par l’autorité de la justice, nous défendons les fidèles innocents victimes de l’injustice des méchants. Et parce que le mercenaire n’agit pas ainsi, il s’enfuit lorsqu’il voit venir le loup.

 

Mais il y a un autre loup, qui ne cesse chaque jour de déchirer, non les corps, mais les âmes : c’est l’esprit malin. Il rôde en tendant des pièges autour du bercail des fidèles, et il cherche la mort des âmes. C’est de ce loup qu’il est question tout de suite après : « Et le loup emporte les brebis et les disperse ». Le loup vient et le mercenaire fuit, quand l’esprit malin déchire les âmes des fidèles par la tentation et que celui qui occupe la place du pasteur n’en a pas un soin attentif. Les âmes périssent, et il ne pense, lui, qu’à jouir de ses avantages terrestres. Le loup emporte les brebis et les disperse : il entraîne tel homme à la luxure, enflamme tel autre d’avarice, exalte tel autre par l’orgueil, jette tel autre dans la division par la colère; il excite celui-ci par l’envie, renverse celui-là en le trompant. Comme le loup disperse le troupeau, le diable fait mourir le peuple fidèle par les tentations. Mais le mercenaire n’est enflammé d’aucun zèle ni animé d’aucune ferveur d’amour pour s’y opposer : ne recherchant en tout que ses avantages extérieurs, il n’a que négligence pour les dommages intérieurs du troupeau. Aussi le texte ajoute-t-il aussitôt : « Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis ». En effet, la seule raison pour laquelle le mercenaire s’enfuit, c’est qu’il est mercenaire. C’est comme si l’on disait clairement : « Demeurer au milieu des brebis en danger est impossible à celui qui conduit les brebis, non par amour des brebis, mais par recherche de profits terrestres ». Car du fait qu’il s’attache aux honneurs et se complaît dans les avantages terrestres, le mercenaire hésite à s’opposer au danger, pour ne pas perdre ce qu’il aime. Après nous avoir montré les fautes du faux pasteur, notre Rédempteur revient sur le modèle auquel nous devons nous conformer, quand il affirme : « Je suis le Bon Pasteur ». Et il ajoute : « Je connais mes brebis — c’est-à-dire : je les aime — et mes brebis me connaissent », comme pour dire clairement : « Elles me servent en m’aimant ». Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.

 

Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, quel est notre péril, considérez également, dans les paroles du Seigneur, quel est le vôtre. Voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur » (1 Jn 2, 4). C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : « Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis ». C’est comme s’il disait clairement : « Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis ». Mais parce qu’il était venu racheter, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, il ajoute : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ». C’est notre rédemption à nous, venus des peuples païens, que le Seigneur avait en vue lorsqu’il parlait de conduire aussi d’autres brebis. Et cela, mes frères, vous pouvez en constater chaque jour la réalisation. C’est ce que vous voyez aujourd’hui accompli dans la réconciliation des païens. Il a pour ainsi dire constitué une seule bergerie avec deux troupeaux, en réunissant les peuples juif et païen dans une même foi en sa personne, comme l’atteste Paul par ces paroles : « Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un ». (Ep 2, 14). Il conduit les brebis à sa propre bergerie quand il choisit pour la vie éternelle des âmes simples de l’un et l’autre peuple. C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : « Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-28). C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : « Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages » (Jn 10, 9). Il entrera en venant à la foi; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité (suite et fin du sermon de Saint Grégoire le Grand).

 

Extrait d’un Sermon sur le Bon Pasteur, par le Pape Saint Grégoire le Grand

NDLR : La seule exception casuistique qui est tolérée par Benoît XVI revient à une personne infectée par le virus du Sida et qui est en même temps OBLIGEE de se prostituer. L'ACTE en lui-même reste intrinsèquement désordonné mais L'INTENTION de ne pas tuer peut-être "casuistiquement" acceptable si la personne sidéenne est OBLIGEE de se prostituer. Les autres exemples donnés par M. l'Abbé Raphaël Prouteau ne sont pas acceptables pour la doctrine catholique (si une personne est infectée au sein du couple, il doit y avoir une totale abstinence ; l'Eglise ne peut pas coopérer à un mal intrinsèque, même moindre. L'utilisation du préservatif restera toujours un acte intrinsèquement désordonné. Aucune exception n'est possible. Il faut tenir une doctrine tutioriste au risque d'avoir du sang sur les mains (le préservatif n'étant pas fiable, ceux et celles qui le recommande au sein d'un couple dont une personne est infectée par le Sida se rendrait coupable de l'infection (et donc de la mort de l'autre conjoint) si le préservatif ne tient pas).

 

 

 




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