pope-paul-vi.jpg« (…) Ce qui nous frappait le plus, c’était de le trouver prêtre dans l’exercice même de sa charge. Son âme était douloureuse : la dégradation du catholicisme en était la principale cause. Il dut dénoncer en juillet 1972 la « fumée de Satan » qui s’était introduite dans l’Eglise. Un long conflit avec le cardinal Alfrink et les évêques de Hollande (voir le catéchisme Hollandais, (+) NDLR) au sujet du célibat des prêtres le fit particulièrement souffrir. « J’espère que Dieu me rappellera à lui avant de voir cela ». Autre souffrance, la défection des prêtres, atteignant même tels jésuites-professeurs à la Grégorienne (Pin, Tufari, Diez, Alegria), qui prennent position contre le Pape dans la question de l’introduction du divorce en Italie, en vertu, disent-ils, du principe de la liberté religieuse proclamée par le récent concile : « à qui nous fier ? Si les jésuites se comportent ainsi qu’en sera-t-il des autres ? Si vous saviez quelle souffrance c’est pour moi, cette démolition de l’Eglise par le dedans, de la part de ceux qui devraient la défendre ». Dans un discours du mercredi, il dénonçait avec une tristesse indignée « les prêtres et religieux qui crucifient l’Eglise ». A Bruxelles, en septembre 1970, se tenait le congrès des théologiens (progressistes) de la revue « Concilium ». Paul VI me confia : « j’ai lu hier soir et cette nuit les exposés des théologiens de Bruxelles : c’est la destruction de toute autorité dans l’Eglise, tout vient d’en-bas ! ».

 

Fin des années 1960 - début des années 1970 : la contestation étant devenue, en quelque sorte, le mot d’ordre dans la Sainte-Eglise, Paul VI ne pouvait pas ne pas être le premier visé. On ne s’adressait pas au Pape, encore moins à Sa Sainteté, mais au Frère Paul, un chrétien comme un autre. Une de ces lettres au Frère Paul date de 1968. Elle est signée de sept cents laïcs et de quelques prêtres. Elle conteste toutes les structures actuelles de l’Eglise, exige le retour à la pauvreté de l’Evangile, ne verrait pas d’un mauvais œil la démolition de la basilique vaticane (« ce n’est pas nous qui pleurerons… »). Une lettre ouverte à Paul VI du 30 juin 1970 est, bien que dans une direction opposée, plus éloquente encore : « depuis que Paul VI règne à Rome, Rome enseigne un Evangile inversé, inverti, corrompu, une ‘nouvelle économie de l’Evangile’ selon votre propre aveu. En conscience, Très Saint-Père, au nom de Dieu, au nom de l’Eglise que vous induisez en erreur, au nom de la Foi, nous ne pouvons accepter votre ‘nouvelle économie de l’Evangile’, car l’Evangile n’a pas à être soumis à une nouvelle économie. Il n’a pas à être remanié, repensé, changé, modernisé, adapté, aggiornamenté, adultéré, falsifié, montinisé. La nouvelle religion, cette religion dévergondée que vous nous enseignez et que vous voulez nous contraindre à pratiquer, la religion de Paul VI est une fausse religion. Dieu n’en veut pas. Il la condamne, comme il a condamne celle de Luther. L’Eglise de Paul VI, dévergondée intellectuellement et moralement, lui fait horreur ».

 

 

Novembre 1970 : titre proposé pour la récente assemblée de l’épiscopat français à Lourdes ‘le virage de l’Eglise de France vers le socialisme’. Monseigneur Jenny (Cambrai), qui en arrive, me décrit la pression à outrance de la ‘base’ pour un christianisme politique et socialisant, limitant son champ de vision à la libération de l’homme en ce monde. Diagnostic lucide du Père Loew : « Les évêques ne peuvent éluder leurs responsabilités. Si des directives claires ne sont pas données, le silence de l’épiscopat équivaudra à l’acceptation tacite de toutes les options, même les plus étrangères à l’Evangile et les plus corrosives de la foi des chrétiens ». Janvier 1973 sur la tenue des prêtres et des évêques : une chrétienne (dans le bulletin paroissial de Longué, Maine et Loire) : « Je reviens de Lourdes avec des malades. J’ai été peinée de voir mêmes des évêques venir rendre visite aux alités en veston. S’ils savaient comme ils ont l’air miteux et sans dignité ». Cette bonne personne, sans le savoir, faisait écho au Pape lui-même : « Comme ils me font de la peine, ces religieux et prêtres qui cherchent à ne pas apparaître pour ce qu’ils sont ! ». Et le Pape de noter le manque de cohérence : « Ils n’ont à la bouche que le « signe », le geste « signifiant », le « sens », et en même temps ils s’appliquent à faire disparaître tout signe qui permettrait de les identifier. Où est la logique ? ». Octobre 1973 : continuation des extravagances : « Le prêtre est superflu. S’il fonctionne encore, c’est parce qu’un peuple retardataire lui demande encore des sacrements, alors que la société s’éloigne de plus en plus de ces sortes de valeurs » (Parole et Pain, revue des Pères du Saint-Sacrement, n° 56 de mai-juin 1973) cum permissu superiorum. Dans la même revue (édition de septembre-octobre), un appel à la lutte des classes (Philippe Warnier), à la libération de l’Eglise (Landouze, Schreiner), à la liberté sexuelle (Bernadette Delarge)… toujours cum permissu Superiorum ! 

 

abbe-marc-oraison.jpgContinuation également des lamentations des bons laïcs. Elles ont soudain été comme catalysées par un article sur « la messe de 11 heures » dans « Le Figaro » de l’économiste Fourastié, qui a reçu en huit jours cinq mille lettres, car presque unique dans les expériences de ce genre. Il faudrait être sourd pour ne pas entendre le « grido di dolore » du peuple chrétien, blessé dans ce qu’il a de plus cher : sa foi et sa confiance dans les prêtres. Avril 1974, mort de Pompidou : mort de Georges Pompidou, et messe d’enterrement en grégorien, selon la volonté du Président. Réflexion d’une femme du peuple : « Pourquoi n’y a-t-il que le président de la République qui ait droit à ces beaux chants ? ». Même son de cloche dans La Croix des 5-6 mai : « Nous sommes nombreux à formuler le même vœu - que le Président -. Mais hélas ! Il faut maintenant être au moins président de la république pour pouvoir manifester un désir de la sorte et notre nouveau clergé se refuse obstinément à se plier à de telles exigences du défunt (…). Lorsqu’on compare la plate et morne contexture de nos actuelles messes de funérailles à la mystique implorante d’un plain-chant grégorien, on ne peut que déplorer une telle situation ».

 

Le rapport doctrinal de l’Assemblée de Lourdes 1973 (par Monseigneur Bouchex) caractérise la charge du prêtre dans l’Eglise comme une « fonction de présidence » (citation exacte : « le mot le plus englobant pour exprimer cette charge est celui de présidence »). Mais qui voudra se faire prêtre avec, pour tout idéal, d’être « président d’assemblée » ? Le Père Ravier, rencontré hier 13 mai 1975, connaît des communautés de jésuites où les pères ne disent plus la messe (même le dimanche, assure-t-il) : pas d’assemblée, donc pas de « présidence » et pas de messe ! Septembre 1976 : aggravation de la dissidence de Monseigneur Lefebvre. Toute l’Eglise est dans l’erreur sauf lui. André Piettre (« Le Monde » du 27 juillet) donne une explication : le schisme de « droite » n’aurait pas existé s’il n’y avait eu, toléré et encouragé par les évêques, un schisme de « gauche », soi-disant sous le couvert du concile : célébrations sauvages, catéchèse aberrante, extravagances doctrinales et morales sans nombre… Il est évident pour tout le monde que s’il y avait eu en France des séminaires normaux, nul n’aurait songé à aller en fonder un à Ecône. Et s’il y avait eu partout une liturgie digne et édifiante, on n’aurait pas été en chercher une en Suisse. En attendant, l’abbé Oraison affirme impunément dans « Paris-Match » que les anges n’existent pas : l’abbé Charlot « chargé de la catéchèse dans l’Ouest » affirme qu’après la consécration « le pain est toujours du Pain » (« Jésus est-il dans l’hostie », brochure pour les catéchistes). On ne saurait mieux s’y prendre pour fabriquer des Lefebvre ! »

 

Source : Cardinal Jacques Martin, « Mes six papes », Ed. Mame.

L'intellectuel François-Georges Dreyfus est décédé le 24 septembre 2011 à l’âge de 83 ans. Titulaire de très nombreux titres universitaires, ce luthérien convaincu avait publié en 1985 « Des évêques contre le pape » (Ed. Grasset) où il prenait la défense des Souverains Pontifes - ainsi que d’un « certain » Cardinal Joseph Ratzinger critiqué par les évêques de France - et montrait les « errances » de l’Eglise dans notre pays. Extraits (pp. 143-167) :


 

 

Dreyfus« La crise de l’Eglise de France n’est pas seulement institutionnelle, elle est plus encore intellectuelle. Tant sur les problèmes structurels que politiques, éthiques ou pastoraux, le catholicisme français de 1965 à 1985 s’engage dans des voies qui sont plutôt des impasses. En effet, faute de réflexion propre, l’Eglise va se laisser dominer, au fil des années, par ce que Domenach a appelé les idées contemporaines : marxisme, structuralisme, « lacanisme », tels sont les thèmes qui dominent directement ou indirectement le cheminement, la pensée et l’action du catholicisme français contemporain. (…) L’influence des théologies inspirées directement ou indirectement par le protestantisme (…) ou encore par une sorte de christomarxisme latino-américain né d’ailleurs en France et en Belgique, conduit l’Eglise catholique [en France] vers un œcuménisme mal contrôlé qui va bouleverser la liturgie, la vision des ministères et toutes les structures de l’Eglise. (…) Il est incontestable que les directives des évêques de France vont dans le sens de la protestantisation.  Cela est particulièrement net en matière liturgique : comme on veut valoriser l’apostolat des laïcs, on va leur faire jouer un rôle qui d’ailleurs n’existe pas dans les Eglises protestantes restées fidèles à leurs traditions. Il n’est pas concevable que dans une Eglise luthérienne orthodoxe (…) un laïc puisse présider à la distribution de l’Eucharistie (…). Or, dans de nombreuses paroisses (…) on va voir des laïcs distribuer l’Eucharistie ; en fait, dans le clergé de France se développe de plus en plus une conception du ministère proche du sacerdoce universel (…) Protestantisation, évolution de la liturgie : on a abandonné,  malgré les textes explicites du Concile, l’usage du latin. Le clergé français ne veut plus qu’on entende le latin à l’église : la parole doit être aux laïcs, mais on ne les écoute pas quand ils protestent pour conserver le latin dans les chants de l’ordinaire de la messe, ce que pourtant le Concile avait avait recommandé. [Quant aux « assemblées dominicales en l’absence de prêtre » (ADAP), elles sont] un moyen connu et utilisé depuis longtemps pour prier ensemble de façon à honorer le Seigneur. Très vite, elles vont devenir des « messes en blanc » auxquelles il ne manque que la consécration encore que, comme on peut le lire dans un document du Centre régional d’études socio-religieuses de Lille, c’en est ainsi « jusqu’à nouvel ordre puisque les laïcs n’ont pas le pouvoir d’exécuter cet acte ». Protestantisation encore, dit-on, la volonté de banaliser le lieu de culte (…) Pour rester « près du peuple », nombre de prêtres ont abandonné leurs vieilles églises pour se réfugier dans des hangars ou dans des « salles polyvalentes » (…). Protestantisation aussi la banalisation des vêtements liturgiques (…). Protestantisation incontestable dans le cas des processions qui ont disparu, non par désaffection du peuple de Dieu, mais conformément aux prescriptions de la nouvelle pastorale qui se refuse à considérer que suivre une procession soit « participation active du peuple de Dieu ».

 

Si l’on en croit certains témoignages, il est même arrivé dans quelques diocèses qu’un prêtre soit suspendu pour avoir organisé une procession lors de la Fête-Dieu. Protestantisation encore, la vision des ministères : l’Eglise de France a longtemps donné l’impression qu’elle souhaitait banaliser, laïciser l’image du prêtre. La familiarité jusqu’au tutoiement entre prêtres et militants des mouvements, la quasi-disparition de tout signe extérieur d’appartenance au sacerdoce, tout cela a contribué à donner du prêtre une image nouvelle, à faire de lui un laïc ayant un ministère un peu particulier. (…) Tout cela s’accompagne de la diffusion de plus en plus courante entre 1965 et 1980 de l’idée qu’une femme peut accéder, doit accéder, au sacerdoce, qu’un prêtre peut être marié. (…) En fait, ce qu’on appelle « protestantisation » est bien davantage un phénomène de calvinisation que l’on retrouve aussi bien chez les luthériens que dans l’Eglise catholique. Cela explique les tendances à remettre en cause systématiquement la hiérarchie et à laisser le pouvoir dans l’Eglise se déliter dans des commissions nombreuses et aussi peu représentatives que les commissions techniques des administrations. (…) Au moment où paraissait le livre du Cardinal Ratzinger [« Entretien sur la Foi »], un manifeste français, cautionné par cinq évêques de l’Hexagone, accuse le Cardinal d’ « enterrer le Concile » et conteste par la même occasion tout le gouvernement de l’Eglise. (…) Certes, on n’accuse pas le Pape ou le Cardinal Ratzinger de contester la « lettre » du concile Vatican II, mais de mettre en cause (…) l’ « héritage concret », c’est-à-dire ce que la chrétienté progressiste essaie de mettre en place depuis (…) bien que le Concile n’en dise mot : les liturgies aberrantes, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes (…), la mise en place d’assemblées démocratiquement désignées de laïcs et de clercs auprès des évêques, la limitation du pouvoir pontifical. Ces thèmes dont le Concile ne dit mot, s’ils devenaient réalité, transformeraient totalement le caractère de l’Eglise catholique. Ce n’est sûrement pas ce que souhaitaient les évêques français ; mais leur manque de caractère, leurs faiblesses théologiques (…), leurs liens avec une certaine intelligentsia progressiste et avec une action catholique largement dominée par l’ACO, expliquent l’appui de quelques-uns, à peine donné du bout des lèvres cependant par d’autres membres de l’épiscopat, à cette campagne de dénigrement contre Rome. Les évêques, sauf quelques irréductibles, n’ont pas comploté contre Rome. Une fois de plus, ils se sont laissé mener par cette intelligentsia catholique qui (…) dirige en fait l’Eglise de France. Cette intelligentsia, cette intellocratie, peut agir d’autant plus facilement que les évêques ne sont guère formés intellectuellement. (…) »

 

Nihil novi sub sole…

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Extrait de son livre : « Un évêque français entre crise et renouveau de l’Eglise ». « Je pense que notre langage (celui des évêques de France - n.d.l.r. -) manque de vigueur et que le souffle prophétique est trop absent de nos textes savamment mesurés et dignes des résolutions votées en fin de « meeting radical-socialiste » ! (…) Nous n’aimons pas sortir d’un ton conciliant et recherchons avant tout le réconfort d’un consensus mou dans les domaines les plus sensibles (...). J’ai l’impression d’avoir vécu ces années comme une lente dérive, au gré des modes et des langages convenus dans notre univers clérical et de me retrouver, à l’heure de mon ultime étape, dans un douloureux désarroi, envahi par le sentiment d’avoir subi passivement les prises de position et les décisions de mes frères en épiscopat et suivi avec eux la pente des compromis plutôt que d’user du langage rugueux et prophétique des témoins et annonciateurs d’une Parole qui est « un glaive » (...) ».

Il est indéniable que certaines conférences d'évêques sont aujourd’hui encore constituées de ce que le Cardinal Ratzinger appelait « une bureaucratie mitrée ». En outre, en France, cette « bureaucratie » est noyautée - comme le faisait remarquer Mgr Gaidon - par quelques « grosses mitres » qui préparent soigneusement certaines élections pour se partager les « postes clés » de l'épiscopat. C’est ainsi que se maintient en place une lourde bureaucratie dans laquelle ce qui est principalement recherché, c’est la sécurité d’un consensus mou dans les domaines les plus sensibles de la vie de l’Eglise. Dans un tel système, tout ce qui vient de Rome et qui risquerait de bousculer les habitudes prises - qui ne sont pas toujours de bonnes habitudes - est systématiquement relu, corrigé, amendé, édulcoré et souvent même classé « sans suite ». Il s’agit là d’une véritable hostilité qui, contrairement à ce que l’on croit, ne se reporte pas essentiellement sur tel ou tel pape. 

 

 

 

Bien sûr, en France, Benoît XVI a été mal vu par un certain nombre d’évêques qui n’ont jamais manqué de critiquer le Cardinal Ratzinger du temps où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sans imaginer qu’il pourrait un jour devenir pape... Mais avant Benoît XVI, Paul VI et Jean-Paul II ont été tout autant critiqués, et leurs messages ont été tout autant passés sous silence par la Conférence des évêques. On en a de très nombreuses preuves. L’hostilité diffuse de la Conférence des évêques est donc surtout dirigée contre les enseignements du Siège apostolique : des enseignements que l’on fait souvent passer pour « inadaptés » à la situation particulière de l’ « Eglise-qui-est-en-France ». Cette « inadaptation » supposée permet alors d’imaginer alors toutes les « adaptations » et toutes les « relectures » possibles, même quand celles-ci en arrivent à contredire peu ou prou le contenu du document magistériel originel. Selon Paolo Rodari, l’origine d’une telle opposition aux enseignements du Siège apostolique est à chercher dans l’importance croissante prise, depuis Vatican II, par les structures bureaucratiques au sein de certaines conférences épiscopales. Des conférences qui - faut-il le rappeler ? - n’ont aucune base théologique, mais sont vite devenues comme des refuges pour tant de bureaucrates prenant plaisir à animer des sortes de petits soviets en guerre larvée contre le Vatican. Depuis le Concile, c'est une véritable « anti-romanité » difficile à cerner et à endiguer qui s’est montrée au grand jour et s’est progressivement répandue. Sa cible véritable est Rome et ce que représente la Ville dans laquelle est établi le Siège apostolique. Le Cardinal Vingt-Trois ne vient-il pas de rappeler à la Conférence des évêques que le pape n’était que l’Evêque de Rome, sous-entendant ainsi qu’il n’avait rien à dire aux évêques diocésains de France ? Dans la version française du Missel romain, que nos évêques se refusent à corriger, ne dit-on pas que l’on prie en union avec « notre » évêque et « le » pape ? 

 

Ainsi, ce que certains pasteurs ne semblent plus être en mesure de comprendre, c’est l’Eglise romaine elle-même : au lieu de voir en elle un guide sûr, ils ne voient qu’une simple structure coordonnatrice, une sorte d’ONG dont le travail consisterait à garantir une unité de façade établie sur la base du plus petit dénominateur commun qui ne bousculerait personne. Dans une telle structure, l'idéal serait donc d’avoir un pape se contentant de distribuer des bénédictions du haut de son balcon de la place Saint-Pierre. Benoît XVI parle haut et fort : il dérangeait l’establishment de l’Eglise en France. Son successeur François parle moins (du moins pour l’instant) mais se montre jovial : c’est nettement plus « acceptable » pour nos évêques... Au sein de la Conférence des évêques de France agissent donc des responsables qui ont créés des petits postes de gouvernement locaux leur permettant de s’affranchir de la constitution hiérarchique de l’Eglise romaine. En utilisant cette nébuleuse bureaucratique, certains évêques ont désormais les moyens de s’opposer à Rome en allant jusqu’à critiquer ouvertement les fidèles qui s’adressaient directement au Souverain Pontife. C’est aussi dans cette nébuleuse bureaucratique que travaillent ceux qui expliquent aux fidèles comment comprendre un texte magistériel pour en arriver à ne pas l’appliquer. Ainsi se trouvent, aujourd’hui encore, au sein de la Conférence épiscopale, des décideurs qui ont une vision de l’Eglise procédant de l’herméneutique de la rupture dénoncée par tous les papes, de Paul VI à Benoît XVI pour ne citer que les derniers. Il est clair que dans ces conditions, la désertification des églises et la chute des vocations ne seront pas endigués de sitôt.

 

Pro Liturgia

nicolasbux« L’autocéphalie est une sorte de virus qui devient un principe de destruction de l’Eglise, et par malheur il s’est attaqué aussi à l’Eglise catholique. Il suffit de penser à l’éléphantiasis des conférences épiscopales (nationales, régionales, territoriales) qui veulent pratiquement dicter des lois, y compris au Siège apostolique de Rome. Le risque est grave : la réalité - elle n’est pas d’aujourd’hui - est qu’il existe une tentative de la part de certaines conférences épiscopales de se constituer en alter-ego du Saint-Siège, oubliant que les conférences épiscopales ne sont pas d’institution divine. Ce sont des organismes ecclésiaux qui ont, de ce fait, toutes les limites des organismes humains. Même l’autorité d’un seul évêque ne peut être supplantée par une conférence épiscopale. Mais aujourd’hui c’est ce à quoi on assiste, à la sape lente et directe de l’autorité de l’évêque individuel de la part des conférences épiscopales. Celles-ci, entre autres choses, n’ont pas de prérogatives doctrinales, mais malgré cela, nous voyons très fréquemment des prises de position quasi contestataires par rapport à l’autorité de l’évêque de Rome, sans laquelle l’autorité des organismes collégiaux ne subsiste pas non plus.  Comme l’enseigne le concile Vatican II, le collège des évêques n’existe jamais sans sa tête. Si nous n’essayons pas de soigner rapidement ce virus, nous courons le risque de nous trouver, nous aussi, dans des situations analogues - et je dirai à chaque fois plus difficiles - à celles de ceux qu’on appelle les frères séparés » (Mgr Nicola Bux, Professeur de liturgie à Bari (I) et Consulteur à la Congrégation pour le Culte divin)

 

Un peu dans le même ordre d’idées, le Cardinal Ratzinger avait écrit qu’il faut que la liturgie « soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques ». Ainsi, pas davantage que les conférences épiscopales, les équipes liturgiques et les prêtres ne peuvent placer leur autorité au-dessus de celle que détient l’Evêque de Rome, Successeur de Pierre.

 

Pro Liturgia

Les "affaires" de ces dernières semaines auront permis de mettre en pleine lumière ce que tout le monde savait depuis bien longtemps mais que personne n'osait dire : de tout ceux qui se réclament de Vatican II - laïcs, prêtres, évêques - seule une infime minorité connaît véritablement le concile et l'applique. Ainsi, depuis que le pape a levé les excommunications frappant les évêques sacrés par Mgr Lefebvre, on n'a jamais entendu autant de fidèles chanter en chœur les louanges de Vatican II. Mais dans le même temps, on cherche en vain, dans les liturgies paroissiales, une application fidèle de ce Concile dont tous se réclament. Il y a quelques jours, le Cardinal Vingt-Trois rappelait fort justement qu'il n'est pas possible d'être catholique en faisant un tri dans l'enseignement de l'Eglise, dans la doctrine et la Tradition de l'Eglise. Et s'adressant aux traditionalistes, l'Archevêque de Paris soulignait que personne ne peut se donner le pouvoir magistériel de distinguer la "bonne Tradition" de la "mauvaise Tradition" car "un tel acte de discernement ne peut être qu'un acte de l'Eglise et pas celui d'un groupe particulier dans l'Eglise." Fort juste ! Mais que fait-on depuis 50 ans dans les paroisses de France sinon de laisser chaque célébrant, chaque équipe liturgique, faire un tri dans l'enseignement conciliaire et, tout particulièrement, dans la liturgie restaurée à la suite du Concile ? Ceux qui se plaisent à rappeler aux "traditionalistes" qu'ils devraient accepter le Concile ne devraient-ils pas commencer par balayer devant leur porte et donner eux-mêmes l'exemple d'une vraie fidélité à la liturgie voulue par Vatican II ?

Les "affaires" ont encore révélé autre chose : l'attitude quelque peu timorée de bien des nos évêques. Au lieu de se mettre franchement aux côtés du Saint-Père pour le soutenir ouvertement tandis que les critiques lui parvenaient de partout, on les a entendus se confondre en excuses devant des gens qui, par médias interposés, faisaient état de leur indignation face à la décision du Souverain Pontife de lever les excommunications. Ce sont donc des fidèles qui ont pris l'initiative de manifester leur soutien à Benoît XVI en créant des blogs sur internet où il était possible de signer un message pour le Successeur de Pierre. Aucune initiative de ce genre sur les sites internet des différents évêchés de France...
Un tel manque d'empressement de la part de nos évêques à soutenir le Saint-Père serait-il une survivance du "complexe anti-romain" qui a fait tant de dégâts dans les rangs de l'Eglise en France ? Une chose est certaine : les "affaires" permettent d'y voir de plus en plus clair. Les prises de positions des uns et des autres - ou même l'absence de prises de positions - auront montré l'existence de très nombreuses divergences dans les rangs de l'ensemble des fidèles, des "traditionalistes" comme des "conciliaires" - ou prétendus tels -.

 

Pro Liturgia

josephratzinger2005breit.jpgQuelle minable comédie nous jouent tous ces évêques français qui encensent Benoît XVI au moment où il s’en va ! Pourquoi ne l’ont-ils pas encensé de la même façon lorsqu’il a été élu pour succéder à l’Apôtre Pierre ? (cf : voir à ce sujet la minable réaction de Mgr Di Falco à 17min40). Oui, nos évêques de France nous rejouent avec un art qui n’avait pas échappé à Jean-Paul II (il avait parlé de la « comédie française » dans l’avion qui le reconduisait à Rome après une visite dans notre pays), une de ces farces dont ils ont le secret. Ils n’aimaient pas Joseph Ratzinger du temps où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Et ils le disaient à qui voulait bien l’entendre. C’est vrai que ce Cardinal-Préfet les avaient recadrés sur des questions de catéchèse (« Pierres Vivantes », le grand catéchisme qui devait faire la gloire de notre épiscopat... ne pouvait pas être considéré comme un catéchisme, avait dit Joseph Ratzinger) et sur des question de liturgie en publiant « La célébration de la foi ». Ouvrage dans lequel il apparaissait que les messes bricolées « à la française » - autre fierté de notre épiscopat - contredisaient totalement les enseignements de l’Eglise. Alors on a vu nos évêques bien embarrassés quand soudain le même Joseph Ratzinger s’est avancé sur la loggia de Saint-Pierre revêtu d’une soutane blanche sous laquelle apparaissait un pull-over noir qu’il n’avait pas eu le temps de changer et portant un camail qui tombait mal. Gênés aux entournures, on les a soudain entendus expliquer aux fidèles que Joseph Ratzinger ne correspondait pas du tout à l’image qu’ « on » avait donné de lui ; qu’il n’était pas le « Panzerkardinal » qu’on craignait ; que certes il n’aurait pas le rayonnement d’un Jean-Paul II, mais.... etc. On a même entendu le très progressiste Mgr Doré, alors archevêque de Strasbourg, se vanter d’avoir été l’élève du Professeur Ratzinger à Ratisbonne ! C’est fou comme 24h après l’élection de Benoît XVI, le « Ratzinger’s fan club » a su recruter parmi les membres de l’épiscopat français !

 

Pour autant, il était entendu qu’il ne fallait pas aller trop loin dans cette direction. Et Mgr Vingt-Trois l’a bien souligné lors du voyage de Benoît XVI en France : à Lourdes, alors que les journalistes l’interrogeaient, il a rappelé que le Pape n’était tout de même pas le patron ! Qu’on se le dise. Et quand Benoît XVI a publié le Motu proprio « Summorum Pontificum », nos évêques - toujours eux - n’ont plus trop su sur quel pied danser. En tout cas, l’accueil fut tellement froid - le Cardinal Ricard allant jusqu’à dire à ses prêtres qu’ils ne devaient pas s’inquiéter et continuer à célébrer la messe comme ils l’avaient toujours célébrée... c’est-à-dire mal - que le Souverain Pontife fut obligé d’écrire une Lettre explicative aux évêques : essentiellement aux évêques français puisqu’ils étaient les premiers concernés par l’affaire Lefebvre. Et qui se souvient des critiques adressées à Benoît XVI par NN.SS. Noyer, Rouet... et de tant d’autres qui l’accusaient de vouloir brader le Concile, ce Concile qui n’est d’ailleurs toujours pas appliqué dans les diocèses de France si l’on en juge par les liturgies qui y sont célébrées ? Et qui se souvient de cette Lettre que Benoît XVI pour leur faire part de sa tristesse de n’avoir été ni compris ni soutenu par ses « frères dans l’épiscopat » lorsqu’il avait levé l’excommunication des quatre évêques sacrés illégitimement par Mgr Lefebvre ? Souvenons-nous des paroles du Saint Père : « J’ai été peiné du fait que même des catholiques (...) aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester ». Des catholiques - qui ne sont sûrement pas ceux du Kamtchatka ou de la Patagonie - ont peiné le Pape ! Et Benoît XVI ajoutait dans sa Lettre : « A certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Eglise. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit. (...) Chers Confrères (...) si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. (...) Mais malheureusement ce « mordre et dévorer » existe aussi aujourd’hui dans l’Eglise comme expression d’une liberté mal interprétée (...) ».

 

Enfin, qui aura le courage de dire, une fois encore, qu’en France, aucune des directives contenues dans les grands textes de Benoît XVI n’a trouvé le moindre début d’application ? Ah si : il s’est trouvé un évêque pour l’écrire, mais il est décédé. C’est Mgr Gaidon. Bien sur : depuis qu’ils ont appris le départ de Benoît XVI, nos Evêques font du zèle devant les micros et caméras ; ils s’emploient à encenser celui dont ils n’ont jamais écouté les enseignements. Mais s’en trouvera-t-il un pour reconnaître que ce grand Pape a souffert de n’avoir pas été compris ? S’en trouvera-t-il un qui aura l’humilité de reconnaître que l’exemple donné par Benoît XVI pour redonner à la liturgie la beauté et la splendeur qui lui reviennent demeure ignoré dans pratiquement toutes les églises et cathédrales de notre pays ? S’en trouvera-t-il un qui aura le courage de remettre à leur vraie place - comme l’a pourtant demandé le Pape lors des dernières visites « ad limina » - ces laïcs qui s’amusent à jouer aux curés en s’octroyant des pouvoirs au sein des paroisses ? Alors disons-le franchement : entendre nos évêques de France - dont l’attachement au Siège de Pierre a toujours paru problématique - chanter les louanges de Benoît XVI met mal à l’aise. On préférerait les entendre dire leur « mea culpa » et les voir enfin mettre en application les enseignements de celui qui est encore pour quelques jours notre Souverain Pontife. 

 

Pro Liturgia

Avec 16 autres prêtres du diocèse de Rouen, Paul Flament, qui a commencé son sacerdoce dans les années 60 (ça explique tout !) entre en dissidence. Lui qui ne connaît que sa Normandie et son clocher a la prétention de vouloir faire la leçon au Souverain Pontife qui voit le monde et toute l’Eglise. Lui et ses confrères vivent mal leur sacerdoce. Ce qui confirme ce que nous avons toujours soutenu : dans les années 60 on a allègrement ordonné prêtres des braves garçons qui n’avaient pas la vocation. Ça laisse des traces. Ils croient pouvoir régler leurs problèmes existentiels en réclamant de l’Eglise qu’elle ordonne des prêtres des deux sexes et permette le mariage des prêtres. On ne comprend pas pourquoi ces clercs qui en sont restés à des idées du siècle passé ne demandent pas davantage : le droit au divorce, au concubinage, à la polygynie... etc. Si déjà on veut vivre avec son temps... Mais Paul Flament frise le ridicule lorsqu’il déclare que « Luther avait raison » sur ces questions. Ridicule, oui. Car s’il avait un peu étudié, il saurait que Luther n’a jamais demandé le mariage des prêtres ni l’ordination des femmes : il a purement et simplement nié l’Eucharistie et le sacerdoce. Les 17 prêtres de Rouen ne devraient-ils pas (au minimum) avoir le courage d’en faire autant ? C’est-à-dire ne plus célébrer de messes et cesser de se prendre pour des prêtres. Bref, quitter l’Eglise ?

Le pape Benoît XVI, qui connaît de longue date la situation véritable de l'Eglise en France, nous donne des nouveaux évêques dont la mentalité n'est plus celle qui a marqué les générations post-soixantehuitardes. Un changement est donc en cours. Il sera très lent... Ce que nous devons faire, nous, fidèles "de la base", c'est prier pour que ces nouveaux évêques ne soient pas contaminés par une certaine mentalité qui domine encore au sein de l'épiscopat français et qui a été dénoncée par Mgr Gaidon dans son livre "Un évêque français entre crise et renouveau" (éd. de l'Emmanuel). Oui, nous devons prier pour que les évêques nommés par le Saint-Père ne finissent pas par s'"épiscopaliser" au sein de ce que le Cardinal Ratzinger osait appeler "une bureaucratie mitrée". Nous devons aussi nous souvenir que nos évêques - en dehors de ceux qui imaginent une Eglise sans prêtres - n'ont pas la tâche facile. Ils ont à gouverner un clergé vieillissant, souvent désabusé faute d'avoir su conserver les repères spirituels qui furent à l'origine de leur vocation sacerdotale; ils doivent "travailler" avec un clergé ingouvernable, très largement sécularisé au point de donner parfois l'impression qu'il a perdu tout sens de sa propre dignité, un clergé souvent mal ou très insuffisamment formé… On lira le très courageux panorama de la situation actuelle que vient de faire Mgr André-Mutien, Evêque de Namur.

« Loin de présenter aux hommes de ce temps un môle solide au milieu de la confusion générale, l'Église leur présente la débandade d'hommes faibles de foi, de caractère, d'intelligence. Ils vont au monde non comme le levain à la pâte, mais comme la poupée de sel dans la mer... Les militants les plus actifs du clergé adhèrent sentimentalement mais avec enthousiasme, à un pseudo-marxisme généreux et superficiel. Ils méconnaissent radicalement les expériences communistes et socialistes vécues. Là est le centre de l'Affaire : la foi en Dieu a fait place à la déification de l'homme. Mais alors il faudrait le dire franchement, il n'y a plus personne à prier, il n'y a plus de Révélation, il n'y a plus d'Évangile... C'est une atroce escroquerie de se prévaloir d'une incarnation de Dieu pour nier Dieu ». Quel souhait exprimer sinon que l'Église, sa hiérarchie, se penche et écoute maintenant le peuple, auquel des théologiens, généreux mais trop donnés au libre examen, ont causé tant de tort spirituel. Le peuple a faim de l'Évangile. Qu'on arrête de lui proposer Marx et autres ersatz. Il a besoin de sacrements et d'unité. Il a besoin d'être ramassé sur le bord du chemin car il est blessé... à mort ? Sinon l'aggiornamento du Concile deviendrait une escroquerie monstre au seul profit de la gloriole chez quelques uns ».

 

Jean Fourastié

NDLR : Loin de nous de vouloir critiquer ou de juger qui que ce soit. Dieu seul sonde les reins et les cœurs (Psaume VII, 10) et Lui seul nous jugera de nos actes. Cependant, nous devons avoir le courage de dire certaines vérités pour préserver l’UNITE de l'Eglise... et plus particulièrement de l’unité catholique en France ; A la suite de Mgr Centène, nous redisons que « la charité sans la Vérité est un fruit pourri ». Le texte ci-dessous ne plaira peut-être pas à tous le monde mais il reflète l’actuelle crise de l’Episcopat français. Si la France est sujette à la division liturgique et doctrinale, c’est en grande partie à cause d’un Episcopat ne voulant pas appliquer les directives romaines depuis trop fort longtemps. Il faut oser le dire et savoir faire son propre examen critique :
 
 
 
 
undefinedIl y a une question que le "fidèle de base" est en droit de se demander : que pense-t-on, à Rome, de l'épiscopat français ? Question délicate, comme on peut s'en douter. Pour tâcher d'y répondre, il faut voir quelles ont été - ou quelles sont encore - les réactions des évêques français aux décisions prises par les papes. Et aussi quelles ont pu être les réactions du Saint-Siège vis-à-vis de décisions prises par l'épiscopat. Les visites ad limina que font tous les évêques donnent l'occasion aux évêques de France, en 1977, de rencontrer Paul VI. De retour dans son diocèse, Mgr Decourtray note : « Nous avons rencontré un vieillard épuisé (...) L'extraordinaire vigueur de son propos nous a étonnés (...) Nous avons retiré l'impression qu'il avait été déçu par l'Eglise de France. Il avait placé une exceptionnelle confiance en elle. Sa déception n'en fut que plus grande ». Il est vrai qu'au cours de son exposé à nos évêques, Paul VI avait évoqué « l'apathie spirituelle de prêtres, de religieux ou de religieuses », ainsi qu'un « complexe anti-romain » conduisant à ne pas tenir compte des orientations pastorales souhaitées par Vatican II. C'est dans ce sillage qu'en 1980, les évêques français font éditer le manuel "Pierres Vivantes" qui, disent-ils avec persuasion et auto-satisfaction, est une grande réussite. De nombreux fidèles réagissent face à la diffusion d'un manuel qui dilue l'enseignement religieux au point d'en faire quelque chose qui n'est plus toujours catholique. Ils sont très vite considérés comme d'infréquentables "intégristes", le mot qui tue !  Dans "La Croix", Mgr de Provenchères, alors Archevêque d'Aix, défend la nouvelle catéchèse. Il sera très vite suivi par Mgr Villot, alors Secrétaire de l'Episcopat, et par Mgr Feltin. Mais en 1983, alors que se prolonge et s'amplifie la querelle sur la catéchèse autour du manuel "Pierres Vivantes", le Cardinal Ratzinger intervient au grand soulagement des fidèles qui souhaitent conserver et transmettre la foi de l'Eglise. Invité à Lyon et à Paris, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n'hésite pas à prendre le discours officiel de l'épiscopat français en défaut, en déclarant que « ce fut une première et grave faute de supprimer le catéchisme », et en dénonçant « la grande misère de la catéchèse nouvelle », qui oublie « de distinguer le texte de son commentaire ». Et le Cardinal Ratzinger d'ajouter qu' « il faut oser présenter le catéchisme comme un catéchisme » - petite phrase bien sentie qui vise directement "Pierres vivantes". Aussitôt, nos "évêques français" font chorus pour expliquer aux fidèles (qu'on prend décidément pour de grands naïfs) que le Cardinal n'entendait nullement « s'ingérer dans les affaires françaises, mais traiter globalement de la situation de la catéchèse ». Autrement dit : Rome c'est Rome, la France c'est la France.
 
En 1980, le pape Jean-Paul II vient en France. Il y a moins de foule pour l'accueillir qu'en bien d'autres endroits du monde où il s'est déjà rendu. On apprendra par la suite qu'en plusieurs diocèses le clergé local a dissuadé les fidèles de se rendre à Paris. Et l'on apprend pourquoi en lisant un numéro d'Etudes où Jean-Paul II est présenté comme un pape qui a une vision conservatrice du Concile alors que les fidèles catholiques français "de la base" veulent adapter leur foi à l'époque à laquelle ils vivent. Voilà les évêques obligés de faire le grand écart entre le Vatican - nécessairement conservateur et décalé - et l'intelligentsia français - nécessairement ouverte et tolérante - qui a en mains les commandes des diocèses et des paroisses. Au milieu de ces différents, une voix se fait entendre : celle du Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui, en décembre 1985, publie "Entretien sur la foi". Aussitôt le Cardinal est présenté - sans que nos évêques ne s'en émeuvent - comme un Panzerkardinal enfermé dans sa pensée. Ne se permet-il pas de porter des jugements critiques sur la façon avec laquelle le Concile a été appliqué en France ? N'ose-t-il pas se montrer sévère pour les conférences épiscopales qui « n'ont pas de base théologique [ni] mission de Magistère » ? Le livre du Cardinal Ratzinger est en réalité une sévère mise en garde adressée aux évêques de France, puisque c'est précisément dans leurs diocèses et sous leur autorité que l'on trouve les principales déviations liturgiques et contresens catéchétiques. Les réactions "anti-ratzingériennes" ne se font pas attendre, ce qui provoque une réaction du Saint-Siège : le Vatican ne conteste pas le droit des évêques français de critiquer les positions du Cardinal Ratzinger - bras droit de Jean-Paul II - mais réprouve le "triomphalisme" d'un épiscopat qui ne sait que minimiser les difficultés rencontrées par l'Eglise en France.
 
En avril 2005, le Cardinal Ratzinger - celui que le clergé de France ne se prive pas de critiquer faute de pouvoir critiquer directement Jean-Paul II - est élu pape. La déception est clairement affichée par de nombreux prêtres au cours des réunions de secteurs inter-paroissiaux et même au cours de certaines homélies dominicales... Mais cette déception devient plus marquée - et plus virulente aussi - lorsqu'on apprend que Benoît XVI aurait l'intention de publier un Motu proprio libéralisant la forme de la liturgie romaine qui était en usage avant Vatican II. Dix évêques de l'Est de la France, ainsi que de nombreux prêtres et responsables diocésains à différents niveaux, laissent entendre qu' « une telle décision risquerait aussi de mettre à mal l'unité entre les prêtres, autant qu'entre les fidèles ». Et voici Benoît XVI officiellement soupçonné d'être un diviseur au sein de l'Eglise et un fossoyeur de Vatican II. Plus comique encore, les évêques de France qui ont laissé la liturgie totalement se déliter, s'autorisent à faire la leçon au Saint-Père en lui rappelant « que la liturgie est l'expression de la théologie de l'Eglise » et non des sentiments des célébrants. La situation devient telle que lors de leur Assemblée plénière à Lourdes, en novembre 2006, les évêques se croient obligés pour ne pas perdre la face, de souligner leur attachement à la messe de Paul VI. Seulement voilà : il ne se trouve aucun évêque de France capable de célébrer cette messe de Paul VI sans la déformer plus ou moins gravement... Et ceci, à Rome, on le sait bien comme le prouve la conférence pleine d'allusions que fera en 2006, à Paris, le Cardinal Arinze et que nos évêques s'empresseront d'étouffer. Dernier épisode en date : les évêques francophones devraient présenter une version du Missel romain actuel plus conforme au texte liturgique latin. Comme cette version tarde à venir, il y a de bonnes raisons de penser qu'au Vatican on s'est mis au travail sans attendre davantage les propositions des évêques de France. Désormais, à Rome, on ne prend plus avis des évêques de France : on les met devant le fait accompli, comme l'a très bien montré l'épisode de la création de l'Institut du Bon Pasteur de Bordeaux.
 
Que conclure de ces faits sinon qu'au Vatican on se fait probablement peu d'illusions sur la capacité de l'épiscopat français à dynamiser les diocèses pour permettre aux catholiques de retrouver le vrai visage de l'Eglise. Déjà en 1970 le regretté André Frossard, grand ami de Jean-Paul II, dénonçait la grande mollesse de notre épiscopat. Rien ne semble avoir changé depuis !
 
 
Pro Liturgia

La situation des évêques de France n'est pas facile. Dans de nombreux diocèses jadis chrétiens, la rage iconoclaste d'un certain clergé des années 60-70 a conduit à une démolition en règle qui a touché la catéchèse, la doctrine, la liturgie, les coutumes et, de façon plus générale, tout ce qui apparaissait comme un véhicule privilégié de la foi. Maintenant, il n'y a plus guère que des personnes âgées qui fréquentent régulièrement les messes dominicales célébrées pour un regroupement de paroisses. Malheureusement, en de nombreuses églises, ce sont aujourd'hui ces mêmes personnes âgées et pratiquantes régulières qui souffrent du virus de la "modernité" dont les symptômes sont la peur d'être en retard sur ce qui se fait ailleurs, d'être dépassé, et la crainte de paraître "ploucs" si l'on ne chante pas les refrains bêtifiants entendus à la dernière session de formation pour animateurs liturgiques, et qu'on ne tape pas dans les mains…

 

 

 

Cette mentalité a été patiemment inoculée par le jacobinisme français qui a conduit à détruire en de nombreux milieux la fierté d'avoir des racines, surtout des racines chrétiennes. Et les ravages de ce jacobinisme ont été augmentés par les comportements d'un certain clergé qui, même après Vatican II, même après avoir troqué la soutane pour le polo et les jeans, a jalousement conservé tout le cléricalisme borné et autoritaire du XIXème siècle, tout en adoptant et en imposant les pires inepties du monde moderne. On imagine donc qu'il sera très difficile de redresser la barre, surtout quand à la faiblesse théologique des clercs s'ajoute le manque de soutien franc des évêques diocésains à l'égard des prêtres fidèles au pape, et quand fait défaut la diffusion des documents clairs et nets qui sont donnés par Rome. Dans de telles conditions, l'Eglise en France continuera à souffrir du mal dont elle souffre depuis tant de décennies et qui se manifeste par toutes les ambiguïtés qui atteignent directement la catéchèse, la prédication et la liturgie. On entend parfois dire que "petit à petit" les choses commencent à changer, à s'améliorer. Mais il n'est pas certain du tout que le "petit à petit" soit la meilleure méthode : plus on diffère, plus on attend que le "petit à petit" fasse son œuvre, plus les mauvaises habitudes s'enracinent et moins les fidèles comprennent la pertinence de ce que l'Eglise leur demande. D'autant qu'en France, l'Eglise ne leur demande plus rien depuis des dizaines d'années : aucune exigence, aucun choix à opérer. Les évêques - comme le faisait remarquer l'un d'eux dans un ouvrage récemment paru - semblent se contenter d'empiler de belles déclarations assez élastiques pour pouvoir être consensuelles, sans pour autant faire le bilan des résultats escomptés. Une certaine prédication (ou plutôt une non-prédication) a laissé croire aux fidèles que l'on pouvait vivre en chrétien en adoptant l'esprit du monde et en communiant à la messe comme si de rien n'était. Beaucoup de bons évêques, eux-mêmes otages de cet esprit du monde, ne disent rien par peur d'une rupture, d'une rébellion généralisée qui les laisserait seuls et désemparés. Alors on préfère maintenir des façades : une messe de la forme extraordinaire du rite romain ici ou là pour éviter les remous, et partout ailleurs la conservation de la grande pagaille liturgique; une "première communion" annuelle pour des petits enfants qu'on ne voit jamais à la messe ni avant ni après cette "belle cérémonie" qui permet à tata de mettre sa belle robe et à tonton de faire des photos; des messes de mariage célébrées après des années de concubinage (N°2390-2391) pour des gens qui ne mettent pas les pieds à l'église, et des messes d'enterrement qui sont des marques de sympathie pour la famille d'un défunt et non plus l'occasion de prier pour le repos de l'âme d'un disparu. D'ailleurs, parle-t-on encore de l'âme au cours des homélies dominicales ?

 

Seulement voilà : si, pour remédier à cette situation déliquescente on commence à remettre les choses en place en exigeant absolument le respect de la liturgie de l'Eglise ainsi que la présence des enfants et de leurs parents à toutes les messes dominicales, de nombreuses personnes diront : « Puisque c'est comme cela, on ne fera plus rien et on ne mettra plus les pieds à l'église. Tant pis pour le curé ». Et en bien des cas ce sera la démission des chorales, des servants de messe (quand il y en a encore) ainsi que la désertion des fidèles... C'est surtout ça que craignent certains évêques ainsi que beaucoup de prêtres pleins de bonne volonté... Et alors ? Un tel "électrochoc" dû au rappel d'exigences élémentaires pour qui se dit catholique n'aurait-il pas le mérite de clarifier les choses et de permettre de repartir sur des bases neuves et solides pour construire des communautés rassemblées autour d'une foi authentique ? Tant qu'on laissera les choses en l'état, on se moquera de Dieu... ou du moins permettra-t-on de se moquer de Lui. Mais il est vrai que Dieu n'intéresse plus beaucoup les catholiques. Dieu ennuie ou gêne... Entre la messe et le match de foot, le choix est vite fait ! Voilà où nous en sommes arrivés, et c'est ce qui permet de comprendre que la situation actuelle de l'Eglise en France laisse peu de marges de manœuvre aux évêques, même à ceux d'entre eux qui aimeraient appliquer les instructions données par le Siège apostolique.

 

Pro Liturgia

Décidément, les évêques de France ne font pas la même lecture du Concile que les autres évêques. Ils refusent d’appliquer les enseignements de Vatican II, tout spécialement dans le domaine liturgique, nos évêques - qui apparaissent de plus en plus comme étant viscéralement anti-romains, pour ne pas dire anti-Benoît XVI, et isolés - célèbrent des liturgie « à leur sauce » lesquelles, si l’on en croit l’adage « lex orandi lex credendi » qu’il citent quand ça les arrange, éloignent les fidèles de la foi catholique (on lira à ce sujet le livre Mgr Bux « La foi au risque des liturgies » dont le titre original en italien est « Comment aller à la messe sans perdre la foi ».)

 

Oui : quoi qu’ils disent, quoi qu’ils répètent, quoi qu’ils essaient de faire croire aux fidèles, nos évêques falsifient les véritables enseignements du Concile, généralement avec le soutien de « laïcs en responsabilité » par eux nommés. Veut-on des preuves de cette lecture falsifiée du Concile qui conduit à priver les fidèles des richesses de la liturgie actuelle ? Il suffit de regarder ce qui se fait de bien ailleurs... c’est-à-dire hors des limites des diocèses sous juridiction de nos évêques. 

 

Par exemple, il arrive qu’ « ailleurs » la forme « ordinaire » de la liturgie soit célébrée « ad orientem » sans que cela fasse problème... Il est vrai que là où cela se fait, il y a des évêques authentiquement « conciliaires » et, à l’inverse, il n’y a pas d’ « équipes liturgiques » dont les membres se réclament d’un Concile qu’ils n’ont jamais ni étudié ni cherché à appliquer. La célébration « ad orientem » à lieu quelques fois dans l’année à la cathédrale de Cologne ; la dernière fois, c’était ce 29 juin, à l’occasion de la Saint Pierre et Saint Paul... CLIQUER ICI

 

Nous proposons donc d'organiser une quête pour payer à certains de nos évêques (dont nous tairons les noms par respect) un stage de formation liturgique auprès du Cardinal Meisner. Car le misérabilisme liturgique franco-français ne peut plus durer... Sauf à vouloir des églises vides.

 

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