(…) Un important courant critique va se fomenter et éclater ouvertement à l’encontre du magistère suite à la publication de l’Encyclique Humanae Vitae (1968). Beaucoup de chrétiens et de théologiens n’acceptèrent pas la position magistérielle sur la condamnation des moyens de contraception. La déclaration Persona Humana (1975) accentua la virulence de l’opposition par une remise en cause de la nature humaine et de la loi naturelle. Une dernière lettre de Jean-Paul II, Familiaris Consortio (1981) consommera la fracture entre le magistère et ce courant de pensé – que nous qualifierons de « séculier » – par une remise en cause de la compétence du magistère en matière de morale. Ce courant de sécularisation à l’intérieur même de l’Église radicalisera la position de l’écoute du monde encouragé par Vatican II. Séduits par les sciences humaines, les diverses idéologies du moment – comme le marxisme ou le positivisme – et une certaine exégèse, un certain nombre de théologiens et de penseurs chrétiens adhéreront imprudemment et sans réserve aux idées contemporaines. On identifiera l’Église au monde en annulant sa capacité de recul sur ce dernier : l’Église doit être dans le monde et comprise seulement à partir de lui. Dans cette perspective, les valeurs transcendantes de la révélation chrétienne auront tendance à être délaissées ou redéfinies au profit des seules valeurs humaines. Des valeurs comme la charité chrétienne seront redéfinies dans une perspective humaniste : pour être authentique, la charité – désormais plus facilement renommée « générosité » – doit contribuer au progrès social dans un engagement d’ordre politique. L’influence nietzschéenne au sein du christianisme contribuera à introniser un chrétien autonome capable de résoudre ses problèmes sans Dieu. On passe d’un point de vue théocentrique à un point de vue anthropocentrique, pour lequel on prendra soin d’éliminer toutes références à l’autorité, à la Tradition et à la foi, susceptibles de « polluer » une éthique chrétienne se voulant scientifique.

 

(…) En théologie morale, la sécularisation post-conciliaire jouera sur deux points importants. Le premier point d’achoppement sera la critique textuelle des textes sacrés par une exégèse basée sur des critères scientifiques. L’exégèse moderne – particulièrement l’exégèse historico-critique – va traiter les Écritures comme un texte classique. Nous ne contestons pas ici la nécessité de la critique textuelle, c’est un travail vital pour la recherche de la vérité. Mais dans le courant de sécularisation, la critique textuelle s’effectuera avec un arrière fond idéologique et, qui plus est, partira d’un apriori négatif sur le donné de la foi, quand la foi n’est pas purement et simplement mise à l’écart par soucis de vérité scientifique. Tout s’opère dans une lecture horizontale par le critère des seules sciences humaines. Le deuxième point problématique en morale va être la révision du dogme. Les dogmes chrétiens vont subir une réinterprétation idéologique. Ici aussi la démarche pourrait être bonne s’il s’agissait seulement de prendre en considération le contexte historique d’une formulation pour l’appréhender correctement. Mais cette lecture n’est pas exempte de notions idéologiques, l’influence des idées modernes marquent fortement la relecture et écartent des notions métaphysiques importantes, comme la pensée « substantialiste » des Pères de l’Église, avec pour conséquence la perte de la dimension ontologique qui pose la nature de la morale. Ces deux piliers sont importants pour la théologie morale qui se retrouve attaquée par des réinterprétations humanistes au moment où elle cherchait justement à retrouver ses fondements bibliques et ontologiques. La loi naturelle – fragilisée car encore tributaire des fondements nominalistes qu’on lui donne à ce moment là – sera relativisée aux vues des multiples cultures et de leurs évolutions historiques. La casuistique, dont le point de vue est considéré comme trop individuel, sera critiquée pour être remplacé par une dimension politique qui deviendra le critère de réflexion principal en morale (…).

 

 

Lien : Pour lire cet article remarquable dans son intégralité

Abbé Jean Carmignac : « Je travaille sur les manuscrits de la mer Morte depuis 1954 [...]. Ces travaux m'ont amené, depuis 1963 à traduire l'Evangile de St Marc en hébreu de Qumràn. J'ai été surpris de constater que c'était très facile. Les mots du texte grec de Marc sont dans l'ordre voulu par la grammaire hébraïque et beaucoup de tournures sont hébraïques. [...] J'ai donc voulu retraduire tout St Marc en hébreu et, en même temps, les passages parallèles de St Matthieu et de St Luc, pour les comparer. [... ] Et ce à quoi j'aboutis, c'est à des conclusions assez révolutionnaires : les Evangiles ont été composés beaucoup plus tôt et d'une toute autre façon qu'on ne pense généralement dans les milieux des spécialistes. [...] En définitive, si les Evangiles synoptiques ont été écrits en hébreu, ce que je pense pouvoir démontrer, toute une tendance biblique actuelle, celle qui se réclame de Bultmann notamment, est compromise »

 

 

 

abbecarmignac.jpeg« (…) Rudolf Bultmann est un allemand, professeur à l'Université de Marbourg. C'est plus un philosophe qu'un exégète ; ami du philosophe Heidegger, c'est sous l'influence de celui-ci, en partie au moins, que Bultmann a bâti un système qui relève plus de l'histoire des religions que de l'exégèse. Bultmann compare les récits des évangiles aux récits populaires qui peuvent exister dans les différentes religions et mythologies ; il constate que pour à peu près chacun des récits évangéliques on peut trouver des passages parallèles dans la mythologie grecque, le Bouddhisme, etc. En recourant à la notion de genre littéraire (qui est une notion juste mais à utiliser avec discernement), il fait des rapprochements entre tel fragment des Evangiles et tel texte bouddhiste, hellénique... Il en arrive ainsi à atomiser le texte biblique. Il suppose que les évangiles sont la mise bout à bout de quantités de petits récits très courts inventés par les premières communautés chrétiennes pour exprimer ce qu'elles croyaient au sujet du Christ ; par exemple elles prêtent au Christ tel miracle pour dire qu'elles le croient d'origine divine, tout puissant, capable de rendre la vie... Bref, selon Bultmann, on mythologisait en écrivant les détails de la vie de Jésus, sous l'influence de la culture hellénique. Aussi, pense-t-il, il faut maintenant « démythologiser » les Evangiles si l'on veut obtenir la réalité historique. L'Evangile, selon lui, nous permet d'atteindre la foi des communautés chrétiennes (Jésus ressuscité, Fils de Dieu, né d'une Vierge, etc.) mais non la réalité historique. Mais pour Bultmann ce n'est pas un obstacle à la foi. Disciple du philosophe Heidegger, il prône une foi tout à fait « pure » et la foi est d'autant plus pure qu'elle ne dépend pas d'une connaissance historique. II est plus beau, plus religieux, de croire sans motif, sans preuve. C'est ce qu'il appelle la foi pure. Tout son travail, dans sa pensée, est un travail de purification de la foi.

 

Quant à nous, nous disons : si Jésus n'a pas fait et dit réellement ce que nous rapportent fidèlement les Evangiles, comment pouvons-nous croire en Lui ? On rencontre ici la différence essentielle entre la foi protestante et la foi catholique. La foi des protestants est en réalité la confiance; la confiance que Dieu me sauvera et qu'il me sauve par Jésus-Christ. Cette notion de confiance peut, jusqu'à un certain point être détachée de la réalité historique. Pour les catholiques, la foi est d'abord adhésion de l'intelligence à des vérités révélées et cette adhésion n'est plus possible si les vérités révélées n'existent pas, si elles n'ont pas été révélées, si je ne puis les atteindre dans le contexte des faits historiques où elles ont été révélées. Le système de Bultmann est donc extrêmement dangereux. Malheureusement, il est vulgarisé en France et a influencé beaucoup de chrétiens. Les théories de Bultmann sont pour une part responsables de la crise que traverse l'Eglise actuellement. Ce qui a fait perdre la foi à certaines personnes c'est que Jésus n'est plus pour elles le Christ historique qui a vécu sur terre, qui était Fils de Dieu, vraiment homme comme nous, dont je connais les gestes et les paroles, mais un être idéalisé qu'on récupère sur le plan politico-social ou qu'on essaye d'envoyer dans les nuées... Or, ce qui frappe, c'est que toutes les théories de Bultmann ne reposent sur aucune preuve ; elles s'appuient sur l'argument de comparaison, de ressemblance entre tel récit chrétien et tel récit bouddhique, par exemple. Mais l'histoire des religions est si vaste qu'on peut toujours trouver des ressemblances entre récits provenant de religions différentes ; comparaison n'est pas raison. Il faudrait prouver qu'il y a influence directe de tel thème hellénique ou bouddhique sur le Nouveau Testament Bultmann ne le fait pas.

 

Si le travail que je poursuis en ce moment est exact dans ses conclusions essentielles, du Bultmannisme il ne reste rien. Bultmann pense en effet que les Evangiles ont été composés par les communautés hellénistiques de Corinthe, Ephèse, etc. Mais tout ceci est radicalement faux si Marc et Mathieu ont été composés en hébreu et si Luc a été écrit en dépendance de ce texte hébreu, car alors il n'y a pas d'influence des communautés hellénistiques, puisque la composition du texte n'est pas dans leur langue. Or, on peut prouver (et c'est l'objet de mon travail actuel) que Marc et Matthieu ont été écrits en hébreu, que Luc est, à la limite, du grec et de l'hébreu, et que ces textes sont passés de l'un à l'autre par tradition visuelle (leur rédacteur ayant sous les yeux un texte hébreu écrit) et non par tradition orale... Alors, le Bultmannisme se présente comme un ensemble d'affirmations indémontrées, contredites par une enquête menée scientifiquement ».

 

Extrait d’une interview de l’Abbé Jean Carmignac, par le père André Boulet (s.m.)

à la « Revue des Oeuvres et des Missions marianistes » n° 27, juillet-septembre 1976

Le Synode sur la famille de 1980 a utilisé l’expression "loi de gradualité" que Jean-Paul II a reprise dans l’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio : « Les époux, dans la sphère de leur vie morale, sont appelés à cheminer sans se lasser, soutenus par le désir sincère et agissant de mieux connaître les valeurs garanties et promues par la loi divine, avec la volonté de les incarner de façon droite et généreuse dans leurs choix concrets. Il ne peuvent pas toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. C'est pourquoi ce qu'on appelle la "loi de gradualité" ou voie graduelle ne peut pas s'identifier à la "gradualité de la loi", comme s'il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses. Tous les époux sont appelés à la sainteté (= éviter le péché). (…) Il appartient à la pédagogie de l'Eglise de faire en sorte que, avant tout, les conjoints reconnaissent clairement la Doctrine d'Humanae Vitae comme norme pour l'exercice de la sexualité » (FC 34).

 

 

 

GENERALITE : Pour Jean-Paul II, la loi de gradualité suppose un cheminement, une montée. Le mot latin "gradus", d'où est tiré le mot "gradualité", évoque en effet les degrés d'une montée d'escalier. La loi de gradualité pourrait être symbolisée par la "voie étroite", la montée à entreprendre pour se libérer du péché et tendre vers la perfection. Les conditions d'une "droite loi de gradualité" selon Jean-Paul II sont : 1. « Le désir sincère et agissant de mieux connaître les valeurs garanties et promues par la Loi divine », donc : mettre tout en oeuvre pour connaître les vérités de l'ordre moral.  2. « Avoir la volonté de les incarner de façon droite et généreuse dans les choix concrets ». « On ne doit pas considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais comme un commandement du Christ Seigneur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles ». Jean-Paul II a rappelé que les époux sont appelés à la sainteté, exprimée dans l'Encyclique "Humanae vitae", norme pour l'exercice de la sexualité. Conclusion : La "loi de gradualité" est un chemin vers la sainteté. Le Saint-Père sait que ce chemin est difficile et qu'il passe par des étapes ou degrés, donc qu'il est graduel. Mais cette gradualité ne signifie pas "laxisme moral" ! Tout sujet doit s'efforcer de connaître les vérités morales et de les vivre en menant courageusement le combat spirituel. Pour le Magistère de l'Église, il n'y a pas de gradualité de la Loi, car la loi morale naturelle vaut pour tous, "semper et pro semper" = "toujours et pour toujours et de la même manière". Il n'y a pas, d'un côté, des hommes et des femmes appelés à la sainteté, puis, de l'autre, ceux qui doivent se contenter d'une vie médiocre ! Tous sont appelés à la sainteté. Mais il existe une loi de gradualité, c'est-à-dire un chemin de conversion. 

MAUVAISE INTERPRETATION : Pour certains moralistes, la loi de gradualité consisterait en une tension effective vers la norme et non pas forcément l'observation immédiate et matérielle du précepte qui est imposé. Pour ces théoriciens, la contraception deviendrait alors moralement acceptable dans ce cas (cf : FORMATION DOCTRINALE : Le Magistère de l'Eglise face au "moindre mal"). Cette interprétation de la loi de gradualité n’est pas en accord avec l’enseignement du Magistère. Jean-Paul II déclarait en 1988 : « Paul VI, en qualifiant l'acte contraceptif d'intrinsèquement illicite, a voulu enseigner que la norme morale est telle qu'elle n'admet aucune exception ». Avoir l’intention de vivre la loi d’Humanae Vitae dans l’avenir et vivre aujourd’hui en contradiction avec cette loi n’est pas répondre au Commandement du Seigneur !

L'AUTHENTIQUE LOI DE GRADUALITE : L'"Osservatore Romano" du 16 Février 1989 a publié un article donné avec l'autorité du Magistère en réponse à certaines incompréhensions. L'auteur de cet article a rappelé : « La contraception, en elle-même et par elle-même, est toujours un désordre moral, parce que, objectivement et de manière intrinsèque (indépendamment des intentions, motivations et situations subjectives), elle contredit le langage qui exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux ». L'auteur a rappelé ensuite qu'il fallait distinguer entre désordre objectif et faute subjective. La situation subjective ne peut jamais changer en "ordre" ce qui est intrinsèquement un "désordre" mais peut diminuer la responsabilité. C'est dans cette ligne, écrit l'auteur, que s'est développé à juste titre, non seulement en théologie morale et pastorale mais aussi dans le domaine des interventions du Magistère, le discours sur la "loi de gradualité". L'article parle de l'évaluation de la responsabilité personnelle en faisant référence à la conscience du sujet. Il rappelle que les chrétiens sont tenus d’éclairer leur conscience et de la conformer à la Loi divine. Ils doivent demeurer fidèles au Magistère de l'Église, interprète autorisé de cette Loi à la lumière de l'Évangile. L'article s'adresse aux prêtres et aux théologiens qui ont la responsabilité d'aider les époux à se former une conscience qui juge selon la Vérité. Ils ne doivent pas créer d'obstacles à la conscience des époux vers la Vérité de leur Amour. Ainsi, pour cet article autorisé, la "loi de gradualité" se situe dans la distinction habituelle entre "désordre objectif" et "responsabilité personnelle". La "loi de gradualité" demande aux pasteurs et aux époux, patience, persévérance et confiance ! Paul VI disait : « Si le péché avait encore prise sur les époux, qu'ils ne se découragent pas, mais qu'ils recourent avec une humble persévérance à la Miséricorde de Dieu qui est accordée dans le Sacrement de Pénitence » (HV 25). L’Évangile révèle la Miséricorde infinie de Jésus, mais la Miséricorde ne peut pas contredire la Vérité. Jésus a dit à la femme adultère : « Va, désormais ne pèche plus ! » (Jean 8, 11).


Il est significatif de noter que cette Encyclique qui voulait répondre au problème spécifique de la légitimité ou non de la contraception artificielle porte ce titre : "Humanae Vitae" = de la vie humaine. Au cœur de l'année 1968 où plusieurs parlaient de "révolution sexuelle", c'est-à-dire de la soi-disant "sexualité libérée" du "fardeau" de la transmission de la vie, le Pape Paul VI osait courageusement réaffirmer au monde entier que le très grave devoir des époux est de transmettre la vie humaine, et que l'exercice de leur sexualité ne peut pas être dissocié de l'ouverture à la vie. En s'adressant tout de suite aux époux, il affirmait implicitement, en même temps, que l'exercice de la sexualité n'est légitime que dans le cadre du mariage…

 

 

 

 

 

I. Aspects nouveaux du problème (HV 2-6)

Paul VI a évoqué les difficultés de notre temps :

pppablovi050109.jpg- le rapide développement démographique qui faisait craindre à certains la surpopulation et le risque de famine pour les pays pauvres (40 ans plus tard nous sommes dans "l'hiver démographique" !) ;

- les conditions de travail et de logement, les difficultés économiques et éducatives qui rendraient très difficile l'éducation de nombreux enfants ;

- le changement de mentalité concernant la vocation de la femme et l'amour conjugal dans le mariage ;

- les progrès techniques de l'humanité capable de toujours mieux maîtriser et organiser les forces de la nature, y compris la nature humaine et la transmission de la vie.

 

Il évoquait aussi les réponses à ces difficultés :

- Il faudrait réviser les règles morales en vigueur jusqu'ici pour que l'homme moderne confie à sa raison et à sa volonté le soin de régler la natalité en maîtrisant les rythmes biologiques de son organisme.

 

 

 

 

II. Compétence du magistère (HV 4-6)

Paul VI a tenu à préciser que le Magistère de l'Eglise était compétent pour donner avec autorité une réponse à ces questions qui relèvent de la loi naturelle - et donc concernent tous les hommes. Jésus, en donnant autorité à Pierre et aux Apôtres, les a constitués gardiens et interprètes authentiques de toute la loi morale, dont la Loi Naturelle. Paul VI, après avoir fait appel à une Commission de spécialistes, et après mûres réflexions et prières assidues, a donné une réponse que Jean-Paul II considère comme définitive.

 

 

 

 

III. Principes doctrinaux (HV 7-18)

- Il faut considérer le problème de la natalité dans la lumière d'une vision intégrale de l'homme et de sa vocation : naturelle et terrestre, surnaturelle et éternelle (HV 7) ;

- Il faut bien comprendre la vraie nature de l'amour conjugal dont la source suprême est Dieu Amour. Dieu Créateur a voulu le mariage pour que les époux se donnent dans une donation personnelle et réciproque en vue de la communion de leurs êtres pour collaborer avec Dieu à la génération et à l'éducation de nouvelles vies (HV 8-9) ;

- Cet amour conjugal exige des époux une conscience de leur mission de paternité responsable (HV 10) ;

- L'union sexuelle des époux demeure honnête, digne et légitime, même en période inféconde, si elle demeure toujours ouverte à la transmission de la vie (HV 11) ;

- Le principe fondamental de la morale conjugale est le suivant : Dieu a voulu donner une double signification à l'acte conjugal : l'union et la procréation. L'union sexuelle, réalisée dignement, unit profondément les époux et, en même temps, les rend aptes à la génération de nouvelles vies. C'est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l'acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l'homme à la paternité. L'homme moderne devrait être en mesure de comprendre le caractère profondément raisonnable et humain de ce principe fondamental (HV 12) ;

- Dissocier volontairement cette double fin de la sexualité, c'est contredire au plan de Dieu et à sa volonté et contredire à la nature de l'homme et de la femme et de leur rapport le plus intime. L'homme et la femme ne sont pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais les ministres du dessein établi par le Créateur (HV 13) ;

- Tout acte qui dissocie par quelque moyen que ce soit l'acte sexuel de son ouverture à la vie est immoral (HV 14) ;

- Il peut être licite de tolérer un moindre mal (HV 14) ;

- Il n'est pas permis, même pour de graves raisons, de faire le mal pour qu'il en résulte un bien (HV 14)

- Un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent intrinsèquement déshonnête, ne peut pas être rendu honnête par l'ensemble d'une vie conjugale féconde (HV 14) ;

- Il est licite, pour soigner des maladies, d'utiliser des moyens thérapeutiques vraiment nécessaires, même si l'on prévoit qu'il en résultera un empêchement à la procréation (HV 15) ;

- Il est licite, pour espacer les naissances, pour de sérieux motifs, de recourir aux méthodes naturelles de régulation des naissances (HV 16). Il existe entre ces méthodes et les méthodes contraceptives artificielles une différence essentielle ;

- En déclarant légitimes les méthodes de régulation artificielle de la natalité, on ouvrira la voie à un abaissement général de la moralité et à bien d'autres maux ;

- L'Eglise sait qu'en professant avec courage la Vérité sur l'amour conjugal, elle est, comme Jésus, signe de contradiction, mais elle ne peut pas se taire, car elle n'a pas créé la loi morale ! Elle est la dépositaire et l'interprète de cette loi et elle ne pourra jamais déclarer licite ce qui est opposé au vrai bien de l'homme. En défendant intégralement la morale conjugale, l'Eglise sait qu'elle contribue à l'instauration d'une civilisation vraiment humaine et qu'elle est l'amie sincère et désintéressée des hommes qu'elle veut aider à se préparer à la vie éternelle (HV 18).

 

 

 

 

IV. Directives pastorales (HV 19-31)

- L'Eglise est la Mère et Maîtresse : comme Jésus, elle connaît les faiblesses humaines, elle est compatissante, elle accueille les pécheurs, mais elle ne peut renoncer à enseigner la loi de l'amour conjugal en vue de du vrai bien des époux (HV 19) ;

- La loi d' "Humanae Vitae" peut paraître difficile, voire impossible à certains, mais, avec l'aide de Dieu et les efforts des époux, il est possible de l'observer, elle ennoblit alors les époux et est bienfaisante pour la communauté humaine (HV 20) ;

- La discipline d' "Humanae Vitae" ne nuit pas à l'amour conjugal, elle lui confère une plus haute valeur humaine par la maîtrise de soi, l'attention délicate à son conjoint, le dialogue, le bannissement de l'égoïsme, le sens de la responsabilité qui permettent aux parents d'être d'authentiques éducateurs de leurs enfants (HV 21) ;

- L'acceptation d' "Humanae Vitae" passe par la lutte contre la pornographie afin de créer un climat favorable à l'éducation de la chasteté (HV 22) ;

- Les gouvernants des peuples doivent être énergiques pour ne pas laisser se dégrader la moralité de leurs sujets, ils ne doivent pas accepter des lois (concernant la famille) contraires à la loi naturelle et divine (HV 23) ;

- Les hommes de science doivent continuer leurs recherches pour donner une base suffisamment sûre à une régulation des naissances fondée sur l'observation des rythmes naturels, et démontrer ainsi qu'il n'y a pas de contradiction entre les lois divines qui règlent la transmission de la vie et celles qui favorisent un authentique amour conjugal (HV 24) : les docteurs Billings et le professeur Odeblad ont répondu aux demandes de Paul VI ;

- Les époux chrétiens doivent désirer tendre à la sainteté de leur état de vie en accueillant avec confiance la loi de Dieu, et en recourant humblement à la miséricorde de Dieu, accordée dans le sacrement de pénitence, si le péché avait encore prise sur eux (HV 25) ;

- Les foyers sont appelés à se faire apôtres et guides d'autres foyers (HV 26). Les moniteurs Billings s'efforcent de répondre de leur mieux à cette importante demande de Paul VI ;

- Les médecins et le personnel sanitaire ont une grande responsabilité dans ce domaine de la transmission de la vie. Ils doivent promouvoir en toute occasion les solutions inspirées par la foi et la droite raison et ils doivent considérer comme un devoir professionnel l'acquisition de toute la science nécessaire dans ce domaine délicat pour pouvoir donner les sages conseils et les saines directives (HV 27) ;

- Les prêtres doivent donner l'exemple d'un assentiment loyal, interne et externe, au Magistère de l'Eglise. Que tous s'en tiennent au Magistère de L'Eglise et parlent un même langage, sans oublier, bien sûr, d'avoir un cœur compatissant et miséricordieux comme celui de Jésus (HV 29) ;

- Les évêques doivent considérer comme l'une de leurs plus urgentes responsabilités la mission de travailler avec ardeur et sans relâche à la sauvegarde et à sainteté du mariage (HV 30) ;

- Tous les hommes doivent comprendre que grande est l'œuvre d'éducation, de progrès et d'amour à laquelle l'Eglise les appelle ! L'homme ne peut trouver le vrai bonheur, auquel il aspire de tout son être, que dans le respect des lois inscrites par Dieu dans sa nature et qu'il doit observer avec intelligence et amour (HV 31).

 

 

 

 

 

Liens : Humanae Vitae (25 juillet 1968)

Le 18 juin 2009 est paru dans le journal "La Croix" (comme par un heureux hasard juste avant l'Année Sacerdotale que Benoît XVI vient d'ouvrir avec une magnifique lettre à lire absolument !) un sondage Sofres disant qu'une majorité de "catholiques" serait favorable à des femmes prêtres ou au mariage des prêtres. Or, vouloir que les femmes puissent être prêtres, ou vouloir que des prêtres puissent être mariés atteste d'une grave perte de la notion de sacerdoce chez des fidèles qui se disent catholiques. Nous ne savons plus, aujourd'hui, ce qu'est le ministère sacerdotal…
 
 
 
 
La prêtrise, contrairement à ce que croient de nombreux fidèles, n'est pas une "fonction" : elle est un "état" de vie librement accepté et assumé. Quand un homme se marie, il choisit librement un état de vie qui implique pour lui d'assumer les fonctions d'époux, de père, d'éducateur des enfants... etc. On ne choisit pas de devenir époux ou épouse comme on choisit d'être boulanger ou fraiseur... Il en est de même pour la prêtrise au sens catholique du terme : la prêtrise est d'abord un état de vie accepté et non une fonction qui donnerait des droits ou des privilèges. Or la prêtrise, en tant qu'état de vie, oblige à deux choses : une disponibilité totale dépassant le cadre d'une famille, et une vie identifiée à celle du Christ. Cette identité est telle, que le prêtre, à la Messe, dit bien : "ceci est MON Corps..." et non pas "ceci est le Corps du Christ". "MON" : le prêtre est ici totalement identifié à Celui dont il est le ministre. Certes, si l'on perd ceci de vue, alors le prêtre devient un homme comme les autres : il peut se marier, et le jour où il est fatigué ou malade, il pourra demander à sa femme d' "animer" la messe à sa place... S'il ne s'agit que d' "animer"... Mais selon l'enseignement reçu du Christ et transmis par l'Eglise fidèle à la Foi reçue des Apôtres, ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit : un homme ne choisit lui-même pas d'être prêtre. C'est l'Eglise, par le biais de l'évêque, qui le choisit et qui l'invite à dire un "oui" définitif à l'appel qu'il a un jour entendu. Ce "oui" répondu à l'invitation de l'évêque doit être une réponse libre et responsable qui nécessite une réflexion préalable et une grande maturité. C'est cette maturité qui fait que l'homme qui répond "oui, me voici" accepte de s'associer pleinement au ministère de Jésus. Ce n'est pas une association qui dure 35 heures ou qui ressemblerait à un Pacs - on vit ensemble mais sans qu'il soit question de fidélité -, mais c'est une alliance qui saisit toutes les composantes de la vie humaine : amour humain, affection et sexualité y compris. Toutes ces notions ont été perdues de vue à partir du moment où les prêtres se sont habillés comme tout le monde, ont voulu se fondre dans la masse, se sont mis à célébrer une Messe qui ressemblait de plus en plus à un simple happening, ont semblé de moins en moins occupés à prier, de moins en moins préoccupés par les choses essentielles de la foi, et de plus en plus accaparés par des réunions... généralement aussi épuisantes que stériles. Alors oui : si l'exercice du sacerdoce se limite à gérer le bien matériel des paroisses et à animer des réunions, ou à faire un vague travail de psychologue auprès des gens, une femme peut être prêtre : elle exercera la "fonction" aussi bien que n'importe quel homme... et peut-être même mieux. Mais le prêtre n'est pas un "fonctionnaire" paroissial ! Il n'est pas qu'un gentil organisateur de kermesses. Le prêtre est avant tout "en état permanent de représentance de Dieu". Il est le "représentant de Dieu sur la terre", disait-on autrefois. Ce qui est exact mais a été perdu de vue dans nos sociétés matérialistes où la foi se dilue et où les connaissances religieuses se font de plus en plus vagues. Cette notion de l' "état sacerdotal" est tellement enracinée dans la foi chrétienne, tellement au cœur de l'enseignement même du Christ, que l'Eglise a toujours su qu'un prêtre, même mécréant, incroyant, voleur, libidineux... célèbre validement les sacrements dès lors qu'il a l'intention de faire ce que veut faire l'Eglise. C'est bien la preuve que le prêtre ne s'appartient plus : il est l' "instrument" par lequel Dieu agit au milieu des hommes. [...]

Si le Christ a voulu que son sacerdoce ministériel soit exercé par des hommes (cf : Lettre Apostolique "Ordinatio Sacerdotalis", Jean-Paul II), ce n'est pas à nous de faire en sorte qu'il soit exercé par des femmes. Non pas qu'une femme soit moins compétente qu'un homme, mais simplement parce que l'homme et la femme ont vocation à exercer des fonctions différentes qui ne doivent pas être confondues si elles veulent pouvoir s'enrichir par leur complémentarité. En instituant le sacerdoce, au cours de la dernière Cène, Jésus a expressément demandé que le Saint-Sacrifice de la Messe soit célébré par des hommes. Il ne revient ni à l'Eglise, ni à chacun d'entre nous, de trahir la volonté du Maître en falsifiant Son enseignement. C'est ainsi : dans le projet de Dieu pour l'humanité, l'homme et la femme n'ont pas une nature interchangeable, et le sacerdoce ministériel accompli au nom et à la place du Christ n'est pas réductible à l'exercice d'une charge de façon asexuée.
On répond que, pourtant, chez les protestants, les femmes peuvent être pasteurs et que les pasteurs peuvent se marier. Cet argument que l'on trouve souvent dans la bouche de fidèles catholiques, montre la méconnaissance qu'ils ont de leur propre religion. Dans le Protestantisme, la notion de sacerdoce ministériel - de prêtrise - n'existe plus. Le pasteur n'est pas un prêtre : il est un lecteur-prédicateur dont la compétence est affirmée par le port de la toge du théologien. Martin Luther avait d'ailleurs bien vu les choses. En bon théologien, il savait parfaitement quelle doit être la spécificité du sacerdoce ministériel. Mais comme il estimait cette spécificité trop exigeante - à tous les points de vue -, il a supprimé la notion de prêtrise. Du coup, il a été obligé de supprimer aussi certains sacrements : dans le protestantisme, il n'y a plus ni Eucharistie, ni Pénitence, ni Sacrement des Mourants... Ayant aboli le sacerdoce ministériel Martin Luther se devait, en toute logique, de supprimer la "messe papiste". Il l'a remplacée par la Cène, qui n'est pas, comme chez les catholiques, la réactualisation du Sacrifice du Calvaire, mais simplement une façon de faire mémoire d'un fait passé, de manière totalement symbolique. Alors que le prêtre catholique donne la communion en disant à chaque fidèle "le Corps du Christ", ce qui est une claire affirmation de la réalité eucharistique, le pasteur protestant donne le pain et le vin en ne disant rien, laissant chacun libre d'y voir le symbole qu'il veut. (On peut ici souligner que, de bricolages liturgiques en bricolages liturgiques, la réalité de l'Eucharistie est devenue moins affirmée chez les catholiques, ce qui fait que de plus en plus de fidèles qui vont à la Messe reçoivent aujourd'hui la communion à la façon des fidèles protestants, sans voir dans la Sainte Hostie autre chose qu'un symbole...).

En conclusion, on peut dire que s'il y a actuellement tant de confusions touchant à la notion de prêtrise (et aussi tant de réactions épidermiques dès qu'un évêque remet les choses à leur place concernant un curé vivant en concubinage), c'est parce que les bricolages liturgiques ont conduit les fidèles catholiques à penser que désormais, chacun pouvait se fabriquer une religion à la carte, celle qui nous arrange, avec un peu de ça et un peu de ci, en fonction des modes : des femmes-prêtres ? Pourquoi pas. Des prêtres concubins ? Pourquoi pas. Des prêtres homosexuels ? Bah, du moment qu'ils s'aiment... Or on ne construit pas la Foi Catholique en l'adaptant aux tendances du jour : les Evangiles n'ont pas été écrits après consultation de Madame Soleil, et le relativisme n'est pas le propre d'une religion cohérente capable de guider les hommes dans les difficultés de la vie.
 
 
 
 

Les valeurs objectives de la loi naturelle continuent à être la base d'une éthique universelle, conclut un document publié récemment par la Commission théologique internationale. L'Osservatore Romano a publié un article du professeur dominicain français Serge-Thomas Bonino, de la Commission Théologique Internationale, qui présente ce document. Dans ce texte, la prestigieuse Commission souligne la nécessité d'un consensus sur des valeurs éthiques objectives et universelles qui devraient être encouragées pour éviter les hauts et les bas de l'opinion publique et la manipulation des gouvernements. « Ces valeurs peuvent, par exemple, assurer aux droits de l'homme une base plus solide que le fragile positivisme juridique », explique le père Bonino. « Ceux-ci doivent se fonder sur ce qui définit l'être humain comme humain, et donc sur la nature humaine qui se réalise concrètement en chaque personne, quelle que soit sa race, sa culture ou sa religion », ajoute-t-il. 

 

 

Le document de la C.T.I. suggère que la loi naturelle comme base de l'éthique continue à être valable, dans une culture qui élève l'individu comme référent ultime qui crée ses propres valeurs et agit en marge de normes éthiques objectives, servant une idéologie peu préoccupée par la dignité humaine. La Commission Théologique Internationale veut contribuer de cette manière au débat sur la recherche de l'éthique universelle et combattre la séparation croissante entre l'ordre éthique d'un côté et l'ordre économique, social, juridique et politique de l'autre. Ces derniers secteurs de l'activité humaine cherchent à se développer sans références normatives à un bien moral, objectif et universel, constate le document. La Commission signale deux alternatives à l'époque actuelle : ou la mondialisation avance « plus ou moins régulée par un cadre juridique purement positif, incapable d'endiguer à long terme l'arbitrage et le droit du plus fort. Ou bien les hommes prennent en main le processus pour l'orienter en fonction de finalités proprement humaines ». Les experts rappellent en ce sens que la doctrine de la loi naturelle affirme justement que « les personnes et les communautés humaines sont capables, à la lumière de la raison, de reconnaître les orientations fondamentales d'un agir moral conforme à la nature même du sujet humain et de l'exprimer de manière normative sous forme de préceptes et de commandements ». « De tels préceptes fondamentaux, objectifs et universels sont appelés à fonder et à inspirer l'ensemble des déterminations morales, juridiques et politiques qui régulent la vie des hommes et des sociétés », ajoute cette doctrine. La doctrine de la loi naturelle comme fondement de l'ordre éthique et politique est développée dans le Catéchisme de l'Eglise catholique (1954-1960) et dans l'Encyclique Veritatis Splendor (40-53). Le pape Benoît XVI a aussi présenté la loi naturelle comme une réponse au relativisme éthique et l'a défendue comme garantie inaliénable de la personne. Le nouveau document de la Commission Théologique Internationale s'inspire de la doctrine élaborée par Saint Thomas d'Aquin, et incorpore aussi des éléments nouveaux. « Pour proposer la loi naturelle dans le contexte actuel, il faut en effet la libérer des présentations caricaturales qui l'ont rendue incompréhensible pour beaucoup de nos contemporains, et mettre à profit les récents éléments innovants de la théologie morale catholique », avertit le père Bonino. Le document rappelle qu'il existe déjà un patrimoine éthique commun, comme le témoignent les nombreuses convergences entre les traditions culturelles et les religions du monde. Il s'oppose aussi à une vision rationaliste de la loi naturelle, même s'il défend sa dimension rationnelle, et indique que « l'appel intérieur à suivre le bien comme tel est l'expérience fondatrice de toute la morale ». « Le sujet moral se met à l'écoute de son être profond et, au moyen de la raison, il fait émerger les exigences morales qui indiquent les inclinations ontologiques qui structurent sa nature », explique le second chapitre du document. Le chapitre suivant traite des bases théoriques de la loi naturelle et de leurs justifications rationnelles comme fondement ultime de l'éthique, liée à la métaphysique de la création. Dans le dernier chapitre, la Commission souligne le « changement profond de perspective dans la présentation de la loi naturelle » offerte par Jésus-Christ. « A la lumière de la foi, le chrétien reconnaît en Jésus Christ le Logos Eternel qui préside à la création et qui, s'étant incarné, s'est présenté aux hommes comme la Loi vivante, le critère d'une vie humaine conforme à la loi naturelle », explique le théologien. « La loi naturelle n'est donc pas abolie, mais est portée à son accomplissement par la loi nouvelle de la charité », a-t-il conclu.

« Avant le XIIIe siècle, étant donné que la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel n’était pas clairement élaborée, la loi naturelle était généralement assimilée à la morale chrétienne. Ainsi le décret de Gratien, qui fournit la norme canonique de base au XIIe siècle, commence ainsi : « La loi naturelle est ce qui est contenu dans la Loi et l’Evangile ». Il identifie ensuite le contenu de la loi naturelle avec la règle d’or et précise que les lois divines correspondent à la nature. Les Pères de l’Eglise ont donc eu recours à la loi naturelle ainsi qu’à l’Ecriture sainte pour fonder le comportement moral des chrétiens, mais le Magistère de l’Eglise, dans un premier temps, eut peu à intervenir pour trancher des disputes sur le contenu de la loi morale. Lorsque le Magistère de l’Eglise fut amené non seulement à résoudre des discussions morales particulières mais aussi à justifier sa position face à un monde sécularisé, il fit plus explicitement appel à la notion de loi naturelle. C’est au XIXe siècle, spécialement sous le pontificat de Léon XIII, que le recours à la loi naturelle s’impose dans les actes du Magistère. La présentation la plus explicite se trouve dans l’encyclique Libertas praestantissimum (1888). Léon XIII se réfère à la loi naturelle pour identifier la source de l’autorité civile et en fixer les limites. Il rappelle avec force qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes quand les autorités civiles commandent ou reconnaissent quelque chose qui est contraire à la loi divine ou à la loi naturelle. Mais il recourt aussi à la loi naturelle pour protéger la propriété privée contre le socialisme ou encore pour défendre le droit des travailleurs à se procurer par leur travail ce qui est nécessaire à l’entretien de leur vie. Dans cette même ligne, Jean XXIII se réfère à la loi naturelle pour fonder les droits et devoirs de l’homme (encyclique Pacem in terris [1963]). Avec Pie XI (encyclique Casti Connubii [1930]) et Paul VI (encyclique Humanae Vitae [1968]), la loi naturelle se révèle un critère décisif dans les questions relatives à la morale conjugale. Certes, la loi naturelle est de droit accessible à la raison humaine commune aux croyants et aux incroyants et l’Eglise n’en a pas l’exclusivité, mais, comme la Révélation assume les exigences de la loi naturelle, le Magistère de l’Eglise en est constitué le garant et l’interprète. Le Catéchisme de l’Eglise catholique (1992) et l’encyclique Veritatis Splendor (1993) accordent ainsi une place déterminante à la loi naturelle dans l’exposé de la morale chrétienne.

 

Aujourd’hui, l’Eglise catholique invoque la loi naturelle dans quatre contextes principaux. En premier lieu, face à la montée d’une culture qui limite la rationalité aux sciences dures et abandonne au relativisme la vie morale, elle insiste sur la capacité naturelle qu’ont les hommes à saisir par leur raison « le message éthique contenu dans l’être » et à connaître dans leurs grandes lignes les normes fondamentales d’un agir juste conforme à leur nature et à leur dignité. La loi naturelle répond ainsi à l’exigence de fonder en raison les droits de l’homme et elle rend possible un dialogue interculturel et interreligieux capable de favoriser la paix  universelle et d’éviter le « choc des civilisations ». En deuxième lieu, face à l’individualisme relativiste qui considère que chaque individu est source de ses propres valeurs et que la société résulte d’un pur contrat passé entre des individus qui choisissent d’en constituer par eux-mêmes toutes les normes, elle rappelle le caractère non-conventionnel mais naturel et objectif des normes fondamentales qui régissent la vie sociale et politique. En particulier, la forme démocratique de gouvernement est intrinsèquement liée à des valeurs éthiques stables qui ont leur source dans les exigences de la loi naturelle et qui ne dépendent donc pas des fluctuations du consensus d’une majorité arithmétique. En troisième lieu, face à un laïcisme agressif qui veut exclure les croyants du débat public, l’Eglise fait valoir que les interventions des chrétiens dans la vie publique, sur des sujets qui touchent la loi naturelle (défense des droits des opprimés, justice dans les relations internationales, défense de la vie et de la famille, liberté religieuse et liberté d’éducation…), ne sont pas de soi de nature confessionnelle mais relèvent du souci que chaque citoyen doit avoir pour le bien commun de la société. En quatrième lieu, face aux menaces d’abus de pouvoir, voire de totalitarisme, que recèle le positivisme juridique et que véhiculent certaines idéologies, l’Eglise rappelle que les lois civiles n’obligent pas en conscience lorsqu’elles sont en contradiction avec la loi naturelle et elle prône la reconnaissance du droit à l’objection de conscience ainsi que le devoir de désobéissance au nom de l’obéissance à une loi plus haute. La référence à la loi naturelle, loin d’engendrer le conformisme, garantit la liberté personnelle et plaide en faveur des délaissés et de ceux qu’oppriment des structures sociales oublieuses du bien commun ».

 

Extrait de la CTI

 

Le démon n'est pas une créature mythique. Il existe bel et bien et son existence personnelle ne peut-être ramenée à l'imaginaire ou à l'inconscient collectif. C'est pourquoi l'attitude d'un vrai disciple du Christ envers Satan et ses anges doit se caractériser par la vigilance, non par l'indifférence. Aujourd'hui, la plus grande ruse du démon consiste à faire douter de son existence. Redisons-le, en soulignant l'existence de la réalité démonologique, l'Eglise n'entend ni nous reconduire aux hérésies dualistes et manichéennes d'autrefois, ni en proposer un succédané rationnellement acceptable. Elle veut seulement rester fidèle à l'Evangile et à ses exigences, et ainsi nous faire prendre conscience de l'adversité (Ephésiens VI) dans laquelle se trouvent aujourd'hui les âmes. Il est clair qu'elle n'a jamais permis à l'Homme d'évacuer sa responsabilité en attribuant ses fautes aux démons. Devant pareil échappatoire, l'Eglise n'hésite pas à s'élever en disant avec Saint Jean Chrysostome : « Ce n'est pas le diable, mais l'incurie propre des Hommes qui cause toutes leurs chutes et tous les malheurs dont ils se plaignent ». Il reste assurément que la réalité démonologique, attestée concrètement par ce que nous appelons le « Mystère du Mal », reste une énigme qui enveloppe la vie des hommes et femmes de notre temps. Quelle terrible, mystérieuse et redoutable réalité ! Saint Augustin le savait bien : « Je cherchais avec angoisse d'où venait le Mal et je ne trouvais pas d'explication » dira-t-il dans ses admirables Confessions.  La foi catholique nous apprend que la réalité du Mal peut-être écrasée et combattue par une âme, un corps et un cœur constamment tournés et configurés au Souverain Bien : Le Christ. La Sainte Vierge L'accueillant en son sein nous le prouve, et c’est pour cela qu’Elle nous invite encore une fois aujourd’hui, à faire partie de Sa légion de combat pour pouvoir comme Elle, écraser la tête du serpent infernal qui ne cesse de détruire notre liberté humaine :






L’Eglise doit parler du démon. En péchant, l’ange déchu n’a pas perdu tous les pouvoirs qu’il possédait, selon le plan de Dieu, pour gouverner le monde. Il utilise désormais ce pouvoir pour le mal. L’Evangile de Saint Jean l’appelle « le prince de ce monde » (Jean 12, 31) et dans la première Epître de Saint Jean on peut lire : « Le monde entier gît au pouvoir du Mauvais » (Jean 5, 19). Saint Paul parle de notre combat contre les puissances spirituelles (Ephésiens 6, 10-17). Nous pouvons également renvoyer à l’Apocalypse.
Nous devons combattre les forces du mal non seulement humaines mais surhumaines, dans leur origine et inspiration : il suffit de penser à Auschwitz, aux massacres de peuples entiers, à tous les crimes horribles qui sont commis, aux scandales dont sont victimes les petits et les innocents, au succès des idéologies de mort, etc.

Il convient de rappeler quelques principes. Le mal du péché est fait par une volonté libre. Dieu seul peut pénétrer au plus profond du cœur de la personne, le démon n’a pas le pouvoir d’entrer dans ce sanctuaire. Il n’agit qu’à l’extérieur, sur l’imagination et sur les sentiments à racines sensibles. Son action est par ailleurs limitée par la permission de Dieu tout-puissant.
Le diable opère généralement à travers la tentation et la tromperie, c’est un menteur (cf. Jean 8, 44). Il peut tromper, induire en erreur, leurrer, et probablement, plus que susciter, il peut favoriser les vices et les germes de vices qui sont en nous. Dans les Evangiles synoptiques, la première apparition du démon est la tentation dans le désert, lorsqu’il soumet Jésus à plusieurs attaques soudaines (cf. Matthieu 4, 11 et Luc 4, 1-13). Ce fait est d’une grande importance. Jésus guérissait les maladies et les pathologies. Elles font dans leur ensemble référence au démon car tous les désordres qui affligent l’humanité peuvent être réduits au péché, fomenté par le démon. Parmi les miracles de Jésus figurent des libérations de possessions diaboliques, au sens précis du terme. Nous voyons en particulier dans Saint Luc que Jésus commande aux démons qui le reconnaissent comme le Messie. Le démon est beaucoup plus dangereux comme tentateur qu’à travers des signes extraordinaires ou des manifestations extérieures extraordinaires, car le mal le plus grave, c’est le péché. Ce n’est pas un hasard si dans la prière du Seigneur, nous demandons : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Le chrétien peut lutter victorieusement contre le péché par la prière, la prudence, dans l’humilité, connaissant la fragilité de la liberté humaine, le recours au sacrements, avant tout de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Il doit aussi demander le don du discernement à l’Esprit Saint, sachant que l’on reçoit les dons de l’Esprit Saint avec la grâce du Baptême. Saint Thomas et Saint Jean de la Croix affirment que nous avons trois tentateurs : le démon, le monde (nous le reconnaissons certainement dans notre société) et nous-mêmes, c’est-à-dire l’amour propre. Saint Jean de la Croix affirme que nous sommes nous-mêmes le tentateur le plus dangereux car nous nous leurrons tout seuls. Face au leurre, il faut souhaiter chez les fidèles catholiques une connaissance toujours plus profonde de la doctrine chrétienne. Il faut promouvoir l’apostolat pour le Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique, qui est d’une utilité extraordinaire pour combattre l’ignorance. Le démon est peut-être un partisan de cette ignorance : distraire l’homme de Dieu est une grande perte contre laquelle on peut lutter en encourageant un apostolat approprié dans les moyens de communication sociale, en particulier la télévision, considérant le temps que passent de nombreuses personnes à suivre les émissions de télévision, aux contenus souvent inconsistants ou immoraux. 

L’action du diable se déchaîne aussi contre les hommes d’Eglise : en 1972, le Souverain Pontife Paul VI a déclaré que la « fumée de Satan (était) entrée dans le temple de Dieu », faisant allusion aux péchés des chrétiens, à l’avilissement de la moralité des coutumes et à la décadence (pensons à l’histoire des Ordres et des Congrégations religieuses dans lesquels on a toujours ressenti l’exigence des réformes pour réagir à la décadence), au fait de céder aux tentations dans la recherche de la carrière, de l’argent et de la richesse, sous le coup desquels les membres du clergé lui-même peuvent tomber, en commettant des péchés qui provoquent des scandales.
L’exorciste peut être un Bon Samaritain mais il n’est pas "LE" Bon Samaritain, car le péché est une réalité plus grave. Un pécheur qui reste attaché à son péché est plus misérable qu’une personne possédée. La conversion du cœur est la plus belle victoire sur l’influence de Satan, contre laquelle le sacrement de la réconciliation a une importance absolument fondamentale car dans le mystère de la Rédemption, Dieu nous a libérés du péché et nous donne, lorsque nous sommes tombés, de retrouver son amitié. Les sacrements ont en réalité une priorité par rapport aux sacramentaux, catégorie dans laquelle figurent les exorcismes, qui sont demandés par l’Eglise mais non pas de manière prioritaire. Si l’on ne respecte pas cette hiérarchie, le risque de troubler les fidèles persiste. On ne peut pas considérer l’exorcisme comme l’unique défense contre l’action du démon, mais un moyen spirituel nécessaire, là où l’on a constaté l’existence de cas spécifiques de possession diabolique.

 

 

Inspiré d'une préface de S.E le Cardinal Georges Cottier (d'un ouvrage de l'exorciste Amorth)
Illustration - Diable qui se trouve en l'église Sainte Marie-Madeleine, Rennes-le-Château

 


 

PRINCIPAUX ET BREFS RAPPELS DOCTRINAUX

SUR LA NATURE DE SATAN ET DE
SES ANGES REVOLTES
 




1. « La vraie foi catholique enseigne que la substance de toutes les créatures spirituelles ou corporelles est bonne, et qu'il n'existait dans le principe aucune nature du mal parce que Dieu, qui est le créateur de l'univers, n'a rien fait que de bon. De ce fait, le diable lui-même serait donc bon s'il était resté dans l'état où il a été créé. Malheureusement, ayant mal usé de son excellence naturelle et « n'étant pas demeuré dans la Vérité » (Jean 8, 44), il n'est pas passé à une substance contraire mais il s'est séparé du Souverain Bien auquel il devait rester uni » (DenziNger N°286 - Lettre "Quam laudabiliter" à Turribius d'Astorga, le 21 juillet 447, par Saint Léon le Grand).


2. « Si quelqu'un professe que dans la nature où il a été fait l'ange apostat n'est pas l'œuvre de Dieu, mais qu'il existe de lui-même, allant jusqu'à lui attribuer de trouver en soi son principe, qu'il soit anathème. Si quelqu'un professe que l'ange apostat a été fait par Dieu avec une nature mauvaise, et ne dit point qu'il a conçu le mal de lui-même par son vouloir propre, qu'il soit anathème. Si quelqu'un professe que l'ange de Satan a fait le monde - loin de nous cette croyance - et n'a pas déclaré que tout péché a été inventé par lui, qu'il soit anathème. » (De Trinitate IV, 1-3 - Eusèbe de Verceil).


3. « Nous croyons fermement et confessons avec simplicité qu'il y a un seul et unique vrai Dieu, éternel et immense, tout-puissant, immuable, qui ne peut être ni saisi ni dit, Père et Fils et Saint-Esprit, trois personnes, mais une seule essence, substance ou nature absolument simple. Le Père ne vient de personne, le Fils vient du seul Père et le Saint-Esprit également de l'un et de l'autre, toujours, sans commencement et sans fin. Le Père engendrant, le Fils naissant et le Saint-Esprit procédant, consubstantiels et semblablement égaux, également tout-puissants, également éternels. Unique principe de toutes choses, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, spirituelles et corporelles, qui, par sa force toute-puissante, a tout ensemble créé de rien dès le commencement du temps l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle, c'est-à- dire les anges et le monde, puis la créature humaine faite à la fois d'esprit et de corps. En effet le diable et les autres démons ont été créés par Dieu bons par nature ; mais ce sont eux qui se sont rendus eux-mêmes mauvais. Quant à l'homme, c'est à l'instigation du démon qu'il a péché. Cette sainte Trinité, indivise selon son essence commune et distincte selon les propriétés des personnes, a donné au genre humain la doctrine du salut par Moïse, par les saints prophètes et par ses autres serviteurs, selon une disposition des temps parfaitement ordonnée ». (12ème Concile Œcuménique de Latran IV, novembre 1215 - DenziNger N°800).

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