Tout baptisé sait qu’il est appelé à édifier l’Eglise, en appelant les hommes à en faire partie. L’Eglise est la famille de Dieu, la Communion des Saints du Ciel qui descend sur la terre, en faisant un seul Corps dans le Seigneur Jésus ; c’est l’agapè de la charité. Chaque prêtre est donc ministre du Christ, dans la mesure où il travaille à élargir les espaces de l’agapè, comme le déclare saint Augustin. Quelle chose, si ce n’est l’amour de Dieu, peut pousser l’Eglise à éduquer les générations ? L’Eglise éduque parce qu’elle est « Mater et Magistra ».


 

 

 

 

Jésus a donné aux siens, comme Mandat suprême : « De toutes les nations faites des disciples… en leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées… » (cf. Matthieu 28, 19-20). Le prêtre n’est pas appelé à fonder des associations de libre pensée, ou à se déclarer pour certains contre les autres, sous prétexte que l’on fait quelque d’éthique ou de social ; ni même être contre toutes les maffias. Il est appelé à une tâche beaucoup plus haute : se dépenser pour la conversion des mauvais. L’engagement du chrétien dans le monde, à l’exemple du Christ, n’est pas de juger le monde, mais de le sauver. Dans son intervention à l’Assemblée des Evêques Italiens, le 29 mai 2008, le Pape Benoît XVI a mis au centre des travaux « l’urgence éducative » qui, pour l’Eglise, « prend un visage bien précis : celui de la transmissions de la foi aux nouvelles générations », en un temps « d’obstacles qui proviennent du relativisme, d’une culture qui met Dieu entre parenthèses, et qui décourage tout choix vraiment sérieux, et en particulier les choix définitifs, pour privilégier, en revanche, dans les différents milieux de vie, l’affirmation de soi-même, et les satisfactions immédiates ». Le Saint-Père ne s’arrête pas à l’analyse, mais il invite à regarder à tout ce qui est en cours : « Pour faire face à ces difficultés, le Saint-Esprit a déjà suscité dans l’Eglise de nombreuses énergies et de nombreux charismes évangélisateurs, particulièrement présents et vivaces dans le catholicisme italien. C’est notre tâche à nous, Evêques, d’accueillir avec joie ces forces nouvelles, de les soutenir, de favoriser leur maturation, de les guides, et de les diriger de manière qu’elles se maintiennent toujours à l’intérieur du grand sein de la foi et de la communion ecclésiale ». Il s’agit des associations et des mouvements ecclésiaux, des nouvelles communautés qui, déjà avant le Concile, et surtout après le Concile, se sont chargés de l’éducation chrétienne. De ces expériences qui ne sont plus seulement pour les jeunes, sont nées désormais de nombreuses familles authentiquement chrétiennes. Le Président de la Conférence Episcopale Italienne, le Cardinal Angelo Bagnasco, a déclaré : « L’œuvre éducative requiert une grande alliance entre plusieurs sujets. En premier lieu, la famille […], c’est elle qui est le sujet irremplaçable de l’éducation, personne ne peut la remplacer ». A son tour, la famille – parole qui, de « famulus », rappelle le service envers l’autre – est le résultat mûr de l’éducation des jeunes. Dans l’Eglise, cela se produit au sein d’expériences ecclésiales de mouvements et de groupes qui réalisent un parcours de foi, d’espérance et de charité.

 

Au problème éducatif, le Saint-Esprit, comme toujours dans le passé, a trouvé la « solution éducative » : construire l’Eglise, œuvre incessante à chaque génération. Ainsi, le Catéchisme de l’Eglise Catholique peut appliquer à la famille cette donnée doctrinale et essentielle, en déclarant : « De nos jours, dans un monde souvent étranger et même hostile à la foi, les familles croyantes sont de première importance, comme foyers de foi vivante et rayonnante. C’est pour cela que le II° Concile du Vatican appelle la famille, avec une vieille expression, " Ecclesia domestica " (LG 11 ; cf. FC 21). C’est au sein de la famille que les parents sont " par la parole et par l’exemple ... pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée " (LG 11) » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1656).

 

Fides

Les derniers temps, c'est-à-dire le temps de l'Église qui s'écoule de la Résurrection du Christ à la fin du monde, revêt un caractère de lutte particulièrement acharnée contre le démon. Celui-ci, en effet, se sachant vaincu par la Croix salvifique du Christ (Catéchisme de l'Eglise Catholique, N°1086, N°1708), veut mettre à profit ce qui reste de l'histoire humaine pour ôter à Dieu un maximum de gloire. Le combat est dès lors inévitable. Voilà pourquoi l'Apocalypse en particulier décrit la vie de l'Église avec cette vision de lutte.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

Comme Patrick de Laubier le rappelle dans "Le Temps de la fin des temps", l'expérience des mystiques nous est précieuse par les informations qu'elles nous apportent sur les réalités surnaturelles. Sainte Thérèse d'Avila est peut-être l'une des mystiques chrétiennes qui a le mieux décrit l'action de Dieu dans son âme. Elle nous livre aussi de nombreuses descriptions et réflexions sur l'action du diable dans sa vie. En effet, s'il est vrai que le diable tente de détourner l'humanité entière de Dieu, il mène aussi un combat particulièrement rude contre les saints, car ce sont eux qui lui enlèvent le plus de proies. Plus l'action du saint sera profonde et universelle, plus le diable s'acharnera d'une manière ou d'une autre contre lui, comme l'histoire de l'Église nous le montre. Les récits de Sainte Thérèse nous permettront de guider et d'orienter notre réflexion sur la nature et l'activité du diable. Ils renferment en outre une véritable praxis sur la conduite à tenir à son sujet pour le maîtriser et le vaincre. La sainte d'Avila était en toute circonstance une femme pratique. Elle faisait sien l'adage castillan : « Celui qui se sauve a le vrai savoir, autrement il ne sait rien » (Dictionnaire Académie Espagnole Ed. Gredos, 1984, Lettre S, p.4). Le savoir définitif est le savoir qui sauve, c'est-à-dire le savoir pratique qui comporte le bon usage de la volonté. Notre savoir sur le diable doit par conséquent, nous conduire à la victoire sur lui.

 

 

 

 

I. Nature et identité du diable

 

Nous connaissons bien le mot de Baudelaire : « La plus belle ruse du diable est da nous persuader qu'il n'existe pas ». Mais il en a élaboré une autre pour ceux qui ont refusé de nier ouvertement son existence : les convaincre que son "statut" n'est pas personnel. Cette opinion a, en effet, souvent été exprimée ces dernières années : « Dire le diable personnel, cela nous semble équivoque (...) Nous dirions volontiers que le diable "ne mérite pas" d'être personnel. Il n'a pas assez de valeur positive pour être personnel (...) Son existence, tout à fait particulière, ne prend pas forcément forme personnelle. C'est pourquoi nous préférons, en ce qui nous concerne, parler de "forces diaboliques" ou encore du "diabolique" plus que du diable proprement dit » (La diable, oui ou non ? PASCAL THOMAS, Paris, Centurion, 1939, p.205). L'argumentation sur laquelle s'appuie cette thèse est énoncée clairement par des théologiens comme Urs van Balthasar : « La personne présuppose toujours une relation positive à une autre personne, une forme de sympathie ou du moins une forme d'inclination ou d'intérêt naturel. Mais voilà précisément ce qu'on ne pourrait plus dire d'un être qui aurait rejeté entièrement, radicalement, Dieu, c'est-à-dire l'Amour même » (Espérer pour tous, Paris, Desclée de Brouwer, 1987). Néanmoins : ce n'est pas parce que le diable ne peut plus aimer qu'il ne possède plus son caractère de personne. Il ne faut pas confondre le plan ontologique et le plan moral. En effet, si le diable est devenu, à cause de son péché, le "professionnel" du mal par excellence, il a été pourtant créé bon, excellent, par Dieu (Catéchisme de l'Église Catholique, N°391 ; N° 2851). Et Dieu, après la faute, n'a pas annihilé ni modifié sa nature. Étant un ange, créature spirituelle, il est une personne (Vie, In Œuvres complètes da Ste Thérèse de Jésus. Paris. Éd. du Seuil, 32. p.345), caractérisée - comme toute personne par son irréductibilité et sa capacité de relation. C'est pourquoi Dieu peut lui parler, comme Goethe nous le rappelle dans son célèbre Faust. Si l'ange déchu n'a pas perdu, en péchant, son caractère de personne, il a, par contre, perdu à jamais - tout comme l'homme damné - l'espoir de trouver sa vraie identité. Il en est ainsi parce que les créatures personnelles, anges et hommes, ne peuvent trouver leur identité, séparées de Dieu. Créées par lui et pour lui, leur nature ne trouve son accomplissement et sa raison d'être qu'en Dieu. D'où le drame des damnés et des démons. Il n'y aurait plus de malheur moral pour eux s'ils cessaient d'être des personnes. Mais la description que Sainte Thérèse nous fait de l'enfer nous détrompe : là, en effet, toutes les souffrances sensibles que l'on ressent « ne sont rien encore auprès de l'agonie de l'âme. Elle éprouve une oppression, une angoisse, une affliction si sensible, une peine si désespérée et si profonde, que je ne saurais l'exprimer. Si je dis que l'on vous arrache continuellement l'âme, c'est peu, car, dans ce cas, c'est un autre qui semble vous ôter la vie. Mais ici c'est l'âme elle-même qui se met en pièces ». Tout comme l'homme damné, le diable a perdu tout espoir de se retrouver lui-même et se met continuellement "en pièces", devenant l'agitation et l'agitateur par excellence.

 

 

 

 

II. Action du diable

 

L'agir suit l'être. Chaque être se comporte selon ce qu'il est. Le diable se comporte comme ce qu'il est : un être où coïncident de manière paradoxale le meilleur et le pire : la meilleure nature créée et la pire volonté libre tournée entièrement vers le mal. Comme le dit le vieil adage philosophique : "Corruptio optimi, pessima". Tout le pouvoir du démon est par conséquent destructeur, négatif. Refusant de servir Dieu, Satan s'efforce d'éloigner la création de son Créateur. Il ne veut pas qu'elle accomplisse sa fin : rendre gloire à Dieu. Selon l'interprétation de la philosophie classique, le péché est à l'origine du désordre de l'univers. Le professeur R. Spaemann, dans son livre Das Natürliche und das Vernünftige a défendu la thèse selon laquelle le péché qui a brisé l'ordre universel a été le péché de l'ange, le diable étant appelé "le prince de ce monde". S'il est "prince de ce monde" (Jn 14, 30), l'homme, lui, est le roi de la création et, comme nous le rappelle un autre mystique, il doit ramener à Dieu. Ce monde où le démon a introduit le désordre : "Il convient Seigneur que je t'aime, afin que je mérite d'être servi par les créatures, qui n'ont d'autre manière de parvenir à toi si ce n'est en me servant moi, lorsque je te sers; lorsque je t'aime et que je suis celui que je dois être, alors toutes les créatures s'unissent à toi et atteignent le but de leur création : moi pour toi et les créatures à travers moi. Mais quand je ne suis pas celui que je dois être, je sème la confusion et perds et pervertis tout ce que tu as créé. En revanche, lorsque je t'aime, par l'amour que je te voue, je répare, unis et conserve l'univers tout entier" (Diego de Estella, Ed. Catalica, 1948, p.384). Comment le diable s'y prendra-t-il pour s'opposer à ce dessein ? Car si Dieu Créateur ne s'impose pas à sa créature, respectant ainsi sa liberté, le diable, lui, peut encore moins le faire. Son pouvoir est grand, mais limité. Il sait qu'il ne peut pas s'imposer directement à un être libre. Il doit agir "en biais", en déployant une stratégie rusée et séductrice. Cette stratégie consiste en un exercice constant de séparation. Il est possible de discerner deux sortes de stratégies de la part du démon : 1 - Une générale, qu'il essaie de déployer à travers l'histoire ; 2 - Une particulière, qui s'adresse à chaque homme.

 

 

 

 

1 - Sa stratégie générale vise successivement deux fronts :

a) Le front surnaturel : spirituel, ecclésial, théologique

b) Le front naturel : philosophique et moral

 

a) Il s'agit d'abord de couper les hommes de la vie da la grâce, de l'union avec Dieu. Pour cela, il voudrait en finir avec l'Église qui dispense la grâce à travers les sacrements, ou tout au moins en écarter le maximum de chrétiens. Sainte Thérèse a été témoin au cours du XVIème siècle de l'effort réalisé pour relativiser la valeur des sacrements. En effet, ce furent des chrétiens désireux de parvenir à une conception plus pure du christianisme, qui supprimèrent dans une grande partie de l'Europe les sacrements de l'Ordre, de l'Eucharistie et de la Pénitence. La mort du Christ sur la Croix inaugure la victoire "historique" sur le diable. Or, la Sainte Messe célébrée par le prêtre in persona Christi perpétue et renouvelle le Sacrifice du Calvaire. L'absence du prêtre implique l'absence de la Messe, l'absence de la présence réelle du Christ, l'absence du sacrement de Réconciliation qui redonne la vie de la grâce à celui qui l'a perdue... Quand on observe une carte de l'Europe du XVIème siècle - le siècle de Sainte Thérèse ainsi que de la Réforme Protestante - on peut avoir l'impression d'assister à l'effondrement de l'Église Catholique, tant les défections des peuples ont été massives à la suite de leur roi. C'est ce qui pousse Sainte Thérèse à s'écrier : « 0 mon Rédempteur, je ne puis supporter ce spectacle sans que mon cœur soit brisé de douleur ! Que sont devenus aujourd'hui les chrétiens ? (...) Le monde est en feu l On voudrait, pour ainsi dire, condamner de nouveau Jésus-Christ puisqu'on l'accable de tant de calomnies ! On voudrait en finir avec son Église ! » (Chemin de la Perfection, ch 1, p. 584-585). Cependant, même si l'on peut quitter l'Église et croire toujours en Dieu, du déisme à l'athéisme, il n'y a pas une grande distance à parcourir. Le seuil a été vite franchi. Pourtant l'athéisme théorique implique une justification, une réflexion sur Dieu. L'athéisme absolu et plus achevé est sans doute l'athéisme pratique qui se passe de toute préoccupation intellectuelle, de toute référence. Il a par conséquent l'avantage d'être moins prétentieux, de se présenter de manière plus modeste : à chacun sa vérité, tout est relatif, il faut surtout vivre... « La philosophie, selon F. Vandenbroucke, a cherché les bases rationnelles d'une négation de Dieu sans précédent dans l'histoire de la pensée humaine. Cette recherche a suivi une courbe qui commença par la 'sécularisation' du Christianisme, pour atteindre sa 'liquidation', au terme de laquelle apparaît paradoxalement le déchaînement des forces démoniaques »  (Vld. "Démon" in Dictionnaire de Spiritualité Ascétique et Mystique, Paris, Beauchesne.1937 - 1988, coll. 231-232).

 

b) Une fois le front surnaturel "dépassé", le diable peut facilement s'attaquer au front "naturel", car une nature sans sur-nature est forcément, dans l'état actuel de l'homme, une nature pécheresse. L'athéisme pratique comporte non seulement la mort de Dieu mais la mort de l'homme, comme nombre de philosophes modernes l'ont mis en relief. Et cela parce que, tout comme l'ange, l'homme séparé de Dieu ne parvient plus à trouver son identité ni sa raison d'être. La grâce est la lumière qui lui permet de se reconnaître, de voir en lui ce Dieu dont il est à l'image. Car il est image... Mais s'il la rejette, il tombe comme Satan dans cet orgueil qui le pousse à vouloir être Dieu le Père, Créateur et origine de toute chose. Alors, il veut toute la gloire pour lui-même; alors il veut remodeler sa nature et se dégager de toute loi morale; alors il veut être maître de la vie et de la mort...

 

 

 

 

Transition : Cependant, le diable sait qu'une stratégie générale n'est pas suffisante. Voilà pourquoi il dresse, selon l'expression de Sainte Thérèse, toute une "batterie" pour gagner chaque âme. Son arme ordinaire est la tentation qui est une invitation "personnalisée". Cette invitation est lancée à travers un dialogue rusé et séducteur, car il s'agit en définitive de tromper l'intelligence de l'homme et d'affaiblir sa volonté pour le pousser à pécher.

 

 

 

 

2 - Sa stratégie PARTICULIERE vise successivement deux fronts :

a) Action sur l’intelligence

b) Action sur la volonté

 

a) Il est intéressant de signaler que le diable cherche à accéder à l'intelligence et à la volonté de l'homme à travers l'imagination et l'appétit sensible. « C'est l'imagination que le démon trompe et séduit » (V.D. 3 p. 917). Il n'a pas beaucoup de difficultés à le faire dans un monde matérialiste où l'imagination reproductrice d'images est constamment sollicitée et comme exacerbée. En revanche, l'imagination créatrice, intimement liée à l'intelligence et à l'effort intellectuel est devenue très pauvre. Or, l'intelligence nous a été donnée pour saisir la Vérité et en définitive pour contempler la Vérité par excellence : Dieu. « Cette Vérité dont je parle, et qui a daigné se révéler à moi, est en soi la Vérité même; elle est sans commencement et sans fin. Toutes les autres vérités dépendent de cette Vérité, comme tous les autres amours, de cet Amour, et toutes les autres grandeurs, de cette Grandeur" (Vie 40, p.463). En revanche, « tout ce qui vient du démon est mensonge comme lui » (Vie 15, p.152). Alors que le Christ est le Logos, la Parole, le diable est le parler trompeur. Grand connaisseur des techniques rhétoriques, il cherche à obscurcir la raison et à confondre les idées. « Le mensonge est l'offense la plus directe à la Vérité. (...) En blessant la relation de l'homme à la Vérité et au prochain, le mensonge offense la relation fondatrice de l'homme et de sa parole au Seigneur" (Catéchisme de l'Église Catholique N° 2483). L'une des manières les plus efficaces pour semer la confusion dans les esprits, c'est la suppression des symboles. Le mot "diable" est le contraire du mot "symbole" : diabolos = ce qui sépare; Symbolon = ce qui unit, signe de reconnaissance. Le mépris et la suppression des symboles laissent l'intelligence de l'homme dans le vide, car les réalités les plus profondes se manifestent à nous à travers des signes extérieurs et à travers des symboles. « D'une manière habituelle, notre pensée a besoin d'un appui » (Vie 22, p. 226). En effet, « l'homme étant un être à la fois corporel et spirituel, il exprime et perçoit les réalités spirituelles à travers des signes et des symboles matériels. Comme être social, l'homme a besoin de signes et de symboles pour communiquer avec autrui, par le langage, par des gestes, par des actions. Il en est de même pour la relation à Dieu » (Catéchisme de l'Église Catholique N" 1146). « Il y avait en moi si peu d'aptitude pour me peindre les objets à l'aide de l'entendement, que je ne pouvais imaginer les choses que je n'avais pas sous les yeux (...) Voilà le motif pour lequel j'aimais tant les images. Hélas ! qu'ils sont malheureux ceux qui, par leur faute, se privent d'une ressource aussi précieuse l On voit bien qu'ils n'aiment pas notre Seigneur. S'ils l'aimaient, ils seraient contents de voir son portrait; car même ici-bas c'est une joie de voir le portrait d'un ami » (Vie 9, p. 91). C'est donc une ruse caractérisée du démon d'enlever d'abord tout ce qui peut réveiller en nous l'amour de Dieu, ainsi que tout ce qui nous rappelle la dignité, la nature, la profondeur, la raison d'être, la finalité des diverses réalités voulues par Dieu. La suppression ou le mépris des signes comporte une subversion profonde, comme l'histoire récente nous le montre.

 

b) Le diable cherche à affaiblir la volonté par deux moyens essentiels :

1 - En inspirant la peur de faire le bien. Il cherche à décourager

2 - En incitant au péché. Tout péché enchaîne la volonté

 

1- Il inspire la peur sur les personnes ordinaires, afin de les empêcher de viser la sainteté et de les installer ainsi dans la tiédeur et dans la médiocrité. C'est le cri : « je ne peux pas ! ». Il veut d'abord, par dessus tout, empêcher le dialogue personnel de la prière, car elle est la porte et le chemin sûr de l'amour de Dieu. C'est dans la prière que naissent les grands désirs de sainteté ainsi que la force pour les mettre en œuvre. Or « le diable ne veut pas que tous soient saints » (Lettre de Sainte Thérèse au Père Gratien, novembre 1576). « Je crois que le démon porte beaucoup de préjudice aux âmes qui font oraison, et les empêche de réaliser de grands progrès par les fausses idées qu'il leur donne de l'humilité. Il leur représente qu'il y a de l'orgueil à entretenir de grands désirs, à vouloir imiter les saints, à souhaiter le martyre (...) Nos cœurs sont tellement étroits que la terre, ce semble, va nous manquer, si nous venons à négliger tant soit peu le corps, pour veiller aux intérêts de l'âme » (Vie 13, p. 124). Alors qu'il agit habituellement sur l'imagination pour inspirer la peur, il doit avoir recours à des moyens plus importants pour inspirer la peur paralysante aux saints : c'est ce qu'il a fait avec Sainte Thérèse à maintes reprises, en lui apparaissant et en la soumettant à des tourments, lui infligeant des coups, etc. (Vld. Vie, 31). Il percevait sans doute le rayonnement de sa vie et de son œuvre au long de l'histoire, ses appels pressants à une vie de prière. La vie mystique, telle que Sainte Thérèse l'a vécue, suppose en quelque sorte un avant-goût du ciel, une présence extraordinaire de Dieu dans l'âme. La mystique thérésienne, tout comme les autres mystiques espagnols du XVIème siècle, lance une invitation universelle à la prière mentale. En outre, sa personnalité attrayante et son langage populaire touchent un très large public. Les difficultés auxquelles le mouvement mystique et la Réforme Carmélitaine ont eu affaire ont été immenses.

 

2 - Le diable incite au péché en introduisant ainsi une triple séparation :

* le péché brise l'unité de l'homme, produisant en lui une tension inévitable. La paix est le fruit de l'union des puissances de l'homme entre elles et avec Dieu.

* le péché brise l'unité avec les autres

* le péché brise l'unité avec Dieu

Rien, nous le savons, ne désintègre autant la personnalité humaine, la société et le monde que le péché. Enfin, dans cette situation, le démon est aussi Satan, l'accusateur. L'accusateur de Dieu et de l'homme. Il prétend par là empêcher le retour à Dieu, en enlevant la confiance et en poussant au désespoir.

 

 

 

 

III. Pouvoir de l'homme sur le diable

 

Arrivés à ce stade de notre réflexion, nous pouvons nous demander ce que nous pouvons faire pour vaincre le diable. Le diable est soumis à Dieu. S'il a reçu de Dieu la permission de mettre l'homme à l'épreuve, il ne peut outrepasser le pouvoir qui lui a été donné. De plus, comme nous l'avons dit, il ne peut pas faire violence à la liberté de l'homme. Le péché est toujours volontaire. « Ma fille, la lumière est bien différente des ténèbres; je suis fidèle; personne ne se perdra sans le savoir » (Relation 22, p.547). Après de violentes tentations, Sainte Thérèse écrit : « Parfois, il m'a semblé que les démons s'amusaient à se renvoyer mon âme comme une balle, sans qu'elle put s'échapper de leurs mains (...) La seule lumière du libre arbitre demeure toujours » (Vie 30, p. 318). La tradition chrétienne propose de nombreux moyens pour vaincre le diable. Etant impossible de les énumérer tous, nous soulignerons, suivant Sainte Thérèse, trois moyens qui se rattachent à l'exercice des vertus théologales :

 

1. La recherche d'une science humble, ce qui fortifie la foi : « A mon avis, le démon redoute souverainement la science humble et vertueuse; il sait qu'alors ses ruses seront déjouées et qu'il sortira vaincu du combat » (Vie 13, p.133). « Il redoute comme la peste les dispositions fondées sur la Vérité. Il est ami du mensonge et le mensonge même; aussi, il ne fera jamais de pacte avec celui qui marche dans la Vérité » (Vie 25, p.266).

 

2. La détermination, doublée de la bonne humeur, ce qui est une manifestation de la vertu d'espérance : « Le démon redoute beaucoup les âmes vaillantes. L'expérience lui a appris quels préjudices elles lui causent. Tout ce qu'il fait pour leur nuire tourne à leur avantage et à celui du prochain, et finalement c'est lui qui y perd » (Chemin de la Perfection 25, p.702). « Si, en effet, ce Maître est tout-puissant, comme je le vois et je le sais, si les démons sont ses esclaves, comme la foi ne me permet pas d'en douter, quel mal peuvent-ils me faire à moi, dès lors que je suis la servante de ce Seigneur et de ce Roi ? Pourquoi n'aurais-je pas la force de combattre contre tout l'enfer réuni ? Je prenais à la main une croix et il me semblait en vérité que Dieu me donnait du courage. En très peu de temps, je me vis toute transformée et je n'aurais pas craint de me mesurer avec tous les démons à la fois; il me semblait qu'avec cette croix, je pouvais facilement les vaincre tous. Aussi, je leur disais : maintenant, venez tous, je suis la servante de Dieu, je veux voir ce que vous pouvez contre moi ! Ce qui est hors de doute, à mon avis, c'est qu'ils avaient peur de moi. Je me trouvais si tranquille et si rassurée contre eux tous que toutes mes craintes antérieures se sont dissipées. S'il m'est arrivé parfois de les voir depuis lors (...), non seulement je n'en avais presque aucune crainte, mais il me semblait plutôt que j'étais pour eux un objet de terreur. J'avais donc acquis, par la bonté manifeste du Maître du monde, un tel empire contre eux, que je n'en faisais pas plus de cas que de simples mouches. A mon avis, ils sont tellement lâches que, s'ils se voient méprisés, ils n'ont plus aucun courage. (...) Daigne Sa Majesté imprimer en nos cœurs la seule crainte que nous devons avoir et nous faire comprendre' qu'un seul péché véniel peut nous causer plus de mal que tout l'enfer réuni, comme c'est la Vérité » (Vie 25, p. 265 - 266). Et elle ajoute plus loin : « Je ne puis concevoir les craintes qui provoquent ces exclamations : Le démon ! Le démon l quand nous pouvons dire : Mon Dieu I Mon Dieu I et faire ainsi trembler l'esprit de ténèbres. Ne savons-nous pas qu'il ne peut faire le moindre mouvement, si Dieu ne le lui permet ? Pourquoi donc ces frayeurs ? Pour moi, je l'affirme, je redoute bien plus ces hommes si timides devant le démon, que le démon lui-même" (lbid. p.287).

 

3. Le recours au pardon de Dieu est ce qui nous permet de recouvrer la charité. Sainte Thérèse ne cesse de nous parler tout au long de ses œuvres de la Miséricorde de Dieu. « Elle gémît d'avoir offensé Dieu, mais elle se sent dilatée par sa miséricorde » (lbid. 30, p. 317). Le recours au pardon divin est le chemin sûr et efficace pour revenir vers Lui, et échapper ainsi à l'emprise du diable. Car, par le péché, il nous tient soumis à lui. Les textes thérésiens sur la Miséricorde de Dieu et sur le recours au sacrement de pénitence sont innombrables. Le pardon est l'une des manifestations les plus éclatantes de l'Amour : Dieu nous rachète en rachetant notre passé : « Tous tes péchés sont devant moi comme s'ils n'avaient jamais existé ; il te faut maintenant prendre courage » (Relations 58, p.574). C'est ce même courage, manifestation éclatante du pouvoir de l'amour, qui soutiendra, selon Sainte Thérèse, les « apôtres des derniers temps » : « Faisant un jour oraison, avec beaucoup de recueillement, de douceur et de quiétude, il me semblait que j'étais toute environnée d'anges et très rapprochée de Dieu. Je me mis à prier avec ferveur Sa Majesté pour les besoins de l'Église. Il me fut donné de voir le grand bien qu'un certain Ordre devait faire dans les derniers temps et le courage avec lequel ses membres soutiendraient la foi » (Vie 40, p.468-469). En effet, celui qui contente Dieu « peut fouler aux pieds tout l'enfer » (Vie 28, p.292).

 

Par Marie-Isabelle Alvira

Une réflexion sur le diable suggérée par

la lecture de Sainte Thérèse d’Avila - Source






Liens : « Foi chrétienne et démonologie » (On notera que l’expert sollicité par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’est pas nommé, et que celle-ci, tout en recommandant ce texte, « comme base sûre pour réaffirmer la Doctrine du Magistère », n’a pas jugé opportun de le faire sien en y apposant sa signature) + "L'Eglise doit parler du démon" (Cardinal Cottier, O.P. Théologien émérite de la Maison Pontificale)Le diable et le Nom de Jésus + Les deux eschatologies éternelles de l'Homme : Ciel et Enfer + « La fumée de Satan est entrée dans le Peuple de Dieu »Face à l'Enfer, encordons-nous les uns aux autres vers le Ciel ! + Face aux démons, l'importance du Signe de la Croix + Le Magistère de l'Eglise face au "moindre mal"« Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair » (Luc 10, 18) + Prière de Saint Pie X à la Vierge Marie + Les jeunes face aux dérives satanistes... Un nouveau signe des temps ? + Du satanisme au choix de Dieu : « Je vais mourir pour mon Dieu. Je vais mourir pour ma foi. C'est la moindre des choses que je puisse faire pour le Christ mourant pour moi ! » + Catéchisme de l’Eglise catholique sur "la chute des anges" : N° 391 à 395 + L'impureté : un des plus grands drames de notre temps + « Nous sommes aujourd’hui devant la lutte finale entre l’Eglise et l’Anti-Eglise, entre l’Evangile et l’Anti-Evangile » (Cardinal Karol Wojtyla) + L'Enfer est une possibilité réelle (Benoît XVI) + « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras » + L'Eau Bénite, un puissant secours contre le Démon + Catéchèse de Jean-Paul II : Le Bien et le Mal s'affrontent + « Les idéologies du Mal », par Jean-Paul II + La stratégie de Satan est la confusion + "Celui qui ne croit pas au diable ne croit pas à l'Evangile (Jean-Paul II - 5 vidéos du Père Amorth, exorciste du diocèse de Rome) + Satan ravi + Faire la différence entre la magie et l'exorcisme (Père Amorth, exorciste du Diocèse de Rome) + « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. » + Le "Mysterium Iniquitatis", par l'Abbé Gouyaud

Lors de sa rencontre avec l’Action Catholique, le 4 mai dernier, le Pape Benoît XVI a rappelé ceci : « Dans une Eglise missionnaire, qui se trouve devant une urgence éducative comme celle que l’on rencontre actuellement en Italie, vous, qui l’aimez et qui la servez, sachez être des éducateurs infatigables, et des éducateurs préparés et généreux ». Après la Lettre au diocèse et à la Ville de Rome, du 21 janvier 2008 « Sur la Tâche urgente de l’éducation », le Pontife élargit le cadre de référence de l’analyse, sur l’état actuel de l’éducation, à toute l’Italie, et il faut s’attendre que ce chemin se poursuivra.

 

 

 

En effet, la tâche de l’éducation est absolument centrale pour la vie de l’Eglise et de la société tout entière : une génération qui ne serait plus en mesure d’éduquer ses propres enfants, une culture incapable de transmettre ses propres valeurs aux jeunes, est irrémédiablement destinée à se dissoudre d’elle-même, à disparaître. Une indication de méthode aussi lucide et claire, demande d’être entièrement et immédiatement accueillie par la totalité du Corps ecclésial et, particulièrement par ceux qui ont reçu du Christ le « munus grandi », la haute tâche d’enseigner, d’éduquer. Au centre de l’éducation en général et de l’éducation chrétienne, et de l’éducation à la foi en particulier, il n’y pas y avoir les structures ou les organisations, et moins encore les plans pastoraux ; au centre, il y a nécessairement la personne. Le Saint-Père le rappelle : « Une éducation authentique (…) a besoin avant tout de cette proximité et de cette confiance qui naissent de l’amour : je pense à cette expérience première et fondamentale de l’amour, que font les enfants, ou du moins qu’ils devraient faire, avec leurs parents. Mais tout véritable éducateur sait que, pour éduquer, il doit donner quelque chose de lui-même, et que c’est seulement ainsi qu’il peut aider ses élèves à dépasser leurs égoïsmes et à devenir à leur tour capables d’un amour authentique » (ibid.). L’éducation, disait Don Bosco est « une question de cœur », citant ainsi indirectement Saint Thomas d’Aquin qui, dans sa théorie de la connaissance, rappelle qu’elle est avant tout une question affective, et dans le même temps, que l’homme est ce qu’il est dans l’affection qui le détermine. Répondre à l’urgence éducative veut dire alors dépasser la préoccupation de l’organisation et la gestion qui, souvent, trop souvent, occupe l’esprit d’Evêques, de prêtres, et même de laïcs ; cela veut dire récupérer le caractère central des rapports interpersonnels, qui, nécessairement, ne peuvent être délégués, en mettant la personne au centre, et en s’occupant de l’organisation uniquement si elle est une expression certaine d’une appartenance libre et consciente, un instrument humble qui permet un geste commun et partagé, expression du fait d’être changé par la rencontre avec l’éducateur, et par la rencontre de l’œuvre éducative elle-même. Au contraire, l’organisation sera, comme cela se produit souvent, un récipient vide, qui exprime l’efficacité seulement en apparence, mais qui, en réalité, ne « contient » pas réellement tout ce qu’il promet. Un récipient, capable, à la limite, de remplir des places et de remplir des meetings, mais inefficace sur le comportement réel des individus et de la société.

 

Dans ce sens, il est nécessaire de l’admettre, les Mouvements, malgré les limites qui parfois peuvent caractériser certaines de leurs expressions, sont une prophétie pour l’Eglise tout entière : dans les Mouvements, et non seulement grâce au fort sentiment d’appartenance élective qu’ils suscitent, il est possible devoir en acte une œuvre éducative réelle. Dans les Mouvements, la foi est transmise avec simplicité et avec joie, de manière intègre et fidèle au Magistère, les vocations à la virginité naissent en grand nombre, les familles sont généreuses pour donner la vie : ils son ces « minorités créatives » dont on eut apprendre beaucoup, et grâce aussi auxquelles il est possible d’espérer pour l’avenir de l’éducation. En Europe également.

 

Fides

Le 50ème anniversaire de la mort du grand Pape Pie XII, survenue à Castel Gandolfo le 9 octobre 1958, est proche. L’Eglise Catholique lui doit non pas moins qu’au Pape Jean XXIII. « Ce qui reste pour de nombreux aspects encore inconnu, est l’influence que Pie XII a eue sur le Concile Vatican II. Son enseignement profond et clairvoyant peut se vérifier dans la suite des 43 Encycliques qui ont marqué son Pontificat, et dans les très nombreux discours avec lesquels il a abordé les questions les plus controversées à l’époque ». Les traits de ce magistère sont la promotion et la défense de la doctrine, le discernement des erreurs. En effet, ce que l’on ne sait pas défendre, on ne peut le répandre. Cela pourrait paraître à certains un accent triomphaliste : le fait est que l’ambiguïté et la confusion se développent là où l’on ne sait plus distinguer le vrai du faux. Comme a pu le démontrer le Père Peter Gumpel, historien jésuite, si l’on regarde les comptes-rendus des discussions des Père Conciliaires, son nom est cité au moins dans 1.500 interventions. Dans les notes des documents conciliaires, Pie XII est cité plus de 200 fois. C’est la citation la plus fréquente, mises à part les citations de l’Ecriture Sainte.

 

 

 

 

La reconnaissance unanime des vertus héroïques du Serviteur de Dieu par la Congrégation pour les Causes des Saints, le 8 mai 2007, attend d’être confirmée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Ce sera un signe éloquent pour ce qui concerne l’herméneutique correcte du Concile Vatican II. En effet, pour certains, il y aurait une ligne de discontinuité entre l’Eglise préconciliaire, et l’Eglise qui a suivi le Concile ; mais ils sont tombés dans la contradiction : d’un côté, ils l’ont appelé le « nouveau début » de l’Eglise, et de l’autre, ils l’ont réduit au rang de « Concile général de l’Eglise Catholique Romaine », en le plaçant parmi les autres Conciles médiévaux et modernes (depuis le IV° Concile de Constantinople, jusqu’au Concile Vatican I), considérés arbitrairement comme étant non œcuméniques comme les sept premiers (cf. l’article de W.Brandmuller, Quando un Concilio è davvero ecumenico? Sur « Avvenire » du13 juillet 2004, p 24). Ceux qui privilégient cette interprétation tendent à opposer Pie XII à Jean XXIII, en oubliant entre autre la grande reconnaissance que Jean XXIII exprima à son prédécesseur dans son Oraison funèbre, et dans sa première Encyclique Ad Petri Cathedram, en le désignant en ces termes “Doctor optimus, Ecclesiae sanctae lumen, divinae legis admonitor”. Ce sont là les trois titres qu’une antienne liturgique du Missel Romain emploie pour les Docteurs de l’Eglise. En réalité, comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI dans son discours à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005, il n’y a pas de discontinuité dans l’histoire de l’Eglise, mais un processus linéaire. Le Pape Pie XII a anticipé et préparé le Concile ; que l’on pense seulement à la réforme liturgique lancée avec l’Encyclique Mediator Dei, ou à l’Encyclique Divino Afflante Spiritu sur l’étude de la Sainte Ecriture. Le Concile a donc porté à sa conclusion tout ce qui avait été commencé sous son Pontificat. Il n’existe pas une, « opposition » entre Pie XII et Jean XXIII et c’est ce que le Pape Paul VI a voulu indiquer en commençant en même temps la cause de Béatification de ses deux Prédécesseurs. Rappelons enfin que Pie XII a lutté contre les idéologies et contre les dictatures de son temps, en restant à Rome, alors que toutes les autres autorités s’étaient enfuies. La devise de son Pontificat “opus iustitiae pax” synthétise le sacrifice de sa vie pour la paix, par la promotion de la justice envers ceux qui étaient les victimes de discrimination, sacrifice consommé dans l’humilité et dans la prudence. Les fidèles et les citoyens de Rome l’ont gardé dans leur mémoire, en l’appelant ‘’Defensor Civitatis’’ comme l’atteste la place qui se trouve sur la place qui porte son nom, face à Saint-Pierre.

 

Fides

Les Trois Personnes agissent ensemble dans la Résurrection du Christ, selon ce qui leur est propre : le Père manifeste sa puissance, le Fils « reprend » la vie qu’il a librement offerte (Jean 10, 17) en réunissant son âme et son corps, que l’Esprit vivifie et glorifie (Compendium du Catéchisme de l’Eglise Catholique, 130 ; cf. aussi Catéchisme de l’Eglise Catholique, 648-650). Entre la Résurrection et l’Eucharistie, il y a un rapport analogique. En conséquence, la transsubstantiation du pain et du vin se produit en raison de l’efficacité de la Parole du Christ, dans la narration de l’Institution, et de l’action du Saint-Esprit (Compendium, 284 ; Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1376-1377, 1413). C’est là l’Eucharistie que l’Eglise Apostolique a reçue du Seigneur, et qui est parvenue jusqu’à nous. Autour d’Elle, l’Eglise Une et Catholique se réunit en tous lieux…

 

 

 

 

Le verset bien connu des Actes des Apôtres nous décrit dans une synthèse extrême et efficace la vie des disciples du Seigneur : « Ils se montraient assidus à écouter l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42). La description présente quatre éléments caractéristiques et typiques qui ne peuvent avoir été mis dans le texte sans une raison précise : l’ordre même des données n’est pas le fruit du hasard : être assidus à « écouter l’enseignement des Apôtres » est la condition de l’union fraternelle », de la « fractio panis » authentique, et de l’assiduité dans la prière. Trois caractéristiques ressortent de l’Eglise : elle est Apostolique, elle est Une, elle est Priante. Mais on doit y placer auparavant une quatrième décrite elle aussi par les Actes (1, 12-14 ; 2, 1), la présence du Saint-Esprit : en apparaissant avec le don des langues « il renversait les événements de l’épisode de la Tour de Babel : la nouvelle communauté, le nouveau Peuple de Dieu, parle dans toutes les langues, et est ainsi, dès le premier moment de son existence, présentée comme ‘catholique’. La réalisation du dynamisme qui est présent dans ce signe, et qui oblige l’Eglise à aller jusqu’aux extrémités de l’espace et du temps, c’est-à-dire cette réalité qui réunit tous les peuples, a une importance théologique… Elle ne doit pas être mise entre parenthèses par rapport à l’idée que Luc a de la catholicité » (Joseph Ratzinger, La comunione nella Chiesa, Cinisello B., 2004, pp. 60-61). On parle pour cette raison de « communion du Saint-Esprit » : Il est Lui-même la ‘communio’, et il fait lui-même la ‘communio’. Si « la doctrine des Apôtres est le moyen concret de leur présence durable dans l’Eglise », c’est aux prêtres qu’il revient de la maintenir présente (ibid. p.63). C’est cela le sens de la Tradition. On peut donc dire que la ‘communio’ est reçue pour être transmise intégralement, et plus encore, pour être étendue et développée.

 

La Pentecôte indique que Jésus-Christ précède toujours les hommes auxquels il envoie son Esprit : Lui qui déclare : « Je vous ai aimés le premier ». Pour cela, l’Eglise atteste la priorité de Dieu dans la succession des hommes : « En ce qui concerne les chefs de la communauté, Clément explique clairement la doctrine de la succession apostolique. Les normes qui la régissent découlent en ultime analyse de Dieu lui-même. Le Père a envoyé Jésus Christ, qui à son tour a envoyé les Apôtres. Puis, ceux-ci ont envoyé les premiers chefs des communautés et ils ont établi que d'autres hommes dignes leur succèdent. Tout procède donc "de façon ordonnée de la volonté de Dieu" (42). A travers ces paroles, avec ces phrases, saint Clément souligne que l'Eglise possède une structure sacramentelle et non une structure politique. L'action de Dieu qui vient à notre rencontre dans la liturgie précède nos décisions et nos idées. L'Eglise est surtout un don de Dieu et non pas notre créature, et c'est pourquoi cette structure sacramentelle ne garantit pas seulement l'organisation commune, mais également la prééminence du don de Dieu, dont nous avons tous besoin » (Benoît XVI, audience générale, 7 mars 2007. C’est pour cela que l’Eglise Universelle précède et crée une Eglise particulière (cf. Benoît XVI, Lettre pour le 50° anniversaire du Diocèse de Essen, 16 décembre 2007)

 

Fides

De nos jours font fureur les déclarations et les initiatives qui mettent sur leur propre pavois l’étendard du « dialogue entre les religions », en trouvant des partisans même chez ceux qui ont un sens plus ou moins vague de la religion, et à plus forte raison du dialogue, si ce n’est « pro domo sua ». L’idée n’est pas nouvelle, proposée de nouveau récemment, de construire un « palais des religions ». Quelqu’un y avait déjà pensé à la veille du Jubilé de l’An 2000. En général, ces partisans sont d’anciens marxistes ou des marxistes d’après qui, mis à part la critique contre les religions de Marx et de Feuerbach, s’improvisent, un jour sur deux, les nouveaux empereurs de la « pax religiosa » et de laïcité de l’Etat. Ils se déclarent ouverts et tolérants, mais, au fond, ils désirent redimensionner le rôle du Catholicisme…

 

 

 

Nous préférons être avec l’Empereur Constantin qui écrivait : « Chacun pourra suivre la religion, la plus adaptée à sa propre conscience ». C’est une formule du célèbre Edit de Milan en 313, qui est, en embryon, la reconnaissance de la liberté de conscience. Et une autre formule déclare : « Pour donner aux Chrétiens et à tous les autres la possibilité de suivre la religion que chacun voudra ». Des signes de tolérance, après des vagues de persécutions, il y en avait déjà eu auparavant ; la nouveauté, ici, est totalement et exclusivement dans le concept de liberté religieuse : le droit de la « divinitas » d’être adorée comme elle le veut, fonde chez les individus la possibilité de suivre la religions que chacun aurait voulue (f. M. Sordi, I cristiani e l’impero romano, Milano, Jaca Book). C’est là le fondement de la laïcité de l’Etat, comme dit aujourd’hui : l’Etat reconnaît une instance qui est différente de lui, dont il n’est ni la source ni le modérateur de ses droits, et à laquelle, en conséquence, il ne doit pas faire de « concessions », et avec laquelle il peut et il doit entrer en relation. C’est là, en germe, cette idée de liberté et de démocratie qui reconnaît que l’Etat n’est pas la source absolue du pouvoir. En conséquence, la liberté religieuse n’est pas une concession qui naît de l’Etat : elle est au contraire le propre du « moi », un droit inaliénable de la personne, et l’Etat doit la reconnaître. Si l’on reconnaît que la divinité a le droit d’être adorée, il en découle la liberté de tous de pratiquer leur propre culte et leur propre foi religieuse selon leur conscience. Constantin a posé les bases pour la reconnaissance des droits de tout homme, qui ne sont pas conditionnés et dont on ne peut disposer. Il reconnaît en outre la liberté de culte non seulement comme droit de chaque personne, mais comme droit d’association, d’un corps social original, comme l’est l’Eglise. On reconnaît les droits des Chrétiens à être Eglise. Certes, il la considère comme fonctionnelle, avec un réalisme politique, pour l’unité de l’Empire ; mais, en convoquant Nicée, et en affirmant la Divinité du Christ, il pose le fondement de la caractéristique chrétienne par rapport à toutes les religions. La reconnaissance de la liberté religieuse, comme liberté de la personne, et la liberté de l’Eglise vis-à-vis de l’Etat, permettent que se développe, avec une force irrésistible, la vérité du Christianisme dans le monde antique des dieux, par rapport au culte antique, au polythéisme du Panthéon, dans lequel étaient admis les dieux. L’affirmation de Dieu, non seulement unique, mais UN, a une force énorme pour détruire les mythes, est une victoire sur la superstition, sur le formalisme, sur la double vérité du culte public et du scepticisme privé : le Christianisme surgit comme réconciliation entre raison et religion. Et précisément parce que la vérité n’est pas un mythe ou une formule rituelle, ou encore une idéologie d’Etat, mais est « vir qui adest », pour Augustin, c’est-à-dire un Homme Présent, nous avons là la racine de la tolérance. Le Christianisme a un rôle spécial à jouer, parce qu’il est la plus universelle des religions : il ne limite pas à un lieu, à une époque, à une langue donnée, même si l’enracinement historique de l’Incarnation est fondamental. L’expérience éducative de l’Eglise est vraie pour tout le monde. Quant au concept de dialogue, il n’est rien d’autre, du moins pour les Chrétiens, que la poursuite du grand dialogue commencé dès le début par le « Logos », par l’intermédiaire des prophètes, et, durant ces deux derniers millénaires, par l’Incarnation (cf. Lettre aux Hébreux, 1, 1) : l’Evangile n’est-il pas le « dialogue entre Dieu et l’homme », pour chaque génération ? Non pas entre les religions, qui est en réalité une abstraction, en raison du fait qu’elles sont des systèmes fermés sur eux-mêmes, mais entre les cultures, et, mieux encore, entre les philosophies des hommes.

 

A Regensburg précisément, le Pape a rappelé que nous avions un besoin urgent de ce dialogue, en élargissant le concept de raison et son usage. Ce n’est pas ici le lieu pour un approfondissement systématique. Il a rappelé en outre que l’Occident, en censurant Dieu, ne peut pas dialoguer avec les autres cultures du monde, qui restent déconcertées par notre sécularisation, comprise comme un refus de la raison, du sacré, de Dieu précisément. Le soi-disant dialogue interreligieux a donc besoin d’un changement de méthode : le signe donné par le Pape en Bavière va encore dans cette direction. La question foi-raison, concerne aujourd’hui aussi bien les musulmans que les chrétiens et les laïcs non croyants, en Europe, et ailleurs. Que ceux qui sont d’accord sur cette analyse s’unissent ! C’est aussi une indication du Pape Benoît XVI, tracée déjà quand il était le Cardinal Ratzinger. Il n’y a pas besoin, à Rome, de « palais » pour le dialogue : celui de l’ONU à New York suffit et est déjà de trop.

 

Fides

Une des évidences de notre temps est la soif incessante de progrès chez les hommes. Cette soif est alimentée amplement et continuellement par les moyens de communication de masse qui, avec une constance extraordinaire, indiquent dans le progrès, scientifique, économique et social, le « bien suprême » qui résout tous les maux…

 

 

 

Nous savons que c’est là un mensonge de la modernité ! Comme l’a enseignée le Pape Benoît XVI dans l’Encyclique « Spe Salvi » au numéro 17, dans la modernité « l’espérance… reçoit une forme nouvelle. Elle s’appelle à présent progrès… Grâce à la synergie de la science et de la pratique… surgira une monde totalement nouveau, le royaume de l’homme ». Ce royaume tend, progressivement, précisément, à se substituer au Royaume de Dieu. Dans cette « soif de progrès », une ambiguïté substantielle est présente : il y a en elle quelque chose de très positif et, dans le même temps, il s’y cache un danger radical. En positif, dans le désir continu vers le progrès, est présent un bien objectif : l’homme est un être dynamique, non pas statique ; il est incapable de voir sa propre existence en dehors de l’histoire, comprise comme développement continu de soi-même et de la société, des sciences positives et de la technologie. Au fond, nous pourrions affirmer que l’idée de « progrès », portée à son exaspération, n’est autre chose que le besoin humain d’infini, le désir de vaincre la limite, le mal, et, en dernier lieu la mort. Dans ce sens, le progrès, et surtout l’idéologie qui l’accompagne, sont relatifs à une dimension humaine essentielle : ils disent, même si c’est de manière indirecte, que l’homme est ouvert vers l’infini, le Mystère, et désire, continuellement, dépasser les limites que le cosmos et son être lui-même lui imposent.En négatif, le progrès tend à se substituer de manière indue à Dieu, en prenant cette position centrale, dans la vie et dans la société, qui ne revient qu’à Dieu seul. On attend du progrès, à bien y voir, le salut, celui que seul un Dieu infini et une Espérance infinie peuvent offrir. Si cette position, dans les dernières décennies, est objectivement moins enracinée au plan philosophique et social, parce que les crises internationales, le terrorisme et la difficulté de parvenir à la paix et de la maintenir, la rendent objectivement moins soutenable, est toutefois encore très présente au plan économique. L’économie est le lieu du triomphe du progrès et, au progrès économique, les sociétés risquent de devoir sacrifier toute autre valeur humaine. Le progrès économique est un bien relatif, et non pas absolu, et, dans ce sens, il est un moyen et non pas une fin. En outre, comme toute « invention humaine », l’économie elle aussi est limitée » et doit s’imposer des limites, même dans le progrès, et comme on le dit habituellement, dans le développement ou dans la croissance économique. Un système économique n’est pas pensable, qui viserait toujours et exclusivement à la « croissance de l’économie » comme fin ultime à poursuivre à tout pris et par tous les moyens. L’économie est certainement un instrument essentiel, capable souvent d’améliorer les conditions de vie et les possibilités des individus et des sociétés, mais son progrès ne peut être confondu avec le salut, le progrès n’est pas Dieu.

 

Que l’on apprenne alors à lire dans le cœur de l’homme quelles sont les tensions qui guident réellement son action, quels sont les besoins authentiques qui l’animent, et, en conséquence, que l’on commence à penser à une société dans laquelle, en revoyant même profondément les styles de vie adoptés, par une œuvre éducative profonde, le progrès soit de nouveau un bon moyen, mais jamais une fin à laquelle « sacrifier », par un acte presque laïquement religieux, tout le reste.

 

Fides

 

[CAPITAL POUR FAIRE UNE THEOLOGIE ET UNE CATECHESE AUTHENTIQUE]

 

L’insistance, souvent unilatérale, à partir de l’élément humain et de son caractère central, y compris pour "faire de la théologie", plonge ses propres racines dans un rapport mal compris, presque d’opposition, entre les aspirations légitimes de l’homme, auxquelles il ne peut absolument pas renoncer, et les "demandes" de Dieu qui ne sont pas moins légitimes. Paradoxalement, près de deux mille ans de Christianisme n’ont pas encore immunisé suffisamment l’homme et sa pensée sur Dieu, contre la tentation de se concevoir en "opposition" à son propre Créateur, comme si la pleine réalisation de soi-même, son propre accomplissement humain, devaient ou pouvaient se réaliser "contre", ou "sans" Dieu.  

 

 

 

Dans la doctrine catholique, cette tentation a un nom très ancien, peut-être un peu oublié dans certaines prédications, mais qui est central pour élaborer n’importe quel discours théologique, anthropologique, et moral : il a pour nom, le péché originel. La réflexion sur cette donnée doctrinale, amplement présentée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique (N°396-409), invite à montrer comment chaque ‘’tournant anthropologique’’, qui prétend refonder la théologie en partant uniquement de l’homme, ou d’affirmer l’homme et ses exigences, ‘’contre’’ les prétendues ‘’prétentions’’ de Dieu, risque de manière presque inexorable de se transformer en un ‘’tournant anthropocentrique’’ qui place l’homme, solitaire, au centre du cosmos, en en exploitant l’ouverture naturelle au Mystère infini. Au contraire, le Christocentrisme, comme on l’appelle, part de l’unique point de l’histoire dans lequel le caractère conflictuel entre l’homme et Dieu, est totalement dépassé, tant en lui-même, que comme effet Salvifique Unique et Universel du Sacrifice Rédempteur du Christ Seigneur, dont les ‘’fruits’’ sont offerts à la liberté de tous les hommes, et que, en conséquence, il est pour tous les hommes. Il serait très intéressant si, de nombreuses années après le ‘’tournant anthropologique’’, l’on pouvait avoir enfin un grand ‘’tournant Christologique’’, et même Christocentrique ! Le Concile Œcuménique Vatican II a certainement invité toute l’Eglise à parcourir cette voie ; et le Magistère récent des Pontifes, celui de Jean-Paul II, celui de Benoît XVI invite constamment la pensée, la vie, et le cœur des fidèles à reconnaître et à faire sien ce caractère central.

 

Redécouvrir Jésus de Nazareth Seigneur et Christ, comme vrai centre de l’histoire de l’humanité, de la vie de l’Eglise et, comme conséquence nécessaire (et à la fois cause), de la vie de chacun chrétien, serait la véritable ‘’tournant anthropologique’’. L’homme en serait éclairé en profondeur, consolé, libéré : en un mot, il pourrait une expérience effective de ce salut que le Christ nous a gagné, et qui est offert à la liberté de chacun ; et, en même temps, la théologie elle-même pourrait retrouver sa vocation originelle, présente de manière très lumineuse chez les Pères de l’Eglise, d’exposition des mystères du salut, de manière accessible et salutaire, pour l’intelligence de la vie elle-même. Personne d’autre que le Christ lui-même ne tient autant à l’homme : le Christocentrisme est le véritable ‘’tournant anthropologique’’ de l’histoire. Jamais l’homme n’a été ainsi ‘’au centre’’, comme il l’est avec le Christ Seigneur.

 

Fides

Le 24 novembre 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié une "Note doctrinale" intitulée « A propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique ». Jean Madiran a salué, dans Présent (18.1.2003), cette « énergique apologie de la loi (morale) naturelle, à l’encontre d’une conception intolérante de la "laïcité" et de ce que Jean-Paul II avait précédemment stigmatisé sous le nom de "démocratie totalitaire" » :

 

 

 

 

Sans revenir sur le contenu général de cette note doctrinale, je voudrais attirer l’attention sur son huitième point. Le cardinal Ratzinger y dissocie fortement liberté religieuse et liberté de religion : « …il est bon de rappeler une vérité qui n’est pas toujours perçue et n’est pas formulée comme il se doit dans l’opinion publique commune : le droit à la liberté de conscience et spécialement à la liberté religieuse, proclamée par la déclaration Dignitatis humanæ du concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et non certes sur une égalité entre les religions, ou entre les systèmes culturels humains. Cette égalité n’existe pas. Dans la même ligne, le pape Paul VI a affirmé que « le Concile ne fonde en aucune manière ce droit à la liberté religieuse sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, auraient une valeur plus ou moins égale ; il le fonde, au contraire, sur la dignité de la personne humaine, qui requiert de n’être pas soumise à des contraintes extérieures qui tendent à opprimer la conscience dans sa recherche de la vraie religion et sa soumission à celui-ci ». L’affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc pas du tout la condamnation de l’indifférentisme et du relativisme religieux de la part de la doctrine catholique, au contraire elle est pleinement cohérente avec elle ». Jamais, me semble-t-il, le Magistère, depuis le concile Vatican II, n'a condamné l’indifférentisme aussi clairement. [...] Certes, quant au fondement de cette liberté religieuse ("la dignité de la personne"), le cardinal Ratzinger reste bien dans la ligne de la déclaration conciliaire. […] Mais, on sait peu, que cette notion de la "dignité de la personne" comme fondement de la liberté de conscience se trouve déjà dans l’enseignement de Pie XI, le pape du Christ-Roi, de Quas Primas. Dans la lettre apostolique Sollemnia Jubilaria du 21 septembre 1938 (pour le 50e anniversaire de l’Université catholique de Washington), il affirmait : « …seule la doctrine catholique, dans sa vérité et son intégrité, peut revendiquer pleinement les droits et les libertés de l’homme, parce que seule elle reconnaît à la personne humaine sa valeur et sa dignité. Pour ce motif les catholiques, éclairés sur la nature et les qualités propres de l’homme, sont nécessairement les avocats et les défenseurs de ses droits légitimes et de ses légitimes libertés, et protestent, au nom de Dieu, contre la fausse doctrine qui s’efforce de dégrader la dignité de l’homme même pour l’abaisser à l’humiliante condition de l’esclavage, de le soumettre à l’arbitraire d’une tyrannie inique ou de le détacher cruellement du reste de la famille humaine ».

 

La liberté religieuse comme arme contre le totalitarisme, c’est exactement la thèse que défendra Mgr Karol Wojtyla, le futur Jean-Paul II, au concile Vatican II. Aujourd’hui, face au "totalitarisme mou" ou à la "démocratie totalitaire", la revendication de la liberté religieuse de la part de l’Eglise obéit à une logique identique. Alain de Benoist, dans un livre paru en Italie, et en partie inédit en français, fait utilement remarquer à propos de la liberté religieuse revendiquée par l’Eglise : « Contrairement à ce qu’affirment les traditionalistes, cette insistance ne revient nullement à minorer les Vérités de la Foi catholique par rapport aux autres religions. Elle exprime bien plutôt la volonté de l’Eglise d’établir à son bénéfice un espace échappant par définition au pouvoir d’Etat, mais qui, en même temps (et c’est là le point essentiel), puisse être utilisé comme une base à partir de laquelle il lui sera à nouveau possible de jouer un rôle dans la sphère publique, cessant ainsi de se borner à attester de la Vérité Divine dans la seule sphère privée ».

 

Aletheia n°39 - 2 mars 2003

L’Osservatore Romano a publié le texte intégral du discours inaugural de l’Année Académique 2007-2008 de l’Institut de Théologie d’Assise, prononcé par S. Exc. Mgr Angelo Amato, Archevêque Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sur le thème suivant : « Dominus Iesus et les religions ».

 

 

 

« Dominus Iesus et les Religions », (1° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (2° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (3° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (4° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (5° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (6° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (7° partie)

 

« Dominus Iesus et les Religions », (8° partie)

Une hypothèse inquiétante se faufile au milieu de la culture laïciste européenne. Pour certain c’est une perspective plus qu’une hypothèse. C’est celle du dit « modèle unique ». Sur la lancée de la culture post-féministe, qui nie la différence sexuelle et qui a conduit à modifier jusqu’au langage des institutions internationales et communautaires, pour l’adapter aux exigences du “genre”, on propose le modèle de l’homme bisexuel. On soustraie ainsi au sexe sa fin, qui est la reproduction entre un homme et une femme, faite par amour, pour introduire une « nouveauté dans le panorama anthropologique occidental » : la négation de la différence entre les sexes…

 

 

 

La théorie  -qui est illustrée aux plus hauts niveaux de la science médicale italienne, maintenant aussi par des candidats importants aux prochaines élections politiques- trouve aussi ses explications pseudo-scientifiques, constituées par le fait que les organes de la reproduction se seraient atrophiés, car l’homme, qui aurait perdu en soixante ans 50% de la virilité de ses spermatozoïdes, produit moins d’androgènes, ne devant pas lutter comme avant pour la survie, et la femme, qui a de nouveaux rôles, produit moins d’estrogènes et devient plus semblable à l’homme. De plus, dit-on, la fécondation assistée et le clonage thérapeutique sont tellement répandus et se répandront encore tellement, qu’on a aussi trouvé la façon bio-technologiquede se reproduire, sans avoir recours à cette pratique un peu usée et obsolète dans la société occidentale qui permet encore de mettre au monde des êtres humains. Du reste, l’Europe est un exemple de ce point de vue. Quand, pendant des années, on pratique des politiques favorisant la dénatalité, en craignant une question démographique qui n’a jamais existé, on laisse la liberté de circulation à des visions qui n’on rien à faire avec la science, ayant seulement pour objectif de manipuler la réalité.Cette vision, qui fascine ceux qui mènent les campagnes antinatalistes (« ne procréez pas comme des bêtes » ont-ils crié à tous vents pendant des décennies), et qui s’enflamment à chaque fois que circulent des propositions qui menacent la loi naturelle, a des conséquences désastreuses par rapport à la conception même de l’être humain. Ceux qui propagent ce capotage de l’histoire biologique de l’homme dans l’environnement et dans la société, soulignent qu’il n’est pas si important que ce soit un homme et une femme qui aient des relations sexuelles, de plus en plus de personnes du même sexe en auront. Leur sexe ne sera de plus en plus qu’une manifestation d’affection et ce sera le destin de l’humanité. Plus d’enfants. Donc plus de famille. Le sexe pour le sexe, sans reproduction.

Il faut se demander si la séparation entre la reproduction, la sexualité et la constitution du noyau familial peut constituer un avantage pour l’espèce humaine. Pour l’homme, la reproduction n’est pas seulement un fait biologique, évidemment. C’est la rencontre entre deux personnes, qui conçoivent la vie. Sa justification réside en un fait très simple : la continuation de l’espèce, qui n’a pas d’avenir dans un monde qui se priverait de la possibilité d’engendrer. Il faut aussi se demander où conduira cette volonté opiniâtre de proposer une indifférenciation entre le féminin et le masculin. Le Pape Benoît XVI, intervenant le 9 février 2008 au Congrès organisé par le Conseil pontifical pour les laïcs vingt ans après « Mulieris dignitatem », a affirmé : « Quand l’homme ou la femme prétendent être autonomes et totalement autosuffisants, ils risquent de rester renfermer dans une autoréalisation qui considère comme une conquête de liberté le dépassement de tout lien naturel, social ou religieux, mais qui de fait le réduit à une solitude opprimante ». Le Pape s’est référé à ces « courants culturels et politiques qui cherchent à éliminer, ou au moins à offusquer et confondre les différences sexuelles inscrites dans la nature humaine, en les considérant comme une construction culturelle », rappelant « le projet de Dieu qui a créé l’être humain homme et femme, avec une unité et en même temps une différence originelle et complémentaire. La nature humaine et la dimension culturelle s’intègrent dans un processus ample et complexe qui constitue la formation de sa propre identité, où les deux dimensions, celle féminine et celle masculine, se correspondent et se complètent ».

 

Fides

Dans les distinctions morales les plus élémentaires, celle entre actes de l’homme et actes humains, on affirme que seuls les actes humains peuvent être considérés proprement comme des actes moraux. Sont des actes humains ceux où le sujet agent utilise les trois facultés fondamentales du « moi » : l’intelligence, la liberté et la volonté. Dans l’action humaine consciente, l’intelligence « voit », la liberté « choisit », et la volonté « réalise », met dans l’existence tout ce que l’intelligence a vu et tout ce que la liberté a choisi. L’homme est d’autant plus libre, c’est évident, quand l’intelligence est en mesure de discerner entre le bien et le mal, la liberté choisit le bien, et la volonté le réalise…

 

 

 

La société contemporaine, malheureusement, a presque entièrement oublié ces éléments fondamentaux de l’action humaine, préalables à toute appartenance philosophique ou religieuse et confessionnelle. Nous pourrions définir l’époque que nous vivons, comme étant celle du « silence de l’éthique » qui, en définitive n’est rien d’autre que le « silence de la raison » ! Ce n’est pas par hasard que le Magistère du Saint-Père, le Pape Benoît XVI, rappelle constamment à l’usage de la raison, à la redécouverte d’une nouvelle saison où l’on pourrait « élargir la raison », sans la réduire exclusivement à son application technico-scientiste, mais en la vivant pour ce qu’elle est réellement : une fenêtre grande ouverte sur la totalité du réel. Un tel silence de la raison et de l’éthique n’entraîne pas le « dépassement » de la question morale, mais, paradoxalement, la rend plus aiguë encore et plus actuelle. On perçoit avec une évidence toujours plus grande que le « bien-être matériel » n’est pas suffisant pour le cœur de l’homme, de même que ne peut lui suffire un « petit bonheur », nécessairement temporaire et individualiste. L’urgence de l’éthique, alors, bien loin d’être une nouvelle présentation moraliste de règles, est, en réalité, une véritable et propre « urgence éducative », ou, comme l’a déclaré le Pape dans la Lettre au Diocèse et à la Ville de Rome sur la tâche urgence de l’éducation, ce 21 janvier 2008, « on parle donc d’une grande ‘urgence éducative’, confirmée par les insuccès et les échecs auxquels aboutissent trop souvent nos efforts pour former des personnes solides, capables de collaborer avec les autres, et de donner un sens à leur propre vie. Il est spontané alors de rendre coupables les nouvelles générations, comme si les enfants qui naissent aujourd’hui étaient différents de ceux qui naissaient dans le passé. On parle en outre d’une ‘fracture entre les générations’, qui existe certainement et est un poids, mais qui est l’effet, plutôt que la cause, de la transmission manquée de certitudes et de valeurs ».

 

Il est urgent le besoin, pour la société tout entière, de recommencer à éduquer, dans la conscience dramatique du fait qu’un peuple, incapable d’éduquer les nouvelles générations, est un peuple qui n’a pas d’avenir. A l’urgence éducative, attestée aussi dans l’urgence de l’éthique, fait écho le silence assourdissant de la politique. C’est une politique myope celle qui ne sait pas entrevoir, précisément dans l’éducation et dans la liberté d’éducation, mais aussi dans la famille et dans la vie, des questions absolument centrales du débat social. Le « panem et circenses », de mémoire impériale, n’est pas suffisant ! Il est nécessaire que la société civile et, avec elle, la politique, redécouvre la « direction » dans laquelle aller, et qu’elle ait le courage de l’indiquer avec une franchise explicite. Dans le crépuscule désormais inéluctable de la « pensée faible », garantie fausse de démocratie, il y a la promesse d’une nouvelle aurore de raison et de liberté. Que l’on sache la deviner et la pressentir, l’accueillir et l’indiquer, avec cette audace qui caractérise les vrais prophètes. Y compris en politique.

 

Fides

Cette très bonne initiative a été prise par les cardinaux Telesphore Toppo, archevêque de Ranchi en Inde, Luis Aponte Martinez, archevêque émérite de San Juan à Puerto Rico, Varkey Vithayathil, archevêque majeur de Ernakulam-Angamaly (Inde), Riccardo Vidal, archevêque de Cebu aux Philippines, et Ernesto Corripio y Ahumada, archevêque émérite de Mexico...

 
 
 
Du 3 au 7 mai 2005, ces cinq prélats avaient parrainé à Fatima (Portugal) un congrès marial sur le thème de la "coopération de la Vierge Marie à l’œuvre de Rédemption de l’homme". A l’issue de cette rencontre, les participants avaient adressé au pape le « vœu » de voir proclamer la Vierge « Mère spirituelle de l’humanité tout entière, Co-Rédemptrice de Jésus, le Rédempteur, Médiatrice de toutes les grâces de Jésus l’unique Médiateur, et Avocate avec Jésus-Christ, au nom de l’espèce humaine ». L’objectif de ce nouveau dogme marial serait de « renforcer la mission œcuménique de l’Eglise et proclamer l’Evangile dans toute sa plénitude ». En effet, « en ces temps de grande confusion parmi les nombreux mouvements du christianisme et les peuples non-chrétiens au sujet de la doctrine mariale, nous estimons opportune une définition solennelle précisant l’enseignement constant de l’Eglise concernant la Mère du Rédempteur », « En ce début de troisième millénaire », les cardinaux signataires souhaitent ainsi « éclairer » les « autres traditions religieuses » sur le rôle de la Vierge dans la doctrine catholique.
 
 
--> Un dogme est une Vérité de Foi contenue dans la Révélation et proposée par le magistère extraordinaire de l’Eglise à l’adhésion des catholiques. Outre les dogmes proclamés avant le schisme de 1054, 3 dogmes sont propres à l’Eglise catholique : L’Immaculée conception de Marie, proclamé par Pie IX (1846-1878) en 1854; l’infaillibilité pontificale, proclamé par Pie IX lors du Concile inachevé de Vatican I (1870) et l’Assomption de la Vierge Marie, proclamé en 1950 par Pie XII (1939-1958).




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