En ce mois de juin, l’Eglise, en nous présentant la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, veut nous faire comprendre le lien qui découle de la dévotion envers la Sainte Vierge, vécue de manière particulière durant le mois marial par excellence, le Mois de Mai. Le Cœur de Jésus est le Siège et le Trône de la Miséricorde Divine qui se révèle au monde dans le mystère de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ.

 

 

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Le Pape Benoît XVI parlant de la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus déclarait en 2005 : « Dans le langage biblique, le "cœur" indique le centre de la personne, le siège de ses sentiments et de ses intentions. Dans le cœur du Rédempteur, nous adorons l'amour de Dieu pour l'humanité, sa volonté de salut universel, son infinie miséricorde. Rendre un culte au Sacré-Cœur du Christ signifie donc adorer ce Cœur qui, après nous avoir aimés jusqu'au bout, fut transpercé par une lance et duquel jaillirent, du haut de la Croix, sang et eau, source intarissable de vie nouvelle » (Angélus, 5 juin 2005). L’invitation que nous fait cette Fête est avant tout une invitation à l’Adoration Eucharistique, parce que c’est précisément dans l’Hostie qu’est présent le Seigneur Jésus qui offre à chacun d’entre nous son Cœur Sacré, c’est-à-dire son amour miséricordieux. Se mettre en présence du Seigneur Eucharistique, L’adorer, c’est l’expression la plus haute de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus qui, nous le savons, s’est répandue dans le monde grâce aux révélations de Jésus à Sainte Marguerite Marie Alacoque au XVII° siècle : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes !... ». Comme prolongement et accomplissement de ce Message, le Seigneur apparaissait à une autre religieuse, au XX° siècle, en révélant les profondeurs de Sa Miséricorde insondable : Sœur Faustine Kowalska. Dans son journal quotidien, désormais connu dans le monde entier, elle écrivait ces paroles de Jésus : « J’ai ouvert Mon Cœur comme une source vivante de Miséricorde, que toutes les âmes y puisent la vie, qu’elles s’approchent avec grande confiance de cette Mer de Miséricorde. Les pécheurs obtiendront la justification, et les justes seront renforcés dans le bien. A celui qui aura mis sa confiance dans Ma Miséricorde, à l’heure de sa mort, je remplirai son âme de Ma Paix divine. Ma Fille, ne cesse pas de répandre Ma Miséricorde ; avec cela, tu apporteras un rafraîchissement à Mon Cœur qui brûle du feu de la compassion pour les pécheurs. Dis à Mes prêtres que les pécheurs endurcis s’adouciront en entendant leurs paroles, quand ils parleront de Ma Miséricorde sans limites, et de la compassion que j’ai pour eux dans Mon Cœur. Aux prêtres qui annonceront et exalteront Ma Miséricorde, je donnerai une force merveilleuse, l’onction à leur paroles, et je toucherai les cœurs auxquels ils parleront » (V° cahier, 21 janvier 1938). Le désir le plus profond du Cœur du Christ, c’est que nous découvrions combien Il nous aime, à quel point en est arrivée Sa Tendresse pour les créatures qui, refroidies par leur propre égoïsme, se sont souvent repliées sur elles-mêmes, comme si elles avaient peur de se laisser aimer de manière inconditionnelle par leur Créateur qui ne demande rien et donne tout ! Combien le monde actuel, la société, la culture, l’économie, la politique ont besoin de ce Cœur ! C’est bien vrai, plus l’homme s’éloigne du Dieu Amour, plus il se réduit à un être « sans cœur », qui s’agite pour mille choses, parce qu’il a perdu la chose principale : se laisser aimer par le Christ, pour répondre à cet Amour avec son propre amour.

 

A plusieurs reprises, les Souverains Pontifes ont rappelé à l’humanité, dans le cours de l’histoire, que, sans le Seigneur Jésus, la vie ne trouvait pas son sens plénier, et que l’homme s’en allait errant à la recherche de soi ! Le Serviteur de Dieu Jean Paul II a fait entrer l’Eglise dans le troisième millénaire, en nous donnant une mission, celle de devenir « des Apôtres de la Miséricorde Divine ». Le Pape Benoît XVI a pris le relais de son Prédécesseur, et il ne se lasse pas de nous rappeler la nécessiter de retrouver ce Cœur miséricordieux, cet Amour infini de Dieu, qui se révèle dans notre vie, si nous nous ouvrons à Lui : « Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ », continue à nous répéter la voix du Saint-Esprit. En cultivant l’Adoration Eucharistique, nous sommes comme « ouverts de l’intérieur » par Son œuvre invisible en nous. Le Sainte Eucharistie, célébrée et adorée, comme nous l’enseigne l’Eglise, est le trésor le plus grand et le plus efficace de notre salut, un trésor infini qui doit être conservé avec le plus grand respect et la dévotion la plus grande. A côté du Cœur du Fils se trouve le Cœur de la Mère, que l’Eglise célèbre précisément le jour après la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Ecoutons une fois encore l’enseignement du Saint-Père sur ce mystère : « Le cœur qui ressemble plus que tout autre à celui du Christ est sans aucun doute le cœur de Marie, sa Mère immaculée, et c'est précisément pour cela que la liturgie les indique ensemble à notre vénération. En répondant à l'invitation adressée par la Vierge à Fatima, confions à son Cœur immaculée, que nous avons contemplé hier en particulier, le monde entier, afin qu'il fasse l'expérience de l'amour miséricordieux de Dieu et qu'il connaisse la paix véritable » (Benoît XVI, Angélus, 5 juin 2005).

 

Fides

En ce mois de juin, l’amour du Sacré-Cœur de Jésus est particulièrement vif dans nos églises, ce mois étant dédié à cette grande dévotion. En regardant le Cœur du Christ nous rencontrons immédiatement à côté de Lui (ou même à l’intérieur), le Cœur de Marie qui bat à l’unisson avec celui de son Fils. Le sang qui coule du Cœur de Jésus a été entièrement pris du sang de Marie, les fibres de ce Cœur Immaculé ont nourri la Sainte Humanité du Christ, qui dans son Cœur, a une importance particulière. C’est pourquoi le Cœur de cette Mère est au Ciel avec son Fils ; il est l’unique Cœur que le Christ a porté avec soi : l’unique parce qu’il n’y en a qu’un ! 

 

 

 

On oublie parfois que Marie est montée au Ciel avec son âme et son corps. C’est un dogme de foi, proclamé par Pie XII le 1er novembre 1950. Ainsi le Cœur de chair de la Vierge Mère est au ciel, entièrement transfiguré à la ressemblance de celui de son Fils. Lui sur terre a pris ses traits humains, Elle au Ciel a reçu de son Fils les traits de gloire qui sont typiques de Lui : comme Lui, Elle est au ciel avec son corps ! Dans le calendrier liturgique, la mémoire du Cœur Immaculé de Marie suit la Solennité du Très Saint Cœur de Jésus. Un Cœur qui appelle l’autre, un Cœur qui suit l’autre. Il est beau de contempler le mystère de Marie dans le mystère du Fils et vice-versa ; de cette façon, la dévotion mariale n’est pas perçue comme quelque chose à part, mais est vécue comme une partie intégrante de l’amour de Jésus qui sur la Croix nous l’a donnée comme notre Mère. Les nombreux enseignements de Jean-Paul II, dans les longues années de son Pontificat, nous ont conduit beaucoup plus loin sur ce chemin, dans le sillon du Concile Œcuménique Vatican II. Justement le « Totus tuus » du Serviteur de Dieu - comme le rappelait le Pape Benoît XVI à une année de la mort de Jean-Paul II - « résume bien cette expérience spirituelle et mystique, dans une vie entièrement orientée vers le Christ par l’intermédiaire de Marie : « Ad Iesum per Mariam » (Homélie du 3 avril 2006). Cette orientation vers le Christ par Marie permet au chrétien de pouvoir vivre pleinement son rapport avec l’Eglise, laquelle est Corps mystique du Christ et aussi, par conséquent, fille de Marie. Le titre de « Mère de l’Eglise » proclamé par Paul VI éclaire d’avantage ce mystère de grâce. Retrouvons dans ce contexte nous les paroles prononcées par le Souverain Pontife Benoît XVI, lors de la Solennité de l’Immaculée Conception de Marie. Le Pape, contemplant le mystère de Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise, affirmait : « la Mère de la Tête est aussi la Mère de toute l’Eglise ; elle est, pour ainsi dire, totalement expropriée d’elle-même : elle s’est donnée entièrement au Christ et avec Lui elle s’est donnée à nous tous. En effet, plus la personne humaine se donne, plus elle se trouve elle-même. Le Concile voulait nous dire cela : Marie est tellement unie au grand mystère de l’Eglise qu’elle et l’Eglise sont inséparables, comme elle est inséparable du Christ » (Homélie du 8 décembre 2005). Ainsi, à l’école des Souverains Pontifes, il nous est rappelé qu’aimer le Christ, Marie et l’Eglise est pour le chrétien un amour indissociable, qui vit et se développe dans la Vérité de l’Evangile, dans la vie sacramentelle, dans la vie de prière, et dans la charité fraternelle !

 

Fides

« La prière est la respiration de l’âme » : cette définition de la prière montre bien l’importance vitale de la prière dans la vie de l’homme. En effet, comme pourrait-on dire à sa propre respiration : « Aujourd’hui, je n’ai pas de temps pour toi ? ». Si nous ne trouvions pas le temps pour respirer, tout autre effort ne servirait à rien, tout simplement parce que nous n’aurions pas les forces pour le faire. Sans respiration, il n’y a pas de vie humaine. Il en est de même pour la prière : tout dépend d’elle, en ce sens que, par la prière, nous devenons capables, avec la grâce de Dieu, d’affronter toutes les épreuves de la vie, de vaincre toutes tentations, de mener à leur terme toutes les tâches que la providence Divine nous réserve. Mais sans la prière, nous ne pouvons précisément rien faire de vraiment bon, qui ait vraiment une valeur éternelle, pour nous-mêmes mais aussi pour les autres…

 

 

 

Toutes les crises de la foi sont essentiellement des crises de prière. Il n’est pas possible, en effet, de se confier entièrement en Dieu si on ne le fréquente pas de manière habituelle, de manière familiale, avec cet élan de l’âme que, seulement en priant, on parvient à alimenter en nous. Pour pouvoir accueillir le Saint-Esprit qui, comme le dit Jésus, est comme « le vent » (cf. Jean 3, 8), il faut prier, en ouvrant ainsi sa propre volonté, son intelligence et sa mémoire à l’Amour de Dieu. Les Pères et les docteurs de l’Eglise, les grands Maîtres de la vie spirituelle, nous disent unanimement que la prière est le cœur de la vie chrétienne : si le cœur ne bat pas, la vie s’éteint ! On peut bien dire, à la lumière de la Vérité révélée, que n’est pas possible une vie spirituelle, alimentée jour après jour, sans voir le chemin progressif de la prière que, par exemple, Saint Jean de la Croix, le grand Docteur mystique, appelle « la Montée au Mont Carmel ». En effet, le chemin de la prière est en "montée", parce que ceux qui le parcourent ressentent la fatigue de la prière, en raison soit des temps d’aridité, et de sécheresse qu’il traverse, en raison de la "lutte" qu’ils doivent affronter pour les surmonter. Mais si l’on reste fidèles à l’enseignement de Jésus sur la prière – « Il est nécessaire de prier sans cesse sans se lasser » (Luc 18, 1), « il faut veiller et prier à tout moment » (Luc 21, 36) – on expérimentera la communion croissante personnelle avec le Seigneur et avec l’Eglise, et la prière, à un certain moment, deviendra "respiration" de l’âme, précisément ce qu’elle est appelée à être. Dieu utilise tout : les tentations, les péchés, les épreuves, les joies et les peines de la vie, pour nous "convaincre" et nous "conquérir" à la prière, jusqu’à la faire devenir en nous "continue", comme un ruisseau qui s’écoule en apportant de l’eau fraiche et vivifiante à tout l’être. Celui qui prie de tout son cœur, en faisant de la prière le "centre" de sa propre existence, vit une relation non théorique mais effective avec Jésus : il vit de Lui, il vit avec Lui, et il vit pour Lui. Dans un cœur priant, se réalise parfaitement la promesse du Sauveur : « Eh bien, moi je vous dis : demandez et il vous sera donné », cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Parce que celui qui demande obtient, celui qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, si son fils lui demande un pain lui donnera une pierre ? Ou s’il lui demande un poisson à la place du poisson, un serpent ? Ou s’il lui demande un œuf, lui donnera un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner des choses bonnes à vos enfants, combien plus votre Père Céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Luc 11, 9-13). Le "Docteur de la Prière", Saint Alphonse-Marie de Liguori, dans nombre de ses œuvres, et en particulier dans « Le Grand Moyen de la Prière », a souligné l’enseignement évangélique, trésor de toute l’Eglise, concernant la prière, en constatant aussi qu’il n’était suffisamment pris à cœur par ceux qui devaient le transmettre aux autres : « Ce qui m’afflige le plus, c’est de voir que les prédicateurs et les confesseurs veillent peu à en parler à leurs auditeurs et à leurs pénitents ; et je vois que les livres spirituels qui chaque jour se passent de mains en mains, n’en parlent non pas non plus suffisamment. Alors que tous les prédicateurs et tous les confesseurs, et tous les livres ne devraient pas enseigner autre chose que de prier » (Traité du Grand Moyen de la Prière). Ce livre sur la prière, écrit par Saint Alphonse avec tant de souci et de zèle pour le salut des âmes, est vraiment un "bestseller" et une lecture spirituelle excellente pour ceux qui désirent approfondir, à la lumière de la Révélation, de la Tradition et du Magistère, le grand thème vital de la prière. Celui qui lit cette œuvre avec une ouverture d’esprit et de cœur, pourra se convaincre plus encore, de la nécessité et de l’urgence de la prière pour son propre salut et pour celui des autres.

 

Combien est importante pour chaque chrétien, pour chaque prêtre, pour chaque religieuse… la vie de prière ! Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI l’a rappelé et enseigné à plusieurs reprises, comme lors de la récente rencontre avec le clergé du Diocèse de Bressanone : « Une priorité fondamentale de l’existence sacerdotale, c’est d’être avec le Seigneur, et donc d’avoir le temps pour la prière. Saint Charles Borromée disait toujours : ‘Tu ne pourras soigner l’âme des autres si tu laisses dépérir ton âme. A la fin, tu ne feras plus rien, ni même pour les autres. Tu dois avoir du temps aussi pour demeurer avec Dieu’. Je voudrais ainsi souligner ceci : pour autant que puissent se présenter les engagements, c’est une véritable priorité de trouver, chaque jour, je dirais, une heure de temps pour rester en silence pour le Seigneur et avec le Seigneur, comme l’Eglise nous propose de faire avec le Bréviaire, avec les prières du jour, pour pouvoir s’enrichir ainsi toujours à nouveau intérieurement… dans le rayon du souffle du Saint-Esprit. Et, à partir de cela, ordonner ensuite les priorités : je dois apprendre à voir ce qui est vraiment essentiel… » (Benoît XVI, 6 août 2008). Qui, plus que la Sainte Vierge, pourra nous introduire dans le mystère de la prière ! Qui, mieux qu’Elle connaît parfaitement le chemin de la prière, qui conduit tout droit au Cœur de son Fils, et, à travers Lui, au Cœur du Père ! Puisse son action maternelle détourner notre âme de tout ce qui empêche de vivre une vie authentique de prière, et éclairer notre esprit sur la beauté majestueuse et inégalable du Visage de Jésus, qui resplendit sur ceux qui l’adorent.

 

Fides

Le grand Docteur de l’Eglise, Saint Bernard Abbé, nous invite à aimer de manière affectueuse les Anges, à leur faire confiance, parce que ces Esprits Célestes nous ont été donnés par Dieu pour nous accompagner et pour nous protéger dans le chemin de notre vie. « Aimons de manière affectueuse les Anges de Dieu, comme étant ceux qui seront un jour nos cohéritiers, alors que, en attendant, ils sont nos guides et nos tuteurs, établis, destinés à nous par le Père. A présent, en effet, nous sommes enfants de Dieu. Nous le sommes, même si, actuellement, nous ne le comprenons pas clairement, parce que nous sommes encore des enfants sous des administrateurs et des tuteurs, et que, en conséquence, nous ne différons en rien des serviteurs. Du reste, même si nous sommes encore des enfants, et s’il nous reste un chemin très long et aussi très dangereux, que devons-nous craindre avec des protecteurs aussi grands ? Ils ne peuvent être ni vaincus ni séduits, et moins encore séduire, eux qui nous gardent dans toutes nos voies. Ils sont fidèles, ils sont prudents, ils sont puissants. Pourquoi être anxieux ? Suivons-les tout simplement, soyons proches d’eux, et alors nous restons sus la protection du Dieu du Ciel » (cf. Office des Lecture, Fête des Saints Anges Gardiens).

 

 

 

 

La fête des Saints Anges Gardiens, le 2 octobre, nous invite à renouveler notre dévotion à ces Compagnons Célestes que la Providence Divine à mis à nos côtés pour nous accompagner sur le sentier, parfois impraticable, de l’existence humaine. Dans les desseins salvifiques de Dieu pour l’humanité tout entière, les Anges n’ont pas un rôle marginal, et ils nous aident à atteindre le but : la béatitude éternelle. Ils y vivent déjà en plénitude, parce qu’ils sont plongés dans la Gloire Divine, et, comme le déclare Jésus, « ils contemplent le Visage de Dieu » (cf. Matthieu 18, 10), mais ils désirent au plus profond d’eux-mêmes que, nous aussi, un jour, avec eux, et avec les Saints du ciel, nous puissions magnifier le Seigneur, en vivant avec Lui dans un bonheur qui n’aura jamais de fin. Les Anges sont des messagers du bonheur, qui nous indiquent constamment la direction à suivre pour choisir le bien et pour éviter le mal, en vivant dans la liberté des enfants de Dieu. Au milieu de nos luttes, ils sont à nos côtés, pour nous défendre des esprits du mal, et pour nous soutenir dans la bataille la plus dure, celle contre notre égoïsme. Nous qui sommes à la recherche d’un « bien-être », d’une satisfaction intérieure complète et d’une réalisation, nous devrions nous allier avec les Anges, pour atteindre précisément, grâce aussi à leur guide, ce bonheur que nous cherchons sans cesse. Le bonheur de l’homme, a déclaré le Pape Benoît XVI, a un nom, un visage, c’est-à-dire une identité, que les Anges connaissent parfaitement, et que nous, croyants, nous connaissons nous aussi par une révélation divine : « Chers amis, Jésus est votre véritable ami et Seigneur, instaurez une relation de véritable amitié avec Lui! Il vous attend et ce n'est qu'en Lui que vous trouverez le bonheur. Comme il est facile de se contenter des plaisirs superflus que nous offre l'existence quotidienne; comme il est facile de ne vivre que pour soi, en profitant en apparence de la vie! Mais tôt ou tard, on se rend compte qu'il ne s'agit pas du véritable bonheur, car celui-ci se trouve bien plus en profondeur: nous ne le trouvons qu'en Jésus. Comme je l'ai dit à Cologne, ‘le bonheur que vous cherchez, le bonheur auquel vous avez le droit de goûter, a un nom: Jésus de Nazareth’ (18 août 2005, Discours sur les rives du Rhin) ». En effet, la Parole de Dieu nous déclare, à propos seulement de Jésus : « De sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce. Parce que la Loi fut donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1, 16-17). Et, aux Apôtres précisément, à ceux qui devinrent les premiers « consacrés » du Seigneur dans le Sacerdoce Ministériel, est révélée de manière explicite par le Seigneur lui-même, l’action des Anges : « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez le Ciel ouvert, et les Anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’Homme » (Jean 1, 50-51).

 

La grâce de cette Année Sacerdotale pourra nous faire redécouvrir, en premier à nous qui sommes prêtres, la coopération des Anges avec le ministère sacerdotal. Comptant aussi sur leur aide, nous pouvons approfondir notre identité pour annoncer au monde que le Christianisme est « la religion du, bonheur » : « Le prêtre, homme de la Parole divine et du sacré certes, doit aujourd’hui plus que jamais être un homme de la joie et de l’espérance. À des hommes qui ne peuvent plus concevoir que Dieu soit pur Amour, il affirmera toujours que la vie vaut la peine d’être vécue et que le Christ lui donne tout son sens parce qu’Il aime les hommes, tous les hommes. La religion du Curé d’Ars est une religion du bonheur, non une recherche morbide de la mortification, comme on l’a cru parfois : « Notre bonheur est trop grand ; non, non, jamais nous ne le comprendrons » [9 Nodet, p. 110] disait-il. ». (Benoît XVI, Message vidéo, aux participants à la Retraite Sacerdotale Internationale à Ars, 29 septembre 2009).

 

Fides

Nous venons de célébrer la Fête de l’Apôtre et Evangéliste Saint Matthieu. A la lumière de la grande Miséricorde de Dieu, Matthieu raconte lui-même l’événement inoubliable de son appel à suivre Jésus : « Étant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : « Suis-moi ! ». Et, se levant, il le suivit. Comme il était à table dans la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples. Ce qu'ayant vu, les Pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? ». Mais lui, qui avait entendu, dit : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » (Matthieu 9, 9-13)

 

 


La réponse immédiate que Matthieu fait au Seigneur est signe, en premier lieu, de la présence de Miséricorde Divine, et, en deuxième loi, de la capacité du pécheur de s’ouvrir au pardon pour pouvoir accueillir l’invitation, sublime et radicale, de suivre Jésus, c’est-à-dire de L’imiter ! La vie de celui qui a été marqué par la rencontre avec la Miséricorde n’est plus la même ; elle connaît, comme pour Matthieu, un changement réel appelé « conversion ». Quand on s’ouvre au Seigneur, dans la vérité, c’est-à-dire dans l’humilité, on s’avance sur un chemin de transformation, on change de mentalité et de disposition du cœur, parce que la puissance du Pardon du Christ entre dans l’esprit humain, et le façonne dans la bonté. Une personne quelconque, qui, comme Matthieu avec tout son poids de péché et ses limites, met sa confiance en Jésus, devient capable même de « tout laisser » pour Le suivre. Matthieu, appelé Lévi le publicain, les pêcheurs de Galilée, et les autres que le Seigneur appela à Lui, n’auraient jamais pu imaginer que leur vie aurait été ainsi transformée par l’amitié avec le Christ, au point de devenir, un jour, un modèle de sainteté pour des générations et des générations. Le pouvoir de la grâce de Jésus est réellement illimité ! Il peut tout si l’homme pécheur se laisse entourer et toucher par sa Divine Miséricorde, comme l’ont fait André, Jean, Simon-Pierre, Barthélémy, Thomas, Mathieu… Pour le chrétien, il est fascinant de relire l’appel de Jésus aux Apôtres. Les Evangiles nous montrent que leur décision fut radicale : « Ils quittèrent tout » (Luc 5, 11) pour Le suivre lui seul. Le commentaire de Saint Bède est magistral, à propos de la réponse de Matthieu : « Il ne faut pas s’étonner qu’un publicain, à la première parole de Jésus qui l’invitait, ait abandonné les gains de la terre qui lui tenaient à cœur, et que, ayant laissé les richesses, il ait accepté de suivre Celui qu’il voyait qu’il ne possédait aucune richesse. En effet, le Seigneur lui-même qui l’appela extérieurement par la parole, l’instruisit de l’intérieur par une force invisible à Le suivre. Il remplit son esprit de la lumière de la grâce spirituelle grâce à laquelle il pourrait comprendre comment Celui qui l’arrachait sur la terre aux choses temporelles, était capable de lui donner au Ciel des trésors incorruptibles (…) Nous lui ouvrons la porte pour L’accueillir, quand, après avoir entendu sa voix, nous donnons volontiers notre accord à ses invitations ouvertes ou secrètes, et quand nous nous appliquons avec sérieux à la tâche qu’il nous a confiée. Il entre alors pour dîner avec nous et nous avec Lui, parce que, avec la grâce de Son Amour, il vient habiter dans le cœur des élus, pour les restaurer avec la lumière de sa présence » (cf. Office des Lectures, Fête de Saint Matthieu). Matthieu était un pécheur « public » qui, comme c’était alors la coutume, était assis au banc des impôts. Au passage de Jésus, ce pauvre homme, qui nous représente tous, est touché profondément par la grâce qui émane de la Personne du Sauveur, et, en écoutant cette parole « suis-moi », il se sent pardonné, tellement « gracié » qu’il « renaît » à une vie nouvelle et recommence tout, depuis le début.

 

Dans la ligne de son Prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean Paul II, le Pape Benoît XVI nous rappelle que la confiance en la Miséricorde Divine nous « donne la possibilité de recommencer depuis le début », mais nous devons êtres nous aussi disposés à pardonner. « L'Esprit de Jésus Christ est la puissance du pardon. C'est la puissance de la Divine Miséricorde. Elle donne la capacité de recommencer depuis le début - toujours à nouveau. L'amitié de Jésus Christ est l'amitié de Celui qui fait de nous des personnes qui pardonnent, de Celui qui nous pardonne aussi, nous relève continuellement de notre faiblesse et précisément ainsi, nous éduque, diffuse en nous la conscience du devoir intérieur de l'amour, du devoir de répondre à sa confiance avec notre fidélité […]. Les miséricordes de Dieu nous accompagnent jour après jour. Il suffit que nous ayons le cœur vigilant pour pouvoir les percevoir. Nous sommes trop enclins à ressentir uniquement la difficulté quotidienne qui nous a été imposée en tant que fils d'Adam. Si toutefois, nous ouvrons notre cœur, alors, nous pouvons, même plongés en elle, constater sans cesse également combien Dieu est bon avec nous; combien Il pense à nous précisément dans les petites choses, nous aidant ainsi à atteindre les grandes ». (Benoît XVI, Homélie du II° Dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde, 80° anniversaire du Saint-Père).

 

Fides

La Sainte Ecriture nous dit souvent que, dans les temps d’épreuve, le vrai chrétien doit le plus possible apporter aux affligés le réconfort, la paix, et quelque chose de cette joie divine qui soulève les cœurs et leur permet de continuer le voyage contre vents et marées vers le port du salut. Aussi convient-il, dans les tristesses présentes, de parler de la joie d’être enfant de Dieu et du devoir de donner quelque chose de cette joie à ceux qui n’en ont aucune. Tandis que, dans la tristesse commune, une joie toute superficielle est déplacée, agaçante, et même quelquefois exaspérante, la joie chrétienne apporte au contraire le soulagement aux affligés. Ce devrait être la joie du dimanche, et le dimanche la donne lorsqu’il reste vraiment, par la messe, par la vraie prière, le jour du Seigneur ; il devient au contraire, pour beaucoup, avec la cessation du travail, le jour le plus triste, lorsqu’il n’est plus du tout sanctifié et qu’il n’est qu’une journée de divertissement, de joie tout extérieure, absolument vide et sotte, à laquelle beaucoup ne peuvent pas prendre part, et qui fatigue au lieu de reposer. Les gens ne savent que faire de leur temps, parce qu’ils ne le donnent plus à Dieu ; c’est une preuve par le vide ou en creux de la nécessité de la sanctification du dimanche. En cherchant uniquement une joie inférieure on se prive d’une autre singulièrement plus précieuse. Voyons ce qu’est la vraie joie spirituelle selon la Sainte Ecriture et selon les Saints, voyons comment ils l’ont conservée même au milieu de leurs souffrances, nous saisirons mieux alors ce que nous pouvons faire pour la donner aux autres. Il ne s’agit pas du tout de la recherche de la consolation sensible, ni de sentimentalisme, qui est l’affectation d’un amour qu’on n’a pas. Le sentimentalisme ressemble à la joie spirituelle dont nous parlons comme la verroterie imite le diamant.




 

 

Qu’est la vraie joie spirituelle ?

 

Nous en saisissons la nature et la valeur lorsque nous la comparons à des joies légitimes moins hautes. Nous éprouvons une joie sensible : devant un beau lever de soleil, ou au printemps devant le réveil de la nature. Nous avons une joie supérieure à la pensée que nous sommes enfants d’un homme de bien, d’une bonne mère, et nous nous rappelons volontiers les vraies joies d’une famille unie, celle de frères qui s’aiment, heureux de travailler ensemble et de vivre des mêmes traditions, des mêmes pensées, des mêmes affections, en vue d’une action commune, vraiment féconde. Dans le même ordre, nous éprouvons la joie d’être Français, au milieu des tristesses actuelles, et de travailler au relèvement de notre patrie. La joie spirituelle est d’un ordre supérieur encore ; c’est la joie d’être enfant de Dieu par le baptême, d’être aimé par lui comme un enfant adoptif, qui a reçu une participation de sa vie intime, et qui tend à le posséder éternellement. C’est la joie d’être dans la Vérité, dans la Vérité Divine, d’y vivre, de marcher sous la direction de la Providence de Dieu, pour qu’il règne de plus en plus en nous dans le temps et dans l’éternité. Cette joie spirituelle n’est pas précisément une vertu, mais le fruit ou l’effet de la plus haute vertu, qui est la charité, ou l’amour de Dieu et des âmes en Dieu (Cf : Saint Thomas, IIa, IIae, Q. 28.). L’amour de Dieu en effet nous porte d’abord à nous réjouir de ce que Dieu soit Dieu, la Vérité même, la Sagesse, le Bien infini, la Bonté suprême, la Sainteté même, la Béatitude parfaite. L’amour de Dieu nous porte aussi à nous réjouir de ce que Dieu règne dans les âmes, dans la nôtre, dans celle du prochain. La charité enfin nous fait déjà posséder Dieu dans l’obscurité de la foi, car il est dit : « Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu en lui » (I Jo. IV, 16). Notre-Seigneur nous a dit aussi « Si quelqu’un fait la volonté de mon Père, mon Père et moi nous l’aimerons, nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jo. XIV, 23). Et au même moment Jésus nous a promis le Saint-Esprit, qui de fait nous a été donné avec la grâce et la charité au baptême, et plus encore par la confirmation. La Trinité Sainte habite ainsi en toute âme en état de grâce, et elle se fait parfois sentir à nous comme la vie de notre vie. A certains moments comme le dit saint Paul « le Saint Esprit rend témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu » (Rom. VIII, 16). Il rend ce témoignage en nous inspirant pour Lui une affection toute filiale, qui nous donne une sainte joie et qui nous fait dire : « Père ! » Ce n’est pas de la consolation sensible, ni du sentimentalisme, c’est une joie vraiment divine par son principe et son objet. Telle est la joie spirituelle, à la pensée que Dieu est Dieu, la Bonté même, qu’il règne en nous et dans les justes, qu’il est la vie de notre vie, et qu’il nous appelle à vivre de Lui pour l’éternité. Cette joie vient de cette pensée que, à l’exception du péché, sous la direction de, la Providence, tout vient de l’éternel amour. La joie spirituelle est donc manifestement le fruit de la charité. Au contraire la tristesse désordonnée et déprimante est l’effet de l’amour déréglé de soi-même, elle procède de l’égoïsme insatisfait, de l’orgueil blessé, de la vanité offensée. Plus, dans une âme, la charité arrive à dominer l’égoïsme, plus cette mauvaise tristesse disparaît et plus elle fait place à une sainte joie. Cette joie ne saurait pourtant être pleine et parfaite comme au ciel, car la charité ici-bas s’attriste elle-même du péché qui diminue le règne de Dieu et entraîne la perte des âmes. Mais, malgré les tristesses de la terre, les saints conservent, avec la paix, une joie spirituelle voulue, qu’ils donnent aux autres, sans toujours la sentir eux-mêmes. La Sainte Ecriture nous parle souvent de cette joie spirituelle. Jésus nous dit : « Demeurez dans mon amour… Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jo. XV, 11). Saint Jean l’évangéliste souhaite à ses disciples d’avoir « la plénitude de la joie », à la pensée qu’ils sont enfants de Dieu et qu’ils sont appelés à jouir de Lui éternellement (I Jo., 4). Les Psaumes disaient déjà : « Laetamini in Domino et exsultate justi. – Justes, réjouissez-vous, dans le Seigneur et exultez en Lui » (Ps. XXI, 11). Saint Paul écrit aux Philippiens : « Gaudete in Domino semper, interum dico vobis gaudete. – Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. IV, 4). Le même saint Paul va jusqu’à dire : « Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations » (II Cor. VII, 4). Les Actes des Apôtres disent d’eux tous : « Ils allaient joyeux… d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le Seigneur » (Act. V, 41). On a dit en expliquant ces paroles : « la joie est le secret gigantesque du chrétien ». De fait, en se souvenant de son baptême, il ne recule pas devant les plus grandes épreuves, lorsqu’il se dit : « je veux ce que Dieu, mon Père, veut pour moi, uniquement ce qu’il veut, tout ce qu’il veut, si dur que soit le chemin pour y parvenir ». Le chrétien s’entretient ainsi non pas avec lui-même, mais avec Dieu, son Père, et comme le dit l’Ecriture, dans cette conversation avec Dieu, il n’y a pas d’amertume : « In conversatione Dei non est amaritudo » (Sag. VIII, 16). La joie chrétienne est donc celle de posséder Dieu et d’être possédé par Lui. Par cette joie, le vrai chrétien doit donner aux autres envie de l’être. Il doit redire souvent ces paroles de l’Ecriture : « Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, je vous ai offert toutes choses avec une grande joie, gardez-moi pour toujours dans cette volonté » (I Paralip. XXIX, 17). La vrai joie est celle de tendre vers la sainteté du ciel, avec la certitude que Dieu, qui ne commande jamais l’impossible, nous offre incessamment des grâces pour y parvenir. Les saints gardent cette joie spirituelle, sans toujours la sentir sensiblement, ni même spirituellement, et ils la gardent assez pour la donner aux autres, jusque dans leurs épreuves. Pourquoi ? Parce que le Saint-Esprit, par l’affection filiale qu’il leur inspire pour lui, « rend témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu ». Il leur rappelle aussi que « pour ceux qui aiment Dieu, et qui persévèrent dans cet amour jusqu’à la fin, tout concourt au bien » (Rom. VIII, 28) ; tout, même les maladies, les contradictions, les échecs. Saint Augustin ajoute : même les fautes, à condition de s’en humilier, comme le fit saint Pierre après le triple reniement. Les saints entrevoient de mieux en mieux le bien supérieur pour lequel la Providence permet les maux de la vie présente. Ce bien supérieur, que nous verrons à découvert, on l’entrevoit progressivement, dans la mesure où l’on mérite de l’entrevoir, et on le mérite en mettant en pratique la parole de Dieu au lieu de se contenter de la connaître et de l’admirer. Saint François d’Assise éprouvait une sainte joie quand il se sentait méprisé et repoussé. Saint Dominique de même lorsqu’il était ridiculisé et maltraité par les hérétiques du Languedoc ; il se sentait devenir plus semblable à Notre-Seigneur, qui a accepté par amour pour nous les humiliations de la Passion. De même saint Benoît-Joseph Labre, le Saint Curé d’Ars, son ami le P. Chevrier de Lyon, saint Jean Bosco, qui gardait dans ses épreuves cette sainte joie, allegria, qu’il apportait à de petits enfants pauvres, qui n’en avaient aucune. La petite sœur des pauvres, leur apporté cette joie, la petite sœur de l’Assomption, tous les vrais serviteurs et servantes de Dieu. La Sainte Vierge, notre modèle, est appelée « consolatrice des affligés », « cause de notre joie », et le cœur de Jésus est appelé « les délices des saints ».

 

 

 

 

Comment donner cette joie aux autres

 

Il faut être attentif d’abord à ne pas leur faire porter notre propre tristesse, et si nous sommes abattus, à ne pas les décourager. Il faut dominer certaine tristesse, comme on résiste à des tentations. Evitons aussi de leur donner une joie trompeuse, en approuvant leurs erreurs, leurs déviations, leurs compromissions, leur manque de jugement ou d’énergie. Ce serait une fausse charité, de la faiblesse, qui leur donnerait une joie menteuse. Apportons quelque chose de cette joie spirituelle à ceux qui manquent de pain, à ceux qui n’ont pas de santé, de vitalité, à ceux qui manquent d’affection, à ceux qui manquent de générosité, qui ne cherchent pas assez Dieu ; donnons-leur envie de le chercher. Donnons Dieu à ceux qui ne l’ont pas. Alors Jésus nous dira au dernier jour : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, j’étais infirme, j’étais en prison, et vous êtes venu à moi. Chaque fois que vous avez agi ainsi à l’égard du plus humble de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Donnons quelque chose de cette joie à ceux tentés de devenir amers, en nous rappelant cette parole de saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a plus d’amour, mettez-y l’amour, et vous recueillerez l’amour ». Dans les grandes obscurités, une voix nous dit : « Lève-toi et chante ta louange dans la nuit. » Alors de nos ténèbres bien supportées, la lumière pourra jaillir pour d’autres âmes. Le Bienheureux Henri Suso, dans le livre de la Sagesse Eternelle a écrit de très belles pages sur les sommets de la joie spirituelle au milieu des épreuves. Elles peuvent se résumer ainsi en se servant de ses propres paroles ; ou plutôt ce sont celles qu’il met dans la bouche du Seigneur : "Autant souffrir est dur, autant il est doux d’avoir souffert… La souffrance, lorsqu’elle est bien supportée, me rend l’homme aimable, car elle le fait semblable à moi. La joie de la souffrance (même si elle n’est pas sentie, mais voulue) est trésor caché que jamais personne ne pourra mériter. Si quelqu’un restait agenouillé devant moi pendant cent ans pour me demander le bonheur de souffrir, il ne l’aurait pas encore mérité. D’un homme terrestre, la souffrance (supportée par amour) fait un homme céleste. Elle fait qu’à celui qui souffre le monde devient étranger, de sorte que ma tendresse l’enveloppe plus étroitement. Les amis du siècle s’éloignent de l’épreuve, et mes grâces l’enveloppent de plus en plus. C’est qu’il doit être complètement renié et abandonné du monde celui que je veux prendre pour (intime) ami… La souffrance résonnera toute l’éternité en un chant très doux, en refrains nouveaux que jamais ne pourrons répéter les anges parce qu’ils n’auront pas souffert". Si Dieu pouvait être étonné et ravi de quelque chose, ce serait de voir certains de ses enfants, qui par sa grâce arrivent à porter leur croix avec allégresse en suivant le Seigneur Jésus. Cela doit nous porter à recevoir surnaturellement les manques d’égard et même le mépris, s’il arrive (Lorsque saint Jean de la Croix demandait comme récompense à Notre-Seigneur « de souffrir et d’être méprisé pour lui » (en quoi il fut aussitôt exaucé), c’était une très grande grâce qu’il désirait. Ce n’est pas en effet le mépris pour lui-même qu’il demandait, mais la grâce de le supporter avec amour. Sans cette grâce, le mépris en lui-même ne servirait nullement à grandir dans la charité et à glorifier Dieu). Il conviendrait en avançant de le recevoir avec une joie sinon sentie, du moins voulue, et de remercier le Seigneur de la grâce qui se trouve cachée dans les humiliations à supporter. Nous oublions souvent de remercier Dieu des croix qu’il nous a envoyées ; elles étaient pourtant bien nécessaires à notre avancement. Nous le voyons pour certaines qui nous ont été très profitables. Puissions-nous ne pas perdre celles qui viendront. Le monde est hélas plein de croix perdues, qui ne servent à rien, comme le fut celle du mauvais larron. La véritable joie spirituelle est celle de tendre effectivement vers la sainteté du ciel, par le chemin que le Seigneur a choisi pour nous, si pénible qu’il soit à certains moments ; c’est la joie de tendre à cette sainteté avec la certitude que Dieu ne commande jamais l’impossible, qu’il nous appelle à la vie de l’éternité et qu’il nous offre incessamment les grâces pour y parvenir.

 

Par le P. Reg. Garrigou-Lagrange, O. P. - La vie spirituelle n° 262, février 1942

L’Evangile nous montre que Jésus parcourt les routes de la Galilée et de la Judée pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour guérir les gens de toutes sortes de maladies, pour libérer les personnes de l’action néfaste de Satan, pour donner à tous et à chacun le « Pain quotidien » de sa Parole et de Présence salvifique. Les Apôtres le suivent, l’écoutent, l’observent, et s’émerveillent, avec les gens, des grandes œuvres que le Père accomplit par Lui. Parfois, ils restent sans paroles, et d’autres fois, en revanche, ils ne disent que trop de paroles. A lieu de faire silence, ils parlent sans écouter d’abord, du plus profond de leur cœur, la voix de l’Esprit, qui voudrait leur expliquer la signification de chacune des phrases, de chacun des gestes et de chacun des « signes » que fait Jésus. Il arrive aux Apôtres, tout comme à nous, de nous tromper quand nous « traitons » avec le Seigneur : que de fois on Le sous-estime, ou on L’ignore ; et les situations ne manquent pas, même, où nous nous plaçons au-dessus de Lui, comme si de pauvres pécheurs, ce que nous sommes tous, avaient quelque chose à « enseigner » à Jésus !

 

 

 

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ? Ou bien qui l'a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour ? » (Romains, 11, 33-35). La tentation de s’enorgueillir devant Dieu est toujours aux aguets. C’est pourquoi il faut prier le Saint-Esprit de rendre notre cœur toujours plus docile à ce « tracé » de vie que le Seigneur a déterminé pour nous. Il est assurément le plus facile et le plus direct pour arriver à la sainteté, et donc, au Paradis ! Il va en avant, et nous devons simplement rester derrière Lui, en nous armant d’une « sainte patience », surtout quand il nous semble que la réponse et la solution que nous attendons du Seigneur tarde à venir, ou qu’elle est différente de ce qui était désiré. « La patience obtient tout » a déclaré Sainte Thérèse d’Avila, qui connaissait bien combien peuvent être mystérieuses les « voies de Dieu. « Viens et suis-moi » (Marc 10, 21), continue à répéter Jésus à ceux qui veulent Le rencontrer dans la foi pour devenir Ses disciples, en restant en communion de vie avec Lui par l’amour pour Dieu et pour le prochain. Le chemin n’est pas toujours facile, mais on est jamais seuls si l’on reste derrière le Christ, c’est-à-dire, fidèles à ses enseignements. Le fait que les Apôtres, eux aussi, aient cédé à la tentation de « résister » à Jésus, ou même de le réprimander, doit nous mettre en garde pour ne pas sous-estimer ces situations – et il y en a dans la vie – où au plus profond de nous, se forme comme un sentiment « d’endurcissement » du cœur à son égard. Combien de fois Dieu s’est plaint, par l’intermédiaire de ses prophètes, d’une attitude aussi orgueilleuse, qui a fait dévier le cœur de son peuple en le conduisant à la rébellion. Mais Il a toujours été prêt au pardon, comme nous le dit le Psaume 78 (77), (36-38) : « Mais ils le flattaient de leur bouche, mais de leur langue ils lui mentaient, leur cœur n'était pas sûr envers lui, ils étaient sans foi en son alliance. Lui alors, dans sa tendresse, effaçait les torts au lieu de dévaster; sans se lasser, il revenait de sa colère au lieu de réveiller tout son courroux ». Quand on murmure contre Dieu, on laisse la place au Malin, et l’on perd l’orientation vers le Royaume. Et précisément, Dimanche dernier, nous avons écouté un passage de l’Evangile de Marc sur le « désarroi » dont a été victime Simon Pierre, aussitôt après sa splendide confession de foi au Christ. Devant la prophétie claire de Jésus, qu’il venait tout juste de faire, concernant sa Passion et sa Mort, Pierre, assailli par la peur de la souffrance, réprimande le Seigneur. « Et il commença de leur enseigner : « Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter ; et c'est ouvertement qu'il disait ces choses. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre et dit : « Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » (Marc 8, 31-33). Simon Pierre et les autres Apôtres n’ont plus oublié ces paroles, qui se sont rassemblées en conséquence dans le témoignage des Evangélistes, afin que les disciples de Jésus, à chaque époque, reçoivent la leçon historique du Seigneur. La Sainte Ecriture nous invite à accueillir le reproche, comme par exemple celui d’un Sage (cf. Qohélet 7, 5), mais elle ne nous invite jamais à réprimander le Seigneur !

 

Devant les situations de souffrance, de peur et d’inquiétude, qui font trembler notre coeur humain fragile, on ne doit jamais céder à la tentation de faire des reproches à Dieu, mais, à l’exemple des Saints, et, en premier, de la Sainte Vierge Marie, le silence de l’adoration doit prendre la place du bruit des murmures. « Il est important pour nous aujourd’hui aussi, même si nous ne sommes pas moines : savoir faire le silence en nous pour écouter la Voix de Dieu, pour chercher, pour ainsi dire un « parloir »’ où Dieu parle avec nous » (Benoît XVI, Audience générale hebdomadaire, 9 septembre 2009). Que le « Stabat Mater » devienne pour tous, surtout à l’heure de l’épreuve, le modèle à imiter : La Sainte Vierge se trouvait au pied de la Croix de son Fils (cf. Jean 19, 25), sans se rebeller, parce qu’elle croyait, comme elle l’a toujours cru, à la Parole de Jésus : après la nuit de la souffrance, pointe l’aube lumineuse de la Résurrection.

 

Fides

Grâce à l’élan donné par la proclamation de l’Année Sacerdotale par le Pape Benoît XVI, on voit se multiplier dans le monde, dans les différents secteurs diocésains et ecclésiaux, des initiatives destinées surtout à faire redécouvrir et à redonner toute sa valeur à l’identité sacerdotale et à la mission du prêtre qui en découle dans l’Eglise. La Mission de Jésus, comme en témoigne l’Evangile, est réalisée de manière tout à fait spéciale par les Apôtres et par les Disciples qui sont envoyés par Jésus dans le monde entier pour proclamer la Bonne Nouvelle (cf. Marc 16, 15). A la racine de la vocation sacerdotale authentique, il y a donc nécessairement l’appel de Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jean 15, 16). Pour « décider » de devenir prêtres, il faut avant tout découvrir ce choix de prédilection du Christ. Celui qui choisit et qui envoie, c’est toujours et seulement Lui, et cela, Jésus le fait par la médiation de l’Eglise. Une vraie vocation n’est pas seulement une intuition, mais elle doit être cultivée et greffée sur l’arbre séculaire de l’Eglise

 

 

 

Pour devenir conscients du choix de Jésus, il faut, normalement, un temps plus ou moins long de discernement. Il faut en effet parvenir à la connaissance d’une vérité sublime : Jésus m’appelle à devenir comme Lui, prêtre ! Sans un cheminement convenable, qui commence normalement dans sa propre famille, Eglise Domestique, comment pourrait-on découvrir une telle vérité qui touche et change la vie entière ? Les paroles « Suis-moi » (cf. Matthieu 9, 9; Marc 10, 21; Luc 9, 59; Jean 1, 43) dites par Jésus à la conscience d’un pauvre homme, plus ou moins jeune, comme l’étaient les premiers disciples du Seigneur, portent avec elles des conséquences énormes. En effet, prêtre, on le reste pour l’éternité ! L’appel sacerdotal est tellement grand que l’on ne peut se faire l’illusion de rester là où il nous a trouvés. La maturité humaine, intellectuelle, spirituelle de celui qui est appelé, doit nécessairement croître non seulement jusqu’au jour de son Ordination, mais jusqu’au jour de sa mort, parce que, si la croissance s’arrêtait, on ferait inévitablement marche arrière, en compromettant toujours plus sa propre vocation à la sainteté. L’eau qui ne s’écoule pas, stagne ; et voilà pourquoi Jésus parle d’une « eau vive », parlant de la vie de grâce, don du Saint-Esprit, que peuvent recevoir ceux qui croient en Lui (cf. Jean 7, 38). C’est une loi inaltérable de l’esprit : celui qui ne « monte » pas, « descend », ou bien l’on progresse dans la vertu (les belles et bonnes habitudes), ou bien se renforcent les vices (les habitudes mauvaises et perverses). Voilà pourquoi la « formation permanente » des prêtres, comme on l’appelle, requiert un engagement non moindre que celui requis par la formation sacerdotale avant les Ordres Sacrés. Il est clair que, en raison précisément de l’effort requis, avant et après l’ordination sacerdotale, on puisse se lasser de prier, d’être vigilant, d’aimer, de s’abandonner, de se donner… Et c’est alors que la Providence Divine nous vient en aide de mille manières différentes. Si nous sommes humbles, nous saurons les reconnaître, et elles nous conduiront « en haut », elles nous élèveront au-dessus des préoccupations humaines, des tentations diaboliques elles-mêmes, et des logiques individualistes mesquines… Pour ne « pas perdre du terrain », comme chrétiens et comme prêtres, il faut, avant tout, avoir un cœur libre, qui ne se laisse pas appesantir par les choses inutiles, à savoir la mondanité, mais qui se vide sans cesse pour devenir plus « léger » et pour « s’élever ». Seul l’Amour de Dieu peut élever, élargir l’horizon, purifier l’esprit et le cœur, de tout ce qui obscurcit et corrompt ; mais l’Amour de Dieu est aussi un « feu ». Jésus l’a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et combien je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Luc 12, 49). Pour devenir des fils de la lumière (cf. Jean 12,36), il est nécessaire d’avoir le « feu » de l’Esprit, et, naturellement, le feu brûle, aussi parce qu’il doit purifier et guérir en nous ce qui est peccamineux. Ce processus, si on ne le complète pas sur cette terre, pour ceux qui se sauvent, continuera au Purgatoire. Là aussi on parle d’un feu qui brûle ; c’est toujours le feu de l’Amour, parce que le Purgatoire est le Lieu de l’Amour qui purifie, comme l’a compris de manière étonnante Sainte Catherine de Gènes. Pour faire l’expérience de l’Amour divin qui transforme, il faut imiter les Saints, à commencer par la Sainte Vierge, par Saint Joseph et par les Apôtres. Qu’ont-ils ait d’extraordinaire ? Ils ont pris l’Evangile au sérieux, ils l’ont vécu – comme Saint François « sine glossa », sans y ajouter ni des « si », ni des « mais » ! Si nous ne prenons pas l’Evangile au sérieux, nous ne pouvons prendre Jésus au sérieux. En effet, Jésus nous a laissé un unique Evangile avec une unique Eglise, fidèle gardienne de la Vérité qui, dans le sillon de l’unique Tradition vivante, nous offre l’annonce de toujours : c’est seulement dans le Christ Jésus qu’est le salut, et ce Jésus ne doit pas être divisé en deux, réduit, relativisé… Ou bien on le prend comme Il est, ou bien on Le perd !

 

La vraie sainteté du prêtre consiste donc à imiter Jésus en désirant notre transformation en Lui. Certes, cela est humainement impossible, mais ne croirions-nous peut-être pas que Dieu peut faire des miracles ? Le Saint-Père a donné à tous les prêtres du monde, en cette Année Sacerdotale, l’exemple du Saint Curé d’Ars, devenu une Jésus vivant. Après avoir vénéré la relique de son cœur, le Saint-Père a déclaré aux prêtres : « Il y a quelques instants, j'ai pu vénérer, dans la chapelle du Chœur, la relique du Saint Curé d'Ars : son cœur. Un cœur enflammé par l'amour divin, qui s'émouvait à la pensée de la dignité du prêtre et qui parlait aux fidèles avec des accents touchants et sublimes, affirmant que ‘après Dieu, le prêtre est tout ! ... Lui-même ne se comprendra bien qu'au ciel (cf. Lettre pour l'Année sacerdotale, p. 2)’. Chers frères, cultivons cette même émotion, que ce soit pour exercer notre ministère avec générosité et dévouement, ou pour conserver dans notre âme une véritable "crainte de Dieu" : la crainte de pouvoir priver de tant de bien, par notre négligence ou notre faute, les âmes qui nous sont confiées, ou de pouvoir - que Dieu nous en garde ! - leur faire du mal. L'Eglise a besoin de prêtres saints; de ministres qui aident les fidèles à faire l'expérience de l'amour miséricordieux du Seigneur et qui en soient des témoins convaincus. Dans l'adoration eucharistique, qui suivra la célébration des vêpres, nous demanderons au Seigneur qu'il enflamme le cœur de chaque prêtre de cette "charité pastorale" capable d'assimiler son "moi" personnel à celui de Jésus Prêtre, de manière à pouvoir l'imiter dans l'offrande de soi la plus complète. Que la Vierge Marie nous obtienne cette grâce; Elle dont nous contemplerons demain avec une foi vive le Cœur Immaculé. Le saint curé d'Ars nourrissait à son égard une dévotion filiale, si bien qu'en 1836, en avance sur la proclamation du Dogme de l'Immaculée Conception, il avait déjà consacré sa paroisse à Marie "conçue sans péché". Et il garda l'habitude de renouveler souvent cette offrande de la paroisse à la Sainte Vierge, en enseignant aux fidèles qu'"il suffit de s'adresser à elle pour être exaucés", pour la simple raison qu'elle "désire surtout nous voir heureux". Que la Vierge Sainte, notre Mère, nous accompagne en l'Année sacerdotale que nous commençons aujourd'hui, afin que nous puissions être des guides solides et éclairés pour les fidèles que le Seigneur confie à nos soins pastoraux » (Vêpres de la Solennité du Sacré-Cœur, et ouverture de l’année Sacerdotale, 19 juin 2009).

 

Fides

« Puis il monta dans la barque, suivi de ses disciples. Et voici qu'une grande agitation se fit dans la mer, au point que la barque était couverte par les vagues. Lui cependant dormait. S'étant approchés, ils le réveillèrent en disant : « Au secours, Seigneur, nous périssons ! ». Il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » Alors, s'étant levé, il menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Saisis d'étonnement, les hommes se dirent alors : « Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? » (Matthieu 8, 23-27). Dans l’Evangile, il y a le rappel continu de Jésus aux Apôtres et à ceux qui veulent le suivre, à avoir la foi en Lui, à ne pas céder à la tentation – la plus insidieuse pour tout croyant – de douter de sa Toute-Puissance. C’est par la foi en Dieu que nous sommes sauvés, justifiés (cf. Romains 3, 28) ; c’est pourquoi la foi est si importante et centrale dans l’enseignement de Jésus : « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l’obtiendrez » (Matthieu 21, 22). Et l’on peut très bien comprendre la question du Seigneur : « Quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8).





En théorie, nous pouvons dire, avec une certaine facilité, que nous avons la foi dans le Seigneur, que nous nous abandonnons au dessein de sa Divine Providence ; mais quand, dans la pratique, les choses ne vont pas comme nous les avions désirées, prévues ou programmées, alors, continuer à avoir la foi en Jésus est seulement possible si on Lui fait le don de toute notre propre être. C’est ce que nous rappelle le Saint-Père : « La foi ne doit pas rester une théorie : elle doit être vie » (Benoît XVI, homélie du 29 juin 2009). On pourrait dire que l’acte de foi, l’acte de foi le plus profond en Lui, est vraiment tel quand il apporte avec soi le don total de nous-mêmes : « en nous expropriant » de notre « moi », nous en faisons un don à Dieu, jusqu’à ce que les mille et une préoccupations de la vie ne se mettent plus comme obstacle entre nous et Lui. L’épisode des Apôtres, bouleversés par la tempête, dans la barque remplie d’eau et qui coule, est emblématique et toujours riche de significations actuelles pour notre vie de foi. Dans cette « barque » les Apôtres, expérimentent, dans la pratique, que leur existence est en jeu, suspendue entre la vie et la mort, entre le salut et la débâcle totale. Mais Jésus dort ! Au moment précisément du besoin le plus grand de son intervention, il se produit, de manière inexplicable, qu’il est en train de dormir. Devant cette situation, la foi des Apôtres et la nôtre sont mises à dure épreuve. L’épreuve de foi se manifeste quand quelque chose, à quoi nous tenons beaucoup, est perdu ; le « terrain » cède à l’improviste sous nos pieds ; les attentes sont déçues ; les événements jouent contre nous ; la maladie ou la mort se présentent… Tout cela , quand cela se produit, nous dit clairement que c’est le moment de l’épreuve, et que le Seigneur, donc, est en train de « passer » dans notre vie pour nous demander une foi plus profonde, en nous répétant à nous aussi : « Ne crains pas, continue seulement à avoir la foi » (Marc 5, 36). Même si, à nos yeux, il est en train de dormir, Il est là, au milieu de l’épreuve, dans notre barque elle-même en proie aux vagues. Ces vagues lui servent pour faire « sursauter » notre peu de foi, qui s’est probablement endormie, ou qui court le risque de s’endormir. Ce n’est pas Lui, alors, qui dort, c’est nous qui nous endormons s’Il ne nous tient pas éveillés ! Quand l’épreuve est intense, comme pour les Apôtres dans la barque, alors, avec l’occasion précieuse pour « vérifier » si notre foi est théorique ou pratique, est alors offert un défi pour une foi non conditionnée et tournée vers les résultats terrestres, mais toute centrée dans le Seigneur. Ce Jésus qui dort, c’est-à-dire qui n’intervient pas en notre faveur – c’est au moins comme cela que nous le ressentons au moment de l’épreuve – c’est comme s’il nous défiait, avec bienveillance, pour nous aider à parvenir à une foi qui se nourrisse seulement de confiance dans son Amour. Comme un Papa qui défie son propre enfant pour lui demander de se fier aveuglément en lui. En effet, c’est seulement dans la foi « aveugle », c’est-à-dire dans l’abandon total à Jésus, que se produisent dans la vie les plus grands miracles, qui ne sont pas ceux de nature matérielle mais spirituelle : ils provoquent dans l’âme une vraie conversion, un élan vers les choses éternelles, divines, en laissant le cœur dans une sainte indifférence pour tout le reste qui, en revanche, passe. Une telle foi a fait dire à Sainte Thérèse de Jésus : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout passe, Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit » (Poésie, 90). On ne peut affirmer que « Dieu seul suffit » que lorsque l’on est capable de traverser l’épreuve en attendant tout de Dieu, sans rien lui demander, sans le réprimander en aucune manière. Il faut le laisser libre d’agir comme quand il veut, s’il le veut, et avec ses temps qui ne sont pas les nôtres. Sainte Thérèse d’Avila qui connaissait bien les « temps » de cette action divine, a déclaré très justement que « la patience obtient tout ». Certes, nous ne faisons pas belle figure à réveiller brusquement Jésus, comme l’ont fait les Apôtres en proie à la peur qui venait du doute, ou à le réprimander comme l’a fait Marthe, toute prise par les préoccupations : « Seigneur, tu ne te soucies pas que ma sœur m’a laissée seule à te servir ? Dis-lui donc qu’elle m’aide » (Luc 10, 40). Marthe, comme nous arrive à nous aussi, reproche à Jésus le fait qu’il n’intervient pas en sa faveur, qu’il ne fait pas tout ce qu’elle croit être juste en ce moment précis.

 

Pendant l’Année Sacerdotale, où le Curé d’Ars est proclamé comme exemple pour nous tous, prêtres, la vie de foi du Ministre Sacré peut se renforcer sur le modèle des Saints, à partir du modèle incomparable de la Vierge Marie. A cette école, on apprend à « laisser faire Dieu », à ne rien mettre avant Lui, en cherchant seulement sa Volonté qui est souvent mystérieuse, mais qui, infailliblement, se réalise pour tous ceux qui, avec une foi solide, ne veulent rien Lui refuser et lui donnent « carte blanche ». Sur une feuille blanche, toujours purifiée par les Sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie, par la vie de prière et de charité, le Seigneur peut écrire ce qu’Il veut, même si, comme on dit, Il écrit droit sur des lignes courbes ! Faisons en sorte de pouvoir toujours dire à Jésus, en toute honnêteté : « Sonde-moi, ô Dieu, connais mon cœur, scrute-moi, connais mon souci ; vois que mon chemin ne soit pas fatal ; conduis-moi sur une voie d’éternité » (Psaume 139 [138], 23-24).

 

Fides

L’Année Sacerdotale inaugurée par le Pape Benoît XVI est une grande occasion de grâce, surtout pour nous, prêtres, pour nous faire redécouvrir et approfondir la vocation de serviteurs du Seigneur : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jean 15, 16) : Jésus déclare clairement à ses premiers Apôtres – et ainsi aux apôtres de tous les temps – que l’appel sacerdotal provient de son Cœur, et que ce n’est pas une initiative des hommes, mais de Dieu. La racine de toute vocation authentique est donc à rechercher uniquement en Lui : « Le Seigneur m’a appelé dès le ventre de ma mère, dès le sein il a prononcé mon nom » (Isaïe 49, 1). Nous le savons, le but principal pour lequel nous avons été appelés, nous pouvons le trouver toujours et seulement dans la Parole de Jésus. C’est Lui qui nous a appelés et c’est Lui qui nous a fait connaître clairement sa Volonté sur nous.

 
 

 

Saint Paul synthétise en ces termes la Volonté de Dieu, ce qui vaut pour chaque chrétien, et, donc, à plus forte raison, pour chaque prêtre, qui doit être un pasteur pour les âmes qui lui sont confiées : « Et voici quelle est la volonté de Dieu, votre sanctification » (1 Thessaloniciens 4, 3). Le prêtre ne devrait pas oublier que le but de son appel c’est précisément la sainteté. Comme pourrait-on, en effet, devenir des amis de Jésus sans en imiter les vertus, à commencer par les vertus centrales de son Cœur ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29). De nombreux passages de l’Evangile soulignent le désir ardent de Jésus que ses disciples désirent vivent la sainteté : « Vous donc, vous serez parfaits, comme votre Père Céleste est parfait » (Matthieu 5, 48). Si la raison la plus profonde de l’appel au Sacerdoce ne peut être que la sainteté, elle devient alors impérative pour chaque ministre sacré, la tension quotidienne vers la conversion de vie. La sainteté sacerdotale, en effet, comme toute sainteté de vie, il faut « se la gagner » jour après jour, même au milieu des nombreuses limites et des nombreuses fragilités humaines. Le chemin de conversion ne doit jamais être interrompu, parce que, si cela se produisait, l’énergie spirituelle du prêtre diminuerait de manière dangereuse, jusqu’au péril de l’effondrement : c’est-à-dire quand manque la force d’aller de l’avant : « Aller de l’avant » veut dire avant tout ne jamais cesser de combattre son propre égoïsme, dans le sacrifice de son propre « moi » et de ses multiples intérêts qui mènent loin des intérêts de Dieu. L’Evangile, en effet, met comme condition essentielle pour « suivre » Jésus, précisément ce reniement : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » (Marc 8, 34). Le plus grand combat spirituel du prêtre consiste à s’oublier soi-même, pour ne rien faire passer avant Jésus. « Tu te préoccupes et tu t’agites pour de nombreuses choses, mais une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée » (Luc 10, 41-42). La seule chose nécessaire pour un prêtre, c’est Jésus. S’il désire vraiment l’imiter, jamais le Seigneur ne permettra qu’il reste sans Lui, qu’il se perde, qu’il perde le don précieux de la grâce. Rien ne peut enlever à une âme l’intimité avec Jésus ! Seule l’âme peut le faire elle-même, si elle commence à négliger précisément la vie de communion avec Dieu, nourrie par les Sacrements et pas sa Parole méditée et vécue, accompagnée par une vie de prière et de charité. L’amitié avec Jésus est le but premier de l’appel au Sacerdoce, dont dépend tout le reste : « Vous, êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande… Je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j’ai entendu du Père, je vous l’ai fait connaître » (Jean 15, 14 ss.). Si à la place des paroles de Jésus, nous mettons les nôtres, nous faisons passer nos intérêts humains avant ses intérêts divins ; si nous regardons fixement les buts qui ne sont pas inspirés par Lui mais par le monde, alors, on cesse d’être « des amis », et l’on devient des traîtres. Ce n’est pas le sacerdoce ministériel qui se dénature, mais le ministre qui perd sa « saveur » (cf. Matthieu 5, 13), ainsi que l’irradiation de cette « amitié extraordinaire avec Jésus que Jésus lui avait offerte en l’appelant à Lui, « pour qu’il demeure avec Lui » (Marc 3, 14). On peut dire alors que l’on apprend à devenir celui que l’on doit être, c’est-à-dire des prêtres, seulement en « restant avec Jésus ». « Demeurez dans mon amour » (Jean 15, 9), c’est ce que Jésus a demandé » à ses premiers apôtres, et c’est cela qu’il demande à tous les autres. « Demeurer » est un verbe qui nous renvoie au Mystère Eucharistique : Il demeure avec nous dans l’Eucharistie, afin que nous aussi nous demeurions avec Lui ! 

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI a fait de l’exhortation à l’amitié avec Jésus, un des points cardinaux de son Magistère. Il a rappelé de nombreuses fois aux prêtres que c’est, de l’intimité avec Dieu, que dépendait tout le reste. Sans une vie authentique de prière, sans une célébration digne de la Sainte Messe, et dans la l’Adoration de la Très Sainte Eucharistie, il ne peut y avoir de sainteté sacerdotale et de véritable fécondité apostolique. C’est seulement si le sarment est uni à la vigne qu’il porte du fruit, sinon, il sèche (cf. Jean 15, 4 ss.). Le Pape Benoît XVI indique aux prêtres précisément la logique eucharistique comme modèle de pensée et de vie : « Ce n'est que de l'union avec Jésus que vous pouvez tirer la fécondité spirituelle qui engendre l'espérance dans votre ministère pastoral. Saint Léon le grand rappelle que "notre participation au corps et au sang du Christ ne tend à rien d'autre qu'à devenir ce que nous recevons" (Sermo 12, De passione 3, 7, PL 54). Si cela est vrai pour tout chrétien, cela l'est à plus forte raison pour nous, prêtres. Devenir Eucharistie ! Que cela soit précisément notre désir et notre engagement constant, afin que le don du corps et du sang du Seigneur que nous faisons sur l'autel, s'accompagne du sacrifice de notre existence. Chaque jour, nous puisons au Corps et au Sang du Seigneur l'amour libre et pur qui fait de nous de dignes ministres du Christ et des témoins de sa joie. C'est ce que les fidèles attendent du prêtre : c'est-à-dire l'exemple d'une authentique dévotion pour l'Eucharistie; ils aiment le voir passer de longs moments de silence et d'adoration devant Jésus comme le faisait le Saint Curé d'Ars, que nous rappellerons de façon particulière lors de l'Année sacerdotale, désormais imminente ». (Benoît XVI, homélie de la Messe de la Fête-Dieu, 11 juin 2009). Qui, plus que la Vierge Marie, « Femme Eucharistique », et Mère des prêtres, peut nous enseigner cette logique eucharistique : se perdre soi-même pour Le recevoir : qui, mieux qu’Elle, peut nous aider à aller de l’avant sur le chemin de « l’expropriation » de nous-mêmes, afin que « le Christ vive en nous » (cf. Galates 2, 20) !



 

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