Au mois de mai, l’Eglise se met tout particulièrement à l’écoute de la Mère de Jésus qui, sans se lasser, ne cesse de nous répéter, à nous qui somme ses enfants : « faites ce qu’il vous dira » (Jean 2, 5). Ce sont les dernières paroles de Marie, comme nous les transmet l’Evangile de Jean, l’Apôtre qui, plus que tout autre, a recueilli les secrets de la connaissance et de l’amour que la Sainte Vierge avait sur le Verbe Incarné. « Faites ce qu’il vous dira » est son testament d’amour pour nous. Les nombreuses apparitions mariales tout au long de l’histoire, jusqu’à notre époque, ne sont rien d’autre que la réactualisation de cet appel pressant. Chaque fois que vient à manquer « le vin » et qu’est nécessaire le miracle du Seigneur, qui s’appelle concrètement « conversion de l’humanité », aussitôt se rend présente la Mère qui, comme à Cana de Galilée, intercède auprès de Son Fils, en invitant les serviteurs à faire Sa Volonté.

 

 

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C’est avec regret que nous devons dire que les apparitions mariales, bien souvent, sont devenues bien autre chose que ce pour quoi elles ont été données : occasion de disputes sans fin, de difficultés et d’extrémismes, dans un sens ou dans l’autre… Chaque apparition authentique est donnée essentiellement pour demander la conversion au Seigneur : là où Marie est présente, se réalisent les paroles d’Isaïe, appliquées à Jésus : « Tu as multiplié la nation, tu as fait croître sa joie ; ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit à la moisson, comme on exulte au partage du butin » (Isaïe 9, 2). Il serait impensable que la seule action humaine, et à plus forte raison encore l’action diabolique, puisse multiplier la nation et faire croître sa joie en demandant la conversion permanente à Dieu. Les endroits « visités » par Marie conservent une attirance toute particulière, que l’on ne peut exprimer par des paroles, et que l’on ne peut mesurer avec des instruments humains ; mais c’est précisément cette fascination exercée par la présence de Marie qui attire tant de monde, proches et lointains, en leur faisant redécouvrir Jésus. En ces endroits, l’action du Saint-Esprit s’intensifie grâce véritablement à une prière que l’on n’expérimente pas ailleurs. Marie intercède en effet auprès de son Fils, afin que, en manifestant Sa Gloire, la foi en Lui augmente dans le cœur de tous les hommes de bonne volonté. L’amour de Marie est incommensurable, son seul et unique désir est que s’accomplisse la Volonté de son Fils, que chacune de ses Paroles devienne une réalité vécue, sans hésitations, sans revirements, ni même de regrets. Parfois nous sommes assaillis par la tentation de croire que, en suivant l’Evangile à la lettre, nous serons des « ratés », des « oubliés », des « gens mis à l’écart ». En effet, c’est ce que nous sommes pour le « monde », parce que le « monde » est bien loin d’être attiré par le témoignage de vie des serviteurs du Christ qui occupent la dernière place. La pensée mondaine tombe malheureusement dans le piège des premières places, il ne faut pas nous en étonner : Jésus nous a mis en garde à plusieurs reprises contre cette tentation. La Servante du Seigneur , ne l’oublions jamais, se fait d’autant plus présente dans notre vie, que croît en nous le désir de l’humilité, parce que plus nous nous faisons petits, plus se répandra de manière mystérieuse, à partir de notre vie, la gloire de Dieu. C’est comme si on gravait dans ces cœurs, en gros caractères, la parole merveilleuse du psaume qui dit : « Non pas à nous, Yahvé, non pas à nous, mais à ton Nom rapporte la gloire » (Psaume 115 (113 B), 1).

 

Il est beau de relire, dans ce contexte, un passage de la prière que le Pape Benoît XVI a adressée à Marie à son arrivée à Munich en Bavière : « Ton Fils, peu avant l'heure du congé, a dit à ses disciples: "Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous" (Mc 10, 43sq). Toi, à l'heure décisive de ta vie, Tu as dit: "Je suis la servante du Seigneur" (Lc 1, 38) et Tu as vécu toute ton existence comme un service. C'est ce que Tu continues à faire au cours des siècles de l'histoire. De même qu'autrefois, à Cana, Tu as intercédé silencieusement et avec discrétion pour les époux, Tu agis toujours ainsi: Tu te charges de toutes les préoccupations des hommes et Tu les apportes devant le Seigneur, devant ton Fils. Ton pouvoir est la bonté. Ton pouvoir est le service » (Prière du Pape Benoît XVI au pied de la "Mariensäule", Marienplatz, Munich, Samedi 9 septembre 2006). Que Dieu veuille bien que, grâce à la présence de Marie, se multiplie dans le cœur des fidèles, la joie de Lui donner pour toujours toute la gloire et toute la louange.

 

Fides

Dans une de ses Catéchèses, Saint Cyrille parle en ces termes de l’Esprit-Saint dans l’âme du croyant qui l’accueille : « Son entrée en nous se fait avec douceur, on l'accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d'un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l'esprit : chez celui qui le reçoit, tout d'abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres. Un homme qui se trouvait d'abord dans l'obscurité, en voyant soudain le soleil, a le regard éclairé et voit clairement ce qu'il ne voyait pas auparavant : ainsi celui qui a l'avantage de recevoir le Saint-Esprit a l'âme illuminée, et il voit de façon surhumaine ce qu'il ne connaissait pas » (Catéchèse de St Cyrille de Jérusalem sur le Saint-Esprit : Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-2)

 

 

 

Avec la grande Solennité de la Pentecôte se termine le Temps Pascal. Le temps propice pour la rencontre avec le Seigneur Ressuscité, nous pouvons le trouver chaque jour, spécialement quand nous vivons avec foi la célébration quotidienne de la Sainte Messe, et que nous L’adorons dans la Présence Eucharistique Vivante. Nous aussi, comme les deux Disciples d’Emmaüs, nous pouvons reconnaître Jésus à la « fraction du pain » (cf. Luc 24, 31), grâce à l’action du Saint-Esprit dans nos cœurs. Le Saint-Esprit, comme le déclare Saint Basile, « se manifeste seulement à ceux qui en sont dignes. Il ne se donne pas eux, toutefois, de manière égale, mais il se donne en rapport à l’intensité de la foi » (Traité sur le Saint Esprit, de Saint Basile le Grand). Plus nous croyons en Jésus, plus son Esprit s’emparera de notre existence, plus son inspiration remplira nos pensées, plus Son Amour poussera notre volonté à agir. Sans l’Esprit, il est impossible de faire quelque chose de surnaturel, ni même de prier, parce que Lui seul peut élever notre cœur et notre esprit à Dieu. Tout ce qui est authentique, dans la vie de l’Eglise et dans la vie de chaque âme, se ramène à son action. Il n’y a rien de bon, qu’une âme puisse accomplir au Nom de Jésus, sans la collaboration du Saint-Esprit. Nous pourrions ainsi appliquer aussi au Saint-Esprit les paroles de Jésus à ses disciples : « Sans moi ; vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5). On réfléchit peut-être trop peu sur la nécessité du Saint-Esprit dans la vie de l’Eglise. Nous nous souvenons de Lui seulement en des moments déterminés, mais, en réalité, nous devrions l’invoquer tout au long de la journée, comme des enfants qui recherchent la proximité de leurs parents pour être forts de leur force, rassurés par leur présence. Pour les petits, qui ont leur Papa et leur Maman près d’eux, il n’y a pas de problèmes insurmontables parce qu’ils savent, par expérience, grâce à leur totale confiance, qu’ils sont dans des mains sûres. On entend souvent dire à un enfant, plein de confiance : mon Papa est plus fort que tous les autres ! Ma Maman est la meilleure de toutes ! Eh oui, il faut apprendre auprès des petits, devenir comme eux, pour « entrer dans le Royaume » du Saint-Esprit. On devrait conserver dans son cœur un respect profond et une vive dévotion pour le Saint-Esprit, de manière à pouvoir s’adresser spontanément à Lui, avec la confiance d’un enfant qui s’abandonne dans les mains de ses parents. Dans la belle Séquence de la Pentecôte, n’invoquons-nous pas le Saint-Esprit comme notre « Père » ? « Viens, Père des pauvres, viens, Lumière des cœurs ! ». Ne sommes-nous tous pas tellement pauvres, même si nous sommes riches de nous-mêmes, au point d’avoir immensément besoin de Lui ? Pour faire comprendre à ses disciples combien le Saint-Esprit était important dans la vie du croyant, le Seigneur se sert d’une expression très forte : « A présent je vous dis la Vérité : il est bon pour vous que m’en aille, parce que si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais quand je serai parti, je vous l’enverrai » (Jean 16, 7). Il est clair que ces paroles du Seigneur n’ont été comprises par les Apôtres qu’après la Pentecôte ; auparavant, ils ne pouvaient certainement pas imaginer quelle force et quel courage de témoignage le Saint-Esprit aurait été capable de mettre dans l’âme qui s’ouvre à Lui dans la foi en Jésus.

 

Avec la Pentecôte, commence le grand témoignage de la première communauté chrétienne, rassemblée au Cénacle en prière, avec Marie (cf. Actes 1, 14). Le Seigneur Jésus, avant de monter au Ciel, avait promis à ses Disciples la « puissance d’En-Haut », à condition qu’ils restent dans la ville : « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’En-Haut » (Luc 24, 49). En soulignant l’importance du fait de « rester ensemble » (cf. Actes 1, 4-5), demandé aux siens par Jésus pour se préparer à la venue du Saint-Esprit, le Pape Benoît XVI a déclaré : « Demeurer ensemble fut la condition posée par Jésus pour accueillir le don de l'Esprit Saint; la condition nécessaire pour l'harmonie entre eux fut une prière prolongée. Une formidable leçon pour toute communauté chrétienne est présentée ici. On pense parfois que l'efficacité missionnaire dépend essentiellement d'une programmation attentive, suivie d'une mise en oeuvre intelligente à travers un engagement concret. Le Seigneur demande certes notre collaboration, mais avant toute réponse de notre part, son initiative est nécessaire : le vrai protagoniste de l'Eglise est son Esprit. Les racines de notre être et de notre action se trouvent dans le silence sage et prévoyant de Dieu » (Homélie, solennité de la Pentecôte, 4 juin 2006). En célébrant la Pentecôte dans nos communautés, répondons nous aussi à l’invitation du Seigneur. Unis à la Sainte Vierge Marie, ouvrons notre cœur et notre esprit, dans la prière commune, à la venue du Saint-Esprit, en consacrant notre vie à son Amour Tout-Puissant.

 

Fides

« Dieu est Amour » ! C’est par ces paroles que Jean nous présente la Vérité suprême, pour ainsi dire, sur Dieu. De cette Vérité découle tout le reste. D’elle, part et se développe tout le projet de la Création et de la Rédemption, et c’est à elle que tout doit retourner. Et voici que l’Evangile de Jean centre précisément sur l’Amour de Dieu, le Mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils Unique » (Jean 3, 16). Ces paroles devraient se répandre dans le cœur du croyant, comme une douce poésie qui raconte l’histoire la plus belle de notre salut, comme un cantique qui n’aura jamais de fin.

 

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, a donné à toute la catholicité, dans sa première Encyclique, une réflexion profonde, et un enseignement élevé du Magistère sur cette vérité ecclésiale : « "Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu, et Dieu, demeure en lui" (1 Jean 4, 16). Ces paroles de la Première Lettre de Saint Jean expriment avec une particulière clarté ce qui fait le centre de la foi chrétienne : l’image chrétienne de Dieu, ainsi que l'image de l'homme et de son chemin, qui en découle. De plus, dans ce même verset, Jean nous offre pour ainsi dire une formule synthétique de l’existence chrétienne : "Nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous" » (Deus Caritas Est, 1). Le pivot de la vie spirituelle, le centre autour duquel doit se dérouler notre existence humaine, la source à laquelle puiser toute force et tout désir de bien, c’est l’Amour Divin. Mais cet Amour doit être avant tout reconnu et cru, comme nous le rappelle le Saint-Père, dans la ligne de l’enseignement de Jean. En Dieu, il y a seulement l’Amour, uniquement l’Amour ! Cette Vérité sublime pourrait, à première vue, sembler évidente pour le croyant ; mais, en réalité, il n’en est pas ainsi. Il y a tellement besoin de purification du cœur et de l’esprit pour « entrer » en elle. En effet, l’image de l’Amour de Dieu pour nous a été déformée par le péché, nos « yeux » ont été obscurcis par le « non amour » - par cet amour qui n’est pas amour – et voilà pourquoi nous avons de la peine à reconnaître l’Amour Divin avec lequel Dieu aime infiniment ses créatures. Nous portons ainsi au-dedans de nous, en même temps, l’image de l’amour authentique, mais aussi celui de sa défiguration, due à l’héritage de notre péché et du péché du monde, qui influence tellement notre culture, notre éducation, nos jugements, et nos projets de vie… Sans un authentique « metànoia » (une conversion authentique) - ce changement progressif de mentalité qui suppose aussi le reniement de soi -, on ne parvient pas à « rencontrer » la Vérité sublime de Dieu, qui s’est incarnée en Notre Seigneur Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, et Dieu-pour-nous ! Quand on ressent la difficulté de croire que Dieu nous aime, précisément tels que nous sommes, de manière absolument gratuite et inconditionnelle, c’est le signe que les yeux de notre cœur sont encore un peu obscurcis par l’amour propre. L’Evangile nous en témoigne, en nous parlant précisément de l’attitude des Apôtres qui, parfois, ne parvenaient à regarder au-delà des apparences, et, surtout, quand ils devaient se mesurer au mystère de la souffrance qui voile celui de l’amour, ils se fermaient et refusaient de regarder en profondeur. Il y a également parmi ces épisodes, la scène émouvante de l’Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers où, au lieu de veiller avec leur Maître déjà plongé dans l’océan d’amour et de douleur pour l’humanité tout entière, les trois Apôtres s’endorment, « parce que leurs yeux étaient alourdis » (Marc 14, 40). Nos yeux, eux aussi s’alourdissent, si nous ne restons pas dans l’amour par la confiance continue en Dieu, et par la charité mutuelle et réciproque. L’égoïsme nous appesantit, alors que l’abandon à Dieu, par la prière et par la charité vécue et donnée, nous soulagent, nous délivrent, et nous rendent disponibles au souffle du Saint-Esprit, qui est un pur souffle de liberté. Il y a ceux qui ont comparé l’âme humaine à un voile qui, si elle est déployée, est capable d’accueillir le vent et d’en expérimenter toute la force. C’est seulement si nous déployons nos voiles au « vent » de Dieu, c’est-à-dire si nous ouvrons notre volonté à son amour, en nous disposant à la bienveillance envers tous nos frères, que nous serons alors capables « d’entrer », par la foi, dans le grand mystère de vie éternelle.

Puisque « Dieu est Amour », tout se ramène à cet Amour.
Même le péché et la mort elle-même ont été vaincus par cet Amour, parce que rien et personne ne peut lui résister. C’est cela que nous annonce la Résurrection du Christ ! Certes, l’Amour de Dieu nous a créés libres, parce qu’un amour sans liberté serait impensable ; et c’est pour cela que l’homme a la responsabilité « redoutable » de ne pas élever des murs contre l’Amour de Dieu. Un non, sec et total, peut même arrêter Dieu, en L’empêchant de pénétrer, par son Amour, dans cette créature qui s’oppose à Lui. Merveilleuse et terrible liberté humaine : avec un « oui » total à Dieu, à l’heure de la mort, on peut voler vers le Ciel, comme le Bon Larron (Luc 23 43), et avec un « non » total à la Miséricorde Divine, la créature rebelle peut se précipiter dans l’abîme infernal. Comment ne pas ressentir la nécessité de saisir la main experte de Marie, la Mère de Jésus et notre Mère, Reine de ce Mois de Mai, qui veut nous accompagner et nous protéger de tout mal durant ce merveilleux voyage vers l’éternité ! Un voyage, celui-là, sans retour, parce que chacun naît et meurt une seule fois, pour pouvoir naître de nouveau, dans le Christ Jésus, dans la joie sans fin de l’éternité et de l’Amour Infini du Père.

 

Fides

« Demeurez en Moi, comme Moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en Moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de Moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en Moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. Si vous demeurez en Moi et que Mes Paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l'aurez. C'est la gloire de Mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez Mes disciples » (Saint Jean 15, 4-8).


 

Dans ce passage évangélique, Jésus révèle le secret de la vie intérieure, de la fécondité authentique d’une âme : « demeurer en Lui ». Il invite sans cesse à « demeurer », un verbe qui revient des dizaines de fois dans l’Evangile de Saint Jean. Jésus nous fait comprendre que pour « rester » en Lui, il est nécessaire aussi que Ses paroles demeurent en nous. Ses paroles restent dans notre cœur, dans la mesure où nous savons les vivre en en témoignant par notre vie. Ce n’est pas un exercice mnémotechnique ce que Jésus nous demande, mais un exercice de vie ! Si nous vivons ce qu’Il nous dit, nous demeurerons en Lui, et Sa Vie se développera en nous, en nous tenant liés à l’Evangile, comme un sarment est lié à la vigne. La Parole du Seigneur ne sera pas seulement écoutée, mais elle entrera dans notre existence pour la changer. Il ne doit pas y avoir d’incohérence entre la foi et la vie, entre la parole crue et la parole vécue, sous peine de voir l’éloignement de Jésus, et nous resterons alors seuls avec notre « moi » et nos désirs et volontés. Parmi les paroles que Jésus nous a transmises, testament de Son Amour pour nous, et porteuse de vie surnaturelle si elles sont vécues, il y a cette Parole prononcée du haut de la Croix, le Vendredi Saint, lors des toutes dernières heures de sa vie terrestre : « Voici ta Mère » (Jean 19, 27). Cette Parole, comment bien souvent répétée par le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, nous pouvons l’accueillir, de manière particulière en ce Mois de Mai consacré, depuis une longue tradition, à la Mère de Dieu. Ce 13 mai, précisément, on rappelle la fête de la Très Sainte Vierge, Notre-Dame de Fatima, le jour de sa première apparition en ce lieu, qui est devenu, comme de grands autres sanctuaires mariaux, la représentation d’une parole de consécration. Le Pape Jean-Paul II, dans une homélie inoubliable au Sanctuaire de Fatima, un an exactement après l’attentat dont il avait été victime Place Saint-Pierre, nous éclaira sur le mystère de la Maternité spirituelle de Marie, que révèle cette parole. Il en expliquait la signification profonde, en mettant en relation la Maternité de Marie avec la Puissance du Saint-Esprit : « Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, à dit à Jean « Voici ta Mère » ; depuis le temps où ‘le disciple la prit chez lui’, le mystère de la Maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur dans limites… Maternité veut dire sollicitude pour la vie du fils. Or donc, si Marie est Mère de tous les hommes, son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle. L’empressement d’une mère embrasse l’homme tout entier. La maternité de Marie commence par Sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse tous avec une sollicitude particulière dans l’Esprit Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo, celui qui "donne la vie". C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit-Saint, de celui qui "donne la vie". Elle est en même temps l’humble service de Celle qui dot d’elle-même : "Voici la Servante du Seigneur" (Luc 1, 38) » (Jean-Paul II, homélie à Fatima, 13 mai 1982). Pour être de vrais disciples du Christ, nos devons accomplir chacune de Ses paroles, jusqu’à la dernière, « voici ta Mère ». C’est l’une parmi les paroles les plus faciles à vivre, où il est requis l’effort le plus petit, celui de se « confier » à Marie, de faire en sorte que notre cœur soit comme attiré naturellement par le sien, comme dans un mouvement spontané, semblable à celui d’un enfant envers sa propre Mère. Ce « mouvement » remonte aux origines de notre existence humaine qui a commencé précisément dans le sein de notre Mère. Nous nous y sommes retrouvés, liés par un lien vital, inséparable, avec la maternité. Même après avoir coupé le cordon ombilical, il en reste un autre bien plus profond qui ne peut être coupé, mais qui lie le cœur de manière inséparable à la figure de la Maman. Le lien avec notre propre Mère coule de source, et pour cela, il n’est pas difficile d’établir avec le Mère de toutes les mères, un lien surnaturel analogue au lien naturel que nous vivons avec notre Mère. Qui peut dire qu’il n’a pas besoin d’une Mère, et plus encore de cette Mère !

 

« Voici ta Mère », petits ou grands, dans la joie ou dans la peine, pour avoir cherché, ou pour l’avoir découvert « par hasard », ce lien avec Marie nous fait goûter, pas à pas, toute la tendresse, toute la protection, toute la sollicitude, dont cette Mère est capable pour chacun d’entre nous. Ce n’est pas seulement le prêtre qui expérimente, s’il se consacre à Marie, combien sa vie est envahie par ce soin maternel pour lui, mais chaque chrétien aussi, qui aime le Sainte Vierge, le sait par expérience, comme l’exprimait Saint Bernard en priant la Sainte Vierge dans la prière du « Souvenez-vous » (« Memorare ») : « On a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, ait été abandonné de vous… » (Saint Bernard de Clairvaux, « Memorare »).

 

Fides

Jésus lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11, 40). L’invitation que Jésus adresse à Marthe, la sœur de Lazare mort depuis quatre jours, interpelle, comme toujours, la foi de tout croyant. En vertu de l’acte personnel de foi, elle devient vie de notre vie. La foi dans le Christ, en effet, nous met en communication directe avec toute parole qui sort de sa bouche, et nous fait nous exclamer, avec Simon-Pierre : « Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Oui, l’expérience des disciples authentiques de Jésus, tout au long des deux mille ans du christianisme, est extraordinaire : la Parole de Jésus se réalise dans leur vie ! Celui qui s’abandonne à Lui n’est jamais déçu par Sa Parole, parce que tout se réalise comme Jésus le promet dans l’Evangile.




La foi doit être « vivante » parce que le vrai chrétien ne croit pas en Quelqu’un qui n’existe plus, mais il croit au Seigneur Jésus qui « est le même, hier, aujourd’hui, et toujours » (Hébreux, 13,8). Par l’acte de foi vivante, dans le Seigneur vivant au sein de l’Eglise qui vit dans le temps, nous participons à la vie éternelle de Dieu, nous sommes, pour ainsi dire, projetés dans l’éternité, où tout est présent. Par cette foi, l’Evangile devient une histoire contemporaine. Nous le lisons, non pas comme on lit n’importe quel autre récit historique, nous ne lisons pas seulement ainsi ! Cette histoire, pour nous, n’est pas passée, mais elle se fait présente, elle se renouvelle continuellement, parce que Jésus est à l’œuvre au milieu de nous, comme il y a deux mille ans. Sa présence n’a jamais manqué, grâce à sa Résurrection. « Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin des siècles » (Matthieu 28, 20). Par ces paroles, le Seigneur Ressuscité, avant de monter au Ciel, assure, une fois pour toutes, qu’il ne nous laissera jamais. Si nous croyons en Lui, nous aussi, comme les Apôtres, nous verrons Sa gloire : nous comprendrons Son œuvre, nous jouirons de Sa présence, même si elle est de manière tout à fait spirituelle. Son amour, actif comme aucun autre amour sur la terre, parce qu’il est divin, nous transformera ! Le Temps Pascal que nous vivons est des plus propices pour demander le renouvellement de notre foi faible. Comme les Apôtres, nous avons besoin nous aussi que notre foi augmente, parce que Jésus est digne d’une foi toujours plus grande. Qu’il est beau de pouvoir dire, au dernier jour de notre vie, je vais à la rencontre de Jésus qui vient certainement à ma rencontre ! Aucun vrai disciple du Christ ne meurt désespéré. Certes, la vie des Saints nous témoigne que, à l’approche de la mort, se sont manifestées de grandes épreuves de foi et des tentations, mais aucun d’eux n’est mort sans Dieu ! Cela, Jésus l’a assuré quand il a dit : « Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11, 25). Le chrétien doit avoir un rapport très étroit avec l’Evangile. Il est lié, parce qu’il croit que chaque Parole de Jésus a été prononcée aussi pour lui, et que cette Parole, chaque Parole de l’Evangile, doit être crue avec la foi simple d’un enfant qui fait tout ce qui lui est demandé. A commencer par le prêtre, cette adhésion à chaque Parole de Jésus, doit devenir le signe indubitable de l’amour personnel du Seigneur. Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, lors de la Messe Chrismale, parlant aux prêtres de la signification du fait d’être « consacrés dans la Vérité », déclarait : « La parole de Dieu est, pour ainsi dire, le bain qui les purifie, le pouvoir créateur qui les transforme dans l’être de Dieu. Qu’en est-il alors dans notre vie ? Sommes-nous vraiment imprégnés de la parole de Dieu ? Est-elle vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde ? La connaissons-nous vraiment ? L’aimons-nous ? Intérieurement, nous préoccupons-nous de cette parole au point qu’elle façonne réellement notre vie et informe notre pensée ? Ou bien notre pensée n’est-elle pas plutôt sans cesse modelée sur tout ce qui se dit et tout ce qui se fait ? Les opinions prédominantes ne sont-elles pas très souvent les critères sur lesquels nous nous basons ? Ne demeurons-nous pas, en fin de compte, dans la superficialité de tout ce qui s’impose en général à l’homme d’aujourd’hui ? Nous laissons-nous vraiment purifier dans notre for intérieur par la parole de Dieu ? Nietzsche a décrit ironiquement l’humilité et l’obéissance comme des vertus serviles, par lesquelles les hommes auraient été diminués. Il a mis à leur place la fierté et la liberté absolue de l’homme. Or, il y a des caricatures d’une humilité erronée et d’une soumission erronée, que nous ne voulons pas imiter. Mais il y a aussi l’orgueil destructeur et la présomption qui désintègrent toute communauté et aboutissent à la violence. Savons-nous apprendre du Christ la juste humilité qui correspond à la vérité de notre être, et l’obéissance qui se soumet à la Vérité, à la volonté de Dieu ? « Consacre-les par la Vérité ; ta parole est Vérité » : ces mots qui introduisent dans le sacerdoce éclairent notre vie et nous appellent à devenir toujours à nouveau disciples de cette Vérité, qui se révèle dans la parole de Dieu ». (Benoît XVI, homélie, Messe Chrismale, 9 avril 2009).

 

Celui qui croit vraiment en Jésus a confiance en Lui, et, en ayant confiance, il s’en remet à Lui, en s’efforçant de vivre en syntonie avec l’Evangile. C’est cela que le Seigneur demande au vrai disciple : la foi certaine dans son Evangile. C’est cette foi qui fait dire à chaque croyant : je remets complètement ma vie dans les mains de Jésus ; et il en fera un chef-d’œuvre de grâce. Quand un artiste commence à peindre un tableau, au début on découvre seulement des traits, on a du mal à voir le sujet, mais l’artiste le voit déjà, parce qu’il le porte dans son esprit. Ainsi, à chaque coup de pinceau, l’œuvre se fait, et ce qui semblait indéchiffrable au début, se révèle ensuite comme étant un chef-d’œuvre. Notre vie est semblable à un cadre à peindre. Si nous la confions aux mains de l’Artiste Divin, Il en fera progressivement une œuvre unique, un chef-d’œuvre de grâce ; si, en revanche, nous voulons faire par nous-mêmes, en suivant nos volontés, ce ne sera seulement qu’un gribouillage. Tout dépend de notre foi en Jésus ! L’Apôtre des Nations nous invite plus que jamais, en cette Année de Saint Paul, à avoir confiance en la grâce extraordinaire de Dieu, que nous appelons miséricorde : « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ephésiens, 2, 8-10)

 

Fides

« Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle une à une et les fait sortir. Et quand il a mis dehors ses bêtes, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix » (Jean 10, 2-4). Le Temps Pascal que nous vivons fait approfondir le lien avec Jésus Ressuscité, le Bon Pasteur de nos âmes. Il est ainsi parce qu’il a donné sa Vie pour chacun d’entre nous, il a versé son Sang pour notre salut. Quelle merveille, et quelle reconnaissance ne devons-nous pas lui porter dans notre cœur pour cette Œuvre de Salut !

 


 

Nous avons vraiment besoin de ce long Temps Pascal, pour approfondir les dons de la Rédemption : pour les présenter au Père en action de grâces, pour conformer notre vie, et pour en témoigner auprès des autres qui ne les connaissent pas encore. Ces dons jaillissent de la Pâque de Résurrection du Christ, et se répandent sur toute l’Eglise. Que l’on pense, par exemple, au Dimanche de la Divine Miséricorde. Sainte Faustine Kowalska déclare que le Seigneur lui a révélé ceci : « En ce jour, se sont ouverts tous les canaux par lesquels s’écoulent les grâces divines. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés étaient comme l’écarlate ». Pour se plonger dans toutes ces « grâces pascales », il faut avoir une disposition quotidienne ouverte à l’action du Saint-Esprit, qui pénètre dans le cœur de ceux qui croient et qui mettent leur confiance en Jésus. Lors de fêtes particulières, comme celle de la Divine Miséricorde, que l’Eglise Universelle célèbre le Dimanche in Albis, où le Ciel fait « descendre sur la terre une cascade de grâces », l’âme habituée à rester ouverte à Dieu, aura beaucoup de facilité à les accueillir, alors que celui qui est distrait, inconstant, voire même indifférent, comment pourra-t-il vraiment s’ouvrir au don de Dieu ? Et voici dévoilée l’importance qu’il y a à suivre le Bon Pasteur, jour après jour, de prendre à cœur et de mettre en pratique ses enseignements. Comme le dit Jésus, dans le passage d’Evangile cité ci-dessus, il faut apprendre « à connaître sa voix ». Quand nous venons au monde, nous reconnaissons comme d’instinct, la voix de notre Maman. Plus nous l’écoutons, et plus elle nous devient familière. Elle engendre aussitôt la confiance et la sérénité, dès qu’elle effleure nos oreilles. « Cette » voix suffit, et notre cœur s’ouvre sereinement à l’écoute. Une voix étrangère, en revanche, engendre une toute autre réaction. Il est de même avec le Pasteur de nos âmes. Plus nous L’aimons, plus Sa « Voix » nous devient familière : Son silence est plus éloquent que de nombreuses paroles, quand, dans notre cœur, nous vivons l’amitié avec Lui. Pour ceux qui croient en Jésus et s’abandonnent à Lui, la réalité du monde et leur propre histoire personnelle, deviennent intelligibles, parce qu’elles sont éclairées par Sa Voix. On découvre en nous un projet divin précis, on s’achemine sur un parcours déterminé, parce que Celui qui guide sait exactement là où conduire chacune de Ses brebis. Il est beau de réfléchir sur le fait que Jésus, qui est la « Porte des brebis » (Jean 10, 7), nous parle du « gardien » (Jean 10, 3) de ces mêmes brebis, qui Lui ouvre la porte. Ce « gardien » nous fait penser à notre conscience, mais surtout au rôle des prêtres vis-à-vis des âmes qui lui sont confiées. En effet, seul Jésus guide l’âme, alors que Ses prêtres sont les « serviteurs » de Sa Parole et de Son Autel. En effet, le prêtre donne aux âmes non pas ce qui est sien, mais ce qui est du Christ : la Parole, le Corps et le Sang, le pardon des péchés, la bénédiction… Il n’est pas le protagoniste de la liturgie et la pastorale, mais toujours et seulement Jésus qui se sert de Son ministre, comme le Pasteur se sert de son gardien. Comme Jean Baptiste, de même le prêtre peut se dire « l'ami de l’époux » (Jean 3, 29), « il faut que je diminue et que Lui, Il grandisse » (Jean 3, 30), le Seigneur, bien sûr, être la « voix » (Marc 1, 3) qui se met elle-même au service de la Parole.
 
 
Les prêtres sont vraiment des "gardiens" qui ouvrent la voie au Seigneur qui vient, qui savent qu’ils sont des instruments de grâce et qu’ils sont entourés de l’affection de tous ceux qui trouvent le Christ grâce à eux. Ils réalisent, dans leur propre vie, ce que le Saint-Père déclara le Jeudi Saint, 13 avril 2006 : « Le Seigneur nous a imposé les mains et veut à présent les nôtres afin qu'elles deviennent les siennes, dans le monde. Il veut qu'elles ne soient plus des instruments pour prendre les choses, les hommes, le monde pour nous, pour en faire notre possession, mais que, au contraire, elles transmettent son action divine, se mettant au service de Son Amour. Il veut qu'elles soient des instruments de service et donc une expression de la mission de la personne tout entière qui devient garante de Lui et l'apporte aux hommes… Nous plaçons aujourd'hui à nouveau nos mains à sa disposition, et nous le prions de nous prendre toujours à nouveau par la main et de nous guider » (Benoît XVI, 13 avril 2006, Messe Chrismale).

 

Fides

Le Temps Pascal nous fait contempler l’espace illimité de l’Amour miséricordieux de Dieu qui, grâce à la Résurrection de Jésus, s’est ouvert tout grand devant nous. Les ténèbres du péché et de la mort ont fui, chassés par la lumière glorieuse du Seigneur Ressuscité venu pour nous renouveler, pour nous éclairer, et pour nous encourager sur le chemin de la conversion. Celui qui est « Ressuscité des morts », « le Vivant », « l’Agneau Pascal », c’est le Seigneur Jésus ! Par la force de la Résurrection, Il veut tirer de nos vides existentiels, qui sont causés par l’égoïsme et par le péché. En effet, en mourant, il a vaincu la mort et nous a redonné la vie !

 

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI enseigne, avec toute l’Eglise, que le noyau fondamental de notre Profession de Foi est la Résurrection du Christ. Si nous croyons en Lui, en sa puissance glorieuse, notre vie se transformera en un chant de victoire : « Chers Frères et Sœurs, accueillons l’invitation de l’Apôtre ; ouvrons notre âme au Christ mort et ressuscité pour qu’il nous renouvelle, pour qu’il élimine de notre cœur le poison du péché et de la mort et qu’il y déverse la sève vitale de l’Esprit Saint : la vie divine et éternelle. Dans la séquence pascale, comme en écho aux paroles de l’Apôtre, nous avons chanté : « Scimus Christum surrexisse a mortuis vere » - « nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts ». Oui, c’est bien là le noyau fondamental de notre profession de foi, c’est le cri de victoire qui nous unit tous aujourd’hui. Et si Jésus est ressuscité et est donc vivant, qui pourra jamais nous séparer de Lui ? Qui pourra jamais nous priver de son amour qui a vaincu la haine et a mis la mort en échec ? » (Homélie du Pape Benoît XVI, Messe de Pâques, 12 avril 2009). Le pardon de Jésus, sa paix, son amour inconditionnel pour nous, n’appartient pas au royaume des fables, mais au Royaume des Cieux, déjà présent ici sur cette terre et vivant dans l’Eglise. Or, le Royaume du Christ vit dans chaque âme, en vertu du Baptême, et se développe en elle à mesure que les vertus, à partir de la foi, de l’espérance et de la charité, grandissent en elle par sa correspondance à la grâce divine. Le chrétien est un pèlerin, parce que son adhésion à l’Evangile ne se réalise pas une fois pour toutes, mais jour après jour, dans une dynamique de conversion, avec ses hauts et ses bas, toujours projetée en avant. Le voyageur se fatigue parfois et tombe, mais il se relève aussitôt, et continue sa route vers le but de sa vie : la sainteté que veut lui donner quand il franchira le seul de l’Au-delà ! La sainteté, c’est-à-dire la transformation totale en Jésus, est l’unique et vraie réalisation de l’existence humaine que Dieu nous a donnée pour nous rendre bienheureux, un jour, au Ciel, comme Lui ! Sans le désir profond d’un changement progressif de vie, qui est l’essence de la conversion chrétienne, on n’est pas en mesure de participer aux dons de Pâques, fruit de l’Esprit Saint, qui sont le signe d’un chemin de sainteté : « amour, joie, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, domination de soi » (Galates 5, 22). Ce sont là des dons, intimement liés à l’action du Saint-Esprit en nous. Saint Pierre, après la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte, déclare clairement que l’appel fondamental de l’Evangile est celui-ci : « Convertissez-vous donc, et changez de vie, pour que vos péchés soient effacés » (Actes, 3, 19). Comment le Saint-Esprit pourrait-il agir dans une personne qui, son existence humaine concrète ne voudrait pas se convertir ? C’est en opposition avec l’Evangile de Jésus. Voilà pourquoi la Sainte Liturgie nous fait demander au Père un renouvellement authentique de vie : « Seigneur, tu ouvres ton Royaume à ceux qui renaissent de l’eau et de l’Esprit : fais croître en eux la grâce pour que, déjà purifiés de leurs fautes, ils ne rendent vaine aucune de tes promesses » (Collecte du Mardi de la 3° Semaine de Pâques). « A moins de naître d’en-haut, dit Jésus à Nicodème, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu » (Jean 3, 5). La conversion est donc une véritable et propre renaissance spirituelle, et est centrée sur la foi dans le Christ Ressuscité et sur la charité. « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » : cette conversion, c’est croire dans la puissance de l’Evangile, c’est-à-dire à tout ce que Jésus a enseigné et transmis. Mais l’on ne peut croire en sa Parole si l’on ne vit pas ce qu’Il demande : « A ceci nous savons que nous Le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit :’Je le connais’ et ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui » (1 Jean 2, 3-5)

 

Durant ce Temps Pascal, nous apprenons que, sans la charité « je ne suis qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit… je suis rien… cela ne me sert à rien » (cf. 1 Corinthiens 13, 1-3, passim). C’est pourquoi nous avons une besoin immense de l’Esprit Divin pour élargir les espaces étroits de notre cœur, pour faire en sorte que ce soit Lui qui guide nos décisions, qui nous donne les inspirations justes, qui nous défende des attaques du Malin : « Sans ta force, il n’y a rien dans l’homme, qui ne soit sans faute ». Combien est vrai ce que nous Lui demandons, dans cette célèbre Séquence de la Pentecôte ! Avec la Sainte Vierge, avec les Apôtres avec les Saints et les Bienheureux de l’Eglise, avec l’assistance des Anges, trouvons chaque jour le temps et les moyens pour passer quelques instants pour invoquer le Saint-Esprit sur nous et sur l’Eglise. Celui qui s’adresse à Lui ne sera jamais déçu : « Esprit Saint, viens dans mon cœur. Attire-moi à Toi, ô Esprit, vrai Dieu, par ta puissance. Accorde-moi la charité et la sainte crainte. Garde-moi de toute pensée mauvaise. Réchauffe-moi, et enflamme-moi de ton Amour très doux, afin que tout poids me semble léger » (Sainte Catherine de Sienne).

 

Fides

« Ressuscité, Jésus donna aux siens une nouvelle unité, plus forte qu'auparavant, invincible, fondée, non sur les ressources humaines, mais sur la miséricorde divine, qui les a fait se sentir tous aimés et pardonnés par lui. C'est donc l'amour miséricordieux de Dieu qui unit solidement, aujourd'hui comme hier, l'Eglise et qui fait de l'humanité une seule famille ; l'amour divin, qui, par Jésus, crucifié et ressuscité, pardonne nos péchés et nous renouvelle intérieurement. Animé par cette conviction intime, mon bien-aimé prédécesseur, Jean-Paul II, a voulu consacrer ce dimanche, qui est le 2e dimanche de Pâques, à la Miséricorde divine, et il a indiqué à tous le Christ ressuscité comme la source de la confiance et de l'espérance, en accueillant le message spirituel transmis par le Seigneur à sainte Faustine Kowalska, synthétisé dans l'invocation : ‘Jésus, j'ai confiance en toi !’ (Benoît XVI, Regina Caeli du 19 avril 2009) ».

 

 

Comme l’a déclaré le Saint-Père, à l’occasion du quatrième anniversaire de son élection comme Souverain Pontife, c’est la Divine Miséricorde qui fait que nous nous sentons tous aimés et pardonnés par le Seigneur. Le don le plus grand qui jaillit du Sacrifice sauveur du Christ, pour l’humanité tout entière, est précisément la manifestation de Son Amour Miséricordieux qui pardonne. Cet Amour, essence de la Très Sainte Trinité, se répand comme don de grâce dans le cœur de tous ceux qui s’ouvrent à la foi dans le Seigneur Jésus, qui est mort et qui est ressuscité pour nous. Avec l’invocation « Jésus j’ai confiance en Toi », s’exprime l’acte fondamental du chrétien, celui de la confiance inconditionnelle dans le Rédempteur. Le Mystère de la Divine Miséricorde est le cœur de l’annonce chrétienne, et doit, en conséquence, imprégner toute la prédication des ministres sacrés auxquels, le Seigneur lui-même, par une humble religieuse polonaise, Sainte Faustine Kowalska, a fait une promesse extraordinaire : « Dis à mes prêtres que les pécheurs endurcis s’attendriront à leurs paroles, quand ils parleront de ma Miséricorde sans limites, et de la compassion que j’ai pour eux dans mon Cœur. Aux prêtres qui proclameront et qui glorifieront Ma Miséricorde en l’exaltant, je donnerai une force merveilleuse, une onction à leurs paroles, et je bouleverserai le cœur de ceux auxquels ils parleront ». (Petit Journal, 1521) Dans chaque coeur humain, il y a un désir très profond de liberté, que Dieu a mis dans l’être de l’homme, créé à son image et à sa ressemblance. Un bonheur, un amour, qui ne soit pas sous le signe de cette liberté, est impensable. Quand nous étions enfants, la foi demeurait dans notre cœur, parce que nous étions libres, libres vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis du monde, et vis-à-vis de l’expérience volontaire et personnelle du péché. On goûtait la saveur typique de la vraie liberté des enfants de Dieu. Nous avons tous besoin de la Divine Miséricorde pour devenir à nouveau libres d’aimer : Dieu et nos frères. Seule la Miséricorde de Dieu a, en effet, le pouvoir de nous libérer de nos péchés, qui nous barrent la route du bonheur. Jésus, le soir de sa Résurrection précisément, en apparaissant aux Apôtres dans le Cénacle, a voulu transmettre, par eux et par leurs successeurs, à tous les prêtres, le pouvoir immense de pardonner les péchés par le Sacrement de la Réconciliation (cf. Jean 20, 19-23). Ce n’est certainement pas un hasard que, précisément, dans les temps forts de l’Année Liturgique, que ce soit l’Avent avec Noël, que ce soit le Carême avec Pâques, les fidèles ressentent le besoin particulier d’aller se confesser, comme s’ils étaient attirés mystérieusement par le mystère ineffable de la Miséricorde Divine. A Sainte Faustine Kowalska elle-même, à propos de la Confession, c’est-à-dire au tribunal de la Miséricorde, Jésus indique une vérité des plus consolantes : « Dis aux âmes où elles doivent chercher la consolation, c'est au Tribunal de la Miséricorde; c'est là qu'ont lieu les plus grands miracles qui se renouvellent sans cesse. Point n'est besoin, pour obtenir ce miracle de faire de lointains pèlerinages, ni de faire étalage d'un quelconque cérémonial, mais il suffit de se jeter avec foi aux pieds de celui qui tient ma place, de lui dire sa misère et le miracle de la Miséricorde Divine se manifestera dans toute sa plénitude. Même si cette âme était en décomposition comme un cadavre, et même si humainement parlant il n'y avait plus aucun espoir de retour à la vie, et que tout semblait perdu, il n'en est pas ainsi selon Dieu, le miracle de la Miséricorde Divine redonnera vie à cette âme dans toute sa plénitude. O malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la Miséricorde Divine; en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard ». (Petit Journal 1448). Quelle joie immense que de retrouver la liberté perdue avec le péché. D’esclaves, on redevient libres, de morts, on redevient vivants. C’est pourquoi ceux qui font l’expérience d’une vraie conversion, par le pardon inconditionnel du Père, se sentent « renaître » à une vie nouvelle. Combien de fois, de la bouche même des convertis – et nous sommes tous à l’être toujours plus - on a recueilli l’exclamation suivante : « Je suis devenu une autre personne ! ». Oui, quand la liberté pour le bien pour le beau et pour le vrai, redevient une compagne de vie, quand il y a la liberté vis-à-vis du vice et du péché – qui pousse à faire le mal que nous ne voulons pas faire, et à ne pas faire le bien que nous désirons faire – alors, la joie se met de nouveau aux côtés de la liberté, et le cœur éprouve le bonheur d’être redevenu libre pour Dieu, le Bien Suprême.

La Divine Miséricorde est la voie d’accès à la vraie liberté de l’homme. C’est cette vie de grâce elle-même qui, en vertu du pardon demandé et donné, rouvre au pécheur la porte à la Vérité : vérité sur Dieu, sur soi-même. Par sa Résurrection, le Seigneur nous a donné, dans la Divine Miséricorde, la possibilité de voir tous nos péchés remis, si toutefois nous le Lui demandons humblement. Chaque fois que nous allons recevoir le Sacrement de la Réconciliation, nous entrons en contact vivant avec le mystère de la Miséricorde Divine, et, par l’intermédiaire du prêtre qui nous donne l’absolution, nous rencontrons ce même amour qui pardonne, ressenti et reçu par les Apôtres au Cénacle, le soir de Pâques : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez » (Jean 20, 23). Dans cette Parole de Jésus, se trouve la dimension immense de l’Amour Miséricordieux de Dieu pour nous !

 

Fides

Saint Marc donne le récit de la visite des femmes au tombeau le matin de Pâques : « Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s'étant levé. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? ». Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée de côté : or elle était fort grande. Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. C'est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici. Voici le lieu où on l'avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. » (Marc 16, 1-17)

 

 

 

Les femmes disciples du Seigneur, qui avaient vu mourir Jésus exsangue sur la Croix, ce Vendredi Saint – plus saint de toute l’histoire humaine – à l’aube du dimanche, se rendent à son tombeau, nous dit l’Evangile, pour oindre son Corps. Chemin faisant, elles se demandent comment il sera possible de rouler la pierre qui avait été placée pour fermer le sépulcre. Mais quand elles arrivent, elles trouvent le sépulcre ouvert et vide, et, qui plus est, à l’intérieur, se trouve un Ange du Seigneur qui les attend, et qui leur annonce un message extraordinaire : « Jésus le Nazaréen, le Crucifié : il est ressuscité ! ». La Résurrection du Christ, telle que nous la racontent les Evangélistes, est un événement historique qui « échappe » au contrôle des sens, qui balaie toute barrière humaine, parce qu’il transcende la réalité terrestre, comme nous l’enseigne le Saint-Père : « La résurrection n’est donc pas une théorie, mais une réalité historique révélée par l’Homme Jésus Christ à travers sa ‘pâque’, son ‘passage’ qui a ouvert une ‘voie nouvelle’ entre la terre et le Ciel (cf. He 10, 20). Ce n’est ni un mythe, ni un rêve, ce n’est ni une vision, ni une utopie, ce n’est pas une fable, mais un événement unique et définitif : Jésus de Nazareth, fils de Marie, qui au soir du Vendredi saint a été descendu de la Croix et mis au tombeau, est sorti victorieux de la tombe. En effet, à l’aube du premier jour après le sabbat, Pierre et Jean ont trouvé le tombeau vide. Madeleine et les autres femmes ont rencontré Jésus ressuscité ; il a été reconnu aussi par les deux disciples d’Emmaüs à la fraction du pain ; le Ressuscité est apparu aux Apôtres le soir venu dans le Cénacle et ensuite à beaucoup d’autres disciples en Galilée » (Benoît XVI, Message urbi et Orbi, 12 avril 2009). Devant les yeux des femmes disciples, se présente une scène paradoxale : le sépulcre est vide, comme leur cœur désolé, mais un Ange, à l’intérieur du sépulcre annonce que Jésus n’est plus là, parce qu’il est retourné en vie. Cet Ange les aide, ainsi, à retrouver une foi qui s’était obscurcie, à remonter vers l’horizon élevé qui s’ouvre au croyant et l’amène à « regarder » au-delà de ce qui est humain, à chercher vraiment les choses d’en-haut. Le Seigneur nous envoie, pour nous aider, les Anges qui nous nous font sortir des nombreux vides existentiels, des lieux obscurs de nos incrédulités, d’existences marquées par des résistances à la grâce, et nous invitent à croire sans douter, parce que c’est seulement à ceux qui croient ainsi que se dévoile la présence mystérieuse du Ressuscité. Ce n’est pas la foi des disciples, et des saintes femmes, ce n’est pas la foi de l’Eglise, qui rend présent Jésus Ressuscité, mais cette foi nous rend « capables » de « le rencontrer », de « le vivre », de « constater » son action salvifique auprès des hommes. Combien est absurde la thèse qui veut faire dépendre la Résurrection du Christ de la foi des Apôtres, comme si c’était cette foi à l’avoir ressuscité ! Une telle pensée est erronée, parce qu’elle est mensongère, n’ayant aucun fondement évangélique. Les témoignages des Apôtres nous disent exactement le contraire : c’est Jésus Ressuscité qui redonner force à leur foi presque éteinte comme cela a été le cas pour les disciples d’Emmaüs, pour Thomas, pour nous tous ! La Résurrection de Jésus précède et rend possible la foi des premiers comme de tous les autres disciples du Seigneur jusqu’à notre époque. Ils ont cru en un Evénement qui s’est réellement produit, et pas en quelque chose qui aurait pu se produire ! Jésus se révèle à ceux qui croient en son amour, il est ressuscité, il n'est pas ici et voilà pourquoi l’Ange du Seigneur a invité les saintes femmes à l’acte de foi « il est ressuscité, il n'est pas ici », de même qu’un autre Ange, l’Archange Gabriel, le jour de l’Annonciation, invita Marie à croire que « rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1, 37). Quelle grâce extraordinaire est l’acte de foi ferme en Jésus : je crois, sans douter de ce en quoi je crois ! L’Evangile nous rapporte aussi que, lorsque Pierre et Jean courent au tombeau, le matin de la Résurrection, après que Marie de Magdala les ait informés que le corps de Jésus n’était plus là, Jean, entre le premier dans le tombeau, et, voyant seulement les linges sacrés qui enveloppaient Jésus « vit et crut » (Jean 20, 8). Jean, à la différence de Pierre, crut aussitôt, parce qu’il avait le cœur plus libre que Pierre lui-même qui avait renié Jésus. Le cœur de Jean était plus prêt à l’élan d’amour, qui lui permit de comprendre et de croire plus profondément dans la force de la Résurrection. Ce cœur était semblable à celui des enfants. Dans mon expérience, tout d’abord de catéchiste, puis de prêtres, lors de nombreuses rencontres, catéchèses, célébrations avec des enfants, je n’en ai jamais rencontré un qui soit athée. L’enfant n’a pas le cœur rempli de soi, mais il a un cœur libre, comme Jean.

 

La Très Sainte Vierge Marie a cru sans défaut à toutes les promesses du Seigneur, et donc, qu’il serait ressuscité « le troisième jour » ‘(cf. Luc 9, 22), parce qu’elle était la créature pleinement libre d’elle-même. Elle ne se rendit pas au tombeau avec les saintes femmes, autrement les Evangiles nous l’auraient dit. Les saintes femmes étaient au pied de la Croix avec Elle, mais Elle n’était pas avec elles devant le tombeau. Pourquoi ? La réponse, un enfant pourrait la trouver : pourquoi devait-elle aller au tombeau de son Fils si Elle savait bien qu’il était vide ! La Sainte Vierge a rencontré son Fils Ressuscité, elle n’a pas besoin de l’annonce de l’Ange ou de la parole des disciples pour croire en Lui. Sa foi était solide comme la roche, et, dans la foi, elle a attendu Jésus Ressuscité. Elle n’est pas allée chercher un corps mort, mais elle a été visitée par son Fils avec son Corps Ressuscité. Qu’il est beau d’imaginer cette rencontre. On ne peut que penser que ce moment fut tellement beau, que l’on ne peut le décrire avec des mots. Jean, à la fin de son Evangile écrit : « Jésus a accompli encore bien d’autres actions. Si on les relatait en détail, le monde même ne suffirait pas, je pense, à contenir les livres qu’on en écrirait » (Jean 21, 25). Si l’on devait décrire la rencontre du Ressuscité avec sa Mère, un Evangile entier ne suffirait certainement pas !

 

Fides

semaine-sainte.jpgVoilà que nous entrons dimanche dans la Semaine Sainte qu’on appelle aussi la « Grande Semaine ». Nous allons suivre le Seigneur pas à pas : Le laissant nous enseigner jusqu’au bout de Lui-même. Il nous montrera qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie à ceux qu’on aime. Le Christ vient re-fonder l’humanité. Le Messie est « notre Pâques » : Il est « notre passage » d’un monde ancien à un monde nouveau (« voici que je fais toute chose nouvelle »). Par sa mort expiatrice, par sa mort en tant qu’accomplissement de toute justice : nous voilà tous régénérés. Nous voilà « tout autre » que ce que nous étions. Non pas que nous soyons changés au point d’être des saints sans avoir fait d’effort. Mais nous sommes changés dans le sens où le Christ se fait notre médiateur pour toujours. Chaque instant, chaque jour c’est auprès du Christ mort et ressuscité que nous pouvons nous accrocher. C’est par Lui que nous pouvons être pardonnés des fautes et des péchés dont nous restons capables. Par Lui que nous pouvons croire que, du plus profond de notre misère et de nos tristes habitudes, il y a une Voie de libération : un chemin de Rédemption. Au milieu des ténèbres nous savons qu’une lumière est venue pour tout éclairer. Le Christ est notre médiateur entre nous et le Ciel. C’est en notre faveur qu’il continue de parler à son Père (que Jésus nous a appris à appeler Notre Père). 

 

Le Seigneur se fait notre médiateur aussi en cela que si nous suivons ses conseils évangéliques, si nous modelons notre vie sur la sienne : ses attitudes, ses paroles, sa façon de prier, son élan pour aller partout et « y faire le Bien à chacun » : nous lui ressemblerons tellement que nous serons « d’autres Lui-même » et que nous continuerons de faire avancer le Royaume de Dieu en ce monde. Voilà notre mission, et notre vocation. Etant pardonnés et soutenus du secours du Seigneur (ne rêvons pas : nous restons bien fragiles malgré une telle aide) nous sommes capables de vivre d’une vie nouvelle. Les pieds sur terre pour y accomplir notre vocation. Mais l’âme au Ciel : tournée vers la Vie éternelle qui est la seule espérance assez vaste pour nos cœurs passionnés qui désirent toujours les plus grandes choses. Par le Christ et par ce qu’il nous a donné : la sainteté n’est plus une voie impossible réservée à une élite dont nous ne ferions pas partie. La « Sainteté pour tous » est notre programme personnel en même temps que notre programme commun. Non plus un « peuple élu » mais un « peuple d’élus » : chacun se sachant aimé pour lui-même, attendu personnellement. Chacun se sentant investi de sa part propre et de sa mission particulière là où il est et où il devra porter de bons fruits. La voilà l’aventure spirituelle : la seule aventure qui soit digne de nos âmes. La voilà l’unique aventure qui soit assez haute et assez noble pour ne pas nous lasser ni nous blaser.

 

Que la Semaine Sainte vous fasse entrer dans cette grande aventure. Car la Semaine Sainte est tout autre chose qu’un simple rappel du Passé. C’est un Appel pour le futur de nos vies d’hommes et de chrétiens. QUI oserait passer son chemin en face d’une telle convocation amoureuse du Seigneur. QUI oserait tergiverser encore en face d’une telle vie qui, enfin, prend un sens. QUI fuirait une fois de plus les sollicitations du Crucifié qui nous regarde du haut de la Croix en nous demandant si nous l’aimons : non pas autant qu’Il nous a aimés, mais du moins autant que nous sommes capables d’aimer. Le Bon larron, converti, dit au Seigneur : « souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Paradis ». A nous autres, bons et criminels à la fois, saint et pécheur en même temps : le Seigneur nous dit : toi aussi, jeune chrétien : souviens-toi de moi quand je serai au Paradis. Souviens-toi de moi quand tu seras dans le monde et dans tes activités. Souviens-toi de moi quand l’heure de la tentation viendra. Souviens-toi de moi quand le Bien à faire se présentera à toi.

 

 

Bonnes fêtes de Pâques !

 

« Simon-Pierre leur dit : « Je m'en vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous venons nous aussi avec toi. » Ils sortirent, montèrent dans le bateau et, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Or, le matin déjà venu, Jésus se tint sur le rivage ; pourtant les disciples ne savaient pas que c'était Jésus. Jésus leur dit : « Les enfants, vous n'avez pas du poisson ? » Ils lui répondirent : « Non ! ». Il leur dit : « Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez. » Ils le jetèrent donc et ils n'avaient plus la force de le tirer, tant il était plein de poissons. Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » A ces mots : « C'est le Seigneur ! » Simon-Pierre mit son vêtement - car il était nu - et il se jeta à l'eau. Les autres disciples, qui n'étaient pas loin de la terre, mais à environ deux cents coudées, vinrent avec la barque, traînant le filet de poissons. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise, avec du poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez de ces poissons que vous venez de prendre. » (Jean 21, 3-10)

 

 

 

 

jesus-lac-apparitionC’est un passage charmant qui nous raconte la pêche miraculeuse des disciples sur l’ordre du Seigneur Ressuscité qui, à l’aube du premier jour, se montra à ses disciples pour la troisième fois. Si l’Evangile ne l’avait pas déclaré expressément, nous n’aurions pas pu imaginer même que le Seigneur aurait préparé Lui-même de quoi manger au matin pour ces pêcheurs fatigués par une nuit de labeur. Il y a une touche maternelle dans ce geste de Jésus, plein d’attention pour ces pauvres hommes bouleversés par un mystère qui les dépasse de beaucoup. En effet, la Pâque était terminée depuis peu de temps, une Pâque qui avait révolutionné leur existence et transformé l’histoire humaine de tous les temps et des tous les lieux ; les apôtres sentaient qu’ils avaient échoué, qu’ils n’étaient pas à la hauteur de ce que le Messie attendait. Dans cette pêche de Pierre et des disciples, on note un sentiment d’épuisement, presque de capitulation, non pas tellement envers Dieu, mais face à leur propre misère. Par ces paroles, « Je vais pêcher », Pierre, suivi aussitôt par les autres, semble vouloir dire : « désormais, il ne me reste rien d’autre à faire ». Récemment, le Pape Benoît XVI, lors de son voyage à Vigevano et à Pavie, a commenté avec des accents profondément humains ce moment de la vie des apôtres : « Après le ‘scandale’ de la Croix, ils étaient retournés chez eux et à leur travail de pêcheurs, c’est-à-dire aux activités qu’ils faisaient avant de rencontrer Jésus. Ils étaient retournés à la vie d’auparavant, et cela laisse entrevoir le climat de dispersion et de désarroi qui régnait dans leur communauté (cf Marc 14, 27 ; Mathieu 26, 31). Il était difficile pour les disciples de comprendre ce qui s’était passé. Mais, alors que tout semblait fini, de nouveau, comme sur le chemin d’Emmaüs, c’est encore Jésus qui vient vers ses amis. Cette fois, il les rencontre alors qu’ils sont en mer, endroit qui rappelle à l’esprit les difficultés et les tribulations de la vie ; ils les rencontre au lever du jour, après une fatigue inutile pendant toute la nuit. Leurs filets sont vides. D’une certaine manière, cela apparaît comme étant le bilan de leur expérience avec Jésus : ils l’avaient connu, ils avaient été à ses côtés, et Il leur avait promis beaucoup de choses. Et pourtant, ils se retrouvaient à présent avec des filets vides de poissons » (Benoît XVI, Vigevano, 21 avril 2007). Nous aussi, nous nous retrouvons, de temps en temps, avec les filets vides. En marchant, épuisés, sur nos chemins d’Emmaüs, le Seigneur s’approche ponctuellement pour nous aider à faire le saut de l’humilité et de la confiance dans la miséricorde infinie de Dieu. Les apôtres ont reconnu leur misère, mais ils ne l’ont pas gardée pour eux ; touchés par l’amour du Christ, ils l’ont jetée « de l’autre côté », de Son côté ; bien plus, eux-mêmes, comme Pierre et les filets, se sont jetés de la partie de la miséricorde divine.

 

La sœur de Marthe, « Marie a choisi la meilleure part » ! Cette part se trouve là où est Jésus et sa Mère, c’est là qu’est la miséricorde de Dieu : c’est là que se produit la conversion essentielle de notre vie à une vie de pure miséricorde. Saint Augustin l’avait bien compris, le grand poète de la miséricorde qui, comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI à Pavie, a eu besoin d’une « troisième conversion » pour passer de cet autre côté. Le Saint-Père le cite : « Dans l’intervalle, il a compris qu’un seul est vraiment parfait, et que les paroles du Discours sur la Montagne sont entièrement réalisées en un seul : en Jésus-Christ lui-même. Toute l’Eglise en revanche, nous tous, y compris les apôtres, nous devons prier chaque jour en disant : ‘remets-nous nos péchés comme nous les remettons à nos débiteurs’ (cf Retract. I 19, 1-3) ». Aussi le Saint-Père commente-t-il : « Augustin avait appris un degré ultime d’humilité, non seulement l’humilité d’insérer sa pensée profonde dans la foi humble de l’Eglise, non seulement l’humilité de traduire ses grandes connaissances dans la simplicité de l’annonce, mais aussi l’humilité de reconnaître que, pour lui-même, et pour l’Eglise pèlerine tout entière, la bonté miséricordieuse d’un Dieu qui pardonne chaque jour, était et est nécessaire ; et nous, nous nous rendons semblables au Christ, le Seul qui soit Parfait, dans la mesure la plus grande possible, quand nous devenons comme Lui des personnes de miséricorde » (Benoît XVI, Pavie, 22 avril 2007).

 

Fides

En plein milieu du chemin du Carême, ne soyons pas surpris que l’Eglise tout entière célèbre une des plus grandes et des plus importantes Solennités, l’Annonciation à la Sainte Vierge et l’Incarnation du Seigneur ! Nous sommes projetés de nouveau aux origines, là où tout a commencé : à l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit. Nous suivions Jésus qui se dirigeait résolument vers Jérusalem pour vivre les jours de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection. Et voici qu’arrive le 25 mars, jour où l’on célèbre ce grand mystère : le « Oui » de Marie qui a permis au Verbe de Dieu de prendre notre nature humaine. Mais comment ne pas lire, dans cette pause de grâce extraordinaire, le long du chemin du Carême, un message qui nous invite à regarder vers Celle qui, par son don inconditionné à Dieu, par ses paroles : « qu’il m’advienne selon ta parole » » (Luc 1, 38), a rendu possible la Naissance de Notre Seigneur ?

 

 

 

La Mère de Jésus, se trouvant au centre de l’Incarnation, devient la collaboratrice de la grandeur du Mystère de la Mort et de la Résurrection de Jésus. S’il ne s’était pas incarné, comment aurait-il pu, en effet, nous racheter ? Et qui l’a accueilli, qui nous l’a donné, Jésus, si ce n’est la Mère qui est liée de manière indissoluble avec ce Fils ? Comme à Bethléem, nous trouvons aussi au Calvaire « l’Enfant et sa Mère ». Le Mystère de l’Incarnation que l’on célèbre le 25 mars de chaque année, est rappelé aussi dans la prière du Chapelet, dans le premier mystère joyeux : l’Annonciation de l’Ange à Marie. Le mystère du Fils a voulu se lier au mystère de la Mère. Sans son « Me Voici » il n’y aurait eu les paroles de Marie : « qu’il me soit fait selon ta parole », « me voici ». Dieu l’avait choisie et rendue Immaculée, en vue des mérites infinis de la Rédemption. Ainsi, en Marie, se conjuguent de manière merveilleuse la grâce et la liberté, la Volonté de Dieu et la volonté de la créature, dans une harmonie totale. Cette rencontre pleine d’amour et de liberté a permis à Dieu le Fils de descendre sur la terre et de redonner à chaque homme qui croit en Lui, la liberté perdue. La liberté de la Mère, parfaitement conformée à la Volonté divine, a préparé la voie au Fils de Dieu. A l’Archange Gabriel qui Lui demandait, au Nom de Dieu, l’accord de sa volonté libre pour la maternité divine, la Vierge Marie répond par ce « fiat » qui ne cessera plus jamais. Grâce à lui, la Fleur la plus belle de toute la création pouvait éclore de son sein virginal : le Verbe Incarné ! « Dans ton sein se ralluma l’amour par la chaleur duquel dans l’éternelle paix a germé ainsi cette fleur (Paradiso, XXXIII, 7-9). La Mère, comme créature, reçoit tout de Dieu le Fils. Celui-ci, en tant qu’Homme, a voulu recevoir entièrement son coeur humain de la Mère. Cette Solennité, célébrée pendant le Carême, nous fait rappeler l’union indissoluble qui lie le Fils à la Mère. Au moment culminant de la Passion, résonnera cette parole de Jésus à Jean, qui est un testament, et, ainsi, à toute l’Eglise « Voici ta Mère » (Jean 19, 27). C’est comme si Jésus nous disait : ma Mère est aussi votre Mère ! L’Eglise tout entière a accueilli et faite sienne cette parole de Jésus du haut de la Croix : le Fils laissait à Jean sa Mère, la créature qui « conservait toutes ses choses dans son cœur et les méditait » (Luc 2, 19). Elle est réellement le premier l’Evangile et le plus parfait Evangile vivant du Christ. Ainsi Jean a été le premier « à regarder » dans ce Cœur, à « lire » les mystères les plus profonds qui y étaient conservés. Ne doit-on pas à cette « contemplation » de Jésus dans le Cœur de Marie à ce que Jean ait pu écrire l’Evangile le plus profond et le plus sublime ? Très certainement, l’influence de Marie, le parfum de sa sainteté, sa présence si maternelle, ont marqué le disciple bien-aimé du Seigneur, mais aussi chaque membre vivant de l’Eglise qui reconnaît, en Marie, sa propre Mère.

 

Il y a 25 ans, le 25 mars 1984, le Serviteur de Dieu Jean Paul II, en union avec tous les Evêques du monde, Place Saint-Pierre prononçait solennellement l’Acte de Consécration des hommes et des peuples à Marie. En consacrant le monde au Cœur Immaculé de Marie, de manière collégiale, le Saint-Père répondait à la demande de Notre-Dame de Fatima, dont la statue, par la volonté même du Saint-Père était arrivée tout exprès à Rome, venue du Sanctuaire du Portugal. Le Saint-Père, à genoux devant la statue de la Sainte Vierge, adressait les intentions de son cœur de Pasteur Universel, dans le Cœur de sa Mère. Seul le Ciel connaît les effets de cette consécration à Marie. De quoi nous aura protégés un tel Acte ? Quels dons et combien de dons de conversion nous aura-t-il obtenus ? Jean Paul II terminait cette supplique poignante par cette invocation : « Que se révèle encore une fois dans l'histoire du monde l'infinie puissance salvifique de la Rédemption, la puissance de l'amour miséricordieux ! Qu'il arrête le mal ! Qu'il transforme les consciences ! Que dans ton Cœur Immaculé se manifeste pour tous la lumière de l'Espérance ! » (Jean Paul II, Dimanche 25 mars 1984).

 

Fides

Le Carême est un temps exceptionnel de Miséricorde. La Parole de Dieu et la prière durant la Sainte Messe quotidienne soulignent la primauté de l’Amour sur le péché : Dieu sauve l’homme par Sa Miséricorde qui s’est manifestée dans le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus ! Il est venu avant tout pour nous pardonner, pour nous réconcilier avec le Père, mais ce n’est possible que si nous aussi nous vivons, les uns envers les autres, la loi suprême de l’Amour, du pardon réciproque. « Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois devrai-je lui pardonner ? » (Matthieu 18, 21), demande Simon-Pierre à Jésus, comme pour faire remarquer qu’il devrait y avoir une limite au pardon. « Combien de fois », nous le répétons souvent. Jésus nous offre toujours la même réponse : Toujours (Luc 18, 22) !

 

 

 

On pourrait dire que l’enseignement auquel le Seigneur a consacré le plus d’attention, d’énergies et d’insistance, est précisément celui sur la Miséricorde. N’est-il pas, de fait, le plus important ? Et les disciples ne sont-ils pas montrés assurément réticents à le vivre au sérieux dans leur propre vie, comme nous aussi aujourd’hui ? Le Seigneur ne laisse pas de place aux compromis, et il avertit : « C’est ainsi aussi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Matthieu (18, 35), à propos de la parabole du débiteur impitoyable, de la punition qu’il reçoit à cause du manque de pardon envers son prochain. La Miséricorde Divine est telle quand on la pratique, et non pas quand on en parle en théorie. C’est pourquoi Jésus a annoncé la Miséricorde par des faits et des paroles indélébiles, qui font briller la primauté de l’Amour qui pardonne. Une Miséricorde qui ne conduirait pas au pardon serait fausse, et c’est la raison pour laquelle Jésus fait demander dans la prière au Père : « Remets nous nos dettes comme nous-mêmes nous avons remis à nos débiteurs »  (Matthieu 6, 12). Il identifie la perfection chrétienne avec l’imitation de la Miséricorde Divine : « Montrez-vous miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36). Sa mission tout entière est empreinte d’une miséricorde immense, qui s’irradie partout. Jésus désapprouve publiquement ceux qui rendent vaine et inefficace la Miséricorde par leur propre comportement. Ce sont « les scribes et les pharisiens (qui) occupent la chaire de Moïse : faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire ; mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas » (Matthieu 22, 2-3). Au centre de l’enseignement du Christ sur la Miséricorde, il y a la parabole du Père miséricordieux » ou de « l’enfant prodigue ». Chaque fois qu’on la lit, on découvre toujours quelque chose de nouveau sur la vérité la plus consolante et la plus merveilleuse : Dieu est un Père infiniment miséricordieux ! La parabole commence ainsi : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient’ » (Luc 15, 12). Ainsi, ce fils scélérat laisse son père pour le monde, il dépense tous ses biens pour le péché, jusqu’à perdre sa propre dignité, parce que, n’ayant plus un sou, il finit par paître les porcs, et il ne peut même pas se nourrir de ce qu’ils mangent, « parce que personne ne lui en donnait » (Luc 15, 16). Après avoir touché le fond, par un acte d’humilité « il rentre en lui-même » (Luc 15, 17) et relève la tête, pour ne pas mourir étouffé par l’absence brutale de Miséricorde. En effet, le pécheur qui pèche et qui ne demande pas pardon, tombe toujours plus bas, comme une pierre qui tombe dans la mer. Il en est ainsi pour celui qui ne laisse pas réconcilier avec Dieu et avec ses frères. Le cœur devient lourd et seule la miséricorde de Dieu peut le relever vers le haut. Et alors, l’acte le plus beau que ce fils a su faire, c’est celui-ci : « Je veux partir, retourner vers mon père et lui dire : Père, j’ai péché conte le Ciel et contre toi » (Luc 15, 18). Le Père, qui l’attendait depuis toujours, court au-devant de lui, l’embrasse, écoute sa confession, puis, ensuite, chose absolument imprévisible, veut faire une fête sans tarder, il veut lui faire revêtir les habits les plus beaux, avec l’anneau le plus précieux (cf. Luc 15, 20). Qui pouvait imaginer une telle fête : seul le Père le pouvait ! L’autre fils, le fils aîné, qui retourne du travail, en entendant la musique et les danses, demande à un serviteur ce qui se passe ; et, quand il entend que son père faisait une fête parce que son fils était revenu, « il s’indigne et refuse d’entrer » (cf. Luc 15, 25-28). Le père sort alors pour le supplier, mais il ne veut pas entendre raison (cf. Luc 15-28-29) ; il ne connaît pas encore la miséricorde, parce qu’il ne connaît pas le cœur du Père ! Au fond, dans notre cœur, il y a ces deux fils : la voix du fils cadet est présente, celle qui demande pardon, et celle du fils aîné qui montre l’autre du doigt et le juge. Les deux voix « coexistent » : parfois, nous faisons le rôle du fils aîné, et parfois celle du fils cadet. Il faut alors que grandisse en nous la voix du Père, qu’elle couvre toutes les autres voix, afin que nous nous ouvrions toujours plus à la Miséricorde Divine.

 

Le Saint-Père nous rappelle, à nous, croyants, que, pour vaincre les oppositions et les divisions, il n’existe qu’une seule voix, celle de l’humilité et de l’amour. En visite au Séminaire Pontifical Romain, commentant un passage de la Lettre aux Galates, repris également dans sa récente Lettre aux Evêques de l’Eglise Catholique sur la levée de l’excommunication pour les quatre Evêques consacrés par Mgr Marcel Lefebvre, il a déclaré : « Dans la Lettre, il y a une évocation de la situation un peu triste de la communauté des Galates, lorsque Paul dit : ‘Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire... Laissez-vous mener par l'Esprit’. Il me semble que dans cette communauté - qui n'était plus sur la voie de la communion avec le Christ, mais de la loi extérieure de la "chair" - ressortent naturellement également des polémiques et Paul dit:  ‘Vous devenez comme des bêtes sauvages, l'un mord l'autre’. Il évoque ainsi les polémiques qui naissent là où la foi dégénère en un intellectualisme et l'humilité est remplacée par l'arrogance d'être meilleur que l'autre. (…) Dans cet avertissement de saint Paul, nous devons trouver aujourd'hui également un motif d'examen de conscience:  ne pas penser être supérieurs à l'autre, mais nous trouver dans l'humilité du Christ, nous trouver dans l'humilité de la Vierge, entrer dans l'obéissance de la foi. C'est précisément ainsi que s'ouvre réellement également à nous le grand espace de la vérité et de la liberté dans l'amour » (Benoît XVI, « Lectio Divina sur la Lettre de saint Paul aux Galates, Grand Séminaire Pontifical Romain, 20 février 2009)

 

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