L’année 2008 correspond au 150° anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Lourdes. Tout au long de ces années, un flux ininterrompu de pèlerins s’est mis en route vers ce lieu de grâce, pour honorer la Mère de Dieu. Tous les endroits ‘’visités’’ par la Sainte Vierge conservent de manière mystérieuse la ‘’touche’’ particulière de Son passage au milieu de nous. C’est comme si la Sainte Vierge, dans une « visitation éternelle des peuples et des nations, s’arrêtait de temps en temps, de la même manière qu’elle s’est arrêtée chez sa parente Elizabeth pour y rester trois mois environ. (cf. Luc 1, 56).

 

 

 

Là où la Sainte Vierge « s’arrête », des miracles se produisent en ce lieu : à Cana, à Lourdes, à Fatima… La Sainte Vierge présente à son Fils nos besoins, elle lui adresse la parole suppliante qui a le pouvoir d’obtenir ce qu’il serait impossible d’obtenir autrement : « Rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1, 37), lui avait déclaré l’Archange Gabriel le jour de l’Annonciation, et l’humble servante du Seigneur n’en a jamais douté. Là où la Sainte Vierge « s’arrête », on se rend compte qu’il se produit et que se continue une abondance de paix, de sérénité, et que l’on se sent enveloppés par un climat de sérénité, comme si le temps s’arrêtait, comme si tout le reste se tenait à l’écart pour laisser la place à une Présence du Ciel, celle de la Sainte Vierge qui porte en Elle la Présence de son Fils, et nous la révèle. « Venez à moi vous tous qui êtes épuisés et opprimés, et je referai vos forces » (Matthieu 11, 28) : ces paroles de Jésus « s’incarnent » dans des endroits comme Lourdes, qui offrent au pèlerin de tout âge, de tout classe et de toute condition, la paix du cœur que le monde ne peut donner parce qu’il ne la connaît pas. C’est cette double Présence du Fils et de la Mère qui font de Lourdes, comme de tout autre Sanctuaire Marial, un endroit où faire « reposer » son esprit et son cœur, réconfortés devant les angoisses et les peines qui peuplent souvent nos semaines. Celui qui va en pèlerinage à Lourdes ne se lasse jamais d’y retourner une autre fois, puis une autre fois encore… à plusieurs reprises, parce que chaque « visite » à Marie est accompagnée de grâces diverses. Dieu, dans sa Bonté toute-puissante, ne se répète jamais : tout comme le lever du soleil qui, tout en semblant être toujours le même, est toujours différent, de même la « visite » de Sa Grâce en nous est toujours nouvelle. La Sainte Vierge a reçu une tâche unique et inégalable ; aucun autre Saint ne peut, comme elle, visiter les peuples et les nations pour « s’arrêter » en ces endroits qui en ont un besoin particulier. Son arrêt permet à son Fils de faire des miracles : guérir les âmes et les corps, convertir et sanctifier, bénir et pardonner ; en d’autres termes, transformer l’eau de notre misère et de notre superficialité, en vin de Sa Divine Miséricorde et Longanimité. Quel grand privilège de « visiter » Marie qui nous a visités et qui s’est « arrêtée » chez nous pour attendre chacun d’entre nous, en murmurant à notre cœur « tu es mon enfant » !

 

La maternité universelle de Marie devient « visible » en des endroits comme Lourdes, où viennent des gens de toute la terre pour trouver en elle protection et guide, en elle que la Seigneur a voulu comme Sa Mère et notre Mère. Devant la Grotte de Lourdes, là où Notre-Dame est apparue à Bernadette pour la première fois le 11 février 1858 et la dernière fois le 16 juillet 1858, il y a un flux ininterrompu de pèlerins qui s’arrêtent dans une prière pieuse, qui « s’écoule » sous cette grotte en imitant presque le courant des eaux du Gave, dont on entend le bruit à quelques mètres. Devant cette grotte, il semble précisément au pèlerin qu’il perçoit un appel à se laisser transporter par le « courant » de grâces, à se « laisser aller », à ne pas résister à ce qui rendra son cœur réellement heureux, en demeurant dans la douceur de la paix de Dieu. La Vierge Immaculée de Lourdes nous invite à faire de notre vie ici-bas à vivre continuellement en Dieu, par une vie faite de prière, nourrie des sacrements, à l’enseigne de la pratique de l’amour de Dieu et du prochain. Si nous écoutons sa voix, nous ne le regretterons pas. Si « nous faisons ce que Jésus nous dit » (cf. Jean 2, 5), « nous verrons » le miracle du changement de notre vie : c’est-à-dire le plus grand miracle que Dieu aime faire, et qu’il ne refuse à personne, en particulier si c’est Sa Très Sainte Mère, Notre-Dame de Lourdes, qui le demande pour nous, priez pour nous !

 

Fides

Combien est différent le « regard » du Seigneur sur le monde et sur l’humanité, de celui des hommes qui, souvent, ne parviennent pas à voir au-delà des apparences ! La conversion du cœur consiste à apprendre de Jésus à regarder la réalité avec un regard nouveau, Son regard, « tout autre » que celui du monde. Le suivre veut dire aussi : poser son « regard » là où il le pose lui-même, donner de l’importance à ce qui provient vraiment de Son amour, et non pas à ce qui provient de notre propre amour qui est « myope » par sa nature même, ne pouvant regarder au-delà de nous-mêmes. Se mettre à l’école de l’Evangile veut dire apprendre, jour après jour, à aller au-delà de notre propre horizon, tellement limité par l’égoïsme, pour regarder dans la même direction que Jésus, pour partager les mêmes aspirations de bonté, de vérité, de beauté contenues dans chacune de Ses paroles…

 

 

  

Quand il nous demande de nous aimer comme Il nous a aimés (cf. Jean 13, 34), il nous demande en même temps d’avoir sur notre prochain une « regard » nouveau, c’est-à-dire renouvelé par la charité. C’est probablement là le plus grand problème pour un chrétien : vivre « au sein » de cette parole-commandement de Jésus, pour que, chaque jour, il s’incarne dans la vie et la renouvelle par la charité. Je vous donne un commandement nouveau : « que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». Je peux aimer de cette manière seulement si je « vois » l’autre comme le « voit » Jésus. Si je le juge, si je le condamne, je sors du « regard » du Christ et je deviens « aveugle », incapable d’aller au-delà de mon jugement, qui me fait « voir » l’autre inférieur à moi : « Pourquoi regardes-tu la paille que est dans l’œil de ton frère, et ne te préoccupe pas de la poutre qui est dans le tien ? » (Luc 6, 41). « Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu (Matthieu 5, 8). Un cœur pur, un cœur qui aime Dieu en s’oubliant, regarde dans la même direction que Jésus, et « voit » dans l’autre la ressemblance divine « imprimée » en lui, il le reconnaît comme étant rempli de dignité, il découvre ses possibilités de faire le bien, même quand elles sont comme « enterrées » par le péché qui défigure l’homme mais ne lui enlève pas la dignité d’enfant de Dieu.Dans la parabole de l’enfant prodigue, appelée aussi de manière plus juste « du père miséricordieux », il y a les deux « regards » différents du père et du fils aîné, qui se posent sur le pauvre enfant qui retourne chez lui, humilié sous le poids de ses propres péchés (cf. Luc 15, 18-19). Le premier voit dans l’enfant prodigue une réalité totalement différente de celle qui est perçue en revanche par le deuxième. Tous deux arrivent à des conclusions opposées : le père, rempli de miséricorde, fait fête pour le fils cadet, « parce qu’il était mort et qu’il est revenu à la vie. Il était perdu et il a été retrouvé » (Luc 15, 24) ; le fils aîné, en revanche, sans compassion, « se fâche » (Luc 15, 28) ; ses « yeux » sont incapables de « voir » ce que « voit » le père. Il s’oppose à la joie du père, parce qu’il ne parvient pas à en voir les raisons, en croyant que c’est lui qui a raison. S’il avait rencontré son frère, avant son père, il l’aurait probablement empêché de s’approcher de la maison, mais il n’en faut pas ainsi. Dans cette étonnante parabole, Jésus, non pas par hasard, nous dit que le premier regard qui s’est posé sur l’enfant prodigue a été celui du père (cf. Luc 15, 20) ! Qu’il est beau et consolant de savoir que celui qui voit le premier est toujours le Seigneur ! Que Son regard repose sur chacun d’entre nous avec une bienveillance inimaginable ! Si nous le croyons, nous aurons la force, dans nos rencontres et dans les événements de chaque jour, d’avoir, nous aussi, un regard de miséricorde qui « rencontre » le prochain pour « le revêtir » de bonté. Il faut demander chaque jour au Saint-Esprit de nous donner la grâce d’avoir les mêmes sentiments que le Christ : mansuétude et patience, humilité et bienveillance. Et ainsi, se réalisera ce qui est souhaité par l’Apôtre : « Mettez le comble à ma joie par l'accord de vos sentiments: ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n'accordez rien à l'esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Philippiens 2, 2-5), « à nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles en effet n'ont qu'un temps, les invisibles sont éternelles » (2 Corinthiens 4, 18).

 

Le Saint-Esprit veut nous donner cette charité, mais pour cela, nous devons prier, comme l’a rappelé le Saint-Père aux jeunes lors des récentes Journées Mondiales de la Jeunesse : « Toutefois, cette force, grâce du Saint-Esprit, n’est pas quelque chose que nous pouvons mériter ou conquérir ; nous pouvons seulement la recevoir comme pur don. L’amour de Dieu peut répandre sa force seulement quand nous lui permettons de nous changer de l’intérieur. C’est nous qui devons lui permettre de pénétrer dans la croute de notre indifférence, de notre fatigue spirituelle, de notre conformisme aveugle à l’esprit de ce temps dans lequel nous vivons, C’est seulement alors que nous pouvons lui permettre d’éclairer notre imagination et de former nos désirs les plus profonds. D’où l’importance de la prière quotidienne, la prière « privée dans le silence de notre cœur, et devant le Très Saint-Sacrement, et la prière liturgique au sein de l’Eglise. Elle est une pure réceptivité de la grâce de Dieu, un amour en action, une communion avec l’Esprit qui demeure en nous et nous guide, par Jésus, dans l’Eglise, à notre Père Céleste » (Homélie du Pape Benoît XVI, 20 juillet, Sydney). La Sainte Vierge avait le regard toujours tourné vers Jésus et elle regardait dans Sa même direction ; c’est pourquoi elle s’est aperçue à Cana qu’il n’y avait plus de vin (cf. Jean 2, 3). Son intercession fut définitive par ce miracle opéré par le Seigneur, comme aussi pour tous les autres miracles dans notre vie. Elle est en effet notre Médiatrice et notre Avocate auprès de Dieu. A la Mère de Miséricorde, consacrons notre vie, et, avec une confiance filiale, abandonnons-nous à Elle, parce que, avec une telle Mère, nous serons toujours à l’abri, en Dieu !

 

Fides

Nous sommes appelés à devenir des amis de Dieu, en conformant nos désirs avec ceux de l’Esprit de Dieu, comme nous déclare Saint Paul : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; si, en revanche, avec l’aide de l’Esprit, vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez. En effet, tous ceux qui sont guidés par l’Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu » (Romains 8, 13-14).

 

 

 

Vivre l’amitié avec Dieu, à laquelle nous rappelle constamment le Saint-Père, le Pape Benoît XVI, veut dire libérer notre cœur des désirs de la chair pour le laisser remplir par la grâce de la communion intime avec Dieu, qui ne peut se réaliser qu’en renonçant à son propre « moi » et à ses désirs qui viennent du monde. Le Seigneur le dit clairement à ses disciples : « Vous serez mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (Jean 15, 14). Ce qui rend crédible notre foi en Jésus, est la confrontation de notre vie avec l’Evangile. Il n’y a rien de plus efficace, pour attirer le prochain au Christ, que l’exemple d’une vie authentique de témoins de l’Evangile. Le Cardinal Ratzinger, peu de temps avant son élection au siège de Pierre, déclarait lors d’une conférence donnée à Subiaco le 1er avril 2005 : « Ce dont nous avons surtout besoin en ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui, par une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible en ce monde. Le témoignage négatif de chrétiens qui parlaient de Dieu et vivaient contre Lui, a éclipsé l’image de Dieu et a ouvert les portes à l’incrédulité. Nous avons besoin d’hommes qui aient le regard fixé droit sur Dieu, en apprenant ainsi ce qu’est l’humanité authentique. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu, et à qui Dieu ouvre le cœur, de manière que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres, et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres. C’est seulement avec des hommes qui sont touchés par Dieu, que Dieu peut faire son retour auprès des hommes ». Comment ne rappeler ici même, une des affirmations devenues parmi les plus célèbres du Serviteur de Dieu Paul VI : « Le monde a plus besoin aujourd’hui de témoins que de maîtres » (cf. « Evangelii Nuntiandi », 41) ! Saint François d’Assise n’était pas prêtre, parce qu’il se considérait trop indigne pour le devenir ; mais sa vie parlait d’elle-même, et cette vie, en tout conforme au Seigneur Jésus, a fasciné des âmes innombrables, durant sa vie et après sa mort, en les poussant à l’imiter en suivant le Seigneur. Une des tentations les plus fréquentes pour nous tous qui sommes chrétiens, c’est précisément celle de la « double vie », c’est-à-dire faire aller de pair deux vies en parallèle : l’une qui a les apparences d’appartenir au Christ - auxquels s’adresse l’avertissement de Jésus : « Ce n’est pas celui qui me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans la Royaume des Cieux » (Matthieu 7, 21), et une autre qui, plus ou moins en cachette, mène sa propre voie, comme si Dieu n’existait pas. Les Apôtres ne se sont pas faits d’illusions que l’on puisse « tromper » le Seigneur avec une dévotion extérieure, ou qu’Il puisse « se contenter » du seul culte extérieur. Jésus en effet a inculqué dans l’esprit de ses disciples, la vérité indélébile de l’exigence de la conversion pour être capables de Le suivre, en menant une seule vie, celle qui est toute orientée vers la sanctification : « en vivant pour Lui » et en mourant à l’autre vie, celle qui est toute orientée vers son propre avantage « en vivant pour soi-même ». Parmi les nombreux enseignements du Christ sur cette question, il est bon de méditer la parabole du semeur. Elle enseigne que c’est l’homme qui décide d’être vraiment une bonne terre, de se laisser féconder et transformer par le Seigneur ; en revanche, ce sont les pierres et les épines qui paralysent sa croissance spirituelle et humaine. Nous ne pouvons travailler que sur notre terre, en rentrant en nous-mêmes et en chassant de notre cœur, avec l’aide de la grâce, tout ce qui est ténèbre ; il ne nous est pas permis de le faire sur la terre de l’autre : aucune Maman ne peut le faire avec son propre enfant, aucun mari ne peut le faire avec son épouse, et vice versa.

 

Dans cette oeuvre fondamentale de conversion au Christ, dont dépend notre éternité, nous sommes « terriblement » seuls avec notre liberté, devant Dieu, qui se met de côté pour ne pas conditionner notre libre choix. Dans la parabole des talents, Jésus nous fait réfléchir sur cet homme qui, avant de partir, confie ses talents à ses serviteurs et qui « après un long temps », retourne pour « régler les comptes » avec eux (cf. Matthieu 25, 14-30). Il en est de même pour nous aussi : Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance, il nous a donné des talents, parmi lesquels le don de la liberté ; mais au moment où nous décidons de les faire fructifier avec sa grâce, alors Il vient et il nous aide à défricher le terrain pour le rendre accueillant. Ceux qui ne veulent pas écouter le Seigneur, n’expérimenteront pas la force transformatrice de sa grâce ! Voilà pourquoi nous ne devons absolument pas sous-estimer l’incroyable possibilité de liberté qu’Il nous a laissée, une possibilité pratiquement sans limites. Si les deux disciples d’Emmaüs, « repêchés » par Jésus à la vraie vie, quand ils furent parvenus à leur village ne lui avaient pas dit : « Reste avec nous car il se fait tard » (Luc 24, 29), Il aurait continué son chemin et serait passé outre. L’évangéliste Luc exprime, avec une phrase mystérieuse mais claire, cette terrible vérité : « Quand ils furent proches du village où ils se rendaient, Il fit comme s’Il devait aller plus loin » (Luc 24, 28). Cette parole, qui nous révèle comment Dieu agit avec notre liberté, mériterait d’être gravée dans notre cœur, conscients que le Seigneur marche à nos côtés pour nous former, pour nous purifier, pour nous guider… mais cela ne se fait pas de manière « automatique », parce que son Esprit Divin agit en nous dans la mesure où nous le Lui permettons. Il faut toujours le concours de notre libre décision, en renouvelant chaque jour, avec la Sainte Vierge et avec notre vie, cette demande tellement importante : « Reste avec moi Seigneur » !

 

Fides

Chaque fois que nous lisons l’Evangile en croyants, la foi nous le dit, nous entrons dans une Histoire vivante, actuelle, parce que l’Histoire du Salut qui se réalise d’une époque à l’autre, de personne à personne, quand la liberté individuelle s’ouvre au Christ Rédempteur du monde, par l’acte de foi. Ainsi, les paroles et les actes et gestes de Jésus, racontés par l’Evangile, ne font pas seulement partie d’un passé, mais sont chargés de présent, parce que Jésus est vivant, hier, comme aujourd’hui et comme il le sera toujours. Il est au-dessus du temps et de l’histoire, c’est Lui qui fait l’Histoire, parce que « tout a été fait par Lui, et sans Lui rien n’a été fait de tout ce qui existe » (Jean 1, 3). Le chrétien suit Jésus non comme un Evénement passé, lié à des doctrines antiques, mais il Le suit maintenant, comme Evénement présent, il Le croit maintenant, agissant dans l’aujourd’hui de l’histoire, de sa propre histoire personnelle. Un vrai croyant dans le Christ ne lit pas l’Evangile en pensant seulement à Jésus qui a dit et a fait, mais il le lit au présent, il y trouve en dedans, Son Histoire de Salut, il accueille cet Evénement non seulement comme quelque chose qui est arrivé, mais comme quelque qui se produit aujourd’hui encore !

 

 

 

Comme André et Jean qui ont rencontré Jésus en « ce » temps, dans leur temps, je puis le rencontrer dans ce temps présent, dans mon temps, parce qu’Il continue à passer et à fasciner, par sa Présence. Celui qui se confie à Lui ne cesse jamais d’entendre sa voix : « Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Marc 8, 34). Quand on obéit à la Parole du Seigneur, on « entre », par la foi, dans l’Histoire de Jésus. Quand on reste, par l’amour, au-dedans de l’Histoire de Jésus, on se rend compte alors que tout le reste, toute l’autre histoire qui se déroule devant nos yeux, est guidée mystérieusement par ce que le croyant sait reconnaître comme étant la Divine Providence. Un croyant, qui croit sans douter de l’Evangile, qui aime vraiment Jésus, l’Eglise, le monde, en regardant l’histoire de « dedans » l’Histoire salvifique du Christ, comprend, saisit que tout est Providence Divine, même les événements les plus tristes et les plus douloureux. En effet, il n’y a aucun événement qui échappe au « contrôle » de Dieu, qui ne puisse concourir à la réalisation du projet qu’Il a sur nous, un projet de sanctification ! S’il est vrai que, par le mystère de la liberté humaine, le simple individu peut empêcher que se réalise le projet de Dieu pour lui, il est également vrai que l’individu ne peut empêcher qu’il se réalise pour les autres. Les projets de Dieu, qui sont des projets de salut, se réalisent toujours ; même si des libertés individuelles peuvent refuser ce salut, elles ne peuvent empêcher que le salut se réalise pour tous ceux qui, en revanche, l’accueillent, par l’acte de pur abandon en Dieu. Comment Dieu peut réaliser ses plans, échappe souvent à notre compréhension, mais Dieu les réalise, malgré tout le mal présent dans le monde, c’est une certitude de notre foi, et l’histoire de deux mille ans de Christianisme nous le démontre, à partir de l’Evénement central du salut : la Mort en Croix de Jésus, et Sa Résurrection. C’est pour cela que personne n’a pu empêcher aux Saints de se sanctifier, comme personne n’a pu empêcher aux Martyrs de se sacrifier et donner leur propre vie jusqu’au Martyre. Celui qui suit Jésus entre dans son Histoire et en fait partie, il reçoit la Vie Eternelle, comme l’affirme Jésus dans l’Evangile : « Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle, et elles ne se perdront pas éternellement, et personne ne pourra les arracher de ma main » (Jean 10, 27-28). Chaque promesse individuelle de Jésus, pour celui qui croit, se réalise toujours, malgré ceux qui n’y croient pas et qui, même, « rament » contre. La Providence Divine, personne ne peut l’arrêter, et celui qui se lie à cette Toute-Puissance Divine en acte, par une vie de foi, vivifiée par la prière d’abandon au Père, dans l’obéissance à la Parole de Jésus et à son Eglise, expérimente dans sa propre vie, dans son histoire personnelle, que Dieu est vraiment Tout-Puissant, que Lui seul peut transformer le mal en un bien plus grand, comme il le fait, de fait, toujours de nouveau. Il est vrai que Judas, un des Douze Disciples, a empêché que le projet de sainteté que Dieu avait sur lui, puisse se réaliser ; il a empêché le plan de Jésus sur lui, mais il n’a certes pas pu empêcher qu’il se réalisât dans les autres ! Rien et personne ne peut empêcher Dieu, tout simplement parce que personne n’est Dieu ! L’homme est infiniment distant de l’être, et le Diable lui aussi ! Seul Dieu est Dieu ! Pour cela, il existe une seule Providence Divine, et non pas deux ou plus de deux, qui se feraient « concurrence », et se mettraient des obstacles l’une à l’autre.

 

Pour un croyant, il existe dans le Christ un seul projet de salut qui a été réalisé par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme le dit Saint Paul, « Nous savons que concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui ont été appelés selon son dessein. Parce que ceux qu’il a connus depuis toujours, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de Son Fils, parce qu’Il est le Premier-né de nombreux frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dire donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a donné pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas toute chose avec Lui ? » (Romains 8, 28-32). Voilà la certitude de foi que vit chaque croyant dans le Christ : ensemble avec Jésus, nous recevons toute chose ! Dieu est notre Divine Providence, parce que, en croyant en Lui, tout, tout précisément, vraiment, concourt au bien de ceux qui L’aiment ! Lors de l’audience générale du 12 mars 2008, le Saint-Père, parlant des deux grandes figures chrétiennes du haut Moyen Age, Boèce et Cassiodore, à propos de la Divine Providence qui gouverne le monde, a déclaré : « Le Bien le plus élevé est Dieu : Boèce apprit, et il nous l’enseigne, à ne pas tomber dans le fatalisme qui éteint l’espérance. Il nous enseigne que ce n’est pas le hasard qui gouverne, que c’est la Providence qui gouverne, et Elle a un Visage. Avec la Providence, on peut parler, parce que la Providence est Dieu » (Benoît XVI, 12 mars 2008).

 

Fides

Je vous invite à vous arrêter avec moi, avec les yeux du cœur, sur l’épisode, très connu, dans l’Evangile de Luc, de Jésus à Béthanie dans la maison de son ami Lazare ; il est avec les deux sœurs Marthe et Marie. Marthe, nous dit Saint Luc, est toute prise par les tâches domestiques, et réprimande sa sœur qui, au contraire, nous pouvons vraiment le dire, était toute prise par Jésus. Le Seigneur, avec une grande tendresse, pour prendre la défense de Marie, dit : « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses ; pourtant, il en faut peu, une seule même. C’est Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » (Luc 10, 41-42).

 

 

 

http://img.over-blog.com/391x598/0/21/41/34/2008/MarthaAndMary-b.jpgMême si ce passage n’est pas associé normalement aux passages qui rappellent la Vierge Marie, il est pourtant tout naturel de penser précisément à la Mère de Jésus. Non seulement parce que la sœur de Marthe porte le même nom que la Sainte Vierge, mais parce que cette disposition du cœur, tourné entièrement vers l’écoute du Seigneur, est absorbée par Sa Volonté, est une caractéristique mariale typique. Cette disposition de l’âme, qui met la volonté de Dieu au dessus de tout le reste et qui est raconté de manière très claire dans l’épisode rapporté fidèlement par l’évangéliste Luc, a fait couler des fleuves d’encre précisément sur le rapport entre vie active et vie contemplative, en donnant la primauté à cette dernière. En effet, le jugement du Seigneur sur Marie qui « a choisi la meilleure part », nous pourrions aussi le comprendre ainsi : mettre la Volonté du Christ au centre même de son existence est la meilleure chose que tout chrétien puisse faire, c’est l’option fondamentale pour arriver à la sainteté. A la lumière de l’Evangile, chaque personne oriente sa propre vie vers un choix fondamental, et, dans cette expérience, elle est attirée par une option fondamentale qui, de fait, déterminera l’action et la vie de cette personne. Tout choix de fond fait par la créature devient déterminant : carrière, gloire humaine, argent, la vie, l’avantage sur le plus faible, l’opportunisme… tout tourne autour de son propre moi avec comme conséquence, que ce que l’on choisit n’oriente pas vers le Ciel mais, en sacrifiant toute chose pour la terre, dégrade l’homme qui fut pourtant créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dans ce passage, on a l’impression que Marthe n’a pas encore réalisé l’option fondamentale de la sainteté qui est précisément "faire la volonté de Jésus". Voilà pourquoi le Maître la reprend avec douceur, comme pour lui faire comprendre que le reproche qu’elle adressait à Marie n’était pas seulement injuste, mais que, corrigé comme il se doit, elle devait se l’adresser à elle-même. C’est Marthe qui devait devenir comme Marie : toute centrée sur la vie dans le Christ, et pas le contraire : s’agiter autour du Christ. Jésus qui aime vraiment Marthe, comme chacun d’entre nous, désire pour elle, et pour tous, que le choix radical de sainteté devienne une option fondamentale, autour de laquelle et de laquelle ils trouvent une raison d’être, toutes les autres raisons de vivre. Nous sommes tous appelés à la sainteté, et pour devenir saints, nous rappelle le Saint-Père, « il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre sans se décourager face aux difficultés » (Homélie du Pape Benoît XVI, 1° novembre 2006). « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses » ! Combien de fois la Vierge est venue rappeler à ses enfants, trop préoccupés par les affaires de la terre, qu’une seule chose est nécessaire : « faites ce qu’il vous dira ». Voilà la partie la meilleure qui ne peut nous être enlevée ! Se préoccuper pour de nombreuses autres choses en négligeant celle qui est pour le chrétien l’option fondamentale, la Volonté de Dieu ; ne pas se donner la peine de la connaître mieux et de l’accueillir mieux : voilà une "distraction de vie", vraiment dangereuse pour l’âme qui, sans cette connaissance ne pourra jamais progresser dans le véritable amour pour le Seigneur. Comment peut-on aimer vraiment quelqu’un, répondre à sa volonté du bien, sans écouter sa parole ? Marthe, c’est incroyable, reproche à Marie d’écouter le Seigneur ! Combien est différente, en revanche, la disposition tranquille et sereine de Marie qui reste aux pieds de Jésus pour remettre à Sa Parole, et donc à Sa Volonté, toute sa vie.

 

Si l’on regarde à nous, à la lumière mariale de ce très beau passage évangélique, nous devrions vraiment nous demander si le Christ et Son Vouloir divin, sont devenus notre option fondamentale. Il faudrait alors examiner note cœur avec honnêteté, et lui demander : mon cœur, qu’est-ce qui te préoccupe, qu’est-ce qui t’agite ? Es-tu pris par le zèle pour la gloire de Dieu, et non pas plutôt par le désir de ta gloire ? Te réjouis-tu quand tu es dernier ou seulement quand tu es premier ? Cherches-tu la grandeur du monde ou la petitesse de Dieu ? Beaucoup de questions à se poser, tout comme sont nombreuses les lignes de l’Evangile, pour parvenir à rectifier toute dissonance entre notre volonté et la Volonté Divine. Que la Sainte Vierge Marie nous aide, afin que l’option fondamentale soit vraiment la Sainteté incarnée, le Christ de l’Evangile, et non pas plutôt le Christ de notre fantaisie.

 

Fides

La vocation de Saint Jean Baptiste, que l’Eglise considère comme un de ses plus grands trésors, encourage chacun d’entre nous à se laisser guider par l’Esprit de Dieu, comme il s’est laissé guider avec humilité, lui qui, dès le sein maternel, a ressenti sa présence et son action. La visite que la Mère de Jésus fit à Elizabeth, a pénétré l’âme de Jean Baptiste d’un émerveillement pour le Christ, en le faisant tressaillir de joie dans le sein maternel. Ainsi, dès le début, sa mission a été marquée par ce lien inséparable avec le Sauveur, dont lui précisément, Jean, devait préparer la voie, afin que le peuple d’Israël se dispose à accueillir le salut. La grandeur du Baptiste réside précisément en ceci : faire croître constamment Jésus en lui, en s’oubliant lui-même !

 

 

 

Comme la Sainte Vierge Marie, Jean lui aussi peut chanter le « Magnificat » des humbles serviteurs du Seigneur, qui sont choisis en raison de leur petitesse, et qui restent toujours et seulement des serviteurs du Verbe. Saint Augustin emploie des paroles étonnantes pur décrire la vocation du Baptiste, pour souligner qu’il a voulu être seulement une « voix », et non pas la « parole », parce que « le Verbe » est Jésus, et Jean a laissé au Seigneur toute la place. L’expression utilisée par Saint Augustin est vraiment très belle, qui décrit en ces termes la naissance de Jean Baptiste : « La voix naît » ! « Si Jean avait fait l’annonce de lui-même, la bouche de Zacharie ne se serait pas ouverte. La langue se délie parce que naît la voix. En effet, il fut demandé à Jean, qui annonçait le Seigneur : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l'a dit le prophète Isaïe ». (Jean 1, 23). Jean est la voix, alors que l’on dit du Seigneur : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». (Jean 1, 1). Jean est une voix pour un peu de temps ; le Christ en revanche est le Verbe éternel dès le commencement ». (Saint Augustin). Le Pape Benoît XVI, dans ce même esprit, a déclaré le jour même de la Solennité de naissance du Baptiste que sa vie était « toute orientée vers le Christ, comme celle de Sa Mère, Marie. Jean Baptiste a été le précurseur, la voix envoyée pour annoncer le Verbe Incarné. C’est pourquoi, commémorer sa naissance veut dire en réalité célébrer le Christ, accomplissement des promesses de tous les prophètes, dont Jean Baptiste a été le plus grand, appelé à ‘’préparer le chemin’’ devant le Messie (Matthieu 11, 9-10) » (Benoît XVI, Angélus, 24 juin 2007).

 

L’identité authentique du témoin du Christ, en tous temps et en tous lieux, est précisément celle-là : être une « voix », sans être déjà « protagoniste » de l’annonce chrétienne. A l’école de l’humilité, Jean a formé ses disciples, et le Christ a approuvé pleinement cette école, lui qui prit plusieurs d’entre eux en en faisant ses apôtres. Jean Baptiste continue à être pour tous les éducateurs un modèle irremplaçable de guide qui, au moment opportun, laisse le Seigneur recueillir le fruit de son propre travail : c’est en effet au Patron de la Moissons que revient la récolte. L’humilité est fondamentale dans chaque cheminement spirituel, afin que chacun reste à sa propre place, dans l’attitude la plus belle et la plus authentique : la pauvreté en esprit. « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté, car le Royaume des Cieux leur appartient » ! C’est la béatitude de Jean, la première non pas par hasard, la porte d’entrée pour toutes les autres. Ceux qui ne passent pas par cette porte ne peuvent trouver la voie des béatitudes. Le Baptiste, en revanche, du début à la fin, est resté pauvre de soi-même et riche de Lui, parce les Béatitudes ont été sa vie.

 

Fides

La peur est une dimension naturelle de la vie. Tout petits, nous ressentons des formes de peur qui se révèlent être ensuite imaginaires, et qui disparaissent. Par la suite, d’autres surgissent, qui ont des fondements précis dans la réalité : elles doivent être affrontées et dépassées par l’effort humain et avec la confiance en Dieu. Mais il y a encore, surtout de nos jours, une forme de peur plus profonde, de type existentiel, qui est proche parfois de l’angoisse : elle naît d’un sentiment de vide, lié à une certaine culture imprégnée de nihilisme théorique et pratique ambiant.

   

 

 

« Face à ce panorama ample et diversifié des peurs humaines, la Parole de Dieu est claire : celui qui « craint » Dieu « n’a pas peur ». La crainte de Dieu, que les Ecritures appellent « le début de la sagesse », coïncide avec la foi en Lui, avec le saint respect pour son autorité sur la vie et sur le monde. Etre « sans crainte de Dieu », équivaut à se mettre à sa place, à se sentir patrons du bien et du mal, de la vie et de la mort. En revanche, celui qui craint Dieu, ressent en lui la sécurité qu’a l’enfant dans les bras de sa mère (cf. Psaume 130, 2) : celui qui craint Dieu est tranquille même au plein milieu des tempêtes, parce que Dieu, comme nous l’a révélé Jésus, est un Père riche en miséricorde et en bonté. Celui qui l’aime n’a pas peur… » (Benoît XVI, Angélus, 22 juin 2008). Par ces paroles, le Saint-Père a voulu commenter le passage de l’Evangile de dimanche dernier, qui commençait précisément par cette invitation de Jésus : « N’ayez pas peur » ! C’est une invitation que l’Eglise a lancée tout au long des siècles, et, spécialement, au moment du changement de millénaire par la voix de Jean Paul II, qui en a fait un des thèmes dominants de son long Pontificat : « N’ayez pas peur, au contraire, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! » (Jean-Paul II, homélie du 22 octobre 1978). Le Pape Benoît XVI, rappelant ces paroles dans l’homélie de la Messe d’inauguration de son Pontificat, le 25 avril 2005, déclarait : « Et ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue vie personnelle, vous dire à vous, chers jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien, et donne tout. Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple. Oui, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, et vous trouverez la vraie vie » (Benoît XVI, 25 avril 2005).

La Providence Divine nous rappelle sans cesse, par les Souverains Pasteurs, à chasser toute crainte de notre vie, par l’abandon en Dieu, parce que notre époque est marquée particulièrement par une peur "de type existentiel" qui touche l’homme au plus profond de son être. Toujours plus souvent, au cours des dernières décennies, l’Eglise a dénoncé une "culture de mort" une vie à l’enseigne du "non sens", qui ne peut qu’engendrer désespoir et angoisse chez ceux qui en sont victimes. La dynamique de la peur est claire: elle entre normalement par la porte de l’émotivité, par la porte de l’irrationnel, et, peu à peu, elle descend dans le cœur de la personne, dans son esprit, pour déformer la pensée et la vision de la vie, en arrivant à paralyser les forces vives quelle y a placées. A cause de tout cela, au lieu d’aimer le prochain, on se retrouve à en avoir peur : on a peur du voisin, du collègue de travail, du supérieur, du confrère, de la consoeur… On a peur de tout : du passé, du présent et de l’avenir. On en arrive même à avoir peur de sa propre ombre.

 

La peur est comme un despote : elle prend pour soi tous les domaines, occupe l’ensemble, et ne se contente pas d’une partie. C’est cela le royaume du mal, qui, inlassablement s’oppose au royaume du Bien, c’est-à-dire au Royaume de Dieu. Elle se caractérise par la "peur existentielle" qui se transforme en régime de vie. On pourrait dire que l’enfer est le lieu de la domination absolue de la peur sur tous ceux qui y demeurent ; c’est une peur élevée à sa puissance extrême, qui rend incapables d’aimer, mais seulement capables de haïr tout et tous. On comprend bien alors l’absolue nécessité pour nous, qui sommes rachetés, d’accueillir à bras ouverts la Présence de Jésus, sa grâce sanctifiante qui est seule capable d’éloigner de nous le Mal. « Délivrez-nous du Mal », nous fait prier le Seigneur à la fin de chaque « Notre Père ». L’Eglise est toute engagée à annoncer et à apporter au monde la Parole de Dieu, qui est l’antidote contre toute peur. La Parole de Dieu a le pouvoir de réaliser ce qu’elle déclare, Aucune autre parole ne le peut, mais seulement la Parole de Dieu. Et c’est pourquoi l’on peut alors parler d’un véritable et propre pouvoir de guérison, nous pourrions dire "thérapeutique", de la Parole de Dieu, comme celle qui est contenue dans les Psaumes. Combien il est libérateur de prier avec une vraie foi les Psaumes ! On peut dire qu’il en existe un pour chaque ‘’peur existentielle’’. Jésus aimait et priait les Psaumes. Ses dernières paroles sur la Croix, « Père, je remets mon âme entre tes mains » (Luc 23, 46), sont inspirées du Psaume 30 : « le psaume de l’affligé qui prévoit sa libération et remercie le Seigneur qui va la réaliser : « Je me confie en tes mains : tu me rachètes, Seigneur, Dieu fidèle » (Psaume 31, 6). Jésus, lors de son agonie pleine de lucidité, rappelle et balbutie quelques versets de ce psaume, souvent récité durant sa vie » (Jean Paul II, audience générale, 7 décembre 1988).

 

Si nous apprenons à réciter les Psaumes, nous comprendrons quelle sérénité ils pourront donner à notre vie de chaque jour. Face aux peurs inévitables, que l’existence humaine ne nous épargne pas, nous saurons puiser la force et la libération dans les hymnes et dans les cantiques spirituels contenus dans le psautier. Pour les prêtres et pour les fidèles laïcs, la prière des psaumes devient ainsi, une antidote contre les peurs de toutes sortes, parce qu’elle est un éperon continu à remettre leur propre vie dans les mains de Dieu, et à reconnaître toujours, même au cœur de l’obscurité, la lumière de Son Amour pour chacun d’entre nous : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des près d’herbe fraîche il me fait reposer, vers les eaux du repos il me mène, il y refait mon âme. Il me guide par le juste chemin pour l’amour de son Nom. Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal ; près de moi ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent… Oui, grâce et bonheur me pressent tous les jours de ma vie. » (Psaume 22 pss.).

 

Fides

« Or il se fit un grand tourbillon de vent, et les vagues se jetaient dans la barque, en sorte que déjà la barque se remplissait. Lui était à la poupe, dormant la tête sur le coussin. Ils le réveillent et lui disent : "Maître, n'avez-vous point de souci que nous périssions ?". S'étant réveillé, il commanda avec force au vent et dit à la mer : "Tais-toi ! Silence !". Et le vent tomba, et il se fit un grand calme » (Marc 4, 37-40). L’épisode de la tempête apaisée nous est raconté dans son caractère dramatique. Ce qui s’y manifeste c’est toute la fragilité humaine des disciples, et surtout la souveraineté divine de Jésus qui, avec un seul geste, calme les vents et les vagues de la mer : en instant, il se fait un grand calme ! Des pages et des pages ont été écrites sur ce passage, qui se prête bien pour décrire la lutte mauvaise qui traverse le cœur du chrétien : le combat pour conquérir la foi véritable au Christ. Avant d’y parvenir, il faut en effet traverser de nombreuses fois la mer en tempête, pour apprendre, épreuve après épreuve, à avoir plus confiance en Jésus. Chaque chrétien, dans son cheminement de foi, fait l’expérience non tellement de son absence, mais prend de mauvaises routes.

 

 

 

 

La foi authentique ne pose pas de conditions, elle se fixe seulement dans le Christ. Les disciples, dans la barque qui allait couler, avaient certes la foi au Christ, mais pas la foi qu’Il attendait d’eux. Pour cela, avec délicatesse, les Seigneur leur fait un reproche : hommes de peu de foi ! Ils avaient la foi, mais aussi la peur, et ils étaient désorientés devant la situation inattendue de la manière même d’agir de Jésus. Il semblait que le Maître était absent de la scène, à cause de son sommeil. Nous sommes devant une foi générique qui n’est malheureusement pas suffisante ; il faut la foi totale en la Personne de Jésus : une foi sûre ! Les disciples doivent passer d’une foi incertaine à une foi convaincue. Les montagnes se déplaceront, les vagues de la mer se calmeront, grâce à cette foi. Si le cœur des disciples avait été rempli de cette foi sans compromis, ils n’auraient pas dérangé Jésus, mais, en son Nom, ils auraient pu eux-mêmes calmer les vagues. N’est-ce pas cette forme de foi qui a été à l’origine du grand miracle de Cana où l’eau a été changée en vin ? La Mère de Jésus, avec sa foi vive, suscite pratiquement ce signe qui anticipe l’Heure de Jésus, comme le raconte saint Jean. Les paroles « faites tout ce qu’il vous dira » montrent la certitude qu’a la Sainte Vierge dans la toute puissance de son Fils, et en obtient le miracle que Jean appelle signe, signe d’une réalité future. A ce point, on ne peut pas ne pas évoquer le geste de foi d’une autre femme, l’hémorroïsse qui, par son attitude de confiance, « si seulement j’arrive à toucher son manteau », suscite le miracle du Christ. Presque en cachette, au milieu d’une grande foule qui entourait Jésus, des gens plus curieux que croyants, elle s’approche de Lui, et cette foi en sa Personne fait sortir de Lui - presque à son insu - la force du miracle qui la guérit : la femme est guérie en un instant, alors que les médecins, pendant une douzaine d’années, la firent souffrir en lui prenant tous ses avoirs (cf. Mc 5, 25-34). La foi est une réalité surnaturelle extraordinaire ! Mais que d’épreuves il faut traverser pour la posséder vraiment, comme nous le dit avec insistance l’auteur de la Lettre au Hébreux que nous lisons en ce moment à la Messe en semaine. Pensons à l’épreuve d’Abraham : Dieu lui demandait de croire contre toute espérance en une grande descendance. Abraham a mis sa confiance en Dieu seul, et grâce à cette foi inconditionnelle, il reçut le fruit de la promesse : Isaac. Mais alors que son cœur était attaché à son fils Isaac, le Seigneur lui demanda de le lui offrir. La foi, pour rester inconditionnelle doit être libérée sans cesse des conditionnements qui, autrement, l’absorbent et l’ensevelissent au fond du cœur. Pour Abraham, comme pour Moïse, tout comme pour nous autres, il en va de même : il faut l’épreuve, de la tempête, pour remuer les profondeurs de l’esprit de l’homme, et faire une place nouvelle à Dieu seul.

 

L’Eglise au cours des siècles a été présentée comme un bateau qui navigue au milieu des tempêtes, mais qui est toujours sauvée par Celui qui l’a fondée : les puissances de l’Enfer ne feront pas couler ! Saint Jean Bosco voit dans une prophétie bien connue, l’Eglise représentée par une barque qui, au milieu de mille dangers, est guidée par le grand Pontife, le Pape, et elle est sauve parce qu’elle est ancrée à « deux colonnes » : sur l’une se trouve la Sainte Eucharistie, et sur l’autre Marie Auxiliatrice. Il en est de même de nos jours : le Saint-Père, le Pape Benoît XVI, dans la ligne de ses Prédécesseurs, et de manière particulière de Jean Paul II, dirige le navire pour l’ancrer de la même manière. Chacun d’entre nous, à l’intérieur de cette même barque, est appelé à orienter son propre cœur vers Jésus et Marie, en union avec le Pape, pour s’ancrer en Dieu !

 

Fides

Contempler la Vierge Marie, Mère des prêtres veut dire s’arrêter devant le fruit de son sein : Jésus, le Grand Prêtre Souverain et éternel. En contemplant l’Incarnation, nous retrouvons les traits fondamentaux de la vocation et de la vie sacerdotale du Christ, qui a voulu partager de manière exceptionnelle et admirable sa vie avec la créature choisi de toute éternité : la Vierge Marie. Dans ce mystère immense d’amour, deux vies s’entrecroisent pour toujours. L’Eglise a compris dès les débuts la place de Marie ; Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit l’ont fait entrer dans le domaine salvifique central de la Rédemption. Le centre, c’est Lui, le Seigneur crucifié et ressuscité ; Marie, Elle, est placée, comme Mère précisément, à côté du Fils.

 

 

 

Le prêtre, ministre sacré des mystères de la Rédemption, représentant sacramentel de Jésus, contemple, comme centre de salut précisément, son Seigneur et Elle lui répète avec l’Apôtre Thomas, tout d’abord incrédule puis croyant, tout d’abord déçu dans son affection, puis rempli d’amour : « mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20, 28). Et quand, de ce centre qui est le Tout de sa foi, de son espérance et de sa charité, tournant un peu de côté son regard, qui voit-il, le prêtre, qui rencontre-t-il, si ce n’est la Mère de Jésus ? Qui reconnaît-il près de Lui, en dessous de Lui, près de sa Croix, si ce n’est Celle qui y est toujours restée ? Après la confession d’amour inconditionnel, et qui ne peut être autre, envers le Christ, faite en communion avec toute l’Eglise, le prêtre put tourner son cœur et son esprit vers sa Mère, qui est Mère de cet acte d’amour. Marie, qui, avant tout et plus que tous s’est donnée à son Fils, a eu en don ce Cœur Immaculé qui, depuis l’Annonciation, à chaque battement, a pu répéter : « Mon Seigneur et mon Dieu », et toujours : « mon Fils ! ». Le prêtre, par son identification et par sa conformation sacramentelle au Fils de Dieu et Fils de Marie, peut et doit se sentir vraiment fils bien-aimé de cette Mère très haute et très humble, et se laisser dire par Elle : « Mon fils ! ».

 

Aujourd’hui, l’humanité a un besoin immense d’appartenance : appartenir à un Amour éternel qui devient l’amour évangélique pour lequel a prié : « que tous soient une seule chose » (Jean 17, 21). Le Saint-Père, le Pape Benoît XVI nous a éclairés à ce sujet, et nous a dit que nous ne pouvions appartenir au Christ « qu’en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront siens. La communion me tire hors de moi-même vers lui et, en même temps, vers l’unité avec tous les chrétiens. Nous devenons « un seul corps », fondus ensemble dans une unique existence ». (Deus Caritas Est, N°14). Marie, Mère des prêtres et de tous les croyants, les attire tous au centre de la Rédemption, en nous faisant sortir de cet égocentrisme diabolique qui nous éloigne de la matrice divine. Oui, et spécialement à nous aussi prêtres, « Marie, la Vierge, la Mère, nous montre ce qu’est l’amour et d’où il tire son origine, sa force toujours nouvelle » (Deus Caritas Est, N°42).

 

Fides

« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu'eux ? Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi » (Mathieu 6, 26-30).

 

 


 

Les paroles de Jésus, tout au long des siècles, arrivent à notre époque avec une actualité une attraction irrésistible, pour ceux qui ont le cœur ouvert à Sa Vérité. Combien de fois il nous arrive d’observer les oiseaux du ciel, de regarder les fleurs, et nous sommes étonnés par la beauté de leurs couleurs, des détails précis de leurs formes, « étudiées » dans les plus petits détails. Et pourtant, parfois, distraits comme nous le sommes, nous ne pensons pas que ces couleurs, ces formes originales, cette vie en miniature qui se trouve devant nos yeux, est un des enseignements les plus puissants que la création puisse nous offrir sur son Créateur, qui est aussi le nôtre : Dieu prend soin de chacun d’entre nous ! Jésus nous le rappelle, et nous fait une invitation personnelle : « Regardez comment votre Père Céleste nourrit les oiseaux et revêt l’herbe des champs ». Si nous prenions au sérieux ces paroles, il serait suffisant d’observer un moineau qui recueille une mie de pain, pour conclure : cette mie de pain, elle aussi la divine Providence « l’a calculée », et le Dieu Infini a pensé aussi à cette mie, que ne fera-t-il pas pour moi, qui suis déjà appelé à vivre éternellement pour Lui et avec Lui ? Si Dieu a voulu que les couleurs d’une fleur soient si belles, combien plus ornera-t-il de beauté une âme qui met sa confiance en Lui, qui vit de sa grâce ? La Sainte Ecriture nous révèle avec clarté que l’origine de tous les maux de l’homme, réside dans le fait qu’il a voulu se passer de Dieu, il a voulu ignorer que tout l’univers existe grâce à la Divine Providence. L’orgueil de l’homme s’est enflé à un tel point qu’il prétend se substituer à Dieu, dans des domaines comme la bioéthique, quand il ne respecte pas les lois mises par le Créateur : « Les progrès de la science et de la technique dans le domaine de la bioéthique se transforment en menaces quand l’homme perd le sens de ses limites et, en pratique, prétend se substituer à Dieu Créateur » (Benoît XVI, Discours du 13 mai 2006). Mais la création ne peut suivre l’homme dans sa rébellion ouverte contre l’œuvre de Dieu, et elle continue à servir le Créateur. Pour cela, les saints, comme François d’Assise, avaient un profond respect pour le monde créé, pour les animaux, pour les éléments de la nature, comme le feu et l’eau. En tout, ils louaient Dieu et le remerciaient pour sa fidélité, qui n’avait pas diminué, dans le monde créé, en l’opposant à l’infidélité que, malheureusement, les hommes avaient semé partout. A l’homme qui offense le Créateur, la nature répond continuellement par un exemple de fidélité aux lois que Dieu lui a données. Parfois, la nature semble se « rebeller », non pas certes contre Dieu, mais contre l’homme qui s’est rebellé contre son Seigneur. L’homme, alors, se sent impuissant, il ne peut dominer, mais il est dominé par des forces naturelles violentes qui se déchaînent contre lui. Que d’exemples, tout au long de l’histoire de l’Eglise, témoignent que c’est seulement grâce à l’aide de Dieu, que l’on a évité une tragédie : comme lorsque la lave d’un volcan s’est arrêtée au pied d’une ville, ou quand une tempête s’est calmée, avant qu’il ne soit trop tard. Dans tous ces cas « miraculeux », se réalise la parole du Psaume : « Notre secours est dans le Nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre » (Psaume 123, 8), prononcé par les humbles de Dieu qui ont eu recours à Lui, avec foi.

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI, lors de sa récente visite pastorale à Santa Marie di Leuca et à Brindisi, a invité toute l’Eglise à recourir avec confiance à la Sainte Vierge, pour que le monde entier soit protégé « des tempêtes qui menacent la foi et les vraies valeurs » : « De cette pointe de l’Europe qui s’avance dans la Méditerranée, entre l’Orient et l’Occident,… nous nous tournons un fois encore vers Marie, la Mère qui nous ‘indique la voie’ - Odegitria –, en nous donnant Jésus, Voix de la paix… De ce port antique, nous La prions comme ‘Port de Salut’ pour tous les hommes et pour l’humanité tout entière. Que sa protection maternelle défende toujours votre Ville et votre Région, l’Italie, l’Europe, et le monde entier, des tempêtes qui menacent la foi et les vraies valeurs ; qu’Elle permette aux jeunes générations d’aller au large sans crainte pour affronter avec une espérance chrétienne le voyage de la vie. Marie, Port de Salut, priez pour nous ». (Benoît XVI, Angélus du 15 juin 2008)

 

Fides

« O homme, cherche à comprendre le plan de Dieu, et reconnais que c’est un plan de sagesse et de miséricorde. En voulant irriguer l’aire avec la rosée céleste, il l’a versée tout entière sur la toison : en voulant racheter le genre humain, il déposa en Marie le prix entier du rachat… Cherchons donc à mieux comprendre avec quelle affection dévote Dieu veut que Marie soit honorée par nous, en laquelle il a mis la plénitude de tout bien… Vénérons donc Marie avec toutes les fibres de notre cœur, avec toutes les affections et tous les désirs de notre âme, parce telle est la volonté de Celui qui a disposé que chaque chose nous vienne par l’intermédiaire de Marie. Oui, c’est sûr, c’est sa volonté, mais c’est aussi notre intérêt ». Le grand Bernard de Clairvaux, chantre authentique des grandeurs et des beautés de la vocation universelle de la Vierge Marie, nous a laissé aussi dans ce passage que je viens de citer, une indication très claire sur l’importance de la dévotion mariale dans la vie de toute personne qui s’ouvre au projet d’amour de Dieu.  

 

 

 

La vénération mariale en effet, n’est pas une invention de l’Eglise, mais elle se trouve au cœur de la Révélation, qui nous a été remise par le Christ Seigneur lui-même qui, en choisissant Marie comme Mère, a décidé qu’elle soit aussi la nôtre : « Voici ta Mère » (Jean 19, 27). Certes, ce n’est pas une maternité imposée, mais tout simplement, elle nous est donnée par Lui. Voilà pourquoi Saint Bernard nous invite « à chercher à mieux comprendre » cette volonté céleste : que Marie soit tellement aimée ! Ce n’est pas par hasard que le grand dévot de Marie nous a rappelé la vérité évangélique par ces paroles : « Dieu voulant racheter le genre humain, déposa en Marie le prix entier du rachat ». Cette vérité élémentaire et fondamentale facilite l’accueil et l’approfondissement d’une véritable relation filiale avec la Vierge Mère, qui peut s’exprimer de très nombreuses manières, mais qui est vécue surtout quand nous cherchons à en imiter ses vertus. Imiter la Vierge Marie dans son adoration envers Dieu, dans son intercession, dans son humble acceptation de la volonté divine, dans son silence plein de bonté, dans sa miséricorde pour le monde, dans son regard tendre et vigilant sur chaque misère humaine… Imiter la Sainte Vierge est une école qui dure toute la vie, et l’Eglise, avec les Saints en tête, nous le recommande vivement, parce que personne n’a glorifié le Seigneur mieux qu’Elle et plus qu’Elle, parce que personne mieux qu’Elle et plus qu’Elle ne L’a accueilli et ne L’a donné au monde. Comment pourrions-nous devenir vraiment « des adorateurs en esprit et en vérité » (Jean 4, 23) sans nous mettre à cette école ? Un autre grand chantre de Marie, profond connaisseur de ses vertus, Saint Ambroise, s’est ainsi exclamé : « Que l’âme de Marie soit en chacun pour glorifier le Seigneur : que l’esprit de Marie soit en chacun pour nous réjouir en Dieu ». Quand nous pensons à la Sainte Vierge, quand nous recourons à son intercession, quand nous prions avec elle le Chapelet, quand nous parlons d’Elle ou à Elle, nous nous consacrons, nous entrons dans son Cœur, dans son âme, et nous respirons son esprit qui nous élève et nous pacifie comme seule cette Mère sait le faire, afin que la grâce de son Fils Jésus puisse trouver en nous le plus petit obstacle possible.

 

Combien il est vrai que la dévotion mariale authentique, toujours et partout, nous fait trouver Jésus plus facilement ! Avec la présence de Marie dans notre vie, se renouvelle sans cesse le miracle de Cana : le vin le meilleur est donné, parce que, voyant l’indigence de l’humanité, Elle l’a demandé à son Fils (Jean 2, 1-11). Cette demande, en effet, n’était pas simplement la demande d’une personne quelconque, ce n’était pas la demande de l’un des Apôtres qui y étaient présents eux aussi, ou d’un invité aux Noces ; c’était la demande faite au Christ directement par sa Mère ! Cela a tout changé ! Précisément, le Fils a voulu qu’il en soit ainsi, que ce miracle, comme d’ailleurs d’innombrables autres miracles au cours des siècles, se produise sur un désir de la Mère : obtenu par Elle. Ce n’est pas une devise exagérée et d’un autre temps que celle qui dit « Ad Jesum per Mariam ». Elle est toujours actuelle et doit être répétée et vécue même de nos jours : et pourquoi pas, même en commençant et en terminant la journée !

 

Fides

La Parole de Dieu que nous écoutons à la Messe du dimanche, devrait nous accompagner, et éclairer toute notre semaine, afin que la Vérité révélée, contenue tout spécialement dans l’Evangile, continue son parcours de lumière dans notre cœur. Dimanche dernier, nous avons écouté l’Evangile de la vocation de Saint Matthieu. A peine eut-il entendu la parole « suis-moi », prononcée par Jésus, comme en témoigne l’Evangile, « il se leva et le suivit » (Matthieu 9, 9). Ce qui frappe, dans cette réponse, c’est l’élan généreux du publicain, se mettre, sans attendre, à suivre Jésus. Or, nous savons tous que, sans une cause, il n’y a aucun effet et que cela est proportionné à la cause elle-même. Si l’élan de Matthieu a été aussi grand, combien grande a dû être la grâce de l’appel du Christ ? Combien a dû être intense la fascination suscitée par cette Parole « suis-moi » ?

 

 

 

Quand nous pensons à Jésus, quand nous relisons Son Evangile et la rencontre, le moment, la situation dont nous parle la Sainte Ecriture, nous ne devrions jamais oublier la grâce et la fascination exceptionnelle, qui irradiait de la Personne du Christ. Tout, en Lui, était chargé de grâce : son regard, ses traits, son silence… mais sa Parole était quelque chose d’extraordinaire, d’autant plus que, remplis de stupeur, ceux qui l’écoutaient, s’exclamaient : « Qu’est-ce donc là ? Une doctrine nouvelle enseignée avec autorité. Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent » (Marc 1, 27). Celui qui s’approchait de Jésus, sans préjugés, ne pouvait que recevoir la force de la Vérité qu’il proclamait, et qu’Il était ! C’est pourquoi Simon-Pierre s’adresse à Jésus et lui dit : « Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Saint Thomas d’Aquin, dans son Exposé sur Jean, déclare : « L’homme désire principalement deux choses : en premier lieu cette connaissance de la Vérité qui est le propre de sa nature. En deuxième lieu, la permanence dans l’être, propriété qui est commune à toutes les choses. Dans le Christ, on trouve l’une et l’autre. Il est la voie pour arriver à la connaissance de la Vérité, et plus encore, il est la Vérité elle-même : Guidez-moi Seigneur, dans la Vérité, et je marcherai dans votre voie (cf. Psaume 85, 11) » (Deuxième lecture de l’Office des Lectures de la IX° semaine du Temps Ordinaire - Samedi). Saint Matthieu, ce jour-là, avait perçu clairement que Celui qui l’appelait, possédait la Vérité, que Sa parole était différente de toutes les autres, parce qu’il donnait la force pour le suivre. Le résultat de cette rencontre est bien connu : depuis ce jour, sa vie ne fut plus la même : au "banc de la douane", il préféra Jésus, aux intérêts personnels, il donna la préférence au Messie, et, ainsi, tout changea. La force de cette parole « suis-moi » a été ressentie, tout au long des siècles, par d’innombrables personnes qui, plutôt que de sauver leur vie, de se tenir attachées à son propre "banc de la douane", ont choisi de se lever et de suivre Jésus, pour imiter son style de vie. Combien de jeunes, qui sont devenus prêtres, ont ressenti dans leur cœur la douce force de l’invitation à suivre Jésus, et, s’étant libérés de tout lien terrestre, se sont lancés, comme Matthieu, dans l’aventure d’appartenir seulement à Dieu. Le Seigneur, aujourd’hui comme alors, a besoin de tels hommes qui, librement, se détachent des biens du monde, d’une profession humaine, et, surtout, de liens affectifs, pour se mettre totalement à Sa disposition. Le Christ était libre, et il veut des personnes libres pour Le suivre, comme Matthieu. La vocation au célibat « pour le Royaume des Cieux » (cf. Matthieu 19, 12), part toujours d’un appel de Jésus, et chaque appel est un don de Son amour. S’il n’y avait pas eu la demande de « le suivre » sur cette voie, il serait absurde, pour un jeune, de renoncer à sa propre famille, avec des enfants à éduquer dans la foi et dans l’amour de Dieu. Mais si cette parole est perçue au plus profond de l’âme, il serait absurde alors de ne pas la suivre, parce que l’on renoncerait au plus grand trésor qui puisse exister sur la terre : le sacerdoce ministériel. On peut considérer cela comme tel, parce que le prêtre représente Jésus, et, sans ce ministère, il n’y aurait pas de possibilité d’accéder au miracle le plus grand, la Très Sainte Eucharistie. Saint Jean Bosco disait : « Le plus grand don que Dieu puisse faire à une famille, c’est un fils prêtre » ; et Saint Augustin déclarait : « Le prêtre est le sommet de toutes les grandeurs ».

 

Durant ce mois consacré au Sacré-Cœur de Jésus, de nombreuses personnes, dans l’Eglise, prient de manière particulière pour la sanctification des prêtres, et ils le font parce qu’ils veulent les soutenir dans leur chemin pour devenir toujours plus semblables à Jésus. Dans cet esprit, il est beau de relire les expressions, riches d’humilité et d’amour, de Saint François d’Assise, que nous trouvons dans son Testament, à propos des prêtres : « Le Seigneur m’a donné et me donne une foi tellement grande dans les prêtres qui vivent selon la forme de la Sainte Eglise Romaine, en raison de leur Ordre, que, même si on me persécutait, je veux m’adresser à eux précisément. Et si j’avais autant de sagesse qu’en eut Salomon, et si je tombais sur de pauvres prêtres de ce monde, dans les paroisses où ils se trouvent, je ne veux pas prêcher contre leur volonté. Je veux les craindre eux et tous les autres, je veux les aimer et les honorer comme mes seigneurs. Et je ne veux pas considérer leur péché, parce que, en eux, je reconnais le Fils de Dieu, et ils sont mes seigneurs. Et je fais cela parce que, du Très-Haut Fils de Dieu lui-même, je ne vois rien d’autre corporellement, en ce monde, si ce n’est le Très Saint Corps et le Très Saint Sang qu’ils reçoivent, et qu’eux seuls administrent aux autres… » (Testament de Saint François, en l’an 1206).

 

Fides

Pour la conclusion du Mois de Mai, commentant l’Evangile de la Fête de la Visitation, qui coïncidait cette année avec la Mémoire du Cœur Immaculé de Marie, après avoir rappelé l’importance de la récitation du Chapelet en famille et dans les paroisses, Benoît XVI nous a fait don de paroles intenses et profondes. « Aujourd'hui, en la fête de la Visitation, la liturgie nous fait entendre à nouveau le passage de l'Evangile de Luc, qui raconte le voyage de Marie de Nazareth vers la maison de sa cousine âgée Elisabeth (…). Lorsqu'elle arrive chez Elisabeth, il se produit un fait qu'aucun peintre ne pourra jamais rendre dans la beauté et la profondeur de sa réalisation. La lumière intérieure de l'Esprit-Saint enveloppe leurs personnes. Et Elisabeth, illuminée d'en-Haut, s'exclame : "Tu es bénie entre toute les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur" (Luc 1, 42-45). Ces paroles pourraient nous apparaître disproportionnées par rapport au contexte réel. Elisabeth est l'une des nombreuses femmes âgées d'Israël et Marie une jeune fille inconnue d'un village perdu de Galilée. Que peuvent-elles être et que peuvent-elles faire dans un monde où comptent d'autres personnes et pèsent d'autres pouvoirs ? Mais Marie nous étonne encore une fois; son cœur est transparent, totalement ouvert à la lumière de Dieu; son âme est sans péché, elle n'est pas alourdie par l'orgueil et l'égoïsme. Les paroles d'Elisabeth font naître dans son esprit un cantique de louange, qui est une lecture "théologique" de l'histoire authentique et profonde : une lecture que nous devons sans cesse apprendre de Celle dont la foi est sans ombres ni fissures. "Mon âme magnifie le Seigneur". Marie reconnaît la grandeur de Dieu. Tel est le premier et indispensable sentiment de foi; le sentiment qui donne sa sécurité à la créature humaine et la libère de la peur, même si elle se trouve au milieu des tempêtes de l'histoire (…). Allant au-delà de la surface, Marie "voit" avec les yeux de la foi l'œuvre de Dieu dans l'histoire(…). Et son Magnificat, après plusieurs siècles et plusieurs millénaires, reste l'interprétation la plus véritable et profonde de l'histoire, alors que les lectures faites par de si nombreux sages de ce monde ont été démenties par les faits au cours des siècles » (Benoît XVI, 31 mai 2008).

 

 


La dévotion mariale, quand elle est authentique, amène nécessairement au désir d’imiter les vertus de Marie, ses dispositions intérieures, qui transparaissent, en premier dans la Parole de Dieu. L’Eglise se met elle-même, et chacun de nous, à l’école de Marie, précisément parce qu’elle l’on peut apprendre, de la Mère de Dieu, de la meilleure manière possible, comme devenir de vrais disciples de Jésus. C’est là le but ultime de ce « pieux exercice » dédié à la Sainte Mère de Dieu. Quand l’amour envers la Sainte Vierge est authentique, celui qui le pratique ressent la nécessité de suivre Jésus « à la manière » de Marie. Ce « style marial » se distingue par les deux vertus fondamentales du Cœur du Christ et du Cœur Immaculé de Marie, qui Lui est parfaitement uni : l’humilité et la douceur (cf. Mathieu 11, 29). Quelqu’un a écrit que lorsque le Seigneur proclamait les Béatitudes, Sa pensée était tournée vers sa Mère, parce qu’elle les vivait toutes de manière parfaite. La première Béatitude est précisément celle qui concerne l’humilité, c’est-à-dire la pauvreté de soi. Comme le dit Jésus, « la pauvreté en esprit » introduit dans la richesse du Royaume de Dieu (cf. Mathieu 5, 3). La Sainte Vierge, dans le chant du Magnificat, parle de sa pauvreté, de son humilité, comprise comme petitesse, pour expliquer « pourquoi le Seigneur l’a choisi » : précisément parce qu’elle était tellement petite, tellement humble, que Dieu s’est penché sur elle (cf. Luc 1, 48). Ce qui attire la complaisance de Dieu sur Ses créatures, ce n’est pas la "grandeur", mais la "petitesse" qu’elles vivent, devant Sa face et réciproquement. Comme l’enseigne le Pape : « Marie reconnaît la grandeur de Dieu. C’est là le premier sentiment de la foi » ! Ainsi, on pourrait dire que le premier signe de l’authenticité de la foi est un cœur humble, semblable à celui de Marie, qui est toujours conscient de sa petitesse et de la grandeur infinie et de la puissance divine. Un cœur de cette sorte ne se laisse pas tromper par l’orgueil et, en conséquence par le Diable qui, comme le dit Jésus « a été homicide depuis le début ; il n’était pas établi dans la Vérité, parce qu’il n’y a pas de Vérité en lui : quand il dit ses mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jean 8, 44). De même, celui qui est orgueilleux « parle de son propre fonds », il ne parvient pas à être « objectif » parce qu’il est pris par lui-même, enfermé dans son propre « subjectivisme », alors que celui qui est humble, s’ouvre à la Vérité, qui lui est donnée par celui qui la possède. Aux humbles, le Seigneur enseigne la Vérité sur lui-même, parce qu’ils sont capables de l’accueillir (cf. Matthieu 11, 25). La Sainte Vierge est parfaitement humble, parce que « son âme est sans péché, qu’elle n’est pas appesantie par l’orgueil et par l’égoïsme », et c’est pourquoi Dieu peut se donner à Elle dans une mesure qui la rend capable de concevoir, non de la chair, son Fils Unique, le Verbe Incarné.

 

Ainsi, plus nous nous faisons petits, en nous confiant à Marie, plus le Seigneur nous rendra capables de L’accueillir : les rayons de lumière de l’amour divin s’amplifieront et, progressivement, chasseront les obscurités de notre égoïsme. Un cœur humble est animé par la charité authentique qui « ne cherche pas son propre intérêt » (1 Corinthiens 13, 5). Un cœur humble n’agit pas selon la logique du monde, qui centre tout sur lui-même, mais « court » vers Dieu et vers le prochain, comme Marie, qui, avec le Seigneur dans son sein – « sous son cœur » comme le chante un chant allemand émouvant – va « en hâte » chez la vieille cousine Elizabeth. La « Visitation » est la « charité du Christ en action » chez Marie, qui nous est révélée dans toute sa beauté, afin que nous nous mettions « à courir » vers notre prochain, pour lui apporter Jésus.

 

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