« Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a regardé son humble servante. Désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1, 46-48). Dans le Magnificat, la Vierge Marie chante son immense gratitude à Dieu qui a posé Son regard non sur une reine du temps, mais sur la petitesse d’une fille inconnue de Nazareth. Du plus profond de son cœur, rempli de l’Amour Eternel, Marie Lui rend gloire en exultant en son esprit pour la bonté immense dont il a rempli son sein, et, au comble de la joie, elle s’exclame par cette expression prophétique : « Désormais toutes les générations me diront bienheureuse ! ».

 

 

 

Nous appartenons nous aussi à ces générations, appelés à nous unir de manière consciente au Magnificat de Marie, pour exalter, avec Elle, la bonté infinie de Dieu qui, précisément grâce au « Me voici » de la Sainte Vierge, se révèle et resplendit sur le Visage humain de Jésus-Christ. Le Cœur de Marie nous éduque et nous forme à devenir comme le sien : un cantique de louange et de gratitude éternelle au Seigneur pour les merveilles qu’il opère sans cesse dans le cœur de chaque homme. Jésus déclare dans l’Evangile : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis toujours à l’œuvre » (Jean 5, 17) ; pour pouvoir mieux connaître cette Œuvre d’Amour de la Très Sainte Trinité, nous sommes invités à nous unir au Magnificat marial. En effet, l’esprit tout pur, immaculé de la Sainte Vierge, réveille le nôtre, et le tire de la grisaille et de la torpeur qui bien souvent le tenaillent, pour le faire exulter en Dieu Sauveur. Avec la Sainte Vierge, tout se réveille et exulte, les créatures tressaillent de joie, comme cela s’est produit lors de la rencontre avec sa cousine Elizabeth : « A peine Elisabeth entendit le salut de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein » (Luc 1, 12). Le Magnificat de Marie pénètre l’Eglise tout entière, et invite chaque âme, qui s’unit à Elle, à s’ouvrir à la Miséricorde Divine. Combien il est important de faire de notre vie un Magnificat : accueillir la bonté de Dieu, et, dans la gratitude, la répandre avec tout notre être, comme l’a toujours fait Marie dans sa rencontre avec toutes les créatures. On ne peut vraiment accueillir un don, si l’on n’est pas reconnaissant envers celui qui nous l’a donné. Le Magnificat est un signe d’accueil authentique, de gratitude sincère pur chaque don que Dieu distribue. Lorsque manque la gratitude, toute action est dénuée de sens : « Si tu connaissais le Don de Dieu ! » (Jean 4, 16). Il faut connaître pour apprécier et être reconnaissants. La gratitude est le fruit de cette reconnaissance intérieure et extérieure, et est fondamentale pour toute la vie. Il faut la pratiquer depuis la première enfance, afin que notre existence dépasse la litanie mélancolique des plaintes et devienne le chant de louange.

 

Dans le Magnificat de la Vierge Marie, chacun d’entre nous apprend ce qu’est la prière, et la gratitude. Ce cantique merveilleux, le Magnificat, la Vierge Marie ne l’a pas proclamé et prié seulement pour elle, mais pour toutes les générations que, en la proclamant « bienheureuse », s’uniront de cœur et d’esprit avec sa louange éternelle, en apprenant de Celle qui est la Mère de l’Eglise, à accueillir, dans le cœur et dans l’Eglise, le Sauveur, pour l’apporter au monde. Qui, mieux et plus que la Sainte Vierge peut nous Le donner ? Qui mieux et plus que la Sainte Vierge peut nous enseigner à Le recevoir ? Que le Magnificat soit pour nous tous la prière qui non seulement réchauffe le cœur, mais le secoue et le pousse à aller à la rencontre des personnes de chaque génération.

 

Fides

Le Seigneur s’est souvent servi de paraboles pour inique, par des similitudes efficaces, les mystères de son Royaume, en ouvrant l’esprit et le cœur de Ses disciples, pour les faire participer à l’œuvre merveilleuse à laquelle il les avait appelés de manière singulière : la sainteté ! Nous, Ses enfants, nous pouvons imiter le Maître même en utilisant des images et des exemples, tirés de la vie quotidienne, pour rendre actuel l’Evangile. Une de ces images, souvent citée par les saints, par les prédicateurs de la Parole, par les auteurs spirituels et d’autres encore, est sans doute l’image de la « mer ».

 

 

 


L’exemple de la mer se prête bien pour faire comprendre, par exemple, l’immensité de l’Amour de Dieu pour l’humanité : il est vaste, profond, immense… en un mot, illimité, comme un océan. Cet amour du Christ, du Christ unique et indivisible, qui est le même « hier, aujourd’hui et à jamais », ne fait pas de différences entre les personnes, il se donne à tous, comme la blanche Hostie. Là, la présence du Christ est totale, dans chaque Parcelle, peu importe qu’elle ait été consacrée lors d’une Messe célébrée dans la plus grande Basilique ou dans la plus petite chapelle. Jésus est toujours le même : l’Homme Dieu ! Il est comme la mer : il baigne tous ceux qui se jettent en lui. Quand on se plonge dans la mer, c’est parce qu’on a laissé la terre. Qu’il est beau alors de penser que, lorsque nous recevons le Corps et le Sang du Christ, c’est comme si nous nous plongions dans l’océan immense, où Jésus nous reçoit, nous qui l’avons reçu ! Etre plongés dans le Christ, comme des poissons dans l’eau. Cela devrait être l’état habituel de tout chrétien. Jésus l’a dit : « Celui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 56), « Demeurez en moi et moi en vous » (Jean 15, 4). La Communion Eucharistique avec Jésus est absolument nécessaire à l’existence chrétienne. Dans cette « mer du Christ », toutefois, nous ne pouvons pas entrer avec le « scaphandre », cet étrange instrument qui permet aux plongeurs sous-marins d’aller dans les profondeurs marines, pour des temps parfois très longs. Notre égoïsme est comme un « scaphandre », qui isole de la mer de la miséricorde de Dieu, même si nous y vivons immergés : il ne suffit pas de recevoir le Corps du Christ pour être transformés en Lui ! Il nous faut nous renier nous-mêmes chaque jour. Le péché, qui naît de l’orgueil et de l’égoïsme nous « isole » en effet de la « mer du Christ », parce qu’il ne nous fait pas entrer en communion avec l’humilité et la bonté de Dieu, en nous rendant imperméables à cette grâce. Combien est triste et isolée une vie égocentrique ! En revanche, quand nous nous renions nous-mêmes, c’est-à-dire quand nous sortons de l’égoïsme et quand nous nous donnons à Dieu et au prochain, alors, notre cœur s’ouvre, il sort du « scaphandre » et est « baigné » par la grâce de l’Amour de Dieu, qui ne connaît pas de limites. Page après page, l’Evangile nous invite à nous aventurer progressivement dans « la mer du Christ » : « Duc in altum » (Luc 5, 4), « va au large », nous répètent Jésus et l’Eglise : plus on se perd en Dieu, et plus on trouvera la vraie vie !

 

Plus nous deviendrons familiers avec l’Evangile, et plus grandira contre confiance en Jésus, plus nous nous rendrons compte que notre vie changera, qu’elle ne sera plus la même qu’auparavant, parce que « la mer du Christ » nous emmènera au loin, et que notre existence perdra, peu à peu, les contours durs et les faux contenus, typiques de l’orgueil et de l’égoïsme. En effet, nous deviendrons toujours plus un tout avec la miséricorde du Seigneur, et « Sa mer », « Son Amour », deviendra « notre mer ». Il faut certes une bonne dose de courage pour se perdre soi-même, et se « plonger » dans cette mer du Christ. Nous avons peur d’aller au large et de laisser derrière nous les « vieilles » habitudes, liées à ce qui est corruptible ; mais si nous laissons « prendre » par le Christ, nous trouverons alors toujours plus en Lui notre demeure, et il ne nous sera plus possible de vivre une journée sans Lui. C’est l’expérience de cette « mer » qui a fait dire à saint Paul : « Qui me séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le danger, l’épée ?... Ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, dans le Christ Jésus, Notre Seigneur » (Romains, 8, 35 ss.).

 

Sur cette « mer du Christ » brille pour toujours une Etoile, la Vierge Marie, qui indique aux navigateurs, le port d’arrivée. Le nom même de « Marie », en réalité, a aussi la signification de « mer » : comme la mer, la bonté de la Sainte Vierge n’a pas de limites ! Ainsi, dans la « mer du Christ », nous trouvons Sa Mère qui nous enseigne, comme personne d’autre, à naviguer, à nous plonger dans les profondeurs pour découvrir des richesses inépuisables, à la portée de chacun. Il suffit ouvrir la porte de notre volonté à Jésus : « Voilà, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et m’ouvre la porte, je viendrai à lui, je mangerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse, 3, 20).

 

Fides

Le Temps Pascal qui culmine avec la Solennité de la Pentecôte, est un Temps privilégié pour approfondir l’union avec le Saint-Esprit, la Troisième Personne de la Trinité qui, comme nous le disons dans le Credo « est Seigneur et donne la vie » ! L’amour Divin « donne la vie », tellement concrètement que, sans Lui, il serait absurde, pour nous chrétiens, de parler de vie spirituelle. C’est seulement avec l’Esprit de Dieu que notre existence s’élève vers le Ciel, et devient une vie « pour Dieu » et « en Dieu. Avec le don de l’Esprit, nous ne sommes plus laissés tout seul, comme dans un désert, mais nous marchons en compagnie de Dieu.

 



 

Le Seigneur donne le Saint-Esprit à ceux qui vivent selon Ses commandements. Pour cela, pour goûter les fruits du Saint-Esprit, comme « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » (Galates 5, 22), il faut vivre en harmonie avec l’Evangile, c’est-à-dire, en se comportant conformément aux paroles du Christ : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Marc 8, 34). Ainsi, la première condition pour être un disciple authentique est de renoncer à soi-même. Précisément, comme nous en avertit Saint Paul, dans la Lettre aux Galates : « Laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair » (Gal 5, 16-17). Le Saint-Père nous rappelle : « Sans l’amour pour Jésus, qui se réalise dans l’observation de ses commandements, la personne s’exclut du mouvement trinitaire et commence à se replier sur elle-même, en perdant la capacité de recevoir Dieu et de communiquer avec lui » (Benoît XVI, Homélie du 27 avril 2008). On ne peut parler de vie spirituelle que lorsque l’on est décidé à faire la Volonté de Jésus, en engageant continuellement une bataille contre la chair, c’est-à-dire contre son propre égoïsme. Malheureusement, une des erreurs les plus fréquentes dans la vie spirituelle, consiste à s’abaisser à des compromis avec le péché, dans l’illusion que la Miséricorde Divine pourra "couvrir", "excuser" ces compromis ; mais, si l’on bloque l’Esprit, on bloque dans le même temps la Miséricorde elle-même de Dieu, parce qu’on ne Lui donne pas la possibilité de nettoyer et de guérir l’homme de n’importe quelle maladie spirituelle. « Le Saint-Esprit, qui est Dieu avec le Père et avec le Fils, nous renouvelle dans le Baptême, et, de notre état d’imperfection, il nous ramène à notre beauté primitive et nous remplit de sa grâce, à tel point que nous ne pouvons plus rien admettre en nous d’indécent. Il nous libère du péché et de la mort, et, de terrestres que nous sommes, faits de poussière et de terre, il nous rend spirituels, il nous permet de participer à la gloire divine, d’être enfants et héritiers de Dieu Père, de nous rendre conformes à l’image de son fils, ses frères et ses cohéritiers, destinés un jour à être glorifiés et à régner avec lui « (Traité « Sur la Trinité » de Didyme d’Alexandrie). L’Eglise a toujours enseigné, à la Lumière de la Vérité révélée, que le Saint-Esprit guidait le cœur des fidèles sur la voie de la purification progressive, liée de manière indissoluble au repentir des péchés, dans une vie réconciliée avec Dieu. Jésus, avec la force du Saint-Esprit, a confié aux apôtres et à leurs Successeurs le Sacrement de la Réconciliation, par lequel, non seulement les fautes sont remises, mais est "augmentée" aussi la grâce sanctifiante, qui rend l’âme toujours plus libre des attaches du péché. Combien de miracles de libération et de guérison intérieure se passent dans la discrétion du confessionnal, chez ceux qui y vont, sincèrement repentis, pour confesser leurs propres péchés ! A propos de ces "miracles cachés", il y a un passage, riche de signification, dans le Journal de Sainte Faustine Kowalska, dans lequel l’humble religieuse polonaise a recueilli les confidences du Seigneur : « Dis aux âmes qu’elles doivent chercher la consolation… au Tribunal de la Miséricorde (c’est-à-dire de la Confession) : là, en effet se passent les miracles les plus grands… Et pour obtenir ces miracles, il ne faut pas faire des pèlerinages dans des terres lointaines, ni célébrer des rites extérieurs solennels, mais il suffit de se mettre avec foi aux pieds de mon représentant, et de confesser sa propre misère : et le miracle de la Divine Miséricorde se manifestera dans toute sa plénitude. me si une âme était en décomposition comme un cadavre, et que, humainement il n’y ait plus aucune possibilité de résurrection et que tout soit perdu, il n’en serait pas ainsi pour Dieu : un miracle de la Divine Miséricorde ressuscitera cette âme dans toute sa plénitude. Qu’ils sont malheureux ceux qui ne profitent pas de ce miracle de la Divine Miséricorde. Vous l’implorerez en vain, quand il sera trop tard » (Journal, Diario p. 476).

 

 

Le protagoniste de toute confession sacramentelle est le Saint-Esprit, qui a été répandu pour la rémission des péchés ! Si l’on veut vivre unis de manière plus intimes à Lui, on doit se décider, comme le recommande l’Eglise, à aller se confesser plus souvent pour dénicher du cœur tout compromis avec le péché, et ressentir toujours plus que « le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Corinthiens, 3,17) !

 

Fides

Lors de la célébration de la Très Sainte Trinité, dimanche dernier, nous avons élevé notre coeur vers Celui qui nous a créés à son image et à Sa ressemblance pour être, comme le déclaraient les Pères grecs de l’Eglise, « capables de Dieu » ! Quelle création merveilleuse est la personne humaine, capable d’entrer en communion avec son propre Créateur, d’en devenir, finalement, familier. Saint Paul l’écrit aux chrétiens d’Ephèse : « Vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes, mais vous êtes citoyens des Saints, vous êtes de la maison de Dieu » (Ephésiens 2, 19). Avoir Dieu comme partenaire dans sa propre vie est la plus belle « aventure » que l’on puisse imaginer, parce que l’on n’est jamais déçu par le Seigneur. En effet, il nous a appelés à la participation la plus complète à Sa Vie Divine. Qu’est-ce qui rend, parfois, si difficile le rapport avec Jésus ? Pourquoi la vie apparaît-elle souvent comme une lutte à armes inégales avec le monde, avec les autres, avec nous-mêmes… ?

 

 

 

 

Comme toujours, la réponse nous vient de la Parole de Dieu. Si nous lisions la Bible de manière plus attentive, avec les commentaires merveilleux qu’en ont faits, avant tout, les Pères de l’Eglise, nous trouverions la solution à chacune de nos questions. Saint Jacques, à propos des passions qui agitent le cœur humain, déclare avec une clarté cristalline : « D'où viennent les guerres, d'où viennent les batailles parmi vous ? N'est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors vous bataillez et vous faites la guerre. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions. Adultères, ne savez-vous pas que l'amitié pour le monde est inimitié contre Dieu ? Qui veut donc être ami du monde, se rend ennemi de Dieu. Penseriez-vous que l'Écriture dise en vain : Il désire avec jalousie, l'esprit qu'il a mis en nous ? Il donne d’ailleurs une plus grande grâce suivant la parole de l'Écriture : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles. Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. Purifiez vos mains, pécheurs ; sanctifiez vos cœurs, gens à l'âme partagée. Voyez votre misère, prenez le deuil, pleurez. Que votre rire se change en deuil et votre joie en tristesse. Humiliez-vous devant le Seigneur et il vous élèvera » (Jacques 4 1-10).

 

Ce qui empêche vraiment la communion avec le Seigneur, c’es-à-dire notre vrai bonheur, ce n’est pas autre chose que nos passions. Tout ce qui ne s’aligne pas sur le commandement de l’amour, voulu par Jésus, cause chez l’homme le désordre, et, en conséquence le malheur. Le signe de ce malheur, est le mal qui sort du cœur de l’homme, de ses lèvres, mais même avant encore, de sa pensée qui refuse de se soumettre à Dieu, qui L’ignore, ou qui Lui est indifférent, en croyant stupidement de pouvoir se passer de Lui ! Jésus déclare ouvertement dans l’Evangile que « sans Lui nous ne pouvons rien faire » (Jean 15, 5), rien de bon ! C’est seulement si nous nous soumettons au Seigneur que nous pourrons dominer les passions qui nous font la guerre chaque jour. Ce ne sont pas les « autres » qui sont la cause de nos maux, mais nos passions qui portent les noms suivants ! Orgueil, superbe, envie, jalousie, ambition, abus de pouvoir… Des Saints, nous apprenons cette grande leçon de vie : personne ne peut enlever la paix du cœur à celui qui a appris à dominer ses propres passions. Si l’autre nous blesse par ses offenses, c’est parce que nous ne sommes pas suffisamment enracinés en Jésus par l’amour. Si nous l’étions, même en nous sentant maltraités, nous aurions la force de passer au-dessus des passions et de nous élever vers Dieu. Quand les Saints étaient offensés, ils remerciaient alors le Seigneur, parce que, de cette manière, ils étaient ‘contraints’ d’exercer la vertu de miséricorde qui les faisait devenir plus miséricordieux et, ainsi, plus semblables à Dieu ! « Tenez pour une joie suprême, mes frères, d'être en butte à toutes sortes d'épreuve. Vous le savez : bien éprouvée, votre foi produit la constance ; mais que la constance s'accompagne d'une œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits, irréprochables, ne laissant rien à désirer » (Jacques, 1, 2-4). Le secret du bonheur, c’est-à-dire de la pleine réalisation humaine, c’est proprement cela : devenir semblables à Dieu. Il n’y a pas de bonheur plus grand que celui de ressembler à Jésus, vrai Homme et vrai Dieu : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux… Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde… Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Matthieu, 5, 3.7-8). Celui qui renonce à ses propres passions pour Jésus peut devenir bienheureux, et, grâce à cet amour, il est, peu à peu, transformé en une autre créature, il devient disciple du Seigneur. Le disciple authentique est seulement celui qui ressemble à son Maître ; plus il lui ressemblera, et plus il Lui sera semblable ! La seule et unique créature qui a vécu cette ressemblance avec le Seigneur est à n’en point douter, la Vierge Marie. Reine du mois de mai, c’est à elle que nous voulons confier le cheminement de notre vie, pour qu’il devienne « un cheminement de transformation » en Jésus et qu’il soit, de la sorte, une source de joie et de paix.

 

Le Saint-Père, le Pape Benoît XVI, après s’être rendu au Sanctuaire de Notre-Dame de la Garde, parlant de l’histoire de ce Sanctuaire, a déclaré : « La tradition rapporte que la Sainte Vierge, lors de sa première apparition à Benedetto Pareto, inquiet parce qu’il ne savait comment répondre à l’invitation de construire une église en ce lieu si éloigné de la ville, lui dit : ‘Aie confiance en moi ! Les moyens ne te manqueront pas. Avec mon aide, tout te sera facile. Conserve seulement ta volonté ferme… Aie confiance en moi !’ C’est ce que Marie nous répète aujourd’hui » (Benoît XVI, homélie du 18 mai 2008). Ces paroles renforcent aussi notre confiance, surtout quand il nous semble impossible de surmonter nos passions. Alors, principalement si nous récitons le Chapelet, nous recevrons la force d’aller de l’avant et de réaliser le projet merveilleux dans notre vie : devenir semblables à Lui !

 

Fides

Avec la Solennité de la Pentecôte, se termine le Temps Pascal, et la Liturgie nous fait entrer dans le Temps ordinaire. En effet, le passage de la Pentecôte au Temps Ordinaire semble un peu brusque, en ce sens que l’on se retrouve immédiatement, après une aussi grande Fête consacrée au Saint-Esprit, dans « le domaine ordinaire ». De plusieurs parties, on exprime le désir d’un « retour » de l’Octave de la Pentecôte dans la calendrier liturgique de l’Eglise, qui donnerait à tous la possibilité de vivre, de manière plus prolongée, la grande célébration de l’Effusion du Saint-Esprit, dont on a tellement besoin…

 

 

 


Chaque jour devrait devenir une occasion où l’on invoque l’Esprit, où on l’adore, où on le recherche, comme on cherche le Bien le plus précieux, le Saint-Esprit étant l’Amour Divin lui-même ! Quelle journée pourrait se passer de l’Amour ? Aucune ! Quelle prière pourrait se passer du Saint-Esprit ? Aucune ! Comme nous le déclare Saint Paul, « personne ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n’est sous l’action du Saint-Esprit » (1 Corinthiens 12, 3). Quelle œuvre de bien, faite au Nom de Dieu pourrait se passer de la puissance du Saint-Esprit ? Aucune, autrement elle serait une œuvres des hommes, et non pas déjà Son œuvre. En effet, le Saint-Esprit est comme l’air que nous respirons : nous ne le voyons pas, mais il est partout, et sans lui nous ne pouvons pas vivre. La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est la vie et la lumière de nos âmes. « L’hôte très doux de nos âmes », « le rafraîchissement délicieux » est tellement caché qu’il échappe à tout regard superficiel. Pour Le trouver, il faut creuser en profondeur, rentrer en nous-mêmes ; c’est Lui le véritable Maître intérieur, le Guide spirituel de l’âme, « l’âme de notre âme » ! Pour nous trouver nous-mêmes, nous avons besoin de le Trouver, et pour Le trouver, nous avons besoin de prier. D’une manière toujours pus frénétique, où l’homme se projette en dehors de lui-même, en s’identifiant avec l’apparence plutôt qu’avec l’intériorité de son être, l’Esprit est souvent sous-estimé, même par ceux qui croient au Christ, s’ils suivent l’activisme, le matérialisme, l’hédonisme, le relativisme… Pour s’opposer à ces rythmes épuisants du genre de vie actuel qui multiplie les choses à faire, il est absolument nécessaire d’introduire, dans notre propre existence, des rythmes de prière, c’est-à-dire des moments ouverts au souffle de l’Esprit : pour reposer en Lui, pour se laisser consoler et inspirer par Lui, pour aimer et pour nous renforcer, pour pardonner et pour être véritablement libres. En tout temps, nous pouvons invoquer l’Esprit sur nous, sur notre travail, sur les situations difficiles, sur les peuples et sur les villes, sur les individus et sur les communautés. Nous pouvons toujours recourir à Lui et, comme nous l’a promis Jésus, nous ne serons jamais déçus : « Demandez et il vous sera donné. Parce que celui qui demande reçoit, celui qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira… Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner des choses bonnes à vos enfants, combien plus votre Père Céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui Le lui demandent ! » (Luc 11, 9 ss.). La force transformante du Saint-Esprit est étonnante. On le voit clairement dans la vie des Apôtres. Avant de rencontrer le Seigneur, c’étaient des gens quelconques, et, après la Pentecôte, ils sont devenus les Colonnes de l’Eglise : des hommes de Dieu, parce que remplis d’amour pour le Seigneur Jésus, jusqu’à donner leur propre vie par amour de Son Nom ! Saint Cyrille d’Alexandrie, sans son Commentaire sur l’Evangile de Saint Jean, décrit avec une efficacité extraordinaire, l’action rénovatrice du Saint-Esprit chez ceux qui, par la foi, L’accueillent dans leur cœur : « Que l’Esprit en effet transforme en une autre nature ceux chez lesquels il habite, et qu’il les renouvelle dans leur foi, c’est facile de le démontrer avec le témoignage de l’ancien et du Nouveau testament. Samuel, en effet, inspiré, adressant la parole à Saül, lui dit : L’Esprit du Seigneur fondra sur toi… et tu seras changé en un autre homme » (1 Samuel 10, 6). Et Saint Paul nous dit : « Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur, qui est Esprit (2 Corinthiens 3, 18). Vois-tu comment l’Esprit transforme, pour ainsi dire, en une autre image ceux dans lesquels il habite ? En effet, il mène avec facilité, du goût des choses terrestres à celui des seules choses célestes, et d’une timidité craintive à une force d’âme remplie de courage et de grande générosité » (2° lecture de l’Office des Lectures du jeudi de la VII° Semaine de Pâques).

Nous aussi, si nous croyons et si nous laissons de la place, dans notre vie, à la puissance du Saint-Esprit, nous ferons l’expérience, au fil des ans, de cette transformation dont parle Saint Cyrille, avec laquelle nous deviendrons des personnes nouvelles. Regardons tous avec une confiance priante à « l’Epouse du Saint-Esprit », et unissons-nous à la prière du Saint-Père : « Demandons à la Vierge Marie d’obtenir aujourd’hui encore à l’Eglise une nouvelle Pentecôte, qui répande en tous, et de manière spéciale chez les jeunes, la joie de vivre l’Evangile et d’en témoigner » (Benoît XVI, Regina Caeli, 11 mai 2008).

 

Fides

« Aujourd’hui, ensemble, nous confirmons que le Chapelet n’est pas une pieuse pratique reléguée au passé, comme une prière d’autres temps à laquelle on pense avec nostalgie. Le Chapelet connaît en revanche comme un nouveau printemps. C’est là, à n’en point douter un des signes les plus éloquents de l’amour que les jeunes générations nourrissent pour Jésus et pour Marie sa Mère (…). Le Chapelet, quand il est prié de manière authentique, et non pas de manière mécanique et superficielle, mais profonde, apporte en effet la paix et la réconciliation. Il contient en lui la puissance de guérison du Très Saint Nom de Jésus, invoqué avec foi et avec amour au centre de chaque Ave Maria (…) spécialement en ces jours qui nous préparent à la Solennité de la Pentecôte, en demandant pour l’Eglise une effusion nouvelle du Saint-Esprit ». (Benoît XVI, 3 mai 2008). Ces passages intenses sont extraits du discours prononcé par le Pape Benoît XVI, le premier Samedi du Mois de Mai, après la récitation du Chapelet dans Basilique de Sainte Marie Majeure :

 

 

 

Le Saint-Père, dans la ligne ininterrompue de ses Prédécesseurs, a voulu rappeler l’importance de cette prière pour toute l’Eglise et pour chaque fidèle, en rappelant combien elle était consolante et efficace. La prière du Chapelet nous met en « communication » avec Jésus et avec Marie, en nous faisant méditer les grands mystères de notre Rédemption. Prendre le chapelet entre les mains, est déjà, en un certain sens, un geste qui prépare à entrer dans cette atmosphère particulière spirituelle qui entoure et pénètre la récitation du Chapelet, qui est si ancienne et qui est toujours nouvelle. En priant le Chapelet, nous réalisons une sorte de « visitation » : c’est aller vers Jésus par Marie « Ad Jesum per Mariam », mais c’est aussi s’approcher de Marie, accompagnés par Jésus, comme portés par Lui dans un « ad Mariam per Jesum ». Qui, en effet, mieux que le Fils, pourrait nous présenter sa Mère, nous La faire connaître et aimer, nous enseigner à La respecter et à L’honorer de tout notre cœur ! Il renouvelle, comme Il le fit alors, à chacun de nous l’invitation, faite au disciple Jean : « Voici ta Mère » (Jean 19, 27). Chaque fois que nous prions le Chapelet, c’est comme si nous recueillions cette Parole, comme si nous actualisions Son Testament d’amour, en donnant une place, dans notre vie, à la présence salutaire de Marie notre Mère. « Ave Maria », répétons-nous, parce que Dieu l’a saluée ainsi, il l’a aimée « pleine de grâce », et il nous l’a donnée, par son Fils, comme Mère. Il l’a choisie parce qu’il l’a aimée profondément avec Son amour, et pour que, en Elle, nous trouvions un réconfort dans nos tribulations, une lumière dans nos moments obscurs, un soutien dans nos fragilités. L’histoire du Christianisme nous témoigne, de manière ininterrompue, depuis les Catacombes, cette dévotion mariale qui jaillit, comme l’eau de source, du cœur des fidèles guidés par l’amour de Dieu. Là où il y a un amour authentique pour Marie, grandissent aussi la foi et l’amour pour Jésus. La preuve en est les Sanctuaires mariaux dans le monde entier ! De cette présence maternelle de Marie, si forte et si ressentie, tous les peuples de la terre en donnent le témoignage, au point que l’on peut parler d’une « géographie mariale » dans l’Eglise, comme le déclarait le Serviteur de Dieu Jean Paul II aux fidèles d’Albano, à l’occasion de l’Année Mariale : « Il y a vraiment une géographie mariale dans ce monde, et cette géographie mariale est très dense ici aussi dans votre Diocèse » (Jean Paul II, 5 septembre 1987). L’amour envers Marie est inné dans la foi catholique, elle ne pourrait faire défaut sous aucun prétexte. Comment en effet la Mère du Rédempteur pourrait-elle être oubliée ou réduite, si Dieu l’a élevée à cette hauteur ! La proclamation des dogmes mariaux est une preuve éloquente qui montre combien la Mère « marche » de pair à côté de son Fils, protège le Peuple de Dieu des dérives de la foi, l’oriente vers l’amitié profonde avec Jésus.

 

Un grand dévot de la Sainte Vierge, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, que beaucoup désirent qu’il devienne un jour « Docteur de l’Eglise », écrivit ces paroles lumineuses sur une des raisons principales pour laquelle le Saint-Esprit veut faire connaître Marie : « Parce qu’elle est le moyen sûr, et la voie droite et immaculée, pour aller à Jésus-Christ, et pour le trouver sûrement. Par Elle donc, les âmes saintes doivent le trouver, qui doivent resplendir de sainteté. Celui qui trouve Marie, trouve la vie, c’es-à-dire Jésus-Christ, Voie, Vérité, Vie. Or, on ne peut trouver Marie sans la chercher, ni la chercher sans la trouver ; parce que l’on ne cherche pas et l’on ne désire pas, un objet inconnu. Il faut donc que Marie soit connue plus que jamais, pour la plus grande connaissance et pour la plus grande gloire de la Très Sainte Trinité » (Traité de la Vraie Dévotion, n° 50). Dans l’attente de la Pentecôte, avec foi, nous prions en disant : « Veni Sancte Spiritus, Veni per Mariam » : « Viens Esprit Saint, Viens par Marie ». Cette oraison jaculatoire, déclara Mgr Giussani, est « la formule la plus complète que l’on puisse concevoir de point de vue chrétien ».

 

Fides

« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, là où je suis, vous soyez vous aussi » (Jean 14, 2-3). Dans ce passage de l’Evangile de Jean, le Seigneur Jésus, après avoir invité les siens à ne pas se laisser troubler, mais à avoir foi en Dieu et en Lui (cf. Jean 14, 1), parle du Paradis comme d’une « Maison » ! Il est beau et consolant de savoir que c’est Lui précisément qui viendra nous prendre et nous conduire Là-haut, quand notre place aura été préparée, comme il le promet aux Apôtres, à tous ceux qui croiront en Son Nom.

 

 

 

 

Il faut dire, malheureusement, que l’on ne pense pas souvent au Ciel, à la Maison du Père qui nous attend, à la Demeure sûre et merveilleuse, où l’on habitera pour toujours, avec les Anges et avec les Saints. La pensée et le désir du ciel, en effet, requièrent une foi « certaine » de la part du disciple, une foi « certaine » dans les promesses de Jésus, qui ne laisse pas de place aux tâtonnements et aux hésitations, mais qui donne au croyant un regard réellement surnaturel. Un regard est surnaturel quand on ne s’arrête pas sur ce qui est visible, mais quand on s’avance au-delà de la réalité terrestre, pour pénétrer dans la réalité invisible de l’au-delà, dont parle le Seigneur. Le Cardinal Joseph Ratzinger, dans son homélie inoubliable pour les obsèques de Jean Paul II, offrit au monde entier l’exemple d’un tel regard qui arrive jusqu’au Paradis : « Pour nous tous demeure inoubliable la manière dont en ce dernier dimanche de Pâques de son existence, le Saint-Père, marqué par la souffrance, s’est montré encore une fois à la fenêtre du Palais apostolique et a donné une dernière fois la Bénédiction Urbi et Orbi. Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Oui, puisses-tu nous bénir, Très Saint Père, nous confions ta chère âme à la Mère de Dieu, ta Mère, qui t’a conduit chaque jour et te conduira maintenant à la gloire éternelle de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur ». Amen. (8 avril 2005). La foi “certaine” de disciples du Seigneur est telle qu’elle permet d’affirmer avec une conviction absolue : une demeure éternelle nous attend ! Oui, la Maison du Père, le Ciel des bienheureux, est invisible à un regard naturel, mais non pas aux yeux de l’esprit, éclairés par la Parole de Dieu. Une foi faible « incertaine », ne parvient à découvrir le ciel au-delà des horizons terrestres, parce qu’elle reste prisonnière de l’immanent, d’elle-même, dans l’incapacité de s’ouvrir au transcendant, à Dieu. Une foi « incertaine » ne parvient à atteindre le Ciel, parce qu’elle retombe aussitôt ici-bas, vaincue par la « force de gravité » de la réalité terrestre. On s’efforce de s’élever au-dessus de cette réalité, mais on ne parvient pas à renier la logique mondaine. Au sein de cette logique terrestre, le temps et l’espace sont les seules coordonnés qui s’imposent, alors que, dans la logique "ultra-terrestre", la raison s’ouvre à la foi, l’infini et l’éternité deviennent les « coordonnées célestes » qui indiquent à l’homme, créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance, sa destination finale : le Ciel ! C’est seulement dans l’homme qui se fait petit devant Dieu, et reconnaît qu’il ne peut se suffire à lui-même, que la foi trouve sa place et se libère de la prison de l’immanence. L’homme qui croit vraiment, pour Saint Paul, devient un « homme céleste », qui oriente sa propre vie vers l’éternité, et reconnaît dans le Christ la mesure de toute la réalité : y compris les attitudes et les choix.

 

 

A l’école de la Très Sainte Vierge, nous apprenons jour après jour à devenir toujours plus des témoins de la Résurrection, c’est-à-dire, animés par une foi pascale qui nous fait découvrir et entrevoir, même si c’est de loin, la Maison du Père, et, en elle, notre demeure. Ainsi, avec Saint Paul, nous pouvons répéter : « Nous savons en effet que si cette tente - notre maison terrestre - vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l'œuvre de Dieu, une maison éternelle qui n'est pas faite de main d'homme, dans les cieux. Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l'autre notre habitation céleste, si toutefois nous devons être trouvés vêtus, et non pas nus. Oui, nous qui sommes dans cette tente, nous gémissons, accablés ; nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir, mais nous revêtir par-dessus, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Et Celui qui nous a faits pour cela même, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. Ainsi donc, toujours pleins de hardiesse, et sachant que demeurer dans ce corps, c'est vivre en exil loin du Seigneur, car nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Corinthiens, 5, 1-7).

 

Fides

Dans le récit de la rencontre avec les disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35), on est touché de manière toute particulière par la grande humanité qui s’y manifeste. La rencontre, comme la raconte l’Evangile de Luc, a lieu le long de la route qui, de Jérusalem, allait jusqu’à Emmaüs. Le Pape Benoît XVI ; commentant ce passage évangélique, a rappelé que cette localité « n’avait pas été identifiée avec certitude… Et cela n’est pas exempt d’une suggestion de sa part, parce qu’il nous laisse penser que Emmaüs représente en réalité tous les endroits : le chemin qui y conduit est le chemin de chaque chrétien, bien plus, de chaque homme » (Benoît XVI, 6 avril 2008) :

 

 


http://idata.over-blog.com/0/21/41/34/2008/jesusenfant.jpgEt précisément, les cœurs éplorés et tristes des deux disciples d’Emmaüs, font penser aux difficultés que l’on peut rencontre sur le chemin de la foi, parcouru par le chrétien. Le Pape le souligne en faisant noter la force de l’expression « nous espérions », qui sort des lèvres des deux disciples quand ils sont rejoints par le mystérieux voyageur qui, seulement à la fin, révèlera qu’il est Jésus Ressuscité. Ce verbe au passé dit tout : Nous avons cru, nous avons suivi, nous avons espéré… mais désormais, tout est fini. Même Jésus de Nazareth qui avait montré qu’il était un prophète puissant en œuvres et en paroles, a échoué, et nous sommes déçus. Ce drame des disciples d’Emmaüs apparaît comme un miroir de la situation de nombreux chrétiens de notre temps. Il semble que l’espérance ait échoué. La foi elle-même entre en crise à cause d’expériences négatives qui font que nous nous sentons abandonnés par le Seigneur. Mais ce chemin pour Emmaüs, sur lequel nous marchons, peut devenir une voie de purification et de maturation de notre foi en Dieu » (Benoît XVI, 6 avril 2008). Comme le déclare le Saint-Père, les deux disciples croyaient que Jésus avait échoué. Ils avaient abandonné toute espérance qu’Il puisse édifier le Royaume, en vainquant le monde, comme il l’avait promis. A leurs yeux, Jésus ne pouvait plus vaincre, parce qu’il avait été vaincu par la mort. L’espérance, comme la foi, s’était éteinte dans leur cœur, elle ne brûlait plus. Que de fois, dans la vie des chrétiens, il se passe la même chose : il suffit d’un rien, et la foi bat en retraite, en se révélant être plus faible qu’on ne le pensait. Que de fois, par exemple, la pensée va vers un passé, récent ou plus lointain, où l’on a vécu quelque chose de beau avec Dieu ou pour Dieu, alors que l’on ressent dans le cœur, avec ce souvenir, cette nostalgie typique, imprégnée de tristesse due à un présent qui n’espère plus pouvoir revivre la beauté du rapport avec Dieu. Ainsi, au lieu de déclarer « ce sera beau de nouveau », on se limite à répéter « cela a été beau », comme pour dire « cela ne le sera plus jamais ». Combien de chemins semblables à celui d’Emmaüs nous réserve l’existence chrétienne ; mais cet Evangile, précisément, doit nous consoler : le Seigneur se fait toujours notre compagnon de voyage, comme le rappelle le Souverain Pontife, « pour rallumer dans nos cœurs la chaleur de la foi et de l’espérance, et rompre le pain de la vie éternelle… Ainsi, la rencontre avec le Christ Ressuscité, qui est possible aujourd’hui également, nous donne une foi plus profonde et plus authentique, fortifiée, si l’on peut dire, par le feu de l’événement pascal ; une foi robuste parce qu’elle se nourrit non pas d’idées humaines, mais de la Parole de Dieu et de Sa Présence Réelle dans l’Eucharistie » (Benoît XVI, 6 avril 2008). Même si pendant un bout de chemin, on ne Le reconnaîtra pas, l’important c’est de croire que Jésus est toujours avec nous, comme il l’a promis (cf. Matthieu 28, 20), et qu’il nous accompagne le long de notre chemin, dans cette épreuve. Plus avant, quand l’épreuve aura atteint son but, qui est celui d’une foi plus pure et plus profonde en Dieu, nous Le reconnaîtrons. A un certain point, précisément grâce à la souffrance purificatrice, à l’aide de la grâce, le cœur et l’esprit seront suffisamment ouverts, et Il pourra se faire reconnaître selon des modes différents, et l’on comprendra alors que c’est Lui précisément « le Seigneur » ! Le Saint-Père nous renouvelle à tous cette exhortation de Simon Pierre à la première communauté des chrétiens : « Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, afin que la valeur de votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus-Christ » (1 Pierre, 1, 6-7).

 

 

Dans un temps comme le nôtre, où la foi est constamment en proie à des problèmes provenant d’une culture du doute et de l’autosuffisance, laissons-nous guider par le Seigneur Jésus qui, par la main ferme de son Vicaire en terre, indique l’objet de notre foi, le salut des âmes (cf. 1 Pierre, 1,9). Dans les moments de l’épreuve, que ne manque jamais l’invocation confiante à la Vierge Marie : « Dans les périls, dans les moments d’inquiétude, dans les incertitudes, pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne quitte jamais tes lèvres, qu’elle ne quitte jamais ton cœur ; et, pour que tu puisses obtenir l’aide de sa prière, n’oublie jamais l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne peux dévier ; si tu la pries, tu ne peux désespérer ; si tu penses à Elle, tu ne peux te tromper. Si Elle te soutient, tu ne tombes pas ; si Elle de te protège, tu n’as rien à craindre ; si Elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si Elle t’est favorable, tu arriveras au but… » (Saint Bernard).

 

Fides

Dans la lumière de Jésus Miséricordieux, nous sommes invités à nous faire un trésor du don de grâce de la Fête de Pâques que nous venons de célébrer. De manière particulière, la foi dans le Seigneur Ressuscité a été renouvelée chez les fidèles qui ont pris à cœur l’itinéraire de pénitence du Carême et qui, dès le matin de la Résurrection, se sont plongés avec un élan nouveau, dans l’océan de la Divine Miséricorde. La foi se renouvelle quand elle se purifie de tout ce qui l’empêche de devenir une « foi-abandon », c’est-à-dire une foi qui se remet totalement à l’autre, à Jésus, en tant que Dieu Incarné, qui est aussi le « totalement Autre » par rapport à nous. C’est cette foi que le Seigneur Ressuscité demande aux disciples : la « foi-étonnement » dans l’Amour Infini du Père ! Cet acte de foi doit être entièrement pénétré de la confiance dans le Seigneur ; c’et un acte de foi nouveau, parce que, après Pâques, il n’y a plus aucune « raison » pour douter que Dieu le Père, dans son Fils Jésus, avec la puissance du Saint-Esprit, a vaincu le monde, le péché et le Diable. Voilà pourquoi, à Thomas, l’incrédule par excellence, mais certes pas l’unique, il est demandé d’avoir la « foi-abandon », celle qui le fait se mettre entièrement dans les mains de Jésus : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains, étends la main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois plus incrédule, mais croyant » (Jean 20, 27).

 

 

 

Nous aussi, comme Thomas, nous avons été parfois incrédules, nous nous sommes éloignés de la « foi-confiance » en Jésus. Lui, en revanche, il ne s’est jamais éloigné de nous, il a continué à avoir confiance en nous ! Que de fois il nous a montré qu’il était le Ressuscité, dans de si nombreux événements petits ou grands, de la vie de l’Eglise ou de notre propre existence ; que de fois il nous a fait voir que « la Droite du Seigneur s’est levée et a accompli des merveilles » (Psaume 117, 16) ! Que de fois, nous étions comme morts, et nous sommes revenus à la vie, que de fois nous étions perdus et nous avons été retrouvés (cf. Luc 15, 32) ! Comme les Apôtres, nous avons éprouvé la force du pardon du Christ, de Sa bonté et de Sa douceur, de Sa fidélité malgré toutes nos infidélités, et, comme Thomas, que de fois ne nous sommes-nous pas exclamés : « Mon Seigneur et Mon Dieu »’ (Jean 20, 28). Comme elle vraie alors, cette parole du prophète Isaïe qui a traversé les siècles, parvenant jusqu’à nous, pour « traverser » nos cœurs endurcis : « Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5). Le Seigneur veut que notre acte de foi devienne toujours plus certain de Lui, qu’il devienne une certitude en Sa Miséricorde Infinie, en nous détachant de tout ce qui est seulement terrestre et passager, pour nous élancer vers ce qui est divin et éternel. Parfois, notre acte de foi en Jésus ressemble à un bateau qui s’éloigne de la rive seulement pour un bref trajet, mais non pas pour prendre le large, parce qu’il reste ancré au fond. Combien de parcours de foi sont freinés par une « foi calculée », mesurée sur les forces et sur les raisonnements humains ! En revanche, pour prendre le large, dans l’océan de la Divine Miséricorde, il faut la foi de l’enfant, demandée par l’Evangile (cf. Mathieu 18, 3), qui est la foi pure, semblable au grain de sénevé (Mathieu 17, 20), qui déplace les montagnes de notre incrédulité.

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI nous rappelle à cette foi pure dans le Seigneur Ressuscité, et il le fait en suivant les traces de son vénéré Prédécesseur Jean Paul II qui invité l’Eglise du Troisième Millénaire au « Duc in altum » - « Prends le large, va au large » (Luc 5, 4), c’est-à-dire à la foi inconditionnée en Jésus pour parcourir les océans de la Divine Providence. Dimanche dernier, le Saint-Père a rappelé de manière spéciale ce grand Pontife qui a institué la Fête de Divine Miséricorde, selon le message de Sœur Faustine Kowalska : « Durant le Jubilé de l’Ann 2000, le Pape Jean Paul II avait établi que, dans l’Eglise tout entière, le Dimanche après Pâques soit appelé aussi ‘Dimanche de la Divine Miséricorde’, en lien avec la canonisation de Faustine Kowalska, l’humble religieuse polonaise, née en 1905 et morte en 1938 qui fut une messagère zélée de Jésus Miséricordieux. La Miséricorde est en réalité le noyau central du message évangélique, c’est le Nom même de Dieu, le Visage avec lequel Il s’est révélé dans l’Ancienne Alliance et pleinement en Jésus-Christ, incarnation de l’Amour Créateur et Rédempteur… Comme Sœur Faustine, Jean Paul II s’est fait à son tour apôtre de la Divine Miséricorde. Le soir de l’inoubliable samedi 2 avril 2005, quand il ferma les yeux à ce monde, c’était précisément la veille du deuxième dimanche de Pâques, et nombre de personnes ont noté cette coïncidence singulière, qui unissait en elle la dimension mariale - le premier Samedi du Mois - et celle de la Divine Miséricorde. En effet, son long et multiforme Pontificat trouve là son noyau central ; toute sa mission au service de la vérité sur Dieu et sur l’homme, et de la paix dans le monde se résume en cette annonce, comme il le déclara à Cracovia-Łagiewniki en 2002, lors de l’inauguration du grand Sanctuaire de la Divine Miséricorde ». (Benoît XVI, Angélus, 30 mars 2008). De pair avec ces grands témoins de la foi renouvelée de Pâques, répétons nous aussi tout au long de notre pèlerinage terrestre, sans jamais nous décourager : « Jésus, j’ai confiance en Toi ».

 

Fides

Quand nous sera-t-il donné de voir le Seigneur Ressuscité, de nous extasier en Sa Présence ? En toute certitude, nous pouvons dire : à la fin de nos jours, quand notre cœur arrivera à ses derniers battements de vie, alors, oui, nous aurons le privilège et la grâce indicibles de voir Notre Seigneur, de Le rencontrer à l’horizon de l’Au-delà, parce qu’Il est la Porte (cf. Jean 10, 9), le Passage de ce monde au Père ! Nous saurons Le reconnaître et nous serons capables d’entendre Sa Voix, si, durant notre pèlerinage terrestre, nous l’aurons connu. Son Visage, Sa Personne ne nous seront pas étrangers, nous n’hésiterons pas à nous abandonner entièrement à Jésus, puisque, « ce moment » sera le point d’arrivée d’innombrables actes d’amour et de don, que nous aurons accumulés tout au long de notre existence. Cela ressemble réellement au chemin que les Apôtres ont fait avec Jésus, une route faite de confiance progressive en Lui. Nous aussi, comme eux, nous écoutons Sa Parole, nous nous familiarisons avec Sa Présence, nous nous apercevons des signes de Son Action au milieu de nous, nous devenons Ses Témoins et nous L’invoquons comme Notre Maître et Seigneur…

 

 

 

 

resurrection.jpgA nous aussi, comme aux premiers disciples, il est donné d’entrer toujours plus dans son Royaume, par la conversion qui nous amène à devenir des enfants (cf. Matthieu 18, 3). La seule différence entre les premiers disciples et nous, c’est que nous verrons le Ressuscité seulement à la fin, alors que, eux, ils L’ont vu durant sa vie terrestre. Il nous apparaîtra au moment de notre trépas, quand viendra vers nous « La lumière véritable, celle qui éclaire tous les hommes » (Jean 1, 9). Mais c’est précisément pour cela que nous serons appelés bienheureux, parce que, sans L’avoir vu auparavant, nous aurons cru en Lui (cf. Jean 20, 29) ! La foi dans la Résurrection de Jésus est le plus grand don du Ciel sur cette terre, parce que, grâce à elle, nous entrons en communion de vie avec le Ressuscité ; que de fois le Seigneur a déclaré : « Dieu en effet a tant aimé le homme qu’il a donné son Fils unique, pour que ceux qui croient en Lui ne meurent pas, mais aient la vie éternelle » (Jean 3, 16). C’est là la foi que Jésus veut trouver sur la terre à Son retour ; mais la trouvera-t-il ? Il ne le dit pas. Dans l’Evangile, il laisse cette question sans réponse (cf. Luc 18, 8), et il indique ainsi que, conserver la foi, n’est pas facile, et que c’est précisément sur cela que tout se joue : être ou ne pas être des chrétiens authentiques. Pour les Apôtres eux aussi, le risque de perdre la foi a été grand. Même s’ils vivaient avec Jésus, même s’ils avaient assisté à Ses miracles, même s’ils avaient reçu Ses enseignements les plus intimes, au moment de l’épreuve, ils ont risqué de se perdre. L’Evangile témoigne à plusieurs reprises de la difficulté à comprendre Jésus. Ils s’enfuirent tous au moment de Son arrestation, et ils l’abandonnèrent (cf. Matthieu 26, 56), parce qu’ils ne croyaient pas comme ils auraient dû croire. Nous aussi, comme les disciples d’Emmaüs, nous avons parfois « les yeux dans l’incapacité de le reconnaître » (Luc 24, 16), parce que nous avons été « des esprits sans intelligence, lents à croire ce qu’ont annoncé les prophètes » (Luc 24, 25). Les Evangiles de la Résurrection révèlent la faiblesse de la foi des premiers disciples, et indiquent que, pour tous les chrétiens, il s’agit de la même lutte, des mêmes doutes, de la même résistance de la chair vis-à-vis de l’esprit. Dans l’homme, en effet, il y a deux réalités en opposition entre elles : la matière et l’esprit. L’une le pousse aux choses extérieures, aux choses visibles, terrestres ; l’autre l’attire vers les choses intérieures, vers les choses invisibles, célestes. Saint Paul, le grand converti du Ressuscité, rappelle que, selon les choix de notre vie, nous deviendrons des hommes spirituels, ou nous resterons des hommes naturels, qui ne peuvent percevoir ce qui est surnaturel, comme, précisément, la Résurrection du Christ : « L’homme psychique (ndlr : l’homme laissé aux seules ressources de sa nature, Bible de Jérusalem) n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c’est par l’Esprit qu’on juge. L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne… Et nous l’avons, nous, la pensée du Christ » (1 Corinthiens 2, 14-15, 16b).

 

Pour avoir la pensée du Christ, nos devons vivre selon l’Esprit. Le Christ, en effet, est Dieu, et Dieu est Esprit (Jean 4, 24). Pour ne pas perdre la foi dans le Ressuscité, pour l’approfondir toujours plus, nous avons donc besoin de fuir le péché et de vivre dans la grâce de Dieu. En d’autres termes, il n’est pas possible de conserver la foi, si la vie est en désaccord avec ce en quoi l’on croit. Toute l’annonce évangélique est pour la conversion et pour la foi. Le « changement de vie » et la « foi sont indissociables entre eux : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Marc 1, 15). Proclamer la foi seulement avec ses lèvres, n’opère pas notre sanctification. Derrière la foi, comme soutien de la foi, en vertu de la foi, il doit y avoir la conformation de notre vie à celle de Jésus ; c’est là, on le comprend, un chemin progressif. Il est possible seulement si nous renions notre « moi » matérialiste et charnel, esclave de la « concupiscence de la chair, de la concupiscence des yeux, et de l’orgueil de la vie » (1 Jean 2, 16), comme nous l’enseigne Saint Jean. Ce petit grand « moi » ne cessera jamais de se chercher lui-même ! Alors, avec la force de la foi et de l’abandon au Christ Ressuscité, avec les parles « Jésus, j’ai confiance en Toi », proclamé avec toute la force de notre âme, nous ferons un exode en sortant de nous-mêmes, et nous irons vers le Seigneur qui vient, jusqu’à parvenir à cette rencontre définitive, quand la foi n’aura plus raison d’être, parce que nous serons transfigurés en Lui !

 

Fides

« Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" » (Matthieu 1, 20-21).  

 

 

Ces paroles de l’Evangile de Matthieu, connues comme « l’Annonciation à Joseph », sont l’intervention du Ciel pour pouvoir faire comprendre à Joseph le projet merveilleux que, depuis toujours, Dieu a eu avec la future épouse, Marie de Nazareth, à savoir que « ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ». A peine le « juste » entend-il les paroles de l’ange qu’il n’a plus aucune hésitation : il croit de tout son être, en se lançant dans une aventure qui le conduirait loin, jusqu’à devenir le Patron de l’Eglise universelle. La foi de Joseph est impressionnante : il fait confiance aveuglément en Dieu, à son action toute puissante, il ne demande aucun signe, et il n’oppose aucune objection. C’est ce qui le distinguera dans cette aventure qui le verra devenir le Père chaste du Fils de Dieu. Nous devons tous l’imiter, parce que c’est seulement ainsi que nous trouverons la foi pure, libre de toute entrave. Joseph se sert de la réflexion, mais il se laisse d’abord éclairer par la Parole de Vérité, et il soumet sa pensée aux exigences de cette Parole. En cela, Marie est modèle et aide. Elle qui a fait confiance aveuglément à Dieu, précède son époux sur la voie de l’abandon total ; certes, Marie elle aussi ressent comme Joseph, tout le poids de croire ; mais elle encourage son époux avec son sourire pleine d’amour face au grand silence de Dieu, qui accompagne souvent les événements de la vie de communion avec Lui. Joseph n’a pas peur de ce silence, parce qu’il a appris, de Marie, que le Silence de Dieu, n’est pas absence de Dieu, mais le signe de son Mystère infini. Quand quelque chose est trop grand et trop beau, nous aussi nous disons que les mots nous manquent pour le décrire ; le silence suffit pour exprimer l’émerveillement, bien mieux que ne pourraient le faire les paroles. Joseph est devenu un maître de silence, parce qu’il a su vivre en plénitude l’écoute de la Vérité. Si quelqu’un ne sait pas faire le silence en soi et autour de soi, il ne sera jamais capable de rencontrer Dieu. On ne peut pas ne pas penser à ce passage concernant le prophète Elie qui est appelé à rencontrer le Seigneur : « Et voici que Yahvé passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre, un feu, mais Yahvé n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère » -1 Rois, 19 11b-12). Le Seigneur était dans ce vent léger, et, pour le percevoir, il fallait le silence intérieur. Dieu aime « se promener… à la brise du jour » (cf. Genèse 3, 8). Un des plus grands obstacles sur le chemin de la prière est précisément le bruit intérieur et extérieur, mais surtout le bruit intérieur qui empêche de jouir de la présence de Dieu. Que de merveilleux « silences ont rempli l’existence de la Sainte Famille de Nazareth, qui a laissé la place à des paroles inexprimables, comme lorsque la prière en devenant très intense se « perd » dans l’adoration silencieuse.

 

En ce temps de Carême précisément, nous devons nous convertir au silence, pratiquer le jeûne des paroles superflues et banales, qui rendra aussi les paroles significatives plus sobres et plus simples. Que Saint Joseph nous aide à mener une vie plus profonde de prière ; unissons-nous donc à la prière du Saint-Père ! « Je prie particulièrement ce grand Saint pour que, en croyant, en célébrant et en vivant avec foi le Mystère Eucharistique, le Peuple de Dieu soit rempli de l’amour du Christ, et répande des fruits de joie et de paix dans l’humanité tout entière » (Benoît XVI, Angélus du 18 mars 2007).

 

Fides

La spontanéité fait partie des grandes valeurs de la vie, qui vivifient le cœur de la personne, parce qu’elles le maintiennent ouvert et docile à la Vérité. Cela se voit clairement chez les enfants : qui, plus qu’eux, peut nous enseigner à être spontanés ? C’est là un don qui fleurit sur le terrain de la sincérité ! Des maîtres de l’esprit sont d’accord sur le fait que la spontanéité est la véritable essence de la prière, parce qu’elle est ce qui rend authentique la prière : libre des hypocrisies et de demi vérités - ou de demi mensonges -, elle nous présente à Dieu pour « L’adorer en esprit et en Vérité » (Jean 4, 23). Les dialogues entre les personnes suivent le même itinéraire ; si la spontanéité faisait défaut dans le dialogue, il n’y aurait pas un vrai partage de ce qui existe réellement au-dedans de nous. Sans la spontanéité dans la prière, il ne pourrait y avoir le « dialogue du cœur », la « prière du cœur » avec Dieu ; ce serait comme une journée sans soleil : grise !

 


 

 

La Vierge Marie nous montre, par son exemple éclairant, que la spontanéité est une constante de son Cœur Immaculé ; que l’on pense au moment où « elle se rendit en hâte chez Elizabeth », aussitôt après l’Annonciation (Luc 1, 39). Sur les ailes de la Charité et de la Vérité, que le Christ, son Fils, personnifie, la Sainte Vierge arrive chez Elizabeth et, au cours de cette rencontre, à l’enseigne de la spontanéité de son cœur rempli d’Amour de Dieu. C’est seulement aux âmes humbles que le Seigneur fait parvenir les dons les plus élevés et les plus consolants de Son Esprit : l’amour, la joie, la paix… C’est seulement aux cœurs qui deviennent comme ceux des enfants, que le Père confie le Royaume des Cieux. Le grand ennemi de la spontanéité est le calcul humain des « avantages/désavantages », qui s’accompagne du jugement mesquin et non pas de la sagesse du cœur. Pour goûter les dons de l’Esprit, il faut aussi mettre de côté tout calcul intéressé ; pour devenir amis de la spontanéité, le Seigneur et sa Mère viennent nous libérer des préjugés qui emprisonnent le cœur et le suffoquent. C’est seulement ainsi que nous serons plus humains, parce que vraiment libres. L’Evangile est une invitation continue à cette conversion du cœur, et encourage tous les fidèles au cantique de la spontanéité, typique des personnes simples et humbles ! Combien de professions de foi, inspirées par le Seigneur, sont nées dans un coeur simple : ouvert à la Vérité ! L’Evangile, dans son contenu et dans son style, nous révèle et nous donne la joie de la Bonne Nouvelle qui, spontanément, dilate le cœur sur les ailes de la charité et de la Vérité. L’évangéliste saint Luc, nous témoigne, lui aussi, de toutes ces réalités ; que l’on pense à l’Enfance de Jésus qui ouvre dans nos cœurs des panoramas d’une simplicité extraordinaire, comme précisément le récit de la Visitation. Les Pères ont témoigné, dès le début, que l’Esprit-Saint était l’Auteur principal de ces textes sacrés des Evangiles. Il s’est servi d’humbles serviteurs, qui étaient bien loin des calculs humains. C’est pourquoi une lecture de l’Evangile faite avec des préjugés, ne convient ni à la nature ni au contenu de l’Evangile, avec certains schémas préconçus, comme si ceux qui les ont écrits n’étaient pas poussés par l’Esprit-Saint, mais par des calculs hypothétiques pour rendre tout plus intéressant ! Jésus a dit que l’action de l’Esprit-Saint agit comme le vent : on entend sa voix, mais on ne sait d’où il vient et où il va (Jean 3, 8) ; il en ainsi de tous ceux qui se font disciples de cet Esprit à l’école de Jésus et de Marie : ils laissent tout - même si, comme cela se produit souvent, ce n’est pas tout de suite, mais un peu à chaque fois - pour suivre le Seigneur, en devenant toujours plus spontané, toujours plus ouvert, avec le cœur libre d’être transporté par Dieu là où Il veut.

 

Demandons avec insistance la grâce de la spontanéité, très menacée de nos jours par une culture de l’avantage, pour lequel le monde combat avec acharnement, en méprisant ceux qui, au contraire se font pauvres en esprit, véritablement les derniers, comme Jésus et Marie : « il renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles » (Luc 1, 52).

 

Fides

Parmi les épisodes que nous méditerons, durant les jours de la Passion du Seigneur, il y a celui du sommeil des trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, au Jardin des Oliviers, alors que Jésus souffre une agonie des plus terribles. Le Seigneur leur avait demandé de « veiller », de lui faire compagnie, mais en vain. Ils étaient tombés dans un profond sommeil, comme cela arrive quand les instincts de la « chair » ont le dessus sur les désirs de « l’esprit ». Jésus ne leur fait pas de reproches, quand il les rappelle à la réalité ; en réveillant Pierre, il fait seulement une constatation concernant ce sommeil : « Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure seulement ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est prompt mais la chair est faible » (Marc 14, 37b-38).

 
 
 
 
« Veillez » ! Il ne suffit pas de prier, il faut veiller sur soi-même, sur ses propres pensées, sur ses propres émotions, sur ses propres humeurs, sur ses propres désirs, parce que les hommes sont toujours prêts à « descendre » du plan spirituel au plan purement matériel, en faisant « glisser » le disciple du Christ dans des attitudes « terre à terre » qui ont bien peu à voir avec « l’esprit », ou mieux encore, qui n’ont rien à faire avec lui. On ne peut trop se fier à son propre cœur de chair, parce que, comme le déclare la Sainte Ecriture, « il est difficilement guérissable » (Jérémie 17, 9). Il faut maintenir, sans cesse, le difficile équilibre entre l’esprit et la manière, entre l’âme et le corps, entre les exigences de l’une et de l’autre, en donnant toujours la préséance à l’esprit, parce que, comme le dit Jésus, « la chair est faible » et, si elle n’est pas soumise à l’esprit, elle entraîne vers la terre ! Le disciple doit marcher en regardant vers le Seigneur, pour ne pas se replier vers le bas, prisonnier de ses propres instincts, comme ceux qui se refusent de lever la tête pour s’émerveiller du bleu du ciel, pour respirer le parfum de la Pâque. Le chrétien doit faire un exode continu de soi-même pour se conformer à Son Rédempteur, en L’imitant. Dans l’un de ses admirables commentaires sur la Passion du Christ, le Pape Saint Léon le Grand déclarait : « Le peuple chrétien est invité aux richesses du Paradis. Pour tous les baptisés, s’ouvre le passage pour le retour à la patrie perdue, à moins que quelqu’un ne veuille se barrer lui-même cette voie, qui ouvre pourtant à la foi du Larron. Tâchons que les activités de la vie présente ne créent pas en nous ou trop d’anxiété, ou trop de présomption, au point d’annuler l’engagement de nous conformer à notre Rédempteur, dans l’imitation de ses exemples. Il ne fit rien et il ne souffrit rien en effet si ce n’est pour notre salut, pour que la vertu, qui était dans le Chef, soit possédée aussi par le Corps… ».
 
 
Les Apôtres, comme nous, se précipitent « vers le bas » parce qu’ils ne sont pas vigilants, qu’ils se laissent dominer par les instincts de « survie », face à ce qui, humainement parlant, était un malheur : La Passion ! Un malheur, oui, mais relatif ; en effet, elle était le prélude à un triomphe absolu, lui aussi annoncé d’avance par Jésus ; le triomphe de la Résurrection ; « Le Fils de l’Homme va être remis entre les mains des hommes, et ils mettront à mort ; mais, une fois mort, il ressuscitera trois jours plus tard » (Marc 9, 31). La raison de la crise de la foi qui traverse le monde chrétien, est celle de toujours : le manque de vie intérieure, c’est-à-dire d’une vie spirituelle dans laquelle le caractère matériel de l’existence humaine est soumis à la nette supériorité de l’Esprit. Combien de fois le Seigneur l’avait recommandé à ses disciples : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18, 36) ; « Vous n’êtes pas de ce monde » (Jean 15, 19). Le Royaume de Dieu ne peut tirer sa force de ce qui est terrestre, parce qu’il est éminemment spirituel. Que de fois le Seigneur avait rappelé la supériorité de l’âme sur le corps, de l’esprit sur le monde : « A quoi cela sert-il en effet à l’homme de gagner le monde entier, s’il en vient à perdre sa propre âme ? » (Marc 8, 36). Rester vigilants veut dire maintenir la priorité absolue de la relation de l’âme avec Dieu, parce que « Dieu est Esprit » (Jean 4, 24), il n’est pas matière ! « Dieu s’est fait homme comme nous, pour nous faire devenir comme Lui », si nous le voulons, si nous accueillons ses Commandements : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète » (Jean 15, 11). Jésus parle d’une joie spirituelle, qui pénètre l’âme et la remplit de sens, une joie que les sens de la chair, appesantis par le péché, ne sont pas capables de comprendre ni même de percevoir ; voilà pourquoi il faut les renier, en les soumettant à l’Esprit.
 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI a mis en garde récemment contre la menace de la « sécularisation », même au sein de l’Eglise : « Cette sécularisation n’est pas seulement une menace extérieure pour les croyants, mais elle se manifeste déjà depuis longtemps au sein de l’Eglise elle-même. Elle dénature de l’intérieur et en profondeur la foi chrétienne, et, en conséquence, le style de vie et le comportement quotidien des croyants. Ils vivent dans le monde et sont souvent marqués, voire même conditionnés par la culture de l’image qui impose des modèles et des impulsions contradictoires, dans la négation pratique de Dieu : Il n’y a plus besoin de Dieu, de penser à Lui, et de retourner à Lui. En outre, la mentalité hédoniste et la mentalité de consommation prédominante, favorise, chez les fidèles mais aussi chez les pasteurs, une dérive vers une superficialité et un égocentrisme qui nuit à la vie ecclésiale » (Benoît XVI, Discours à la Plénière du Conseil Pontifical pour la culture, 8 mars 2008). On s’endort, au lieu de faire compagnie à Jésus, quand on se laisse conditionner par le monde, en mettant en lui le bonheur, au dépens de l’esprit, comme le dit Saint Paul : « Le désir de la chair, c’est la mort, tandis que le désir de l’esprit, c’est la vie et la paix… Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. Vous, vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous » (Romains 8, 6-9, pss.). La Passion de Notre Seigneur serait vaine si nous ne nous décidions pas de vivre « selon l’Esprit ». Puisse la Mère de Dieu avoir la joie, lors de la Pâque qui est proche, d’accompagner vers le Seigneur de nombreux disciples qui se sont convertis à Lui !
 

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