Ceux qui sont allés en pèlerinage au Sanctuaire de Lourdes, n’ont pu manquer le rendez-vous de la prière devant la Grotte où la Sainte Vierge est apparue, le 11 février 1858. C’est un lieu mystique qui semble être un « sein » de mère qui accueille, presque une nouvelle source baptismale, dans laquelle on se plonge pour redécouvrir la beauté extraordinaire et inégalable d’être chrétiens : avoir Dieu comme Père, et Marie comme Mère !

 
 
 
http://img.over-blog.com/300x460/0/21/41/34/2008/Lourdes.jpgLourdes est un des plus importants « lieux de prière » que l’Eglise connaisse. C’est comme un immense bassin de pureté, ou d’innombrables âmes ont abandonné leurs propres vêtements de péché et se sont revêtus des vêtements blancs de la renaissance spirituelle ! Plusieurs, comme celui qui écrit ces lignes, y ont trouvé la lumière nécessaire pour accepter l’appel au sacerdoce, d’autres, la force pour y rester fidèles. Comment nier que ce soit précisément la Mère à connaître plus que tous la Volonté du Fils et que, pour cela, aller à Elle, veut dire découvrir beaucoup mieux le projet mystérieux de Dieu sur chacun de nous ? Personne mieux qu’Elle ne peut nous convaincre à « faire ce que Lui nous dira » ! A Lourdes, nous aussi, comme les serviteurs de Cana, en ouvrant sincèrement notre cœur à la présence de la Mère et en écoutant ses paroles, nous restons fascinés par le mystère du Fils. Alors, sa Volonté nous apparaîtra pour ce qu’elle est vraiment : la voie qui mène à notre bonheur ! Bernadette a vu réellement la Blanche Dame, nous, en revanche, nous la voyons non pas avec nos yeux, mais avec le regard du cœur qui, dans la foi, sait deviner sa présence sur notre chemin. Devant la Grotte de Massabielle précisément, le regard intérieur du pèlerin s’éclaire d’une lumière qui est typique de ce lieu de grâce : c’est la lumière de la maternité spirituelle de Marie qui nous donne Jésus, dans un Noël toujours nouveau. Il est grand le soutien que ces apparitions mariales ont donné à des âmes innombrables, pour les encourager sur le chemin de la conversion et de la sanctification personnelle. De la sorte, leur changement a eu son influence sur l’amélioration du monde, parce que c’est le monde intérieur tout entier qui bénéficie de la conversion de chacun. Pour nous, pèlerins à Lourdes, la maternité universelle de Marie est le mystère à découvrir et à redécouvrir, afin qu’il nous accompagne pendant toute notre vie. A Lourdes, cette lumière mariale est présente partout : soit que l’on se baigne dans les eaux des piscines, soit que l’on se mêle, heureux, aux milliers de personnes qui participent à la procession aux flambeaux, en priant le Chapelet le soir, soit que l’on assiste, avec tous les malades à la Procession Eucharistique de l’après-midi. La présence de Marie est un mystère à goûter dans l’âme pour apprendre, avec Marie, à honorer son Fils, en particulier dans le Saint-Sacrifice de la Messe et dans le Sacrement de la Réconciliation. Le premier témoin de la venue de Marie à Lourdes a été la petite Bernadette Soubirous, qui en est devenue la messagère intrépide. Même si elle est enterrée au loin, plus au nord de la France, à Nevers, avec son corps totalement intact, comme si elle dormait encore, à Lourdes « tu rencontres » partout Bernadette. Il est beau de se la rappeler en lisant ses humbles paroles adressées à la Sainte Vierge : « Oui, tendre Mère, vous vous êtres abaissée jusqu’à terre pour apparaître à une faible fille… Vous, Reine du Ciel et de la terre, vous avez voulu vous servir de tout ce qu’il y avait de plus humble selon le monde » (Journal dédié à la Reine du Ciel, 1866).
 
A l’Angélus du premier Dimanche de Carême, le Saint-Père, le Pape Benoît XVI a rappelé les Apparitions de Lourdes en ces termes : « Cette année, le début du Carême coïncide providentiellement avec le 150° anniversaire des Apparitions de Lourdes ». Puis il a déclaré : « Le Message que la Sainte Vierge continue à répandre à Lourdes rappelle les paroles que Jésus prononça précisément au début de sa Mission publique et que nous écoutons à nouveaux à plusieurs reprises durant ces jours de Carême : ‘’Convertissez-vous et croyez à l’Evangile’’, priez et faites pénitence. Accueillons l’invitation de Marie qui fait écho à celle du Christ et demandons-lui d’obtenir ‘’d’entrer’’ avec foi dans le Carême, pour vivre ce temps de grâce avec une joie intérieure et un engagement généreux » (Benoît XVI, angélus du 10 février 2008).
 

La présence de la Mère de Dieu dans notre vie est intimement liée au projet de sanctification et de transformation que le Père, dans le Christ, a sur chacun d’entre nous. Les paroles du Christ « Voici ta Mère » (Jean 19, 27) sont aussi les paroles du Père données, dans l’Esprit Saint, à chaque disciple. La Vierge Marie veut de tout son cœur notre conversion qui, naturellement, dépend de la prière qui nous ouvre à la vie de charité. Comme à Cana, Elle intercède toujours pour nous, comme Avocate de grâce. A la lumière de cet épisode, nous devons, comme les serviteurs, être disponibles envers tous : apporter notre eau à Jésus afin qu’il la transforme en vin. C’est notre rien, notre misérable humanité, qui est changée « en quelque chose qui n’est pas de nous », en richesse de Dieu, multipliée jusqu’à la surabondance par sa main toute puissante.

 

 

 

 

La transformation de l’eau en vin n’est pas une œuvre humaine, mais divine. Comme à Cana, même dans notre existence, pour que s’accomplisse ce « miracle transformant », est nécessaire la présence de la Mère de Jésus. Elle nous fut donnée pour que nous l’accueillions dans l’espace intérieur de notre être, comme le disciple bien-aimé qui l’accueillit chez lui (cf. 19, 27b). Sans cet accueil conscient, personnel et croissant de la Mère du Rédempteur dans notre vie, il ne pourra y avoir le « miracle de Cana », celui de la conversion totale au Seigneur. Il n’y aura le vin nouveau, le bon vin, qui change radicalement le goût d’une existence, que si nous acceptons son intercession et si nous faisons ce que Jésus demande, en le réalisant avec Marie qui enseigne d’avoir pleine confiance en sa parole, comme Elle, elle a eu cette confiance. C’est seulement ainsi que nous sentirons le chuchotement qui éclairera notre cœur avec les paroles du testament de Marie : « Faites tout ce qu’Il vous dira ». Une présence discrète et cachée, et pourtant si « toute-puissante » sur le Cœur de Dieu, c’est celle de Marie dans « la maison du croyant ». L’Eglise en a fait l’expérience dès ses débuts : Pierre et les autres, à Cana, ont saisi l’attention et la tendresse de ce regard et de cette parole mystérieuse (Jean 2, 3-5), qui passa entre le Christ et sa Mère ; les Apôtres ont saisi cette entente parfaite, ils ont recueilli cette force de médiation maternelle, et jamais plus ils n’oublièrent son efficacité. Ils furent témoins et gardiens en même temps d’un Evènement que l’Eglise expérimentera tout au long des siècles : « l’intercession toute-puissante » de Marie, sa médiation maternelle, qui se fait prière constante à chacun de nos besoins, et qui obtient tout pour nous, et, plus que toute chose, notre conversion authentique, le plus grand miracle dans notre vie, celui qui est le plus beau aux yeux de Dieu ! La Maternité de Marie à l’égard de toute créature fait partie essentielle du christianisme, parce qu’elle procède directement du Cœur du Fils qui l’a placée au sommet de la Rédemption quand, suspendu à la Croix, avec les dernières fores qui lui restaient, il proclama, avec toute la force de son âme : « Voici ta Mère » ; et nous tous, représentés par Jean, nous sommes appelés individuellement à accueillir ce cri de l’âme et à y répondre à notre tour en disant, « me voici, Maman, je suis ton fils » ! Sur le rapport filial du disciple bien-aimé - et de chaque chrétien authentique - avec Jésus et Marie, Origène, dans son commentaire sur l’Evangile de Jean, écrit une page inoubliable : « Les prémisses de toutes les Ecritures sont les Evangiles ; mais la prémisse des Evangiles et celui de Jean. Personne ne peut en comprendre le sens, s’il n’a pas reposé sa tête sur la poitrine de Jésus et n’a pas reçu de Jésus, Marie, devenue aussi sa Mère. C’est ainsi que devra être celui qui voudra être un autre Jean que - comme à propos de Jean - Jésus puisse dire de lui qu’il est Jésus. Si en effet… personne d’autre n’est enfant de Marie en dehors de Jésus, et si Jésus dit à la Mère : « Voici ton fils », c’est comme s’il disait : « Voici, celui-ci est Jésus que tu as engendré ». Parce que tout être humain parfait ne vit plus, mais c’est le Christ qui vit en lui ; et si le Christ vit en lui, il dit à Marie à son sujet : « Voici le Christ ton fils ».

 

Le Pape Benoît XVI, dans l’homélie de la Messe de la Solennité de la Mère de Dieu, à propos de cette maternité singulière de Marie, a déclaré : « Mère du Christ, Marie est aussi Mère de l'Eglise, ainsi que mon prédécesseur, le Serviteur de Dieu Paul VI, voulut le proclamer le 21 novembre 1964, au cours du Concile Vatican II. Marie est, enfin, la Mère spirituelle de l'humanité tout entière, car c'est pour tous les hommes que Jésus a donné son sang sur la croix, et c'est tous les hommes que, depuis la croix, il a confiés à ses soins maternels ».

 

Fides

Quand on parle de reddition, de capitulation, on pense tout de suite à une bataille entre deux parties dont l’une, à un certain point, se rend parce qu’elle reconnaît que l’autre est plus forte, et qu’il n’y aurait aucun sens à continuer si on a la certitude de la défaite. Quelque chose de semblable se passe, d’une certaine manière dans notre vie de relation avec le Seigneur. S’il est vrai en effet que, d’un côté nous devons combattre le monde, notre égoïsme et les tentations de Satan, il est vrai aussi que d’un autre côté, il semble que nous engageons aussi une sorte de lutte contre Dieu, certes, tout à fait différente de la première, et qui doit se terminer par notre capitulation. Il est clair en effet que, dans la lutte contre les tentations, il serait absurde de se rendre ; au contraire, il faut vivre autant qu’il est possible ce que nous dit Saint Paul : « Puisez la force dans le Seigneur et dans la vigueur de sa puissance. Revêtez-vous de l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux pièges du Diable » (Eph 6, 10-11).

 

 

 

 

Mais dans cette autre forme de lutte - perçue du moins comme telle par nous -, la grâce de la transformation dans le Christ en arrive à nous faire prendre pleinement conscience de la nécessité d’une reddition : se rendre à Dieu et ne plus lui résister pour s’abandonner complètement à Lui ; mettre de côté, une fois pour toutes, notre autosuffisance, notre « savoir mieux et plus », pour se laisser conduire, pas à pas, par la divine Providence. Quand, dans l’Evangile, nous entendons que le Seigneur nous parle de la nécessité « de perdre notre vie pour Lui et pour son Evangile, pour pouvoir ainsi la sauver » (Marc 8, 35) ne nous apercevons-nous pas que cette « perte » nous coûte aussi une reddition à Lui ? Les Apôtres nous montrent la nécessité d’une reddition, de la nécessité de « nous en remettre » à Lui, pour vivre un abandon total au Maître unique. Pierre, par exemple. A un certain moment, Jésus lui demande : « M’aimes-tu ? ». Précisément après le reniement à peine fait. Le Chef des Apôtres, comme étourdi par l’amour inépuisable du Ressuscité pour lui, et presque subjugué par la ténacité divine par laquelle il est comme « repêché », donne une réponse qui ressemble précisément à une capitulation totale : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jean 21,17). C’est comme s’il lui disait : « Oui, Seigneur, tu connais chaque chose beaucoup mieux que moi, et Toi seul as raison ; les raisons ne servent à rien, et il est donc absurde de lutter avec les tiennes, il faut seulement apprendre à se perdre soi-même pour vivre de Toi ». Le Seigneur Jésus confirmera à Pierre quelle devra être, désormais, la voie de l’abandon : « Suis-moi » (Jean 21,19). Se rendre au Seigneur veut dire accepter de marcher derrière Lui et non devant Lui ! Il en est ainsi pour chaque chrétien authentique qui, jour après jour, veut s’abandonner à Jésus et à son Evangile ; il est guidé selon des modes et des voies qui lui semblent parfois compliqués, inconnus et qui plus est mystérieux, mais qui le conduisent là où le veut le Seigneur de l’histoire. N’est-ce pas dans cette optique que l’on doit lire les épreuves de foi des Saints ? Sur leur visage, dans leurs écrits et dans leurs témoignages, on peut reconnaître le goût de cette reddition qui, comme celle de Simon Pierre, n’est pas amère, mais qui est rendue douce par l’amour patient de Dieu. Mais, plus que tous, c’est précisément la Mère de Jésus qui peut nous enseigner cette voie.

 

Elle n’a pas dû se rendre à Dieu parce que, à la différence avec nous, elle n’a jamais résisté à son action, mais elle s’est toujours abandonnée de manière parfaite, en se laissant guider par Lui par la main. Comme l’enseigne le Concile Vatican II, Elle « a embrassé de tout son cœur, sans qu’aucun péché ne la retienne, la volonté divine de salut » (Lumen Gentium, 56). Toujours docile à Dieu, elle est devenue experte de ses voies, et ainsi, elle nous a été donnée par Lui comme guide et comme soutien sur le chemin de l’abandon authentique et progressif, une voie directe vers le Paradis. Un grand maître de spiritualité mariale, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, a synthétisé de manière merveilleuse la grandeur de Marie : « Dieu le Père n’a donné au monde son fils unique que par l’intermédiaire de Marie. Malgré tous les soupirs faits les Patriarches, malgré toutes les suppliques faites par les prophètes et les saints de l’ancienne loi pendant quatre mille ans, pour obtenir ce trésor, il n’y a eu que Marie pour le mériter et pour trouver grâce devant Dieu par la force de ses prières et le caractère sublime de ses vertus. Le monde était indigne, dit Saint Augustin, de recevoir le Fils de Dieu directement des mains du Père. Il l’a donné à Marie pour que le monde le reçoive d’Elle » (Traité, n° 16). Mère de notre reddition et de notre abandon, aidez-nous !

 

Fides

Si notre bonheur dépendait seulement des créatures ou des choses créées, il tomberait inévitablement dans la relativité et même dans le désespoir. L’homme vit souvent de souvenirs beaux, mais brisés par le temps et d’espérances d’un avenir meilleur qui ne réalise jamais comme on le désire, et qui, souvent, au contraire, se change en un présent chargé de tristesse nostalgique, parce que l’on ne parvient jamais à atteindre ce bien immense qui s’appelle… Bonheur !

 
 
 
Quand le Seigneur Jésus parle dans l’Evangile de Sa Joie, de Son Amour et de Sa Paix, il nous révèle le secret du bonheur, qui consiste à posséder les biens éternels, qui durent dans le temps, parce qu’ils sont donnés par Lui. Ces dons impérissables, nous devrions les écrire avec les lettres majuscules pour les distinguer des biens terrestres qui, en revanche, passent et touchent à leur fin. La Joie, l’Amour et la Paix sont des biens immuables parce qu’ils proviennent du Seigneur de la Vie, qui est l’Alpha et l’Oméga, c’est-à-dire le Principe et l’Accomplissement de l’existence de toute créature et de la création tout entière. « Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et toujours » (Hébreux, 13, 8), et Lui seulement, le Fils de Dieu descendu du Ciel, peut donner à l’homme les biens éternels, comme il l’a révélé à ses apôtres avant de retourner à la Maison du Père : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14, 27), « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jean 15, 11). Les créatures humaines, précisément parce qu’elles sont créées à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est éternel, sont assoiffées de biens durables : de joies et d’amours qui ne finissent pas, d’espaces infinis et d’instant illimités. Le plus grand malheur qui puisse arriver à l’homme, c’est de chercher ces biens parmi les choses d’ici-bas, parmi les amours de ce monde qui, pour beaux et grands qu’ils puissent être, restent toujours comme une goutte par rapport à l’océan sans limites de l’Amour de Dieu, qui fait vivre dans Sa gloire et dans son bonheur céleste les anges et les bienheureux du Paradis. Si nous ne nous convertissons pas au Seigneur qui rend les saints heureux, nous ne réussirons pas à nous libérer de notre homme extérieur en faveur de notre homme intérieur, notre « vue » intérieure ne se développera pas et restera aveuglée par l’apparence, notre « ouïe » intérieure sera abasourdie par les rumeurs du monde et sourde aux choses de Dieu. « Tu nous a créés pour toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet, tant qu’il ne repose pas en toi » (Saint Augustin). Dieu a laissé l’empreinte de son existence, de son amour infini et éternel, dans la soif insatiable de bonheur qui se trouve dans notre cœur. Mais pour reconnaître Dieu, nous avons besoin de rencontrer Jésus qui nous révèle le véritable Visage du Père, qui est la Vérité de nos soupirs et de nos désirs les plus profonds de Vie et de Joie sans fin. Personne ne peut aimer la mort, ayant été créé pour la vie éternelle. Personne n’aime la tristesse parce qu’il est créé pour la joie éternelle. Personne n’aime le néant, parce qu’il est créé pour l’être ! Seule la grâce du Christ peut restaurer dans l’homme l’ordre originel voulu par Dieu, les hiérarchies des valeurs et des dons, bouleversés par le péché. C’est le péché qui est le véritable ennemi de l’homme. Il se présente comme une « lave » qui se dégage du cœur de l’homme qui, parce qu’il a cédé aux passions, devient un « volcan » en éruption ; une « lave » qui partout où elle s’écoule apporte la mort : « Car c’est du dedans du cœur des hommes que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison » (Marc 7, 21-23). Seul le Seigneur Jésus à le pouvoir d’arrêter cette « lave », de détruire le péché qui oriente l’homme vers la terre et le détache du Ciel. Voilà pourquoi les enfants, dans la candeur de leur âge et sans la malice du péché, perçoivent la fascination de Jésus quand on Le leur annonce ; aucun d’eux ne se fait ennemi de Dieu en choisissant ce qui est immonde, parce que leur cœur est libre des passions et désire le bien. Combien d’hommes, malheureusement, s’obstinent à affirmer que le péché n’existe pas, ne fait pas de mal, est un incident inévitable de parcours… Cette manière de penser permet à la « lave » de continuer à couler dans la vallée, en rendant l’existence humaine plus pesante. Si, dans le cœur du chrétien, s’affaiblit le désir de la confession sacramentelle, la cendre du péché le met lui aussi dans le brouillard, et le regard de son âme devient opaque. De la sorte, il ne voit plus le contraste énorme qui existe entre le « blanc » d’une vie vécue dans la grâce de Dieu, et le « noir » d’une vie vécue dans le péché qui n’a pas été remis. Il entrevoit une grisaille qui l’entoure, qui semble inoffensive mais est au contraire mortelle !
 
Au milieu de ce paysage lunaire, de ce « désenchantement du monde », le Seigneur ne se rend pas, et, de temps à autre, dans la mesure où la liberté humaine le lui permet, il fait sentir cette vérité éternelle qui invite avec douceur à « ne pas sortir de toi, à rentrer en toi-même. La Vérité habite dans ton homme intérieur, et, en t’apercevant que la nature humaine est changeante, tu te transcendes toi-même… Cherche donc à arriver là où la lueur de la raison reçoit la Lumière » (Saint Augustin).
 

La Liturgie de la Parole que l’Eglise nous présente le jour de la Solennité de l’Immaculée Conception de Marie, le 8 décembre, présente à nos yeux un contraste criant, entre la première Lecture et l’Evangile : dans la première, elle présente le récit de la Genèse, l’homme Adam et la femme Eve dépouillés de toute grâce et qui se cachent devant Dieu ; dans l’Evangile, le message de l’Annonce nous présente Marie « pleine de grâce », entourée et remplie de la présence de Dieu. Dans la Genèse, tout s’obscurcit : la nuit du péché enlève du regard paradisiaque d’Adam et d’Eve la sainteté de Dieu, elle ne leur permet plus de goûter la suavité de Son Visage, ouvrant ainsi un gouffre entre la créature et le Créateur. A Nazareth, tout est lumière : l’Immaculée accueille l’ange qui, comme le dit l’évangile de Luc, est envoyé par Dieu et « entre chez elle », sans devoir traverser des déserts, comme si la pièce de la Vierge Marie était l’antichambre du Paradis !

 

 

 

Gabriel, en rendant visite à Marie unit le Ciel et la terre : là où se trouve Celle qui « est pleine de grâce », le Ciel transparent de Dieu est présent, où se reflète sans être déformée Sa lumière limpide, comme un rayon de soleil qui, traversant un cristal pur n’est pas du tout déformé mais brille de toute sa beauté originale. Elle seule est l’Immaculée Conception, la créature qui depuis le premier instant de son existence s’est donnée totalement à Dieu sans rien conserver pour elle ! Que de fois aura-t-elle répété dans son cœur de jeune fille les versets du Psaume 131 qui décrivent l’abandon en Dieu : « Yahvé, je n’ai pas le cœur fier, ni le regard hautain. Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en paix et en silence comme un petit enfant contre sa mère, comme un petit enfant, telle est mon âme en moi » (versets 1b-2). « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » (Luc 1, 28). Quel événement surprenant ! Une créature angélique rencontre une créature humaine tellement pure qu’elle n’a jamais existé sur la face de la terre, et quelle n’y existera jamais ; l’humilité d’un Ange rencontre l’incroyable humilité de cette jeune fille, qui n’exulte pas devant un salut d’une aussi grande dignité, mais au contraire se trouble par crainte d’être trompée. Cette rencontre est plus merveilleuse encore si on la compare - comme l’Eglise l’a toujours fait - à celle d’Eve avec le serpent. Eve, trompée par Satan trompe Adam : l’orgueil d’elle-même engendre une naïveté orgueilleuse en lui, qui deviendra séparation totale vis-à-vis de Dieu. Marie, parce qu’elle est toute humble, est inspirée par l’annonce évangélique, et, pleine de lumière, elle nous éclaire tous avec son humilité, nous qui regardons vers Elle, pour suivre les Volontés divines. L’Immaculée, dans la splendeur de sa grâce, fait retrouver au genre humain le paradis perdu, la joie d’un Ciel sans tâches. Sa médiation maternelle introduit de nouveau la créature dans la communion avec Jésus, annule la distance qui était devenue infranchissable, et, finalement, depuis l’Annonciation, on peut dire en toute vérité : « l'être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2 Cor 5, 17).

 

Le Pape Benoît XVI, à l’occasion de la récitation de l’Angélus pour la fête de l’Immaculée Conception, a dit : cette fête « illumine comme un phare le temps de l'Avent » et nous invite à tourner notre regard « vers Marie qui "brille, devant le Peuple de Dieu en marche, comme un signe d'espérance certaine et de consolation" (Lumen Gentium, N° 68). Avec cette conviction, je vous invite à vous unir à moi lorsque, cet après-midi, je renouvellerai place d'Espagne le traditionnel acte d'hommage à cette douce Mère par grâce et de la grâce. (8 Décembre 2006, Angélus). « Douce Mère de la grâce » : Ouvrons nous aussi notre âme à cette réalité de foi, et unissons aux Paroles du Vicaire du Christ qu’il adressa à la Vierge Immaculée : « Celui qui tourne son regard vers toi, O Mère Très Sainte, ne perd pas la sérénité, quelle que soit la difficulté des épreuves de la vie. Même si l'expérience du péché, qui défigure la dignité de fils de Dieu, est triste, celui qui a recours à toi redécouvre la beauté de la vérité et de l'amour, et retrouve le chemin qui conduit à la maison du Père » (Benoît XVI, 8 décembre 2006, cérémonie Place d’Espagne à Rome).

 

Fides

Nous sommes entrés dans l’Avent, le temps liturgique par excellence de l’attente du Seigneur qui vient et qui ne tardera pas ! C’est un temps spécial pour toute l’humanité, parce que Jésus est le Sauveur de tous, mais chacun est libre de rechercher les origines divines de l’Amour Eternel qui a créé l’homme. En réalité, la créature humaine, venant de Dieu, porte au-dedans de soi, la nostalgie de Lui, voilée par le désir inexprimable de Bonheur, parce que Dieu-Amour est la Béatitude Suprême. Le péché originel, toutefois, a rempli de confusion et a désorienté l’homme et la femme des débuts, et ainsi, il a dévié la « trajectoire » de leur existence, et la « trajectoire » de notre existence, qui, avant la chute terrible des premiers parents, était « naturellement » orientée vers Dieu, alors que, après, elle est « sortie » de l’orbite céleste.

 

   

http://img.over-blog.com/600x441/0/21/41/34/2009/Jesus.jpgDepuis que notre nature a été blessée par le péché, nous ne sommes plus attirés spontanément par les choses d’En-haut, nous ne découvrons pas tout de suite en nous l’attente de Dieu, mais nous « errons » comme des gens dépaysés, dans un monde que nous ne connaissons pas, en y cherchant le bonheur. Mais, ni les choses terrestres, ni les créatures humaines, à commencer par notre « moi » lui-même, rempli de soi-même, ne peuvent nous rassasier. Seul Dieu peut combler le vide existentiel en « visitant » le désert de nos solitudes ! Malgré la faute, toutefois, l’attente de grandes choses est restée inscrite de manière indélébile dans le cœur de chaque être vivant. La venue du Rédempteur, à la plénitude des temps, l’Avent du Christ d’il y a deux mille ans, nous a redonné la vraie lumière et l’espérance certaine, si nous avons Foi en Lui, qui éclaire la vocation sublime de chaque homme et de chaque femme : la sainteté ! La consommation, en Lui, de notre désir. C’est pourquoi la conversion sincère n’est pas autre chose qu’un « retour » au sein du Père, guidés par l’Amour du Fils, pour goûter, dans l’Esprit, la vraie vie qui ne finit jamais. Depuis ce premier Avent de Jésus, « nous avons tous reçu grâce sur grâce » (Jean 1, 16) pour combler toute attente profonde de réalisation de notre cœur tout désir intense d’immensité, toute nostalgie poignante de liberté sans limites. En d’autres termes, la béatitude n’est pas impossible à atteindre, elle nous a rejoints pour toujours avec l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein très pur de l’unique créature innocente entre toutes les créatures de la terre : la Bienheureuse Vierge Marie ! Dans l’Immaculée, l’Avent s’accomplit en plénitude, et c’est même grâce à elle que la venue de Jésus a pu se réaliser. Ses paroles « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc 1, 38), a fait se déchirer les cieux, et l’attente des Nations s’est finalement réalisée, parce qu’est arrivé le Désiré de tous : notre Seigneur Jésus. Isaïe n’aurait jamais pu imaginer dans quelle mesure se serait réalisée sa prophétie : « Voici, la vierge concevra et donnera à la lumière un Fils qui sera appelé Emmanuel, Dieu-avec-nous » (Isaïe, 7,14), ou encore sa supplique : « Cieux ! Répandez comme une rosée la victoire, et que les nués la fassent pleuvoir ! Que la terre s’entrouvre pour que mûrisse le salut » (Isaïe 45, 8) (cf. Hymne, « Rorate caeli desuper et nubes pluant Justum ; aperiatur terra et germinet Salvatorem »).

 

C’est pourquoi, au début du temps de l’Avent, brille dans toute sa splendeur la lumière de l’Immaculée, qui nous touche de sa tendresse et de sa chaleur, pour nous introduire dans le mystère du Soleil qu’est Jésus, et qui se lève, grâce à Elle, dans nos cœurs. « Un ange, parmi ceux qui se tiennent devant la Gloire du Seigneur, fut envoyé dire à la Mère de Dieu : "Réjouis-toi ! Il incline les cieux et descend, Celui qui vient demeurer en toi dans toute sa plénitude. Je le vois dans ton sein prendre chair à ma salutation !" Avec allégresse, l'ange l'acclame : « Réjouis-toi en qui resplendit la joie du Salut ; Réjouis-toi en qui s'éteint la sombre malédiction ; Réjouis-toi en qui Adam est relevé de sa chute ; Réjouis-toi en qui Ève est libérée de ses larmes ; « Réjouis-toi Montagne dont la hauteur dépasse la pensée des hommes ; Réjouis-toi Abîme à la profondeur insondable même aux anges ; Réjouis-toi tu deviens le Trône du Roi ; Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout ; « Réjouis-toi Étoile qui annonce le Lever du Soleil ; Réjouis-toi tu accueilles en ta chair ton enfant et ton Dieu ; Réjouis-toi tu es la première de la Création Nouvelle ; Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’univers ; « Réjouis-toi Épouse inépousée ! ». (Extrait de l’hymne liturgique Acathiste, 5° siècle).

 

Fides

« Ils arrivèrent à Capharnaüm. Lors qu'il fut dans la maison, il leur demanda : "De quoi discutiez-vous en chemin ?" Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. Alors il s'assit, appela les Douze et leur dit : "Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous, et le serviteur de tous." Puis, prenant un enfant, il le plaça au milieu d'eux; et après l'avoir embrassé, il leur dit : "Celui qui reçoit en mon nom un de ces enfants me reçoit; et celui qui me reçoit, ce n'est pas moi qu'il reçoit, mais celui qui m'a envoyé." ». (Marc 9, 33-37). Dans ce passage, la recherche de soi est évidente chez les Apôtres qui, à leur retour d’une tournée apostolique avec le Seigneur, ont discuté de choses qui n’avaient rien à voir avec le choix authentique de suivre le Christ. Mais Jésus, dans son infinie bonté, ne les réprimande pas comme ils l’auraient mérité ; au contraire, il s’approche d’eux en ami, et, d’un ton calme, il les aide à faire un examen de conscience, il les pousse à rentrer en eux-mêmes : « De quoi discutiez-vous en chemin » ? La réponse se fait attendre, parce que cela aurait été fort embarrassant pour eux de montrer le caractère peu élevé de leur conversation pour savoir « qui était le plus grand », alors que le Maître, peu de temps auparavant, avait parlé de sa Passion. Jésus exploite alors ce dérapage des Apôtres - qui ont dérapé comme nous sur l’orgueil -, pour donner un enseignement qui est aussi l’antidote à toute folie de grandeur : « soyez les derniers, soyez les serviteurs de tous, et vous serez les premiers ».

 

 

 

Le christianisme reconnaît une seule primauté : devenir des enfants en esprit ! Pour imprimer dans la mémoire de l’Eglise naissante cet enseignement, Jésus prend un enfant, l’embrasse et le présente aux apôtres, comme pour leur dire que le monde des « grands », doit s’incliner devant le monde des « petits », en accordant tout le respect qui est dû à l’innocence des enfants, si mal traitée par les puissants. Le monde des petits est fait de simplicité et non pas d’arrogance, d’humilité et non pas d’arrivisme ; c’est un monde où personne ne veut écraser l’autre, parce que nous avons tous un seul modèle, le Seigneur Jésus des Béatitudes. Le monde des petits fascine les gens simples, et fait secouer la tête à ceux qui pensent qu’ils sont « arrivés ». Le monde des grands, en revanche, est fait plutôt de disputes, d’ambitions plus ou moins cachées, de sourires figés pour obtenir un avantage, et non pas de sourires spontanés pour nous rappeler les uns aux autres que nous sommes enfants du même Dieu. Le monde de ceux qui ont l’esprit de pauvreté est le monde de Marie : c’est dans ce monde qu’est né Jésus, dans une pauvre grotte, entouré de l’amour des plus pauvres, des gens simples. C’est ce monde que la Mère de Dieu est venu instaurer sur cette terre, en se servant souvent des plus petits, même en âge, comme des Bienheureux Jacinthe et François, deux des trois voyants de Fatima, dont on célébrait la fête précisément le 20 février. Les deux pastoureaux ont rencontré la Sainte Vierge qui leur a donné l’un des messages les plus surprenants que l’histoire connaisse. A eux, au monde des petits, Dieu confie les mystères de son Royaume. A ceux qui se font petits comme François et Jacinthe, Dieu donner sa force et sa gloire. Les prières et les sacrifices de ces deux enfants, qui se sont consacrés spontanément au Cœur Immaculé de Marie, ont contribué au salut de nombreuses âmes, en apportant aussi la consolation au Saint-Père pendant ses souffrances. Nous les rappelons comme exemples vivants de sainteté, une sainteté à la portée de tous, celle des Béatitudes dont la Mère de Jésus se fait notre Guide et notre Modèle.

 

Avec le Saint-Père, le Pape Benoît XVI, prions-La : « Marie, Mère du ‘Oui’, tu as écouté Jésus, et tu connais le timbre de sa voix et le battement de son cœur. Etoile du Matin, parle-nous de lui et raconte-nous ton cheminement pour le suivre dans la voie de la foi. Marie, qui, à Nazareth, a habité avec Jésus, imprime dans notre vie tes sentiments, ta docilité, ton silence qui écoute et fait fleurir la Parole pour faire des choix de liberté authentique. Marie, parle-nous de Jésus, pour que la fraîcheur de notre foi brille dans nos yeux et réchauffe le cœur de ceux qui nous rencontrent, comme Toi tu as rendu visite à Elizabeth qui, dans sa vieillesse s’est réjouie avec toi pour le don de la vie. Marie, Vierge du ‘Magnificat, aide-nous à apporter la joie dans le monde et, comme à Cana, à faire seulement ce que dira Jésus. Marie, pose ton regard sur l’Agorà des jeunes, amène chaque jeune, engagé dans le service envers ses frères, à être le terrain fertile de l’Eglise italienne. Prie pour que Jésus, mort et ressuscité, renaisse en nous et nous transforme en une nuit pleine de lumière, remplie de Lui. Marie, Vierge, Vierge de Lorette, Porte du Ciel, aide-nous à lever notre regard vers le haut. Nous voulons voir Jésus. Parler avec Lui. Annoncer à tous Son amour » (Benoît XVI, 14 février 2007, Prière pour l’Agorà des jeunes de la Méditerranée).

 

Fides

L’histoire personnelle du croyant, à partir du moment où il rencontre réellement Jésus, connaît une mutation profonde, elle n’est plus la même : elle devient une histoire de salut ! Ce n’est plus une histoire faite seulement d’événements terrestres, parce que la rencontre avec le surnaturel, l’entrecroisement avec la grâce divine l’a élevée jusqu’au Ciel : de Là-haut, alors, elle est « rédigée » et transformée par le Seigneur en histoire de grâce…

 
 
 
 
Comme il est beau d’avoir la certitude que c’est Jésus Roi de l’Univers qui domine l’histoire du chrétien, Lui qui en devient le protagoniste, parce que nous avons confiance en Lui et que nous Lui confions notre présent avec le passé et l’avenir : c’est à Lui que tout appartient alors, et le Christ devient notre tout. Pour nous aussi chrétiens du troisième millénaire, ce qu’écrivait Saint Paul aux Colossiens, conserve toute sa valeur : « la réalité, c’est le Christ ! » (Colossiens 2, 17). L’histoire du monde, pour nous croyants, est seulement une ombre de l’histoire future. Le flot des événements d’ici-bas qui, parfois, comme un fleuve en crue semble emporter l’humanité, ne peut nous entraîner dans son tourbillon, parce que nous croyons que Dieu nous a rachetés de cette histoire déchue par le péché, et nous a introduits dans l’histoire rachetée par le Christ : « C’est Lui en effet qui nous a libérés du pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans la Royaume de son fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Colossiens 1, 13-14). En mettant sans réserve toute notre existence dans les mains du Christ, nous témoignerons, personnellement, du déroulement d’une histoire différente, qui n’a pas de comparaisons avec l’histoire vécue sans Lui. Ce que Jésus promet, il le fait toujours, et quand Il nous assure qu’Il est « la Voie, la Vérité et la Vie », si nous nous confions à Lui, si nous Lui faisons confiance, il nous fait faire l’expérience aussi de cette nouvelle Voie, de cette nouvelle Vérité et de cette nouvelle Vie, qui commence à partir d’ici-bas. Le chrétien, en effet, n’est pas un rêveur qui s’enfuit devant ce qui arrive, ou qui, en attendant quelque chose qui devra arriver après la mort, méprise tout le reste. Le chrétien vit déjà, l’expérience d’une vie renouvelée par Dieu, il perçoit déjà que l’histoire est sauvée, que la joie est donnée, que l’éternité a commencé… certes, dans une mesure qui est en proportion avec son état de créature terrestre, mais dans l’attente de jouir de cette mesure inimaginable de gloire, qu’il vivra dans la plénitude du Royaume de Dieu, qui est le Paradis. Le chrétien est une personne qui a reçu la grâce dans le « déjà et pas encore » !
 
Pour faire « entrer » Jésus dans notre propre histoire, il ne faut pas de grands efforts ; au fond, le cœur humain a sa mesure sur le Sien, notre amour dérive de son amour, nous ne sommes pas la source de l’être, Lui, il l’est ! Il suffit d’une petite fente pour l’accueillir, d’une ouverture, même très petite, de notre liberté qui le cherche, qui l’invoque… Il y a de très nombreux épisodes dans l’Evangile qui témoignent d’histoires qui ont été transformées par la rencontre avec la Personne de Jésus. Lors de la récente Solennité du Christ Roi, nous avons médité le passage qui nous parlait du Bon Larron (cf. Luc 23, 35-43). Il était suspendu à une croix parce qu’il était coupable, son histoire se terminait de manière misérable, comme était misérable la scène qu’il avait devant lui. Combien était grande la méchanceté humaine contre Ce Crucifié, qui irradiait de son regard une beauté majestueuse et une paix indescriptible : même au milieu de souffrances atroces, il ne se plaignait pas, il ne jurait pas, mais il pardonnait et prononçait ces paroles mystérieuses adressées à Jean : « Voici ta Mère ». Oui, la Mère et le Fils Crucifié doivent avoir capturé le regard et le cœur du Bon Larron, remettant en lui la nostalgie d’une innocence que l’on pouvait lire sur ces deux visages marqués par une souffrance indicible, mais qui était extraordinairement différente de la cruelle souffrance humaine : c’était une souffrance que le sauvait ! C’est pourquoi un coin de son cœur s’ouvrit, une soif d’éternité éclaira son esprit, et fit agir la volonté, jusqu’alors paralysée par l’angoisse, et, avec ses dernières forces, avec ses dernières paroles, il confia son histoire humaine damnée au Seigneur de l’histoire sauvée : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume » (Luc 23, 42). A partir de ce moment précis, tout changea. L’histoire d’un condamné à mort, en contact avec l’Histoire de la Rédemption, devint l’histoire d’un homme sanctifié : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui même, tu seras avec mois au Paradis » ! (Luc 23, 43).
 

Dimanche prochain, nous fêterons la Solennité de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi de l’Univers, et, le 21 novembre, nous fêtons la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple : la créature la plus pure est offerte à Dieu, elle se consacre à Lui, pour préparer la voie au Roi des rois : La Sainte Vierge s’est offerte entièrement au Père, dans toutes les fibres de son être entièrement pur et transparent, parce qu’il était immaculé. De manière mystérieuse, la Providence Divine préparait Marie, à son insu, année après année, à devenir le véritable Temple du Fils de Dieu, sa Demeure virginale sur la terre, Celle qui L’aurait donné au monde comme Sauveur !

 
 
 
 
Une enfant toute sainte se consacrait pour toujours au Dieu Tout-puissant, qui aurait réalisé en Elle les merveilles les plus grandes pour le bien de tous les Peuples. Le Roi viendra, et il est venu parce que la Reine était prête à L’accueillir ! Seule la Très Sainte Vierge Marie a été rendue capable, grâce aux prodiges de la grâce divine, de devenir la Mère de Dieu et, ainsi, d’être élevée à une dignité que Saint Thomas d’Aquin décrit comme « presque infinie » : « La Bienheureuse Vierge Marie, parce qu’Elle est Mère de Dieu, a une dignité infinie d’une certaine manière, parce qu’elle découle du Bien infini qui est Dieu » (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, I, q. 25, a. 6). Méditons-nous comme il convient ces paroles du Docteur de l’Eglise ? C’est seulement sur Elle, en effet, que le Saint-Esprit est descendu pour réaliser le plus grand miracle de tous les temps : « Le Verbe s’est fait chair et il est venu habiter parmi nous » (Jean 1, 14). Celui qui fixe son regard sur Marie, animé d’une foi simple et pure, tout comme Jésus l’a voulue, en contemplant le mystère de l’Incarnation de Dieu, ne pourra que s’émerveiller de la grandeur exceptionnelle de la Vierge Mère. Dieu lui a donné, dans l’ordre de l’économie du salut, un rôle absolument unique : celui d’être la Mère du Rédempteur et, en conséquence, la Mère également de tous les rachetés. Ce rôle universel de Marie est découvert de manière progressive, et nous, chrétiens du 21° siècle, nous ne sommes certes pas parvenus au terme de notre connaissance de Marie ; et nos louanges ne pourront pas non plus être assez suffisantes pour exalter sa grandeur. « De Maria nunquam satis » déclare une phrase célèbre, et cela est vrai aussi de nos jours ! L’expérience bimillénaire de l’Eglise nous dit clairement que la prophétie du Magnificat se réalise de manière ponctuelle à chaque siècle, de manière évidente : « Toutes les générations me diront bienheureuse ». Et de même que Elizabeth s’est exclamée « Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton sein ! A quoi dois-je que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (Luc 1, 42-43), parce qu’elle a reconnu en Marie la dignité extraordinaire de Mère du Sauveur, de même aussi le Peuple de Dieu en chemin, découvre en Marie des merveilles toujours nouvelles et, animé par le Saint-Esprit, sous la direction du Magistère de l’Eglise, il en fait les louanges, il l’invoque sans se lasser et témoigne de Sa grandeur. Appeler Marie « bienheureuse » ne veut pas dire seulement La vénérer, mais aussi connaître toujours plus les profondeurs et les grandeurs de grâce que contient sa vocation, et qui se répandent dans le cœur de chacun d’entre nous et sur le monde entier. Toute vraie mère, en effet, donne tout ce qu’elle possède à ses enfants, à commencer par sa propre vie elle-même ; à combien plus forte raison peut-on dire alors la même chose de la Mère de toutes les mères ! La dévotion mariale authentique se nourrit de la connaissance amoureuse de la Mère de Dieu, qui ne peut qu’engendrer le témoignage filial de notre appartenance à Elle. Oui, Marie est grande et puissante parce qu’elle est le Mère de notre Rédempteur qui, sur la Croix, nous a confiés à Elle : « Femme, voici ton fils ».
 
« O Femme, tu es si grande, et ta valeur est tellement grande / que celui qui veut la grâce et ne recourt pas à Toi / son désir est vain comme celui qui désire voler sans ailes ». Ces versets hautement poétiques que Dante a consacrés à la Très Saint Vierge dans la Divine Comédie, expriment clairement la médiation maternelle de Marie : que celui qui veut bénéficier des miracles de la grâce, s’adresse avec confiance à la Mère de Dieu et, comme à Cana, Jésus transformera même les événements de notre existence fragile, en en changeant la qualité et en en faisant des événements de miséricorde. La Sainte Vierge marche aux côtés de son fils sur les chemins du monde et, par les voies mystérieuses de l’Esprit, elle l’introduit dans l’histoire communautaire et personnelle, en lui demandant, pour le banquet de nos jours, le miracle qui nous semblait impossible, mais qui, avec elle, se réalise toujours : celui de la sainteté. Ce pouvoir de Marie se révèle à tous ceux qui s’adressent à elle et qui l’acclament en lui disant tout joyeux : « Tu es bénie entre les femmes et béni est le fruit de ton sein ! A quoi dois-je que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? ».
 

Les Saints, tous les Saints ont expérimenté ces Béatitudes. Elles les ont amené au Ciel. Si nous voulons les rejoindre, il nous faut aussi emprunter ce chemin du Ciel. Les Saints innombrables, canonisés, et la foule immense que nous entrevoyons aujourd’hui, ces Saints dont nous parle l’Apocalypse, cette foule que personne ne peut dénombrer, de toutes tribus, de toutes races et de toutes langues sont passés par cette route unique. La Reine des Saints l’a empruntée la première, et désormais, elle se tient à l’entrée, Porte du Ciel, et tout au long du chemin, nous marchons sous son manteau d’amour… Elle nous mènera bien vite, à la mesure de notre confiance, jusqu’à Celui qui est la couronne de tous les Saints…

 
 
 
 
 
1. « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, le Royaume des Cieux est à eux »
Jésus parle ici du détachement des richesses, de toutes les richesses. Le pauvre dont il s’agit est l’homme qui se reconnaît dépendant totalement de Dieu. S’il possède quelque chose, il sait que cela vient de Dieu. Il ne s’attribue rien, mais est dans une perpétuelle reconnaissance pour les dons de Dieu. Le pauvre, c’est celui qui a le cœur ouvert… qui sait qu’il n’a rien, qui attend tout de Dieu. Le pauvre est celui qui a les mains vides. Il reçoit l’Evangile dans la joie, comme Jésus le dit à Saint Jean-Baptiste : « Les pauvres sont évangélisés » (Luc XVII, 22). Le pauvre s’oppose au rassasié, au satisfait, à celui qui croit tout avoir, à celui qui croit pouvoir par lui-même. A cet homme qui a les mains pleines, Saint Jean dit dans l’Apocalypse : « Tu dis : je suis riche, j’ai fait fortune, je n’ai besoin de rien, et tu ne sais pas que tu es misérable et pauvre, aveugle et nu ». Prenons garde, mes bien chers frères, Dieu résiste aux superbes mais il donne sa grâce aux humbles. Jésus, apprenez-nous à être pauvres, à nous présenter à vous les mains vides.
 
 
 
 
2. « Heureux les doux, ils posséderont la terre »
La douceur, la vertu même de Jésus : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». Saint Paul définit cette vertu dans son Epître aux Corinthiens : « les doux sont ceux qui cèdent à la méchanceté, qui ne résistent pas au mal, mais qui triomphent du mal par le bien ». Le doux, c’est celui qui sourit du « sourire de bénignité » dont parle le même Saint Paul. Celui qui ne réclame pas ses droits, qui sait pardonner, qui ne prend pas le mal en compte, mais qui comme Dieu, noye le mal et la haine dans un océan de charité. « Les doux posséderont la terre » : La douceur est la vertu conquérante par excellence, la vertu qui ouvre les cœurs… qui ouvre même le cœur de Dieu, qui assure la possession du Ciel, la vraie terre promise.
 
 
 
 
3. « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés »
Le fondement de cette béatitude est la phrase de Saint Paul aux Philippiens : « hoc enim sentite in vobis, quod et in Christo Jesu ». Ayez en vous les sentiments du Christ Jésus ! Or Jésus a pleuré : - Jésus a pleuré sur le péché : il l’a ressenti si profondément comme un refus d’amour, lui qui était justement le don de l’amour de Dieu aux hommes. Pleurons donc, nous aussi, sur le péché, les nôtres et ceux de tous les hommes. - Jésus a pleuré de compassion : toute souffrance le bouleversait : les infirmes, les malades, les veuves et les orphelins, son peuple, Jérusalem, et tous ceux qui ferment leur cœur à l’Evangile. Nous aussi, « pleurons avec ceux qui pleurent », comme le dit Saint Paul. Etre tout à tous, c’est prendre sur soi la souffrance du prochain, s’en revêtir en quelque sorte, et pleurer avec lui. Le monde, lui, ne connaît pas la compassion : il est inaccessible à la pitié. Il tourne même en dérision la compassion des chrétiens. Mais qu’importe le jugement du monde ! nous serons consolés : « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous pleurerez et vous serez dans le deuil, vous, et le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction se changera en joie » (Jean, XVI, 20)
 
 
 
 
4. « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés »
Avoir faim, avoir soif, expriment l’intensité du désir. La justice dont il s’agit ici est celle par rapport à Dieu, c’est-à-dire la religion, ou mieux : la sainteté. - heureux donc ceux qui ont faim et soif se sainteté ! - heureux ceux qui brûlent du désir de la sainteté ! Désirer la sainteté, c’est déjà la posséder, puisque Jésus nous dit : « ils seront rassasiés ». Ce que rediront Saint Jean de la Croix et la petite Thérèse : « On obtient du Bon Dieu autant que l’on espère ».
 
 
 
 
5. « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde »
Miséricorde : « miseris cor dare », donner son cœur aux malheureux. Cette définition étymologique est d’autant plus belle que le miséricordieux est celui qui pardonne celui qui l’a offensé. La miséricorde nous fait donc regarder l’offenseur comme un malheureux, comme une personne à plaindre… personne à laquelle il faut montrer qu’on ne lui en veut pas, qu’on a pardonné, que tout est oublié… C’est la grande vertu de Dieu : Dieu est amour et amour de miséricorde. Dieu a pitié de notre malheur, de notre misère d’offenseur. Dieu ne refuse jamais son pardon, oserons-nous refuser le nôtre ? N’oublions jamais que la mesure avec laquelle nous pardonnons à notre prochain sera celle avec laquelle Dieu nous pardonnera. « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ».
 
 
 
 
6. « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu »
C’est bien sûr la pureté qui s’oppose à la luxure. Cette vertu de pureté se fonde sur notre être chrétien : nous sommes le temple de Dieu, nous devons respecter ce temple et non le profaner. Mais cette vertu de pureté, de chasteté, n’est que l’aspect physique, que le reflet au fond d’une autre vertu : l’innocence et la droiture du cœur. Cette pureté du regard qui voit l’âme dans le prochain. Ce regard spirituel, pur et chargé d’amour. La pureté du cœur, cette maîtrise des passions assure à la personne la pureté du corps. Elle purifie aussi son regard : les passions ne brouillent pas de leurs nuages la pureté du regard de l’innocent, du cœur pur. Son regard plonge jusque dans l’éternité.
 
 
 
 
7. « Heureux les pacifiques, ils seront appelés Fils de Dieu »
Le Christ est le grand pacifique, c’est-à-dire le grand artisan de Paix. - cette paix offerte à Noël aux hommes de bonne volonté, - cette paix que le Christ nous laisse en héritage après la dernière Cène, - cette paix de Pâques qu’il nous laisse jusqu’à la fin du monde. Rappelons-nous la définition de la paix par Saint Augustin : « la paix est la tranquillité de l’ordre ». Eh bien, c’est justement parce que Jésus est celui qui ramène l’ordre dans le monde qu’il est le pacifique, l’artisan de paix par excellence. « Pax Christi in Regno Christi » : la paix du Christ dans le règne du Christ, répétait sans cesse Pie XI, le pape du Christ-Roi. La paix que les hommes poursuivent ne leur sera donnée que par le règne du Christ. Seuls ceux qui font régner le Christ en eux et partout sont les vrais pacifiques. Ils seront appelés Fils de Dieu parce qu’ils sont animés par l’Esprit de Dieu, et sont en vérité ses enfants.
 
 
 
 
8. « Heureux les persécutés pour la justice, le Royaume des Cieux est à eux »
Cette béatitude ne fait qu’une avec celle qui suit :
 
 
 
 
9. « Heureux serez-vous quand on vous insultera, quand on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi »
Bienheureux celui qui subit la persécution pour la justice, c’est-à-dire pour la sainteté, pour l’amour de Jésus. Souffrir pour celui que l’on aime, c’est la Joie, la plus belle expression de l’amour, du don de soi à l’être aimé. Rappelons-nous le discours après la Cène : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Souffrir pour la sainteté, c’est aussi être identifié au Christ : « le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ». Joie chrétienne d’être identifié dans la persécution au Christ Seigneur. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les Cieux. Folie aux yeux du monde que cet amour de la Croix ! Que cette souffrance offerte en union à la Passion de Jésus ! Les Actes des Apôtres nous rapportent cette joie des Apôtres persécutés par la Synagogue : « Sortant du conseil, les apôtres s’en allaient joyeux, parce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir cet affront pour le Nom de Jésus ». Souffrir la persécution morale pour le Seigneur en notre début de millénaire est une joie indicible que seule la Foi permet de comprendre : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ».

Arrêtons-nous sur le troisième chapitre de la Genèse (3, 1-13) : il nous raconte la chute de nos premiers parents, le péché des origines qui fit tomber Adam et Eve des hauteurs de grâce à des abîmes de misère. Le tentateur s’approcha d’Eve et l’amena à pécher, en la séduisant par de fausses promesses de bonheur et d’indépendance, en la convaincant ainsi que, de cette manière, elle pourrait parvenir à l’autonomie à l’égard de Dieu, si ce n’est totalement, du moins en partie. Quelle illusion ! Eve, croyant qu’elle avait des possibilités de bonheur en dehors de la Loi sainte de Dieu, fut l’artisan de sa condamnation : au lieu de la joie, elle goûta la tristesse et le malheur, en devenant pour Adam, consentant, alliée de malheur, pour se retrouver avec lui sans grâce et sans liberté.

 

 

 

 

C’est là le tourbillon du péché : il s’attaque à l’esprit, en le tranquillisant par des assurances de liberté ; puis il empoisonne la volonté en la poussant à désobéir à Dieu, en oubliant que Lui seul peut rassasier le cœur de l’homme. La stratégie fourbe de l’antique serpent, continue aussi de nos jours : le serpent est le même, et la proposition aussi : « mange le fruit défendu ! ». Le vieil homme qui vit en nous est blessé par la même maladie, qui s’appelle concupiscence. Elle se développe avec la malice de l’orgueil, qui prétend se passer de Dieu, en s’érigeant comme juge de moralité dans l’illusion que le mal, au fond, ne fait pas mal et qu’on peut le contrôler ; et l’illusion devient plus orgueilleuse : se croire libres, quand, en revanche, on est esclave du péché que l’on ne veut pas éviter, du fruit défendu auquel on ne plus renoncer. Il y a un « fruit défendu » pour chacun, une « tentation persistante qui revient », plus forte et plus séduisante que les autres, qui nous poursuit par des promesses d’être comblés. En réalité, seul le Nouvel Adam, qui est le Christ, vainc le vieil homme et démasque ses illusions ; mais ce combat spirituel dure toute une vie, parce que la « voix » du tentateur est fourbe et continuer à susurrer, sous une apparence de bonhomie, des promesses de bonheur ! Que de fois l’homme est séduit par cette voix fausse ! Tout en sachant qu’elle ne peut le combler, elle continue à chercher cette nourriture incorruptible, même si elle a fait mille fois l’expérience que c’était une nourriture amère : l’amertume du réveil. « Mon cœur défaillait, vide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu; et ce n’était pas de cette faim-là que je me sentais affamé ; je n’avais pas l’appétit des aliments incorruptibles : non que j’en fusse rassasié; je n’étais dégoûté que par inanition. Et mon âme était mal portante et couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d’elle-même, elle mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcères » (Confessions, 3.1).

 

Que de fois une telle avidité s’empare du cœur en en devenant maître, en lui enlevant les énergies du bien : ils n’ont ainsi aucune valeur, les gémissements de l’âme, si la volonté ne s’ouvre à la Grâce du Nouvel Adam : le Christ, donné à nous par la Nouvelle Eve, Marie. Eux seuls peuvent libérer l’homme de la prison qu’il s’est construite lui-même, en jetant au loin la clef. Seule la grâce de la Rédemption de Jésus, que Marie nous a obtenue, peut nous faire repêcher cette clef : seule la Vérité rend de nouveau libre notre liberté. Quant tout semblait perdu, pour Adam et Eve et pour tout le genre humain, Dieu fit une promesse irréversible, une annonce formidable : « je mettrai une inimitié entre toi et la femme ». Cette inimitié, déclarée et scellée par Dieu lui-même, nous sauve, nous protège du tentateur et de ses séductions, nous élève au-dessus du tourbillon du péché auquel nul n’échappe, et nous sauve. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort écrit une page mémorable à propos de la seule inimitié établie par Dieu, de la force invincible qu’Il a donnée à Marie, la Nouvelle Eve : « dès la paradis terrestre - bien qu’elle ne soit encore que dans sa pensée - Dieu lui a donné une telle haine contre son ennemi maudit, une telle habilité à démasquer la malice de cet antique serpent, une telle force pour vaincre, pour abattre et pour écraser ce profanateur orgueilleux… » (TVD, n° 52). Au pied de la Croix, comme aux Noces de Cana, le Christ révèle à tous le pouvoir de grâce de Sa Mère qui peut tout, en l’appelant Femme : « Femme, voici ton Fils (Jean 19, 26). La Femme qui, au paradis terrestre, avait été annoncée, est là, à présent, avec nous ; c’est Marie qui, à nos côtés, veut nous rendre heureux et remplis de Dieu !

 

Fides

Le Ciel n’est pas une fable racontée aux petits, mais une certitude que Jésus a donnée à ses disciples, à tous ceux qui croient en Lui et font sa volonté. Il l’a promis expressément : « Il y a beaucoup de demeures dans la Maison du Père » (Jean 14, 2). Quelle joie pour le chrétien de savoir que pour lui, le Ciel c’est chez lui, que cela vaut vraiment la peine de vivre l’Evangile et de se préparer à la bonne mort avec une bonne vie, pour pouvoir, au jour suprême, écouter cette Parole sainte de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! » (Luc 23, 43). Vivre avec Dieu pour toute l’éternité est la joie la plus grande qui puisse exister. C’est pourquoi, vivre dans la conscience que nous sommes « à deux pas » du Ciel devrait être facile pour un chrétien ; en revanche, souvent, il voit les difficultés à s’approcher du Ciel dans sa vie quotidienne ; pourquoi cela ?

 
 
 enfer.jpg

Pour trouver le chemin qui mène au Ciel, il faut chercher les choses du Ciel, comme nous en avertit Saint Paul : « Cherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu » (Colossiens, 3, 1). Nous pourrions dresser une longue liste des choses d’en haut ; citons-en quelques unes : la confiance, l’espérance, la charité, la paix, la prière, la contemplation, l’adoration, la réconciliation, rendre grâces, le pardon, l’esprit d’enfance, l’humilité, la liberté, la vérité, la simplicité, la joie, la sagesse, l’innocence, la douceur, le silence, l’éternité… Ce sont là tous des dons qui ont le Seigneur comme fin propre, qui appartiennent au domaine du surnaturel, parce qu’ils sont des fruits du Saint-Esprit. Les choses d’ici-bas, qui sont placées avant les choses d’en haut, sont celles qui aboutissent au péché : l’orgueil, l’amour propre, la vanité, l’égoïsme, la superbe, l’avarice, la jalousie, la soif de pouvoir, d’honneur, l’admiration de soi, l’envie, l’attachement aux biens matériels.
Nous savons très bien que notre cœur ne peut être occupé, en même temps, par deux désirs opposés, il ne peut suivre deux « patrons » qui se font concurrence. Comme nous le dit Jésus : « personne ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’affectionnera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Luc 16, 13). Malheur aux compromis avec Dieu : le choix qu’il met devant nous est unique : celui qui voudra gagner sa vie et voudra me suivre, devra laisser tout ce qui ne correspond pas à ma sainteté ! En raison de notre liberté, nous sommes constamment guidés par le bien ou par le mal. L’enfer existe non pas parce qu’il est le fruit d’une amour insuffisant de Dieu pour ses créatures, mais parce que la liberté qu’Il a donnée à l’homme est tellement inconditionnelle qu’elle peut, ce qui est absurde, Lui dire non, en choisissant de se séparer ETERNELLEMENT de Lui. Réfléchir sur l’Enfer devrait amener l’homme croyant non pas tant à douter de Dieu, mais à trembler face à la possibilité que, lui-même, il pourrait tourner le dos à son Créateur. La conscience d’avoir une telle liberté devrait le pousser à avoir une gratitude exemplaire envers un tel Créateur, et à se décider pour Lui, pour les « choses du Père » selon une conscience vraiment formée à la lumière de la Révélation Divine. Et donc, ou bien on se décide de vivre de manière vertueuse, ou bien l’on vivra comme ceux qui vivent sans Dieu ! Le premier effort à faire au matin devrait précisément celui qui consiste à chercher le Seigneur, ses choses, afin que, pendant la journée, on puisse regarder vers le Ciel. Le moyen privilégié pour chercher le Seigneur est à n’en point douter la prière, qui suscite et alimente le désir de Dieu sans lequel nous succombons au désir du monde, en prenant comme étant réel ce qui est seulement une apparence, mais qui n’a pas de réalité.

« Nous, citoyens du Ciel » (Philipiens 3, 20),
pour reprendre les paroles de Saint Paul, sur quelle fréquence nous branchons-nous le matin ? Sur la fréquence divine ou sur la fréquence terrestre ? Il y a tellement de fréquences possibles, tellement de pensées qui peuvent devenir dominantes pour celui qui les entretient : le Ciel ou le monde ! Chaque chrétien est appelé à devenir un apôtre du Ciel, à y entraîner de nombreuses autres âmes, en répétant avec confiance la prière enseignée par la Sainte Vierge aux trois petits voyants de Fatima, après qu’elle leur ait montré l’enfer : « Quand vous récitez le chapelet, dites, après chaque mystère : Ô mon Jésus, pardonnez-nous, préservez-nous du feu de l’enfer et conduisez toutes les âmes vers le Ciel, spécialement celles qui en ont le plus besoin. Ainsi soit-il ».

« Alors, rentrant en lui-même, il dit : "Combien de mercenaires de mon père ont du pain en trop, et moi, ici, je meurs de faim !". Je me lèverai et j'irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et envers toi; je ne suis plus digne d'être appelé ton fils : traite-moi comme l'un de tes mercenaires.’’ Et il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit : et, touché de compassion, il courut, se jeta à son cou, et le couvrit de baisers. (Luc 15, 17-18, 20). Il s’agit de la parabole de l’enfant prodigue, appelée aussi la parabole du père miséricordieux ; nous la lirons Dimanche prochain, 4ème Dimanche de Carême. Une fois encore résonnera ainsi dans toute l’Eglise Catholique l’appel du Seigneur à la conversion du cœur, par le retour à sa Miséricorde Divine…

 

 

 

 

Le Serviteur de Dieu Jean Paul II, dans l’Encyclique ‘’Dives in Misericordia’’ déclarait : « La conversion à Dieu est toujours le fruit du retour au Père riche en miséricorde. La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l'amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable, non seulement comme acte intérieur d'un instant, mais aussi comme disposition permanente, comme état d'âme » (DM N°13). L’itinéraire de la conversion du cœur est donc un fait de connaissance et de prière : on connaît l’amour miséricordieux de Dieu, et l’on y reste, par une ‘’disposition stable’’, un ‘’état d’âme’’, qui est précisément la prière, ou mieux, la vie de prière. Comme l’enfant prodigue, l’homme de notre époque lui aussi doit ‘’rentrer en lui-même’’ ; c’est seulement alors qu’il retrouvera le Père et, redécouvrant la miséricorde, il pourra se relever de son péché pour aller vers Lui. Une des principales difficultés, dans notre prière, est précisément celle de pouvoir atteindre une ‘’disposition stable du cœur’’. Jour après jour, nous devons la conquérir, en donnant à Dieu suffisamment de temps de prière prolongée pour pouvoir ‘’rentrer en nous-mêmes’’. Notre prière, pour être authentique, doit devenir ‘’la prière du cœur’’ ; elle ne doit pas rester une ‘’prière superficielle’’, qui nous effleure mais qui ne pénètre pas au plus intime de nous-mêmes. Nous sommes souvent tentés de rester à la surface de nous-mêmes, en nous mettant entre les choses du monde et celles de Dieu : on ne laisse pas les premières, et l’on ne peut même pas goûter les deuxièmes. On reste dans une sorte de ‘’zone grise’’, où ne nous arrivent pas les rayons d’amour de notre Papa céleste.

 

La Sainte Vierge est sur notre chemin, pour nous rappeler à une prière plus profonde, à prier son Fils, la prière du cœur ; c’est seulement si nous nous laissons toucher nous-mêmes, que nous L’atteindrons. Nos paroles ne servent à rien, si elles ne révèlent pas notre âme à Dieu. Un ami est ainsi, seulement quand il nous ouvre le cœur et nous révèle l’intime de son être. La phrase de Saint Augustin est célèbre, qui cherchait Dieu désespérément, mais restait ‘’en surface’’ entre les créatures et le Créateur : « Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova » (Confessions 10, 27, 38) : Je t’ai aimé tardivement, une beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai aimé tardivement ! « Oui, parce que tu étais en moi et moi en dehors. C’est là que je te cherchais ; difforme et misérable, je me jetais sur les belles formes de tes créatures » (ibid.). Si l’effort d’intériorisation existe, le résultat d’une fécondité spirituelle ne manquera certainement pas dans notre vie de chrétiens. La prière du cœur conduit à la dépendance authentique vis-à-vis du Seigneur, en se soustrayant aux autres dépendances qui peuvent avoir des noms divers en rendant la vie terriblement stérile. Jésus, dans le désert, nous témoigne clairement que le Diable ne se combat pas seulement par des paroles, par des arguments, mais par une vie intérieure riche de l’amitié avec Dieu. Nous sommes habités par Lui, et Il mérite tout le domaine de notre liberté intérieure, pour engendrer des actes libres d’adhésion à sa Divine Volonté. La prière du cœur est essentiellement une prière d’amitié avec Dieu (la prière préférée de Sainte Thérèse d’Avila), qui part du plus intime de nous-mêmes ; c’est là que se produit la rencontre avec le Christ et que se forme l’acte d’amour pur : Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Quand Pierre rentra en lui-même, repentir de son propre péché - comme le feront Paul, Augustin et d’innombrables autres frères et sœurs dans la foi, il ne trouva pas devant lui un Dieu Juge intransigeant, mais un Dieu Père à la Miséricorde Infinie qui « le vit de loin et fut pris de pitié, et courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement ». Si Pierre avait véritablement connu le Seigneur Jésus, il ne lui aurait pas dit : « Eloigne-toi de moi, car je suis un pécheur », mais « approche-toi de moi parce que je suis un pécheur ».

 

La Vierge Marie, qui connaît la Miséricorde de Dieu plus que tous, veut que nous connaissions cette tendresse de Dieu : le Dieu riche de miséricorde ! Faisons donc nôtres les paroles du Pape Benoît XVI qui nous invite souvent à une vie d’amitié avec Dieu, à une vie authentique de prière : « Chers frères et sœurs, la prière n'est pas un accessoire, une "option", mais elle est une question de vie ou de mort. En effet, seul celui qui prie, en effet, c’est-à-dire qui se confie à Dieu avec un amour filial, peut entrer dans la vie éternelle, qui est Dieu lui-même. Au cours de ce temps de Carême, demandons à Marie, Mère du Verbe Incarné et Maîtresse de vie spirituelle, de nous enseigner à prier comme le faisait son Fils, afin que notre existence soit transformée par la lumière de sa présence » (Benoît XVI, Angélus, 4 mars 2007).

 

Fides

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

Intentions de prières

 

Actualité du livre

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg