« Je viens du Ciel ! ». C’est par ces paroles que la Sainte Vierge, en apparaissant aux enfants de Fatima, révéla le lieu d’où elle venait à Lucie qui le lui demandait. Le message de Fatima, dont nous célébrons le 90ème anniversaire cette année, nous rappelle que nous sommes créés pour le Ciel, et que c’est vers le Ciel que nous devrons orienter notre existence ici-bas…

 
 
 
C’est parce que nous sommes destinés précisément vers le Ciel, lieu du bonheur sans fin, que nous portons en nous, comme désir le plus grand, le désir d’être heureux, de vivre la joie intime et la paix authentique. Les choses de la terre ne peuvent jamais remplir et satisfaire la réalité spirituelle qui est la nôtre, que nous appelons l’âme, et qui peut seulement se nourrir de choses spirituelles, de biens célestes, et non pas de choses terrestres. La soif de bonheur que l’homme porte au-dedans de lui-même, vient de cette réalité de l’esprit qui est en lui et qui, étant immense, rend immense le désir de satisfaction et de joie qui envahit le cœur humain. Vouloir se désaltérer avec une seule goutte qui, à peine trouvée s’évapore aussitôt, est une pure illusion. L’homme assoiffé s’il cherchait seulement des gouttes, mourrait rapidement de soif ! Que de fois, malheureusement, on se fait l’illusion de satisfaire la soif du Ciel, de l’Infini, de l’Eternel, avec des gouttes, avec de minuscules fragments de joies et de plaisirs terrestres, qui ne parviennent jamais à satisfaire l’esprit humain. Elles s’évaporent au moment même où on les consomme. Et alors, au lieu de nous arrêter pour réfléchir et rentrer au plus intime de nous-mêmes pour chercher la Raison de cette nostalgie d’amour que nous ressentons comme quelque chose d’insatiable, nous continuons notre course folle des sens derrière les autres milliers de petites gouttes, qui annoncent toujours un bonheur, et qui s’évaporent toujours comme la goutte ! L’homme, de cette manière, au lieu de boire à la Fontaine d’eau vive, de se laisser aimer par Dieu, recherche les gouttes, en vivant dans l’illusion et en se laissant emprisonner dans un cercle vicieux, comme un chien qui ne cesse de se mordre la queue. Nous autres chrétiens, nous ne pouvons nous laisser prendre par l’illusion de trouver le Ciel, la vraie joie, la paix profonde, la liberté de l’esprit... dans les choses d’ici-bas. Nous ne pouvons penser la vie éternelle comme quelque chose qui commencera seulement après notre mort ! Pour celui qui comprend ainsi la vie éternelle, il est logique qu’il cherchera à vivre en fonction des choses d’ici-bas, en renvoyant au-delà de la tombe les choses d’en-haut. C’est là une grave déformation de notre foi dans le Seigneur Jésus qui nous a promis de manière claire que la vie éternelle, le Royaume de Dieu, commence déjà dès le moment de notre première rencontre avec Lui : « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : ‘Voici : il est ici ! Ou bien : il est là. Car voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 20b-21). Notre vie, dès lors, est une participation au Royaume de Jésus, une communication à la vie éternelle, si nous nous laissons pénétrer toujours par les choses d’en-haut, en nous dépouillant progressivement des choses d’ici-bas, qui sont transitoires, qui passent rapidement, et qui s’usent avec le temps. Tout ce qui est terrestre, reçu des hommes ou du monde, n’est pas éternel. Seul le Bon Dieu, qui est l’Eternel, sait nous donner les dons éternels ; mais, pour les recevoir, il faut avoir la vraie foi en Lui, comme l’ont eue les saints, qui ont pu proclamer par leur vie : « Roc de mon coeur, ma part, Dieu à jamais » (Psaume 73, 26). Pour suivre le Seigneur, ils ont renoncé à eux-mêmes, ils ont laissé leurs petits et leurs grands égoïsmes, en dépassant l’attirance des choses terrestres par l’attrait incomparable des choses du Ciel, bien supérieures à celles de la terre ! Les saints ont mis leur vie dans les mains de Dieu, et ils ne s’en sont jamais repentis, car ils croyaient que c’était le Seigneur qui guidait tous les événements, bons ou mauvais de la vie, jusqu’à devenir Lui-même : leur vie pour toujours ! Ils ont cherché en premier le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste leur a été donné en supplément, selon la promesse du Seigneur (cf Matthieu 6, 33), qu’ils ont prise à la lettre, et qui s’est accomplie littéralement ! Telle est la foi des saints : elle prend au sérieux toute parole de Jésus et jouit de sa réalisation. En s’occupant seulement d’aimer Dieu, et, en Dieu, toute créature, le coeur des saints a toujours plus goûté les choses du Ciel, et a perdu le goût pour les choses de la terre, exactement comme l’avait promis Jésus : « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4, 14).

Le choix se présente chaque jour à chacun d’entre nous : voler vers le Ciel, ou ramper sur la terre. Voilà pourquoi la Sainte Vierge apparaît, vient du Ciel pour nous montrer où se trouve notre vraie Patrie (+) et pour nous y conduire ; en effet, « Elle est le refuge et la voie qui conduit à Dieu » (Benoît XVI, salut en portugais, Angélus, 14 octobre 2007)
 

« Quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine » (Matthieu 7, 26-27). Nous pouvons dire que nous suivons le Seigneur Jésus seulement quand nous mettons vraiment Sa parole en pratique. L’écouter ne suffit pas, il faut vivre ce qu’Il dit. Si, pour appuyer nos belles paroles sur Jésus, il n’y a pas le témoignage de notre vie vécue en conformité avec ces belles paroles, l’Evangile déclare alors que nous avons construit notre existence sur le sable, et que tout, un jour ou l’autre, croulera.

 
 
 
 
Se réaliser soi-même c’est précisément construire sur le sable de notre pauvre « moi », qui se croit capable d’édifier sa propre existence en se persuadant qu’elle est sienne et, que, ainsi, il peut la gérer du mieux qu’il pense. Quand une existence se laisse prendre par cette conviction, et s’aperçoit tout à coup qu’elle est erronée, que la vraie conversion ne consiste pas seulement à changer des habitudes - en devenant un peu meilleurs et plus honnêtes - elle comprendra que l’unique construction capable de résister s’appelle « le Seigneur Jésus ». Quand Jésus a appelé les premiers Apôtres à le suivre, l’Evangile dit : « aussitôt, laissant les filets, ils le suivirent ». (Marc 1, 18). Mais avaient-ils vraiment laissé les filets qui les liaient à eux-mêmes, à leur propre intérêt ? De fait, chemin faisant, ils découvriront la triste réalité qui lie le vieil homme, ils reconnaîtront tous les filets demeurés cachés dans les sables de leur propre « moi », dont le Seigneur, avec une patience infinie, mais sans compromis avec la vérité, les libérera, dans la mesure de leur sincérité et de leur confiance en Lui, l’unique Rocher de l’existence humaine ! Parmi les disciples de Jésus, il y en a qui ne l’ont pas fait mais qui se sont enthousiasmés tout simplement, qui ont commencé à changer, mais superficiellement seulement, en croyant faussement que cela suffisait, en oubliant que tout reposait sur un fondement erroné : la réalisation de soi-même par soi-même. Ils voulaient certes suivre le Christ, mais pas l’imiter, en s’immergeant en Lui ! Quand la vie, nouvelle en apparence, a commencé à vaciller devant les exigences d’être vraiment des disciples du Christ, il leur a manqué le courage de commencer une vie nouvelle.
 
Nous aussi, comme disciples, nous ressentons parfois, en suivant le Seigneur, la peur de perdre nos certitudes, nos avantages ; nous nous laissons tromper par les apparences, et peut-être même préférons-nous rester prisonniers de nos filets, dans notre petit monde, plutôt que de nous adresser avec force au Seigneur, en Lui demandant de faire de nous des créatures nouvelles : « De mon angoisse, j’ai crié vers Yahwé, il m’exauça, me mit au large » (Psaume 118, 5). Celui qui a le courage de faire cela, celui qui aime le Seigneur plus que sa propre vie et trouve en Lui la force de s’oublier, fait à n’en point douter l’expérience de la libération promise par Jésus : « Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres » (Jean 8, 36). Jour après jour, mois après mois, il goûtera toujours plus la liberté des enfants de Dieu, pour se consacrer de tout son coeur, non seulement à la conquérir pour lui-même, mais aussi pour en montrer la voie aux autres. La Voie a un nom : le Seigneur Jésus, « La Voie, la Vérité, la Vie » (Jean 14, 6). Le seul programme que le Seigneur nous donne, concernant le péché, concernant les filets, est de nous en libérer. En effet, comme l’enseigne la théologie mystique, un seul vice suffit pour bloquer la croissance dans les vertus, le développement de notre liberté intérieure, et notre désir de nous conformer à Jésus-Christ. Un seul écueil suffit pour faire échouer un navire ! Libres de penser Dieu, de penser en Dieu, nous le sommes seulement quand, dans notre vie, il n’y a aucune fixation, aucune dépendance du pouvoir, de l’argent, des honneurs, du plaisir, de la supériorité, de la tristesse, de la peur, de l’esprit de grandeur... En d’autres termes nous sommes libres seulement si nous ne sommes pas dépendants de la logique du péché et de l’égoïsme, et si nous dépendons de la grâce sanctifiante de Dieu, qui nous transforme toujours plus en créatures nouvelles, comme le décrit de façon admirable Saint Grégoire de Nysse : « Quand une âme se convertit, elle hait le péché, elle se consacre entièrement à faire le bien, elle accueille en soi la grâce du Saint-Esprit et elle devient un être entièrement nouveau. C’est alors que se vérifie la parole de l’Ecriture : "Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle" (I Corinthiens 5, 7), mais aussi cette autre parole : "Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain... mais avec des azymes de pureté et de vérité" (1 Corinthiens 5, 8) ».
 
Seuls ceux qui sont libres de tout ce qui les enchaîne au monde, sont vraiment capables de pratiquer les vertus, capables de se donner au Christ ! « Et voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Thessaloniciens), nous dit Saint Paul. Ce chemin de liberté a attiré d’innombrables personnes au cours de ces vingt siècles de christianisme, il a élevé jusqu’au Ciel les coeurs humbles et les esprits disposés à s’ouvrir à l’aventure la plus belle que l’on puisse trouver sur la terre, celle d’accueillir Dieu dans son Fils Jésus né de la Vierge Marie : Elle nous l’offre, comme Elle l’a offert à Joseph, à Elizabeth, à Jean Baptiste et à Zacharie, aux Bergers et aux Mages, aux époux de Cana et aux disciples, à tous ceux qui continuent à se rassembler autour de Lui, au pied de la Croix et au Cénacle de l’Eucharistie, pour accueillir l’Amour de Dieu qui transforme.
 

Les Anges sont des créatures merveilleuses que Dieu a mis à nos côtés pour nous accompagner vers le Ciel, pour nous aider à gravir les degrés de l’échelle de la perfection, de la communion toujours plus intime avec la Très Sainte Trinité. Ils « montent » et « descendent » ces degrés pour conduire l’homme à l’Amour infini, à l’Océan sans limites de son origine où tout est plénitude de grâce. Les Anges viennent de là et n’ont d’autre intérêt que d’aimer Dieu et de Le faire aimer par les hommes pour les amener tous à participer à la fête avec Lui...

 
 
 
 
Le jour précisément de la fête des Saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël, le Pape Benoît XVI nous a expliqué la « véritable nature » des Anges : c’est « l’existence, en vue de Lui-même et pour Lui-même ». En outre, le Pape déclare : « les Anges, « précisément parce qu’ils sont auprès de Dieu, peuvent être aussi très proches de l’homme. Dieu, en effet, est plus intime à chacun de nous que nous ne pouvons l’être nous-mêmes. Les Anges parlent à l’homme de ce qui constitue son être même, de ce qui, dans sa vie est trop souvent caché et enseveli. Ils l’appellent à rentrer en lui-même, en le touchant de la part de Dieu » (Benoît XVI, homélie de la Messe du 29 septembre 2007). Les Anges, pourrions-nous dire en utilisant une expression humaine, s’approchent de nous « sur la pointe des pieds », ils nous encouragent et attendent patiemment que nous nous décidions en faveur du Seigneur ; ils n’exercent envers nous aucune « ingérence », ils n’interfèrent d’aucune manière dans notre liberté qu’ils respectent en tout et pour tout. Si nous voulons rester fermés à leur présence, ils se mettront de côté ; mais, en revanche, si nous demandons leur aide, alors ils ne tarderont pas à nous secourir parce que c’est là leur joie : nous aider à trouver toujours plus Jésus en nous-mêmes et dans nos frères, pour Le servir, pour L’aimer comme eux : de tout notre être ! L’existence des Anges nous est révélée par Dieu lui-même, et se manifeste dans toute la Sainte Ecriture. Dès notre enfance, notre Sainte Mère l’Eglise nous a enseigné la belle prière à adresser à notre Ange Gardien, prière dans laquelle nous demandons chaque jour à notre compagnon céleste « de nous éclairer, de nous garder, de nous diriger et de nous guider », en reconnaissant que cette action est un don de la « piété céleste », de la miséricorde divine ! Saint Bernard, à propos de cette protection angélique déclare : « Il donnera ordre à ses Anges de te garder dans toutes tes voies. Quelle révérence ces paroles ne doivent-elles pas susciter en toi, quelle dévotion ne doivent-elles pas t’apporter, quelle confiance ne doivent-elles pas mettre en toi ! Révérence pour la présence, dévotion pour la bienveillance, confiance pour la protection. Ils sont donc présents, et ils te sont présents, non seulement avec toi, mais aussi pour toi. Ils sont présents pour te protéger, ils sont présents pour t’être utiles ». Pourquoi donc parle-t-on si peu des Anges aux baptisés, et pourquoi recourt-on si rarement à leur aide pour vaincre les passions, et avancer dans la voie de la sainteté ? Pourquoi oublie-t-on si souvent d’en parler dans nos écrits, dans nos conférences, dans les homélies ou dans la catéchèse. Pourquoi accorde-t-on si peu d’attention aux Anges ? Les Saints nous enseignent, à partir de leur vie, un grand amour envers les Saints Anges. Combien de pages merveilleuses a écrit à leur sujet le « Docteur Angélique » par exemple, Saint Thomas d’Aquin ! Mais, en réalité, pour alimenter la dévotion envers les Anges, il suffit d’ouvrir la Sainte Ecriture, et en particulier le Nouveau testament, et redécouvrir que c’est précisément à un Ange, Saint Gabriel, qu’a été confiée la mission d’apporter l’Annonce qui nous a tous sauvés, parce que la Vierge Marie a répondu « oui », « fiat » ! Il est beau de contempler tout cela dans la prière de l’Angélus : « Angelus Domini nuntiavit Mariae » ! On ne peut imaginer quelle fut la gratitude da la jeune Marie de Nazareth, quand un Ange est venu pour l’aider à découvrir le Mystère le plus grand de l’Amour de Dieu : l’Incarnation du Verbe !
 
C’est seulement ceux qui sont humbles qui peuvent comprendre les Anges, créatures les plus humbles de Dieu. Les Anges, avec à leur tête Saint Michel Archange, dont le nom veut sire « Qui est comme Dieu », nous rappellent que nous ne sommes rien sans Dieu, que notre grandeur réside uniquement en Dieu, et que Dieu se fait trouver par les petits, par ceux qui deviennent des enfants, les seuls qui soient capables d’entrer dans son royaume (cf : Matthieu 18, 3) ! Ce sont eux précisément les plus grands alliés des Anges, et, dès les toutes premières années de leur vie, ils devraient entendre parler de ces créatures célestes, en apprenant à les prier. Les enfants sont en effet les collaborateurs les plus dociles des Anges. Car leur esprit est encore ouvert au mystère, sensible au « toucher » des Anges ; leur esprit est simple et non pas compliqué comme celui des « grands », qui ont eu honte de rester des « enfants » dans leur coeur, et qui ont ainsi perdu le trésor le plus grand, celui de leur innocence. Les Anges veulent nous aider à la retrouver, et c’est pour cela que, dans notre vie ils nous font rencontrer de nombreux « enfants », non seulement les petits par leur âge, mais aussi les « petits » par leur humilité, pour faire renaître en nous la nostalgie de Dieu, qui aime révéler Son Visage à travers eux précisément !
 

L’Amour de Dieu se répand dans notre cœur quand il nous trouve ouverts dans la foi en l’amour vrai, qui consiste à aimer Dieu pour Dieu, et nos frères pour nos frères. En d’autres termes, l’amour est authentique quand il est gratuit, désintéressé, qu’il est oublieux de sa propre personne, tout tendu vers l’autre : l’Autre qui est Dieu, l’autre qui est le prochain. « L’amour requiert toujours de sortir de soi-même, demande toujours de laisser soi-même » (Benoît XVI, 9 septembre 2007).

 
 
 
 
1theblessedmother.jpgL’amour est l’exact opposé de l’amour propre qui est fermé sur lui-même, qui ne s’ouvre pas, qui ne se donne pas. C’est là la condition de l’homme sans la grâce : il ne peut donner ce qu’il n’a pas reçu. Pour pouvoir aimer d’un amour authentique, l’homme a besoin en conséquence de la Vérité-Amour qu’est le Seigneur Jésus ! « Sans moi vous ne pouvez rien faire » déclare Jésus dans l’Evangile ; chaque chrétien, à chaque époque, se retrouve pleinement dans ces paroles du Maître, par ce qu’il en fait l’expérience dans sa propre chair, tout au long de son existence humaine. Il met toute sa confiance en Jésus, il le suit chaque jour en prenant sa propre croix, et il se perd pour Le trouver : « Celui qui voudra sauver sa propre vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa propre vie pour moi, la sauvera ! ». C’est seulement ainsi que l’on devient capables d’un amour nouveau et mystérieux, qui dépasser toute attente de notre part, et nous fait devenir des personnes renouvelées au plus profond d’elles-mêmes, précisément, parce que ce n’est plus nous qui aimons, mais l’Amour de Dieu en nous. Que de fois, dans sa vie, le chrétien fait-il l’expérience de ce merveilleux échange entre sa misère et la richesse de la grâce de Dieu, en vivant ainsi cette aventure extraordinaire faite par tous ceux qui se sont perdus eux-mêmes pour le Seigneur, et qui ont reçu en échange son Cœur, sa pensée, ses intentions, son amour ! La première entre tous est Marie, qui est pour nous Mère et modèle de don total et d’accueil plénier de Dieu, comme le Saint-Père l’a rappelé récemment : « L’amour de Dieu, qui s’est perdu pour nous en se remettant à nous, nous donne la liberté intérieure de ‘perdre’ notre vie, pour trouver ainsi la vraie vie. La participation à cet amour a donné à Marie la force pour son ‘oui’ sans réserve (...). Pleinement disponible, totalement ouverte au plus profond d’elle-même, et libre de soi, elle a donné à Dieu la possibilité de la remplir de son amour, avec le Saint-Esprit. Et ainsi, Marie, la femme simple, a pu recevoir en elle-même le Fils de Dieu et donner au monde le Sauveur qui Lui avait été donné » (Benoît XVI, 9 septembre 2007).
 
La Sainte Vierge, de l’Annonciation à la Croix, se trouve à nos côtés pour nous faire comprendre le mystère de cet amour crucifié, de cet amour marqué par la souffrance qui, si elle est accueillie en union avec le Christ, ne représente plus une menace, ni une défaite, mais, avec la grâce rédemptrice, devient pour nous et pour les autres la vie qui mène à Dieu. En ce jour consacré au Très Saint Nom de Marie, répétons la merveilleuse prière de Saint Bernard, en suivant le Saint-Père qui a invité chacun d’entre nous « à se faire avec confiance ‘enfant’ devant Marie, comme l’a fit le Fils de Dieu lui-même ». Saint Bernard déclare, et nous le répétons avec lui : « Regarde l’étoile, invoque Marie... Dans les dangers, dans les difficultés, dans les incertitudes, pense à Marie, invoque Marie. Que son Nom ne s’éloigne pas de ta bouche, qu’il ne s’éloigne pas de ton cœur... En la suivant, tu ne t’égares pas, en la priant tu ne désespères pas, en pensant à elle tu ne te trompes pas. Si elle te soutient, tu ne tombes pas ; si elle te protège, tu ne crains rien ; si elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si elle t’accorde sa faveur, tu arrives à ton but » (Benoît XVI, 9 septembre 2007).
 

Le mois, de septembre est marqué par une présence particulière, dans le calendrier liturgique, de la Bienheureuse Vierge Marie, à commencer par la célébration de sa naissance le 8 septembre. Il est beau de constater que, pour reprendre le travail qui a connu une pause avec la période des vacances d’été, le regard du croyant trouve sur son horizon la figure lumineuse de la Sainte Vierge, comme pour l’inviter à un nouveau début, à un nouvel élan, y compris dans le domaine du travail…

 
 
 
 
On peut dire en effet que, avec la naissance de Marie, tout renaît, parce que c’est d’Elle que Jésus a pris la nature humaine pour sauver chacun d’entre nous et le faire renaître à une vie nouvelle. La naissance de la Mère est déjà, en un certain sens, la naissance du Fils, elle anticipe sa venue par Sa Conception Immaculée, par son humilité et par son don total à Dieu qui l’a choisie de toute éternité avec un amour indicible de prédilection. L’Eglise voit en Marie l’Aurore qui précède le lever du Soleil, c’est-à-dire de son Fils Jésus : « Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil ? » (Cantique des Cantiques, 6, 10). A cette strophe du Cantique des Cantiques, le chrétien sait comment répondre : c’est Marie qui surgit comme l’aurore et brille de la lumière du Christ ! Célébrer la fête de la naissance de la Très Sainte Vierge Marie veut dire méditer sur le mystère de sa petitesse qui, comme Elle-même le déclare dans le Magnificat, a attiré le regard de Dieu qui l’a choisie comme Mère ; et c’est pour cela que toutes les générations la proclament bienheureuse ! La béatitude de Marie repose tout entière sur le choix de Dieu auquel Marie a répondu avec une très grande humilité, avec une humilité inégalée. L’humilité du Créateur s’est rencontrée avec celle de Marie, qui n’a rien cherché d’autre que la gloire de Dieu. Le Pape Benoît XVI, lors de la récente « Agora » des jeunes à Lorette, a parlé de cette « rencontre d’humilité », en déclarant que « la Sainte Maison de Nazareth » était « le sanctuaire de l’humilité : l’humilité de Dieu qui s’est fait chair, qui s’est fait petit, et l’humilité de Marie qui l’a accueilli dans son sein ; l’humilité du Créateur et l’humilité de la créature. De cette rencontre d’humilité est né Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’homme (...) Celui qui est humble est considéré comme une personne qui renonce, comme quelqu’un qui est vaincu, comme quelqu’un qui n’a rien à dire au monde. En revanche, c’est là la voie maîtresse, et non seulement parce que l’humilité est une grande vertu humaine, mais aussi parce que, en premier lieu, elle représente la manière d’agir de Dieu lui-même. C’est la voie choisie par le Christ, le Médiateur de la Nouvelle Alliance, qui, ‘s’étant comporté comme un homme, s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix’ (Philippiens, 2, 8) », (Homélie du Pape Benoît XVI, Lorette, 2 septembre 2007).

Pour aller de l’avant sur cette « voie maîtresse », nos avons besoin d’être pris par la main et d’être guidés par Celle qui l’a parcourue en suivant son fils, par la « porte étroite », du début jusqu’à l’accomplissement, sans jamais dévier dans cette voie, pas même un seul instant. Marie a pu la parcourir jusqu’au bout avec Jésus, parce qu’elle était toujours restée la servante. « Voici la servante du Seigneur » : ces paroles prononcées lors de l’Annonciation étaient l’expression de tout son être qui était entièrement ouvert à Dieu, oublieuse même de soi jusqu’à l’invraisemblable : un abîme d’humilité pour contenir un abîme de Grâce ! Marie a toujours voulu être à la dernière place, la place des pauvres de Yahvé, et c’est pour cela que Dieu l’a exaltée au-dessus de toute autre créature. Son Cœur Immaculé continue à répandre dans l’Eglise, qui s’étend à toute la terre, la sève d’une humilité extraordinaire, afin que chaque enfant de Dieu, qui est aussi son enfant, sache bien qu’il est toujours et seulement une créature, un petit rien dans l’univers de l’Amour infini de Dieu. Un petit rien appelé toutefois à de grandes choses : à devenir dans le Christ un être tout donné à Dieu et rempli de Dieu ! Cela vaut vraiment la peine de se perdre soi-même - comme nous le rappelle sans cesse le Saint-Père - pour recevoir le Tout de Dieu ! Comme Marie, avec Marie, per Mariam !
 

« En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est doux et mon fardeau léger » (Matthieu 11, 25-30).

 

 

 

 

Il ne fait aucun doute que la voie choisie par le Seigneur pour se révéler à nous, pour nous manifester l’amour infini du Père, passe par la « petitesse », c’est-à-dire l’humilité et la simplicité. Ce sont précisément les petits, ceux « qui ont l’esprit de pauvreté », qui sont les destinataires de Son annonce de salut : « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté parce que le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5, 3). Cette voie de la petitesse évangélique a trouvé les Apôtres eux-mêmes non préparés, ainsi que les contemporains de Jésus. Ils ne pouvaient imaginer que le Seigneur Très-Haut s’abaisse d’une manière invraisemblable, en prenant la nature, « la condition d’esclave » (Philippines 2, 7), et en partageant en tout notre condition, à l’exception du péché. Comme Sait Paul l’a bien compris, « Dieu a choisi ce qui dans le monde est fou pour confondre les sages, Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts » (1 Corinthiens, 1, 27). Dans la petitesse et dans la simplicité, le regard se détache de ce qui semble grandiose, étonnant, fort et puissant, et se tourne vers ce qui se présente comme pauvre et humble, simple et doux. Dans la succession quotidienne de notre existence humaine, si nous voulons être parmi ceux qui sont capables d’accueillir le Royaume de Dieu, parmi ceux qui apprennent auprès de Jésus, nous devons alors adopter une pensée, un style de vie, un comportement, qui soient conformes à la petitesse selon l’Evangile, autrement, nous resterons ‘’en dehors’’ : « Si vous ne convertissez pas et ne devenez pas comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 18, 3). Jésus a refusé en effet les voies de la grandeur et du pouvoir humain, et a choisi, pour lui et pour les siens, les voies de la petitesse et du service : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Matthieu 20, 25-28). Le titre de « Serviteur » exprime tout cela, et si le Maître s’est fait Serviteur, combien plus encore ses disciples devront suivre son exemple et être des serviteurs ! Ils sont, dans la logique du Royaume, les « serviteurs inutiles » (cf. Luc 17, 10). Nous faire ainsi petits, pour suivre Jésus Enfant et Jésus Crucifié, nous élèvera à la gloire du Ressuscité. Seul celui qui « s’humilie », nous assure l’Evangile, sera « élevé » (cf. Marc 10, 31). Ainsi la voie de la petitesse nous éduque à ne pas vivre en fonction de la terre mais à faire de notre vie une escalade vers le Ciel. Jour après jour, nous sommes appelés à monter de nombreuses petites marches, l’une après l’autre, par de petits actes d’amour répétés envers le Seigneur et envers le prochain, qui nous le représente. Le véritable disciple du Christ doit monter les gradins de l’humilité, et c’est seulement ainsi qu’il ne sera pas entraîné par l’esprit contraire. Jésus est clair, comme toujours, même sur ce point : « Eh bien ! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ; te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui. A qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos. Vous avez entendu qu'il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’. Eh bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5, 39-45).

 

En regardant la Sainte Vierge, l’Eglise contemple la correspondance parfaite de la créature aux désirs du Créateur, la ressemblance parfaite de la Mère avec son Fils. Tout en Elle nous parle de Lui : chaque geste, chaque pensée, chaque parole de la Mère révèlent le Fils. Les lieux des apparitions mariales, comme Lourdes, sont imprégnés eux aussi de l’Esprit de Jésus, ils sont remplis de Sa Présence Eucharistique et de Son Pardon Sacramentel. Vraiment, là où se trouve la Mère, se trouve aussi le Fils, et vice versa. Comme l’a déclaré le Pape Benoît XVI : « Marie et Jésus vont de pair. A travers Elle, nous voulons continuer à dialoguer avec le Seigneur, en apprenant ainsi à mieux le recevoir. Sainte Mère de Dieu, prie pour nous, comme à Cana, tu as prié pour les époux! Guide-nous vers Jésus - toujours à nouveau! Amen!” (11 septembre 2006: Messe sur la Place du Sanctuaire d'Altötting).

 

Fides

L’Encyclique « Ecclesia de Eucharistia », au numéro 57, parle de la vérité de la présence de la Vierge Marie à chaque Messe ; c’est une vérité qui réjouit le cœur et éclaire l’esprit de chaque prêtre et de chaque fidèle, qui reconnaît dans la Mère de Jésus sa propre Mère qui lui a été confiée personnellement par le Seigneur lui-même, à l’heure solennelle de son Sacrifice Ultime (cf. Jean 19, 25-27). Le Serviteur de Dieu Jean Paul II nous fait entrer de manière très vivante, dans le lien étroit entre l’Eucharistie et Marie ; un « binôme », lui aussi « inséparable » comme le lien entre l’Eucharistie et l’Eglise : « Dans le ‘’mémorial’’ du Calvaire est présent tout ce que le Christ a accompli dans sa passion et dans sa mort. C'est pourquoi ce que le Christ a accompli envers sa Mère, il l'accomplit aussi en notre faveur. Il lui a en effet confié le disciple bien-aimé et, en ce disciple, il lui confie également chacun de nous : « Voici ton fils ! ». De même, il dit aussi à chacun de nous: « Voici ta mère ! » (cf. Jean 19, 26-27).

 

 

 

« Vivre dans l'Eucharistie le mémorial de la mort du Christ suppose aussi de recevoir continuellement ce don. Cela signifie prendre chez nous - à l'exemple de Jean - celle qui chaque fois nous est donnée comme Mère. Cela signifie en même temps nous engager à nous conformer au Christ, en nous mettant à l'école de sa Mère et en nous laissant accompagner par elle. Marie est présente, avec l'Église et comme Mère de l'Église, en chacune de nos Célébrations Eucharistiques. Si Église et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant du binôme Marie et Eucharistie. C'est pourquoi aussi la mémoire de Marie dans la Célébration eucharistique se fait de manière unanime, depuis l'antiquité, dans les Églises d'Orient et d'Occident » (Jean Paul II, « Ecclesia de Eucharistia », n. 57). Cette vérité, toutefois, n’appartient pas simplement à la dévotion privée des fidèles plus sensibles à la piété mariale, mais fait partie du Magistère le plus élevé de l’Eglise qui, par la voix des Souverains Pontifes, éclaire le chemin du Peuple de Dieu. Comme il est consolant de savoir que, précisément dans le mémorial eucharistique, avec le don du Corps et du Sang du Christ, le Seigneur nous renouvelle aussi le don de la maternité de sa Mère ! Comme à Jean, le Seigneur Eucharistique répète à chacun de nous ces paroles émouvantes « Voilà ta Mère » (Jean 19, 27). Il n’y a pas de moment plus solennel, plus important et plus significatif que celui-ci, pour pouvoir les réentendre avec foi au plus profond de notre âme, et les recevoir comme don d’amour, comme Jean les a reçues lui qui « à partir de ce moment a pris Marie dans sa maison » (cf Jean 19, 27), dans ce qu’il avait de plus précieux. Plus nous entrons dans le mystère eucharistique du Christ, plus nous découvrons le don de la maternité universelle de la Vierge, qui nous apprend à son tour à faire nôtres les intentions du Cœur du Fils, et à « mieux Le recevoir », comme l’a déclaré au Sanctuaire Marial de Altötting, le Pape Benoît XVI dans son homélie du 11 septembre dernier : « L'adoration du Seigneur dans l'Eucharistie a trouvé à Altötting, dans l'antique salle du trésor, un lieu nouveau. Marie et Jésus vont de pair. A travers Elle, nous voulons continuer à dialoguer avec le Seigneur, en apprenant ainsi à mieux le recevoir ».

 

Quelle valeur théologique et spirituelle profonde prend ainsi, à cette lumière, le Rosaire lui-même récité devant le Saint-Sacrement ! Et que dire de l’amour envers l’Eucharistie qui jaillit de la spiritualité du Rosaire ! En croyant vraiment que « Marie et Jésus vont de pair », nous ne serons pas surpris d’être convaincus dans notre cœur que là où il y a Jésus, il y a toujours aussi sa Mère, non certes comme présence envahissante, mais comme présence maternelle, remplie de tendresse et de sollicitude qui nous confie tous à l’Amour de Dieu, et nous jette dans ses bras.

 

Fides

C’est toujours un moment de grand émerveillement de méditer comment le début de notre Rédemption, racontée dans l’Evangile de Luc, s’est produit dans la simplicité de la rencontre bouleversante de l’Archange Gabriel avec la Vierge Marie. Le lecteur des Evangiles connaît alors l’existence de la Sainte Vierge dans l’Evénement de l’Annonciation, parce que, précisément par cette Annonciation exceptionnelle, commence l’Ere nouvelle de la grâce : le Nouveau Testament.

 

 

 

Tout ce qui vient avant fait partie de l’Ancien Testament, qui prépare le Nouveau : Marie est la nouvelle Eve, parce que le Christ est le nouvel Adam. C’est avec Eux qu’il devient Noël pour toujours ! Dans cette union admirable, entre le Fils et la Mère, on franchit un pont gigantesque : celui de notre salut, construit tout au long des siècles. L’intimité merveilleuse entre Jésus et Marie unit à présent pour toujours le ciel et la terre : le Rédempteur descend ici-bas grâce au « me voici » de sa Mère. Ecoutons Luc dans la page dans laquelle il décrit le début de l’annonce de l’Ange : « Entrant chez elle, il dit : ‘Je te salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi’. A ces paroles elle fut troublée et se demandait ce que signifiait cette salutation » (Luc 1, 28-29). Le salut de l’ange « trouble » Marie, et ce trouble est en rapport au fait qu’Elle « se demandait quel sens avait cette salutation », comme le raconte explicitement saint Luc. Il est beau de s’arrêter pour contempler ces paroles, en pensant à l’humble conception que cette créature avait d’elle-même : remplie des faveurs célestes, mais consciente que tout vient de Dieu, elle ne s’attribuait rien à elle-même, précisément parce qu’elle était toute tournée vers Lui, et c’est seulement à Lui qu’elle rendait gloire, dans l’oubli le plus pur et le plus complet d’elle-même. La Vierge Marie, en accueillant avec une totale disponibilité et en toute conscience l’Incarnation du Verbe, dit d’elle-même : « Je suis la servante du Seigneur » (Luc 1, 38). Elle est la Mère, mais Elle dit d’elle-même qu’elle est la Servante ! Combien sa conscience très humble est différente de la nôtre ! Elle, qui est toute humble, et nous… Enfants de l’Eglise, nous nous adressons à la Mère très humble pour Lui demander son aide pour pouvoir l’imiter, afin que, comme Jean-Baptiste, pleins de joie, nous puissions nous exclamer en disant : « Telle est ma joie, elle est complète. Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse » (Jean 3, 29-30).

 

Fides

« Mais la réalité, c’est le Corps du Christ » (Colossiens 2, 17). Cette affirmation extraordinaire de Saint Paul, enchâssée comme pierre précieuse dans la grande théologie paulinienne, reconnaît au Seigneur Jésus la suprématie totale sur le monde créé, sur l’histoire et sur toutes les créatures. Le Christ est le Seigneur de l’univers et, sans Lui rien n’existerait de ce qui existe. Vivre la foi chrétienne veut dire ouvrir son esprit, son cœur et donner toute notre vie à cette Vérité. Lumière pour nous, chrétiens, et pôle central de notre foi.

 
 
 
 
Le Pape Benoît XVI nous aide lui aussi, avec l’annonce récente d’une année consacrée à Saint Paul, à retrouver et à approfondir jour après jour, l’amitié avec le Seigneur Jésus, qui découle de cette foi sincère et forte en la toute puissance de son amour. La présence du Christ est tellement pénétrante que Saint Paul en arrive à dire dans cette Epître aux Colossiens : « Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, d’homme libre : il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout » (Colossiens, 3, 11). Si nous voulons avoir le regard de Saint Paul sur la réalité surnaturelle, nous devons nous servir d’autres yeux, ceux de l’esprit que nous tenons souvent fermés parce que ceux de la chair s’imposent et veulent imposer leur vision, tellement mesquine, des choses qui nous entourent. Le monde, pour sa part, nous suggère sans cesse : ce qui compte, c’est ce qui se voit, et non pas ce qui est invisible ! Que de fois cette idée insidieuse, lancée par les moyens de communication sociale sur toutes les latitudes et sur toutes les longitudes, veut s’insinuer dans le cœur des hommes. Ils sont une toute petite minorité ceux qui s’efforcent de regarder au-delà des apparences, et qui peuvent répéter avec saint Paul : « ... nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles en effet en effet n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles » (2 Corinthiens, 4, 18).
 
Les véritables fidèles qui croient au Christ savent que c’est Lui la vraie réalité des choses, et que, derrière le voile des événements terrestres se cache souvent son message, un signe particulier qui renvoie au Ciel, à l’éternité. Combien nous avons besoin du regard pur de la Très Sainte Vierge qui voyait au-delà des choses visibles, et arrivait toujours, avec sa foi profonde, à découvrir, derrière les événements petits et grands, l’amour immense de Dieu pour ses créatures. Son contact continu avec Dieu, par une prière incessante qui alimentait toute sa vie intérieure, lui donnait ce regard très pur ; les paroles de son Fils, « veillez donc et priez en tout temps » (Luc 21, 36), la Sainte Vierge les incarnait dans sa vie. Sans la prière, les yeux de l’esprit ne s’ouvrent pas, et nous restons sous le pouvoir du regard concupiscent de notre nature blessée par le péché. Mère Teresa de Calcutta, à propos de la prière qui rend le cœur pur, disait : « La prière alimente l’âme ; elle est pour l’âme ce que le sang est pour le corps, et nous amène tout près de Dieu. Elle donne en outre un cœur limpide et pur. Un cœur limpide peut voir Dieu, il peut parler à Dieu, et il peut voir l’amour de Dieu dans les autres. Quand tu as un cœur limpide, cela veut dire que tu es ouvert et honnête avec Dieu, que tu ne Lui caches rien, et c’est cela qui Lui permet de prendre en toi ce qu’il veut ».
 
Que ces parles soient un trésor pour nous, car elles nous permettront de vivre notre foi dans toute ce que l’Evangile a de radical : en ayant Jésus présent en nous-mêmes, jour après jour, à chaque instant de notre vie ! Si nous Le perdions précisément de vue, où pourrions-nous diriger nos pas, vers quelle but irions-nous, nous qui, sans Lui, ne pouvons absolument rien faire ? Combien nous avons besoin d’un simple et pur, nous qui sommes tentés, des milliers de fois, de fixer notre regard sur des choses visibles en oubliant les choses invisibles ! Demandons cette grâce à Celle qui est Médiatrice de toutes les Grâces, tout spécialement quand nous récitons le Chapelet. En effet, « Lorsqu'elle récite le Rosaire, la communauté chrétienne se met en syntonie avec le souvenir et avec le regard de Marie » (« Lettre Apostolique « Rosarium Virginis Mariae, 16 octobre 2002, n° 11)
 
Le Mois de Mai, consacré à Marie, nous aide à entrer avec une intimité plus grande en communion avec la Sainte Vierge qui, avec le Saint-Esprit, a un rapport tout à fait unique, parce que c’est Lui qui s’est posé sur Elle quand « la puissance du Très-Haut La couvrit de son Ombre » (Luc 1, 35), pour réaliser le plus grand miracle du salut : l’Incarnation du Verbe. Saint Louis Marie Grignion de Montfort écrit à propos de ce mystère sublime : « Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c'est-à-dire ne produisant point d'autre personne divine, est devenu fécond par Marie qu'il a épousée. C'est avec elle et en elle et d'elle qu'il a produit son chef-d'oeuvre, qui est un Dieu fait homme, et qu'il produit tous les jours jusqu'à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce chef adorable : c'est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère et indissoluble Épouse, dans une âme, et plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en Jésus-Christ » (Traité de la Vraie Dévotion, n° 20). De même, un autre grand Saint, le Franciscain Maximilien Marie Kolbe déclarait : « Le Saint-Esprit, l’Epoux Divin de l’Immaculée, agit seulement en Elle et par Elle, il communique la vie surnaturelle, la vie de la grâce, la vie divine, la participation à l’amour Divin, à la divinité » (SK, 1326). Ces expressions ne peuvent être comprises qu’à la lumière du Mystère de l’Incarnation, quand Dieu est entré dans le monde et dans l’histoire, en s’unissant de manière sponsale à une créature qu’Il a voulue Immaculée : « Je te ferai mon Epouse pour toujours, je te ferai mon Epouse dans la justice et dans le droit, dans la bienveillance et dans l’amour » (Osée, 2, 21). Le lien entre le Saint-Esprit et la Sainte Vierge Marie doit être approfondi par chaque chrétien, et tout spécialement en ce temps spécial de préparation à la Pentecôte, en vue d’une nouvelle effusion de l’Amour de Dieu qui, avec Marie, veut reproduire dans nos âmes le miracle d’une « incarnation mystique », comme l’appelait la mystique mexicaine Concepcion Cabrera de Armida. Le seul et unique but de notre vie, est précisément en effet de réaliser la pleine conformation à Jésus, par un cheminement progressif de conversion réalisé par le Saint-Esprit, qui nous fait monter toujours plus haut, pour arriver à vivre le Christ ! Découvrir le lien qui unit Marie au Saint-Esprit, donne à notre vie un élan indicible et merveilleux, parce que nous entrons en syntonie avec le puissant Mystère de l’Incarnation de Dieu, duquel est venu notre salut. Entre en union spirituelle avec la Vierge Marie, dans cette dimension de l’amour Trinitaire, veut dire trouver la clef pour arriver à la connaissance la plus profonde de Jésus : Fruit du Saint-Esprit en Marie !
 
Le Magistère Pontifical a souvent attribué au croyant cette union indissoluble entre l’Amour Eternel du Père et la Vierge Mère, en le présentant comme un lien sponsal. Par exemple, Paul VI, dans l’Exhortation Apostolique « Marialis Cultus » rappelle que de saints Pères, et des écrivains ecclésiastiques, en approfondissant encore le mystère de l’Incarnation, découvrirent dans le rapport mystérieux entre le Saint-Esprit et Marie, un aspect sponsal, décrit de manière très poétique par Prudence : ‘La Vierge non mariée, épouse l’Esprit » (M.C., 26). Dans l’Encyclique « Redemptoris Mater », le Serviteur de Dieu Jean Paul II rappelait clairement que, lorsque l’Esprit est descendu sur Marie à l’Annonciation, elle « est devenue sa Fidèle Epouse » (R.M., 26). De nombreux Saints et Bienheureux, des fidèles innombrables l’ont invoquée et l’invoquent comme « Epouse du Saint-Esprit », en voyant en Marie « l’Epouse de Dieu », c’est-à-dire « Celle qui appartient tout entière à Dieu, fidèle de manière inconditionnelle et perpétuelle à Son amour ! Nous aussi, ne nous lassons pas d’invoquer la venue du Paraclet dans nos cœurs, et, en regardant l’Immaculée, répétons : « Viens, Esprit Saint, viens par Marie » !
 

La vierge s’appelait Marie ! Le premier titre que l’Evangile donne à Marie est « la vierge », parce que c’est seulement dans une terre vierge, immaculée, que Dieu le Père peut faire germer son Fils. Le Verbe de Dieu s’est incarné dans le sein de cette femme, parce qu’il y a trouvé une parfaite ressemblance avec Lui. En Marie, le Seigneur s’est reflété et a trouvé ses traits ; comme un lac de haute montagne qui reproduit parfaitement l’image du ciel au-dessus de lui, au point d’amener à faire se confondre là où l’un cesse (le lac) et où commence l’autre (le ciel) ; de la même manière l’âme immaculée de Marie reproduit l’image de Dieu...

 

 

 

 

Certes, Dieu est infiniment plus grand qu’elle. Il est le Créateur, elle est une créature, mais quelle créature ! La Vierge Marie, comme l’Eglise nous l’enseigne avec autorité, était comme un cristal sans tache, absolument limpide, qui reflétait pleinement le rayon de lumière de Dieu qui la traversait. Marie n’a rien conservé pour elle des dons de Dieu : la liberté reçue du Créateur a toujours été consacrée à Lui, chacun de ses mouvements était orienté à la gloire du Seigneur. Tout en Marie renvoie à Dieu, comme dans un miroir très pur. Il peut se refléter en elle. L’Incarnation s’est faite parce que ce cristal était prêt, parce qu’il y avait un lac parfaitement calme et limpide, en sorte que l’Image de Celui qui l’avait créé pouvait être reproduite sans la plus petite imperfection. Il n’y avait rien de trouble dans cette créature extraordinaire, qui fascine le monde angélique et fascina l’Archange Gabriel, quand, avec délicatesse, dans le respect absolu de sa liberté, il se présenta à la Mère Elue du Rédempteur pour recueillir le « oui » attendu depuis des siècles par la création tout entière. C’est seulement ce « oui » qui aurait fait descendre le Fils de Dieu sur la terre, aucun autre ne l’aurait attiré, seule la Vierge pouvait le faire. « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » : La Vierge répond avec sa liberté à l’appel de Dieu, dès qu’elle comprend que c’est Lui que le veut, qu’il ne s’agit pas d’un projet humain : « je ne connais pas d’homme », dit-elle tout d’abord, puis, après l’explication de l’Ange, elle prononce ces paroles « me voici » et ajoute aussitôt « je suis la servante du Seigneur ». Elle ne dit pas « je suis la Mère du Seigneur, mais « la servante ». Elle est le cristal qui laisse entrer le rayon très pur de la Lumière de Dieu, elle est le miroir d’eau limpide qui s’offre elle-même pour faire refléter le Ciel, à la grande joie de la création tout entière ! La solennité de l’Annonciation est donc l’accomplissement de l’Incarnation, le « oui » de Marie reflète et fait se refléter de manière parfaite le « oui » du Fils de Dieu, comme le Saint-Père l’a déclaré récemment à l’occasion de l’Angélus : « En réalité, le "oui" de Marie est le reflet parfait de celui du Christ lui-même lorsqu'il entra dans le monde, comme affirme la Lettre aux Hébreux en interprétant le Psaume 39 : "Alors j'ai dit: Voici, je viens, car c'est de moi qu'il est question dans le rouleau du livre, pour faire, Dieu, ta volonté" (He 10, 7). L'obéissance du Fils se reflète dans l'obéissance de sa Mère et ainsi, grâce à la rencontre de ces deux "oui", Dieu a pu prendre un visage d'homme. C'est la raison pour laquelle l'Annonciation est également une fête christologique, parce qu'elle célèbre un mystère central du Christ : son Incarnation » (Benoît XVI, Angélus du 25 mars 2007).

 

La date du 25 mars est choisie, pour de petits et de grands événements de l’Eglise, comme jour de consécration à Marie (par exemple, la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie le 25 mars 1984). Vivre la consécration veut dire se mettre à l’école de cette Mère, la Vierge, pour apprendre avant tout à devenir « des cœurs purs », parce que seuls ceux qui sont « purs » verront Dieu. Il faut marcher avec elle pour se laisser purifier progressivement l’esprit, le cœur, les lèvres, le corps, le regard… avec la même lumière qui a consacré toute l’existence de la Sainte Vierge, la lumière du Verbe Incarné : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12). Dans l’histoire des apparitions mariales, il suffit de penser à Lourdes, où se manifeste clairement le projet de Dieu : envoyer sa Mère pour préparer la route à son Fils ! L’Immaculée reflète la lumière de Jésus et, si nous la laissons entrer chez nous, dans notre milieu de travail, dans nos communautés, dans nos familles, la vie ne sera plus la même qu’auparavant, parce que cette lumière se répandra, et parce que le désir du Christ augmentera dans nos cœurs.

 

Fides

Quand nous arriverons au Ciel et quand nous nous trouverons devant le visage de Dieu, en le contemplant « face à face », nous verrons aussi le visage de la Sainte Vierge. Et c’est une belle chose que d’imaginer ce qui se passera quand nous rencontrerons Celle que, sur la terre, nous aurons invoquée si souvent, « Je vous salue Marie… le Seigneur est avec vous… Mère de Dieu, priez pour nous…. Maintenant et à l’heure de notre mort ». Que se passera-t-il à ce moment de bonheur au Paradis ?  

 

 

 

Qui verrons-nous sur son visage, qui reconnaîtrons-nous dans son regard ? Quelqu’un peut-être qui nous est étranger, connu seulement en ce moment ? Ou bien, ne retrouverons-nous pas en Elle tous les visages et les regards marqués par la bonté maternelle, qui nous ont accompagnés sur la terre ? Ne reverrons-nous pas avant tout, le visage de notre Maman terrestre, resplendir sur son visage de Mère de toutes les mères ? Ce visage qui nous est le plus familier, le premier que, comme nouveaux nés, nous avons fixé, émerveillés. Comme il sera beau alors de découvrir que le visage de Marie a toujours été proche de nous, qu’il ne nous est jamais été étranger ; il était si proche de nous, que, ce visage que nous contemplerons dans la gloire, nous l’avons vu, tant et tant de fois, se refléter, sans le savoir, sur les visages maternels merveilleux que la Providence, comme en une dentelle divine, a placés de manière harmonieuse sur notre chemin. Tous ces visages de « mère », de « sœur », « d’amie » avaient une lumière particulière dans les yeux que, petits ou grands que nous soyons, étaient toujours lumineux devant nous, comme pour nous donner courage à l’heure de l’épreuve, pour nous donner l’espérance et pour adoucir la souffrance, pour nous élever au-dessus de nos égoïsmes par leur exemple généreux et désintéressé. Ces yeux sont restés imprimés en nous, tout comme reste imprimé un doux souvenir, une parole émouvante, un geste plein de bonté… même si nous étions distraits par les mille choses d’une vie et si nous ne nous en apercevions pas, en réalité, tout nous parlait mystérieusement de Marie, du mystère de sa maternité universelle, qui atteint chaque croyant qui s’ouvre à son Fils Jésus et rencontre ainsi la Mère de toutes les mères. Au Ciel, quand nous y entrerons, nous contemplerons aussi les innombrables autres visages bienheureux qui font compagnie à Dieu, et nous verrons qu’ils sont marqués par la même bonté, par le même Amour unique qui procède de Dieu Trinité et se répand sur chacun par le Verbe incarné et glorifié. Jésus est la source de nos grâces et de notre béatitude céleste, et sa Mère, comme Reine, est à ses côtés pour nous introduire dans ce mystère et continuer à nous accompagner, là-haut également, à la découverte et à la louange éternelle de la miséricorde infinie de Dieu.

 

Ce mystère de gloire consistera à contempler sa maternité spirituelle, qui jaillit de sa maternité divine. Mère du Verbe Incarné, et, pour cela, Mère de nous tous, qui sommes rachetés ! Une maternité spirituelle qui, par le dessin impénétrable de Dieu, est efficace dès les premiers instants de notre vie, qui veille sur nous à chaque moment, et qui se cache derrière le cœur de toute personne marquée par cette bonté mariale, manifestation particulière de la bonté maternelle de Dieu. Ainsi, cette première parole que nous avons à dire ici-bas « Maman », nous la répèterons au Ciel, dans la vérité la plus pleine, en regardant le visage de Marie.

 

Fides

L’année 2007 commence par une marée de vœux, en oubliant que l’Eglise invite le monde entier à fixer son regard sur un horizon qui, un jour, sera éternel. Sur cet horizon, se dresse Marie, la Mère de Dieu. Comme un phare, la Sainte Vierge éclaire l’espace et le temps où se déroule le chemin de chaque chrétien, qui tend, même si c’est avec peine, à devenir une seule chose avec le Christ : la Sainteté Incarnée. Le dogme de la « Theotokos » (Mère de Dieu) rappelé lors de la Solennité du 1er janvier, nous définit précisément cette vérité centrale de foi : le Christ est Dieu le Fils depuis toujours, et il est le Fils de Marie, en vertu de la génération humaine… On ne peut compter les expressions d’admiration, de louange… qui, à chaque siècle et de tous les endroits de la terre ont souligné, présenté, chanté et représenté la vérité de foi de la Maternité Divine de Marie, qui a rempli d’amour des foules innombrables de chrétiens. Aujourd’hui, cette réalité de vie éternelle, nous remplit-elle d’amour ? Trouve-t-elle une réponse dans notre vie concrète de chrétiens ?

 

 

 

 

Les Vérités de Foi doivent toujours avoir nécessairement une incidence dans la vie de ceux qui la professent ; autrement, le christianisme se transformerait seulement en une philosophie, en une idée élevée, en une conviction certainement bien enracinée, mais incapable de donner le sens de l’éternité de la vie. Le christianisme est une Vérité qui s’incarne, parce que sa Vérité est le Christ, Dieu le Fils qui s’est incarné en Marie par l’œuvre de l’Esprit Saint. Le Verbe est devenu l’un d’entre nous pour que nous devenions semblables à Lui. Voilà pourquoi parler de « foi », dans la religion chrétienne veut dire « union transformante » : en croyant au Christ, nous sommes assimilés par Lui et nous ne sommes plus les mêmes qu’auparavant. Comme à Saint Paul, le Saint-Esprit nous fait dire à nous aussi : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20). Par la dynamique même de la foi chrétienne, il n’est pas possible de rester « en dehors » des Vérités de Foi, comme si elles pouvaient seulement concerner notre intellect et non pas notre vie ; les dogmes, pour être véritablement crus, doivent devenir « chair de notre chair » ; alors, oui, nous serons alors disciples de Jésus. La tâche de la Mère de Dieu est de faire incarner en nous la Vérité de l’Evangile ; tout comme, par Elle, le Christ est venu au monde, et toujours grâce à Elle, le Christ vient en nous, s’incarne en nous, comme nous le trouvons merveilleusement énoncé dans la doctrine de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

Le Pape Benoît XVI a utilisé la parole forte « d’incarnation spirituelle » pour décrire ce projet divin sur chaque chrétien qui, dans le cadre de sa vie terrestre, s’ouvre à la venue intermédiaire du Christ en lui. Le Saint-Père l’a fait, dans la ligne de ce qu’écrit Saint Bernard, Docteur de l’Eglise sur la « venue intermédiaire du Christ », quand, le premier Dimanche de l’Avent, il déclara : « Pour cette venue du Christ, que nous pourrions appeler "incarnation spirituelle", l'archétype est toujours Marie. De même que la Vierge Mère conserva dans son cœur le Verbe fait chair, aujourd'hui aussi, chaque âme et l'Eglise tout entière sont appelées, dans leur pèlerinage terrestre, à attendre le Christ qui vient et à l'accueillir avec une foi et un amour toujours renouvelés ». (Benoît XVI, 1ères Vêpres, 2 décembre 2006). Des mystiques ont parlé de cette grâce exceptionnelle de l’incarnation spirituelle comme, par exemple, la Vénérable Concepcion Cabrera de Armida (1862-1937), une mystique mexicaine qui a été tout d’abord épouse, puis mère et enfin veuve, et fondatrice de deux ordres religieux : cette femme a parlé de la grâce de « l’incarnation mystique » que le Christ veut donner à chacun de ses disciples, à commencer par ses prêtres. Comme Saint Grignion de Montfort, la Vénérable Concepcion a souligné le fait que Marie avait un rôle irremplaçable pour rendre possible une telle union. Si nous l’aimons et si nous l’imitons sincèrement, Elle nous conduira, infailliblement, à cette union transformante avec Jésus, qui est, en d’autres termes, la véritable sainteté de vie, la nature intime du christianisme : « à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu : à ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (Jean 1, 12-13).

 

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