« Telle est Marie. Telle est aussi l'Eglise notre mère; la parfaite adoratrice. Là est entre elles deux le point suprême de l'analogie. C'est qu'en l'une comme en l'autre le même Esprit est à l'oeuvre. Mais tandis qu'en Marie cette humble et haute perfection brille d'un éclat très pur, en nous-même, qui sommes encore à peine touchés par cet Esprit, elle a peine à se dégager. Le plus grand péril pour l'Eglise que nous sommes, la tentation la plus perfide, celle qui renaît toujours... c'est ce que Dom Vonier appelait la "mondanité spirituelle" : "Ce qui pratiquement se présente comme un détachement de l'autre mondanité, mais dont l'idéal moral, voire spirituel, serait, au lieu de la gloire du Seigneur, l'homme et son perfectionnement. Une attitude radicalement anthropocentrique, voilà la mondanité de l'esprit. Elle deviendrait irrémissible dans le cas - supposons le possible - d'un homme rempli de toutes les perfections spirituelles mais ne les rapportant pas à Dieu". D'un tel mal, aucun de nous n'est totalement à l'abri. Un humanisme subtil, adversaire du Dieu vivant - et en secret, non moins ennemi de l'homme - peut s'insinuer en nous par mille détours. Jamais la "courbure" originelle n'est en nous définitivement redressée ».

 

Cardinal de Lubac, Méditation sur l'Eglise, fin

Le monde tradi est devenu aussi protestant que les modernos qu'ils condamnent… Après Jean-Paul II, ce sera Benoît XVI à Assise... Depuis Pie XII, ces gens n'ont pas de pape, emmurés dans l'histoire, quelque part dans un "non habemus papam" affligeant... Comme tout leur combat pour la "messe de toujours" paraît alors subjectif. « Ne me retirez pas votre Esprit Saint, rendez-moi la joie de votre salut » (psaume miserere). Le péché contre l'Eglise est un péché contre le Saint-Esprit et met obstacle au salut. Alors au lieu de véhiculer la joie, on voit se déverser partout la révolte, l'insoumission, la haine, l'esprit de critique... « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas »… signe que tout cela n'est pas l'oeuvre de Dieu mais bien le diable en action. 

 

Le Saint Esprit étant le symbole de l'union et non de la division on comprend que le péché contre le Saint Esprit soit le plus grave de tous : on en voit les fruits et les conséquences. Parce que l'Eglise c'est le Saint Esprit et nier la continuité de l'Eglise et son évolution,  c'est nier l'action du Saint Esprit dans l'Eglise. Il n'est pas demandé à tout le monde de comprendre le mystère de l'Eglise. Mais devant le mystère, l'homme se fait tout petit. Je ne comprends pas, mais j'accepte, c'est l'intelligence de la foi. J'y adhère de tout mon coeur, de toutes mes forces, de toute mon âme. Encore faut-il l'humilité dans la foi. Accepter de ne pas tout comprendre, comme de nos propres existences. « Mais comment cela se fera-t-il ? ». Prolonger, et l'incompréhension de la Vierge, et son Fiat devant le mystère qui se présente tellement souvent à nous. L'homme est tout petit devant le mystère. Alors il y a adoration, étonnement, action de grâces. 

 

 

Pourtant, s'ils y étaient, ils en verraient les fruits encore aujourd'hui. Même s'il faut du temps pour revenir à des concepts plus traditionnels de la liturgie, de l'enseignement doctrinal. Mais ça se fait, on le constate dans les jeunes générations qui arrivent, tous les nouveaux prêtres qui remplaceront demain les soixante-huitards attardés. Le miracle de la continuité de l'Eglise continue, comme il continuera pour les JMJ à Madrid, comme il continuera toujours et sans eux.

 

 

De protestant, on devient alors anarchiste se rebellant contre l'autorité et contre le pouvoir en place, contre l'Eglise et ses successeurs institués par NSJC contre la vertu d'obéissance, eux qui se disent en majorité monarchistes ! La papolatrie n'est devenue alors pour eux qu'une simple idéologie... à laquelle on croit parce qu'on ne peut pas faire autrement et qu'il faut bien se réclamer du pape, il faut bien avoir sa photo avec le Saint Père, ça fait bien... On croyait le pape "tradi" manque de chance... les années passent et horreur, on constate qu'il ne fait que continuer l'oeuvre de son prédécesseur et les priorités restent les mêmes. Alors les illusions s'effondrent. L'inquiétude remplace la confiance, l'abandon filial. 

 

 

 

« Notre Mère, celle qui, après nous avoir enfantés et nourris,

nous forme l'esprit et le coeur par l'éducation surnaturelle,

c'est l'Eglise. Dieu ne nous a donnés qu'à elle » (Dom Delatte)

 

 

Grand merci au Petit Placide

« Contrairement à ce que dit Luther, Tout ne se produit pas "par la seule grâce de Dieu et la seule opération du Saint-Esprit, sans aucune oeuvre humaine". Le dessein divin était d'associer la créature à l'oeuvre de son salut. Reconnaître, contrairement à la Réforme, un rôle à Marie (et à l'Eglise) ce n'est pas opérer une usurpation sacrilège... Ce double mystère est, au contraire, garantie de sérieux de l'Incarnation. En Marie, la part de l'activité humaine est subordonnée, mais réelle et capitale. "L'Eglise où l'on rend un culte à Marie... est nécessairement l'Eglise de l'homme qui, en vertu de la grâce, coopère à la grâce". La foi catholique à la Sainte Vierge résume symboliquement, dans son cas privilégié, la doctrine de la coopération humaine à la Rédemption, offrant ainsi comme la synthèse ou l'idée mère du dogme de l'Eglise. La maternité de la Vierge est en tout cas l'image de la maternité de l'Eglise. "Celui que la Vierge Marie enfanta, l'Eglise l'enfante encore tous les jours". La maternité de Marie à l'égard du Christ entraîne chez elle une maternité spirituelle à l'égard de tout chrétien. A l'heure où Marie paraît avoir complètement achevé sa vie de mère du Christ, elle devient en réalité la mère commune des chrétiens.

 

Sans doute Jésus-Christ demeure le seul chef de son Eglise et le rôle de Marie n'est en aucune manière d'en prendre la direction. Elle fait partie avec nous tous de la grande famille des rachetés, et toutes ses grandeurs lui viennent, comme à tout homme, de la "rédemption qui est en Jésus-Christ". Il n'y a pas en elle "un moindre besoin du salut et de la grâce qu'en nous tous". "Ce qui arrive à l'Eglise en général arrive au chrétien en particulier" ».

 

Cardinal de Lubac, Méditations sur l’Eglise, L'Eglise et la Vierge Marie

mgr-de-segur.jpgJésus-Christ et l’Église forment un tout indivisible. Le sort de l’un, c’est le sort de l’autre ; et de même que là où est la tête, là également doit se trouver le corps, de même les mystères qui se sont accomplis en Jésus-Christ durant Sa vie terrestre et mortelle doivent se parachever en Son Église durant sa vie militante d’ici-bas. Jésus-Christ a eu Sa Passion et Son crucifiement : l’Église doit avoir, elle aussi, et sa Passion, et son crucifiement final. Jésus-Christ est ressuscité et a triomphé miraculeusement de la mort : l’Église ressuscitera, elle aussi, et triomphera de Satan et du monde, par le plus grand et le plus prodigieux de tous les miracles : celui de la résurrection instantanée de tous les élus, au moment même où Notre-Seigneur Jésus-Christ, entrouvrant les cieux, en redescendra plein de gloire avec Sa sainte Mère et tous Ses Anges. Enfin, Jésus-Christ, Chef de l’Église, est monté corporellement au ciel le jour de l’Ascension : à son tour, l’Église ressuscitée et triomphante montera au ciel avec Jésus, pour jouir avec Lui, dans le sein de Dieu, de la béatitude éternelle. Nous ne connaissons d’une manière certaine « ni le jour ni l’heure » (Matth. XXV, 13) où se passeront ces grandes choses. Ce que nous savons, d’une manière générale mais infaillible, parce que cela est révélé de Dieu, c’est que « la consommation viendra lorsque l’Évangile aura été prêché dans le monde entier, à la face de tous les peuples » (Ibid. XXIV, 14). Ce que nous savons, c’est qu’avant ces suprêmes et épouvantables secousses qui constitueront la Passion de l’Église et le règne de l’Antéchrist, il y aura, dit saint Paul, l’apostasie (2 Thess. II, 3), l’apostasie générale ou quasi-générale de la foi de la sainte Église Romaine (Cornelius a Lapide). Enfin, ce que nous savons, c’est qu’à cette redoutable époque le caractère général de la maladie des âmes sera « l’affaiblissement universel de la foi et le refroidissement de l’amour divin, par suite de la surabondance des iniquités » (Matth. XXIV, 12).

 

Les Apôtres ayant demandé un jour à Notre-Seigneur à quels signes les fidèles pourraient reconnaître l’approche des derniers temps, Il leur répondit : d’abord qu’il y aurait de grandes séductions, et que beaucoup de faux docteurs, beaucoup de semeurs de fausses doctrines rempliraient le monde d’erreurs et en séduiraient un grand nombre (Matth. XXIV, 10-11) ; puis, qu’il y aurait de grandes guerres et qu’on n’entendrait parler que de combats ; que les peuples se jetteraient les uns sur les autres, et que les royaumes s’élèveraient contre les royaumes (Ibid. 6-7) ; qu’il y aurait de tous côtés des fléaux extraordinaires, des maladies contagieuses, des pestes, des famines, et de grandes tremblements de terre (Ibid. 7). « Et tout cela, ajouta le Sauveur, ce ne sera encore que le commencement des douleurs » (Ibid. 8). Satan et tous les démons en seront la cause. Sachant qu’il ne leur reste plus que peu de temps, ils redoubleront de fureur contre la sainte Église ; ils feront un dernier effort pour l’anéantir, pour détruire la foi et toute l’œuvre de Dieu. La rage de leur chute ébranlera la nature (Apoc. XII, 9-12), dont les éléments, comme nous l’avons dit, resteront jusqu’à la fin sous les influences malfaisantes des mauvais esprits. Alors commencera la plus terrible persécution que l’Église ait jamais connue ; digne pendant des atroces souffrances que son divin Chef eut à souffrir en Son corps très-sacré, à partir de la trahison de Judas. Dans l’Église aussi il y aura des trahisons scandaleuses, de lamentables et immenses défections ; devant l’astuce des persécuteurs et l’horreur des supplices, beaucoup tomberont, même des prêtres, même des évêques ; « les étoiles des cieux tomberont », dit l’Évangile. Et les catholiques fidèles seront haïs de tous, à cause de cette fidélité même (Matth. XXIV, 5-9).

 

Alors celui que Saint Paul appelle « l’homme du péché et le fils de perdition » (2 Thess. II, 3), l’Antéchrist, commencera son règne satanique et dominera tout l’univers. Il sera investi de la puissance et de la malice de Satan (Apoc. XIII, 2). Il se fera passer pour le Christ, pour le Fils de Dieu ; il se fera adorer comme Dieu, et sa religion, qui ne sera autre chose que le culte de Satan et des sens, s’élèvera sur les ruines de l’Église et sur les débris de toutes les fausses religions qui couvriront alors la terre (2 Thess. II, 4). L’Antéchrist sera une sorte de César universel, qui étendra son empire sur tous les rois, sur tous les peuples de la terre ; ce sera une infâme parodie du royaume universel de Jésus-Christ. Satan lui suscitera un grand-prêtre, parodie sacrilège du Pape ; et ce grand-prêtre fera prêcher et adorer l’Antéchrist par toute la terre. Par la vertu de Satan, il fera de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel en présence des hommes ; et, au moyen de ces prestiges, il séduira l’univers. Il fera adorer, sous peine de mort, l’image de l’Antéchrist ; et cette image paraîtra vivre et parler ; également sous peine de mort, il commandera que tous, sans exception, portent au front ou sur la main droite le signe de la bête, c’est-à-dire le caractère de l’Antéchrist. Quiconque ne portera point ce signe, ne pourra ni vendre ni acheter quoique ce soit (Apoc. XIII, 11-17). Autour des images de l’Antéchrist, les prestiges de Satan seront tels, que presque tout le monde les prendra pour de vrais miracles ; et les élus eux-mêmes auraient pu être séduits à la longue ; mais, à cause d’eux, le Seigneur abrégera ces jours (Matth. XXIV, 22-24).

 

« L’abomination de la désolation régnera dans le lieu saint » (Ibid. 15) pendant « trois ans et demi, pendant quarante-deux mois » (Apoc. XIII, 5), correspondant aux quarante-deux heures qui se sont écoulées, comme nous l’avons dit déjà, depuis le commencement des ténèbres du crucifiement de Jésus, le Vendredi-Saint, jusqu’à l’heure de la résurrection, le dimanche de Pâques, au lever du soleil. Quoique toujours visible et composée de ses éléments essentiels, l’Église sera pendant tout ce temps-là comme crucifiée, comme morte et ensevelie. Il sera donné à l’Antéchrist de vaincre les serviteurs de Dieu, et de faire plier sous son joug tous les peuples, et toutes les nations de la terre ; et, sauf un petit nombre d’élus, tous les habitants de la terre l’adoreront, en même temps qu’ils adoreront Satan, auteur de sa puissance (Ibid. 7, 8, 4). Si jadis le féroce Dioclétien a pu croire un instant qu’il avait définitivement détruit le nom chrétien, que sera-ce en ces temps-là, dont ceux de Dioclétien de Néron n’ont été qu’un pâle symbole ? L’Antéchrist proclamera orgueilleusement la déchéance du christianisme, et Satan, maître du monde, se croira un instant vainqueur. Mais en ces temps-là, comme nous l’apprennent et l’Écriture et la Tradition, s’élèveront contre l’Antéchrist « les deux grands témoins » (Ibid. XI, 3) de Jésus-Christ, réservés pour ces derniers jours, à savoir le Patriarche Hénoch et le Prophète Élie, qui ne sont pas morts, comme l’enseigne expressément l’Écriture. Ils viendront prêcher les voies du Seigneur. Ils prêcheront Jésus-Christ et le règne de Dieu pendant douze cent soixante jours, c’est-à-dire pendant la durée presque entière du règne de l’Antéchrist. La vertu de Dieu les protégera et les gardera. Ils auront le pouvoir de fermer le ciel et d’arrêter la pluie pendant tout le temps de leur mission. Ils auront le pouvoir de changer les eaux en sang et de frapper la terre de toutes sortes de plaies (Ibid. 3-6). Ils feront des miracles sans nombres, semblables à ceux de Moïse et d’Aaron, lorsque ceux-ci combattirent en Égypte l’impie Pharaon et préparèrent la délivrance du peuple de Dieu. Comme Moïse et Aaron, les deux témoins de Jésus-Christ ébranleront l’empire et le prestige du Maudit. Celui-ci néanmoins parviendra à s’emparer d’eux, et ils subiront le martyre, « là où leur Seigneur a été crucifié » (Apoc. XI, 8), c’est-à-dire à Jérusalem ; ou bien peut-être à Rome, où le dernier Pape aura été crucifié par l’Antéchrist, suivant une tradition immémoriale. Après trois jours et demi, les deux grands précurseurs du Roi de gloire ressusciteront à la face de tout le peuple ; et ils monteront au ciel, sur une nuée, pendant qu’un terrible tremblement de terre jettera partout l’épouvante (Ibid. 11-13).

 

Pour relever sa puissance, l’Antéchrist, singeant la triomphale ascension du Fils de Dieu et des deux grands Prophètes, tentera, lui aussi, de monter au ciel, en présence de l’élite de ses adeptes. Et c’est alors que Notre-Seigneur Jésus-Christ, « semblable à la foudre qui de l’orient à l’occident déchire le ciel, apparaîtra tout à coup sur les nuées, dans toute la majesté de Sa puissance » (Matth. XXIV, 27-30), frappant de Son souffle et l’Antéchrist (2 Thess. II, 8) et Satan et les pécheurs. Tout ceci est prédit en termes formels (1 Thess. IV, 15). Comme nous l’avons dit, l’Archange Michel, le Prince de la milice céleste, fera retentir toute la terre du cri de triomphe qui ressuscitera tous les élus (Matth. XXIV, 31). Ce sera le « Consummatum est » de l’Église militante, entrant pour toujours dans la joie du Seigneur. Cette « voix de l’Archange » sera accompagnée d’une combustion universelle, qui purifiera et renouvellera toutes les créatures profanées par Satan, par le monde et par les pécheurs. La foi nous apprend, en effet, qu’au dernier jour, Jésus-Christ doit venir juger le monde par le feu (Rituel Romain). Ce feu vengeur et sanctificateur renouvellera la face de la terre et fera « une nouvelle terre et des nouveaux cieux » (Ps. CIII, 30 & Apoc. XXI, 1). Comme au Sinaï, comme au Cénacle, l’Esprit-Saint se manifestera ainsi par le feu, en ce jour redoutable entre tous. Telle sera la fin terrible et glorieuse de l’Église militante ; telle sera, autant du moins que la lumière toujours un peu voilée des prophéties nous permet de l’entrevoir, telle sera la Passion de l’Église ; telle sera sa résurrection suivie de son triomphe. Corps mystique du Fils de Dieu, elle aura suivi son divin Chef jusqu’au Calvaire, jusqu’au sépulcre, et par cette fidélité elle aura mérité de partager sa gloire à tout jamais.

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« Ne relâchons rien de notre zèle pour la vérité catholique, mais sachons purifier ce zèle. Veillons à ne pas être de ces "hommes charnels"... Par là nous nous exposerions à une pire infortune : celle de collaborer avec l'irréligion militante, en lui facilitant la tâche qu'elle s'assigne de reléguer l'Eglise et sa doctrine parmi les choses mortes. Nous lui fournirions, pour ainsi dire, une bonne conscience. Car cette irréligion ne comprend rien à l'actualité de l'éternel. "Que l'Eglise dit-elle reste ce qu'elle est !" - et l'on devine à quel genre d'immobilisme correspond un tel voeu - alors "on l'accueillera avec cette bienveillance qu'on a pour les débris historiques". Combien la tentation critique (malgré ses dangers) vaut-elle mieux que le naïf contentement de soi... On aurait tort de vouloir par principe en empêcher toute expression publique. Lorsque l'Eglise est humble dans ses enfants, elle est plus attirante que lorsque domine en eux le souci trop humain de la respectabilité. Jacques Maritain remarquait un jour, non sans une juste nuance de raillerie, qu'à beaucoup de chrétiens de notre âge tout aveu de nos déficiences semble "en quelque manière indécent". "On dirait qu'ils redoutent de gêner l'apologétique...". Toutefois, pour une plainte heureuse, pour un examen lucide et fécond, que d'excès, que d'intempérances ! Pour un acte courageux, que de vaine agitation ! Que de critiques négatives !... Compétence et opportunité peuvent aussi faire défaut... L'irréligion n'était pas (jadis) toujours aux aguets, pour tirer argument de tout. Aujourd'hui que de toute part l'Eglise fait figure d'accusée, aujourd'hui qu'elle est incomprise, bafouée dans son existence et dans sa sainteté même, tout catholique doit veiller à ne pas laisser exploiter contre elle ce qu'il ne voulait exprimer que dans l'intention de la mieux servir. Il doit prendre garde à des malentendus mortels. Délicatesse filiale, qui n'a rien à voir avec la pruderie ou le calcul hypocrite. Ne se mêle-t-il pas à nos inquiétudes, à dose plus ou moins subtile, je ne sais quelle timidité, quel manque d'assurance intime, quel dégoût secret de la tradition de l'Eglise ? Croyant nous émanciper d'un esprit jugé sénile, voulant lutter contre l'ankylose et la sclérose, ne serions-nous pas en train de faire quelques "maladies infantiles" ? Ce que nous prenons peut-être pour un éveil de personnalité ne serait-il pas plutôt le fruit d'un entraînement aveugle ? Ne nous mettrions-nous pas à juger toutes choses d'après des critères superficiellement "modernes" ? Les valeurs profanes que le monde étale à nos yeux ne commenceraient-elles pas de nous éblouir ? Devant ceux qui les représentent ne nous laisserions-nous pas affecter peu à peu d'un pauvre complexe d'infériorité ?

 

De tout temps l'Eglise s'est attiré le mépris d'une élite. Beaucoup d'autres parmi ces sages pensent rendre justice à l'Eglise et se récrient lorsqu'on les dit ses adversaires. Ils la protègeraient au besoin. Mais ils conservent leurs distances. Ils ne veulent pas pour eux-mêmes d'une foi qui les assimilerait à tous les misérables, au-dessus desquels ils se placent par leur culture esthétique, leur réflexion rationnelle ou leur souci d'intériorité. Ces "aristocrates" n'envisagent pas de se mêler au troupeau. L'Eglise, suivant eux, conduit les hommes par des voies trop communes... Se distinguant comme "ceux qui savent" de la masse de "ceux qui croient", ils prétendent la connaître mieux qu'elle ne peut se connaître elle-même. Ils la situent avec condescendance... Il n'y a pas de "christianisme privé". »

 

Cardinal de Lubac, Médiations sur l’Eglise, Nos tentations à l'égard de l'Eglise

« (...) Le sein de cette mère nous donne la naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’Epouse du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu, et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au Royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église véritable, pour se joindre à une secte adultère, renonce aux promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger, un profane, un ennemi. Non, on ne peut avoir Dieu pour Père si on n’a pas l’Église pour Mère. Au temps du déluge, pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé ? De même aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain (...) ».

 

Extrait du "De ecclesiae catholicae unitate", par Saint Cyprien de Carthage, Père de l’Eglise

Une revue chilienne vient de rééditer une intervention à la radio allemande du P. Joseph Ratzinger sur l'avenir de l'Eglise. Elle date de 1968...
Le Directeur de la revue, Jaime Antúnez, explique que Benoît XVI était alors jeune prêtre et professeur à Tübingen (D). Sa réflexion s'intitulait : "Comment se présentera l'Eglise en l'an 2000 ?".
1968 : on était alors en plein dans un bouleversement culturel et sociologique qui touchait aussi l'Eglise. A cette époque, le P. Ratzinger analysait les causes de ce qui était alors vécu et décrivait avec quarante ans d'avance ce que nous constatons aujourd'hui. Il annonçait : « Il semble évident que l'Eglise a devant elle des temps difficiles. Sa vraie crise a à peine commencé. Il faut s'attendre à de fortes secousses ». Il annonçait aussi : « L'avenir de l'Eglise peut venir et viendra (...) uniquement de la force de ceux qui ont des racines profondes et vivent de la plénitude pure de leur foi (...) L'avenir ne viendra pas de ceux qui ne font que donner des recettes. Il ne viendra pas de ceux qui ne font que s'adapter au moment présent. Il ne viendra pas de ceux qui ne font que critiquer les autres et se considèrent eux-mêmes comme la mesure infaillible. Il ne viendra pas non plus de ceux qui choisissent uniquement le chemin le plus facile, de ceux qui évitent la passion de la foi et présentent comme faux et dépassé, tyrannie et légalisme, tout ce qui est exigeant pour l'être humain, ce qui le fait souffrir et l'oblige à renoncer à lui-même. Disons-le de manière positive : l'avenir de l'Eglise, aujourd'hui, comme toujours, sera à nouveau marqué par le sceau des saints. Et donc par des êtres humains qui vont au-delà des phrases qui sont précisément modernes. Par ceux qui voient plus loin que les autres, car leurs vies embrassent des espaces plus larges ».

 

Il nous faudrait aujourd'hui ajouter ceci : les fidèles sont-ils encore persuadés que la foi catholique, dont l'Eglise est dépositaire, doit les conduire à porter un message essentiel au monde ? Rien n'est moins sûr quand on voit le peu d'empressement de bien des fidèles à témoigner de leur amour de l'Eglise...

 

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