Sermon de l’Abbé Guy Pagès sur l’importance de la famille.

(le 24ème Dimanche per annum, le 16 septembre 2012) :

 

 

 

http://img.over-blog.com/333x443/0/21/41/34/2010/famillemartin.jpgJésus et Isaïe viennent de nous rappeler que la Croix marque inévitablement la vie du serviteur de Dieu. Nous pouvons en dire autant de la famille chrétienne, appelée elle aussi à servir Dieu, qui est Amour [1]. Dieu, en effet, n’est pas seulement unique comme le confessent juifs et musulmans, mais aussi Trinité, c’est-à-dire : Famille, Communion de personnes, celle du Père, du Fils et du Saint Esprit… Famille ! Qui ne voit la croix marquer aujourd’hui les familles ? Que ce soit le libéralisme privilégiant l’individu au détriment de la protection de l’institution du mariage et de la famille, et donc du bien commun, et en particulier de celui des enfants ; que ce soit le marxisme imprégnant encore tellement les mentalités, dont, au dire de Karl Marx, l’une des tâches essentielles est « l’abolition de la famille [2] » – credo repris par le socialisme : « La famille, écrivait L’hebdo des socialistes du 29 janvier 1999, est un instrument de perpétuation des hiérarchies sociales et des inégalités [3] » ; que ce soit la franc-maçonnerie qui s’emploie depuis plus de deux siècles à organiser la vie sociale comme si n’existaient ni Dieu, ni loi divine ou naturelle, et donc aucune possibilité pour l’homme de connaître la vérité objective avec certitude ; que ce soient les lobbies féministe et homosexuel, et autres dépravés, attachés à la légalisation du divorce, de la contraception, du concubinage, et maintenant du « mariage » des homosexuels ; ou encore l’expérimentation sur les embryons humains, l’avortement ou l’euthanasie… il est indéniable que, d’une façon diversifiée et générale, se déroule sous nos yeux une guerre totale contre la famille… Il serait naïf et suicidaire pour les familles d’imaginer que toutes ces modifications actuelles de comportements et de mœurs sont un fruit du hasard… Il existe une volonté délibérée de détruire la famille… Et pourquoi veut-on détruire la famille ? Parce qu’elle est la plus belle image de Dieu, et la gardienne du sacré ! Or ce monde ne voulant pas d’autre Dieu que lui-même s’emploie à détruire, non pas Dieu, qu’il ne peut atteindre, mais Sa plus belle image : la famille ! Comme on l’a très bien dit : « La raison de ces attaques contre l’idée même de famille est enracinée dans le fait que de nombreuses personnes n’acceptent plus l’idée d’une “loi naturelle” et n’acceptent pas non plus les institutions naturelles. En réalité, la raison profonde est qu’ils refusent Dieu, origine de la loi naturelle [4]. »

 

C’est ainsi que nous en sommes arrivés au point où le gouvernement, abusant de son pouvoir, s’apprête à légaliser non le mariage d’homosexuels, puisque c’est en soi impossible, aussi vrai que « marier » implique le mélange de ce qui est différent (on marie des couleurs différentes, non la même), mais l’union de « paires », aussi stériles que ce que le mariage, union des époux, est par nature ordonné à la procréation, fécondité et bénédiction de l’union de leurs êtres complémentaires. La différence sexuelle est l’une des premières limites que l’enfant rencontre. Si je suis garçon je ne suis pas fille et si je suis fille ne suis pas garçon. Cette limite lui permet de réaliser qu’il n’est pas « tout ». La société où les papas sont des mamans et les mamans des papas, est la Tour de Babel, l’humanité qui niant sa condition limitée, de créature, cherche à s’élever jusque dans le Ciel, à se prendre pour le « tout », Dieu même. Cette abomination sodomesque faisant violence à la moralité publique, aux familles, au bien des enfants, conduit la société à sa perte aussi sûrement qu’elle damne ceux qu’elle souille (1 Co 6.9-10 ; Ga 5.21 ; Ep 5.5; Rm 1.24-32 ; Ap 22.15). Il est temps de se rappeler ce que Jean-Paul II a enseigné dans sa si belle exhortation apostolique sur les tâches de la famille chrétienne : « Ce sont les familles qui en premier lieu doivent faire en sorte que les lois et les institutions de l’État non seulement s’abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore qu’elles les soutiennent et les protègent positivement. Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les “protagonistes” de ce qu’on appelle “la politique familiale” et qu’elles assurent la responsabilité de transformer la société ; dans le cas contraire, elles seront les premières victimes des maux qu’elles se sont contentées de constater avec indifférence [5] ».

 

Selon les termes du Catéchisme de l’Église catholique, « la famille chrétienne est une communion de personnes, trace et image de la communion du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint. Son activité procréatrice et éducative est le reflet de l’œuvre créatrice du Père [6]. » Et si elle est par nature « évangélisatrice et missionnaire [7] », alors, on comprend que la destruction du lien sacré qui relie la famille à Dieu doive être brisé par les idéologues du bonheur à la mesure de l’homme seul… C’est ce qu’a bien compris, par exemple, Élisabeth Badinter, lorsqu’au sujet de la Révolution française, elle écrit dans son livre L’un est l’autre : « En tuant le roi, les révolutionnaires français portèrent un coup décisif au pouvoir de Dieu et à celui du père. […] Toute émancipation est d’abord libération par rapport au père. […] Le rejet du roi et du père […] est celui de toute transcendance. La révolte ne pouvait épargner Dieu, le Père universel du genre humain. […] Les philosophes du XIXe siècle […], tirant les conséquences de la Révolution française, ont proclamé la mort de Dieu, celle-ci apparaissant comme la condition nécessaire de la libération de l’humanité. […] En affirmant la transcendance de l’Homme, les nouvelles “Tables de la loi” introduites en 1789 font de lui un dieu. Dorénavant, ce sont les hommes qui légifèrent pour eux-mêmes [8]. » Par voie de conséquence, le tour d’esprit révolutionnaire est aussi le rejet de toute notion de nature humaine, d’ordre naturel des choses telles qu’elles ont été créées. C’est désormais l’homme qui doit inventer la réalité. « Je pense donc je suis [9] »… « Vous serez comme des dieux [10] ! »… Apparaît donc clairement pour les familles le devoir de chérir leur relation avec Dieu, dans l’intérêt même de leur survie. Car c’est Dieu qui a créé la famille, et la sanctifie par la grâce donnée dans Ses sacrements. La famille, contrairement à ce que l’on cherche à nous faire croire, n’est pas un produit culturel, malléable et transformable au gré des errements et des vices d’une minorité agissante. Elle est, comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « trace et image de la communion du Père et du Fils et de l’Esprit Saint [11] ». Et c’est seulement dans la communion avec le Dieu-Trinité qu’elle trouve son sens et son épanouissement véritables…

 

anyquestionLe lien nécessaire des familles avec Dieu s’affirme, se fortifie et se renouvelle par la prière familiale quotidienne. Pourquoi les familles sont-elles aujourd’hui tellement blessées, meurtries, divisées ? Parce qu’à la différence d’autrefois, elles ont perdu l’habitude de la prière quotidienne ! Il n’est pas possible de gagner le pari d’une vie conjugale et familiale heureuse sans une sérieuse vie de prière, personnelle et familiale. C’est dans la vie de foi de leur famille que les enfants apprennent à connaître Dieu, à y découvrir leur vocation d’enfants de Dieu. L’exemple des parents est fondamental. Si des enfants voient leur famille réunie chaque jour pour adorer Dieu, Lui rendre grâce, Lui confier soucis et intentions, et recevoir de Lui la paix, la sagesse et tous les dons de l’Esprit, alors ils grandiront dans cette paix, cette sagesse et cette vie avec Dieu qui est le Salut de ceux qui L’aiment ! Si l’amour spirituel de leurs parents leur a révélé celui de Notre Seigneur, Lui qui nous aime à en mourir sur une croix comme chaque Messe en est la preuve, que pourra-t-il alors leur manquer ? Le psaume d’aujourd’hui illustre bien cette vérité : « Je L’aime, le Seigneur, Lui qui entend ma prière ! […] J’étais pris dans les filets de la mort, […] j’ai invoqué le Nom du Seigneur. […] Il m’a sauvé de la mort, épargnant à mes pieds le faux-pas. Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants [12] ! ». Déjà, naturellement, les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants, à qui, par l’éducation des vertus, ils doivent enseigner à subordonner les dimensions physiques et instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles de leur être. Par la grâce du sacrement de mariage, ils reçoivent la responsabilité d’évangéliser leurs enfants. Les parents chrétiens comprennent qu’engendrer la chair, c’est beaucoup, mais qu’en même temps, ce n’est rien. Les animaux engendrent eux aussi la chair, et bien des fois s’en occupent mieux que des humains. Les époux chrétiens engendrent avec Dieu, procréent, des enfants de Dieu, et des citoyens pour le Royaume des Cieux ! C’est de cela qu’ils doivent se préoccuper. Quel malheur pour eux de laisser s’éteindre la lumière du baptême dans l’âme de leurs enfants, de permettre que la beauté de leur âme s’habitue à la fange, d’être indifférents à ce que cette habitude les pousse à sombrer finalement eux-mêmes un jour dans la fange… Leur mission de parents est de donner de l’amour, de l’amour saint à leurs enfants, et non de stupides soins à leur beauté physique, à leur culture humaine, comme le font ceux qui ne connaissent pas Dieu. Non. Les parents chrétiens élèvent leurs enfants… jusqu’à Dieu ! Car c’est pour le Ciel que nous avons été créés et que nous devons vivre sur la terre ! « Tu prétends avoir la foi, moi, je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi [13]. »


  SOURCE

 

NOTES : 1. Cf. 1 Jn 4 8.16. ; 2. Marx (Karl)Engels (Friedrich), Manifeste du Parti communiste, II (Paris, Éditions sociales, collection « Classiques du marxisme », 1973, p. 52) ; 3. Pinçon (Michel)Pinçon-Charlot (Monique), « Le rôle de la famille dans la transmission de la fortune », L’hebdo des socialistes, n. 89, 29 janvier 1999, p. 16. ; 4. Troisième rencontre des hommes politiques et législateurs d’Amérique, Déclaration « La famille et la vie, cinquante ans après la Déclaration universelle des Droits de l’homme », Buenos Aires, 5 août 1999, n. 8 (La Documentation catholique, n. 2218, 16 janvier 2000, p. 92). ; 5. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, 22 novembre 1981, n. 42 (La Documentation catholique, n. 1821, 3 janvier 1982, p. 22). ; 6. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2205 ; 7. Ibid. ; 8. Badinter (Élisabeth), L’un est l’autre. Des relations entre hommes et femmes, Paris, Odile Jacob, 1986, pp. 194-195, 198. ; 9. Descartes (René), Discours de la méthode, IV (Paris, Union générale d’éditions, collection « 10/18 », 1951, édition 1983, p. 62). ; 10. Gn 3 5. ; 11. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2205. ; 12. Ps 114. ; 13. Jc 2 18.

Les propos courageux du Cardinal Barbarin (le 14 septembre 2012) :


 

52860112_94dd17a25d.jpg« (…) Venons-en au deuxième grand document de l'année 1968 [après la Profession de foi , qu'il a confié à L'Eglise le 30 juin 1968, en conclusion de l'Année de la Foi, initiée par lui], l'Encyclique Humanae vitae.
Rarement un texte de l'histoire récente du Magistère est devenu un signe de contradiction autant que cette Encyclique, que Paul VI a écrite à partir d'une décision de conscience profondément douloureuse.
Deux objections fondamentales ont été soulevées contre le texte, l'une procédurale et l'autre de contenu.
Du point de vue de la procédure, on retient que le pape se serait prononcé contre la majorité de la commission d'étude spécialement constituée, et se serait ainsi placé sur un terrain instable; du point de vue du contenu, il fut reproché à l'Encyclique que son affirmation centrale reposait sur un concept de nature dépassé, qu'elle aurait mélangé biologie et éthique.
Le problème de la relation entre la majorité de la commission et la décision finale du pape touche des questions fondamentales qui vont bien au-delà de la question de l'Encyclique Humanae vitae. Ici se posent des problèmes tels que : à quel moment une majorité est-elle vraiment représentative ? Qui doit-elle représenter ? Et comment ?
Sans que le problème soit ici discuté dans toute son ampleur, nous pouvons dire la chose suivante à ce sujet : une commission, qui donne un avis sur la doctrine de l'Eglise, ne doit en aucun cas représenter la majorité des opinions dominantes, mais l'exigence intérieure de la foi. La Vérité n'est pas décidée à la majorité; le principe démocratique s'arrête devant les questions de la Vérité. 
En outre, dans l'Eglise il n'y a pas que les vivants qui comptent. En elle, les morts ne sont pas morts, parce que, comme communion des saints, elle va au-delà des limites du présent. Le passé n'est pas passé et le futur, de ce fait, existe déjà. En d'autres termes : dans l'Église, il ne peut y avoir de majorité contre les Saints, contre les grands témoins de la foi qui caractérisent toute l'histoire. Ils appartiennent toujours au présent, et leur voix ne peut pas être mise en minorité. La responsabilité envers la continuité de la doctrine de l'Église avait à juste titre pour Paul VI une importance plus grande que celle d'un comité de soixante membres, dont le vote devait être pris en considération, mais ne pouvait pas être le dernier recours avant le poids de la tradition.
Quiconque lit sereinement l'Encyclique trouvera qu'elle n'est nullement imprégnée de naturalisme ou de biologisme, mais est uniquement préoccupée d'un authentique amour humain, un amour qui est spirituel et physique dans l'inséparabilité de l'esprit et du corps, qui caractérise l'être humain (en particulier le paragraphe 9). Puisque l'amour est humain, il a à voir avec la liberté humaine, et doit donc être amour, aimer l'autre non pour "moi", mais pour lui-même. Pour cela, fidélité, unicité et fécondité sont ancrés dans l'essence intérieure de cet amour. Paul VI a à coeur de défendre la dignité humaine de l'amour humain et conjugal. Donc, la liberté - qui, dans son essence est liberté ordonnée à la morale - est au centre de ses réflexions : le pape considère que la personne humaine est capable d'une grande chose - capable de fidélité et capable de renonciation.
Pour cette raison il ne veut pas que le problème de la fécondité responsable - le contrôle des naissances - soit régulé de façon mécanique, mais qu'il soit résolu d'une manière humaine, c'est-à-dire morale, à partir de l'esprit de l'amour et la liberté elle-même.
Si on voulait faire un reproche au pape, ce ne pourrait être celui du naturalisme, mais tout au plus d'avoir une trop grande idée de l'être humain, de la capacité de sa liberté dans la relation corps-esprit.

 

Ceux qui ont connu même de loin, la personnalité de Paul VI, savent qu'il ne lui manquait ni la sensibilité pastorale ni la connaissance des problèmes des individus. L'intention de l'Encyclique n'était pas d'imposer des fardeaux; le Pape se sentait plutôt le devoir de défendre la dignité et la liberté de l'homme contre une conception matérialiste et déterministe.
Il parle dans la perspective de l'éternité, dans sa responsabilité devant la totalité de l'histoire. De ce point de vue, il ne pouvait pas parler autrement, et c'est dans cette perspective qu'il faut lire l'Encyclique : comment une harangue en faveur de l'humanité de l'amour, et en faveur de la dignité de sa liberté morale.
Ici, se manifeste comment Paul VI, sur ce point aussi, précisément sur ce point, parle comme l'avocat de la personne humaine; comment la foi qui l'inspirait, défend la personne humaine, même là où elle la défie ».


 

S.E. le Cardinal Ratzinger - Rome, Pâques 1995

 

Homélie du Cardinal José Saraiva Martins, à Lisieux le 13 juillet 2008, pour le 150ème anniversaire de mariage des Vénérables Serviteurs de Dieu, Louis et Zélie Martin. "Très chers frères et sœurs : j'ai voulu commencer cette réflexion avec les mots mêmes de Thérèse, décrivant l'atmosphère familiale dans laquelle elle a grandi" :



 

 

Céline… « Lève les yeux vers la Céleste Patrie,

Et tu verras sur des sièges d'honneur

Un Père aimé… Une Mère chérie…

Auxquels tu dois ton immense bonheur ! … »

 

 

 

 

La famille, du XIXe siècle à aujourd'hui

Quand le ciel se vide de Dieu, la terre se peuple d'idoles. Déjà au XIXe siècle, celui des Martin, et au début du XXe siècle, on s'est progressivement désintéressé du domaine de l'éducation au sein de la famille, au profit du champ socio-économique. Charles Péguy, né cinq jours après Sainte Thérèse, le soulignait, presque prophétiquement : « Un enfant chrétien, écrit-il en effet, dans une de ses œuvres, n'est rien d'autre qu'un enfant auquel on a mis sous les yeux des milliers de fois l'enfance de Jésus ». Dans les rythmes et dans les mots quotidiens on trouve encore des réflexes inconscients de ce peuple chrétien "qui allaient et chantaient" et qui "rempaillaient les chaises dans le même état d'esprit qu'ils sculptaient leurs cathédrales". Pourtant on ne peut pas dire que le petit Charles entre dans la description de l'enfant chrétien chère au Péguy adulte. Autour de lui, dans le milieu familial et scolaire de son enfance, personne ne vit ainsi, le regard familièrement et affectueusement tourné vers Jésus. Mais, pour la famille Martin, c'est le cas. Ce refus de la paternité se poursuit au XXe siècle de façon plus complexe, essentiellement dans l'adhésion aux modèles des grands totalitarismes, lesquels entendaient se substituer à la famille, en confiant l'éducation à l'État totalitaire, communiste ou national-socialiste. Cette abdication, cette éclipse de la figure du père, se prolonge dans la société de consommation, où le carriérisme et l'image ont pris la place à l'éducation des enfants. L'éducation est une question de témoignage. Sans longs discours, sans sermons Monsieur Martin a introduit Thérèse au sens ultime de l'existence. Louis et Zélie ont été éducateurs parce qu'ils n'avaient pas le problème d'éduquer.

 

 

La famille aujourd'hui : L'amour malade en famille

Au début de l'année, un quotidien italien ("Il Mattino di Napoli" [Le matin de Naples] du lundi 14 janvier 2008) publiait un article de Claude Risé, sous ce titre significatif : « L'amour est tombé malade dans la famille ». Est tombé malade l'amour, en particulier est tombé malade le lieu où chaque être humain expérimente pour la première fois l'amour, être aimé et aimer les autres […]. Dans la famille actuelle, les enfants, plutôt que d'être l'objet de l'amour des parents, se trouvent en concurrence avec beaucoup d'autres choses.

 

 

Une famille exceptionnelle : le témoignage des filles Martin

Voilà le témoignage des filles Martin. « Toute ma vie le bon Dieu s'est plu à m'entourer d'amour, mes premiers souvenirs sont empreints des sourires et des caresses les plus tendres ! » (Ms A, 4 v°) : voilà le portrait le plus vivant des Vénérables Serviteurs de Dieu Louis Martin et Zélie Guérin, tracé par la plus illustre de leurs filles. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus de la Sainte Face, dans les premières pages d'Histoire d'une âme, décrit la douceur et la joie de sa vie familiale. Thérèse, le plus jeune Docteur de l'Église, a perçu sa famille comme la terre d'un jardin, « une terre sainte » où elle a grandi avec ses sœurs, sous la houlette habile et experte de ses incomparables parents. « Le bon Dieu - écrit-elle à l'abbé Bellière quelques mois avant sa mort - m'a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre ». Cette conviction profonde des filles Martin de la sainteté de leurs parents était partagée par les membres de leur famille comme aussi par de simples personnes qui en parlaient comme d'un couple saint. Quatorze ans après la mort de Zélie, dans une lettre de 1891 (mille huit cent quatre-vingt onze), la tante Céline Guérin écrivait à Thérèse, déjà au Carmel : « Qu'ai-je donc fait pour que Dieu m'ait entourée de cœurs si aimants ! Je n'ai fait que répondre au dernier regard d'une mère que j'aimais beaucoup, beaucoup. J'ai cru le comprendre ce regard, que rien ne pourra me faire oublier. Il est gravé dans mon cœur. Depuis ce jour, j'ai cherché à remplacer celle que Dieu vous avait ravie, mais hélas ! rien ne remplace une Mère !...  Ah ! c'est que tes Parents, ma petite Thérèse, sont de ceux qu'on peut appeler des saints et qui méritent d'enfanter des saints ». Léonie, elle-même, qui créa tant de difficulté à ses parents, répétait à ses Sœurs de la Visitation de Caen : « Noblesse oblige ; j'appartiens à une famille de saints ; je dois être à la hauteur ». Les Martin ne sont pas saints pour avoir mis au monde une sainte, mais pour avoir aspiré à la sainteté en tant que couple. Ils étaient animés d'un désir réciproque, il y avait chez tous les deux la volonté de rechercher, dans l'état de vie qu'ils avaient embrassé, la volonté de Dieu et l'obéissance à son commandement : « Soyez saints car je suis saint ». Louis et Zélie Martin ont été l'humus, la terre féconde, où Thérèse est née et a vécu durant quinze ans, avant de devenir « la plus grande sainte des temps modernes ». (Saint Pie X).

 

 

terese-web.jpgLeur secret : une vie ordinaire "extraordinaire"

Louis et Zélie sont un exemple lumineux de vie conjugale vécue dans la fidélité, dans l'accueil de la vie et dans l'éducation des enfants. Un mariage chrétien vécu dans la confiance absolue en Dieu et qui peut être proposé aux familles d'aujourd'hui. Leur vie matrimoniale a été exemplaire, remplie des vertus chrétiennes et de sagesse humaine. Exemplaire ne signifie pas que nous devons calquer, photocopier leur vie en reproduisant tous leurs faits et gestes, mais que nous devons utiliser comme eux, les moyens surnaturels que l'Église offre à chaque chrétien pour réaliser sa vocation à la sainteté. La Providence a voulu que leur Béatification soit annoncée dans le cadre des célébrations du cent cinquantième anniversaire de leur mariage, treize Juillet mille huit cent cinquante huit. Pourquoi après tant de temps ? Une telle famille n'est-elle pas loin de notre époque ? En quoi sont-ils actuels, ces parents Martin ? Peuvent-ils aider nos familles à affronter les défis d'aujourd'hui ? Je suis sûr qu'un vaste débat va s'ouvrir autour de ce couple et lors de leur prochaine Béatification. Conférences, débats, tables rondes chercheront à déterminer l'actualité de leur expérience avec notre histoire si complexe. Une chose doit cependant être claire : l'Église n'a pas canonisé une époque, mais elle a examiné la sainteté. Avec les Martin, l'Église propose aux fidèles la sainteté et la perfection de la vie chrétienne, que ce couple d'époux a atteint de façon exemplaire et, pour utiliser le langage des Procès, jusqu'à un degré héroïque. L'Église ne s'intéresse pas à l'exceptionnel, mais a souligné comment, dans le quotidien de leur vie, ils ont été le sel de la terre et la lumière du monde (Matthieu 5.13-14). Le Serviteur de Dieu Jean-Paul II affirmait : Il est nécessaire que l'héroïque devienne quotidien et que le quotidien devienne héroïque. L'Église a établi que Louis et Zélie ont fait de leur vie quotidienne quelque chose d'héroïque, et de l'héroïsme quelque chose de quotidien. Cela est possible pour chaque chrétien quel que soit son état de vie. Il me plaît de citer ici un passage de la célèbre Lettre à Diognète sur le mariage chrétien et que les époux Martin ont su parfaitement incarner : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le territoire, ni par la langue, ni par le vêtement. (…) Ils se marient comme les autres et ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas les nouveau-nés. Ils vivent dans la chair, mais pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais leur façon de vivre dépasse les lois ». Cette lettre trace un modèle concret de vie possible, une route que tout disciple de Jésus est appelé à parcourir, même aujourd'hui : annoncer la beauté du mariage chrétien avec ses expériences authentiques, crédibles, attrayantes. Pour réaliser ceci il faut des époux et des parents mûrs dans l'amour. Louis et Zélie ont embrassé la forme de vie conjugale pour suivre le Christ. Époux, conjoints et parents en Christ où le mariage est accueilli comme un appel et une mission donnés par Dieu. Avec leur vie, ils ont annoncé à tous la bonne nouvelle de l'amour "en Christ" : l'amour humble, l'amour qui n'épargne rien pour recommencer chaque matin, l'amour capable de confiance, de sacrifice. Cette communion émerge clairement dans les lettres échangées entre les deux époux. Dans une de ces brèves lettres, qui est presque une synthèse de l'amour matrimonial, Louis signe ainsi : « Ton mari et vrai ami, qui t'aime pour la vie ». À ces mots, lui font écho ceux de Zélie : « Je te suis en esprit toute la journée ; je me dis : "Il fait telle chose en ce moment". Il me tarde bien d'être auprès de toi, mon cher Louis ; je t'aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j'éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi ». Quel est le secret de cette communion ? Peut-être, le fait que, avant de se regarder réciproquement dans les yeux, ils tenaient leur regard fixé sur Celui de Jésus. Ils vivaient sacramentellement la communion réciproque, à travers la Communion que tous deux cultivaient avec Dieu. C'est là le nouveau "Cantique des Cantiques", propre aux conjoints chrétiens : non seulement ils doivent le chanter, mais eux seuls peuvent le chanter. L'amour chrétien est un "Cantique des Cantiques" que le couple chante avec Dieu.

 

 

La vocation en famille

La vocation est avant tout une initiative divine. Mais une éducation chrétienne favorise la réponse généreuse à l'appel de Dieu : C'est au sein de la famille que les parents doivent être pour leurs enfants, par leurs paroles et leur exemple, les premiers annonciateurs de la foi, et qu'ils doivent favoriser la vocation de chacun, et de façon spéciale, la vocation consacrée (CCC, 1656). Ainsi, si les parents ne vivent pas les valeurs évangéliques, les jeunes hommes et les jeunes filles pourront difficilement entendre l'appel, comprendre la nécessité des sacrifices à faire ou apprécier la beauté du but à atteindre. En effet, c'est dans la famille que les jeunes font leur première expérience des valeurs évangéliques, de l'amour qui se donne à Dieu et aux autres. Il faut même qu'ils soient formés à se rendre responsable de leur liberté, pour être prêts à vivre, selon leur vocation, les réalités spirituelles les plus élevées (Jean-Paul II : Vie consacrée). Tous les enfants Martin ont été accueillis comme un grand don de Dieu pour être ensuite rendus à Dieu. La maman, le cœur déchiré de douleur, a offert ses quatre enfants morts en bas âge. Le papa a offert ses cinq filles, à leur entrée au couvent. Pour leurs enfants, ils n'ont pas seulement souffert les douleurs de l'accouchement physique, mais aussi les douleurs d'engendrer en eux la foi jusqu'à ce que le Christ soit formé en eux (Galates 4, 19). Ils ont été vrais ministres de la vie et parents saints qui ont engendré des saints ; ils ont guidé et éduqué à la sainteté. La famille Martin, comme la famille de Nazareth, a été une école, un lieu d'apprentissage et un lieu d'entraînement à la vertu. Une famille qui d'aujourd'hui va devenir un point de repère pour chaque famille chrétienne.

 

 

 

 

 

 

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Seigneur, Dieu de bonté et de miséricorde, qui, dans le monde du mal et du péché, avez offert la Sainte-Famille de Nazareth à la société des âmes rachetées, comme un très pur exemple de piété, de justice et d'amour, voyez combien la Famille est aujourd'hui attaquée de toutes parts, et combien tout conspire à la profaner, en lui arrachant la foi, la religion et les bonnes mœurs. Secourez, Seigneur, l'œuvre de vos mains. Protégez dans nos foyers les vertus domestiques, elles sont l'unique garantie de concorde et de paix. Venez et suscitez les défenseurs de la famille. Suscitez les apôtres des temps nouveaux qui, en votre nom, grâce au message de Jésus-Christ et à la sainteté de leur vie, rappellent les époux à la fidélité, les parents à l'exercice de l'autorité, les enfants à l'obéissance, les jeunes filles à la modestie, les esprits et les cœurs de tous à l'estime et à l'amour de la maison bénie par vous.

 

Que la famille chrétienne restaurée, en Jésus-Christ, suivant les exemples du divin Modèle de Nazareth, retrouve son visage ; que tout nid familial redevienne un sanctuaire : que dans tout foyer se rallume la flamme de la foi qui aide à supporter les adversités avec patience et la prospérité avec modération, en même temps qu'elle dispose toutes choses dans l'ordre et dans la paix. Sous votre regard paternel, ô Seigneur, sous la garde de votre Providence et sous l'heureux patronage de Jésus, Marie et de Joseph, la famille sera un asile de vertus, une école de sagesse, elle sera un repos dans les rudes fatigues de la vie, un témoignage des promesses du Christ. A la face du monde, elle vous rendra gloire, à vous, Père, et à votre Fils Jésus, jusqu'au jour où, avec tous ses membres, elle chantera vos louanges dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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