1. Les réflexions que nous avons faites jusqu'à présent sur l'amour humain dans le plan divin demeureraient en quelque sorte incomplètes si nous ne cherchions pas à en voir l'application concrète dans le cadre de la morale conjugale et familiale. Nous allons faire ce dernier pas qui nous mènera à la conclusion de notre désormais long chemin, dans le sillage d'une importante déclaration du récent Magistère : l'Encyclique Humanae vitae que le Pape Paul VI a publiée en juillet 1968. Nous relirons cet important document à la lumière des résultats que nous avons obtenus en examinant le dessein divin initial et les paroles du Christ qui y renvoient

 

2. « L'Église enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie... » (HV n. 11.) « Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le Magistère, est fondée sur le lien indissoluble que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation. » (Humanae vitae, n. 12.)

 

3. Les considérations que je m'apprête à faire regardent particulièrement le passage de l'encyclique Humanae vitae qui traite des « deux significations de l'acte conjugal » et de leur « lien indissoluble ». Je n'entends pas présenter un commentaire au sujet de toute l'encyclique, mais plutôt en expliquer et approfondir un passage. Au point de vue de la morale chrétienne contenue dans cette encyclique, cet extrait a une signification centrale. Il constitue en même temps un élément qui est en rapport très étroit avec nos réflexions précédentes sur le mariage dans la dimension du signe (sacramentel). Et comme - ainsi que je l'ai dit - c'est un passage central de l'encyclique, il est évident qu'il se trouve profondément inséré dans toute sa structure : son analyse doit donc porter sur les différents éléments composant cette structure, même si l'on n'a pas l'intention de commenter le texte tout entier.

 

4. Dans mes réflexions sur le signe sacramentel, j'ai dit à plusieurs reprises que celui-ci est basé sur « le langage du corps », relu dans la vérité. Il s'agit d'une vérité affirmée une première fois au début du mariage quand les nouveaux époux, se promettant l'un à l'autre « d'être toujours fidèles, de s'aimer et de s'honorer tous les jours de leur vie », deviennent ministres du mariage comme sacrement de l'Église. Puis, il s'agit d'une vérité qui, peut-on dire, est sans cesse affirmée à nouveau. En effet, vivant dans le mariage « jusqu'à la mort », l'homme et la femme reproposent continuellement, en un certain sens, ce signe que le jour de leurs noces ils se sont donné eux-mêmes grâce à la liturgie du sacrement. Les paroles de l'encyclique de Paul VI que nous avons citées concernent ce moment de la vie des époux où tous deux, en s'unissant dans l'acte conjugal, deviennent, selon l'expression biblique « une seule chair » (Gn 2, 24). Précisément dans ce moment si riche de signification, il est particulièrement important de réexaminer « le langage du corps » dans la vérité. Cette lecture est une condition indispensable pour agir dans la vérité, c'est-à-dire pour se comporter conformément à la valeur et à la norme morale.

 

5. Non seulement l'encyclique nous rappelle cette norme, mais elle cherche aussi à en donner le fondement adéquat. Pour mieux éclairer ce « lien indissoluble » que Dieu a voulu entre les deux significations de l'acte conjugal », Paul VI écrit dans la phrase suivante : « ... par sa structure intime, l'acte conjugal, en même temps qu'il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon les lois inscrites dans l'être même de l'homme et de la femme ». (Humanae vitae, n. 12.). Observons que, dans la phrase précédente, le texte qui vient d'être cité traite surtout de la « signification » et, dans la phrase suivante, de la « structure intime » (c'est-à-dire de la nature) du rapport conjugal. Définissant cette « structure intime », le texte se réfère « aux lois inscrites dans l'être même de l'homme et de la femme ». Le passage de la phrase qui exprime la norme morale à la phrase qui l'explique et la motive est particulièrement significatif. L'encyclique induit à chercher le fondement de la norme qui détermine la moralité des actions de l'homme et de la femme dans l'acte conjugal, dans la nature de cet acte même et encore plus profondément dans la nature des sujets mêmes qui agissent.

 

6. De cette manière, la « structure intime » (c'est-à-dire la nature) de l'acte conjugal constitue la base nécessaire pour une lecture et une découverte adéquates des significations qui doivent se transférer dans la conscience et dans les décisions des personnes qui agissent; elle constitue également la base nécessaire pour établir le rapport adéquat de ses significations, c'est-à-dire leur indissolubilité. Parce que en même temps « l'acte conjugal unit profondément les époux » - pour un temps - et, en même temps, « les rend aptes à la génération de nouvelles vies », et que l'un et l'autre adviennent « en raison de sa structure intime », il en résulte que la personne humaine « doit » (par besoin propre de la raison, la nécessité logique) considérer en même temps les « deux significations de l'acte conjugal ». Ici, il ne s'agit de rien d'autre que de lire dans la vérité le « langage du corps », comme je l'ai dit plusieurs fois au cours des précédentes lectures bibliques. La norme morale que l'Église ne cesse d'enseigner en cette matière et que Paul VI rappelle et reconfirme dans son encyclique découle de la lecture du « langage du corps » dans la vérité. Il s'agit ici de la vérité, d'abord dans sa dimension ontologique (« structure intime »); ensuite et par conséquent, de sa dimension subjective et psychologique (« signification »). Le texte de l'encyclique souligne que, dans le cas en question, il s'agit d'une norme de la loi naturelle.

 

Audience générale de Jean-Paul II, le 11 juillet 1984 (DC 1984, p.841)

L’amour conjugal révèle sa vraie nature et sa vraie noblesse quand on le considère dans sa source suprême, Dieu qui est Amour, le père de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre. Le mariage est donc une sage institution du Créateur pour réaliser dans l’humanité son dessein d’Amour. Par le moyen de la donation personnelle réciproque, qui leur est propre et exclusive, les époux tendent à la communion de leurs êtres en vue d’un mutuel perfectionnement personnel pour collaborer avec Dieu à la génération et à l’éducation de nouvelles vies. De plus, pour les baptisés, le mariage revêt la dignité de signe sacramentel de la grâce, en tant qu’il représente l’union du Christ et de l’Eglise. De là découlent les exigences de l’amour conjugal, à savoir que c’est un amour pleinement humain, à la fois sensible et spirituel ; c’est aussi un amour total dans le don de soi ; c’est un amour fidèle et exclusif jusqu’à la mort ; c’est enfin un amour fécond demandant à se prolonger à travers de nouvelles vies…

 

 

 

 

Voici les différents aspects de la maternité et de la paternité responsable :

- Connaissance et respect des lois biologiques de la transmission de la vie.

- Maîtrise par la raison et la volonté des tendances de l’instinct.

- Décision réfléchie de donner la vie ou de différer une nouvelle naissance.

- Reconnaissance par les conjoints de leur dépendance à l’égard de l’ordre moral objectif établi par Dieu.

 

C’est sur cette base que l’Encyclique Humanae Vitae affirme que, dans la transmission de la vie, les époux ne sont « pas libres de procéder à leur guise, comme s’ils pouvaient déterminer de façon entièrement autonomes les voies honnêtes à suivre, mais ils doivent conformer leur conduite à l’intention créatrice de Dieu, exprimée dans la nature même du mariage et de ses actes, et manifestée par l’enseignement constant de l’Eglise ». Tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie. Paul VI, dans la suite d’Humanae Vitae déclarait « constante cette doctrine » fondée sur le lien indissoluble que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de sa propre initiative entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation. L’acte conjugal signifie pour les époux tout à la fois leur union et le don de la vie auquel ils sont invités à travers leur don mutuel. D’après le critère de cette vérité, qui doit s’exprimer dans le seul langage du corps, l’acte conjugal « signifie » non seulement l’amour, mais aussi la fécondité potentielle ; il ne peut donc pas être privé de son sens plénier et juste par des interventions artificielles. Dans l’acte conjugal, il n’est pas licite de séparer artificiellement deux significations, l’union et la procréation, car l’une et l’autre révèle la vérité de l’acte conjugal. Elles se réalisent ensemble et d’une certaine manière l’une par l’autre. Par conséquent, dans ces conditions, l’acte conjugal qui serait privé de sa vérité parce que privé artificiellement de sa capacité de procréation cesserait aussi d’être un acte d’amour. Reste que sont reconnues comme licites les méthodes naturelles de régulation des naissances fondées sur l’observation des rythmes de la fertilité qui permettent de recourir aux périodes infécondes lorsque les époux estiment en conscience et dans une démarche de paternité/maternité responsable, ne pas devoir accueillir une nouvelle vie. Encore faut-il préciser qu’il ne suffit pas de recourir aux méthodes naturelles de régulation des naissances et de s’abstenir de l’usage de contraceptifs pour se situer en conformité avec la norme éthique. Encore faut-il y avoir recours sans en faire une « technique » mais dans une attitude éthique, c’est à dire en y discernent une exigence de la vérité du langage des corps. Si l’on sépare la méthode naturelle de sa dimension éthique, on cesse de percevoir la différence qui existe entre elle et les autres méthodes (moyens artificiels) et on arrive à en parler comme s’il s’agissait simplement d’une autre forme de contraception. Cette forme de contraception naturelle sans dimension éthique exposerait la femme à devenir un simple instrument de jouissance égoïste pour l’homme.

Un bel exemple pour toutes nos familles, durement éprouvées aujourd’hui :

 

 

 

Voici 150 ans, Louis et Zélie Martin, parents de Thérèse, s'engageaient dans le mariage, à Alençon et envisageaient de réaliser leur projet de vie en constituant une grande famille. Pour vivre leur amour, ils eurent à renoncer à leurs aspirations vocationnelles antérieures d'appel à la vie religieuse. Ils intégrèrent à leur vie de couple, comme nombre de leurs contemporains, la participation intense, active, régulière et ardente à la vie de l'Église. Ils se nourrirent des sacrements, s'investirent dans leur paroisse et consacrèrent un temps quotidien à la prière partagée, au recueillement, à la méditation et au rythme respectueux et discret de la vie personnelle de chacun. Ils ne manquaient pas non plus de recevoir le sacrement de la réconciliation au rythme régulier préconisé par l'Église et à vivre de la grâce reçue. Engagés dans la confiance sur cette voie ordinaire de la sanctification de leur vie de couple, ils donnèrent la vie à neuf enfants, tout en conservant, l'un et l'autre, leur profession. Les épreuves familiales allaient ponctuer leur vie et solliciter leur foi, en intensifiant leur confiance dans le Seigneur. Ils ont mené une vie de labeur intense et éprouvante, affronté la maladie et la mort de quatre de leurs enfants et surmonté ces décès en bas âge de leurs chers petits. Il ne leur restait que les cinq filles dont Thérèse, la plus jeune, demeure la plus connue en raison de l'accomplissement évangélique de sa vie et de son rayonnement missionnaire. Cinq ans après leur mariage, en 1858, Louis et Zélie créent leur propre entreprise de point d'Alençon. Louis travaille avec son épouse. Il s'ingénie à mettre au point de nouveaux modèles. Les résultats sont probants. Il faut trouver des débouchés. Il prend fréquemment la route d'Alençon à Paris pour élargir la clientèle, fidéliser celle qui existe et s'assurer du bon écoulement de la production de Zélie et de ses employés. C'est durant cette période qu'il transmet son horlogerie à son neveu Adolphe Leriche. Louis et Zélie quittent la rue du Pont-Neuf à Alençon et installeront leurs activités rue Saint Blaise. Durant toute cette période, Zélie assume avec un courage extraordinaire sa responsabilité maternelle, son engagement professionnel, son douloureux combat avec le cancer qui l'emportera le 28 août 1877. Elle avait 46 ans et laissait à son mari -dont elle pressentait la fragilité- ses cinq filles. L'aînée, Pauline, n'avait que 17 ans et la petite Thérèse courait paisiblement sur ses cinq ans. Pour elle, la période d'Alençon s'achevait sans sa Maman. Celle de Lisieux s'ouvrait.

 

Dans cette famille ordinaire, éclairée par la foi, confrontée aux aléas de la vie, minée par la maladie, émergent, s'affirment et se déploient les réponses et les vocations des cinq filles. Quatre choisiront le même carmel, celui de Lisieux. Léonie répondra de son choix à la Visitation de Caen. La béatification des parents mettra en lumière l'humble réponse de ce couple attentif à inscrire sa réponse quotidienne dans l'engagement pour ses enfants et la croissance spirituelle de chacune d'entre elles. Ils seront confrontés aux événements les plus douloureux de leur vie mais leur foi paisible, humble, ardente et enracinée dans la vie de l'Église leur permettra de tenir. Dans l'élan de cette passion aimante, Thérèse n'hésite pas à écrire au père Rouland, deux mois avant sa mort, fin juillet 1897 : « Le bon Dieu m'a donné un père et une mère plus dignes du ciel que de la terre, ils demandèrent au Seigneur de leur donner beaucoup d'enfants et de les prendre pour lui. Ce désir fut exaucé : quatre petits anges s'envolèrent aux cieux et les cinq enfants restées dans l'arène prirent Jésus pour époux ».

 

Texte de Monseigneur Pierre Pican, Évêque de Bayeux et Lisieux

I. Un parcours de sainteté qui transmet la foi

 

C'est pour moi une grande émotion et une grâce de Dieu d'être aujourd'hui avec vous en ce lieu. L'église Notre-Dame d'Alençon, avec son porche gothique flamboyant, est un vrai bijou ou, comme vous le dites vous-même, une vraie dentelle, le point d'Alençon en pierre ; on m'a dit que "si on veut mettre Dieu au plus bel endroit de l'Eglise, il faut le mettre à la porte !". Je remercie pour l'attention délicate avec laquelle j'ai été invité ce 12 juillet à faire mémoire, avec vous tous, du 150e anniversaire du mariage des Vénérables Serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin. Mariage et vie, dirais-je, réalisés avec une rare maîtrise, par le véritable Architecte de ce chef d'œuvre magnifique : les époux Louis et Zélie Martin sont des pierres choisies, "pierres précieuses et vivantes, sculptées par l'Esprit Saint", telle une très fine dentelle de point d'Alençon pour l'Eglise de Dieu que sont les diocèses de Sées et de Bayeux et Lisieux où ils vécurent et moururent. Noces d'or dans le Christ, même, trois fois d'or, si on peut dire, puisqu'elles durent depuis 150 ans. Je pense qu'il faut justifier le terme de : "noces de granit" comme votre évêque Mgr Jean-Claude Boulanger les a caractérisées sur le site web du diocèse. Quand on voit les maisons du centre historique de votre belle et célèbre cité - que je peux admirer -, je trouve tout à fait adéquate l'image du granit pour caractériser la solidité et la simplicité de l'amour et de la foi des époux Martin. Permettez-moi de vous rapporter les paroles d'un contemporain de leur fille Thérèse, Paul Claudel (1868-1955) qui, dans le Prologue de l'Annonce faite à Marie, écrit : « Ce n'est pas à la pierre de choisir sa place, mais au Maître de l'Œuvre qui l'a choisie… La Sainteté n'est pas d'aller se faire lapider chez les Turcs ou de baiser un lépreux sur la bouche, mais de faire le commandement de Dieu aussitôt, qu'il soit de rester à notre place, ou de monter plus haut ». Les Martin sont des saints choisis par Dieu pour être de ces saints-là, engagés dans la construction de Son Eglise. C'est en cela, justement, que réside la sainteté : s'empresser de faire la volonté de Dieu là où Il nous a placés, il s'agit de « rester à notre place, ou de monter plus haut ». Dieu est le "Trois fois saint", Dieu est ce "Père vraiment saint, source de toute sainteté", qui "sanctifie" les dons et les fidèles "par l'effusion de son Esprit" (1). La sainteté, toute sainteté, n'est donc que le reflet de sa gloire. L'Eglise, en élevant quelqu'un aux honneurs des autels, veut d'abord raconter et proclamer la gloire et la miséricorde de Dieu. En même temps, par son témoignage, elle offre aux croyants un exemple à imiter et, par son intercession, une aide à laquelle recourir. Précisément ce 12 juillet, en 1858 à 22 heures, les vénérables serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin ont contracté un mariage civil. Deux heures plus tard, à minuit, accueillis par l'abbé Hurel, un prêtre ami, ils ont franchi le seuil de cette église paroissiale pour célébrer leurs noces dans le Christ ; cela dans la plus stricte intimité, entourés de quelques parents et amis proches. La nuit de leurs noces rappelle la nuit de Noël et celle de Pâques, la nuit qui "seule entre toutes" a mérité de connaître le moment et l'heure de l'événement qui a bouleversé l'histoire de l'humanité. Ainsi a commencé leur "Cantique des Cantiques".

 

 

 

 

II. Un couple apostolique

 

Thérèse, devenue carmélite, invitait sa sœur Céline à exprimer un chant d'action de grâce à Jésus à l'occasion de sa prise d'habit : « Lève les yeux vers la Sainte Patrie ; Et tu verras sur des trônes d'honneur ; Un Père aimé… une Mère chérie… Auxquels tu dois ton immense bonheur !… " (PN 16,1). Les vénérables Serviteurs de Dieu Zélie et Louis, que le pape aura la joie d'élever aux honneurs des autels, ont été avant tout un couple uni dans le Christ, qui a vécu sa mission dans la transmission de la foi avec passion et avec un rare sens du devoir. Ils ont vécu à un moment particulier de l'histoire, ce XIXe siècle très différent du nôtre, et cependant, ils ont témoigné et se sont engagés de façon tout à fait naturelle, je dirai même de façon physiologique, dans ce que nous appelons aujourd'hui l'évangélisation. Nous pouvons à juste titre les définir comme un "couple apostolique" tel Priscille et Aquila : les époux Louis et Zélie se sont engagés comme couple chrétien laïque dans l'apostolat d'évangélisation, et ils l'ont fait, de façon sérieuse et convaincue durant toute leur existence, au sein de leur famille comme à l'extérieur. Le "don de soi" est tout à fait remarquable dans la vie de ces "incomparables parents" (2) selon l'expression même de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus de la Sainte Face. Mais la sainteté de leur vie, comme leur réputation de sainteté, ne se limite pas à la période conjugale. Elle est déjà présente auparavant. Leur vie à tous deux s'est développée dans la recherche de Dieu, dans la prière, animée par le profond désir de réaliser surtout Sa volonté. Ils s'étaient orientés, au départ, vers une vie religieuse consacrée. Ils se sont fait aider dans leur discernement. On n'en finirait pas d'être édifié par les récits des nombreux actes de charité manifestés dans vos rues par les époux Martin. Plusieurs Alençonnais, des membres de la famille Martin comme de leurs amis ont été les témoins directs de leur "don de soi". Ils ont déposé aux différents Procès informatifs, d'abord pour la cause de Thérèse et, plus tard, pour celle de ses parents, procès qui ont pour but de vérifier les critères de sainteté dans l'Eglise. Dans les témoignages recueillis pour la cause de Thérèse, de nombreuses personnes ont parlé de ses parents et de leurs qualités éminemment chrétiennes. Il suffit de lire Histoire d'une âme et de se promener dans les rues de votre ville pour découvrir les lieux où Louis et Zélie ont grandi, ont reçu leur formation humaine et chrétienne et ont travaillé : rue Saint-Blaise pour Zélie, comme dentellière (et quelle dentellière !) ; rue du Pont-Neuf pour Louis, comme horloger-bijoutier. C'est là qu'ils ont approfondi leur foi et pensé à se donner au Seigneur. Dieu toutefois avait d'autres projets sur eux et, un jour, sur le pont Saint-Léonard, ils se sont croisés, se sont connus et se sont aimés. Puis ils se sont mariés et sont devenus parents. C'est précisément ici, dans cette église, que Thérèse, leur dernière fille, est re-née au Christ. Les fonts baptismaux sont encore les mêmes ; ils représentent le sein de l'Eglise, Mère et éducatrice de saints, sein unique qui nous fait tous fils de l'Unique Père, matrice unique de la sainteté. Elles sont proverbiales, l'ouverture et la capacité d'accueil de la famille Martin : non seulement la maison est ouverte et accueillante pour quiconque frappe à la porte, mais le cœur de ces époux est chaleureux, large et prêt au "don de soi". Contrairement à l'esprit bourgeois de leur temps et de leur entourage, qui cachait derrière un certain decorum la religion de l'argent et le mépris des pauvres, Louis et Zélie, avec leurs cinq filles, passaient une bonne partie de leur temps et de leur argent à aider celui qui était dans le besoin. Au procès de ses parents, Céline Martin, au Carmel Sœur Geneviève, témoigna de l'amour de son père et de sa mère pour les pauvres : « Si au foyer régnait l'économie, c'était de la prodigalité quand il s'agissait de secourir les pauvres. On allait au devant d'eux, on les cherchait, on les pressait d'entrer chez nous, où ils étaient comblés, ravitaillés, vêtus, exhortés au bien. Je vois encore ma mère empressée autour d'un pauvre vieillard. J'avais alors sept ans. Mais je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions en promenade à la campagne quand, sur la route, nous rencontrâmes un pauvre vieillard qui paraissait malheureux. Ma mère envoya Thérèse lui porter une aumône. Il en parut si reconnaissant qu'elle entra en conversation avec lui. Alors ma mère lui dit de nous suivre et nous rentrâmes à la maison. Elle lui prépara un bon dîner, il mourait de faim, et lui donna des vêtements et une paire de chaussures… Et elle l'invita à revenir chez nous lorsqu'il aurait besoin de quelque chose ». (3) Et, à propos de son père, elle ajoute : « Mon père s'occupait de leur trouver un emploi selon leur condition, les faisant entrer à l'hôpital quand il y avait lieu, ou leur procurant une situation honorable. C'est ainsi qu'il aida un ménage de la noblesse en détresse […]. A Lisieux, aux Buissonnets, tous les lundis, dans la matinée, les pauvres venaient demander l'aumône. On leur donnait toujours, ou des vivres ou de l'argent ; et souvent c'était la petite Thérèse qui portait les aumônes. Un autre jour, mon père avait rencontré à l'église un vieillard qui avait l'air très pauvre. Il l'amena à la maison. On lui donna à manger et tout ce dont il avait besoin. Au moment où il allait partir, mon père lui demanda de nous bénir, Thérèse et moi. Nous étions déjà de grandes jeunes filles et nous nous sommes agenouillées devant lui, et il nous a bénies » (4). Ce sont des choses extraordinaires qui se sont passées ici-même ! Nous ne sommes pas devant une simple bonté, mais devant l'amour pour le pauvre vécu de façon héroïque, selon l'esprit de l'évangile de Matthieu (5). Chez ce couple lumineux resplendit quelque chose de la sainteté de toujours que nous trouvons tout au long de l'histoire de l'Eglise.

 

 

 

 

III. La réputation de sainteté

 

Tous les Papes, qui ont eu à s'occuper de la petite Thérèse (Saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, le bienheureux Jean XXIII, le Serviteur de Dieu Paul VI - du pape Jean-Paul Ier je parlerai tout à l'heure - et jusqu'au grand Pape Jean-Paul II), tous ont mis en lumière l'exemplarité de la sainteté des parents Martin, soulignant le lien de leur sainteté avec celui de leur fille. La sainteté de ces époux n'est pas due à la sainteté de leur fille ; elle est une véritable sainteté personnelle voulue, poursuivie à travers un chemin d'obéissance à la volonté de Dieu qui veut tous ses fils saints comme Lui-même est Saint. Alors, on peut dire que Thérèse est la première "postulatrice" de la sainteté de ses parents ; sainteté au sens le plus vrai du terme, ce n'est pas une simple façon de parler. Thérèse parle de son père en employant plusieurs fois des mots comme "saint", "serviteur de Dieu", "juste". Elle admire chez ses parents non seulement leurs capacités et leur finesse humaine ou leur courage au travail, elle remarque aussi leur foi, leur espérance et leur charité, l'exercice héroïque de ces vertus théologales. Elle souligne tous les éléments qui font l'objet d'un examen dans les procès canoniques. Si je pouvais, je la recommanderais comme postulatrice. L'Eglise se sent débitrice vis-à-vis de Louis et de Zélie, eux qui ont été de vrais maîtres et modèles de sainteté pour leur fille Thérèse, comme l'a affirmé justement Balthasar dans son ouvrage Sorelle nello Spirito (6) lorsqu'il écrit : « Dans le surnaturel, Thérèse ne réalise que ce qu'elle a, de quelque manière, vécu dans le naturel. Peut-être n'a-t-elle rien de plus intime et de plus irrésistible que l'amour de son père et de sa mère. C'est pourquoi son image de Dieu est déterminée par l'amour de l'enfant pour ses parents. A Louis et à Zélie Martin nous devons finalement la doctrine de la "petite voie", la doctrine de "l'enfance", car ils ont rendu vivant en Thérèse de l'Enfant-Jésus le Dieu qui est plus que père et mère" (7). Cette observation de Balthasar est d'une importance capitale. Il affirme très clairement que la doctrine de la "petite voie" qui a fait de Thérèse un Docteur de l'Eglise ès Science de l'amour de Dieu, nous la devons à la sainteté et à l'exemplarité de la vie de Louis et de Zélie ; l'Eglise, en s'apprêtant aujourd'hui à béatifier ce couple, montre que la sainteté est possible, qu'elle est à la portée de tous, quels que soient le choix et l'état de vie que nous avons embrassés. Et ce peut être une grande sainteté. Cela ne devrait-il pas être une réalité pour tout foyer ? La famille n'est-elle pas appelée à transmettre à ses enfants le mystère de "Dieu qui est plus que père et mère" ? La famille n'est-elle pas une école d'humanité véritable et un lieu d'exercices à la sainteté ? Elle est le lieu privilégié pour forger le caractère et la conscience. Voilà la mission, le devoir de toujours des couples, de la famille chrétienne. A bien y regarder, la réputation de sainteté de ces époux dépasse déjà les limites de vos diocèses ; elle est présente aujourd'hui, pourrions-nous dire, dans tout l'Oikoumene catholique comme il ressort de la documentation abondante et détaillée qui ne cesse d'augmenter depuis plus de 80 ans. Ce prodige, nous le devons certes à Thérèse. S'il est vrai que Histoire d'une âme, dont la première édition date de 1898, est, après la Bible, le livre le plus traduit en de nombreuses langues, on comprend fort bien l'immense résonance qui en résulte pour les parents Martin dans le monde. Il n'est sans doute pas exagéré de dire que, pour ce qui est de la réputation, après la Sainte Famille de Nazareth, la "sainte famille Martin" vient au second rang. Le Serviteur de Dieu, Jean-Paul Ier, lorsqu'il était encore Patriarche de Venise (1969-1978), a écrit, dans un livre bien connu, Illustrissimi (8) : « Quand j'ai vu qu'était introduite la cause de béatification des parents de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me suis dit : "Enfin une cause à deux ! Saint Louis est saint sans son épouse Marguerite, Monique sans son mari Patrizio ; Zélie Guérin, par contre, sera sainte avec Louis Martin son époux et avec Thérèse sa fille ! ». Déjà en 1925, le Cardinal Antonio Vico, envoyé par Pie XI à Lisieux comme délégué pour présider les fêtes solennelles en l'honneur de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, canonisée depuis peu, s'adressa à Mère Agnès de Jésus (Pauline, la seconde fille des Martin) : « Maintenant il faut s'occuper du papa… C'est de Rome qu'on me charge de vous le dire » (9). Si l'affaire n'a pas eu de suite immédiate, on le doit à la perplexité évidente de Mère Agnès de Jésus.

 

 

 

 

IV. « Incomparables parents »

 

Tous ceux qui ont abordé, même rapidement, Histoire d'une âme, n'ont pu que remarquer la personnalité humaine et spirituelle de ces parents qui ont construit, avec sagesse, l'atmosphère familiale dans laquelle a grandi Thérèse. Ils n'ont pu qu'aimer ses "incomparables parents". La riche correspondance de Zélie est un témoignage de la façon dont Mme Martin a suivi la formation humaine, chrétienne et spirituelle de tous les membres de sa famille, d'abord celle de son frère Isidore, avant et après son mariage, celle de sa belle-sœur Céline Fournet et celle de ses propres filles. Il n'y a pas une de ses lettres qui ne manifeste la présence de Dieu, une présence non pas formelle ou de convenance, de circonstance, mais une référence constante pour tout aspect de la vie. Une correspondance qui témoigne d'une attention exquise au bien de toute la personne et à sa croissance globale. Croissance qui est pleine et valide dans la mesure où elle n'exclut pas Dieu de son horizon. Louis, son mari, est moins loquace et n'aime pas écrire. Il ne refuse pas de témoigner ouvertement de sa foi et ne craint pas les moqueries à son égard ! Dans les rapports avec sa femme, à la maison avec ses cinq filles, dans la gestion de son horlogerie-bijouterie, ou encore avec ses amis, dans la rue ou en voyage, en toutes circonstances, pour lui "Messire Dieu, premier servi". Une famille missionnaire de première heure quand, en France, depuis peu, surgit l'œuvre de la Propagation de la foi de Pauline Jaricot (1799-1862) et que commencent les mouvements missionnaires du XIXe siècle. Vous savez que les parents Martin ont inscrit toutes leurs filles à l'Œuvre de la Sainte Enfance (on conserve encore l'image-souvenir de l'inscription de Thérèse, le 12 janvier 1882) et qu'ils envoyèrent des offrandes généreuses pour la construction de nouvelles églises en terre de mission. Pour Thérèse, le fait de participer toute jeune aux activités de l'Œuvre de la Sainte Enfance, n'a fait qu'éveiller et développer son zèle missionnaire. Louis et Zélie furent des saints qui engendrèrent une sainte, ils furent des époux missionnaires qui, non seulement, participèrent à l'élan missionnaire de leur temps, mais éduquèrent pour l'Eglise la Patronne des Missions Universelles (1927). Louis et Zélie sont saints, non pas tant par la méthode ou les moyens choisis pour participer à l'évangélisation, (qui sont évidemment ceux de l'Eglise et de la société de leur temps), mais ils sont saints par le témoignage du sérieux de leur la foi vécue dans leur famille. Ils ont évangélisé leurs enfants par l'exemple de leur vie de couple, puis par la parole et l'enseignement au sein de la famille. A cet égard, il suffit de rappeler ce que Thérèse elle-même écrit dans Histoire d'une âme à propos de la fascination qu'exerçaient sur elle son père et sa mère : « Tous les détails de la maladie de notre mère chérie sont encore présents à mon cœur, je me souviens surtout des dernières semaines qu'elle a passées sur la terre ; nous étions, Céline et moi, comme de pauvres petites exilées, tous les matins, Mme Leriche venait nous chercher et nous passions la journée chez elle. Un jour, nous n'avions pas eu le temps de faire notre prière avant de partir et pendant le trajet Céline m'a dit tout bas : "Faut-il le dire que nous n'avons pas fait notre prière ?..." "Oh ! oui" lui ai-je répondu ; alors bien timidement elle l'a dit à Mme Leriche, celle-ci nous a répondu "Eh bien, mes petites filles, vous allez la faire" et puis nous mettant toutes les deux dans une grande chambre elle est partie... Alors Céline m'a regardée et nous avons dit : "Ah ! ce n'est pas comme Maman... toujours elle nous faisait faire notre prière !"... » (10). Son père, « le Roi de France et de Navarre » (11), comme elle aimait l'appeler, exerçait une belle fascination spirituelle sur elle. Sa figure d'homme inspirait vénération et respect : « Que pourrai-je dire des veillées d'hiver, surtout celles du Dimanche ? Ah ! qu'il m'était doux après la partie de damier de m'asseoir avec Céline sur les genoux de Papa... De sa belle voix, il chantait des airs remplissant l'âme de pensées profondes... ou bien, nous berçant doucement, il récitait des poésies empreintes des vérités éternelles... Ensuite nous montions pour faire la prière en commun et la petite reine était toute seule auprès de son Roi, n'ayant qu'à le regarder pour savoir comment prient les Saints... " (12).

 

 

 

 

V. Une initiation chrétienne en famille

 

Nous pouvons définir le manuscrit A comme "le manuscrit de l'initiation chrétienne familiale de Thérèse". Une initiation conduite avec le même sérieux que l'apprentissage scolaire. La foi, chez les Martin, est une foi vécue et non pas une série de normes à respecter. De sa préparation des sacrements de l'initiation chrétienne, Thérèse, toujours dans le manuscrit A (1895), remercie non seulement ses parents déjà décédés (la maman en 1877 et le papa en 1894) mais aussi ses sœurs aînées. Je veux souligner ici la valeur particulière, non seulement des parents, mais aussi celle des sœurs aînées, donc de la famille entière. Les parents éduqués eux-mêmes par l'enseignement de l'Église, ont transmis à leur tour cet enseignement reçu à tous les enfants. Et ils l'ont tellement bien fait, qu'ils ont mérité que la plus illustre de leurs filles, après avoir été elle-même enseignée et formée par ces "incomparables parents", est devenue Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui aujourd'hui enseigne toute l'Église et toute l'humanité comme docteur (1997). Ab ipsis docta docet : Enseignée, elle enseigne maintenant. C'est là le défi que l'Église lance aujourd'hui à toutes les familles chrétiennes, avec la béatification de cette famille. Ils n'ont pas été de simples instruments qui ont véhiculé la foi, comme un aqueduc transporte l'eau, mais le depositum fidei, le dépôt de la foi, ils l'ont transmis et enrichi par leur propre expérience personnelle de foi, d'espérance et de charité. Ils n'ont pas transmis la foi comme quelque chose de traditionnel, de fragmentaire et de notionnel, mais comme quelque chose de vivant. Non pas une foi qui serait un héritage comme celui que laissent les morts ; car l'héritage vient après la mort ; non, par le baptême, ils ont greffé leurs enfants dans le courant vivant et vital de l'Église, ne se substituant pas à l'Église, mais avec l'Église et dans l'Église. Ils ont collaboré avec l'Église en parfaite harmonie. Il faut encore observer que la sainteté de ce couple se trouve en accord avec le concile Vatican II et d'autres Documents de l'Église. Je pense surtout à la constitution pastorale Gaudium et Spes dans son chapitre sur la sainteté du mariage et de la famille (13) : « Précédés par l'exemple et la prière commune de leurs parents, les enfants, et même tous ceux qui vivent dans le cercle familial, s'ouvriront ainsi plus facilement à des sentiments d'humanité et trouveront plus aisément le chemin du salut et de la sainteté ».Comment ne pas voir la proximité de la famille Martin avec ce texte ? Tout cela peut nous surprendre quand on songe combien leur temps est distant du nôtre. Il y a 150 ans, le 12 juillet 1858 se situait dans la France du Second Empire. Nous, hommes et femmes du Troisième Millénaire, nous pouvons éprouver une difficulté à imaginer leur genre de vie quotidienne, sans électricité, sans chauffage, ni radio ni télévision, rien de tous ces moyens modernes de communication qui caractérisent notre vie moderne. Mais nous, ici, aujourd'hui, nous jugeons la sainteté, non pas la distance qui nous sépare de leur témoignage ; nous jugeons la sainteté, non la forme dans laquelle elle nous parvient. Leur sainteté est distante de nous dans la forme mais non dans la substance, le contenu et la doctrine. Les Martin ont su garder le bon vin jusqu'à la fin (Jn 2/10). Même à la lumière des documents de l'Église, ce couple peut être proposé comme une famille engagée dans l'évangélisation de ses fils. A leur époque, il s'agissait d'une évangélisation plus empruntée, peut-être, au catéchisme et aux préceptes, la doctrine de l'Église était enseignée non seulement dans la paroisse mais aussi dans la famille, on apprenait par cœur les vérités de la foi. En tout cela l'Église suivait la méthode d'enseignement courante à cette époque où la mémoire jouait un rôle important. La famille Martin est témoin dans sa maison - avec ses enfants et ceux qui les entourent, ses parents et ses domestiques - du rôle de l'évangélisation, non seulement en tant que couple : toute la famille a une mission et une tâche à développer. Paul VI écrivait dans son encyclique Evangelii nuntiandi (71) quelque chose que nous voyons vécu dans la famille Martin. « Au sein de l'apostolat évangélisateur des laïcs, il est impossible de ne pas souligner l'action évangélisatrice de la famille. Elle a bien mérité, aux différents moments de l'histoire, le beau nom "d'Église domestique" sanctionné par le concile Vatican II. Cela signifie, que, en chaque famille chrétienne, devraient se retrouver les divers aspects de l'Église entière. En outre, la famille, comme l'Église, se doit d'être un espace où l'Évangile est transmis et d'où l'Évangile rayonne. Au sein donc d'une famille consciente de cette mission, tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés. Les parents non seulement communiquent aux enfants l'Évangile, mais peuvent recevoir d'eux ce même Évangile profondément vécu. Et une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup d'autres familles et du milieu dans lequel elle s'insère ».La maison rue du Pont-Neuf, celle de la rue Saint-Blaise et celle des Buissonnets ont toujours été, malgré les différents déménagements, une "petite Église domestique" où encore une fois les Martin sont bien en harmonie avec notre temps. La famille de Louis et de Zélie, a été, pour leurs cinq enfants - quatre autres sont morts en bas âge - le lieu privilégié de l'expérience de l'amour et de la transmission de la foi. Dans la maison, dans l'intimité de la chaleur familiale et de la vie domestique, chacun a reçu et donné. Au milieu des multiples soucis professionnels, les parents ont su l'un et l'autre communiquer les premiers enseignements de la foi à leurs propres enfants, dès la plus tendre enfance. Ils ont été les premiers maîtres dans l'initiation de leurs enfants à la prière, à l'amour et à la connaissance de Dieu, en montrant qu'ils priaient tout seuls et ensemble, en les accompagnant à la messe et aux visites au Saint-Sacrement ; ils leur ont enseigné la prière, pas simplement en disant qu'il fallait prier mais en transformant leurs maisons en "une école de prière". Ils ont enseigné combien c'était important de rester avec Jésus, en écoutant les Évangiles qui nous parlent de lui. De plus, la vie spirituelle, cultivée dès la jeunesse, comme ce fut le cas pour Zélie et Louis, s'alimentait à la source de la vie paroissiale. Ils étaient de fidèles lecteurs de l'Année liturgique de Dom Guéranger, livre très apprécié par Thérèse elle-même, qui en prit connaissance justement à la maison. Chers frères et sœurs, Louis et Zélie nous révèlent une vérité simple, même très simple : la sainteté chrétienne n'est pas un métier pour un petit nombre. Elle est bien la vocation normale de tous, de chaque baptisé. Louis et Zélie nous ont dit simplement que la sainteté concerne la femme, le mari, les enfants, les soucis du travail, et même la sexualité. Le saint n'est pas un surhomme, le saint est un homme vrai. Le 4 avril 1957, Céline - au Carmel sœur Geneviève de la Sainte Face -, en déposant au procès sur l'héroïcité de son père, parle de « la beauté d'une vie conjugale vécue tout entière pour le bon Dieu seul, sans aucun égoïsme ni repli sur soi. Si le serviteur de Dieu désirait beaucoup d'enfants, c'était pour les donner à Dieu sans réserve. Et tout cela dans la simplicité d'une existence ordinaire, laborieuse, semée d'épreuves accueillies avec abandon et confiance dans la Divine Providence ». Je termine en reprenant les mots mêmes qui ont conclu la déclaration sur les vertus de Louis et de Zélie le 13 octobre 1987 : « Nous avons devant nous un couple, et une famille, qui ont vécu et agi en pleine consonance avec l'Évangile, préoccupés seulement de vivre à chaque instant de la journée le plan préparé par Dieu pour eux. En interrogeant et en écoutant Sa voix, ils n'ont rien fait d'autre que de se perfectionner. Louis et Zélie Martin ne sont pas protagonistes de gestes éclatants ou d'une densité apostolique particulière, mais ils ont vécu la vie quotidienne de toute famille, illuminés toujours par le divin et le surnaturel. C'est là l'aspect central, de portée ecclésiale, offert à l'imitation des familles d'aujourd'hui. En mettant devant nous la famille Martin, on pourra recevoir aliment, force, orientation, pour éviter le laïcisme et la sécularisation moderne, et ainsi triompher de beaucoup de misères, et voir le don de l'amour conjugal et, avec lui, le don de la paternité et de la maternité dans la lumière d'un incommensurable Don de Dieu ».

 

 

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(1) Prière eucharistique II

(2) "La mère incomparable" (Manuscrit A, 4 v°) et "le père incomparable" (Lettre 91)

(3) Positio I, p.420 §603.

(4) Positio I, §56, p.41 Idem?

(5) Matthieu 25, 31-46, particulièrement le verset 40: "c'est à moi que vous l'avez fait".

(6) Soeurs dans l'Esprit, Thérèse de Lisieux et Elisabeth de Dijon.

(7) In Summarium Documentorum, XXVIII, Roma, 1987, p.1042

(8) Illustrissimi est un ouvrage publié en janvier 1976, traduit en français sous le titre Humblement vôtre (nouvelle Cité, Paris 1978). Il s'agit d'un recueil de " lettres ouvertes " écrite par Mgr Albino LUCIANI, Patriarche de Venise, deux années et demi avant d'être élu pape sous le nom de Jean-Paul Ier. Il s'adresse à des personnages historiques ou de la mythologie, à des écrivains, à des personnes de la littérature italienne ou étrangères, ou encor à des Saints de l'Eglise.

(9) cf. Summarium Documentorum, op. cit., p. 1138.

(10) . Manuscrit A, 12 r°.

(11) Cf. Manuscrit A, 19 v°.

(12) Manuscrit A, 18 r°.

(13) GS 48, 2° partie, chap. 1, n° 48 §3.

(14) Procès, vol. II, summarium, page 22, ad. 6).

Pour avoir une jeunesse animée par des valeurs saines, des idéaux et des responsabilités, il est essentiel pour la société de récréer des conditions pour la croissance et le développement harmonieux de la famille, en remettant la famille au centre de la pastorale de l'Eglise et des politiques sociales de la nation. C'est ce qu'affirme, dans une note envoyée à l'Agence Fides, le Card. George Pell, Archevêque de Sydney, à la veille des Journées Mondiales de la Jeunesse, en rappelant qu'il est essentiel de mettre Dieu au centre si on veut construire le bonheur du noyau familial.

 

 

 

Le Cardinal s'est surtout adressé à la société australienne, aujourd'hui touchée par le grand événement des JMJ, mais traversée par une crise de valeurs, par le matérialisme, l’hédonisme et le consumérisme immodéré, qui érodent la foi et forment des personnes qui ne pensent qu'au succès, au pouvoir et à l'argent. Le Cardinal a énuméré les maux auxquels se mesure aujourd'hui l'institution familiale en Australie : le manque d'enfants (taux démographique en baisse et vieillissement de la population); les divorces, avec de graves répercussions sur la sérénité et la croissance de l'enfant; le changement fréquent de partenaire, signe d’une mentalité égoïste et individualiste. Selon l'Archevêque de Sydney, la famille est aujourd’hui confrontée à deux tentations principales : « La première est de croire qu'on peut avoir une vie heureuse en se passant de Dieu; la seconde concerne le concept même de sexualité, de mariage et de famille. Une mentalité courante dit aux jeunes qu'on peut aussi vivre de manière consumériste les relations humaines, que telle est la façon "moderne", sans révéler les dommages que produit cette approche dans la vie de chacun ». Le Cardinal a aussi rappelé le taux élevé de suicides de jeunes en Australie, en le définissant comme « un signal dangereux, un grand paradoxe, dans une société que l'on croit merveilleuse et avec un niveau de vie élevé ».


Le message du Christ répond à tout cela : « Nos jeunes ont besoin de foi, d'espoir et d'amour. Si nous leur proposons seulement la promiscuité, la drogue et l'alcool, nous ruinons leur vie », a-t-il affirmé, en souhaitant que les JMJ soient un moment de réflexion et de conversion pour beaucoup de jeunes australiens.

 

Fides

Ce qu’est la personne humaine en tant qu’homme et femme, et comment le fait de vivre ensemble pour un homme et une femme, puisse recevoir une forme juridique, n’est plus une donnée univoque. On peut le déduire une fois encore des interventions du Pape Benoît XVI en Espagne. Le relativisme gnoséologique et moral a entamé aussi l’anthropologie philosophique et théologique, et de nouvelles opinions se sont formées, qui mènent à une dissolution de l’image de l’homme, dont les conséquences peuvent être extrêmement graves ; on les voit d’ailleurs déjà dans le glissement à partir du débat sur les couples de fait à la fécondation artificielle, au « mariage » entre homosexuels avec la possibilité d’adopter des enfants.

 

 

 

Dans le jugement de ces opinions erronées, la doctrine catholique surtout réaffirme le caractère inconditionnel de la dignité de l’homme et des droits de l’homme, comme étant des valeurs qui précèdent toute forme de juridiction de l’Etat, et qui renvoient, pour leur origine au Créateur : à savoir, la valeur permanente du Décalogue. Dans ce sens, il faut souligner, comme l’avait fait Jean-Paul II l’importance de la valeur de l’analyse du rapport entre la liberté et la nature de l’homme : « On doit comprendre le vrai sens de la loi naturelle. Elle se réfère à la nature propre et originelle de l’homme, à la nature de la personne humaine, qui est la personne elle-même dans l’unité de l’âme et du corps, de ses inclinations d’ordre spirituel et biologique, et de toutes les autres caractéristiques spécifiques nécessaires à la poursuite de la fin » (Encyclique ‘’Veritatis Splendor’’ N°50). En second lieu, puisque, en un certain sens, la foi en la Révélation a changé, étant donné que le relativisme conduit à ne plus percevoir l’ordre naturel comme source de rationalité, aujourd’hui, paradoxalement, l’Eglise est appelée à défendre la raison première de la foi ; et donc le lien entre la raison et la foi, afin de remédier à la séparation mortelle entre la pensée et l’éthique ; mais aussi à souligner l’aspect rationnel de la nature humaine, comme l’a fait Jean Paul II dans son commentaire sur l’Encyclique ‘’Humanae Vitae’’. A ce sujet, il suffirait d’amener tous ceux qui soutiennent la « naturalité » de l’homosexualité, à se poser la question : pourquoi, dans le monde, existe-t-il des hommes et des femmes, et non pas seulement les uns ou seulement les autres ? Face à cette évidence, l’homosexualité apparaît comme une tentative impossible d’homologation de la nature humaine sur l’un ou sur l’autre sexe, jusqu’à annuler cette différence évidente, prêts à la reprendre au moment où l’on doit revendiquer le « droit à la différence », afin d’obtenir la reconnaissance juridique. Il convient à ce point de pouvoir dire ce que signifie le terme « droit » : s’il est personnel, s’il s’agit d’un droit civique, ou d’un droit d’une minorité active, et montre qu’elle constitue un groupe de pression, cela n’implique pas nécessairement la reconnaissance du droit. La réflexion se place ici sur le terrain du droit, de la philosophie du droit. Pour ce qui concerne la revendication gay d’un mariage homosexuel, il est utile de savoir et de dire qu’il s’agit d’une minorité qui ne représente pas du tout l’ensemble des personnes homosexuelles mais qui prétend les représenter, et trouve des appuis politiques pour imposer ses vues. Et donc, les leaders gay et beaucoup d’autres, par l’absurde, en arrivent sans s’en rendre compte à réaffirmer la différence, au moment où ils réclament le « mariage », l’union ou le pacte entre eux. Et donc, en contradiction avec tout ce qui est présupposé par eux, à savoir que l’Etat et la société sont incompétents sur la question de leur union, parce qu’elle appartient à la sphère privée des relations interpersonnelles affectives, ils finissent par demander à ce même Etat cette reconnaissance juridique publique, également pour des raisons bien connues de convenance économique. S’il s’agit de « sphère privée », l’Etat devrait toujours rester en dehors. Un discours analogue vaut pour ce que l’on appelle les couples de fait. Mais nous nous arrêtons à cette première réflexion.

 

Fides

Les corps de Louis (1823-1894) et Zélie (1831-1877) Martin, proclamés vénérables le 26 mars 1994 par Jean-Paul II, ont été exhumés de leur tombeau, situé au pied de la basilique de Lisieux, au cours d'une cérémonie privée à laquelle assistait Pietro, un enfant italien de 6 ans miraculé grâce à leur intercession.

L'annonce de leur béatification par le pape Benoît XVI pourrait intervenir le 13 juillet à l'occasion des célébrations du 150ème anniversaire de leur mariage à Alençon, ville natale de sainte Thérèse (1873-1897).
Disons-le de suite, cette béatification sera extrêmement importante. Le témoignage de leur fidélité dans la générosité (9 enfants !) est de toute évidence l’exemple par excellence du mariage et de la famille chrétienne.

La saint Valentin, c’est la fête des amoureux ; pour autant, ce n’est pas une fête que pour les amoureux ! Un jour dans l’année, à l’occasion de la fête de ce saint thaumaturge, nous sommes invités à rendre grâce pour le sentiment amoureux que Dieu fait souffler sur notre monde depuis la nuit des temps. Directement ou indirectement, aucun de nous n’est étranger à cette force de vie qui fait participer l’homme au dessein de Dieu et que chacun de nous est appelé à célébrer !

 

 

- A la saint Valentin, remercions Dieu pour les amours passés et leur fécondité :

  • - Ceux que nous avons connus, qui - malgré peut-être les souffrances et les épreuves d’une séparation ou d’un deuil - nous ont fait avancer, ont modelé nos cœurs à la dimension d’un autre, nous ont appris à nous donner.
  • - Ceux dont nous sommes le fruit : Les couples d’amoureux dont nous descendons (parents, grands-parents) mais aussi les autres qui nous ont accompagné, guidé, façonné,... 


 

- A la saint Valentin, prions le Seigneur pour l’amour à venir et ses promesses : 


 

- A la saint Valentin, rendons grâce à Dieu pour les couples d’amoureux, source de joie !

  • - Celui que nous avons peut-être la chance de former. Profitons-en pour confier notre valentin ou notre valentine à Dieu et lui demander de le bénir, et de venir habiter notre couple.
  • - Mais aussi, plus largement, pour tous ces couples d’amoureux que nous croisons, les jeunes et les moins jeunes ; ceux qui, par leurs regards, leurs baisers échangés, leurs mains enlacées laissent, dans leur sillon, un parfum de tendresse, de joie, d’espérance … Une trace de la présence de Dieu au milieu de nous !

Parmi les « principes non négociables », rappelés avec autorité à plusieurs reprises par la Magistère du Saint-Père le Pape Benoît XVI, il y en a un qui pourrait être défini comme étant « inclusif », au sens que sa défense et sa promotion comprennent de nombreux autres principes indispensables à la vie sociale : c’est la Famille.

 
 
 
La « Lettre sur l’Education », elle-même, envoyée par le Saint-Père au Diocèse et à la Ville de Rome, qui sera remise officiellement au Cardinal Vicaire et aux fidèles le 23 février prochain, dans la salle Paul VI, indique comment la Famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, constitue le noyau fondamental de toute éducation possible, comme étant le milieu naturel de la coexistence humaine où les joies et les peines, l’amour et le sacrifice se mêlent savamment, en éduquant la personne à devenir adulte, mûre et responsable. Le catholique sait bien que la Doctrine Sociale de l’Eglise, (+) qui s’inspire constamment à la raison humaine et au droit naturel, n’a pas un caractère exclusivement confessionnel, mais est un bien objectif pour toute l’humanité. Dans ce domaine, elle n’a donc aucune valeur l’objection selon laquelle « ce qui vaut pour les catholiques, ne peut valoir pour tous », ou pire encore, que « on ne peut imposer une morale confessionnelle au monde civil ». La Doctrine Sociale catholique ne regarde pas, seulement, à l’ordre public ou aux intérêts. Elle propose le véritable bien commun, dont le nom, dans les circonstances actuelles est : FAMILLE. L’avenir d’un pays se mesure désormais, fondamentalement sur le bien commun de la Famille. Dans la mesure où la famille naturelle sera protégée, soutenue même au point de vue économique, défendue de dérives juridiques dangereuses et artificielles, mise en mesure d’exister, d’accueillir la vie et d’éduquer dans la liberté, alors, il pourra y avoir un avenir. L’avenir, comme le bien commun, s’appelle Famille.
 
Dans l’avenir, tout gouvernement, et avec lui toute nouvelle proposition politique, devront nécessairement se mesurer, et être jugées par tous, à la lumière du bien commun de la Famille, auquel on ne peut renoncer. Pour ce qui concerne le bien commun, on ne peut plus admettre « des transformismes de la dernière heure », des déclarations formelles, qui sont suivies par des attitudes juridiques diamétralement opposées, par des défenses scénographiques de la Famille, d’un côté, et des tentatives faites pour proposer des registres pour des couples de fait indifférenciés, sexuellement, d’un autre côté. S’il ne nous revient pas d’entrer dans le domaine strictement politique, toutefois, en tant que personnes, nous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que ces attitudes mènent à l’implosion, de l’intérieur, de ce qui a été proposé comme nouveau dans plusieurs Nations. Le nouveau s’appellera Famille ; le nouveau s’appellera cohérence. L’avenir s’appelle Famille, et quiconque veut parler de l’avenir, en promettant des nouveautés, ne pourra pas tromper les gens sur le bien commun. La stabilité des personnes, des jeunes, de la société elle-même, et l’efficacité de l’éducation, ont leur propre racine dans le bien commun de la Famille, et seuls ceux qui défendront la Famille pourront vraiment servir leur Pays, l’avenir et le véritable bien commun. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Le salut de la personne et de la société humaine et chrétienne est étroitement lié à une situation heureuse de la communauté conjugale et familiale » (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n.1603)
 

Marie révèle l’amour de la mère, elle dévoile l’amour que la mère voue à ses enfants et l’amour que les enfants doivent vouer à leur mère.  Saint Joseph révèle l’honneur du père : il montre quelle est la fonction constitutive du père, et ce pourquoi il est honoré. Dans le contexte moderne de « meurtre du père » et « d’effacement de l’homme (viril) », cette leçon est prodigieusement actuelle : l’honneur du père, c’est d’enraciner par l’exemple, et de faire croître par l’éducation. Le père enracine par l’exemple. Alors que la mère donne des racines à l’enfant dans l’amour surtout par le dévouement, le père enracine l’enfant dans la vérité surtout par l’exemple. Il le met en contact avec ses propres origines, il est la mémoire des sources de son être, il fait accepter à l’enfant d’être : par sa piété filiale par rapport à Dieu, aux ancêtres, à la patrie naturelle et surnaturelle ; par sa fidélité à l’épouse ; par sa constance au devoir. Les racines offertes par la mère sont féminines, à dominante d’affect. L’enracinement procuré par le père est viril, à dominante de raison, même informulée. La mère est aimée, le père admiré. Nous soulignons une tonalité structurante, nous n’affirmons évidemment pas une spécialisation univoque. Le père est celui qui montre en acte à l’enfant la loi de l’être créé : celui-ci est reçu d’un autre, et il appelle la reconnaissance. Et le devoir épanouit le fils d’homme dans la vérité, comme une noblesse qui oblige. 

 

Joseph est celui qui, humainement, met Jésus dans la Loi, rayonnement de la raison de Dieu : « quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi » (Ga 4, 4). Cet « homme juste » (Mt 1, 19) est au croisement des trois dimensions de la Parole de Dieu : il observe amoureusement la Torah, comme on le voit lors de la Présentation et du pèlerinage au Temple (Lc 2, 22 et 41) ; il est le réalisateur des Prophéties, car c’est par lui que Jésus est le fils de David (Mt 1, 20) et naît à Bethléem (Lc 2, 4) ; et il vit dans la Sagesse, qui lui inspire la sainte et juste attitude devant la grossesse mystérieuse de son épouse (Mt 1, 18-25). Le père fait croître par l’éducation. La mère fait croître par la sécurité, l’enfant est rassuré d’être « quelque chose de sa mère ». Le père aide l’enfant à croître par l’abnégation : il le pose en face de lui comme quelqu’un de distinct, qui doit collaborer, à sa façon originale, au bien commun. Il dit la loi, ordination de raison en vue du bien commun : il rend autonome dans la responsabilité. Sans ce rôle « séparant » du père (l’être qui doit savoir dire non), le rapport à la mère (l’être qui est oui à l’enfant) devient fusionnel. Immature, il étouffe la raison dans l’affectif et le gratifiant ; l’accession à l’effort constructeur, à la raison qui impose abnégation pour progresser, ne se fait pas. 

 

C’est le père qui, dans la culture classique, « nomme » l’enfant : par l’imposition du nom de famille, il transmet l’héritage ; par la désignation du prénom, il signifie la séparation. L’imposition du nom symbolise la parole d’abnégation que porte le père : un père doit au moins nommer son fils pour qu’il soit « reconnu ». Joseph nomme Jésus (Mt 1, 21) : il lui donne officiellement, au milieu de son peuple, le nom que Marie a connu, la première, dans le secret de son coeur. Joseph, lors de la circoncision, fait couler le premier sang de Jésus, prélude à ce que son nom signifie : Sauveur. Joseph, humainement, éduque Jésus : en le « sauvant » lors de la fuite en Egypte et du retour à Nazareth ; en lui apprenant le Hallel (prière d’action de grâces ou de louange composée des psaumes 113 à 118), que Jésus récitera à la Cène avec ses apôtres ; en répondant à la question que Jésus pose lors de la pâque juive : « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les nuits ? » ; en lui enseignant le beau métier de charpentier. Joseph, modèle des évêques, des chefs et des pères, donnez-leur le courage de nous dire la parole d’abnégation qui nous dispose au salut : donnez-leur, dans une société excessivement féminisée, qui n’aime guère l’intelligence et la force, d’être des hommes." 

 

Fr. Louis-Marie de Blignières (Fraternité Saint Vincent Ferrier)

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