Les Conférences de Carême données à Notre-Dame de Paris sous l'autorité du Cardinal Vingt-Trois ont pour thème « Vatican II, une boussole pour notre temps; plus de 40 ans après, qu'est devenu le Concile ? ». « Qu'est devenu le Concile ? ». Voici une question que l'Archevêque de Paris a bien raison de poser. Pour y répondre objectivement, il pourrait par exemple se rendre à l’église Saint Ignace dans le VI° arrondissement où ici comme dans d'autres paroisses de son diocèse, le Concile est tout simplement ignoré depuis plus de 40 ans. Il y a deux jours, à l'occasion de la Messe du Mercredi des Cendres célébrée à Saint-Ignace (église jésuite adepte de la "messe qui prend son temps") les fidèles ont reçu l'Hostie dans la main et ont été invités à la tremper eux-mêmes dans le Précieux Sang contenu dans des calices tenus par d'autres fidèles laïcs (Rappel : "Celui qui communie doit recevoir le Sacrement de la part du prêtre uniquement dans la bouche. Il n'est pas permis à celui qui reçoit la communion de tremper lui-même l'hostie dans le calice, ni de recevoir dans la main l'hostie, qui a été trempée dans le Sang du Christ." Cf. Redemptionis Sacramentum n.103-104. Vatican II pourrait bien être une boussole pour notre temps... à condition que Mgr Vingt-Trois veille à ce que certains membres du clergé parisien ne s'amusent pas à en retirer l'aiguille !

« Et maintenant, c’est à vous que nous nous adressons, femmes de toutes conditions, filles, épouses, mères et veuves; à vous aussi, vierges consacrées et femmes solitaires: vous êtes la moitié de l’immense famille humaine ! L’Eglise est fière, vous le savez, d’avoir magnifié et libéré la femme, d’avoir fait resplendir au cours des siècles, dans la diversité des caractères, son égalité foncière avec l’homme. Mais l’heure vient, l’heure est venue, où la vocation de la femme s’accomplit en plénitude, l’heure où la femme acquiert dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir jamais atteints jusqu’ici. C’est pourquoi, en ce moment où l’humanité connaît une si profonde mutation, les femmes imprégnées de l’esprit de l’Evangile peuvent tant pour aider l’humanité à ne pas déchoir. Vous femmes, vous avez toujours en partage la garde du foyer, l’amour des sources, le sens des berceaux. Vous êtes présentes au mystère de la vie qui commence. Vous consolez dans le départ de la mort. Notre technique risque de devenir inhumaine. Réconciliez les hommes avec la vie. Et surtout veillez, nous vous en supplions, sur l’avenir de notre espèce. Retenez la main de l’homme qui, dans un moment de folie, tenterait de détruire la civilisation humaine. Epouses, mères de famille, premières éducatrices du genre humain dans le secret des foyers, transmettez à vos fils et à vos filles les traditions de vos pères, en même temps que vous les préparerez à l’insondable avenir. Souvenez-vous toujours qu’une mère appartient, par ses enfants à cet avenir qu’elle ne verra peut-être pas. Et vous aussi, femmes solitaires, sachez bien que vous pouvez accomplir toute votre vocation de dévouement. La société vous appelle de toutes parts. Et les familles même ne peuvent vivre sans le secours de ceux qui n’ont pas de famille. Vous surtout, vierges consacrées, dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir voudraient faire la loi, soyez les gardiennes de la pureté, du désintéressement, de la piété. Jésus, qui a donné à l’amour conjugal toute sa plénitude, a exalté aussi le renoncement à cet amour humain, quand il est fait pour l’Amour infini et pour le service de tous. Femmes dans l’épreuve, enfin, qui vous tenez toutes droites sous la croix à l’image de Marie, vous qui, si souvent dans l’histoire, avez donné aux hommes la force de lutter jusqu’au bout, de témoigner jusqu’au martyre, aidez-les encore une fois à garder l’audace des grandes entreprises, en même temps que la patience et le sens des humbles commencements. Femmes, ô vous qui savez rendre la vérité douce, tendre, accessible, attachez-vous à faire pénétrer l’esprit de ce Concile dans les institutions, les écoles, les foyers, dans la vie de chaque jour. Femmes de tout l’univers, chrétiennes ou incroyantes, vous à qui la vie est confiée en ce moment si grave de l’histoire, à vous de’ sauver la paix du monde ! ».

 

Sa Sainteté le Pape Paul VI – Le Mercredi 8 décembre 1965

Les églises sont vides et parmi les fidèles qui pratiquent encore, rares sont ceux qui sont satisfaits de la façon sont célébrées les messes paroissiales auxquelles ils se font une obligation d'aller le Dimanche. D'où vient cette insatisfaction généralisée ? Elle vient de ce qu'il y a un gouffre entre la réforme liturgique - somme toute très modérée que voulait le concile Vatican II (qu'on veuille bien relire la Constitution Sacrosanctum Concilium) - et les habitudes - souvent mauvaises pour ne pas dire exécrables - qui ont été prises dans la quasi totalité des paroisses et dans bien des mouvements d'Eglise. Il suffit d'assister à une messe paroissiale (nous disons bien "assister", car dans bien des cas y "participer" conduirait à perdre la foi) pour constater que des pages entières du Missel romain actuel sont totalement ignorées…

 

 

 

 

C'est pour « extirper les abus » introduits dans les messes et corriger les déformations permanentes subies par la liturgie que le Cardinal Ratzinger avait, dit-on, parlé d'une souhaitable « réforme de la réforme » liturgique. Du coup, tout le monde a essayé de savoir à quoi pourrait bien ressembler cette « réforme de la réforme ». Chacun y est allé de ses supputations ou de ses souhaits pour tenter de prévoir en quoi elle pourrait consister. Pour les uns, elle marquerait un retour vers ce qui se faisait avant Vatican II. Pour les autres, elle consisterait à simplement à interdire les initiatives prises en pastorale liturgique ainsi que les adaptations de la liturgie à des assemblées particulières (communautés nouvelles, assemblées d'enfants... etc.). Pour d'autres enfin, la « réforme de la réforme » ne serait qu'un caprice de Benoît XVI, sans portée réelle. Plutôt que de se perdre en conjectures, ne vaudrait-il pas mieux demander à Benoît XVI lui-même ce qu'il entend par « réforme de la réforme » ? Qui est mieux placé que lui, en effet, pour nous répondre ? Selon ce que disait le Cardinal Ratzinger avant d'être élevé au pontificat suprême, il faut « retrouver l'unité dans la liturgie » en commençant par ne plus considérer la liturgie « comme l'affaire de la communauté locale » dans laquelle on « cherche à présenter nos inventions », mais comme un acte qui nous introduit « dans le coeur de l'Eglise » ou nous recevons ce que le Seigneur vient nous apporter. (Interview du Cardinal Ratzinger dans le "Deutsche Tagespost" du 4 octobre 2003). La « réforme de la réforme » doit donc commencer par une démarche de foi personnelle, et non pas des décrets venant de Rome et qui auront peu de chance d'être appliqués, comme on le sait. Une deuxième indication concernant cette "réforme" tellement souhaitée se trouve dans "L'Esprit de la liturgie" publié en 2001. Voici ce qu'écrit Joseph Ratzinger dans la préface : « A quoi pouvait ressembler la liturgie en 1918 ? (...) La liturgie, à ce moment-là, donnait l'apparence d'une fresque parfaitement préservée, mais presque entièrement recouverte de couches successives. (...) Grâce au "Mouvement liturgique", puis de façon plus nette lors du Concile Vatican II, la fresque fut dégagée, et pendant un instant, nous restâmes fascinés par la beauté de ses couleurs et de ses motifs (...) ». Nous lisons bien : "grâce au Concile Vatican II", la liturgie fut désencombrée et l'on resta fascinés par sa beauté. On ne saurait être plus clair : c'est la liturgie "désencombrée", c'est-à-dire telle que l'a "vraiment" voulue Vatican II, qui doit être mise en oeuvre. Ce qui est tout autre chose que les messes "ré-encombrées" et dénaturées qu'on impose aux fidèles en se prévalant du Concile qu'on tente à tout prix de "dépasser", c'est-à-dire de trahir (cf. J. Ratzinger, La célébration de la foi, 1981). Deux questions doivent alors être posées : premièrement, quelles ont pu être les raisons du "désencombrement" de la liturgie souhaité par l'Eglise ? Et deuxièmement, en quoi devrait consister ce "désencombrement" ? A la question "pourquoi a-t-il fallu désencombrer la liturgie", le Cardinal répond que des couches successives mises sur la liturgie au cours des siècles ne permettaient plus d'y distinguer l'essentiel. Et comme les fidèles ne distinguaient plus toujours l'essentiel, ils s'occupaient à des prières privées : « il faut admettre que la célébration de l'ancienne liturgie s'était trop égarée dans le domaine de l'individualisme et du privé, et que la communion entre prêtres et fidèles était insuffisante. J'ai un grand respect pour nos aïeux, qui disaient durant les messes basses les "prières pendant la messe" que leur livre de prières proposait, mais certainement on ne peut considérer cela comme l'idéal de la célébration liturgique. Peut-être, ces formes réduites de célébration sont-elles la raison profonde pour laquelle la disparition des livres liturgiques anciens n'a eu aucune importance dans beaucoup de pays et n'a causé aucune douleur ». (Cardinal Ratzinger, discours du 24 octobre 1998 pour le 10ème anniversaire du Motu proprio Ecclesia Dei adflicta). A la question "en quoi devrait consister le désencombrement souhaité", on peut répondre de façon simple qu'il devrait consister à ne plus faire durant les célébrations liturgiques que ce que le Concile a expressément demandé de faire, ni plus ni moins, et par conséquent à faire disparaître tout ce qui n'est qu'invention du célébrant ou d'une équipe liturgique ou encore d'une chorale, tout ce qui ne figure pas dans le Missel Romain.

 

 

 

 

Revenir à Vatican II, c'est :

 

1. Exiger du prêtre qu'il célèbre toujours la messe face à la Croix, pour bien exprimer que la liturgie s'adresse à Dieu et non aux fidèles.

2. Revenir à une harmonie entre la liturgie et l'art et, pour ce faire, supprimer tous les autels face au peuple aux formes diverses (tables, caisses, tréteaux, guéridons... etc.) qui sont une injure à la liturgie autant qu'à l'art véritable.

3. Se réhabituer à la participation à des messes célébrées face à l'Orient (ou face à l'abside).

4. Accorder la première place au chant grégorien qui est le chant de l'Eglise et non le chant d'un groupe de fidèles de l'Eglise. Le chant grégorien est le "chant propre de la liturgie romaine" (cf : Sacrosanctum Concilium) et n'a rien de comparable avec les cantiques d'une communauté qui souhaite se singulariser ou s'affirmer à travers un répertoire particulier.

5. Retrouver le sens des attitudes corporelles, notamment de l'agenouillement.

6. Retrouver le goût du silence et de tout ce qui peut y conduire.

7. Se réhabituer à la participation à des messes célébrées intégralement en latin (à l'exception des Lectures), et ce de façon régulière et non pas uniquement quelques fois dans l'année.

8. Supprimer de la célébration tous les commentaires, tous les mots d'accueil, tous les souhaits de bienvenue qui transforment la messe en un (mauvais) cours de catéchisme et qui font croire, à tort, qu'en liturgie tout doit toujours être compris et être ratifié par les fidèles pour être valide.

9. Interdire, durant les célébrations, l'accès au choeur des personnes qui se croient indispensables et dont la suffisance affichée est généralement inversement proportionnelle à la compétence (on pense tout particulièrement ici aux animateurs liturgiques qui ne font que parasiter la prière).

 

Ces quelques points, qui correspondent exactement à ce qu'a souhaité Vatican II, pourraient permettre de progressivement redonner aux fidèles un sens plus juste de la liturgie authentique. Les artistes, les intellectuels, les orthodoxes, les protestants, les traditionalistes, les authentiques "conciliaires"... tous critiquent la "nullité" des célébrations actuelles qui se veulent fidèles aux orientations de Vatican II alors qu'en réalité elles n'en sont qu'un odieux et grossier travestissement. Tous, nous devons donc nous engager dans le mouvement de "réforme de la réforme" de la liturgie souhaité par le pape Benoît XVI, car « dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l'Eglise » (Cardinal Ratzinger, Un chant nouveau pour le Seigneur).

 

Pro Liturgia

SEMP2_mini.jpegLe Cardinal Mauro Piacenza, Préfet de la Congrégation pour le Clergé, invite à mettre l’accent sur « la réforme liturgique » qui touche « la visibilité de l’Eglise même ». Elle est en effet « lieu dans lequel se réalise pleinement l’Eglise elle-même ». Il explique : « Si, en cette Année de la Foi, nous avions tous l’humilité et la bonne volonté de reprendre les textes du Concile et de voir ce qu’ils ont réellement dit, plutôt que de s’arrêter à une « vulgarisation » qui en a fait une certaine publicité, nous découvririons comment le Concile Vatican II a été vraiment prophétique. Nous découvririons aussi comment beaucoup de ses indications sont encore devant nous, comme horizon à scruter et but à atteindre, avec la grâce de Dieu. Pour y arriver, il faut sûrement une bonne dose d’humilité et une certaine capacité de suspension de tout jugement préfabriqué pour pouvoir recueillir une vérité qui, peut-être depuis trop longtemps, semblait différente. » Et lorsqu’on l’interroge sur les problèmes concernant la réception des documents conciliaires, le Cardinal Piacenza précise : « Le Serviteur de Dieu Paul VI, le Bienheureux Jean-Paul II et le Saint Père Benoît XVI ont plusieurs fois souligné l’importance de la Liturgie, comme lieu dans lequel se réalise pleinement l’Eglise elle-même et, malheureusement, tout le monde peut constater qu’on est encore loin d’un équilibre en ce domaine. Une lecture désacralisée, ou réduite à une « représentation humaine » où s’estompe jusqu’à disparaître la dimension christologique et théologique, n’est certainement pas ce que la lettre et l’esprit de « Sacrosanctum Concilium » voulaient. Ceci ne justifie pas, cependant, la position de ceux qui, épousant à leur tour l’herméneutique de la discontinuité, refusent la réforme conciliaire en la considérant une « trahison » d’une « véritable Eglise » à laquelle on rêve. »

Un certain nombre de fidèles « traditionalistes » répètent sans se lasser que la crise de la liturgie est le résultat du concile Vatican II, celui-ci ayant favorisé les messes au cours desquelles les célébrants font plus ou moins ce qui leur passe par la tête. Ou par la tête des membres de leurs équipes liturgiques. Mais où voit-on que le Concile a autorisé les prêtres à célébrer la liturgie de façon fantaisiste ? Nulle part. Rappelons une énième fois les termes de la Constitution conciliaire sur la Liturgie : « Le droit de régler l’organisation de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Eglise ; il appartient au Siège apostolique et, selon les règles du droit, à l’évêque. (...) C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. » (Art 22.) Et rappelons par la même occasion ce que dit le Missel romain (dans sa dernière version toujours introuvable en France) : « [Le prêtre célébrant] (...) se souviendra qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe. » (Art 23-24.) On entend dire aussi que le Concile a supprimé l’usage du latin et du chant grégorien. Là encore, reprenons les textes officiels, les seuls qui ont autorité : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. (...) L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. (...) On achèvera l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X. Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises. » (Art. 36, 116-117). Et dans le Missel romain on lit : « (...) il n’est aucun catholique pour nier que le rite accompli en langue latine soit légitime et efficace (...). Le chant grégorien, en tant que chant propre de la liturgie romaine, doit, toutes choses égales d’ailleurs, occuper la première place. » (Art. 12, 41.)

 

Alors ne serait-il pas bon de cesser une fois pour toutes d'attaquer le Concile et d'en faire l'origine de tous les problèmes ? La véritable origine de la crise actuelle, liturgique, doctrinale, est à chercher uniquement dans la désobéissance des clercs conjuguée à leur absence de formation solide. Et cette plaie est apparue bien avant le Concile, comme le montrent toutes les études sérieuses faites jusqu’ici : Vatican II n’aura été qu’un révélateur d’une crise qui couvait depuis des décennies mais que, par commodité, certains ne voulaient pas voir. Crise d'obéissance qui, à notre avis, était en grande partie due au fait qu’on a ordonné prêtres des jeunes gens « pieux, lisses et gentillets » mais qui n’avaient pas la vocation. Leur désobéissance n'est que l'expression de leur rancœur, de leur refus d'assumer un état sacerdotal qui n'est pas fait pour eux.

 

Pro Liturgia

Avant la levée des excommunications par le Pape Benoît XVI des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, personne n'aurait pu imaginer qu'il y avait en France tant de prêtres - évêques y compris - attachés à Vatican II. Ça ne se savait pas; ça ne se disait pas. Et surtout, ça ne se voyait pas.
Ça ne se voit d'ailleurs toujours pas quand on assiste aux messes célébrées dans les paroisses, lesquelles messes ne sont que très rarement conformes au missel romain issu du Concile dont se réclame la grande majorité des prêtres français. 
Mais enfin, puisque nous savons maintenant que nous avons un clergé résolument conciliaire, pourquoi ne pas prendre nos évêques diocésains et nos curés de paroisses au mot et exiger d'eux qu'ils mettent la Constitution Sacrosanctum Concilium en œuvre ? En premier lieu, on pourrait leur demander de veiller à ce que, désormais, les messes soient célébrées sans que soit ajouté, retranché ou modifié quoi que ce soit au contenu du missel (cf. Sacrosanctum Concilium, art. 22), à ce que le latin soit conservé (Id. art. 36), à ce que le chant grégorien ait la première place dans toutes les actions liturgiques (Id. art. 116).
Il n'y a aucune raison de penser que ceux qui exigent des fidèles traditionalistes de reconnaître et d'accepter Vatican II ne soient pas les premiers à donner l'exemple de leur entière soumission aux véritables enseignements du Concile. Enfin... on peut toujours rêver !

 

Pro Liturgia

http://img.over-blog.com/214x300/0/21/41/34/2011/nicolasbux.jpg1 – Don Nicola Bux, vous avez récemment publié, en compagnie du cardinal Brandmuller et de Mgr Marchetto un livre présentant les clés de Benoît XVI pour interpréter le concile (1). C’est un point sensible dans le processus de reconnaissance de la Fraternité sacerdotale saint Pie X… 

 

NB : Une correcte herméneutique est du reste la première clé donnée par Benoît XVI dans son fameux discours à la Curie romaine sur l’interprétation et l’œcuménicité de Vatican II. Le renouvellement, ou la réforme, ne peut s’opérer dans l’Église que dans la continuité, à la lumière du binôme indissociable "nova et vetera". Or les documents du concile ont été sortis du contexte de la Tradition de l’Église et souvent utilisés comme expression d’un aggiornamento qui, au lieu d’associer "nova et vetera", a mythifié le concile, n’en retenant que la nouveauté. De la sorte, le concile a été transformé en une sorte d’idéologie, un "super-dogme" comme l’a dit le Cardinal Ratzinger aux évêques chiliens (13 juillet 1988). Il y a besoin d’une présentation historique véridique du concile comme instrument d’aggiornamento au sens de "renouveau dans la tradition". Un aspect généralement délaissé de la compréhension du concile c’est celui du consensus, de la façon dont il se forme. Le cheminement qui y porte passe à travers le dialogue entre des opinions diverses débouchant sur l’élaboration d’une synthèse, du moins en ce qui concerne la doctrine non définie et encore en développement – les nouveautés ne sont pas nécessairement définitives et irréformables mais sont des orientations que le magistère pontifical ordinaire interprète, précise et développe ultérieurement. On doit tenir compte également du fait que les documents conciliaires ne sont pas tous, entre eux mais aussi en eux, de la même nature. À cet égard, je ne vois pas pourquoi Vatican II échapperait à l’analyse critique à laquelle ont été soumis les précédents conciles. 

 

 

 

2 – Dans la note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi expliquant la nomination surprise de Mgr Di Noia à la vice-présidence de la Commission Ecclesia Dei, il était affirmé que « La nomination d’un prélat de ce rang [archevêque, NDLR] à un tel poste » par le pape représentait un « signe de sa sollicitude pastorale envers les fidèles traditionalistes en communion avec le siège apostolique, mais aussi de son vif désir de voir réconciliées les communautés non en communion ». Mgr Di Noia est-il bien l’homme choisi par le pape pour parvenir enfin à la reconnaissance de la FSSPX ? 

 

NB : Il n’y a aucun doute à avoir sur les intentions du Saint Père qui a tant à cœur la réconciliation et l’unité des chrétiens. Tout catholique, comme je l’ai suggéré précédemment, doit aimer la tradition et est de ce fait “traditionnel”. En outre, dans l’Église, quiconque reçoit une charge n’a pas à promouvoir ses idées mais à servir la vérité, en pleine fidélité à l’enseignement du Souverain Pontife. À cet effet, nous avons besoin d’une seconde clé pour interpréter non seulement le concile mais aussi toute la vie de l’Église : celle de la Foi. Ce n’est pas un hasard si Benoît XVI a choisi de promulguer une Année de la Foi. En réalité, à quoi doit servir le débat sur Vatican II si ce n’est à redécouvrir la nature du christianisme, nécessaire au salut de l’homme ? Par l’intelligence de la foi, les chrétiens doivent concourir à l’intelligence de la réalité. Voici le contenu essentiel de la foi dont le pape a bien compris toute l’urgence qu’il y a à le réaffirmer face à des conceptions qui réduisent la foi à un discours, un sentiment ou une éthique. Nous devons prier pour que tous dans l’Église soient dociles à l’Esprit Saint, Spiritus unitatis. 

 

 

 

http://img.over-blog.com/500x285/0/21/41/34/2009/buxbenoit.jpg3 – Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité saint Pie X et à ce titre dépositaire aussi bien du charisme spécifique de celle-ci que de l’héritage de Mgr Lefebvre, s’est beaucoup exposé pour permettre les conditions d’une réconciliation. Pouvez-vous confirmer que ce que souhaite le Saint Père, ce n’est pas de nier la singularité de la FSSPX mais bien de la mettre au service de l’Église ? 

 

NB : Dans la lettre aux évêques écrite par Benoît XVI à l’occasion de la révocation des excommunications des évêques lefebvristes, le pape a démontré qu’il connaissait bien et qu’il aimait cette large frange de fidèles qui sont aussi ses fils. Les pas accomplis par le pape sont inspirés par la "patience de l’amour" qui, selon saint Paul, doit caractériser tous les disciples de Jésus. Mgr Fellay, lui aussi, a démontré être animé de cette même vertu et je ne doute pas que la majeure partie de la Fraternité, évêques et prêtres in primis, saura l’imiter en se préservant de l’orgueil inspiré par le Malin. Suivons Jésus qui est doux et humble de cœur. Tout évêque, tout prêtre, tout chrétien doit avoir à cœur l’unité car c’est le bien le plus précieux selon saint Jean Chrysostome. Il a été payé du prix du Très précieux sang de Notre Seigneur qui, juste avant Sa Passion, a précisément prié : "Ut unum sint".  Enfin, quand bien même quelques-uns tomberaient dans l’erreur, l’Église est indéfectible car Jésus l’a fondée sur le rocher de la foi que représente Pierre. Son unité est "inamissibilis", ne pourra jamais se défaire car elle est comme la tunique du Christ, exposée solennellement cette année à Trêves : sans couture, d’un seul morceau. Les divisons entre chrétiens ne peuvent détruire l’unité de l’Église. Le primat du pape est supérieur au concile. Et l’Église n’est pas un concile permanent. À Pierre et à ses successeurs, le Seigneur a donné le pouvoir des clés : de lier et de délier sur la terre ce que Lui lie et délie simultanément dans le Ciel. Par bonheur, en plus de l’Écriture, les catholiques ont en la personne du pape un anticorps visible contre le conformisme : comme l’écrit Dante dans La Divine Comédie, nous avons "le pasteur de l’Église pour nous guider ; cela suffit à notre salut". Que la Sainte Vierge – comme le lui demande actuellement le Saint Père – fasse que la Fraternité saint Pie X accueille donc avec confiance la réconciliation qui lui est offerte par le pape et puisse connaître ainsi un nouvel essor pour le bien de toute l’Église catholique. 

 

(1) Publié aux éditions Cantagalli de Sienne, ce livre

devrait être traduit en français d’ici la fin de l’année

Publié sur le site de Riposte catholique le 10 juillet 2012

La Constitution Pastorale Gaudium et Spes du Concile Vatican II est souvent un test pour mesurer le degré d'adhésion de ceux qui se disent haut et fort depuis plus de 40 ans "fidèles à Vatican II". Il y est dit : « Lorsqu’il s’agit de mettre en accord l’amour conjugal avec la transmission responsable de la vie, la moralité du comportement (...) doit être déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne et de ses actes, critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme. (...) En ce qui concerne la régulation des naissances, il n’est pas permis aux enfants de l’Église, fidèles à ces principes, d’emprunter des voies que le Magistère, dans l’explication de la loi divine, désapprouve » (GS N°51 §3). Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le dernier texte magistériel concernant cette doctrine capitale pour vivre un amour pur, véritable et durable au sein d’un foyer est l'encyclique infaillible Humanae Vitae. 

Osons donc le dire : les évêques, les prêtres, les théologiens et les laïcs catholiques qui se targuent d’être "fidèles à Vatican II" et qui osent en même temps prêcher - même pour une optique de "moindre mal" - la licéité de la pilule contraceptive, du préservatif et autres moyens abominables pour massacrer toute la beauté et la pureté de l’acte conjugal entre un homme et une femme ne sont que des menteurs, des hypocrites, des idéologues. Les intégristes ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Qui habet aures audientes audiat !

Une figure oubliée de l’Eglise post-conciliaire ? Le Cardinal Jean Daniélou. Peu de fidèles se souviennent aujourd'hui de ce Cardinal duquel on a commencé à parler lorsque les médias se sont jetés comme des rapaces sur l’information de sa mort, un après-midi de mai 1974, au domicile d’une prostituée. Puis ce fut un long silence : on ne parla plus de ce grand théologien et personne ne se soucia d’informer le « bon peuple » prêt à cracher sur l’Eglise dès que l’occasion lui en est donnée. Le Cardinal Daniélou fréquentait donc les prostituées...

 

 

jean DanielouOn passa sous silence qu'il était venu apporter de l’argent à une « fille » pour qu’elle puisse payer un avocat capable de faire sortir son mari de prison. Seules les personnes qui connaissaient bien le Cardinal savaient qu’il accomplissait en secret des actes de charité pour des gens méprisés et qui avaient besoin d'aide et de pardon. Ce qui s’était vraiment passé fut entouré d’un silence permettant d’oublier progressivement la figure du Cardinal Daniélou. Oui, il fallait l’oublier car la Cardinal dérangeait. N’avait-il pas accordé une interview à Radio Vatican, en octobre 1972, dans laquelle il critiquait durement la « décadence » qui dévastait tant d’ordres religieux masculins et féminins, à cause d’ « une fausse interprétation de Vatican II » ? Il n'était pas conseillé de tenir de tels propos dans les années euphoriques de l'après-concile ! Le Cardinal, qui n’avait pas mâché ses mots, était allé jusqu'à déclarer que la crise de l’Eglise « se manifeste dans tous les domaines. Les conseils évangéliques ne sont plus considérés comme consécration à Dieu, mais envisagés dans une perspective sociologique et psychologique. On se préoccupe de ne pas présenter une façade bourgeoise mais, sur le plan individuel, la pauvreté n’est pas pratiquée. On substitue la dynamique de groupe à l'obéissance religieuse ; sous prétexte de réaction contre le formalisme, toute régularité de la vie de prière est abandonnée. Les conséquences de cet état de confusion sont d’abord la disparition des vocations, car les jeunes demandent une formation sérieuse, et d'autre part ce sont les nombreux et scandaleux abandons de religieux qui renient le pacte qui les liait au peuple chrétien. » Puis il avait expliqué : « La source essentielle de cette crise est une fausse interprétation de Vatican II. (...) Dans nombre de cas, on a remplacé les directives de Vatican II par des idéologies erronées que répandent nombres de revues, de sessions, de théologiens et parmi ces erreurs, on peut mentionner : la sécularisation (...), une fausse conception de la liberté qui entraîne la dépréciation des constitutions et des règles et exalte la spontanéité et l'improvisation (...), une conception erronée de la mutation de l’homme et de l’Eglise. (...) ». Quant au remède que le Cardinal Daniélou préconisait de prendre pour surmonter cette grave crise, il consistait à arrêter de toute urgence « toutes les expérimentations et toutes les décisions contraires aux directives du concile (et) mettre en garde contre les livres, revues, sessions où ces conceptions erronées sont diffusées (...) ».

 

Mais le Cardinal savait aussi que le redressement de la situation ne serait pas chose facile. En 1974, il écrivait à Gérard Soulages, Secrétaire du groupe « Fidélité et Ouverture » : « Nous ne sommes plus au temps de la « discrétion » mais au temps de l’ « affrontement ». (...) Des hommes restent dans l’Eglise pour la changer, certains pour la détruire. (...) ». Des hommes restent dans l’Eglise pour la détruire : phrase terrible qui doit pousser à réfléchir tellement elle semble encore d’actualité. Benoît XVI, lui, au moment de son élection au pontificat suprême, évoquera la présence de loups menaçant les brebis... 

Une des spécificité du catholicisme est dans la reconnaissance de l'autorité du Souverain Pontife; de tous les Souverains Pontifes, quels que soient leurs charismes personnels. Ils sont tous les successeurs de l'Apôtre Pierre.
Le pape est, durant le temps où il exerce son ministère, le garant de l'unité de l'Eglise et de la conformité de la doctrine de la foi telle qu'elle a été reçue par les Apôtres.
Tout ce qu'un pape approuve de façon officielle doit être tenu pour juste et bon pour l'Eglise, même si les hommes de ce temps n'en saisissent pas la portée. Ainsi, dans la mesure où Paul VI a approuvé les textes conciliaires, ces derniers doivent être considérés comme recevables et salutaires pour la communauté des croyants.

 

 

 

Autre chose, bien sûr, est la question de l'application de ces textes; sur ce point, Benoît XVI est très clair : les enseignements conciliaires ont été mal compris, mal appliqués... tout spécialement dans les diocèses de France où ils continuent très souvent à être mal compris et mal appliqués. On peut donc légitimement douter de la capacité ou de la volonté de certains clercs à appliquer le Concile; mais il n'est pas permis de douter des enseignements conciliaires eux-mêmes. Partant de là, aucun fidèle ne peut dire : « Je suis pour le Concile mais je n'écoute pas le pape ». Ou encore : « Je suis pour le pape mais je conteste le Concile ». Tenir de tels propos relève d'une véritable schizophrénie spirituelle conduisant inévitablement à se construire une religion individuelle vécue au sein de groupuscules refermés sur eux-mêmes au point d'imaginer des liturgies leur permettant avant tout de s'autocélébrer. 
Telle n'est pas l'Eglise; telle n'est pas la foi reçue des Apôtre; telle n'est pas la liturgie. Tout comme l'Eglise est "catholique", c'est-à-dire "universelle", c'est-à-dire encore non réservée à un groupe qui se voudrait privilégié ou élitiste, la liturgie doit être, elle aussi, "catholique", c'est-à-dire recevable en tout lieu. C'est en ce sens que le Cardinal Ratzinger a écrit qu' « on reconnaît la liturgie authentique à ce qu'elle est cosmique et non fonction du groupe qui célèbre ». Dès lors qu'une messe laisse deviner la griffe de tel ou tel célébrant ou telle ou telle paroisse, on peut affirmer qu'il y manque une dimension vraiment catholique et que, par conséquent, il y a risque pour les fidèles qui y participent, de verser dans l'infatuation.


 

Si donc nous voulons travailler à la "réforme de la réforme" de la liturgie, c'est-à-dire à la rectification des nombreuses erreurs commises à la suite de la révision voulue par Vatican II, il nous faut à la fois suivre le Pape et le Concile : l'un ne va pas sans l'autre. L'Eglise ne nous propose pas de choisir entre Benoît XVI et Vatican II: elle nous invite à comprendre que la solidité de notre foi passe obligatoirement par les enseignements du Concile inclus dans les instructions et les exemples donnés par l'actuel Successeur de Pierre.

Il y a quelque temps, Mgr Claude Dagens, Evêque d'Angoulême, déclarait à la suite de la levée des excommunications des évêques sacrés par Mgr Lefebvre :
 « Il me paraît impossible de revisiter le Concile ou de distinguer ce qui serait conforme ou non à la Tradition. Le Concile forme un tout cohérent. Il n'a pas été une trahison de la Tradition. On ne peut pas céder à sa révision ».
Ces paroles ne prouvent-elles pas que, comme la majorité des évêques de France, Mgr Dagens n'a, semble-t-il, pas compris grand chose à la vraie question ?
Car il ne s'agit en aucun cas de "revisiter le Concile", mais bien de revisiter la façon dont le Concile a été appliqué dans les diocèses et les paroisses...

 

 

…car c'est cette façon qui est erronée et non le Concile; c'est cette façon qui a conduit à une généralisation de toutes les élucubrations liturgiques abusivement attribuées à la restauration voulue par Vatican II. Cette cette façon d'appliquer le Concile qu'il faut revoir et corriger, ce que ne veulent pas faire les évêques car cela reviendrait à remettre en cause toute la pastorale liturgique mise en oeuvre depuis plus de quarante ans à grand renfort d'autosatisfaction.
Mgr Dagens a raison lorsqu'il dit que le Concile forme un tout cohérent; il a tort lorsqu'il ferme les yeux devant l'incohérence de ce qui se fait dans ses paroisses, dans SA cathédrale... sous couvert du Concile. Lui-même respecte-t-il la liturgie conciliaire ? Non. Et il n'est malheureusement pas le seul évêque à prendre ses distances avec le missel romain issu de Vatican II. Et non seulement à prendre ses distances, mais aussi à obliger les prêtres et les fidèles laïcs à prendre leurs distances... c'est-à-dire, au fond, à pratiquer sans vergogne l'herméneutique de la rupture par laquelle on aboutit nécessairement à une relecture des textes conciliaires qui est effectivement, sur le plan de la tradition, une trahison que l'on se garde bien de reconnaître.
Là est le paradoxe : Mgr Dagens, et bien d'autres avec lui, se drapent dans l'autorité d'un Concile qu'à juste titre ils ne veulent pas remettre en cause, mais qu'ils sont les derniers à vouloir appliquer. C'est d'ailleurs cette position qu'a dénoncée un autre évêque, Mgr Aillet, lorsqu'il a déclaré, en fin connaisseur de Vatican II, « des catholiques ont quitté l'Eglise pour avoir été blessés dans leur foi par la "rupture de tradition" opérée par ceux qui se réclamaient d'autant plus de "l'esprit du Concile" qu'ils en interprétaient les textes de manière arbitraire ».
Comme le dit Mgr Dagens et comme l'a plusieurs fois fait comprendre Benoît XVI, il n'est pas question de revoir ou de mettre en cause Vatican II. Par contre - et là nous ne pouvons qu'être pleinement d'accord avec le Saint-Père... et aussi avec Mgr Aillet - il est urgent de revoir les interprétations arbitraires de Vatican II qui sont devenues habituelles dans les diocèses et les paroisses et qui toutes ont conduit soit à la désertification des églises, soit - comme l'écrivait très clairement Benoît XVI dans la lettre aux évêques accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum - au regroupement de fidèles allant comme chercher refuge autour de la forme pré-conciliaire (ou "extraordinaire") de la liturgie romaine.

 

Pro Liturgia

« La signature du Motu proprio remet en lumière deux remarques de Marthe Robin aux partisans et aux opposants à la liturgie dite de Saint Pie V. 
Dom Jean Roy, alors Père Abbé de l'Abbaye bénédictine de Fontgombault, avait, suite à l'interdiction (théorique NDLR) de la liturgie traditionnelle dans les années 70, confié à Marthe Robin sa douleur devant la disparition d'un trésor plus que millénaire, qu'il estimait puissamment contemplatif et si expressif du Mystère de la Rédemption. Avec son étonnante sagesse, Marthe lui avait assuré que cette liturgie retrouverait une place dans l'Eglise. Elle voyait que cette diversité liturgique était une richesse pour l'Église, dont l'unité n'est pas uniformité. Elle disait aussi que cette liturgie ne devait pas être confondue avec le rejet de Vatican II. Cependant Marthe savait que certains parmi les traditionalistes avaient peur de la nouveauté du Concile. Elle voyait bien que c'était une impasse, autant que le modernisme qui voulait interpréter le Concile en rupture complète avec l'héritage traditionnel. Face à cela Marthe répondait : « La clef pour interpréter Vatican II, c'est sainte Thérèse de Lisieux ». Gustave Thibon disait : « Etre catholique, c'est être ni un fossile, ni un invertébré, ni un arbre sans fruits nouveaux, ni un arbre sans racines... ». Sainte Thérèse nous donne le véritable équilibre entre enracinement et nouveauté. Marthe Robin fut doublement prophète puisqu'après sa mort l'Esprit Saint nous a fait de la plus grande sainte des temps modernes un Docteur de l'Eglise pour notre temps; et parce que, comme elle l'avait annoncé à Dom Jean Roy, Rome rend sa pleine légitimité à la liturgie traditionnelle ».

 

Extrait de la revue Unavoce

Après Vatican II, de nombreux prêtres et de nombreux fidèles laïcs ont mis l'accent sur l' "engagement". Pour être un "vrai catholique", il fallait s'engager au service d'une cause : la lutte ouvrière, le syndicalisme... Que de religieuses et de religieux ont quitté leurs couvents pour aller vivre en H.L.M. au nom de l' "engagement" ! Que de prêtres ont abandonné l'adoration eucharistique pour donner la priorité à leurs "engagements" ! Que de fidèles ont été invités, au cours des messes dominicales, à venir à l'ambon pour témoigner de leurs "engagements" ! Et tout ceci se faisait au nom de l'exercice de la charité évangélique…

 

 

La charité était donc devenue première : en son nom, il n'était plus possible de dire à quelqu'un qu'il se trompait, qu'il faisait fausse route. Tout devenait admissible. Tout devenait excusable et devait être excusé. De cette époque date la perte du sens du péché et le remplacement de la confession individuelle par des absolutions collectives... Pourtant, un universitaire avait osé prétendre qu'en mettant ainsi la charité au premier plan pour aboutir à ne parler plus que d'elle en sorte qu'on puisse tout justifier en son nom, on faisait fausse route. Il fut rapidement accusé d'être un emblème de la "réaction anti-conciliaire". En fait, Romano Amerio*** - car c'est de lui qu'il s'agit - avait compris que la "charité" ne pouvait pas aller sans la "Vérité", et que dans ce binôme, il fallait donner la "primauté de la Vérité sur l'amour". Renverser ces valeurs ne pouvait que conduire à une grave confusion aboutissant à mettre toutes les idées et toutes les religions au même niveau. Plus d'erreurs, mais plus de Vérité non plus... au nom de la charité ! Or pour Romano Amerio, seule la Vérité pouvait rendre libre et non l'inverse. La fidélité de l'Eglise du Seigneur à son essence originelle se fonde sur cet ordre. A l'occasion d'un pèlerinage à Sainte-Anne d'Auray, Mgr Centène, Evêque de Vannes, s'était demandé si nous n'avons pas trop souvent oublié qu'il existe une Vérité objective sur Dieu et sur l'homme, une Vérité qui ne dépend pas de nos appréciations et moins encore de nos caprices. Puis il avait montré que « l'éclipse du sens de Dieu provoque inexorablement l'éclipse du sens de l'homme », pour en arriver à conclure que « la Vérité sans la charité est un fruit amer [tout comme] la charité sans la Vérité est un fruit pourri ». La charité ne porte des fruits que si elle s'enracine dans la Vérité. "Caritas in Veritas" : telle sera le titre de la prochaine Encyclique de Benoît XVI.


Pro Liturgia

 

 

 

*** Dix ans après sa mort, l’universitaire Romano Amerio a été réhabilité. Dans un article signé par Raffaele Alessandrini, l'Osservatore Romano reconnaît aujourd’hui chez Amerio une critique « prévoyante… du processus de sécularisation qui est aussi en cours au sein du monde chrétien » et les « risques du relativisme envahissant ». La critique conduite par Amerio repose sur la « primauté de la Vérité sur l’amour » dont le renversement conduit à une confusion qui met toutes les religions au même niveau. Pour Amerio, dit encore Alessandrini, « seule la Vérité rend libre et non l’inverse… la fidélité de l’Église à son essence originelle se fonde sur cet ordre ».

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