Certains fidèles reprochent au Concile Vatican II d'avoir ouvert la boîte de Pandore : selon eux, il était certain que des prêtres allaient déformer les enseignements magistériels pour construire une sorte de concile virtuel qui n'existerait que dans leur esprit et dont ils se serviraient pour construire et justifier ces célébrations anarchiques et désacralisées qui sont devenues le lot habituel de nos paroisses.
Mais si on regarde les choses de plus près, que constate-t-on ?
D'une part, là où la restauration liturgique voulue par Vatican II a été appliquée par des prêtres ayant une solide formation théologique et un vrai sens de l'Eglise, la liturgie a conservé sa ligne traditionnelle, réalisant ainsi le principe de l' "herméneutique de continuité". Elle est même tellement semblable à la liturgie d'avant le Concile que le Cardinal Ratzinger a pu dire que peu de fidèles sont capables de savoir du premier coup s'il s'agit bien de la messe restaurée à la suite de Vatican II.
D'autre part, quand la restauration liturgique voulue par Vatican II a été appliquée par des prêtres peu formés et bien décidés à s'asseoir sur les enseignements de l'Eglise, la liturgie est devenue anarchique, bavarde, laide, systématiquement opposée aux objectifs poursuivis par le Magistère.


 

 

 

vatican_council_288x233.jpgLe problème principal ne vient donc pas du Concile lui-même. Il vient de ce qu'au moment où a fallu recevoir et appliquer le Concile, les prêtres bien formés étaient très nettement inférieurs en nombre aux prêtres médiocres en théologie. Ce sont donc ces derniers qui ont pu, grâce à leur nombre, se constituer en "soviets" à partir desquels ils ont infiltré leurs idées pernicieuses dans les paroisses, les séminaires, les évéchés.
Ce sont ces clercs devenus d'autant plus ambitieux et suffisants qu'on leur donnait de l'avancement malgré leur maigre bagage intellectuel, qui ont créé les réseaux leur permettant de s'auto-entretenir et de se coopter pour maintenir et étendre la crise qu'on connaît et qui a touché tous les secteurs de l'Eglise : paroisses, séminaires, évéchés.
Dans les paroisses, les fidèles qui avaient vraiment compris Vatican II et voulaient son application ont été regardés de travers avant d'être ouvertement désignés comme étant ceux qui empéchaient l'Eglise de se réveiller et de progresser. Certains de ces fidèles vilipendés ont alors abandonné toute pratique dominicale; d'autres - mais pas très nombreux - sont allés rejoindre des mouvement traditionalistes durs qui affirmaient que Vatican II était la seule et unique cause du désastre.
Dans les séminaires diocésains, on a refusé d'ordonner les jeunes gens qui souhaitaient appliquer le Concile et qui rejetaient le para-concile dont leurs aînés se faisaient les hérauts. Dans l'un de ses livres, Mgr Gaidon décrit bien ce qui s'est passé en France durant les années post-conciliaires et qui se paie aujourd'hui par une chute vertigineuse des vocations. Un seul exemple permettra de comprendre : dans le séminaire de Strasbourg - qui passait pour être l'un des plus classiques de France - il était très fortement déconseillé de respecter le missel romain, de chanter du grégorien, d'adorer le Saint Sacrement (un professeur de théologie enseignait que l'hostie était faite pour être mangée, non pour être regardée dans un truc en forme de soleil), de prier le chapelet, d'écouter ce qu'enseignait le pape, de souhaiter étudier une exégèse autre que celle de Bultmann... etc.
Dans les évéchés, les pasteurs diocésains ont placé aux postes-clés des clercs et des laïcs à la doctrine souvent incertaine et qui croient pouvoir dissimuler leurs lacunes par de l'agitation incessante et des discours inconsistants doublés de projets fumeux.
Le Concile Vatican II n'a donc pas ouvert la boîte de Pandore : il n'aura fait que révéler une crise longtemps restée diffuse mais qui aurait nécessairement fini par éclater avec violence. La crise liturgique - avec tous les problèmes qui lui sont directement liés - n'est due ni au Concile ni à l'Eglise (ce que Benoît XVI ne cesse de rappeler) : ses racines sont à chercher dans une génération de fidèles qui furent sûrement très généreux sur le plan humain mais très fragiles sur le plan spirituel. Et quand des fidèles fragiles sont guidés par des clercs rendus médiocres à l'issue de leur "formation" dans les séminaires diocésains (cf. Mgr Gaidon), on ne peut qu'aboutir à la crise liturgique que tout le monde constate sans pour autant vouloir prendre les bonnes mesures pour la juguler.

 

Pro Liturgia

Il faut, pour redécouvrir Vatican II, étudier les textes conciliaires dans leur totalité (car ils sont en lien les uns avec les autres) et à la lumière de la grande Tradition de l'Eglise, comme cela fut du reste clairement demandé à touts les fidèles - et pas seulement aux "traditionalistes" - par Jean-Paul II dans son Motu proprio Ecclesia Dei. Et après avoir compris les textes et la raison profonde du Concile, il faut vouloir et pouvoir appliquer les décisions prises par l'Eglise. "Vouloir" : c'est la première difficulté car il faut effectivement "vouloir" faire autre chose que ce qu'on a fait jusqu'à présent et qu'on a fait passer pour "conciliaire". Il faut donc sauter à pieds joints par-dessus son amour-propre et avouer qu'on s'est tromper. Il faut faire un grand mea culpa collectif... "Pouvoir" : c'est la seconde difficulté, car de nombreux prêtres ne sont plus maîtres de la liturgie en leurs paroisses. Les principales commandes, en effet, ont été mises entre les mains de fidèles qui donnent l'impression de se conduire dans le choeur de nos églises comme des frustrés de la Star Academy. En outre, des idées totalement fausses sur la liturgie sont depuis longtemps diffusées par le biais de revues nationales ou diocésaines qui ont, au sein des "équipes liturgiques" locales, bien plus de succès que le Missel romain lui-même. Tout reste donc à inventer pour changer les mentalités et les (trop mauvaises) habitudes

« Il ne faut surtout pas que les évêques de France puisse s’imaginer qu’on les croit lorsqu’ils nous disent qu’ils sont attachés au concile Vatican II. Ils sont attachés à l’idée qu’ils se sont faite du Concile - qui est une idée fausse - mais pas au Concile. Lorsqu’ils nous disent qu’ils sont dans la ligne conciliaire, ils ne bernent que ceux, de moins en moins nombreux, qui n’ont jamais lu les documents de Vatican II. Non : nos évêques, très majoritairement, ne suivent pas le Concile. D’ailleurs, ils ne suivent pas davantage le Pape… »

 

Ce sentiment qu’il existe ce que le P. Bouyer appelait une « trahison des clercs » est aujourd’hui partagé par de très nombreux fidèles.

 

 

SACRÉE CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

 

Lettre aux Présidents des Conférences épiscopales*
au sujet de certains abus et d’opinions erronées 
dans l’interprétation de la doctrine du Concile Vatican II**

 

 

 

Ottaviani.jpegPuisque le Concile œcuménique Vatican II, qui vient de prendre une fin heureuse, a promulgué des documents très sages, soit en matière doctrinale, soit en matière disciplinaire, pour promouvoir efficacement la vie de l’Église, le grave devoir incombe au peuple de Dieu tout entier de s’appliquer, de tout son effort, à conduire à sa réalisation tout ce qui, sous l’influence du Saint-Esprit, a été solennellement proposé ou déclaré par cette très vaste Assemblée des évêques, sous la présidence du Souverain Pontife. À la hiérarchie appartiennent le droit et le devoir de veiller, de diriger et de promouvoir le mouvement de rénovation commencé par le Concile, de telle sorte que les documents et décrets de ce Concile reçoivent une interprétation correcte et soient amenés à leur effet, selon leur force propre et selon leur esprit observé avec le plus grand soin. Cette doctrine, en effet, doit être protégée par les évêques qui, sous Pierre comme Chef, ont la charge d’enseigner avec autorité. C’est d’une manière louable que beaucoup de pasteurs ont entrepris déjà d’expliquer comme il convient la doctrine du Concile. Cependant, on doit regretter que, de divers côtés, soient parvenues des nouvelles alarmantes au sujet d’abus grandissants dans l’interprétation de la doctrine du Concile, ainsi que d’opinions étranges et audacieuses apparaissant ici et là et qui troublent grandement l’esprit d’un grand nombre de fidèles. Il faut louer les études et les efforts pour mieux connaître la vérité, en distinguant loyalement entre ce qui est de foi et ce qui est opinion ; mais des documents examinés par cette sacrée Congrégation, il résulte qu’il s’agit de jugements qui, dépassant facilement les limites de la simple opinion ou de l’hypothèse, semblent affecter d’une certaine manière le dogme lui-même et les fondements de la foi. Il est utile de signaler quelques-unes de ces opinions et de ces erreurs, sous forme d’exemple, telles qu’elles sont connues d’après les rapports d’hommes savants et d’écrits publics.

 

1. Il s’agit en premier lieu de la sacrée Révélation elle-même : il y en a, en effet, qui recourent à l’Écriture sainte, en laissant délibérément de côté la tradition ; mais ils réduisent l’étendue et la force de l’inspiration et de l’inerrance bibliques et ils n’ont pas une juste notion de la valeur des textes historiques.

 

2. En ce qui concerne la doctrine de la Foi, on dit que les formules dogmatiques sont à ce point soumises à l’évolution historique que leur sens objectif lui-même est sujet à changement.

 

3. Il arrive que l’on néglige et que l’on minimise à ce point le magistère ordinaire de l’Église, celui surtout du Pontife romain, qu’on le relègue presque dans le domaine des libres opinions.

 

4. Certains ne reconnaissent presque plus une vérité objective absolue, ferme et immuable ; ils soumettent toutes choses à un certain relativisme, en avançant comme raison que toute vérité suit nécessairement le rythme de l’évolution de la conscience et de l’histoire.

 

5. La personne adorable elle-même de Notre-Seigneur Jésus-Christ est atteinte lorsque, en repensant la christologie, on use de notions sur la nature et sur la personne qui sont difficilement conciliables avec les définitions dogmatiques. Un certain humanisme christologique se répand qui réduit le Christ à la simple condition d’un homme qui, peu à peu, aurait acquis la conscience de sa divine filiation. Sa conception virginale, ses miracles, sa résurrection elle-même sont concédés en paroles, mais sont ramenés en réalité à l’ordre purement naturel.

 

6. De même, dans la manière de traiter la théologie des sacrements, certains éléments sont ou ignorés ou ne sont pas considérés suffisamment, surtout en ce qui concerne la Très Sainte Eucharistie. Au sujet de la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin, il en est qui dissertent en favorisant un symbolisme exagéré, comme si le pain et le vin n’étaient pas changés par la transsubstantiation au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais étaient simplement transférés à une certaine signification. Il en est aussi qui, au sujet de la messe, favorisent plus qu’il n’est juste l’idée d’agapes, au détriment de l’idée de sacrifice.

 

7. Certains aiment expliquer le sacrement de pénitence comme moyen de réconciliation avec l’Église et ne soulignent pas assez la réconciliation avec Dieu offensé. Ils prétendent aussi que pour la célébration de ce sacrement la confession personnelle des péchés n’est pas nécessaire, tandis qu’ils s’appliquent à exprimer uniquement la fonction sociale de réconciliation avec l’Église.

 

8. Il n’en manque pas qui minimisent la doctrine du Concile de Trente sur le péché originel ou qui la commentent de telle manière que la faute originelle d’Adam et la transmission de son péché sont, pour le moins, obscurcies.

 

9. Non moindres sont les erreurs qui circulent dans le domaine de la théologie morale. Beaucoup, en effet, osent rejeter la raison objective de la moralité ; d’autres n’acceptent pas la loi naturelle et affirment la légitimité de ce qu’ils appellent la morale de situation. Des opinions pernicieuses sont répandues sur la moralité et la responsabilité en matière sexuelle et de mariage.

 

10. À tout cela, il faut ajouter une note sur l’œcuménisme. Le Siège apostolique approuve assurément ceux qui, dans l’esprit du décret conciliaire sur l’œcuménisme, prennent des initiatives pour favoriser la charité avec les frères séparés et les attirer à l’unité de l’Église ; mais il regrette qu’il ne manque pas de personnes qui, interprétant à leur manière le décret conciliaire, préconisent une action œcuménique qui offense la vérité sur l’unité de la foi et de l’Église, en favorisant un dangereux irénisme et indifférentisme, ce qui est entièrement étranger à l’esprit du Concile.

 

 

Ces erreurs et ces dangers, répandus les uns ici, les autres là, sont rassemblés sous forme de synthèse sommaire dans cette lettre aux Ordinaires des lieux afin que chacun, selon sa fonction et son office, s’efforce de les enrayer ou de les prévenir. Ce Sacré Dicastère prie instamment ces mêmes Ordinaires des lieux, rassemblés en conférences épiscopales, d’en traiter et d’en faire rapport au Saint-Siège d’une manière opportune en faisant connaître leurs avis avant la fête de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ de cette année.

Que les Ordinaires et ceux à qui ils estimeront devoir les communiquer, gardent sous le strict secret cette lettre qu’une raison évidente de prudence interdit de rendre publique.

 

Rome, le 24 juillet 1966.

A. Cardinal Ottaviani

 

 

* AAS 58 (1966), 659-661.

** En publiant le texte latin de cette lettre les Acta Apostolicae Sedis (58 [1966], 659)

l’accompagnent de cette note : « Nous avons été autorisés à publier la présente

lettre afin de faire connaître sa teneur authentique, car, bien que de par sa nature

même elle exigeait la plus grande discrétion, certains quotidiens n’ont pas

hésité à en publier certaines parties, mais sans respecter le caractère

propre du document. De la sorte, des doutes sont apparus sur le contenu

de la lettre et sur la fin que, par elle, se proposait le Saint-Siège ».

catechismehollandais.jpeg« Quand j'étais au lycée, dans les années 68 (eh oui !) je me souviens qu'un soir, la TV avait programmé une série d'émissions traitant de différents "visages de l'Eglise" après le Concile. On y voyait l'Eglise en Espagne, en France... et quand il a été question de présenter l'Eglise aux Pays-Bas, le document (cf : REPORTAGE INA) a été accompagné du fameux "rectangle blanc" annonçant qu'il valait mieux écarter les jeunes du petit écran. J'avais regardé le reportage sur l'Eglise en Hollande : au cours d'une célébration eucharistique, un prêtre annonçait à l'assemblée qu'il vivait avec son "copain"... Applaudissements des fidèles pour ce courage. Ailleurs, la messe était improvisée et concélébrée par la petite amie du prêtre... Applaudissements des fidèles pour cette ouverture de l'Eglise sur de nouvelles réalités. A Amsterdam, des églises anciennes étaient vendues, réaménagées pour servir de restaurant ou de sex-shop... Applaudissement pour cette affectation des sanctuaires plus en accord avec ce que vivent les chrétiens (depuis peu de temps, on connait même un "cas" où une superbe église de Maastricht est devenue un Hôtel 5 étoiles, NDLR). Et on peut continuer avec de triste "exemple" de prêtres mariés, divorcés et remariés comme le "cas" du jésuite Huub Oosterhuis expulsé de son ordre dès 1969. Et quand on avait demandé à quelques évêques de France ce qu'ils pensaient de cette situation, leurs réponses avaient été évasives : "Nous ne connaissons pas bien la situation de la Hollande... Il faudrait voir sur place et discuter... C'est un appel qui nous est adressé... etc." Aucune condamnation ferme.

 

Allons plus loin : dans les séminaires de France des années 70, des prêtres responsables de la formation des séminaristes ne cachaient pas une certaine admiration pour ce qui se passait en Hollande. C'était, disait-ils, une Eglise plus "vivante" qui se mettait en place, avec des structures permettant aux laïcs de s'exprimer et de s'impliquer dans la vie de communautés. Mis au courant de ce qui se passait et de ce qui s'enseignait dans leurs séminaires, les évêques de France n'ont jamais réagi. Mais rien de tout ceci, j'en demeure certain, ne peut être attribué au Concile ».

L’ « herméneutique de rupture » est un principe d’analyse du Concile qu’ont en commun aussi bien les « lefebvristes » que ceux qui se disent attachés à Vatican II. Chez les « lefebvristes » cette « herméneutique de la rupture » conduit à refuser le Concile et à ne pas l’appliquer. Au moins les choses ont-elles le mérite d’être claires. Chez ceux qui se disent attachés à Vatican II et qui sont actifs dans nos diocèses et nos paroisses, cette même « herméneutique » conduit à dire qu’on accepte le Concile... et à ne pas davantage l’appliquer que les « lefebvristes ». Ici, l’opposition aux enseignements de Vatican II est plus dissimulée, plus silencieuse, mais sur le plan doctrinal et pastoral elle induit presque autant d’erreurs et de ruptures que celles qui peuvent être tirées des thèses lefebvristes. Qu’on regarde simplement ce qui se fait en liturgie : les « lefebvristes » refusent la forme « ordinaire » du rite romain. Mais ceux qui se disent attachés à Vatican II l’acceptent-ils ? Pas davantage que les « lefebvristes ». Seule différence - et elle est de taille - : les « lefebvristes » se retrouvent autour de la forme « extraordinaire » qui, comme l’a souligné Benoît XVI, ne véhicule aucune erreur doctrinale, tandis que ceux qui se disent attachés à Vatican II se retrouvent autour de liturgies aléatoires, mouvantes, variables, dont personne ne peut garantir qu’elles ne véhiculent pas des erreurs doctrinales. Pour échapper à ce maelström qui est autant liturgique que doctrinal, beaucoup de fidèles choisissent tout simplement de ne plus pratiquer, de ne plus aller à la Messe le dimanche. Car entre les « anti-conciliaires » du courant lefebvriste et les « faux conciliaires » du courant qui traverse des diocèses entiers, il n’y a plus rien : rien qui soit clair, droit, et incontestablement conforme à ce que Vatican II a vraiment enseigné et voulu. C’est d’ailleurs là tout le drame de l’Eglise actuelle, spécialement en France : ce sont ceux qui ont le plus revendiqué leur attachement au Concile qui l’ont le moins compris et appliqué, allant jusqu’à critiquer les fidèles qui l’étudiaient à la lumière de la Tradition, c’est-à-dire selon l’ « herméneutique de continuité » dont Benoît XVI nous répète inlassablement que c’est la seule valable.

Le Pape Benoît XVI nous répète que le concile Vatican II est une « boussole pour notre temps ». Une boussole est un instrument de navigation. Tous les marins savent cela. Les capitaines aussi. Mais donner un bon instrument de navigation à un capitaine qui n’a jamais appris à s’en servir est le plus sûr moyen de ne pas arriver à bon port ou, dans le pire des cas, d’aller se fracasser sur le premier écueil rencontré. Il y a eu, dans l’Eglise post-conciliaire, beaucoup de capitaines qui, ne sachant pas utiliser correctement une boussole, ont préféré naviguer à vue... quitte à faire dériver le bâtiment. On pourrait aussi comparer le Concile à une magnifique partition musicale. A un prélude de Bach, par exemple. Mais suffit-il d’avoir la partition sous les yeux et un clavier sous les doigts pour interpréter du premier coup un chef d’œuvre quand on n’a jamais appris la musique ? Il y a eu, dans l’Eglise post-conciliaire, nombre de dilettantes qui ont cru pouvoir faire de la bonne musique sans avoir jamais appris à déchiffrer une partition, sans avoir jamais fait d’exercices de clavier. Ils disaient faire de la belle musique alors qu’en réalité ne servaient que d’inaudibles cacophonies. Les erreurs des années post-conciliaires - dont nous payons aujourd’hui le prix fort - ne sont pas imputables au Concile lui-même, mais aux marins qui ignoraient l’usage des instruments de navigation, aux mélomanes amateurs qui se prenaient pour des interprètes chevronnés. Ce n’est ni aider l’Eglise ni soutenir notre Souverain Pontife que de passer son temps à critiquer le concile Vatican II. Etudions-le et appliquons-le !

 

Pro Liturgia

 

On parle beaucoup de l’importance de retrouver le Concile (le vrai ! Pas le pseudo-concile né dans l’imagination des clercs soixante-huitards.) Retrouver le Concile c’est le lire, le comprendre à la lumière de la tradition vivante dont l’Eglise est l’unique gardienne et surtout c'est... l’appliquer. Or c’est bien au niveau de l’application qu’il y a de sérieux problèmes. Lorsqu’on assiste à une Messe paroissiale, actuellement, on ne peut qu’être surpris de constater que les célébrations ont presque partout intégré des erreurs, des façons de faire, des comportements qui ne sont en rien conformes à ce que le Concile avait demandé. Dans presque toutes les Messes, on retrouve la touche des années 80 avec bien souvent l'accentuation d’un sentimentalisme religieux qui n’a strictement rien de « liturgique ». Mais le plus alarmant, peut-être, est de voir que personne n’est disposé à corriger les erreurs. 


Un Curé, qui n’est pas des plus « traditionnels » mais qui aurait tout de même aimé donner un peu plus de relief aux Messes paroissiales a avoué il y a quelques temps à un paroissien qui se plaignait des « célébrations fadasses » : « Que voulez-vous, je ne peux rien faire : en arrivant ici, j’ai trouvé la paroisse entièrement verrouillée par les équipes de laïcs mises en place par mon prédécesseur... » Inutile de préciser que les équipes en question sont composées d’une poignée de fidèles qui n’y connaissent rien en liturgie mais qui ont la mainmise sur la chorale paroissiale, laquelle ne comprend plus que des personnes qui se font plaisir en chantant des « trucs » que personne ne connaît. Combien de prêtres sont dans cette situation et en souffrent ? Combien de ceux qui se réclament de Vatican II et seraient bien placés pour faire évoluer les choses dans un sens authentiquement conciliaire acceptent sans broncher cette situation ?

 

Pro Liturgia

Le Pape Benoît XVI a employé une expression à l’aide de laquelle il a voulu montrer qu’il n’y a pas dans l’Eglise un « avant Concile » et un « après Concile », mais que ce qui s’est passé après le Concile ne pouvait être compris de façon juste et authentiquement catholique que lié à toute l’histoire de l’Eglise d’avant le Concile. Le Pape a employé l’expression « herméneutique de la continuité ». Et tout le monde de dire que cette façon de voir les choses est « nouvelle » ? Nouvelle ? Non. Tout ceux - prêtres et laïcs - qui ont compris et appliqué correctement le Concile au lendemain de sa clôture, ont vu les enseignements de Vatican II à travers cette « herméneutique de la continuité » même quand ils n’employaient pas cette expression que l’on attribue à Benoît XVI.

 

 

 

 

Seulement voilà : tout ceux qui étaient à la tête des organismes influents dans les diocèses - les évêques, les curés de paroisses, le supérieurs de séminaires ou de communautés religieuses... - leur ont répondu qu’ils avaient tout faux et que le Concile devait obligatoirement être compris selon une « herméneutique de rupture ». Et tout fut fait pour que cette rupture soit immédiate et apparente essentiellement dans les domaines de la liturgie et de la catéchèse. Entre autres choses, on s’employa à « placardiser » et à réduire au silence tous les fidèles qui demandaient que le Concile soit compris et appliqué selon une « herméneutique de continuité ». Dans les paroisses, les chorales qui chantaient du grégorien furent interdites et les prêtres qui respectaient le Missel romain « restauré » furent soupçonnés de ne pas vouloir appliquer Vatican II ; dans les séminaires, les jeunes qui tenaient au Concile furent « aimablement » poussés vers la sortie au motif qu’ils ne pourraient jamais s’adapter à « la pastorale de la nouvelle Eglise » (sic). A cette époque, la Communauté Saint-Martin, fondée par prêtre champion de l’ « herméneutique de la continuité », l’Abbé Guérin, fut contrainte de s’expatrier et de trouver refuge dans le diocèse italien de Gênes. Ne sont donc restés dans les diocèses de France, dans les paroisses et dans les séminaires de France que les fidèles qui ne pouvaient pas concevoir le Concile autrement que comme un acte obligeant à une séparation entre un « avant » et un « après » : avant, plus rien n’allait ; après, tout allait bien aller... 

 

Aujourd’hui, en France, l’Eglise ne commence à « décoller » que dans les rares diocèses ayant à leur tête un évêque pour qui l’ « herméneutique de continuité » a toujours été une évidence, comme elle a toujours été une évidence pour, par exemple, les moines de Solesmes. Partout ailleurs, là où le pasteur diocésain en est resté à ce qu’on lui a appris au séminaire du temps où il se préparait à être prêtre, là où le pasteur diocésain a nommé des vicaires épiscopaux de la même génération, l’Eglise ne « décolle » pas et ne pourra jamais décoller. On répondra : « Le Pape n’a qu’à nommer des évêques convaincus que le Concile doit être lu selon l’ « herméneutique de la continuité ! ». Outre le fait que l’Eglise ne se gouverne pas à coups de « yaka », il existe une double réalité : d’une part, les prêtres ayant cette position sont plutôt rares, peu ayant résisté aux pressions proprement staliniennes qu’ils devaient subir à l’époque où ils étaient au séminaire, et d’autre part peu nombreux sont les prêtres authentiquement « conciliaires » qui acceptent d’être évêques pour reprendre en main des diocèses devenus par certains côtés de véritables « paniers de crabes » et, par d’autres côtés, des déserts spirituels où ne sont souvent plus que quelques prêtres qu’on s’est employé à rendre aussi faibles théologiquement que physiquement.

 

Pro Liturgia

Les « traditionalistes » les plus opposés à Vatican II disent à qui veut l’entendre que le Concile doit être abandonné car il n’a rien amené de bon dans l’Eglise. Certes, si l’on regarde ce qui se passe en France, on pourrait être d’accord avec eux... mais à la condition d’admettre que la France a été le pays où les enseignements de Vatican II ont été les plus trahis, notamment en ce qui concerne la catéchèse et la liturgie qui ont trouvé dans les paroisses - grâce au silence des évêques - un terrain d’expériences inédites dans l’histoire de l’Eglise. En faisant de Vatican II l’origine de tous les maux qui atteignent aujourd’hui l’Eglise, on oublie un peu trop vite que tous les conciles, sans exception, ont été suivis de périodes tumultueuses plus ou moins longues. Au moment du concile de Constantinople, en 382, Grégoire de Naziance appelé par l’empereur à participer à une seconde session, n’avait-il pas déclaré : « Pour dire la vérité, je considère qu’on devrait fuir toute assemblée d’évêques, car je n’ai jamais vu aucun concile avoir une issue heureuse ni mettre fin aux maux. » Quant à Basile de Césarée, il avait parlé du « vacarme indistinct et confus », et de la « clameur ininterrompue qui remplissait toute l’Eglise » lors du même Concile (Cf. Benoît XVI, Discours à la Curie romaine, 22.12.2005). Même le concile de Trente avait été très critiqué, et la réforme liturgique qu’il a initiée et qui se fera sous l’autorité du pape S. Pie V ne sera appliquée dans les paroisses... qu’au XIXe siècle. Une réalité qu’oublient trop souvent les « traditionalistes ».

 

Tous les conciles ont donc été suivis d’une période plus ou moins longue de confusions plus ou moins graves. Et l'on ne voit pas comment Vatican II pourrait faire exception à cette règle. Mais faut-il pour autant se croiser les bras et attendre que la tempête se calme ? Sûrement pas ; car plus on attend, plus on laisse les erreurs s’enraciner profondément ; plus on tarde à agir, plus on fait passer les erreurs confortablement installées dans les esprits pour des vérités, ce qui est le meilleur moyen pour se fourvoyer définitivement et créer une mosaïque de chapelles où la foi qui s’enseigne et se célèbre ne sera plus celle de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ce qui importe, dans le contexte actuel de cette confusion issue d’un savant mélange d’ignorance et de désobéissance, c’est de faire le bilan dans une vision large et distante, bilan qui subsiste malgré les manifestations inévitables de crise, mais bilan qui devra se faire par une analyse critique et sans complaisance des « facteurs négatifs incontestables très graves et dans une grande mesure inquiétants ». Il s’agit donc de reconnaître et de dénoncer les erreurs : non par pessimisme ou par simple goût de la critique, mais simplement pour éviter de tomber dans ce désespoir secret qui pousse bien des fidèles à abandonner la pratique dominicale dans un premier temps, à se détacher de l’Eglise dans un second temps. (Cf. Cardinal Joseph Ratzinger, Les principes de la théologie catholique, éd. Téqui, Paris.)

 

Pro Liturgia

Le succès des discussions qui devront avoir lieu entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dépendra essentiellement d'une entente possible des deux parties en ce qui concerne le Concile Vatican II. Il est demandé aux membres de la Fraternité de reconnaître la validité des textes de ce Concile, certains précisent : de reconnaître intégralement tout ce qu'a dit le Concile. Ceci pose toutefois une question importante : tous ceux qui exigent haut et fort cette attitude de la part des traditionalistes ont-ils eux-mêmes le souci de se conformer en tous points aux textes conciliaires ?
(…) Que signifie "accepter le Concile" ? C'est la question fondamentale qui se pose aux traditionalistes ainsi qu'à la plupart de leurs opposants. Accepter le Concile peut signifier qu'il ne faut pas considérer Vatican II comme un Concile parasite dans l'Eglise pour le mettre en accusation, mais le recevoir comme un Concile convoqué et présidé par le pape, et respecter ses déclarations, constitutions et autres décrets comme des actes légitimes de la plus haute autorité de l'Eglise. Accepter le Concile peut aussi vouloir dire adhérer sans conditions et sans exceptions à toutes ses décisions. C'est ainsi que beaucoup le comprennent. Mais cette acception est-elle la bonne ? Peut-elle être la bonne ? Si oui, alors une grande partie des théologiens catholiques actuels et aussi de nombreux évêques devraient être... excommuniés, ou pour le moins exclus de leurs fonctions ! Ils n'ont en effet aucunement l'intention de réaliser une telle application intégrale du Concile qu'ils exigent pourtant des autres. On peut ainsi citer de nombreux exemples de dissensions et marques de désobéissances qui n'ont jusqu'ici jamais été sanctionnées :






→ On peut nier ouvertement les données de la Foi définies lors de Conciles antérieurs et confirmées par Vatican II (la Trinité, la Divinité du Christ, Sa Conception Virginale, le caractère Salvifique de la Mort du Christ sur la Croix...). Le Concile utilise plus de vingt fois l'expression "Sacrifice de la Messe"; le fait que des théologiens catholiques et même des évêques contestent cette interprétation rejaillit sur toute la signification de la Messe comme actualisation du Sacrifice du Christ et rend obsolète l'expression "Sacrifice de la Messe". Le caractère Sacrificiel de la Messe est pourtant un Dogme défini par le Concile de Trente et repris par Vatican II.


→ Le Concile parle de l'Eglise et du Christ comme Unique Médiateur pour le Salut des hommes. Il dit : « Aussi ne pourraient-ils pas être sauvés, ceux qui, sans ignorer que Dieu, par Jésus-Christ, a établi l'Eglise catholique comme nécessaire, refuseraient cependant d'y entrer ou de demeurer en elle ». (Cf. Lumen Gentium, N°14). Le Concile précise encore que pour garder ouvert le chemin du Salut, le Christ a doté l'Eglise du principe d'infaillibilité dans les questions de Foi et de Morale. Passant outre, un certain nombre de théologiens prônent plutôt le relativisme et un pluralisme sceptique.


→ Citons encore le célibat du prêtre considéré par le Concile comme un don précieux pour le maintien duquel prêtres et fidèles sont invités à prier instamment. Est-ce par un malheureux hasard qu'au cours de ces quarante dernières années, aucun appel à une telle prière ne soit parvenu ? 

→ La célébration quotidienne de la Sainte Messe n'est plus aujourd'hui une évidence. En certains endroits, elle est même devenue impossible; et pourtant, le Concile dit : « C'est pourquoi il est vivement recommandé [aux prêtres] de célébrer la Messe tous les jours; même si les chrétiens ne peuvent y être présents, c'est un acte du Christ et de l'Eglise ». (Cf. Presbyterorum Ordinis, N°13). Qui, parmi ceux qui exigent une acceptation complète de tous les textes du Concile a vraiment accepté ce texte-là ? 

→ La Constitution Gaudium et Spes est souvent un test pour mesurer le degré d'adhésion de ceux qui se disent fidèle à Vatican II. Il y est dit : « En ce qui concerne la régulation des naissances, il n'est pas permis aux enfants de l'Eglise, fidèles à ces principes, d'emprunter des voies que le Magistère, dans l'explicitation de la Loi Divine, désapprouve » (Cf. N°51, 3). On sait pourtant que de nombreux prêtres, évêques et théologiens s'opposent fermement à ces lignes. (des lignes INFAILLIBLES en plus ! ; NDLR).

→ Le Concile a interdit d'introduire en liturgie des nouveautés dont l'utilité n'est pas justifiées. Il a confirmé le latin comme langue de la liturgie romaine et donné la possibilité d'utiliser la langue du peuple pour certaines parties de la messe seulement (liturgie de la Parole). Il a désigné le chant grégorien comme le « chant propre de la liturgie romaine » et demandé que les fidèles sachent chanter en latin les parties qui leur reviennent. Il a parlé du prêtre comme de celui qui, à la tête de son peuple, porte les prières des fidèles devant Dieu; il n'a rien dit d'un retournement du prêtre vers les fidèles. Le prêtre n'est pas celui qui invite les fidèles à la communion; il est le premier des invités, celui qui reçoit et transmet le don reçu. Cela s'exprime très simplement dans le fait que la communion des fidèles a lieu après celle du célébrant.

→ Aucun des pères conciliaires n'aurait eu l'idée de faire disparaître le Symbole de Nicée (ce Credo qui relie toutes les Eglises catholique, orthodoxe et anglicane, qui est appris par coeur par les confirmands protestants), et de le remplacer par le Symbole des Apôtres. Et pourtant cela a eu lieu... et il y a souvent bien pire !

 

 

Adhésion totale au Concile, disions-nous ? 
Sur tous ces sujets et d'autres encore, comme la question de la liberté religieuse, le succès des discussions avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X n'est pas garanti. Non pas forcément en raison des positions de la Fraternité elle-même, mais aussi parce qu'en face de cette Fraternité se trouvent de nombreux prêtres - et évêques - qui eux-mêmes ne respectent pas le Concile dont ils se réclament. Mais il n'est pas juste non plus de penser qu'une entente est improbable : il s'agit en effet d'une oeuvre de réconciliation, d'une oeuvre de l'Esprit-Saint. Dans ce domaine, un chrétien n'a pas à spéculer, à exprimer son pessimisme ou son optimisme, mais il lui revient de prier et de demander un miracle. La foi chrétienne pousse à croire aux miracles : on met sa confiance dans les paroles du Seigneur : « Demandez, on vous donnera; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira. Ou encore, qui d'entre vous si son fils lui demande du pain lui donnera une pierre ? Ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ». (Matthieu 7, 7-12).

 

Extrait d'un texte de Robert Speamann, Tagespost

 

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