Tandis que presque partout, en France, on continue - souvent avec une réelle arrogance - d'ignorer la liturgie restaurée à la suite de Vatican II telle qu'elle est donnée par le missel dit "de Paul VI", des fidèles se regroupent pour demander que leur soient accordés des lieux où pourra être célébrée la forme "extraordinaire" du rite romain, comme le prévoit le Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Beaucoup de ces fidèles ne sont pas des inconditionnels de la forme "extraordinaire". S'ils y viennent ou s'ils y retournent, c'est très souvent parce, à partir de ce qu'ils voient dans leurs paroisses, ils imaginent que la forme "ordinaire" est forcément laide, bavarde, fatigante, souvent même abrutissante et infantilisante. S'ils y viennent ou y retournent, c'est aussi parce qu'ils ont constaté que demander au curé de leur paroisse - ou même à l'évêque de leur diocèse - de célébrer correctement la forme "ordinaire" de la liturgie romaine revient à demander l'impossible : les curés pas plus que les évêques ne la veulent. D'ailleurs, savent-ils la célébrer ? Donc, il n'y a plus qu'une solution : se rabattre sur la forme "extraordinaire". C'est aussi une solution qui arrange bien le clergé local : on parque les "tradis" dans une chapelle et on continue à faire ce qu'on veut partout ailleurs... Tout le monde est content. Mais pour combien de temps ? Car il semble que cette façon de procéder, qui oblige les évêques à ne plus faire que de la gestion de situations précaires au détriment d'une authentique pastorale liturgique, ne soit pas une solution d'avenir. Et, comme on le verra plus bas, elle n'est pas ce que le pape Benoît XVI a souhaité.

 

 

 


1475616270Dans une église paroissiale, deux messes dominicales se succèdent. La première, se faisant passer pour conforme à la forme "ordinaire", est célébrée n'importe comment par le curé-improvisateur-guitariste. La seconde, conforme à la forme "extraordinaire", est célébrée par des prêtres extérieurs à la paroisse. Sur le parvis de l'église, les fidèles de la messe dite "ordinaire" croisent tous les dimanches les fidèles de la messe "extraordinaire" : les uns sortent tandis que les autres entrent... Pendant ce temps, on se dépêche de dégager le choeur de tout ce qui a servi pour la célébration de la première messe : il faut pousser sur le côté l'autel "face au peuple", enlever le décor imaginé par l'E.A.P. locale... Et l'on met en place ce qu'il faut pour la messe "extraordinaire" : cierges, canons d'autel, missel... etc. Sur l'escalier qui mène à la tribune, la chorale de la messe "ordinaire" qui descend croise la chorale de la messe "extraordinaire" qui monte... L'organiste qui prend son service remplace le "Louange à Dieu" et les partitions photocopiées utilisées à la messe "ordinaire" par le "Potiron" (1) et le "Paroissien 800"... Les deux musiciens se saluent : - Je vous laisse le moteur de l'orgue allumé. Bon dimanche ! - Oui, merci. Bon dimanche ! Depuis que cette situation existe, il n'y a pas eu un seul échange entre les fidèles de l'une ou de l'autre messe. Ce qui donne l'impression de deux mondes qui coexistent l'un à côté de l'autre mais qui n'ont rien en commun si ce n'est l'utilisation du bâtiment-église. C'est l'univers des Shadoks et des Gibis en quelque sorte... En beaucoup d'endroits se met en place une situation analogue. Et l'on voit des fidèles se réclamant du Concile croiser des fidèles se réclamant de la Tradition : les premiers ignorent que le Concile, qui ne peut être compris qu'à la lumière de la Tradition, ne leur permet pas  leurs excentricités liturgiques; les second refusent de comprendre que c'est la Tradition - qui va (pour le moment) de Nicée à Vatican II en englobant les enseignements de tous les papes, de Pierre à Benoît XVI (pour le moment aussi) - qui a dirigé la restauration liturgique voulue par le Concile.

 

Alors, faut-il se réjouir d'obtenir toujours plus d'églises où sera célébrée la forme "extraordinaire" de la liturgie romaine ? Oui, si l'on envisage ces lieux de culte comme transitoires et si l'on envisage la forme "extraordinaire" comme un moyen de soigner les blessures infligées à la forme "ordinaire". Non, si l'on conçoit ces lieux de culte comme des refuges stables destinés à des inconditionnels de la forme "extraordinaire" que rejoignent des fidèles frustrés de ne pouvoir participer, dans leurs paroisses respectives, à des liturgies conformes aux enseignements de l'Eglise. (2) La pensée du pape Benoît XVI au sujet des deux formes du rite romain est très claire et il n'est aucun fidèle digne de ce nom qui puisse l'ignorer pour donner libre cours à des préférences liturgiques exclusives. Dans la Lettre accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum qu'il adresse à tous les évêques le Saint Père précise : « La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c'est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel ». Ainsi, selon le Souverain Pontife, c'est bien la forme "ordinaire" du rite romain qui doit unir les fidèles des différentes paroisses, la forme "extraordinaire" ne pouvant être envisagée que dans un contexte transitoire en raison des problèmes actuels. Alors, plutôt que de vouloir une multiplication des célébrations selon la forme "extraordinaire" qui, dans ce contexte de mutuelle indifférence et de commune ignorance de la liturgie, n'apporte rien à la forme "ordinaire", la première chose à faire n'est-elle pas de demander sans relâche aux évêques de veiller à ce que les prescriptions données par le Missel de Paul VI soient partout respectées ? Il en va du droit des fidèles à prendre part à des liturgies qui ne se voudront ni "ordinaires" ni "extraordinaires", mais tout bonnement "catholiques"... Objectivement catholiques romaines ! (3)

 


(1) Le "Potiron" est le nom donné habituellement au livre d'accompagnement du grégorien

réalisé par Henri Potiron (1882-1972). Henri Potiron fut, entre autres choses, organiste

à la basilique de Montmartre et à l'orgue de choeur de Notre-Dame de Paris.
(2) Voir Benoît XVI, Lumière du monde, éd. française, Bayard, 2011, pp. 143-144.
(3) Voir Mgr Guido Marini, La liturgie, mystère du salut, éd. Artège, 2010.

Photo : Messe de Benoît XVI selon le Missel restauré à la suite de Vatican II

La "réforme de la réforme" de la liturgie, telle qu'elle est souhaitée par le pape Benoît XVI pour permettre aux fidèles de s'approprier le rite romain restauré à la suite de Vatican II, n'aboutira pas à la publication d'un nouveau missel.
Par contre, il est fort possible que soit publié par le Vatican une sorte de "guide pratique" indiquant aux célébrants comment mettre en oeuvre la forme "ordinaire" de la liturgie sans la trahir, sans trahir le Concile. 
Un tel "guide" préciserait, par exemple, comment interpréter correctement certains points de l'Introduction Générale du Missel Romain dont les formulations ont pu être l'objet de lectures divergentes et parfois erronées. On pourrait préciser, entre autres choses, comment il faut entendre, en liturgie, la fameuse formule "on pourra..." laquelle n'a jamais été, contrairement à ce qui a pu être dit, une formule donnant toute liberté aux célébrants, mais simplement un moyen de mettre fin à un rubricisme trop rigide qui se révélait inapplicable dans certains contextes (pays de missions). "On pourra" signifie bien : "on pourra... quand il n'est objectivement pas possible de faire mieux ou autrement". 
De tels points - et bien d'autres encore - pourraient être expliqués dans un "guide pratique".
Par ailleurs, un "guide" aurait un autre grand avantage : il rendrait caduques les feuilles et livrets d' "animation liturgique" dont l'utilisation aura souvent fait plus de mal que de bien dans nos paroisses.

Pro Liturgia

Un fidèle explique pourquoi il est attaché à la forme "extraordinaire" du rite romain. Selon lui, cette forme serait un repère solide en ce qu'elle demeure invariable, alors que la forme "ordinaire" - celle issue de Vatican II - est célébrée avec autant de variations qu'il y a de prêtres. Voici une affirmation erronée - une de plus, devrait-on dire - concernant la forme "ordinaire". Contrairement à ce que l'on croit souvent, la forme "ordinaire" de la liturgie romaine ne permet aucune des variations que l'on constate d'une paroisse à l'autre, d'un célébrant à l'autre. Car cette forme est aussi très clairement définie par le Missel dit "de Paul VI" qui rappelle même au passage que tout célébrant « doit être attentifs aux normes données dans la Présentation générale du Missel romain ainsi qu'à la pratique reçue du rite romain, plutôt qu'à ses goûts personnels et à son propre jugement ». (Présentation générale, n°42). Voilà donc qui devrait obligé les prêtres - évêques en tête - se réclamant du Concile à mettre un terme définitif aux variations qui caractérisent leurs façons de célébrer la liturgie. S'il existe quelques possibilités d'adaptations, ce qui est normal vu la grande diversité des situations dans lesquelles cette forme "ordinaire" du rite romain doit être mise en oeuvre, cela n'autorise en aucun cas à modifier les rites et les textes de la liturgie. Il faut le dire clairement et sans cesse le répéter aux célébrants et aux équipes liturgiques. Ainsi, les variations que l'on constate aujourd'hui - et qu'on déplore - dans la célébrations de la forme "ordinaire" du rite romain ne sont pas le fait de la restauration liturgique voulue par Vatican II, mais uniquement le fait de célébrants qui, ignorant la promesse qu'ils ont faite au moment de leur ordination sacerdotale, ne servent plus l'Eglise dans l'obéissance et la fidélité.

 

On imagine généralement que ceux qui ne respectent pas la forme "ordinaire" de la liturgie sont des enragés de la désobéissance, des fanatiques de la rébellion, des spécialistes de la dissidence... Peut-être certains le sont-ils effectivement; mais de loin pas tous ! D'où cette question : d'où vient l'irrespect quasi-généralisé de la liturgie ? Cet irrespect est essentiellement le fait de fidèles - clercs ou laïcs - persuadés que ce qu'ils font est tout à fait "normal" (1). Pour ces gens, il est peu à peu devenu comme logique de normaliser l'inimaginable. En quelque sorte, il faut oser faire des choses stupéfiantes en liturgie. Ces choses prendront peu à peu l'apparence de la "normalité" dès lors qu'elles seront accomplies dans le contexte d'un système pastoral qui donne l'apparence d'être cohérent (2). Alors, en liturgie - comme en d'autres domaines soumis à cette logique - ce qui est laid, inhabituel, choquant... devient la routine et finit par être accepté. L'anormal devient banal et c'est paradoxalement quand la liturgie est respectée qu'elle paraît "anormale" et que le prêtre qui la célébre passe pour un original ou un dissident incapable de se conformer à ce qui se fait (de travers) partout ailleurs. Nous en sommes là... et ça risque de durer!

 

 

(1) Il existe un domaine qui n'a aucun rapport avec la liturgie mais qui permet de comprendre la question du remplacement du "normal" par l' "anormal". C'est celui du nazisme.

Hannah Arendt montre que durant la Seconde Guerre Mondiale, la dénonciation et le massacre des Juifs ne furent pas que l'oeuvre de malades et de fanatiques, mais aussi

de gens "ordinaires" qui, après avoir été déresponsabilisés par le système nazi exposé avec une désarmante logique dans Mein Kampf, ont participé à la Shoah avec le sentiment

que ce qu'ils faisaient était "normal". Ce phénomène est aussi expliqué par Edward S. Herman. Selon lui, les choses les plus épouvantables finissent par être

considérées comme légitimes si elles sont accomplies dans un contexte donnant l'impression d'être logique. En liturgie, par exemple, il est "logique" de vouloir la participation des fidèles;

donc, il devient "légitime", aux yeux de certains, de supprimer le latin et le grégorien que pourtant l'Eglise a demandé de conserver. Ici, la "logique de participation" défendue par certains acteurs

de la pastorale ne prend pas en compte certains paramètres liturgiques, théologiques et sociologiques qui seraient en faveur du latin et du grégorien.


(2) Dans les années 1970-80 circulait dans les séminaires diocésains et les paroisses un slogan qui disait :

"Il faut multiplier les innovations en liturgie: quand elles seront généralisées, à Rome on sera bien obligé de les accepter."

encensement.jpg1. S’interdire l’improvisation et l’impréparation qui conduisent immanquablement à ruiner la liturgie. Et parfois même à ridiculiser les acteurs de la célébration.

2. Rester concentré sur l’autel et sur ce qui s’y déroule : à l’exception près où le prêtre s’adresse directement aux fidèles, les regards des ministres ne doivent jamais se « promener » dans l’assistance.

3. Lorsqu’ils se tiennent debout et n’ont aucune action précise à accomplir, les ministres de l’autel gardent les mains jointes à hauteur de la poitrine. Lorsqu’ils se déplacent sans rien tenir, ils ont aussi les mains jointes. En règle générale, garder les bras ballants est une attitude relâchée qu’il faut absolument à proscrire.

4. Les servants doivent veiller à ce que la croix de procession ou les cierges qu’ils portent soient bien verticaux et ne soient pas animés d’une oscillation inesthétique. Le servant chargé de l’encensement doit apprendre à balancer l’encensoir en demeurant bien droit. Célébrants et servants doivent aussi veiller à ne pas faire de bruit avec les chaînes...

5. Tout acteur de la liturgie qui se tient debout évitera de se balancer d’avant en arrière comme pour chercher un équilibre.

6. Dans l’église, les systèmes de sonorisation doivent être réglés de façon à ce que les fidèles entendent ce qui se déroule dans le sanctuaire sans pour autant avoir l’impression que le célébrant s’adresse systématiquement à chacun d’eux. Ceux qui sont appelés à parler dans un micro doivent s’exercer à placer leur voix correctement : articulations, pauses, hauteur... Si la paroisse dispose d’une chorale, la voix du célébrant ne doit jamais dominer pendant les chants. Il est d’ailleurs rare d’entendre un prêtre chanter à la bonne vitesse en sachant se fondre dans le chant d’assemblée sans le ralentir...

7. La direction du chant par un fidèle laïc est à proscrire. Et ce pour au moins trois raisons : 1) la direction de chant ne s’apprend pas en quelques stages d’ « animation liturgique » ; elle est un métier. 2) ou bien les fidèles connaissent le chant et dans ce cas ils n’ont pas besoin d’être dirigés, ou bien ils ne le connaissent pas et dans ce cas ils ne suivent pas la direction puisqu’ils sont obligés de regarder les paroles dans leur livre. 3) entre l’animateur, l’organiste, la chorale, l’assemblée, le célébrant... il y a régulièrement des décalages de sons qui aboutissent à ce que le chant se transforme en une « bouillie »... qui ne donne plus aux fidèles l’envie de chanter.

8. Un prêtre doit toujours avoir présente à l’esprit l’idée qu’une liturgie est une « célébration » et non un « enseignement ». L’enseignement précède la liturgie mais ne se confond pas avec elle.

9. Le sujet authentique de la liturgie n’est ni l’individu ni le groupe, mais l’action de Dieu à travers l’Eglise qui a son histoire, sa riche tradition et sa propre « créativité ».

10. Quand, au cours de réflexions sur la liturgie ou de préparations de messes paroissiales, on se demande comment rendre la célébration plus intéressante, plus attirante, alors la partie est déjà perdue. (Benoît XVI)

 

Pro Liturgia

Dans les débats actuels qui se font autour de la liturgie en général et de la messe en particulier, il semble que beaucoup veuillent se couvrir des écrits du pape... souvent pour dire tout et n'importe quoi.
Il y a, bien sûr, ceux qui se réclament de Benoît XVI pour se prévaloir de la liturgie du concile Vatican II... qu'ils n'ont jamais ni étudié ni suivi. C'est l'immense majorité des clercs de France (exception faite pour les nouvelles générations) et des fidèles qui les suivent en leur faisant une confiance aveugle. A ceux-ci, rappelons que le Saint-Père a écrit en toutes lettres « qu'en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel » mais qu' « au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité [qui] a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable »...

 

 

 

vocations... une affirmation dont nos clercs ne semblent pas faire grand cas alors qu'elle reflète la triste réalité. Faut-il redire ici que la Constitution conciliaire sur la liturgie et le missel romain qui en est issu n'ont jamais autorisé qu'un fidèle - fut-il prêtre - puisse changer quoi que ce soit dans la liturgie ? Peut-être ceux qui se réclament de Vatican II devraient-ils s'en souvenir.
Il y a ensuite ceux qui se réclament du Motu proprio Summorum Pontificum pour se prévaloir d'une forme (nous disons bien "une" forme) prise par la liturgie romaine à partir du Concile de Trente et aussi pour vouloir que cette forme redevienne la norme dans un futur aussi proche que possible. Ne conviendrait-il pas que ces fidèles qui ne cessent de remercier le Saint Père parce qu'il leur a redonné la possibilité de participer à une forme de la liturgie à laquelle ils sont attachés, relisent les textes auxquels ils se réfèrent - le Motu proprio et la Lettre aux évêques qui l'accompagne - ? Que dit cette Lettre ?
 « (...) il faut dire avant tout que le missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure évidemment la forme normale ­ la forma ordinaria ­ de la liturgie Eucharistique ». On lit bien : le missel romain dit "de Paul VI" est et demeure le livre de référence pour ce qui est de la façon "normale", "habituelle" de célébrer l'Eucharistie. Et le Saint-Père de poursuivre :
 « La dernière version du Missale Romanum, antérieure au Concile, qui a été publiée sous l'autorité du Pape Jean XXIII en 1962 (...) pourra en revanche être utilisée comme forma extraordinaria de la Célébration liturgique ». Le missel romain dit "de Saint Pie V" (qui est en réalité devenu le missel "de Jean XXIII" en raison des dernières modifications qui y ont été apportées par ce pape) pourra être utilisé, et non devra être utilisé. 
En outre, Benoît XVI précise qu' « il n'est pas convenable de parler de ces deux versions du missel romain comme s'il s'agissait de "deux rites". Il s'agit plutôt d'un double usage de l'unique et même rite ». C'est ce que, à Pro Liturgia - et même avant la fondation de notre Association - nous avons toujours affirmé. Et l'on ne peut que déplorer qu'il puisse se trouver encore des fidèles traditionalistes qui, tout en se réclamant de Benoît XVI, opposent les deux missels pour faire de la messe "de Saint Pie V" un rite à part entière : un rite qui, selon ces fidèles, serait plus catholique, plus traditionnel, plus juste doctrinalement parlant que le "rite" actuel qu'ils prétendent avoir été inventé de toutes pièces par Vatican II. Leur erreur est grossière !
Benoît XVI poursuit : « je voudrais attirer l'attention sur le fait que ce missel [de 1962] n'a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». Soulignons ici les termes employés par le Souverain Pontife : le missel en usage avant Vatican II n'a jamais été juridiquement abrogé. Que Paul VI n'ait jamais songé à abroger "juridiquement" l'ancien missel romain est la meilleure preuve qu'il y a une incontestable continuité entre les deux missels : le missel issu de Vatican II a pris la suite logique du missel "tridentin" pour le parachever (cf. Jean Paul II, Lettre Vicesimus quintus annus). Voici d'ailleurs ce que dit la Constitution Missale romanum de Paul VI, datée de 1969 et placée en tête du missel romain actuel : « Le Missel romain, promulgué en 1570 par Notre prédécesseur saint Pie V, sur l'ordre du Concile de Trente, (...) a fourni aux prêtres du rite latin la norme de la célébration du sacrifice eucharistique (...) Le récent IIème Concile oecuménique du Vatican, en promulguant la Constitution Sacrosanctum Concilium, a établi les bases de la révision générale du missel romain: en déclarant "que les textes et les rites doivent être organisés de telle façon, qu'ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils signifient"; en ordonnant que "l'Ordo de la messe soit révisé, de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties, et que soit facilitée la participation pieuse et active des fidèles"; en prescrivant "qu'on ouvre plus largement les trésors bibliques, pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la Parole de Dieu" (...) Nous ordonnons que les prescriptions de cette Constitution entrent en vigueur le 30 novembre prochain de cette année, premier dimanche de l'Avent. Nous voulons que ce que Nous avons établi et prescrit soit tenu pour ferme et efficace, maintenant et à l'avenir, nonobstant, si c'est nécessaire, les Constitutions et Ordonnances apostoliques données par nos Prédécesseurs et toutes les autres prescriptions mêmes dignes de mention spéciale et pouvant déroger à la loi. (...) ». La Constitution Missale romanum de Paul VI parle bien d'une "révision générale du missel romain" voulue par Vatican II et qui doit être tenue pour "ferme et efficace", et non de la suppression du missel issu de Trente. Ce sont ces termes qui font que Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques, a pu écrire qu' "en principe" le missel en usage jusqu'au moment du Concile n'a pas été abrogé. La locution "en principe" signifie ici "en pure théorie". Mais dans la pratique, c'est bien le missel dit "de Paul VI" qui demeure normatif, comme le souligne le Saint Père lorsqu'il écrit - toujours dans la "Lettre aux évêques" - : "le nouveau missel restera certainement [i.e. d'une façon incontestable] la forme ordinaire du rite romain, non seulement en raison des normes juridiques, mais aussi à cause de la situation réelle dans lesquelles se trouvent les communautés de fidèles."
On peut dire que si, d'un côté, les modifications que certains clercs attachés au Concile font subir à la liturgie demeurent totalement illégitimes, de l'autre côté, l'usage de l'ancien missel ne constitue qu'une dérogation transitoire aux normes liturgiques actuellement en vigueur dans toute l'Eglise. C'est donc bien au-delà des "modifications illégitimes" et les "dérogations transitoires" qu'il faut situer l'urgence "d'un nouveau mouvement liturgique qui donne le jour au véritable héritage de Vatican II." (Cf. Cardinal Ratzinger, Ma Vie, souvenirs).

 

Pro Liturgia

Depuis Vatican II, on n'a pas cessé de parler d'une "crise de la liturgie". Mais peut-on dire que la liturgie est en crise? Affirmer que la liturgie est en crise serait reconnaître que la célébration de la foi de l'Eglise est devenue insolite, instable, extravagante, déroutante... Or la liturgie de l'Eglise n'est rien de tout ça... lorsqu'elle est respectée, correctement mise en oeuvre, fidèlement célébrée. Tout le problème est là : la liturgie donne l'impression d'être en crise uniquement parce que nous ne la respectons plus; parce que nous ne cherchons plus à la mettre correctement en oeuvre; parce que nous ne la célébrons plus fidèlement. Ce n'est pas la liturgie qui est en crise, mais nous-mêmes. Nous: fidèles clercs et laïcs. Ce que nous croyons être une crise de la liturgie est en réalité une crise des baptisés qui conduit à ne plus vouloir la liturgie que nous transmet l'Eglise. Il y a donc une crise de la foi doublée d'une crise de la transmission: des clercs ne transmettent plus la liturgie de l'Eglise parce qu'eux-mêmes n'y croient plus et parce qu'ils n'ont plus été entraînés à servir l'Eglise comme le Christ a demandé qu'elle soit servie.

 

 

 


Dans la Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II, on apprend que c'est dans la participation à la liturgie de l'Eglise (liturgie qu'il ne faut jamais confondre avec la liturgie particulière de tel ou tel célébrant) que les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien. Et le texte conciliaire ajoute aussitôt : « mais il n'y a aucun espoir d'obtenir ce résultat, si d'abord les pasteurs eux-mêmes ne sont pas profondément imprégnés de l'esprit et de la vertu de la liturgie, et ne deviennent pas capables de l'enseigner; il est donc absolument nécessaire qu'on pourvoie en premier lieu à la formation liturgique du clergé ». (Cf. n.14) On lit bien : ce qui fait aujourd'hui difficulté, ce n'est pas tant la liturgie elle-même que les pasteurs qui ne sont plus imprégnés de son esprit - c'est-à-dire de son sens profond - et de sa vertu - c'est-à-dire des qualités qu'elle transmet -. Si l'on poursuit la lecture du texte conciliaire, on voit qu'il a été expressément demandé à tous les évêques de veiller à la nécessaire formation des prêtres et des futurs prêtres : « L'enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d'études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales et il faut le dispenser dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique. En outre, les maîtres des autres disciplines, surtout de théologie dogmatique, d'Ecriture Sainte, de théologie spirituelle et pastorale, se préoccuperont, selon les exigences intrinsèques de chaque objet propre, de faire ressortir le mystère du Christ et l'histoire du salut, si bien qu'on voie apparaître clairement le lien de ces disciplines avec la liturgie et l'unité de la formation sacerdotale.Les clercs, dans les séminaires et les maisons religieuses, acquerront une formation liturgique à la vie spirituelle, par une bonne initiation qui leur donne l'intelligence des rites sacrés et les y fasse participer de toute leur âme, et aussi par la célébration même des saints mystères et par les autres exercices de piété, imprégnés d'esprit liturgique; également, ils apprendront à observer les lois liturgiques, de telle sorte que la vie des séminaires et des maisons de religieux soit profondément façonnée par l'esprit de la liturgie. Les prêtres, séculiers ou religieux, déjà à l'oeuvre dans la vigne du Seigneur, seront aidés par tous les moyens opportuns à comprendre toujours plus pleinement ce qu'ils accomplissent dans les fonctions sacrées, à vivre de la vie liturgique et à la partager avec les fidèles qui leur sont confiés ». (Cf. n.16-18)


Malheureusement, voici un demi-siècle que la formation liturgique n'est plus assurée dans les séminaires. La liturgie de l'Eglise n'ayant plus été enseignée - tout spécialement en France de par la volonté de l'épiscopat - les célébrants se révèlent aujourd'hui très incapables de la transmettre. C'est donc plus la transmission de la liturgie que la liturgie elle-même qui est en crise; une crise qui se nourrit de l'indiscipline d'un certain nombre de clercs décidés à passer systématiquement sous silence les enseignements des Souverains Pontifes. (Cf. Jean-Paul II, Lettre aux prêtres, 24 février 1980).

 

Pro Liturgia

Dans nombre de messes paroissiales, les fidèles sont « invités » ou souvent même « forcés » à accepter des célébrations « originales », c’est-à-dire qui ne sont jamais véritablement conformes au modèle liturgique transmis par l’Eglise. Le message que renvoient ces célébrations qui se veulent « originales » peut se résumer à « il faut adapter la liturgie à la communauté locale ». Car c’est ainsi que la communauté locale - la paroisse ou le groupement paroissial - va s’affirmer : sa façon « originale » d’utiliser le Missel romain et d’organiser la Messe dominicale deviendra sa marque. Et à travers cette marque, c’est le célébrant et les membres de l’équipe d’animation liturgique locale qui pourront s’affirmer, sortir du lot et passer pour des fidèles exemplaires, « engagés ». En un mot : il pourront « vivre ».

 

 

 

Mais celles et ceux qui s’engagent dans cette voie de la recherche de l’ « originalité liturgique » par le biais de chants nouveaux, de gestes affectés, d’attitudes étudiées, d’oraisons bricolées... se font rapidement piéger. Car lorsque le but essentiel d’une liturgie eucharistique est d’être « originale », le fait de vouloir s’y montrer en fidèle « original » conduit à devoir adopter les comportements conformistes qui sont ceux de la communauté réunie pour célébrer. L’originalité qui veut se démarquer de la « tradition » devient alors rapidement le moyen d’imposer des comportements « traditionnels » : dans telle paroisse, il est devenu « traditionnel » de réciter un Credo « original » à la place du vrai Credo... En fait, ceux qui cherchent à être originaux en liturgie participent consciemment ou non à un phénomène de conformisme de masse dépourvu de toute signification véritablement liturgique. Paradoxalement, face à ce phénomène de conformisme de masse largement développé dans les paroisses, la véritable « originalité » se trouvera chez celui qui participe à une liturgie célébrée par un prêtre soucieux de mettre le Missel romain en œuvre sans y ajouter, retrancher ou modifier quoi que ce soit. La particularité de celui qui veut faire la promotion de célébrations « originales », qu’il soit prêtre ou laïc, c’est la fuite en avant obsessionnelle - et parfois désespérée - qu’il entraîne. Car son souci de se montrer « original » en donnant une touche personnelle à la liturgie devient vite un conformisme. Une nouvelle façon de traiter la liturgie n’est originale que quelques semaines... Pourquoi voit-on tant de fidèles s’engager dans l’élaboration de liturgies dominicales « originales » ? Parce que cet engagement touche à leur individualité, à leur image, à leur construction personnelle : être intégré dans une équipe d’animation liturgique au sein de laquelle ils seront invités à imaginer des pratiques liturgiques « originales » deviendra un moyen de dépasser les autres les autres fidèles. En réalité, ils entreront dans un cercle vicieux dont ils ne sortiront plus jamais : la recherche de l’originalité en liturgie deviendra une idée fixe et une Messe célébrée comme l’Eglise demande qu’elle soit célébrée ne les intéressera plus. Si dans leur paroisse arrive un prêtre qui respecte la liturgie, ces fidèles adeptes d’ « originalité » se montreront très critiques à l’encontre de leur nouveau pasteur ; et si ce dernier ne cède pas, il verra les fidèles « originaux » cesser toute pratique dominicale.

 

Le psychothérapeute Paul Watzlawick a expliqué que rester enfermé dans la « double contrainte » - celle qui consiste à vouloir une originalité qui ne puisse pas devenir une nouvelle occasion de conformisme - peut être la cause d’une névrose - dont le signe est soit la fuite en avant compulsive (du neuf, toujours du neuf !), soit au contraire le désenchantement conduisant au renoncement puis au mutisme. Le seul moyen de dépasser une « double contrainte », poursuit Paul Watzlawick, c’est de prendre du recul et de constater le caractère absurde de l’invitation à être « original ». En liturgie, cela consiste à avoir une réflexion sur le message véhiculé par les revues d’animation liturgique et les sessions pour animateurs liturgiques et à se demander : que cherche-t-on à nous faire faire ? Il y a fort à parier que celui qui prendra le temps d’analyser les messages implicites envoyés à longueurs de messes par les célébrants et les fidèles laïcs qui veulent des liturgies « originales », constatera vite qu’il est le jouet de pratiques d’autant plus stériles - et risquées pour la foi - qu’elles se contredisent toutes les unes les autres. C’est d’ailleurs ce qui avait conduit Mgr Bux à se demander - selon le titre d’un de ses ouvrages - comment il pouvait être possible de garder la foi en allant à ces messes que l’on veut « originales ».

 

Pro Liturgia

mgr aillet photo« (...) Comme Vicaire général, j'ai été amené à travailler avec mon Evêque [de Fréjus-Toulon - n.d.l.r. -] à l'érection d'une paroisse personnelle pour la liturgie dite tridentine, suivant le Motu proprio "Ecclesia Dei adflicta". C'était une autre manière de manifester mon "sensus Ecclesiae", puisque le Pape Jean-Paul II demandait une "application large et généreuse" de la possibilité offerte aux fidèles qui le demandaient de participer à la liturgie selon les livres en usage en 1962. Comme Ordinaire, j'ai ainsi été amené à célébrer la Messe dite de Saint-Pie V, ce à quoi je n'avais pas été préparé dans ma communauté, et j'ai pu apprécier la continuité de fond entre les deux Missels. Je suis même convaincu qu'il est possible de célébrer la Messe selon l'un et l'autre missels  dans l'esprit de la Constitution sacrosanctum Concilium, comme le suggérait le Pape Jean-Paul II. Je dois encore ajouter un mot dans cette introduction sur la publication par le Pape Benoît XVI, il y a tout juste un an, du Motu proprio Summorum pontificum, "sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970", car il aura introduit quelques nouveautés dans la pratique liturgique de nos Eglises locales. Il ne faut pas voir dans cette libéralisation de la "forme dite extraordinaire du rite romain" un quelconque désaveu de la fidélité qui est la vôtre [à Pro Liturgia - n.d.l.r. -] comme de ma Communauté Saint-Martin à la forme "ordinaire" née de la réforme liturgique, fidélité en particulier aux principes fondamentaux qui ont été édictés par la Constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II. Nous savons bien, en effet, que parmi les causes principales du Motu proprio, il faut compter avec les "déformations arbitraires" qui ont souvent accompagné la mise en oeuvre de la réforme liturgique et sur lesquelles vous alertez vos lecteurs et adhérents depuis 20 ans. En ce sens, le Pape a eu plus qu'une attitude pastorale exemplaire vis-à-vis de ceux qui, blessés par ces déformations, sont restés attachés à la forme ancienne du missel romain, d'autant plus que dans certains pays comme la France, comme le souligne le Saint-Père dans sa lettre d'accompagnement du Motu proprio, le Mouvement liturgique avait donné une solide formation liturgique qui était mise à mal par la "créativité" post-conciliaire.

 

Benoît XVI veut surtout réduire la distance qu'il y a dans les faits entre la forme extraordinaire et la forme ordinaire telle qu'elle est généralement célébrée, pariant même sur un enrichissement réciproque des deux formes d'usage du rite romain. En ce sens, le Motu proprio est une invitation à redécouvrir le sens du Mystère et à redonner toute sa dignité et sa sacralité précisément à la célébration selon la forme ordinaire, laquelle restera évidemment la plus répandue dans nos assemblées. cela passera par une nécessaire relecture de la Constitution Sacrosanctum Concilium. Vous comprenez ainsi le bien-fondé de votre combat depuis 20 ans pour promouvoir le missel issu de la réforme liturgique, comme de la fidélité de tous ceux qui auront reçu le nouveau missel non pas dans un esprit de rupture, mais au contraire dans un esprit de continuité comme le Saint-Père le suggère quand il écrit: "Il n'y a aucune contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum. L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture". L'étape actuelle de l'histoire de la liturgie, dans laquelle le Motu proprio nous a fait entrer, consistera même à manifester qu'il y a une manière de célébrer la Messe selon la forme ordinaire qui est en continuité organique avec l'ancienne forme, comme le préconisait le Mouvement liturgique dont la Constitution Sacrosanctum Concilium peut être considérée comme le fruit autorisé. Je n'en veux pour preuve que les changements significatifs auxquels on assiste dans les célébrations pontificales, sous la houlette du nouveau Maître des Cérémonies du Saint-Père, Mgr Guido Marini. Cela devrait permettre bien des ajustements, peut-être même une "réforme de la réforme" qui pourrait préparer la publication d'un nouveau et unique Missel romain. L'heure n'est donc pas pour vous à la démobilisation, bien au contraire! Dans la confusion liturgique qui a marqué les années immédiatement après le Concile, comme dans la pluralité des formes du Missel romain admises aujourd'hui, l'obéissance liturgique dont vous voulez être les champions demure prophétique, par son exemplarité même. (...) »

 

Mgr Marc Aillet, extrait de la Conférence donnée à Villars-les-Dombes pour le XXème anniversaire de Pro Liturgia

Peu avant la visite de Benoît XVI en France, on pouvait lire sur le site internet de la Conférence des Evêques de France (CEF) que "la réforme liturgique a provoqué, notamment en France, des tensions entre les fidèles adoptant cette réforme et une petite minorité qui a souhaité rester attachée à l'ancien rite, presque inchangé depuis le concile de Trente au XVIème siècle".
Combien de temps laissera-t-on encore les pasteurs diocésains diffuser de telles contre-vérités ? En effet, qui peut encore enseigner ou croire qu'on a laissé les fidèles de France adopter la réforme liturgique voulue par le Concile, alors que tout le monde sait bien - les preuves sont là - que ce sont les évêques eux-mêmes qui ont interdit aux prêtres de célébrer la liturgie telle que le Concile demandait qu'elle soit célébrée et qui ont mis au ban des paroisses les fidèles qui osaient faire remarquer que l'on trahissait la Constitution Sacrosanctum Concilium ? Qui a autorisé, dès les lendemains du Concile, la liquidation en trois coups de cuiller à pot des autels, des tables de communion, du latin, du grégorien, des agenouilloirs, des confessionnaux, de l'encens? 
Qui a autorisé l'usage des pots en terre cuite, des corbeilles en osier, des danses et du rock, des croûtons de pain et du gros rouge pour célébrer l'Eucharistie ?
Qui a autorisé les prêtres à célébrer sur des tables, assis par terre, sans vêtements liturgiques, sans missel ?
Qui a donné les pleins pouvoirs à des équipes de laïcs qui imposent à leurs curés les dernières lubies pastoralo-liturgiques censées attirer du monde aux messes dominicales ?
Qui a nommé à la tête des séminaires diocésains des prêtres viscéralement anti-romains qui apprenaient aux futurs prêtres à railler le pape et à critiquer systématiquement tous les enseignements magistériels ?
La réponse à ces questions, nous la connaissons : ce sont les évêques en postes au moment du Concile. Quelques uns d'entre eux finissent leur carrière dans des diocèses conduits vers une réelle déchristianisation. Les dégâts qu'ils ont fait eux-mêmes ou laissé faire par d'autres sont là : leurs successeurs, en admettant qu'ils soient bien disposés - ce qui n'apparaît pas toujours - sont aujourd'hui obligés de reconstruire sur des ruines et de composer avec des fidèles qui, comme le faisait remarquer le Cardinal Ratzinger, n'ont plus la moindre idée de ce qu'est la liturgie romaine de l'Eglise catholique.
Et ces fidèles n'ayant plus la moindre idée de ce qu'est la liturgie, nos évêques auront beaucoup de mal à nous faire croire qu'ils ont adopté la réforme du rite romain voulue par le Concile. Cette "réforme", ils ne la connaissent pas, ils ne l'on jamais vue. Bien plus grave : on la leur refuse aujourd'hui encore. Ce qui amène de l'eau au moulin de ceux qui veulent faire de Vatican II l'origine de tous les maux de l'Eglise d'aujourd'hui.

Pro Liturgia 

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« Il me paraît en tout cas indéniable que dans nos pays les idées de Mai 68

se sont greffées sur les projets de réforme liturgique. Quelles étaient

donc ces idées ? Dans le domaine qui nous concerne, elles se nommaient

créativité, spontanéité, antiritualisme et, plus largement, contestation

de l’institution. (…) Dans ce climat se dégageait l’impression que pour

s’intéresser encore à la liturgie il fallait être quelque peu réactionnaire »

(P. de Clerck, L’intelligence de la liturgie, éd. du Cerf, Paris 1995)

On appelle "Tradition" non pas des usages (des "traditions") mais les bases d'un enseignement doctrinal. Il s'agit donc d'une doctrine sacrée qui ne se trouve pas explicitement dans l'Ecriture mais dont on croit qu'elle faisait partie à l'origine de la Révélation du Seigneur.
La "Tradition" est transmise au moyen de diverses formulations qui font autorité et que l'Eglise consulte dès qu'elle a besoin de s'interroger sur la foi et sur certaines de ses pratiques.
Tout comme l'Ecriture, la "Tradition" repose sur l'autorité divine : c'est grâce à la "Tradition" que les fidèles reconnaissent l'existence de livres qui contiennent la Parole de Dieu, et c'est aussi grâce à la "Tradition" que les fidèles ont une clé qui leur permet d'interpréter correctement cette Parole divine.
La "Tradition" a une origine divine : elle confirme l'enseignement des Apôtres ainsi que la pratique de l'Eglise par laquelle cet enseignement apostolique atteint tous les hommes de bonne volonté. Il faut donc considérer la "Tradition" sous ses trois aspects : divin, apostolique et ecclésiastique.

 

 

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La "Tradition" n'est pas quelque chose de statique puisque l'Eglise qui en détient la clé a pour devoir de parler aux hommes de diverses époques et de diverses cultures. L'Eglise a donc pour obligation de promulguer, d'appliquer et de développer la "Tradition" en veillant toutefois à ne jamais la trahir. Pour ne pas trahir la "Tradition", l'Eglise prend soin de la préserver sous trois formes. D'abord sous forme de définitions : il s'agit essentiellement des décisions conciliaires et des enseignements des papes : de tous les conciles, de tous les papes, comme l'a rappelé Benoît XVI. Ensuite sous la forme de la pratique courante (qu'il ne faut pas confondre avec des usages ou des habitudes) de l'Eglise : dans sa pratique courante, l'Eglise ne peut pas enseigner l'erreur. Enfin sous forme de conservation (qu'il ne faut pas confondre avec une sclérose) des trésors de cette "Tradition" : les écrits des Pères et l'exemple laissé par les saints qui ont reflété avec exactitude la pensée de l'Eglise et soutenu son autorité.
Mettre en doute l'enseignement de l'Eglise, c'est adopter une position qui conduit tôt ou tard à ne plus être en communion avec elle. Ne pas consulter les Pères et ignorer l'exemple des saints conduit à mener une vie chrétienne appauvrie. Modifier de son propre chef les pratiques de l'Eglise conduit à masquer l'activité vivifiante du Corps du Christ et à priver ses membres de certaines grâces.
La première attitude est totalement incompatible avec l'appartenance à l'Eglise. La deuxième et la troisième attitude ne sont pas incompatibles avec l'appartenance à l'Eglise mais ne reflètent pas les dispositions d'un véritable membre de l'Eglise puisque être catholique ou recevoir la "Tradition" des mains de l'Eglise, c'est une seule et même chose.

 

On peut reconnaître cinq sources principales de la "Tradition" : l'autorité de l'Eglise catholique, celle de l'Eglise romaine (l'Evêque de Rome est aussi chef de l'Eglise catholique, mais l'Eglise romaine ne représente pas à elle seule toute l'Eglise catholique : il y a des Eglises orientales qui sont pleinement catholiques sans être "romaines"), l'autorité des Eglises locales pour autant qu'elles sont en communion avec l'Eglise catholique (+) et donc placées sous l'autorité de l'Evêque de Rome, l'autorité des Pères et l'autorité des théologiens dont les enseignements sont approuvés par l'Eglise.
La liturgie est le principal instrument de la "Tradition" qui s'alimente aux cinq sources citées ci-dessus : elle a la même étendue que toute autorité ecclésiastique (ce qui explique que même le pape, lorsqu'il la célèbre, est tenu de la respecter), mais elle est supérieure à celle des Pères et des théologiens qui, pour leurs études, sont obligés de s'y référer.
L'un des principaux aspects de la liturgie est celui de "confession" : lorsqu'un prêtre est à l'autel, il doit avoir conscience que par la liturgie qu'il célèbre il manifeste que c'est l'Eglise tout entière qui rend hommage à Dieu de la Vérité qu'elle a reçu de Lui. S'il n'est pas permis à un célébrant de modifier la liturgie, c'est parce que la liturgie de l'Eglise a la garantie d'être exempte d'erreur : si la liturgie de l'Eglise contenait une erreur, cela voudrait dire que l'Eglise enseigne l'erreur, ce qui est impossible puisque le Christ lui-même a envoyé l'Esprit Saint pour préserver son Eglise de toute erreur.
La liturgie de l'Eglise universelle a deux formes d'unité. La première peut être qualifiée de "physique" et désigne toutes les prières et tous les rites de toutes les Eglises en communion les unes avec les autres. La seconde forme peut être qualifiée de "morale" et dépend des contextes historiques dans lesquels se sont développés les différents rites. Mais au milieu de ces différentes liturgies, la liturgie romaine tient une place particulière : on peut dire que son autorité se confond avec celle de l'Eglise universelle. L'autorité de l'Eglise romaine repose sur la promesse du Christ faite à Pierre : Tu es Petrus et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Puisque la liturgie romaine est celle du Successeur de Pierre, on peut affirmer que cette liturgie-là, telle qu'elle nous est donnée aujourd'hui par l'Eglise garante de la "Tradition", ne peut pas contenir d'erreur.

 

Pro Liturgia

Dans l'Exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis du 22 février 2007, Benoît XVI avait demandé que des « célébrations soient en langue latine et donc que soient récitées en latin les prières les plus connues de la tradition de l'Eglise et éventuellement que soient exécutés des pièces de chant grégorien. de façon plus générale ». Il avait également demandé « que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à comprendre et à célébrer la Messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et le chant grégorien » et que ne soit pas négligée « la possibilité d'éduquer les fidèles eux-mêmes à la connaissance des prières les plus communes en latin, ainsi qu'au chant en grégorien de certaines parties de la liturgie ». On aimerait connaître les évêques de France qui se sont empressés de répondre positivement à ces demandes du Souverain Pontife. En regardant autour de soi, on constate qu'ils sont bien rares...

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