A la Messe, au moment de l’ « Agnus Dei », il est interdit de modifier les paroles lorsqu’elles sont dites en langue courante. Si la prière n’est pas dite ou chantée en latin, il faut donc dire ou chanter « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous » au minimum deux fois et ensuite « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix. » Toutes les autres formules ou gloses du genre « la paix ce sera toi, ce sera moi » ou avec des ajouts comme « pain de Dieu » ou « lumière du monde »... ne sont pas autorisées. Il faut strictement respecter le texte latin ou les traductions approuvées qui sont dans le Missel romain. C’est ce qu’a précisé la Congrégation pour le Culte divin dans une lettre adressée au Cardinal Dolan, Président de la Conférence des évêques des Etats-Unis.

« (...) Il faut reconnaître que l'application de la réforme liturgique s'est heurtée à des difficultés dues surtout à un contexte peu favorable, marqué par une privatisation du domaine religieux, un certain rejet de toute institution, une moindre visibilité de l'Église dans la société, une remise en question de la foi personnelle. (...) Il en est résulté des attitudes diverses et même opposées vis-à-vis de la réforme: certains ont reçu les nouveaux livres avec quelque indifférence ou sans chercher à comprendre ni à faire comprendre les motifs des changements; d'autres, malheureusement, se sont repliés de manière unilatérale et exclusive sur les formes liturgiques précédentes, perçues par certains comme seule garantie de sécurité dans la foi; d'autres enfin ont promu des innovations fantaisistes, prenant leurs distances par rapport aux normes établies par l'autorité du Siège apostolique ou des évêques, perturbant l'unité de l'Église et la piété des fidèles, heurtant même parfois les données de la foi. (...) On constate parfois des omissions ou des ajouts illicites, des rites inventés hors des normes établies, des attitudes ou des chants qui ne favorisent pas la foi ou le sens du sacré (...) . Des initiatives de ce genre, loin d'être liées à la réforme liturgique elle-même, ou aux livres qui en sont issus, lui contreviennent directement, la défigurent et privent le peuple chrétien des richesses authentiques de la liturgie de l'Eglise (...). Dans chaque diocèse, l'évêque est le principal dispensateur des mystères de Dieu comme aussi l'organisateur, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique dans l'Église qui lui est confiée. Quand l'évêque célèbre au milieu de son peuple, c'est le mystère même de l'Église qui se manifeste. Il est donc nécessaire que l'évêque soit fortement convaincu de l'importance de telles célébrations pour la vie chrétienne de ses fidèles. Elles doivent être un modèle pour tout le diocèse. Il reste encore beaucoup à faire pour aider les prêtres et les fidèles à pénétrer le sens des rites et des textes liturgiques, pour développer la dignité et la beauté des célébrations et des lieux, pour promouvoir, à la manière des Pères, une "catéchèse mystagogique" des sacrements. (...) » (Bx Jean-Paul II, Lettre Vicesimus quintus annus, 4 déc. 1988)

guitarLes champions de la pastorale post-conciliaire ont cru pouvoir attirer les jeunes à l’église à l’aide de célébrations liturgiques spécialement imaginées pour eux : « messes des jeunes », « messes rythmées », agitation de foulards, rondes autour de l’autel, célébrations agrémentées de chansons pour veillées de boys-scouts, célébrants « cool »… le tout agrémenté de maman catéchistes omniprésentes dont la seule préoccupation est de se s’autocélébrer. On remarquera au passage que l’Eglise romaine post-conciliaire est la seule à proposer ce genre de liturgies. Il n’y en a pas dans les Eglises de rites orientaux. Il n’y a pas non plus de cérémonies « adaptées aux jeunes » dans les autres religions, que ce soit dans l’islam, dans l’hindouisme, dans le bouddhisme… Mais chez nous, les enfants ont droit à des liturgies qui donnent aux sexagénaires l’occasion de s’aplatir devant le jeunisme. Ils sont d’ailleurs assez pitoyables, ces vieux paroissiens et ces vieux prêtres qui se trémoussent « pour faire jeune » et qui acceptent de faire à l’église tout ce qu’il faut pour paraître ridicules, décalés, pitoyables. A quoi servent ces célébrations « pour les jeunes » sinon – comme on le constate partout – à vider les églises ? Car bercer les jeunes d’illusions et de faux-semblants, les inciter à se tourner vers des célébrations infantilisantes au lieu de leur fournir les moyens de s’approprier l’authentique liturgie catholique telle que définie dans le Missel romain, c’est les prendre pour des imbéciles et priver pour longtemps l’Eglise d’une capacité de rebond espérée. Les jeunes ne méritent-ils pas mieux que le jeunisme ? Ne méritent-ils pas mieux que d’être manipulés parce qu’ils sont manipulables ?

 

Certes, on peut leur faire faire n’importe quoi au cours d’une célébration : taper dans les mains, faire une chaîne au moment du « Notre Père », leur faire lire des témoignages au micro… On peut même, parfois jusqu’à l’âge de seize ans, leur faire dire qu’ils s’engagent à faire bouger l’Eglise. Mais à force d’être ainsi téléguidés par des adultes qui semblent en être eux-mêmes restés au niveau des « Bisounours », ces jeunes finissent très rapidement par se demander si être catholique pratiquant implique forcément que l’on veuille rester dans un état de naïveté. Alors très vite, les jeunes, dès qu’ils le peuvent, éprouvent la tentation de l’exil… hors des églises. Seul moyen pour échapper à cette sorte de régression mentale qui semble devoir s’y cultiver. Dans nos paroisses, peu à peu s’est répandue une sorte de SIDA liturgique qui a plombé l’Eglise, l’inhibe et la paralyse. C’est incontestablement la faute des aînés qui, depuis plusieurs décennies, font fausse route. Un sang neuf ne pourra venir que d’une jeunesse qui n’est plus disposée à prendre pour argent comptant les célébrations infantilisantes qu’on prétend faites pour elle. Ne serait-il pas temps que les clercs comprennent qu’en flirtant avec les mœurs et le langage modernes, et en faisant systématiquement du jeunisme au cours des célébrations liturgique, l’Eglise ne peut que perdre son crédit ? 

 

Pro Liturgia

Au Collège des Bernardins Benoît XVI a dit :

 


090526-LATERAN-2.jpg"Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le 'Gloria' qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le 'Sanctus' qui, selon Isaïe 6, est l’acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. [...] À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la 'regio dissimilitudinis', dans la ‘région de la dissimilitude’, [...] dans un éloignement de Dieu où l'homme ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une 'créativité' personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les 'oreilles du cœur' les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité".

Première question : que faut-il entendre par « réforme de la réforme » ? 

Selon Benoît XVI, ce n’est pas modifier une énième fois le Missel romain restauré à la suite de Vatican II lequel, dans sa dernière édition, a déjà été « amélioré » en tenant compte de l’usage. « Réformer la réforme », c’est d’abord supprimer de toutes les messes les habitudes qui ont été prises par les prêtres et les fidèles alors qu’elles ne se basaient sur aucune des règles liturgiques précisées dans la Présentation générale du Missel romain : commentaires, libertés prises pour modifier les gestes et/ou les oraisons, « mots d’accueil », rondes d’enfants autour de l’autel, encombrement des sanctuaires à l’aide de décorations infantiles, indigence du mobilier liturgique... C’est ensuite remettre dans les célébrations ce que le Concile n’avait jamais entendu supprimer : le latin, le chant grégorien, la dignité et la sobriété (cette « noble simplicité » dont parlait Paul VI, l’harmonie entre les vêtements liturgiques, les gestes et les attitudes, l’élocution et les tons employés, la convenance entre chaque élément composant le cadre où doit se déployer l’action sacrée…

 

 

Deuxième question : d’où partir pour arriver à un résultat ? 

Il semble qu’en France ce soit la question la plus délicate puisque contrairement à ce que l’on peut constater dans d’autres pays, aucun fond culturel ne peut constituer une assise pour engager la « réforme de la réforme » : les chorales de nos cathédrales ne souffrent d’aucune comparaison possible avec les excellents chœurs qu’on entend au cours des messes dans d’autres pays (Allemagne, Angleterre…) ; la pastorale liturgique postconciliaire mise en œuvre dans l’ensemble de nos diocèses a abouti à coups d’expériences éphémères à un désastreux nivellement par le bas ;le pouvoir donné à des fidèles sans formation liturgique et musicale autre que celle dispensée au cours de « sessions » dirigées par des clercs farouchement opposés à l’ « herméneutique de continuité », seule capable de dégager le véritable sens des enseignements conciliaires, a contribué à éloigner des sanctuaires les personnes dont les talents et la solide formation (musicale, liturgique) auraient pu être employés pour lancer la « réforme de la réforme ».

 

 

Troisième question : quelles voies peut-on suivre ?

La réponse à cette question se trouve à proprement parler dans la volonté d’engager la « réforme de la réforme ». La veut-on ou ne la veut-on pas ? Il est certain que tant que les évêques, par crainte de « faire des vagues » dans certains milieux diocésains ou paroissiaux, ne soutiendront pas ouvertement les prêtres capables de supprimer les mauvaises habitudes qui se sont infiltrées dans les célébrations liturgiques, il n’y a aucune chance d’aboutir à la liturgie voulue par l’Eglise à la suite du Concile. Critiquer ce qui se fait dans les paroisses n’est d’aucune utilité : on a peu de chances d’être entendu et compris. Ce qui pourra porter du fruit, c’est le bon exemple : à savoir que là où le contexte est favorable, s’installent dans la durée des célébrations dont tous les éléments sont à leur juste place et valorisés, afin que les fidèles puissent être mis en contact avec une liturgie stable et vivifiante, loin de toute la platitude environnante et les approximations habituelles. Ces lieux devraient à terme être reconnus par tous comme source d’un renouveau possible.

 

Pro Liturgia

Le Pape Benoît XVI a autorisé que la liturgie puisse être célébrée sous une forme dite « extraordinaire », c’est-à-dire avec le Missel romain du Bx Jean XXIII. Il n’y a pas à revenir là-dessus. Pour autant, des photos trouvées sur internet conduisent à s’interroger sur les motivations qui poussent certains fidèles attachés à cette forme à se complaire dans un « décorum » dont on ne voit pas le rapport qu’il a avec liturgie de l’Eglise. Les kilos de tissu, les mètres de dentelles, le poids des dorures, le goût des titres - dont certains sont usurpés - ne focalisent-ils pas l’attention pour la détourner de l’Essentiel ? N’est-on pas là dans une sorte de narcissisme cléricalisé qui ne dit pas son nom ? « A quand les perruques poudrées et les mouches ? » demandait malicieusement un bénédictin qui voyait certaines photos.

Nous avons interrogé un prêtre qui, depuis Rome, a étudié de près la question posée par certaines de ces nouvelles communautés plus « traditionalistes » que « traditionnelles ». Il nous a répondu : « Comme dans d’autres cas, on va se réveiller trop tard. Tous les gens dotés d’un certain bon sens voient bien que tout cela n’est pas d’aplomb et qu’il faudrait apporter des rectifications tout en maintenant ce qui est positif. Le jour où les responsables de telles communautés seront allés droit dans le mur, l’autorité se réveillera tandis que l’aile progressiste jubilera ; et les dégâts seront immenses sur le plan spirituel et humain, surtout pour des jeunes qui ont tout misé (leur vie, leur vocation...) dans un tel projet. Et puis, hélas, les adeptes de ces lourdeurs qui pensent que la liturgie ne peut être valorisée que dans ce qu’il faut bien considérer comme un décorum d’opérette, apportent des arguments aux groupes de fidèles gagnés aux idées les plus « progressistes » qui ont alors beau jeu, en recourant au processus bien connu de l’amalgame, de présenter tous les « traditionalistes » comme des inadaptés, comme des originaux, comme des abbés qui n’utilisent la liturgie que pour exposer leurs dentelles et leurs rubans. Il est à craindre que tout cela fasse assez rapidement naître un nouveau problème dont l’Eglise n’a vraiment pas besoin. »

 

Pro Liturgia

Le Motu Proprio Summorum Pontificum va-t-il apporter tous les fruits qu'on serait en droit d'attendre ? Rien n'est moins sûr. Car tel qu'il est le plus souvent appliqué, il risque de contribuer à la constitution de deux Eglise, chacun ayant "sa" forme du rite romain. Ce n'est sûrement pas l'objectif poursuivi par Benoît XVI.
Or il faut bien en convenir: dans les paroisses où l'on célèbre selon les deux "formes", les fidèles ne se fréquentent que très rarement. Il y a le "public" de la messe "tridentine" et le "public" de la messe "conciliaire": deux mondes, deux esprits - et partant deux visions de la liturgie - qui ne se confondent guère.



Il est vrai qu'il semble bien difficile d'inviter les habitués de la messe "tridentine" à participer à une messe présentée comme "conciliaire" mais qui, en réalité, ne l'est que fort peu. Si encore la messe "conciliaire" était célébrée dignement, sans ajouts ni omissions et - pourquoi pas - au maître-autel et en latin, il se trouverait probablement des fidèles "tridentinistes" pour suivre, au moins occasionnellement, une telle liturgie. Mais ce n'est que très rarement le cas. Dès lors, on peut comprendre que des habitués du chant grégorien et de la ritualisation ne se sentent pas enclins à suivre une liturgie qui n'est que "très approximativement conciliaire". 
De même, si les fidèles "conciliaires" étaient habitués à participer à d'authentiques messes "de Paul VI" célébrées avec dignité, ils seraient probablement moins rebutés à l'idée de devoir participer à des messes "tridentines" intégralement dites et chantées en latin. Le Cardinal Ratzinger, au cours d'un colloque à l'abbaye de Fontgombault, n'avait-il pas lui-même remarqué qu'entre l'ancienne et la nouvelle liturgie (correctement célébrée !), il y a peu de différences ? Grosso modo, les différences qui sautent aux yeux d'un fidèle qui fréquente les deux "formes" de la liturgie romaine sont : le nombre de Lectures, les prières universelles après le Credo et l'acclamation après la Consécration... Ceci mis à part, les différences sont minimes pour le "fidèle de base".
Le problème vient essentiellement de ce que peu de prêtres qui célèbrent la forme "ordinaire" de la liturgie romaine respectent véritablement le missel "de Paul VI". De là des variations qui n'affectent pas tant les deux "formes" de la liturgie romaine que la "forme ordinaire" à elle seule. Citons le cas (authentique) de cette église de province où, le dimanche matin, il y a deux messes : la première, selon la forme "extraordinaire", est célébrée par des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre qui respectent le missel romain tridentin; la seconde est célébrée par un prêtre diocésain qui s'accompagne lui-même à la guitare et improvise une bonne partie de la liturgie... Il est évident que les fidèles habitués à la première messe ne fréquenteront jamais la seconde, et vice versa.
On semble alors bien loin des objectifs que le Motu proprio Summorum pontificum se proposait d'atteindre et qui étaient clairement précisés dans la
Lettre de Benoît XVI avait adressée aux évêques. A savoir :
- faire cesser les abus dans la célébration de la forme "ordinaire" du rite romain, afin que les fidèles ayant accepté clairement le concile Vatican II ne soient plus obligés de supporter une créativité portant à des déformations de la liturgie;
- permettre un enrichissement réciproque des deux formes d'usage du rite romain;
- faire en sorte que la messe selon le missel de Paul VI soit célébrée avec révérence et en conformité avec les prescriptions, afin que soit manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent la sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien;
- faire en sorte que le missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part, afin que soit rendue visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II.

 

Pro Liturgia

« La période postconciliaire a été marquée par une séparation entre la participation et la dévotion. Pie XII rappelait déjà, dans Mediator Dei, que la piété du peuple avait beaucoup contribué au développement de la liturgie. Dans l'instruction Eucharisticum Mysterium, on trouve aussi une vérité centrale, dont l'auteur est saint Thomas d'Aquin : "Tout comme la Passion du Christ elle-même, ce sacrifice, "ne produit pourtant son effet qu'en ceux qui par la foi et la charité s'unissent à la Passion du Christ...., et il leur profite plus ou moins selon la qualité de leur dévotion". En revanche le culte catholique est passé de l'adoration de Dieu à l'exhibition du prêtre, des ministres et des fidèles. La piété a été abolie, y compris le mot lui-même. Elle a donc été "liquidée" par les liturgistes qui l'ont qualifiée de bigoterie, tandis qu'eux mêmes faisaient subir au peuple leurs expérimentations liturgiques, tout en niant les diverses formes spontanées de dévotion et de piété. On a réussi à imposer les applaudissements, y compris durant les funérailles, à la place du deuil, qui normalement s'exprime par des larmes. : le Christ n'a-t-il pas pleuré lorsque Lazare mourut ? Ratzinger a donc raison quand il dit : "quand les applaudissements font irruption dans la liturgie, c'est un signe très sûr qu'on a perdu l'essence de la liturgie, et qu'on l'a substitué par une sorte de divertissement de type religieux". Quel évêque aura le courage d'aller à contre courant ? »

 

Extrait du livre de Nicola Bux "La réforme de Benoît XVI", édition Tempora. 

Botte.jpeg« (...) J’ai suivi le mouvement liturgique durant une soixantaine d’années, depuis ses origines jusqu’après le Concile de Vatican II. Tout le monde sait que la réforme liturgique postconciliaire a suscité des réactions très diverses. A côté des gens simples qui l’ont acceptée tout bonnement, il y a des têtes pensantes qui rechignent. Les uns se plaignent qu’on a été trop loin et qu’on a changé la religion tandis que les autres estiment qu’on n’a pas osé aller assez loin et qu’ils sont capables de faire beaucoup mieux. Alors, je me crois obligé de donner moi aussi mon avis. Je n’ai pas l’illusion de pouvoir mettre tout le monde d’accord ni la prétention de prononcer un jugement définitif. Je m’estimerai heureux si je puis dissiper certaines confusions et corriger quelques erreurs. Notons tout d’abord qu’on ne rend pas justice au mouvement liturgique en le jugeant exclusivement sur les détails de la réforme liturgique. Il a été dès l’origine un mouvement d’idée inspiré par une certaine vision du mystère de l’Eglise, et il a exercé une grande influence sur la théologie, même en dehors du catholicisme. (...) La question est de savoir si le mouvement est resté fidèle à l’inspiration primitive. C’est l’esprit qu’il faut juger, non la lettre. Séparer l’un de l’autre, c’est se résigner à ne rien comprendre. Une autre confusion fréquente est celle des termes de comparaison. Il faut savoir ce qu’on compare et avec quoi. On veut comparer l’ancienne liturgie avec la nouvelle. Mais qu’est-ce qu’on entend par l’ancienne ? La liturgie idéale, telle qu’on peut la voir dans de grandes abbayes, ou bien celle qu’on trouvait dans la plupart de nos paroisses ? Et la liturgie nouvelle ? Il ne faut pas confondre la liturgie telle qu’elle a été prescrite par le Saint-Siège et les fantaisies qu’on peut voir en certaines régions. Ceux qui ont travaillé à la réforme liturgique ne sont pas responsables de l’anarchie qui règne en certains pays, pas plus que les Pères du Concile ne le sont de l’indiscipline de certains prêtres. Il ne faut pas tout mélanger. (...) Quant à la réforme de la messe, elle a été faite dans l’esprit de la tradition. (...) Elle n’est pas l’œuvre d’hommes de gauche ignorants de la tradition. Ce qui a le plus frappé, c’est la modification des rites de l’offrande. Or les meilleurs liturgistes étaient d’accord pour simplifier cette partie. Un homme aussi pondéré que dom Capelle était du même avis que le Père Jungmann. Ces prières de l’offertoire étaient étrangères à la tradition romaine authentique. Non seulement elles étaient inconnues de saint Grégoire, mais elles ne figuraient pas davantage dans l’exemplaire du sacramentaire envoyé par le pape Hadrien à Charlemagne. C’était des prières de dévotion du prêtre qui s’étaient infiltrées dans l’usage romano-germanique. Elles avaient l’inconvénient de donner une importance exagérée à ce rite au détriment de la véritable offrande qui se faisait traditionnellement après le récit de l’Institution. La véritable offrande, dans tous les rites, ce n’est pas le pain et le vin comme dons matériels, mais le Corps et le Sang du Christ sous les espèces du pain et du vin. Ce développement des prières de l’offertoire avait déplacé l’accent. Il fut un temps, dans l’histoire du mouvement liturgique, où l’offrande des dons matériels apparaissait à certains comme le point culminant de la messe et où on organisait des processions d’offertoire avec les offrandes les plus diverses. C’était une déviation qu’il fallait redresser. Quant aux prières eucharistiques, elles restent également conformes à l’esprit de la tradition. Le vieux canon de saint Grégoire n’a subi que quelques légères retouches. Les nouvelles formules s’inspirent de textes authentiques des anciennes liturgies. La première (i.e. la P.E. II -n.d.l.r.-) reprend la plus ancienne prière eucharistique connue. Elle a été composée à Rome au IIIe siècle en langue grecque, et depuis des siècles elle est dite par les prêtres de rite éthiopien. Elle ne dépare pas le Missel romain qui l’a accueillie.


Si l’on compare la nouvelle édition du « Missale Romanum » avec l’ancienne, on remarque la présence d'un grand nombre de pièces nouvelles, oraisons et préfaces. Ce n’est pas une innovation : on a cherché dans le trésor des anciens sacramentaires romains de quoi enrichir la liturgie d’aujourd'hui. (...) La réforme dont je me réjouis le plus personnellement, c’est le retour à la concélébration. Il était impossible à des prêtres vivant en communauté de jamais communier ensemble. Il fallait que chacun célèbre sa messe en privé, puis on pouvait ensuite se réunir pour assister à une messe où personne ne communiait. De là des séries de messes qui se suivaient à vive allure aux autels latéraux et qui n’étaient pas toujours une source d’édification pour les fidèles. Il semblait que la multiplication des messes privées était une fin en soi. Mais le comble, c’était les jours où chaque prêtre était autorisé à dire trois messes. Cela devenait un véritable marathon. Je me souviens de ces jours de Noël où, après avoir assisté à la messe de la nuit sans y communier, nous nous croyions obligés d’enfiler trois messes basses en attendant
la messe du jour, à laquelle nous assistions sans communier. Il y avait là quelque chose d’anormal.

 

(...) [La réforme] est un projet pour l’avenir, et ce serait une périlleuse illusion que d’en attendre des résultats spectaculaires immédiats. Cette illusion suppose une idée assez simpliste de la réforme liturgique. On n’y voit qu’un ensemble de recettes destinées à rendre la messe plus attrayante et à remplir des églises qui commençaient à se vider. C’est s’engager dans la voie d’un dangereux pragmatisme dont le seul critère est le succès. Tout est bon qui attire les foules. De là une surenchère d’initiatives qui vont de la naïveté touchante au farfelu. La véritable réforme liturgique n’a rien à voir avec ce genre d’exhibition. (...) La liturgie doit être l’expression dans le culte de la foi de l’Eglise. (...) Cette foi renouvelée en l’Eglise, le Concile a voulu qu’elle s’exprime dans la liturgie, afin de la faire pénétrer dans toute la vie des individus et des communautés. (...) »

Depuis Vatican II, on parle souvent des possibilités d’ « adaptation » de la liturgie. Et au nom de cette « adaptation », beaucoup, au cours des Messes, se permettent de changer les paroles et les rites de la célébration, ce qui est contraire aux enseignements du Concile dont ils se réclament. Cette façon illégitime de modifier les rites est d’ailleurs devenue tellement habituelle - y compris chez les évêques, comme le faisait remarquer Benoît XVI - que rares sont les fidèles qui la remarquent et s’en offusquent. Mais si d’un côté le Concile et l’actuel Missel romain disent qu’il n’est permis à personne d’ajouter, d’enlever, de modifier quoi que ce soit dans la liturgie, et si d’un autre côté le même Concile et le même Missel admettent l’idée d’ « adaptation », n’est-ce pas qu’il y a contradiction ? Voyons ce qu’il faut entendre - et ce qu’entend l’Eglise - par « adaptation ».

 

 

 

La liturgie nous est donnée par l’Eglise : elle n’est ni ce que nous croyons qu’elle est ni ce que nous aimerions qu’elle soit. Cette affirmation relève de l’enseignement constant de l’Eglise. Il faut donc la mettre en œuvre telle qu’elle est, telle qu’elle nous est transmise, en veillant à ce que tout soit accompli comme il faut l’accomplir. Mais en certains endroit, on ne peut pas tout faire, faute de moyens. Le missionnaire qui célèbre l’Eucharistie pascale en pleine Amazonie ne peut pas demander aux habitants d’un village isolé de chanter l’introït « Resurrexi »... C’est évident. Alors on « adapte » : on part de ce qu’il faudrait faire, et on fait ce qu’on peut faire. Telle est la véritable « adaptation », la seule qui ait un sens en liturgie. L’ « adaptation », au vrai sens du terme, consiste donc à partir de la liturgie idéale, totale, et de laisser de côté ce que, pour des raisons pratiques, évidentes, on ne peut pas faire. Or, aujourd’hui, on fait généralement tout le contraire : on part du minimum liturgique et on ajoute ou on conserve des éléments en fonction de goûts subjectifs. Ce principe de l’ « adaptation » est très clairement explicité dans la Lettre « Dominicae Cenae » de Jean-Paul II : « La subordination du ministre, du célébrant, au « Mysterium » qui lui a été confié par l’Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression dans l’observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint Sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l’habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant. Il est naturel qu'il y ait eu et qu’il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n’obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d’extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c’est-à-dire sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela était une preuve d’héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques peut être interprété comme un manque de respect envers l’Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes, ou par un certain manque d'esprit de foi. »

 

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