On appelle "Tradition" non pas des usages (des "traditions") mais les bases d'un enseignement doctrinal. Il s'agit donc d'une doctrine sacrée qui ne se trouve pas explicitement dans l'Ecriture mais dont on croit qu'elle faisait partie à l'origine de la Révélation du Seigneur.
La "Tradition" est transmise au moyen de diverses formulations qui font autorité et que l'Eglise consulte dès qu'elle a besoin de s'interroger sur la foi et sur certaines de ses pratiques.
Tout comme l'Ecriture, la "Tradition" repose sur l'autorité divine : c'est grâce à la "Tradition" que les fidèles reconnaissent l'existence de livres qui contiennent la Parole de Dieu, et c'est aussi grâce à la "Tradition" que les fidèles ont une clé qui leur permet d'interpréter correctement cette Parole divine.
La "Tradition" a une origine divine : elle confirme l'enseignement des Apôtres ainsi que la pratique de l'Eglise par laquelle cet enseignement apostolique atteint tous les hommes de bonne volonté. Il faut donc considérer la "Tradition" sous ses trois aspects : divin, apostolique et ecclésiastique.

 

 

saintsacrificemesse.jpg 

 

La "Tradition" n'est pas quelque chose de statique puisque l'Eglise qui en détient la clé a pour devoir de parler aux hommes de diverses époques et de diverses cultures. L'Eglise a donc pour obligation de promulguer, d'appliquer et de développer la "Tradition" en veillant toutefois à ne jamais la trahir. Pour ne pas trahir la "Tradition", l'Eglise prend soin de la préserver sous trois formes. D'abord sous forme de définitions : il s'agit essentiellement des décisions conciliaires et des enseignements des papes : de tous les conciles, de tous les papes, comme l'a rappelé Benoît XVI. Ensuite sous la forme de la pratique courante (qu'il ne faut pas confondre avec des usages ou des habitudes) de l'Eglise : dans sa pratique courante, l'Eglise ne peut pas enseigner l'erreur. Enfin sous forme de conservation (qu'il ne faut pas confondre avec une sclérose) des trésors de cette "Tradition" : les écrits des Pères et l'exemple laissé par les saints qui ont reflété avec exactitude la pensée de l'Eglise et soutenu son autorité.
Mettre en doute l'enseignement de l'Eglise, c'est adopter une position qui conduit tôt ou tard à ne plus être en communion avec elle. Ne pas consulter les Pères et ignorer l'exemple des saints conduit à mener une vie chrétienne appauvrie. Modifier de son propre chef les pratiques de l'Eglise conduit à masquer l'activité vivifiante du Corps du Christ et à priver ses membres de certaines grâces.
La première attitude est totalement incompatible avec l'appartenance à l'Eglise. La deuxième et la troisième attitude ne sont pas incompatibles avec l'appartenance à l'Eglise mais ne reflètent pas les dispositions d'un véritable membre de l'Eglise puisque être catholique ou recevoir la "Tradition" des mains de l'Eglise, c'est une seule et même chose.

 

On peut reconnaître cinq sources principales de la "Tradition" : l'autorité de l'Eglise catholique, celle de l'Eglise romaine (l'Evêque de Rome est aussi chef de l'Eglise catholique, mais l'Eglise romaine ne représente pas à elle seule toute l'Eglise catholique : il y a des Eglises orientales qui sont pleinement catholiques sans être "romaines"), l'autorité des Eglises locales pour autant qu'elles sont en communion avec l'Eglise catholique (+) et donc placées sous l'autorité de l'Evêque de Rome, l'autorité des Pères et l'autorité des théologiens dont les enseignements sont approuvés par l'Eglise.
La liturgie est le principal instrument de la "Tradition" qui s'alimente aux cinq sources citées ci-dessus : elle a la même étendue que toute autorité ecclésiastique (ce qui explique que même le pape, lorsqu'il la célèbre, est tenu de la respecter), mais elle est supérieure à celle des Pères et des théologiens qui, pour leurs études, sont obligés de s'y référer.
L'un des principaux aspects de la liturgie est celui de "confession" : lorsqu'un prêtre est à l'autel, il doit avoir conscience que par la liturgie qu'il célèbre il manifeste que c'est l'Eglise tout entière qui rend hommage à Dieu de la Vérité qu'elle a reçu de Lui. S'il n'est pas permis à un célébrant de modifier la liturgie, c'est parce que la liturgie de l'Eglise a la garantie d'être exempte d'erreur : si la liturgie de l'Eglise contenait une erreur, cela voudrait dire que l'Eglise enseigne l'erreur, ce qui est impossible puisque le Christ lui-même a envoyé l'Esprit Saint pour préserver son Eglise de toute erreur.
La liturgie de l'Eglise universelle a deux formes d'unité. La première peut être qualifiée de "physique" et désigne toutes les prières et tous les rites de toutes les Eglises en communion les unes avec les autres. La seconde forme peut être qualifiée de "morale" et dépend des contextes historiques dans lesquels se sont développés les différents rites. Mais au milieu de ces différentes liturgies, la liturgie romaine tient une place particulière : on peut dire que son autorité se confond avec celle de l'Eglise universelle. L'autorité de l'Eglise romaine repose sur la promesse du Christ faite à Pierre : Tu es Petrus et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Puisque la liturgie romaine est celle du Successeur de Pierre, on peut affirmer que cette liturgie-là, telle qu'elle nous est donnée aujourd'hui par l'Eglise garante de la "Tradition", ne peut pas contenir d'erreur.

 

Pro Liturgia

Dans l'Exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis du 22 février 2007, Benoît XVI avait demandé que des « célébrations soient en langue latine et donc que soient récitées en latin les prières les plus connues de la tradition de l'Eglise et éventuellement que soient exécutés des pièces de chant grégorien. de façon plus générale ». Il avait également demandé « que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à comprendre et à célébrer la Messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et le chant grégorien » et que ne soit pas négligée « la possibilité d'éduquer les fidèles eux-mêmes à la connaissance des prières les plus communes en latin, ainsi qu'au chant en grégorien de certaines parties de la liturgie ». On aimerait connaître les évêques de France qui se sont empressés de répondre positivement à ces demandes du Souverain Pontife. En regardant autour de soi, on constate qu'ils sont bien rares...

 

448692.jpeg

 

« On ne comprend plus ». C’est ce que disait, hier dimanche, un prêtre : « On ne comprend plus que nos prêtres et nos évêques, des hommes qui ont passé la soixantaine et qui sont supposés avoir fait des études, se mettent à adopter des comportements de gamins au cours des célébrations eucharistiques. » Et le jeune prêtre d’ajouter : « Et ce qui est le plus étonnant, le plus incompréhensible aussi, c’est que ce plaisir à se comporter en gamins n’est pas le fait de quelques évêques ou prêtres, mais d’une génération entière de clercs qui donne ainsi l’impression de croire que pour plaire aux fidèles, il faut avoir des comportement de gosses en pleine crise d’adolescence. » On ne peut pas donner tort à ce prêtre et il est vrai qu’on ne comprend plus ce qui fait que le clergé a été à ce point frappé par le syndrome de l’ « adulescence » qui le porte à adopter, spécialement au cours des rassemblements diocésains, des comportements d’adolescents en mal d’affection ou de reconnaissance : agitations de foulards, rondes autour de l’autel, préférence marquée pour des refrains dignes d’une veillée scoute, propension à serrer des mains en affichant un sourire visant à afficher une émotion positive, tons de voix affectés, négligence dans le port des habits liturgiques... etc. Où les fidèles pourraient-ils trouver du sérieux, du contrôle de soi, de la maturité, de la culture, de l’authenticité, de la spiritualité... chez ces hommes qui semblent ne plus savoir donner d’eux qu’une image sans rapport avec la tenue que devrait imposer tant leur ministère que leur âge ?

L'église paroissiale est vide : seule une poignée de fidèles d'un âge certain assistent encore à la messe dominicale - peut-être plus par habitude que par conviction - et chantent sur ordre de la dame qui mouline derrière le micro, très près du célébrant, des refrains qui rappellent immanquablement "quand trois poules vont aux champs". 
La liturgie que propose M. le Curé ne parvient plus à dépasser ce niveau.
Et pourtant, dit M. le Curé avec l'air désolé de celui qui ne comprend plus rien, "on" a tout fait depuis tant d'années pour attirer les gens : communion debout, suppression du latin, remplacement du grégorien par des cantiques populaires, célébration face au peuple, animation liturgique, absolutions collectives, messes anticipées du samedi soir, ronde autour de l'autel des enfants du catéchisme... "On" a tout fait !.
"On" a tout fait, certes... Mais "on" a surtout tout fait de travers, comme il ne fallait pas faire ! "On" a fait comme si la messe paroissiale devait ressembler à la grande braderie de Lille, laquelle n'a d'ailleurs lieu qu'une fois par an et non tous les dimanches et n'est pas spécialement faite pour inviter à la prière.
La seule chose qu' "on" n'a pas encore fait, c'est reconnaître que toutes les innovations citées plus haut étaient des erreurs pédagogiques, théologiques, pastorales.
Mais pour reconnaître ces erreurs, il faudrait que les fidèles - clercs et laïcs - aient, au point de départ, assez d'humilité pour admettre que la liturgie pas plus que l'Eglise ne se construit à partir de présupposés pastoraux imaginés le plus souvent par "des chrétiens qui se laissent séduire par le mode de penser laïciste" (Cf. Benoît XVI, Message aux jeunes du monde à l'occasion des XXVIè Journées Mondiales de la Jeunesse 2011). Car c'est bien la mentalité laïciste, avec son désir de désacralisation, qui a envahi les sanctuaires par assemblées dominicales interposées et grâce à la complicité de certains clercs. De là le fait que 99% des messes paroissiales sont devenues des rassemblements qui ne permettent plus au fidèle de "décoller" mais l'obligent à accepter ce qui est plat, médiocre, insignifiant, terne, peu attirant et, pour tout dire, sans aucun avenir.

 

Pro Liturgia

Ce que l'on avait deviné depuis longtemps semble se confirmer : le Saint-Père aurait du mal à trouver, pour la France, des prêtres acceptant d'être évêques. Le Cardinal Ratzinger avait d'ailleurs laissé clairement entendre, il y a de cela plusieurs années, que dans nos diocèses, la crise était profonde. Bien souvent, les candidats de valeur choisis pour accéder à l'épiscopat préfèrent renoncer à la charge avant même d'être entrés en fonction. Il faut, en effet, un sacré courage et une bonne santé pour qui voudrait remettre sur rails certains diocèses qu'on a laissé partir à la dérive et où ne se trouvent plus que de commissions de laïcs qui font le vide autour d'elles ou des prêtres s'interrogeant sur leur sacerdoce. Certes, il y a bien des prêtres qui aimeraient qu'on leur demande d'être évêques. Nous en connaissons. Mais à Rome on se méfie - avec raison - de ces carriéristes dont les connaissances théologiques sont généralement faibles et la fidélité au Siège apostolique loin d'être évidente.

Lors de son premier message, le 20 avril 2005, Benoît XVI a déclaré : « (...) je veux affirmer avec force ma très ferme volonté de poursuivre la tâche de la mise en oeuvre de Vatican II, sur la trace de mes Prédécesseurs et dans une fidèle continuité avec la Tradition bimillénaire de l'Eglise ».
Cette affirmation correspondait point par point à ce qu'écrivait déjà le Cardinal J. Ratzinger dans "Entretien sur la foi" (Ed. Fayard, 1997, p. 17) : « (...) J'ai toujours voulu rester fidèle au concile Vatican II, cet aujourd'hui de l'Eglise, sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé, sans impatience pour un demain qui ne nous appartient pas ».


 

Que signifient de telles paroles si on les applique à la liturgie ? "Mettre en oeuvre Vatican II" implique nécessairement mettre en oeuvre la restauration liturgique qui en découle et ce "sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé".
Mais alors, demanderont certains, quel est le sens du Motu proprio Summorum Pontificum, qui peut donner l'impression que le Saint Père a une certaine "nostalgie pour un hier" ou qui pourrait faire croire qu'il s'agit de rétablir de façon permanente la façon "pré-conciliaire" de célébrer la liturgie ?
Les choses sont, en réalité, plus subtiles. Premièrement, Benoît XVI sait que la question liturgique, même si elle est d'importance capitale, ne se pose que dans une portion limitée de l'Eglise. Il faut donc apprendre à relativiser le problème. Deuxièmement, il faut se souvenir que le Motu proprio Summorum Pontificum libéralisant les usages liturgiques d'avant le Concile a donné à Benoît XVI l'occasion de rappeler deux points importants : « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l'expression ordinaire de la "lex orandi" de l'Eglise catholique de rite latin » (...) et « un bilan des résultats du Motu proprio » devra être établi trois ans après la publication du document, soit en 2010. Il y a la norme, et il y a les résultats d'une exception : ce sont deux choses différentes dont il faut savoir tenir compte.
Tout porte donc à croire que ce que "veut" Benoît XVI (car il s'agit ici d'une volonté liée à l'autorité magistérielle et non simplement d'un souhait lié à la sensibilité liturgique du pape Ratzinger), c'est redonner aux fidèles un sens de la liturgie qui les poussera à vouloir que la Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II soit étudiée, comprise et mise en application en utilisant certaines valeurs de la liturgie dite "tridentine" qui n'auraient jamais dû être abandonnées lors du la mise en oeuvre du missel romain promulgué par Paul VI (dignité, sens du sacré, chant grégorien, orientation du célébrant... etc.). Ceci apparaît clairement dans deux documents signés du Cardinal Ratzinger. Le premier est celui dans lequel il rappelle que grâce au concile Vatican II, la liturgie de l'Eglise a été dégagée des différentes couches (rubriques, prières privées) qui en dissimulaient la beauté, et le second est une lettre dans laquelle il souligne que « la demande de la liturgie ancienne est limitée » et que « l'existence de deux rites est difficilement gérable pour les évêques et les prêtres » et qu'il faudra, en conséquence, n'avoir à l'avenir qu' « un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais basée entièrement dans la tradition du rite ancien » (cf : Lettre du Cardinal Ratzinger au professeur de philologie allemand Heinz-Lothar Barth en 2003).

 

Pro Liturgia



A l'occasion du 25ème anniversaire de son ordination sacerdotale, Mgr Georg Gänswein, Secrétaire du Pape Benoît XVI, s'est rendu
à Riedern-am-Wald, son village natal de la Forêt-Noire (diocèse de Fribourg-en-Brisgau). Au cours de son homélie, Mgr Gänswein a parlé du prêtre en le comparant au capitaine d'un navire de guerre. Et Mgr Gänswein d'expliquer aux fidèles : « Le prêtre n'est pas un capitaine qui donne des ordres. Notre force ne repose pas dans des moyens externes de pouvoir. Nous annonçons un idéal, avec lequel nous-mêmes nous luttons durant toute notre vie. Il y a évidemment aussi sur la mer, de façon imagée, des grands croiseurs, des navires de luxes, sur lesquels on oublie Dieu; et il y a aussi des sous-marins, des catholiques, qui sont visibles seulement et uniquement lors des solennités... ». La messe d'action de grâce a été célébrée à l'église paroissiale Saint-Léger; de nombreux fidèles se sont aussi rassemblés dans le pré qui entoure le sanctuaire.
Pour suivre la célébration qui était en latin et "versus ad orientem", les fidèles avaient à leur disposition un livret latin-allemand.
Mgr Gänswein étant le collaborateur fidèle du Pape Benoît XVI, on imagine facilement le sens que peut prendre une messe célébrée "en latin" selon l'Ordo actuel.

De nos jours, l'expression "forme ordinaire" (aussi appelée "Messe de Vatican II" ou encore "Messe de Paul VI") ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Souvent même elle ne veut plus rien dire du tout. Pour la majorité des prêtres et évêques de France, quand on dit "célébrer dans la forme ordinaire", cela signifie "célébrer en oubliant les normes liturgiques, qu'elles soient d'avant Vatican II ou d'après Vatican II - et exprimer librement des émotions". Pour l'Eglise et aussi les fidèles qui connaissent un tant soit peu la liturgie, la "forme ordinaire" désigne quelque chose de complètement différent : ça désigne une messe qui obéit aux trois principes suivants : Premier principe : lorsque le Missel Romain impose de faire d'une certaine manière, on fait de cette manière et du mieux possible. Deuxième principe : lorsque le missel romain propose des choix, on choisit prioritairement ce qui est le plus "classique" et qui évite de tomber systématiquement dans la facilité ou l'originalité. Troisième principe : lorsque le missel ne précise rien sur tel ou tel point, on fait tel que c'est fait dans la "forme extraordinaire".

 

En suivant ce "programme" éminemment "pastoral", on obtient un type de célébration qui a les caractéristiques suivantes (qu'on retrouve d'ailleurs dans la façon de célébrer de Benoît XVI) : 1. L'usage du latin doit être favorisé au maximum et, au minimum, doit être utilisé pour la Prière eucharistique : « L'usage de la langue latine (...) sera conservée dans les rites latins ». (Sacrosanctum concilium, N. 36). 2. La priorité doit être donnée au chant grégorien : « L'Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques (...) doit occuper la première place ». (Sacrosanctum concilium, N. 116). 3. Le prêtre doit être tourné vers l'Orient depuis l'Offertoire jusqu'à la fin de la Communion, surtout lorsqu'il célèbre dans un sanctuaire dont l'architecture et l'unité de style permet de valoriser l'expression théocentrique de la liturgie. 4. La Communion reçue à genoux doit être favorisée, l'Hostie étant alors présentée pour être reçue sur la langue.

 

Une telle messe correspond à la "forme ordinaire" d'interprétation stricte ou, plus simplement, à la liturgie telle que le Concile l'a vraiment voulue et que Benoît XVI nous demande de mettre en oeuvre dans toutes les paroisses. Cette façon de mettre en oeuvre la liturgie de l'Eglise aurait deux avantages considérable. Le premier, de pouvoir montrer à certains fidèles "traditionalistes" inconditionnels de la forme "extraordinaire" que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II peut être mise en oeuvre d'une façon qui la fait ressembler de très près très à la messe célébrée avec le missel du Bx. Jean XXIII. Le second, de pouvoir dire aux fidèles habitués aux messes paroissiales déglinguées qui se mettraient à rouspéter contre le retour de cette "messe-en-latin-comme-autrefois" : « C'est bien la liturgie conciliaire dont vous vous réclamez qui est mise en oeuvre. Alors montrez votre joie ! ».

 

Pro Liturgia

Tout comme il existe des liturgies "à la française" qui se parent abusivement des plumes du rite romain, il existe une relecture "française" du Droit canonique. Ceci explique probablement cela. Ainsi :
Le jour des Rameaux 2009, Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux et Lisieux, envoyait à tous les curés de son diocèse le courrier suivant (extrait) : « Cette Pratique [de l'absolution collective] est retenue dans quelques paroisses. Quelques curés m'ont demandé de les autoriser à vivre cette expression extraordinaire du Sacrement de la Réconciliation. Je les autorise à présider cette célébration pour Pâques 2009, pour le 15 août 2009, autant que de besoin et pour Noël 2009. J'applique le commentaire du canon 961 établi par la Conférence des Evêques de France en 1987 » (Source, le Salon Beige). Or voici ce que dit le Canon 961 précité : « L'absolution ne peut pas être donnée par mode général à plusieurs pénitents ensemble, sans confession individuelle préalable, sauf : 1. si un danger de mort menace et que le temps n'est pas suffisant pour que le ou les prêtres puissent entendre la confession de chacun des pénitents; 2. s'il y a une grave nécessité, c'est-à-dire si, compte tenu du nombre de pénitents, il n'y a pas assez de confesseurs disponibles pour entendre comme il le faut la confession de chacun dans un temps convenable, de sorte que les pénitents, sans qu'il y ait faute de leur part, seraient forcés d'être privés pendant longtemps de la grâce sacramentelle ou de la sainte communion; mais la nécessité n'est pas considérée comme suffisante lorsque des confesseurs ne peuvent pas être disponibles pour le seul motif du grand afflux de pénitents, tel qu'il peut se produire pour une grande fête ou un grand pèlerinage ». Ça, c'est ce que dit le Droit canonique. Mais l'on sait bien qu'en France...

 

Suite de l'affaire : un curé du diocèse de Bayeux-Lisieux communique le courrier de Mgr Pican à Rome. Le 10 juillet, Mgr Pican envoie une nouvelle lettre à ses curés [extrait] : « Les dispositions arrêtées dans le document présenté aux prêtres à l'occasion de Pâques et relatives à la célébration de l'absolution collective viennent d'être interdites par le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements ». « Viennent d'être interdites » écrit l'Evêque de Bayeux-Lisieux qui semble ignorer qu'elles n'avaient jamais été autorisées.
Mais que Mgr Pican se rassure : dans l'état actuel des choses, certains prêtres se moquent de se que déclare Rome ou leur évêque et en bien des endroits, les absolutions collectives continueront de se faire en toute quiétude.

Quand on regarde quels sont les prêtres qui, dans les diocèses, ont été nommés vicaires épiscopaux, ou responsables de la pastorale, ou encore responsables de la liturgie, on constate qu'ils sont tous - à quelques rares exceptions près - de la génération de ceux qui furent, du temps où ils étaient en formation dans les grands séminaires, les pires contestataires. Avant qu'ils ne soient ordonnés prêtres, parler du pape ou du Vatican provoquait chez eux des rires et des sarcasmes. Ils ont en quelque sorte été formés au dénigrement systématique de toute forme d'autorité dans l'Eglise. De plus, ces prêtres qui occupent aujourd'hui des postes importants dans les diocèses, sont d'anciens séminaristes qui ont été privés de toute formation solide. On ne leur aura enseigné qu'à bricoler la liturgie et à multiplier les réunions complétement stériles... N'ayant rien reçu au cours des 6 ou 7 années qu'ils ont passé dans les séminaires diocésains, ils ne peuvent rien donner, rien transmettre : leurs liturgies sont ternes, leurs homélies sont vides, leurs propos sont généralement sans intérêt. Ils ne parviennent qu'attirer autour d'eux des catholiques libéraux pour lesquels l'Eglise se limite à n'être qu'une sorte de club de rencontres. S'y retrouvent des laïcs non représentatifs qui sont toujours restés dans les jupes de la prêtraille et n'ont jamais pu voir les choses par d'autres yeux que les siens : jadis hier les Enfants de Marie, aujourd'hui les "équipes liturgiques" interparoissiales. Mais le plus inconvenant est que ces anciens pourfendeurs de toute forme d'autorité issue du Magistère font preuve, dès qu'ils occupent un postes d'importance dans la bureaucratie diocésaine, d'un autoritarisme qui s'exprime en propos d'une rare violence lancés à la figure du simple fidèle qui ose les contredire.

Le Cardinal de Lubac (+ 1991) a parfaitement décrit la situation dans laquelle un véritable « contre-magistère » a réussi a enfermer l’ « Eglise-qui-est-en-France » : « Après une première phase anarchique, destructrice ou révolutionnaire ou souffle un vent de folie, il en vient une seconde ou la révolution installée, se fait conservatrice d’elle-même, bloquant la vie d’un avenir mieux orienté. Maîtresse de positions nombreuses, elle commence à secréter des structures d’autoconservations. Il n’est pas besoin pour expliquer ce phénomène de supposer chez les individus des desseins ou des manœuvres machiavéliques : c’est un processus normal, mais à peu près fatal, il serait toutefois contraire à la vérité d’écarter toute idée de blocage conscient. ». Par chance, observait le cardinal, « les pires créativités perdent de leurs virulences premières, à la longue la routine s’installe, le pouvoir finit par se corrompre, la sclérose ne permet pas de comprendre les aspirations des jeunes générations. » 

 

Les initiateurs de la révolution post-conciliaire sont bien devenus les conservateurs aigris de leurs erreurs. Mais plusieurs indices permettent de deviner qu’ils sont désenchantés et lâchés par leurs troupes qui, il y a 30 ans, s’employaient à rêver d'une « Eglise vivant avec son temps ». Il est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas : les establishments diocésains sont contraints de vendre les bâtiments religieux pour financer leurs commissions devenues pléthoriques d’animateurs et autres permanent(e)s qui ont imposé leurs réformes pastorales, « à la manière de la révolution culturelle de Mao » selon l’expression du cardinal Lustiger… pour un bilan tout aussi calamiteux. Tout montre donc que la pastorale stérile encouragée par les évêques de la génération post-soixante-huitarde est à bout de souffle. Elle est donc condamnée à disparaître, comme le laisse deviner l’âge moyen de tant de « permanent(e)s en pastorale ». 

 

Pro Liturgia

« (...) Il est aujourd'hui nécessaire de parler de l'esprit de la liturgie, et particulièrement aux prêtres. Il est urgent de réaffirmer l' "authentique" esprit de la liturgie tel qu'il est présent dans la tradition ininterrompue de l'Eglise et dont témoigne, en continuité avec le pasé, le plus récent magistère qui va du second concile du Vatican II à Benoît XVI » (Cf. Mgr Guido Marini, La liturgie, mystère du salut, éd. Artège). Il est donc tout à fait faux d'affirmer, comme on le fait aussi bien dans l'aile progressiste de l'Eglise que dans l'aile traditionaliste, que Vatican II est une rupture permettant soit de célébrer la liturgie sans tenir compte des rites et du passé (aile progressiste qui se veut "conciliaire") soit de refuser la liturgie actuelle pour se cantonner dans la forme extraordinaire du rite romain (aile "traditionaliste" qui se veut gardienne de la Tradition). Mgr Marini poursuit : « D'aucuns donnent parfois l'impression d'adhérer à ce qu'il est juste de définir véritablement et proprement comme une idéologie, une idée préconçue appliquée indistinctement à l'histoire de l'Eglise et qui n'a rien à faire avec la foi authentique. L'opposition entre Eglise pré-conciliaire et l'Eglise post-conciliaire est un fruit de cette idéologie hors de propos » (Id.)

En clair : - la liturgie, telle qu'elle est célébrée aujourd'hui dans 90% des paroisses est le fruit de cette idéologie de rupture contraire aux enseignements du Concile; - la liturgie, telle qu'elle est célébrée par certains groupes "traditionalistes" qui refusent le Concile est le fruit de cette même idéologie de rupture. - les tenants de l'une ou de l'autre façon de traiter la liturgie sont dans la même erreur qui consiste à ne pas comprendre le Concile comme l'Eglise la comprend, c'est-à-dire comme une étape dans l'histoire de l'Eglise et non comme une rupture. La liturgie d'aujourd'hui ne peut apparaitre comme le fruit d'une étape que si elle est célébrée avec le même sens du sacré que la liturgie d'hier. Ce sens du sacré se manifeste essentiellement par l'orientation de la célébration, par le fait que la célébration n'apparaît pas comme le fruit de la subjectivité du célébrant, par le fait que le latin ait une plus grande place, par le fait enfin que les fidèles soient habitués à chanter et à entendre du grégorien tout au long des célébrations. Parallèlement, les fidèles "traditionalistes" doivent cesser d'écouter ce que pense à propos de la liturgie "conciliaire" tel ou tel abbé bien en vue dans leurs cercles, tandis que les fidèles "conciliaires" doivent cesser de lire les revues d'animation liturgique. Seul le missel romain - sous l'une de ses deux formes - doit être la référence.

Pro Liturgia

En mai 2000, répondant à un courrier que nous lui avions adressé, Mgr Bernard Lagoutte, alors Secrétaire de la Conférence des évêques de France (CEF) écrivait que « peu d’assemblées sont désormais à même de célébrer la messe en latin et chant grégorien. » Et il ajoutait : « Il n’est pas sûr qu’il soit possible et nécessaire de restaurer (...) des liturgies en latin. » Voilà donc comment, de façon très officielle, on s’est appliqué à mettre en oeuvre le Concile en France :

 

- en 1970, quand est édité le Missel romain restauré à la suite du Concile, tous les fidèles sont encore capables de suivre une Messe en latin et de chanter - au moins - un Ordinaire en grégorien. Trente ans plus tard - selon Mgr Lagoutte - c’est fini : il ne reste plus rien... "On" a rendu les fidèles amnésiques.

 

- « il n’est pas possible de restaurer des liturgies en latin », écrit le Secrétaire de la CEF. Autrement dit : il est hors de question, en France, de faire ce que le Concile a demandé de faire. Une telle attitude porte un nom : « opposition ». Et l’on imagine sans peine que cette opposition existe toujours au sein d’une bonne partie des états-majors diocésains, même si elle est aujourd’hui plus feutrée. Ne serait-elle d'ailleurs pas dirigée contre Benoît XVI qui, lui, demande le maintient ou le rétablissement du latin et du grégorien... précisément en application des enseignements de Vatican II ?

 

Pro Liturgia

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

Intentions de prières

 

Actualité du livre

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg