sixtineDurant les fêtes pascales, il y a bien eu en France quelques paroisses où des prêtres courageux ont fait le maximum pour respecter la liturgie. Mais il ne s'agissait bien que de "quelques paroisses" car dans la majorité des églises de France, il est depuis longtemps devenu "normal" de célébrer la liturgie n'importe comment, pourvu que ce ne soit pas dans les règles.
Avec la bénédiction des évêques diocésains, chaque prêtre est libre de célébrer la messe comme il veut... à condition qu'il respecte le moins possible le Missel Romain. Car l'essentiel, pour la majorité des évêques de France (il existe fort heureusement quelques exceptions qui font grincer des dents au sein de l'épiscopat), est d'avoir un clergé qui veille à ce que la liturgie de l'Eglise ne soit jamais célébrée comme elle doit être célébrée : il est donc impératif d'y introduire des improvisations, de la laideur, du laisser-aller, de l'indigence musicale... bref, tout ce qui permet de montrer que les célébrations sont élaborées par les communautés paroissiales mais ne sont plus une richesse à recevoir de l'Eglise. Le prêtre lui-même, lorsqu'il est à l'autel, doit faire ce que l'équipe liturgique locale lui demande de faire et non ce que l'Eglise attend qu'il fasse : le célébrant n'est plus qu'un "délégué" de l'assemblée, à la manière d'un pasteur protestant. Dans le pire des cas, son rôle se limite à celui de "Monsieur Loyal".
Et si, dans les conditions actuelles, un fidèle se plaint de devoir assister de dimanche en dimanche à des célébrations déficientes, il convient que son évêque l'envoie sur les roses en lui faisant comprendre qu'il n'a pas de leçons à donner à des prêtres ouvertement "conciliaires".
Le problème vient de ce que dans les diocèses de France, être "conciliaire" signifie presque toujours se prévaloir de Vatican II pour ne surtout pas en appliquer les enseignements. Et les évêques sont d'ailleurs eux-mêmes persuadés que moins on respecte la liturgie, plus on est dans la droite ligne de Vatican II.
En France, "être dans la droite ligne de Vatican II" signifie, quand on est à la tête d'un diocèse ou d'une paroisse, avoir une commission liturgique dirigée par une personne dont l'autoritarisme est inversement proportionnel aux compétences en liturgie. La commission en question est alors chargée non de faire respecter la liturgie de l'Eglise, mais de "fliquer" le curé, l'organiste, le maître de choeur qui respecte trop le missel et qui - comble de l'outrecuidance - refuse de suivre les programmes liturgiques élaborés par les "équipes" nommées dans les divers secteurs interparoissiaux.

 

Il règne donc, dans le domaine de la liturgie et malgré les très nombreux rappels à l'ordre du Souverain Pontife, une totale confusion qu'une majorité d'évêques se plaisent à entretenir par leurs silences et par la pastorale calamiteuse qu'ils mettent en place. Partout la liturgie continue d'être régulièrement "blessée" - pour reprendre une expression de Mgr Aillet - car personne, dans les rangs de l'épiscopat, n'a le courage de prendre la parole pour exiger des prêtres et des fidèles laïcs qu'ils s'en tiennent au missel et qu'ils abandonnent définitivement des façons de célébrer erronées. 
Partout - ou presque - on constate des raidissements épiscopaux ou cléricaux contre les fidèles ou les simples curés attachés à la correcte application du Missel Romain. Contrairement à ce qu'ils prétendent, les évêques ne font rien pour renverser la tendance et faire qu'enfin la liturgie soit respectée. Pas une seule fois on ne les a entendus dire qu'il fallait s'en tenir au missel; pas une seule fois on ne les a vus reprendre le célébrant qui "blessait" systématiquement la liturgie; pas une seule fois on ne les a vus nommer à la tête des commissions de liturgie diocésaines des prêtres compétents, connaissant et appliquant les textes magistériels, et sachant parfaitement célébrer la liturgie (messe, vêpres...) aussi bien en français qu'en latin. 
Nos pasteurs diocésains ont-ils l'intention de redresser la situation ? Non. Pour eux il s'agit avant tout de continuer à ignorer les textes magistériels et de faire comprendre au Souverain Pontife qu'il n'est pas question d'engager un nouveau mouvement liturgique qui puisse enfin donner le jour au véritable héritage de Vatican II. Au yeux de l'épiscopat français, Benoît XVI n'a rien compris : il a tout faux. Dans les paroisses de France, l'important est donc de ne rien changer, de ne surtout pas bousculer les mauvaises habitudes qui sont généralisées. Car c'est en ne faisant rien d'autre que de brasser du vent qu'on passe pour "conciliaire" dans l'Eglise-qui-est-en-France.
Mais se pose alors une question : que doivent faire les fidèles qui veulent la liturgie de l'Eglise ? Face à l'inertie des évêques, beaucoup pensent qu'il faudrait créer une sorte de "front de libération de la liturgie" qui permettrait, en se basant sur les enseignements des Souverains Pontifes, de refuser ouvertement et officiellement de prendre part aux célébrations qui ne respectent pas le missel romain. Une sorte de fronde ? Et pourquoi pas, quand on sait que depuis le Concile on a obligé les fidèles à gober n'importe quoi et qu'il y a maintenant overdose de niaiseries dans les paroisses.
C'est le Cardinal Ratzinger qui a invité à « arracher la liturgie à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques » (Cf. Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 103). C'est Jean-Paul II qui a expressément demandé aux fidèles de « refuser toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire » (Motu proprio Ecclesia Dei, n.5a). Pourquoi les fidèles qui ont droit à l'authentique liturgie de l'Eglise devraient-ils attendre plus longtemps pour agir... efficacement ?

 

Pro Liturgia

Le Cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements a été interrogé par Famille Chrétienne.

Il appelle à une grande réflexion sur l’Eucharistie et invite les prêtres et les fidèles à se tourner vers l’Orient : vers le Christ. Extrait :

 

 

 

 

 

Famille Chrétienne : Il y a quelques semaines, vous avez émis le souhait de voir “remis au centre le sacrement des sacrements”, c’est-à-dire l’Eucharistie. Pour quelle raison?

 

Le Cardinal Sarah : Je souhaite engager une grande réflexion sur cette question, afin de remettre l’Eucharistie au centre de notre vie. Je constate que beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles. Souvent, le prêtre ne célèbre plus l’amour du Christ à travers son sacrifice, mais une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel. En cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et des modes du moment. Peu à peu, les fidèles s’éloignent de ce qui nous donne la Vie. Pour les chrétiens, l’Eucharistie, c’est une question de vie ou de mort !

 

 

 

Famille Chrétienne : Comment remettre Dieu au centre?

 

Le Cardinal Sarah : La liturgie est la porte de notre union à Dieu. Si les célébrations eucharistiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense, car Dieu disparaît. Il faut commencer par replacer Dieu au centre de la liturgie. Si l’homme en est le centre, l’Église devient une société purement humaine, une simple ONG, comme l’a dit le pape François. Si, à l’inverse, Dieu est au cœur de la liturgie, alors l’Eglise retrouvera sa vigueur et sa sève ! “Dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l’Eglise”, écrivait de manière prophétique le Cardinal Joseph Ratzinger.

 

 

 

Famille Chrétienne : Quel remède recommandez-vous?

 

Le Cardinal Sarah : La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur. Le concile Vatican II insistait sur un point majeur : dans ce domaine, l’important n’est pas ce que nous faisons, mais ce que Dieu fait. Aucune œuvre humaine ne pourra jamais réaliser ce qui se trouve au cœur de la messe : le sacrifice de la croix. La liturgie nous permet de sortir des murs de ce monde. Retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie requiert donc un travail de formation pour les laïcs, les prêtres et les évêques. Il s’agit d’une conversion intérieure. Pour remettre Dieu au centre de la liturgie, il faut aussi le silence : cette capacité de se taire pour écouter Dieu et sa parole. J’affirme que nous ne rencontrons Dieu que dans le silence et l’approfondissement de sa parole dans les profondeurs de notre cœur.

 

 

 

Famille Chrétienne : Comment faire concrètement ?

 

Se convertir, c’est se tourner vers Dieu. Je suis profondément convaincu que nos corps doivent participer à cette conversion. Le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient. Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, de célébrer le dos tourné aux fidèles ou face à eux. Le problème n’est pas là. Il s’agit de se tourner ensemble vers l’abside qui symbolise l’Orient où trône la croix du Seigneur ressuscité. Par cette manière de célébrer, nous expérimenterons, jusque dans nos corps, la primauté de Dieu et de l’adoration. Nous comprendrons que la liturgie est d’abord notre participation au sacrifice parfait de la croix. J’en ai fait personnellement l’expérience ; en célébrant ainsi, l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation.

 

 

 

Famille Chrétienne : Mais cette manière de faire est-elle autorisée?

 

Le Cardinal Sarah : Elle est légitime et conforme à la lettre et à l’esprit du Concile. En tant que préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, je tiens à rappeler que la célébration “versus orientem” est autorisée par les rubriques du Missel, qui précisent les moments où le célébrant doit se retourner vers le peuple. Il n’est donc pas besoin d’autorisation particulière pour célébrer face au Seigneur. Ainsi, dans une tribune publiée par “L’Osservatore Romano”, en juin 2015, j’ai proposé que les prêtres et les fidèles se tournent vers l’Orient au moins pendant le rite de la pénitence, pendant le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique.

 

 

 

Famille Chrétinne : Dans l’esprit de beaucoup, le changement d’orientation de l’autel est lié à Vatican II. Est-ce vrai?

 

Le Cardinal Sarah : Plus de cinquante ans après la clôture de Vatican II, il devient urgent que nous lisions ses textes ! Le Concile n’a jamais demandé de célébrer face au peuple ! Cette question n’est pas même abordée par la constitution “Sacrosanctum Concilium”… Bien plus, les Pères du Concile voulaient souligner la nécessité pour tous d’entrer en participation du mystère célébré. Dans les années qui ont suivi Vatican II, l’Eglise a cherché les moyens de mettre en œuvre cette intuition. Ainsi, célébrer face au peuple est devenu une possibilité, mais pas une obligation. La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs, le dialogue et la pédagogie entre le prêtre et son peuple. Mais dès que nous arrivons au moment où l’on s’adresse à Dieu – à partir de l’offertoire –, il est essentiel que le prêtre et les fidèles se tournent ensemble vers l’Orient. Cela correspond tout à fait à ce qu’ont voulu les Pères conciliaires.

 

Je crois qu’il faut revenir au texte du Concile. Certaines adaptations à la culture locale n’ont probablement pas été assez mûries. Je pense à la traduction du Missel romain. Dans certains pays, des éléments importants ont été supprimés, notamment au moment de l’offertoire. En français, la traduction de l’ “Orate fratres” a été tronquée. Le prêtre devrait dire : “Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant.” Et les fidèles de répondre : “Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Eglise.” A l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le Pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin.

 

 

 

Famille Chrétienne : Que faites-vous de la participation des fidèles?

 

Le Cardinal Sarah : La participation des fidèles est primordiale. Elle consiste avant tout à se laisser entraîner à la suite du Christ dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. “On ne va pas à la messe pour assister à une représentation. On y va pour participer au mystère de Dieu”, a rappelé le Pape François tout récemment. L’orientation de l’assemblée vers le Seigneur est un moyen simple et concret de favoriser une vraie participation de tous à la liturgie. La participation des fidèles ne saurait donc être comprise comme la nécessité de faire “quelque chose”. Sur ce point, nous avons déformé l’enseignement du Concile. Au contraire, il s’agit de laisser le Christ nous prendre, et nous associer à son sacrifice. Seul un regard trempé dans une foi contemplative nous gardera de réduire la liturgie à un spectacle où chacun aurait un rôle à jouer. L’Eucharistie nous fait entrer dans la prière de Jésus et dans son sacrifice, car Lui seul sait adorer en esprit et en vérité.

 

 

 

Famille Chrétienne : Quel sens l’Eglise donne-t-elle à cette question de l’orientation?

 

Le Cardinal Sarah : D’abord, nous ne sommes pas les seuls à prier de manière orientée. Le Temple juif et les synagogues ont toujours été orientés. En retrouvant cette orientation, nous pourrons repartir vers nos origines. Je constate aussi que des non chrétiens, les musulmans en particulier, sont orientés pour prier. Pour nous, la lumière, c’est Jésus Christ. Toute l’Eglise est orientée vers le Christ. “Ad Dominum”. Une Eglise refermée sur elle-même en un cercle clos aurait perdu sa raison d’être. Pour être elle-même, l’Eglise doit vivre face à Dieu. Notre point de référence, c’est le Seigneur ! Nous savons qu’Il a vécu avec nous et qu’Il est reparti vers le Père sur le mont des Oliviers, situé à l’est de Jérusalem. Et qu’Il reviendra de la même manière. Rester tournés vers le Seigneur, c’est L’attendre chaque jour. Il ne faudrait pas que Dieu se plaigne constamment : “Ils tournent vers moi leur dos au lieu de tourner vers moi leur visage ! ” (Jr 2, 27). A la messe, nous sommes d’abord présents pour Dieu. Si nous ne tournons pas notre regard de manière radicale vers Dieu, notre foi deviendra tiède, vagabonde et incertaine. Quand j’étais enfant de chœur, j’observais avec attention la délicatesse et la ferveur avec lesquelles les missionnaires célébraient leurs messes. Grâce à eux, j’ai compris que, quand le prêtre dit : “Il est grand le mystère de la foi”, il ne s’agit pas d’une formule !

 

Sans la foi, que peut signifier l’Eucharistie ? Souvenez-vous que beaucoup de disciples ont quitté Jésus au moment où Il leur a dit : “Je vous donne mon corps à manger. ” Aujourd’hui encore, beaucoup Le lâchent… Ils sont présents physiquement à la messe, mais leur foi est défaillante, affaiblie par le manque de ferveur de notre temps et le paganisme de nos sociétés. C‘est la foi qui introduit les hommes dans le mystère de Dieu qui aime jusqu’à la mort. Et je meurs aussi dans chaque Eucharistie, comme le dit saint Paul : “Je meurs chaque jour” (Rm 15). Si nous mourons dans l’Eucharistie, nous savons que c’est pour avoir la vie nouvelle. La messe doit être précédée par une vie de prière intense à la maison. La célébration de l’eucharistie sera dense si chaque chrétien cultive une profonde intériorité et une intense vie de prière quotidienne.

 

 

 

Souhaitons que ce texte soit un prélude à la redécouverte du silence, de la contemplation... et à la disparition de ces autels face au peuple qui ont été édifiés partout jusqu'à devenir des taches anti-liturgiques dans les choeurs de nos belles églises.



 

Conférence de S.E. Mgr Marc Aillet lors du Congrès Théologique
"Fidélité du Christ, fidélité du Prêtre" qui s'est tenu en l'Aula Magna
de l’Université Pontificale du Latran (les 11 et 12 mars 2010)

 

 

Lien : Intervention par écrit sur le blog du Petit Placide (exclusivité)

http://img.over-blog.com/262x320/0/21/41/34/liturgie/pretreeucharistie.pngDans les façons actuelles de célébrer l’Eucharistie, autrement dit de traiter la Liturgie de l’Église soit en la respectant soit en cherchant à l’adapter, se retrouve finalement le problème de l’objectif et du subjectif. Quand je dis : « Je crois en Dieu », j’ai deux façons de comprendre la formule. Si je suis catholique, je mets l’accent sur « Dieu » qui est l’objet de ma foi. Si je suis protestant, je mets l’accent sur « je crois » qui est le sujet qui affirme sa foi. Au cours des messes paroissiales actuelles, cette opposition réapparaît. Le catholique soutient qu’il y a mystère, qu’il y a sacrement (c’est-à-dire « signe » d’une réalité qui ne dépend pas de lui), que le Christ est présent ex opere operato, c’est-à-dire par le fait que l’action liturgique a été correctement accomplie au nom de l’Église. Le protestant soutiendra que le Christ est présent ex opere operantis, c’est-à-dire grâce à la conviction et la piété des fidèles qui participent à la réalisation de la célébration. Du côté catholique, l’essentiel est l’objet de la célébration et le sujet passe au second plan; du côté protestant, c’est le sujet qui a toute l’importance ; c’est par lui que l’objet à du sens. Du côte catholique, l’objet ne dépend pas du sujet : même s’il n’y a personne dans une église, dans le tabernacle demeure le Seigneur ; Il n’a pas besoin que quelqu’un soit présent et croit en Lui pour être là : sa Présence est « réelle » et indépendante du point de vue du fidèle. Rien de tel dans le protestantisme où la présence Seigneur n’est, finalement, qu’une création de l’imaginaire collectif stimulé par la foi de chacun des membres d’une assemblée. Pourtant, au chapitre VI de l’Evangile selon S. Jean, il est bien écrit : « Ma chair est vraiment nourriture. Mon sang est vraiment breuvage. » L’Evangéliste ne laisse entendre que le pain et le vin ne sont la chair et le sang du Christ que pour ceux qui veulent bien y croire. Le Christ nous enseigne donc que l’Eucharistie est donc bien une réalité objective.

 

 

De nos jours, principalement à cause de la généralisation des messes célébrées « face au peuple » et de la disparition du latin, on voit des prêtres qui, à l’autel, s’obligent à afficher des airs visant à montrer qu’ils sont convaincus de ce qu’ils font ; certains disent les oraisons de la Liturgie en insistant sur certains mots qui leur semblent plus importants que d'autres; d’autres disent la prière eucharistique en balayant du regard les membres de l’assemblée comme pour chercher leur assentiment ou montrer à tous qu'ils sont convaincus de bien tenir leur rôle. Ces gestes et ces attitudes qui procèdent d’une absence de neutralité et s’ajoutent à des cantiques populaires qui ne mettent l’accent que sur « le peuple » - c’est-à-dire, dans l’esprit des fidèles, sur la communauté rassemblée - ainsi qu'à la réception de la communion debout et dans les mains, tendent à faire croire que la Liturgie de l’Église n’a de valeur, de sens et d’efficacité que si le célébrant, à l’autel, se montre convaincu de ce qu’il fait et que si l’assemblée, dans la nef (ou parfois même autour de l’autel !), cautionne le « jeu » emphatique du célébrant, accepte ses manières affectées par lesquelles il tâche de mettre en relief l’authenticité de ses sentiments censés garantir la présence du Christ. On est alors dans une vision protestante de l’Eucharistie : comme au temps de la réforme luthérienne, les éléments de la Liturgie sont globalement conservés, mais ils sont été revêtus d’un sens nouveau qui n’est plus conforme à la doctrine, à la foi catholique sur l’Eucharistie. Faire croire que le sens de la Liturgie puisse venir d'une survalorisation des acteurs de la célébration est l'erreur la plus grave qui a cours dans nos paroisses. Que faire alors ?

 

 

D’abord veiller à ce que, dans les célébrations, n’apparaissent jamais les composantes affectives ou émotionnelles de ceux qui sont chargés de la mettre la Liturgie en œuvre. Comment ? En évitant les cantiques dont les mélodies sont doucereuses et dont les paroles ne jouent que sur la corde des sentiments ; en exigeant des célébrants qu’ils portent les vêtements liturgiques prescrits qui permettent d’estomper les aspérités physiques et psychologiques d’une nature humaine qui n’a pas à s’exprimer dans un acte et un moment où ne doit avoir d’importance que la nature divine du Seigneur présent ; en veillant à ce que les rites soient fidèlement accomplis d’une façon aussi digne que neutre ; en rétablissant, dès qu’on peut le faire, l’usage du chant grégorien et de la célébration versus orientem. Si l’on veut que la Messe demeure ou redevienne ce "sursum corda" capable d’introduire les fidèles dans la foi objective et non dans de simples sentiments religieux subjectifs, alors il faut veiller à ce que ceux qui participent à l’Eucharistie ne soient plus livrés à l’arbitraire des célébrants, à leurs manies, à leurs idées et parfois même à leurs propres blessures; il faut veiller à ce que toute célébration liturgique soit enveloppée du silence qui permet de s’ouvrir à l'action de Dieu ; il faut veiller à donner la plus grande importance à la participation intérieure ; il faut veiller à évacuer du sanctuaire tout ce qui, par la théâtralisation des célébrations ou l’ajout d’éléments étrangers à la liturgie (banderoles, panneaux, dessins d’enfants… etc.), conduit à l'auto-célébration des assemblées et à une survalorisation du célébrant.

 

 

Les fidèles qui se rendent à l’église ont envie d’avoir un cœur à cœur avec le Christ réellement, objectivement présent ; ils ne se déplacent pas pour voir un célébrant qui donne un tour subjectif à la foi en parasitant la Liturgie avec d’interminables interventions sans intérêt. En Liturgie, la subjectivité ne peut exister que dans la réponse personnelle que chaque fidèle est en droit de donner à l’objectivité de la célébration de la foi.

 

Pro Liturgia

 

Aider les prêtres qui célèbrent fidèlement la liturgie, c'est très bien, mais ça ne suffit pas. Car la liturgie, telle qu'elle apparaît dans la majorité des paroisses, est aujourd'hui dans un état de délabrement tel, qu'il faut dépasser les aides ponctuelles aux prêtres afin d'engager un vaste programme de restauration qui fasse barrage à l'entreprise de désacralisation et de désorganisation des célébrations mise en place par de nombreux fidèles - clercs laïcisés ou laïcs cléricalisés - sous couvert du Concile.
Les choses ne s'arrangeront pas tant que la liturgie demeurera en les mains de groupuscules et tant qu'elle ne sera célébrée comme elle doit l'être que dans quelques paroisses isolées, grâce à quelques prêtres exceptionnels.

 

 

sixtineorientemLa liturgie authentique, c'est-à-dire celle qui est célébrée conformément au missel romain, ne doit pas apparaître comme quelque chose d'occasionnel, comme quelque chose qui serait hors norme par rapport à ce qui se fait habituellement partout ailleurs. La vraie liturgie ne saurait en aucun cas devenir l'apanage d'un célébrant particulier, d'une paroisse particulière, d'une occasion particulière : les fidèles doivent pouvoir la trouver partout, dans toutes les églises. 
Mais en quoi pourrait consister un programme de restauration de la liturgie ?
Le point essentiel sur lequel il serait nécessaire d'insister en tout premier lieu, c'est le "théocentrisme". La liturgie est théocentrique, c'est-à-dire orientée vers Dieu et non vers le célébrant ou l'assistance. C'est indiscutable.
Par conséquent, il faudrait - et ce dans les plus brefs délais - éliminer de nos célébrations paroissiales tout ce qui distrait de cette orientation essentielle. Peut avant de mourir, Joseph Samson, Maître de choeur à la cathédrale de Dijon disait : « Si le choeur, quel qu'il soit, n'introduit pas à l'office plus de vie spirituelle, que le choeur se taise. Si le chant du choeur n'est pas pour les fidèles une nourriture, du pain... que le choeur sorte. Si le chant des fidèles n'apporte pas à l'office plus de vie spirituelle, que les fidèles se taisent. Tout chant dont la valeur expressive n'égale pas celle du silence est à proscrire ». (Conférence au Congrès International de Musique Sacrée à Versailles, 1957). Bien souvent, au cours des messes, on se prend à penser qu'il n'y aurait pas que le chant qui serait à proscrire, mais aussi les gesticulations, les minauderies ou les attitudes négligées de certains célébrants, les bavardages et les considérations inutiles... Il y a tant de choses qui devraient "sortir" - pour reprendre le propos de J. Samson - car elles n'ont pas leur place en liturgie !
Il faut donc commencer par exclure des célébrations - de toutes les célébrations sans la moindre exception - tout ce qui entrave le théocentrisme que doit manifester la liturgie, tout ce qui distrait le fidèle de l'Unique Essentiel. C'est ce que Benoît XVI a voulu nous faire comprendre lorsqu'il a dit aux moines cisterciens d'Heiligenkreuz (sept. 2007) : « Là où, quand on réfléchit à la liturgie, [là où] on se demande seulement comment la rendre attrayante, intéressante et belle, la partie est déjà perdue. Ou bien la liturgie est opus Dei, oeuvre de Dieu, avec Dieu comme sujet spécifique, ou bien elle n'est pas ». Dans la mesure où nos célébrations paroissiales sont plus souvent l'oeuvre de célébrants ou d'équipes liturgiques qui cherchent à rendre les choses attrayantes (ou à se rendre attrayants) qu'elle n'est l'oeuvre de Dieu, elles ne sont pas véritablement des liturgies. Elles ne sont plus des liturgies, mais des occupations pour fidèles désoeuvrés.
Il nous faut redécouvrir le théocentrisme de la liturgie : c'est capital. Lorsque nous aurons fait du théocentrisme la "marque de fabrique" de nos célébrations, alors pourront être progressivement remis à leur place d'autres éléments qui font corps avec le rite romain et contribuent à renforcer, à protéger et à exprimer sa finalité première : la célébration versus orientem, le chant grégorien, l'usage du latin, la beauté et la dignité... bref tout ce qui rend la liturgie stable et apte à signifier que par elle, telle qu'elle est reçue de l'Eglise, les fidèles louent le Dieu un et trine de façon vraie et juste.

 

Un second point sur lequel il serait nécessaire d'insister, c'est celui du droit des fidèles à pouvoir s'associer à la liturgie de l'Eglise et non d'être contraint d'accepter la liturgie du célébrant local ou de l'équipe qui est à sa solde : « Selon les possibilités de chacun, tous ont le devoir de prêter une attention particulière à ce que le très saint Sacrement de l'Eucharistie soit défendu contre tout manque de respect et toute déformation, et que tous les abus soient complètement corrigés. Ce devoir, de la plus grande importance, qui est confié à tous et à chacun des membres de l'Eglise, doit être accompli en excluant toute acception de personnes. L'Eglise reconnaît à tout catholique, qu'il soit prêtre, diacre ou fidèle laïc, le droit de se plaindre d'un abus liturgique, auprès de l'Evêque diocésain ou de l'Ordinaire compétent équiparé par le droit, ou encore auprès du Siège Apostolique en raison de la primauté du Pontife Romain » (Instruction Redemptionis Sacramentum, 25.3.2004). Le droit de se plaindre des abus est pleinement reconnu; donc, plutôt que de se lamenter en petits comités, il faut s'adresser à qui de droit en rappelant, si besoin, que s'il est nécessaire de faire preuve de charité à l'égard du célébrant qui ne respecte pas les règles de la célébration, il est aussi urgent de lui dire la vérité - par charité ! - si l'on ne veut pas que la liturgie ne se perde définitivement.

 

Pro Liturgia

La liturgie dans les propos du Cardinal Ratzinger :

 

- L'effrayant appauvrissement qui se manifeste là où l'on chasse la beauté est devenu de plus en plus évident.
- Le fait de s'en tenir à la seule notion d' "accessible à tous" n'a pas rendu les liturgies véritablement plus compréhensibles ou plus ouvertes, mais seulement plus indigentes.

- C'est justement dans notre monde d'aujourd'hui que nous avons besoin du silence, du mystère supra-individuel, de la beauté.

- Le Concile a été tout simplement dépassé.

- Après le concile de nombreux prêtres ont délibérément érigé la désacralisation au niveau d'un programme d'action.

- Dans l'histoire de l'après-Concile, la Constitution sur la Liturgie ne fut plus comprise à partir de ce primat fondamental de l'adoration, mais plutôt comme un livre de recettes sur ce que nous pouvons faire avec la liturgie.

- Aujourd'hui, on peut se demander si, après tout, il y a encore un rite latin; la conscience de ce rite n'existe certainement plus guère.

- Aux yeux de la plupart, la liturgie apparaît plutôt comme une chose à réaliser par chaque communauté, tâche en vue de laquelle les groupes concernés bricolent de semaine en semaine leurs "liturgies" propres avec un zèle aussi admirable que déplacé.

- La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s'est éloignée toujours davantage de son origine. Le résultat n'a pas été une réanimation mais une dévastation.

- On a une liturgie dégénérée en "show", où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide de bêtises à la mode.

- Des centres où la liturgie est célébrée sans affectation, mais avec respect et grandeur, attirent, même si l'on ne comprend pas chaque mot.

- La tolérance envers des fantaisies [liturgiques] aventureuses est chez nous presque illimitée. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin.

- Je suis convaincu que la crise de l'Eglise que nous vivons aujourd'hui repose largement sur la désintégration de la liturgie.

- On aurait besoin pour le moins d'une nouvelle conscience liturgique, pour faire disparaître cet esprit de bricolage.

- Il est nécessaire de restaurer non pas certaines cérémonies, mais l'idée fondamentale de la liturgie.

- Une nouvelle impulsion spirituelle est nécessaire pour que la liturgie soit à nouveau une activité communautaire de l'Eglise et qu'elle soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques.

 

 

 

La liturgie dans les enseignementS du pape Benoît XVI :

 

- En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable.
- J'ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Eglise.

- Il est nécessaire de vivre l'Eucharistie comme mystère de la foi authentiquement célébré, dans la conscience claire que l'intellectus fidei est toujours originellement en rapport avec l'action liturgique de l'Eglise.

- La relation entre mystère auquel on croit et mystère que l'on célèbre se manifeste d'une façon particulière dans la valeur théologique et liturgique de la beauté.

- La beauté de la liturgie est expression très haute de la gloire de Dieu et elle constitue, en un sens, le Ciel qui vient sur la terre.

- La beauté n'est pas un facteur décoratif de l'action liturgique; elle en est plutôt un élément constitutif, en tant qu'elle est un attribut de Dieu lui-même et de sa révélation.

- Puisque la liturgie eucharistique est essentiellement actio Dei dont nous sommes participants en Jésus par l'Esprit, son fondement n'est pas à la disposition de notre arbitraire et il ne peut subir la pression des modes du moment.

- Le premier moyen de favoriser la participation du peuple de Dieu au Rite sacré est la célébration appropriée du Rite lui-même.

- L'ars celebrandi est la meilleure condition pour une actuosa participatio.

- L'ars celebrandi découle de l'obéissance fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité.

- En tant que premier dispensateur des mystères de Dieu dans l'Eglise particulière qui lui est confiée, l'évêque est le guide, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique. ll revient à l'évêque de sauvegarder l'unité unanime des célébrations dans son diocèse.

- Les célébrations liturgiques présidées par l'Evêque dans l'église cathédrale doivent se dérouler dans le plein respect de l'ars celebrandi, afin qu'elles puissent être considérées comme le modèle pour toutes les églises présentes sur le territoire.

- L'ars celebrandi doit favoriser le sens du sacré et l'utilisation des formes extérieures qui éduquent à un tel sens, comme par exemple l'harmonie du rite, des vêtements liturgiques, de l'ameublement et du lieu sacré.

- L'attention et l'obéissance à la structure propre du rite, tout en exprimant la reconnaissance du caractère de don de l'Eucharistie, manifestent la volonté du ministre d'accueillir, avec une docile gratitude, ce don ineffable.

 

Pro Liturgia

De plus en plus de fidèles (apparemment plus de laïcs que de clercs) se mettent peu à peu au diapason de Benoît XVI et souhaitent une "réforme de la réforme" de la liturgie. C'est-à-dire qu'ils souhaitent des messes plus dignes, plus priantes, célébrées d'une façon que l'on pourrait qualifier de "plus classique"...
Dans le même temps, certains de ces fidèles pensent ou enseignent que le Missel romain dit "de Paul VI", c'est-à-dire celui qui a été révisé selon les principes conciliaires et approuvé par Jean-Paul II dans sa version actuelle, celui que devraient utiliser ordinairement les célébrants (mais qu'on ne trouve pas en France !), ne permet pas de mener cette "réforme de la réforme" dans la mesure où il contiendrait un certain nombre de pratiques qui, étant optionnelles, permettent à chaque célébrant de donner un tour personnel à la liturgie. En clair, le Missel "de Paul VI" favoriserait les improvisations en liturgie et tolérerait une part de désacralisation. Tel quel, il serait donc inutilisable pour mener à bien la "réforme de la réforme". Que penser d'une telle affirmation ? Abordons le sujet point par point.

 

 

 

1475616270.jpgPoint 1/4. Le Missel "de Paul VI" contient-il des parties "optionnelles" ?
Réponse : à l'article 24 de la Présentation générale du Missel romain (PGMR), on ne parle pas d' "options" mais d' "adaptations" qui "pour la plupart, consistent dans le choix de certains rites ou de certains textes, comme les chants, les lectures, les prières, les monitions et les gestes, qui répondent mieux aux besoins, à la formation et à la mentalité des participants, et qui sont confiés au prêtre célébrant." Il est clair qu'un célébrant ne peut pas choisir de son propre chef de faire ou de ne pas faire tel ou tel rite; il a uniquement la possibilité d'adapter certaines parties clairement précisées dans le Missel. Mais l'adaptation est légitime uniquement quand des circonstances indépendantes du célébrant font qu'on ne peut pas mettre en oeuvre l'intégralité du rite. Il ne faudrait jamais oublier que le Missel romain n'a pas été élaboré "que" pour quelques grandes paroisses parisiennes: il doit pouvoir être utilisé aussi bien par les catholiques du grand nord canadien que par ceux de Papouasie, aussi bien par un prêtre népalais que par un bénédictin de Solesmes... D'où une marge d' "adaptations" possibles. Au demeurant, de telles "adaptations" étaient déjà prévues avec le Missel dit "de S. Pie V" : il était possible, par exemple, de psalmodier le Graduel au lieu de le chanter, et aussi de remplacer les pièces grégoriennes du Propre par des cantiques... ce qui s'est d'ailleurs toujours fait dans 90% des paroisses de France et aussi dans grand nombre de paroisses des pays germaniques où était généralisée la Singmesse depuis le XVIIIè siècle. N'oublions pas non plus que dans les pays d'Afrique - pour ne prendre que cet exemple-là -, bien des missionnaires prenaient sur eux, avant Vatican II, d' "adapter" la liturgie au gré des circonstances rencontrées, tandis que d'autres adressaient à Rome une demande d'indult qui, généralement, était accordé mais arrivait trop tard vue la lenteur des services postaux à l'époque. Personne n'avait jamais été choqué ou offusqué de voir un célébrant se "débrouiller" le mieux possible avec les moyens du bord. Il faut donc comprendre que ce n'est pas tant l' "adaptation" qui pose problème ou qui peut choquer, mais l'esprit dans lequel elle est faite. Ce qui, par contre, n'a jamais été admis, c'est que des célébrants se permettent de transformer la liturgie de l'Eglise en une succession d' "adaptations" qu'ils ont eux-mêmes imaginées puis imposées. A ce sujet, la PGMR, au même art. 24, rappelle au prêtre "qu'il est le serviteur de la liturgie et ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe."
Point 2/4. Le Missel "de Paul VI" favorise-t-il des célébrations où la dignité est moindre ou même absente ?
La PGMR précise, à l'art. 22 : "l'évêque doit s'appliquer à ce que les prêtres, les diacres et les fidèles laïcs comprennent toujours plus profondément le sens authentique des rites et des textes liturgiques et soient ainsi conduits à une célébration active et fructueuse de l'eucharistie. Dans le même esprit, il doit veiller à une dignité toujours plus grande des célébrations elles-mêmes, ce à quoi contribue tout particulièrement la beauté de l'espace sacré, de la musique et des oeuvres d'art." Il est donc clair que le Missel "de Paul VI" n'a jamais autorisé que l'Eucharistie soit célébrée par des prêtres se tenant mal, s'habillant mal, se groupant autour d'une caisse en guise d'autel, se réunissant dans un hangar au lieu d'aller dans une église. La désacralisation et l'enlaidissement des célébrations liturgiques que l'on constate dans une majorité de paroisse ne saurait donc en aucun cas être imputés à la liturgie post-conciliaire.
Point 3/4 : le Missel "de Paul VI" a-t-il introduit la célébration "face au peuple" ou a-t-il obligé à célébrer l'Eucharistie le prêtre étant tourné vers les fidèles ?
La réponse est très clairement "non". La généralisation de la célébration "face au peuple" est le résultat d'un autoritarisme exercé par des clercs peu formés à la liturgie.


 

Point 4/4 : le Missel "de Paul VI" a-t-il limité ou supprimé l'usage du latin et du chant grégorien ?
Là encore, la réponse est clairement "non". La PGMR, à l'art. 12, précise qu'aucun catholique ne peut nier "que le rite accompli en langue latine [est] légitime et efficace." A l'art. 41, la même PGMR rappelle que "le chant grégorien, en tant que chant propre de la liturgie romaine, doit, toutes choses égales d'ailleurs, occuper la première place."
On voit donc clairement qu'en respectant le Missel romain "de Paul VI" - comme le respectent de plus en plus de jeunes prêtres - il est possible de donner à la liturgie de la stabilité, de la beauté et de la dignité... comme l'ont souligné les Auteurs du "Cérémonial de la sainte Messe à l'usage ordinaire des paroisses" qui devrait être le livre de chevet de tout prêtre et de tout fidèle membre d'une équipe liturgique.
Ce qui pose problème - si problème il y a - ce n'est donc pas le Missel actuel restauré à la suite de Vatican II, mais le défaut d'obéissance chez un bon nombre de clercs et aussi, comme l'avait souligné le Cardinal Arinze dans une conférence donnée à Paris, le manque de formation solide de ces mêmes clercs. Probablement manque-t-il aussi une volonté épiscopale de mettre réellement en oeuvre les enseignements de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ? Plus que d'une "réforme de la réforme" de la liturgie, c'est d'une réforme des mentalités dont nous avons grandement besoin.

 

Pro Liturgia

Au-delà des débats qui se font autour du Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI et de la position des fidèles - à commencer par les prêtres - concernant la liturgie, subsiste une question importante qu'il faut bien se poser : qu'est-ce qui est à l'origine du mouvement dans lequel se reconnaissent ceux qui refusent le Concile et la réforme liturgique qui en est issue ?
Les réponses que l'on pourrait donner à cette question sont multiples, souvent complexes, et l'on ne pourra ici qu'esquisser quelques grandes lignes qui concernent un phénomène essentiellement français. Essentiellement français, en effet, car il est né et s'est développé en France - pays où les "expériences liturgiques" ont été de loin les plus audacieuses - avant d'être exporté hors de nos frontières par des clercs français ou ayant fait des études dans les séminaires français.


 

 

 

messe12.jpg1. LA SITUATION

 

Au moment où se déroule le Concile, les questions liturgiques n'intéressent pas grand monde. Ce qu'on a appelé le "mouvement liturgique" ne concerne que quelques spécialistes dont les travaux seront plus ou moins bien reçus dans des paroisses non impliquées directement dans les débats. A cette époque, les fidèles qui vont à la messe suivent la liturgie facilement : ils ont l'habitude de son déroulement qui est partout le même et connaissent les prières et les chants en latin.
Cependant - et contrairement à ce qu'on imagine aujourd'hui - cette liturgie minutieusement décrite et fixée dans les livres hérités essentiellement du Concile de Trente, est loin d'être satisfaisante. A mots couverts, des célébrants en critiquent la complexité et la lourdeur (surtout lorsqu'il s'agit de la mettre en oeuvre dans des paroisses rurales de zones déchristianisées) et déjà, en cachette, des petits groupes de fidèles soutenus par des prêtres avant-gardistes imaginent des célébrations simplifiées au cours desquelles les rites ne sont plus toujours respectés. Ces "expériences" restent cependant marginales et ne touche pas directement les messes paroissiales.
Par ailleurs, on se fait aujourd'hui une idée fausse de la liturgie au moment du Concile si l'on imagine qu'il existait partout des messes chantées en grégorien : dans la très grande majorité des paroisses de France, il n'y a ni orgue ni chorale mais un simple harmonium joué tant bien que mal par la personne jugée la plus capable et un groupe de "bonnes âmes" généralement incapables de chanter autre chose que des cantiques : "Je m'avancerai...", "Jour du Seigneur...", "Reçois l'offrande...", "J'ai reçu le Dieu vivant...", "Tu es mon berger...", etc. Les fidèles chantent peu et souvent mal : le Français n'a pas véritablement de culture musicale. Le dimanche, à la grand'messe, le grégorien se limite le plus souvent à l'Ordinaire VIII et, les jours de fête, à une "messe royale de du Mont". En fait, la seule messe assez connue pour être intégralement chantée en grégorien - souvent par un seul chantre - est la "messe de requiem". En semaine, on célèbre des "messes basses".

 

 

 

2. DES SIGNES DE RUPTURE

 

Au moment où la messe "conciliaire" - appelons-la comme ça - doit se mettre en place dans les paroisses, très peu de "simples fidèles" connaissent les textes de Vatican II. Les évêques eux-mêmes n'en donnent que des résumés très sommaires (dans lesquels ont devine un enthousiasme quelque peu naïf : "maintenant, ça va changer et se sera bien...") qui ne sont reçus que dans des cercles restreints qui deviendront rapidement influents car composés de fidèles ayant déjà donné la preuve qu'ils étaient disposés à accepter des modifications dans la liturgie.
Dès lors, les expériences liturgiques jusqu'ici faites en cachette par des petits groupes peuvent passer pour porteuses du renouveau souhaité par le Concile. Ceux qui en sont les promoteurs vont alors chercher dans les documents conciliaires tout ce qui pourra justifier des pratiques restées limitées et jusqu'ici considérées comme illégitime. Dès la fin de Vatican II, les partisans d'une liturgie moins "sclérosée", moins ritualisée, vont trouver dans Sacrosanctum Concilium des passages qui leur permettent de justifier leurs façons de faire, passages qu'ils s'emploieront à lire et à présenter en étudiant les documents conciliaires à partir d'une "herméneutique de rupture" totalement contraire à toute la tradition de l'Eglise. C'est cette relecture erronée du Concile qui sera amplifiée par les médias et diverses publications d'organismes appartenant à l'Eglise de France (on pense aux publications du CNPL, par exemple (1) ) qui constituera pour l'ensemble des fidèles, prêtres y compris, le seul accès aux travaux de Vatican II.

 

 

 

3. RESULTATS

 

En très peu d'années, voir souvent en quelques mois, la messe que les fidèles connaissaient est remplacée partout par des célébrations expérimentales au cours desquelles le célébrant est laissé libre d'organiser la liturgie selon la vision qu'on lui a donnée du Concile. Là où se trouve ayant un sens aigu de la liturgie, les modifications de la liturgie sont minimes et sont introduites sans heurts; là, la liturgie "conciliaire" est acceptée. Mais ces cas sont l'exception : dans la majorité des paroisses, des célébrants font subir à la liturgie un processus de désacralisation en se basant sur les notions de "simplification" et de "participation" qui figurent bien dans les documents conciliaires mais qui sont comprises de travers. On abouti alors à un grand "n'importe quoi" s'appuyant sur deux changements dans la pratique dont, à l'époque, personne - ou presque - ne mesure les conséquences : le retournement des autels et l'abandon du latin et du grégorien.
Pour le paroissien lambda, c'est l'empilement des changements arbitraires affectant la liturgie qui constitue un acquis majeur du Concile alors que, comme le fera remarquer le Cardinal Ratzinger (et d'autres avec lui) rien de tout ce qui est imposé aux fidèles et qui banalise la liturgie n'a été demandé par Vatican II. Les prêtres qui "blessent" ainsi la liturgie - et les fidèles - sont soit des anciens qui ont eu une overdose de latin et qui font des poussées de fièvre dès qu'ils entendent du grégorien, soit des jeunes clercs de la génération "mai 68" pour lesquels il est interdit d'interdire, mais qui passent leur temps à interdire aux fidèles de recevoir ce que l'Eglise veut leur donner.
En conclusion, on peut affirmer que l'ensemble des messes paroissiales que l'on trouve aujourd'hui sont le résultat non du Concile lui-même mais de sa mauvaise interprétation. Il n'est donc pas hasardeux d'affirmer qu'aujourd'hui, parmi ceux qui parlent de liturgie ou qui s'en occupent dans les paroisses, bien peu savent ce qu'elle est réellement.

 

 

 

4. LA POSITION DES EVÊQUES DE FRANCE

 

Elle est facile à résumer : face à la désagrégation de la liturgie, ils laissent faire les démolisseurs et finissent bien souvent par donner eux-mêmes l'exemple de ce qu'il ne faudrait pas faire.
Les rappels à l'ordre des Souverains Pontifes sont passés sous silence les uns à la suite des autres; les expériences les plus farfelues sont encouragées et les prêtres qui veulent demeurer fidèles au véritable enseignement de Vatican II sont sanctionnés.
Bien plus : dans les séminaires diocésains, il est strictement interdit de respecter la liturgie, laquelle n'est d'ailleurs plus enseignée. Sous couvert d'une "spontanéité" qui voudrait répondre aux excès d'un certain ritualisme qu'on avait pu parfois voir se développer avant Vatican II, la dissidence à tous les niveaux devient comme un nouveau dogme s'appuyant sur le "complexe anti-romain" que dénoncera Hans Urs von Balthasar.

 

 

 

5. LES CONSEQUENCES

 

Dans cette situation, on voit que les fidèles n'ont plus que quatre possibilités.
Une première catégorie de fidèles ne trouvant plus leurs repères dans les messes hors-normes qui se multiplient dans les paroisses et sont caractérisée par une désacralisation affichée, décide d'arrêter toute pratique dominicale. A quoi bon aller à la messe si c'est pour en revenir affecté et aigri ? La solution que choisissent les fidèles de ce groupe est d'ailleurs encouragée par nombre de prêtres qui, voyant leurs églises se vider, se consolent en déclarant que les assemblées dominicales diminuent en nombre mais gagnent en qualité...
Une deuxième catégorie est composée de fidèles qui acceptent les liturgies "à la carte" proposées dans les paroisses. A leurs yeux, progressivement, la sympathie du célébrant et la chaleur communicative de l'assemblée finissent par avoir davantage d'importance que se que réalise et signifie la liturgie de l'Eglise; d'où, pour ceux qui composent cette catégorie, un goût plus ou moins marqué pour des célébrations plus anthropocentriques que théocentriques qui donnent à certaines personnes en mal de reconnaissance sociale une occasion d'occuper le devant de la scène liturgique. Cette situation favorise alors une cléricalisation de certains laïcs entretenue par une laïcisation de clercs en mal d'identité sacerdotale; elle conduit aujourd'hui à avoir une fausse vision de l'Eglise en minimisant la spécificité du sacerdoce au profit d'une ecclésiologie de type luthérien où la communauté locale bénéficie d'un pouvoir décisionnel dans laquelle se dilue puis disparaît la vie sacramentelle.
Une troisième catégorie de fidèles est composée de ceux qui, déçus par les liturgies paroissiales, se sont laissés séduire par les célébrations des communautés nouvelles nées dans le contexte de crise et de flottement de l'après-Concile. Qualités de ces liturgies : elles sont plus priantes et moins bavardes que les messes paroissiales; elles intègrent des éléments que l'on ne retrouve plus dans les "Eucharisties paroissiales" (cierges, encens, dignité... parfois même quelques chants latins). Défauts de ces liturgies : elles conduisent assez souvent à confondre l'émotionnel avec l'intériorité et intègrent des particularismes qui les distinguent de l'authentique rite romain (gestes exagérés, pathos, chants litaniques prolongés, répertoire musical exagérément typé...) Autant de caractéristiques qui favorisent l'émergence de célébrations spécifiques de groupes plus ou moins fermés sur eux-mêmes et qui font que pour participer à de telles liturgies, il faut nécessairement partager les goûts et les convictions des leaders de ces communautés nouvelles. Le Cardinal Ratzinger n'a-t-il pas rappelé qu' « on reconnaît une liturgie authentique à ce qu'elle est cosmique et non fonction du groupe qui célèbre ? ».
La quatrième catégorie est composée de fidèles qui, à l'origine, se ne sentaient à l'aise ni dans les célébrations obligatoirement désacralisées ou banalisées des paroisses (Benoît XVI fait clairement allusion à ces fidèles dans son Motu proprio Summorum Pontificum), ni dans celles trop particulières des communautés nouvelles, mais demandaient simplement la liturgie de l'Eglise célébrée comme le Concile demandait qu'elle soit célébrée : sans nulle rupture avec la tradition, sans chamboulements faits pour choquer ou désorienter. Ces fidèles demandaient des liturgies dignes, éventuellement célébrées en latin et versus orientem, c'est-à-dire intégrant des éléments que Vatican II n'avait pas supprimés mais, au contraire, encourageait vivement à préserver.
Ces fidèles n'ayant jamais été ni entendus ni compris par leurs évêques, se sont alors tournés vers des mouvements tels que le "lefebvrisme" lequel, voyant son succès grandir, s'est rapidement radicalisé et a multiplié ses attaques contre la "messe conciliaire" en oubliant que le vrai problème n'était pas d'ordre liturgique mais essentiellement d'ordre pastoral et épiscopal. En effet, la désagrégation généralisée de la liturgie romaine post-conciliaire, encouragée par les évêques de France qui à aucun moment ont exigé le respect des directives conciliaires et des normes du missel romain, ont fait le lit du mouvement lefebvriste en lui donnant les moyens de critiquer - souvent avec raison - des directives épiscopales encourageant et favorisant la crise liturgique.
Il est pour le moins étonnant d'entendre aujourd'hui l'épiscopat français se réclamer du Concile alors que tout prouve qu'il a été à l'origine de ce qui favorisait sa non-application et que, au moment où ces lignes sont écrites, la grande majorité des évêques en postes ne fait toujours rien pour que la liturgie de l'Eglise soit (enfin!) mise en oeuvre. Ainsi, tant que dans les diocèses on abordera les questions liturgiques en faisant comme si le Concile était appliqué (les évêques comme les lefebvristes feignant de croire que les liturgies paroissiales sont célébrées en application de Sacrosanctum Concilium) on restera dans un dialogue de sourds et aucun texte magistériel supplémentaire ne changera quoi que ce soit à l'affaire.
La meilleure "stratégie" pour sortir du dilemme lefebvriste serait que les évêques de France se mettent tous d'accord pour accepter eux-mêmes le Concile et refuser catégoriquement l'ensemble des liturgies qui trahissent le missel romain.
Mais il suffit de voir les messes actuelles pour constater que cette "stratégie" n'est pas au programme de notre épiscopat.

 

Pro Liturgia – (1) CNPL : Centre National de Pastorale Liturgique (que le P. Lelong

avait significativement rebaptisé "Centre National de la Pétaudière Liturgique)

nicolasbuxOn demande à Mgr Nicola Bux, spécialiste de la liturgie et proche collaborateur du pape Benoît XVI, qu’est-ce qui, selon lui, est à l’origine de la crise de la liturgie ? Il répond : « La liturgie est essentiellement prière d’adoration. La crise qui a blessé la liturgie est due au fait qu’au centre même n’est plus Dieu et son adoration, mais les hommes et la communauté. Ainsi que le disait Jean-Baptiste Metz : « La crise de Dieu est nouée dans l’ecclésiologie ». Providentiellement, le Concile a approuvé en premier la Constitution sur la Sainte Liturgie, parce qu’ « au commencement est l’adoration et donc est Dieu […] L’Église dérive de l’adoration, de la mission de glorifier Dieu » (J. Ratzinger, L’ecclesiologia della Costituzione Lumen gentium, éd Cinisello, Balsamo 2004, p. 132). C’est cela l’ecclésiologie du Concile qui, au-delà des accents historiques divers, est celle de l’Eglise catholique depuis deux mille ans. La crise de la liturgie commence au moment où elle cesse d’être conçue et vécue comme une adoration en Jésus-Christ de la Trinité, où elle n’est plus une célébration de toute l’Eglise catholique mais d’une communauté particulière, où les évêques et les prêtres au lieu d’être des ministres, c'est-à-dire des serviteurs deviennent des leaders. La lamentation continuelle de certains liturgistes au sujet de la mise en œuvre manquée de la réforme et des expédients nécessaires pour la rendre attrayante, montre bien que s’est perdu l’esprit de la liturgie, en la réduisant à une autocélébration de la communauté particulière. » Et Mgr Bux d’expliquer ce que doit être la « réforme de la réforme » voulue par le Souverain Pontife - et les fidèles qui lui sont unis - pour que la liturgie romaine voulue par le Concile - laquelle est pleinement traditionnelle - trouve sa place dans nos paroisses et la pensée de nos évêques : « Il faut réformer ce qui a été déformé. Or les principales « déformations », lesquelles n’ont jamais été imaginées par le Concile, concernent : 1. La transformation de la liturgie, prière et dialogue avec Dieu, en exhibition d’acteurs et en inondation de paroles. Cela est favorisé par le fait que le prêtre est tourné vers le peuple et facilement porté à regarder aux alentours au lieu de les élever vers la croix, comme la vraie prière avec Dieu l’exigerait. Ainsi les hymnes, les psaumes, l’action pénitentielle, les collectes, la prière universelle et surtout l’anaphore, sont perçus comme la récitation plus ou moins sérieuse d’une pièce théâtrale... d’autant qu’il arrive au célébrant de les interrompre pour faire des monitions et des avis aux fidèles. 2. La condamnation du concept de sacrifice auquel est substitué celui de repas, ce qui a fait assimiler l’Eucharistie catholique à la célébration de la Cène protestante. 3. La désorientation procurée par la récitation de l’anaphore face au peuple, qui a contribué à confirmer que la messe était un repas fraternel. 4. La substitution totale du vernaculaire au latin. 5. La révolution « artistique », en particulier celle de la forme de l’autel devenu une table et le décentrement du tabernacle, remplacé par le siège-trône du prêtre. Pour ne rien dire de l’abolition de la clôture sacrée du sanctuaire et de l’installation du baptistère dans le chœur. »

 

Le Professeur de liturgie indique alors ce qu’il conviendrait de faire pour que soit redécouverte la vraie liturgie de l’Eglise : « Beaucoup de prêtres célèbrent la liturgie à la manière d’une autocréation. Les documents de la Congrégation pour le Culte divin sont très nombreux, mais ils restent lettre morte parce que l’obéissance est en crise. Pourrait-on imaginer l’institution d’un « visiteur apostolique » pour la liturgie, dont la seule existence en ferait rentrer beaucoup dans la discipline ? Mais il faudrait d’abord faire comprendre que la liturgie est sacrée et divine, c'est-à-dire qu’elle descend d’en-haut comme celle de la Jérusalem céleste de l’Apocalypse ; le prêtre l’accomplit in persona Christi, dans l’Eglise, en tant qu’il en est seulement un ministre. Le terme même de liturgie signifie : action du peuple, en ce sens que celui-ci participe à l’aspect ascendant de l’offrande qui doit être unie à celle du sacrifice de Jésus-Christ. A côté du terme de liturgie, il faudrait réintroduire le terme de culte, lequel indique la relation « cultivée » de révérence et d’adoration de l’homme vers Dieu. Il conviendrait de proposer aux prêtres de se tourner vers le Seigneur durant l’offertoire et l’anaphore, en particulier durant les temps forts de l’Avent et du Carême, afin de souligner la dimension eschatologique de la liturgie. Et là où l’autel versus populum ne possède pas un marchepied antérieur suffisant, il faudrait suggérer de l’installer. Sinon, il faudrait se tourner vers la croix, et pour cela ou bien la suspendre au-dessus de l’autel, ou bien la poser au centre, devant l’autel ou sur l’autel, en expliquant que le crucifix n’est pas un bibelot qui gêne la vue mais qu’il est l’image la plus importante pour aider le regard extérieur et le regard intérieur à se diriger vers la prière. En fait, les yeux du prêtre et ceux des fidèles convergeraient ainsi sur lui au lieu de se distraire de tous côtés. »

"Derrière les différentes façons de concevoir la liturgie, il y a comme d'habitude des manières différentes de concervoir l'Eglise, donc Dieu et les rapports de l'homme à Lui.
Le thème de la liturgie n'est pas une question marginale : c'est justement le Concile qui a rappelé que nous sommes là au coeur de la foi chrétienne." (…) "Dans la liturgie opère une force, un pouvoir que même l'Eglise tout entière ne saurait nous conférer : ce qui s'y manifeste est l'absolument Autre qui, à travers la communauté (qui n'en est donc pas maîtresse, mais servante, le simple instrument), arrive jusqu'à nous. Pour le catholique, la liturgie est la Patrie commune, elle est la source même de son identité; c'est aussi pourquoi elle doit être "prédéterminée", "invariante", pour qu'à travers le rite se manifeste la sainteté de Dieu. (...) 
La révolte contre ce qu'on appelle "la vieille rigidité des rubriques" (...) a entraîné la liturgie dans le tourbillon du "do it yourself", la rendant banale dans la mesure où elle l'a réduite à notre mesure médiocre." (…) "Un théologien qui n'aime pas l'art, la poésie, la musique ou la nature peut être dangereux. Cette cécité et surdité au beau ne sont pas secondaires; elles se reflètent nécessairement dans sa théologie."

 

Cardinal Joseph Ratzinger, Entretien sur la foi, Fayard, 1985.

religion2.jpg« En 2004, le pape Jean-Paul II a promulgué l'Instruction Redemptionis Sacramentum afin de mettre un peu d'ordre [dans la liturgie]. Mais beaucoup l'ignorent, voire la rejettent. Quelle en est la raison ? Dans sa Règle, S. Benoît recommande de ne rien préférer à l'Office divin : "Nihil operi Dei praeponentur (43, 3)" L'idée que la liturgie soit oeuvre divine, Opus Dei, qui descend du ciel ou, comme l'affirme l'Orient chrétien, "le ciel sur la terre", s'est évanouie. Nous la fabriquons. Les autels sont devenus de petites consoles qu'il faut approcher le plus possible du peuple et non plus des sommets vers lesquels il faut monter pour le sacrifice du Christ et le nôtre. Nous ne cherchons plus à conquérir le ciel en nous élevant, comme le recommandait Simone Weil, vers les sommets, mais le ciel doit descendre jusqu'à nous. Seule la foi en la présence du Seigneur Jésus au milieu de nous peut rétablir cela. S. Ambroise rappelle au fidèle qui a reçu le baptême ce qu'il doit croire : « Crois donc que la divinité est présente en toi. Comment peux-tu croire à son action et ne pas croire en sa présence ? Comment son action pourrait-elle se produire si elle n'était précédée de sa présence ? » (S. Ambroise, De mysteriis, 8, SCh 25 bis, 158). Le mystère de la présence divine est présent du premier au dernier livre de la Bible. Beaucoup priaient Jésus afin de« les laisser simplement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui touchèrent furent sauvés ». (Matthieu 14, 36). Sa chair, offerte dans le Sacrement, est la vraie source de la vie qui guérit et transfigure l'homme : « Toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous » (Luc 6, 19). Les causes de la crise actuelle de la foi sont multiples : dans les séminaires, on étudie Karl Barth et Karl Rahner plus que S. Augustin et S. Thomas. La spécificité de la pensée catholique n'est plus reconnue et on lui substitue une compilation de réflexions vaguement religieuses. La philosophie et la théologie sont confondues, l'ordre naturel et l'ordre surnaturel n'étant plus distingués. On tente d'imposer une foi sans dogme. Une nouvelle catégorie de "martyrs du dialogue" tend à remplacer les martyrs de la foi, manifestant ici que, pour beaucoup, le dialogue a une importance plus grande que l'annonce de la Vérité qui ouvre aux païens la richesse du mystère du Christ. L'Eglise n'est plus maîtresse mais un simple acteur dans le monde. L'autorité épiscopale est remplacée par la démocratie et la collégialité devient un régime d'assemblée. Des évêques, voire des conférences épiscopales, produisent des documents en désaccord avec ceux émanant du Siège apostolique. L'Eglise n'est plus à l'unisson pour enseigner la doctrine. Il n'est plus de bon ton d'affirmer des certitudes mais bien plutôt d'avancer des doutes. Le cogito ergo sum cartésien laisse penser que le premier acte de la raison serait le doute. C'est l'exact contraire de l'éblouissement qui agit dans la liturgie, qu'elle doit créer en nous. Cette interprétation signe la modernité. (...) Le Second concile du Vatican est considéré par les groupes progressistes comme un "super-dogme", la considération des conciles antérieurs n'ayant plus qu'un vague intérêt scientifique et historique. Dans le même temps, des groupes réactionnaires en font la source de tous les maux de l'Eglise contemporaine. Ces deux extrêmes s'accordent à répéter que le Concile fut seulement pastoral. Ils s'opposent sur la lecture des documents mais tous deux s'entendent pour les couper du contexte de la tradition catholique. (...) Heureusement que les chrétiens, outre les Saintes Ecritures, ont dans le Pape un très efficace antidote contre le conformisme. Le « pasteur de l'Eglise qui vous guide », rappelle Dante dans le Vè chant du Paradis, « celui-ci vous suffit pour votre salut ». C'est seulement dans l'obéissance que l'on peut accomplir, avec certitude, la volonté de Dieu. Il est vrai qu'un supérieur peut parfois errer, mais non pas le Pape. Celui qui lui obéit ne se trompe jamais. Le Pape est le Vicaire de Jésus-Christ et a reçu de lui les clés; on ne peut prétendre entrer dans la gloire du Père sans lui obéir, surtout dans les questions sacramentelles : « Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux » (Matthieu 16, 19). S. Ambroise rappelle que ceux qui ne reconnaissent pas la foi de Pierre n'ont pas de part à l'héritage de Pierre ». (Cf. Mgr Nicola BUX, La foi au risque des liturgies, Ed. Artège, 2011, pp. 17-21)

Widget Vatican.va

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 








Actualité du livre

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg