« Je suis convaincu que la crise de l'Eglise que nous vivons aujourd'hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». Voilà ce qu'avait dit autrefois le Cardinal Ratzinger.
Etant donné que nos évêques de France, dans leur grande majorité, persistent à vouloir chambouler la liturgie à chaque fois qu'ils la célèbrent et que, dans le même temps, ils s'emploient à vivement encourager les prêtres qui ne respectent pas le missel romain, il faut bien reconnaître que ce sont eux – eux ! - les premiers et les principaux responsables de la grave crise que traverse l'Eglise dans notre pays.
Ouvrons les yeux : si la crise de l'Eglise persiste, c'est parce que le combat des évêques est clairement dirigé contre la liturgie de l'Eglise, qu'il s'agisse de la forme "ordinaire" ou de la forme "extraordinaire".
En France, c'est tout l'épiscopat qui est gravement coupable de n'avoir jamais rien entrepris pour que la liturgie soit reçue et mise en oeuvre comme l'Eglise demande qu'elle soit mise en oeuvre.

On entend souvent dire que toutes les sensibilités humaines doivent pouvoir trouver leur place dans l’Eglise. Ce n’est pas entièrement faux. Cependant il faut se souvenir que, d’une part, on n’appartient pas à l’Eglise en raison d’une sensibilité particulière et que, d’autre part, l’Eglise elle-même n’a pas été fondée sur la sensibilité de Pierre ou de Paul. La liturgie elle-même n’est pas une question de « sensibilité » : les rites ne sont pas agencés en fonction de sentiments, mais en fonction de ce qu’on peut appeler « l’intelligence de la foi ». Les liturgies élaborées pour correspondre à une « sensibilité » particulière (qu’elle soit de type « traditionaliste » ou de type « progressiste ») favorisent l’émergence de communautés fermées sur elles-mêmes - et donc forcément excluantes - qui s’autocélèbrent en suivant aveuglément le prêtre qu’elles se choisissent comme leader. On ne devrait jamais aller dans une paroisse parce qu’on « aime bien » la messe qui y est célébrée. Le seul critère qui, dans les circonstances actuelles, peut pousser à aller à la messe dans telle paroisse plutôt que dans telle autre devrait être celui du respect de la liturgie transmise par l’Eglise : « Je vais à la messe ici non pas parce que le style de la célébration correspond à ma sensibilité, mais parce qu’ici le prêtre met fidèlement et dignement en œuvre la liturgie reçue de l’Eglise. » Et aussi : « Je ne vais pas à la messe dans telle paroisse parce qu’on y chante du grégorien et que j’aime le grégorien, mais parce qu’on y chante du grégorien et que l’Eglise m’enseigne que le grégorien est le chant propre de la liturgie romaine. » Les liturgies qui ne permettent pas de dépasser les limites de la sensibilité sont des célébrations qui, privées d’intelligence, appauvrissent la foi au lieu de la nourrir.

Dans les années 70, nos pasteurs nous ont persuadé que célébrer systématiquement face au peuple, en en langue du pays et avec des rites recomposés au jour le jour, allait ramener les fidèles à l'église. En réalité, ça les a surtout fait fuir. Alors maintenant, nos pasteurs jamais à court d'idées inventent des nouvelles façons de célébrer l'Eucharistie: après les "messes rock", les "messes rythmées", les "messes pop", les "messes tagada" et autres fariboles qui ont fait flop, voici la "messe qui prend son temps" précédée d'une courte tête par le "dimanche autrement".

 

 

 

Le "dimanche autrement", c'est le "must" de tout ce clergé atone qui ne sait plus quoi inventer pour s'occuper et qui nous jure qu'il tient au Concile comme à la prunelle de ses yeux. Tu parles ! Ainsi, dans le diocèse de Besançon (mais ça ne se fait pas que là), où l'Archevêque a signé avec ses confrères un beau papier concernant l'importance de respecter Vatican II, on va organiser, le 22 mars prochain un "dimanche autrement". Le "happening" se déroulera à la salle des fêtes de Montagney. Mais qu'est-ce qu'un "dimanche autrement". Le Curé du secteur paroissial de Jussey, nous l'explique : « Le but de ce dimanche est que nous puissions nous rencontrer, nous exprimer, échanger entre personnes d'âges différents et nous laisser transformer par la Parole de Dieu. Pour nous ce troisième dimanche du temps de carême nous préparera à l'événement de Pâques. Il s'agit de mettre en commun toute notre expérience chrétienne pour nous aider à dire notre Foi avec des mots simples car nous sommes tous en marche dans ce monde, avec nos différences, nos sensibilités, nos propres manières de vivre. Et nous savons très bien que ce n'est pas facile d'exprimer notre foi avec des mots. Alors en toute simplicité osons ! Notre rencontre commencera à 9h30. Nous prendrons le temps de nous accueillir. Dans un deuxième temps nous échangerons ensemble par petits groupes ou chacun pourra dire (s'il le souhaite) ce qu'il ressent, ce qu'il pense à partir d'une liste de mots qui lui sera proposée. Ces mots proposés nous permettrons de mieux "entrer" dans l'Evangile. Dans un troisième temps la Parole de Dieu nous sera lue, nous l'écouterons attentivement pour repartir en petits groupes où chacun pourra dire s'il le désire le mot, la parole ou l'attitude qui le touche dans ce qu'il vient d'entendre. Un troisième temps où nous pourrons partager nos réflexions. A 11h avec tous ceux qui voudront nous rejoindre nous célébrerons ensemble l'Eucharistie. Avant de nous quitter et pour prolonger nos échanges, nous pourrons partager le verre de l'amitié. Venez, laissez-vous faire, laissez-vous étonner par vos propres capacités ! ».

 

Pro Liturgia

Quand on parle de liturgie en France, on ne sait plus très bien de quoi il s'agit. Nos évêques actuels sont d'ailleurs les premiers à ne plus savoir exactement ce qu'est la liturgie puisque, comme ils l'avouent eux-mêmes, ils ne l'ont jamais apprise du temps où ils étaient séminariste. Devenus prêtres, ils se sont habitués à célébrer "à la va comme je te pousse". Quand on parle du Concile en France, on ne sait pas davantage de quoi il est question. S'agit-il de l'enseignement de Vatican II tel qu'il est donné dans les documents conciliaires ? S'agit-il de ce qui s'est fait à la suite du Concile, au nom du Concile, mais en opposition au véritable enseignement de Vatican II, et qui a progressivement été imposé dans les paroisses ? Personne n'en sait plus rien.

 

 

 

pic.phpAinsi, quand un évêque diocésain - ou un curé de paroisse - soutient qu'il est "dans la ligne du Concile", il convient de l'écouter avec la plus grande prudence : c'est très rare, en effet, qu'il sache de quoi il parle, qu'il connaisse les enseignements de Vatican II et qu'il veuille ou  soit capable de les mettre en application. Par conséquent, quand quelqu'un parle de la "liturgie du Concile" - que la personne soit attachée à Vatican II ou qu'elle y soit opposée - il faut bien comprendre qu'elle ne parle de quelque chose qui n'existe que dans les livres officiels - le Missel, pour ne citer que lui - mais pas dans les paroisses. Généralement, cette personne parle de quelque chose qu'elle connaît pas ou qu'elle connaît mal. Une chose peut donc être tenue pour certaine : la liturgie à laquelle, dans nos paroisses, assistent les fidèles qui se veulent dans la ligne de Vatican II, n'est en rien la liturgie voulue par le Concile. C'en est qu'une contrefaçon, un pastiche plus ou moins grotesque auquel beaucoup se laissent prendre. Les pasteurs diocésains en premier. Voilà pourquoi quand un évêque de France se dit fidèle au Concile, ça laisse perplexe et dubitatif. L'expression "être fidèle au Concile" est devenu, chez de très nombreux clercs, un mantra, un "truc" qu'on répète... Une expression vide de sens. C'est aussi un parapluie que beaucoup s'empressent d'ouvrir dès qu'ils se sentent soupçonnés d'être un peu trop "traditionnels". Au nom du Concile, on peut donc tout faire... même ce qui n'a jamais été voulu par le Concile ! Les discussions sur la liturgie tourneront donc à vide tant que l'on ne donnera pas aux fidèles la possibilité de participer à la liturgie vraiment voulue par l'Eglise à la suite de Vatican II. Mais le Souverain Pontife peut-il compter sur les évêques de France pour remettre l'authentique "liturgie conciliaire" à l'honneur et ainsi redresser la situation catastrophique des diocèses ? Au vu de ce qui se fait, se dit et s'enseigne dans les paroisses, la réponse à cette question est clairement "non". Alors qu'il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Joseph Ratzinger avait répondu à quelqu'un qui se plaignait du délabrement qu'il constatait dans les paroisses de son diocèse (celui de Strasbourg) : "Il faut espérer qu'une vraie vie chrétienne renaisse non seulement dans votre diocèse, mais aussi dans tous les diocèses de France. Mais ce sera très long." Cette réponse date d'une quinzaine d'années. Depuis, il ne semble pas qu'un début de redressement ait été amorcé, bien au contraire.

 

Ce contexte peu favorable à une visibilité plus marquée de l'Eglise - y compris sur le plan liturgique - explique peut-être pourquoi Benoît XVI est aujourd'hui contraint de remplacer les évêques ternes qui partent à la retraite par des évêques falots (sauf rares exceptions) qui, c'est certain, ne sauront pas et ne voudront pas se départir de la fausse vision du Concile - et de la liturgie - qui a été imposée à des diocèses entiers. Le redressement souhaité par le Souverain Pontife ne passera donc pas par les évêques dont la mission première semble se limiter à ne pas casser le peu qui reste du catholicisme en France et à ne pas faire de vagues dans des paroisses dirigées par des groupes de fidèles peu formés et qui finissent par échapper à toute autorité pontificale. Nos diocèses continueront longtemps encore à être dirigés par des pasteurs ne cherchant que des compromis ce qui, en liturgie, se traduira par l'acceptation de tout ce qui s'est fait jusqu'ici et qui va du plus farfelu au plus conservateur. Ce qui revient à dire que c'est désormais le relativisme et non l'enseignement de l'Eglise qui doit passer pour une vérité.


Pro Liturgia

Quand on cherche sur internet des photos de messes célébrées comme le demande l’Eglise, on est pour le moins surpris de n’en trouver que pour la « forme extraordinaire ». Rien pour la « forme ordinaire »... hormis les photos montrant des messes célébrées par le Saint Père. Les photos montrant des messes selon la « forme extraordinaire » se ressemblent toutes : les autels sont disposés comme il faut, les prêtres portent les vêtements liturgiques prescrits... On devine que les rites sont accomplis dans le respect du missel romain dit « de S. Pie V » ou « du Bx Jean XXIII ». Rien de semblable pour la « forme ordinaire » dont se réclament les prêtres et les évêques diocésains... Les photos témoignent d’une grande pagaille liturgique généralisée : les autels sont des caisses, des tables, des cylindres, des assemblages de planches... des fidèles laïcs sont systématiquement là où ils n'ont pas à être et les célébrants sont revêtus de « machins » informes qui sont à l’aube ou à la chasuble ce que le « baggy » d'une certaine jeunesse est au pantalon...

 

 


Autrement dit, si la « forme extraordinaire » du rite romain existe bel et bien, la forme « ordinaire », elle, est très largement ignorée ou volontairement refusée par nos pasteurs diocésains. Internet nous en fournit très largement les preuves. Un internaute nous adresse cette demande : « Auriez-vous la possibilité et la grande amabilité de m'envoyer une liste - sans doute non exhaustive - de communautés religieuses et de paroisses présentes en France (et si possible aussi en Belgique) qui célèbrent fréquemment la Sainte Messe dans la forme ordinaire du rite romain et de manière théocentrique ? Par « théocentrique », j'entends principalement, comme indicateurs (pas infaillibles) de l'attitude intérieure du prêtre et de l'assemblée, les attitudes corporelles suivantes : - l’orientation commune, c'est-à-dire la célébration « ad orientem » ; - la distribution de la Sainte Communion suivant l'exemple du Souverain Pontife ; - la place accordée au silence en Dieu. Je souhaite pouvoir ainsi entrer plus profondément dans le mystère de la liturgie et de Celui qu'elle célèbre. (...) » Au risque de décevoir ce correspondant, nous ne pourrons lui indiquer que 5 ou 6 endroits où la « forme ordinaire » de la liturgie est ainsi célébrée, c’est-à-dire célébrée comme le missel romain actuel (celui de Jean-Paul II) demande qu’elle soit « ordinairement » célébrée. Car 50 ans après Vatican II, les évêques de France, dans leur grande majorité, ne sont toujours pas disposés à respecter et à faire respecter la liturgie de l’Eglise, ne sont toujours pas disposés à abandonner leurs façons déviantes de traiter le missel romain pour enfin mettre en œuvre les principes liturgiques maintes fois rappelés par les papes, de Paul VI à Benoît XVI. Cette volonté de ne pas respecter la liturgie est tellement ancrée dans les mentalités qu’à ce jour nos évêques en sont même à refuser la version corrigée du missel romain en français. Cette version est prête à Rome... mais en France on continue à la refuser. Pourquoi ? Parce que l’accepter reviendrait à devoir rappeler certains principes de base de la liturgie et à corriger les nombreux abus qui ont été introduits dans les célébrations paroissiales au point de passer aujourd’hui pour des pratiques habituelles. Or « rappeler » et « corriger » sont deux verbes qui font horreur à un épiscopat décidé depuis longtemps à laisser la liturgie aller à vau-l’eau. Et pourtant, « il appartient aux évêques d’extirper ces abus », avait dit le Bx Jean-Paul II dans sa Lettre apostolique Vicesimus quintus annus du 4 décembre 1988. Apparemment ce n’est pas au programme de la Conférence des Evêques de France... ce qui explique pourquoi les fidèles ont tant de difficultés à trouver des messes célébrées dans le respect de la « forme ordinaire ».

 

Pro Liturgia

« Ce qui nous réunit aujourd'hui, c'est un sentiment d'inquiétude. Le peuple chrétien se sent menacé dans des éléments fondamentaux de sa foi et de sa vie, et il ne peut plus se taire. (...) Il serait hypocrite de minimiser le sérieux de la crise. C'est dans la mesure où nous minimiserions ce sérieux que nous ne serions plus disposés à nous battre pour la combattre. (...) En face de cette crise, nous sentons qu'il faut que nous parlions. Nous avons le devoir de parler... ». Ces mots sont ceux du Cardinal Daniélou au Colloque des Intellectuels qui s'est tenu à Strasbourg en 1971 (Groupe "Fidélité et Ouverture"). Nous aussi, il nous faut encore parler aujourd'hui car il est devenu inutile de se voiler la face et de faire comme s'il n'y avait pas de problèmes liturgiques en France : tout le monde le sait, tout le monde le constate, il y en a et ils sont très nombreux. Ces "abus" - reconnus par Jean-Paul II puis par Benoît XVI - ne seraient pas graves en eux-mêmes s'ils n'étaient pas, en vertu de la règle "lex orandi, lex credendi", les signes d'une perte de la foi - pour ne pas dire un signe d'apostasie dans certains cas - et le témoignage de ce que dans les paroisses ou même dans les diocèses, beaucoup ont perdu le "sensus Ecclesiae" et sont bien décidés à ne plus tenir compte de ce qu'enseigne l'Eglise, de ce que dit le Pape. Voilà pourquoi nous pensons que le temps est venu de dénoncer ces abus haut et fort. Nous disons bien "dénoncer des abus". Il ne sera donc pas question de polémiquer ou d'exacerber les esprits, encore moins d'attaquer des personnes, mais simplement de montrer qu'en France, le droit des fidèles à bénéficier de la liturgie de l'Eglise, telle qu'elle est définie dans le Missel romain, n'est plus respecté. Concrètement, que pouvons nous faire ? Nous allons donc demander trois choses à toutes les personnes souffrants de ne pas trouver une liturgie véritablement catholique, à savoir :

 

 

 

·         De réaliser tout d'abord un effort personnel de connaissance de la liturgie en relisant bien attentivement la Constitution Sacrosanctum Concilium et la "Présentation Générale du Missel Romain".

 

·         De nous signaler les abus constatés (via par e-mail) en nous donnant des témoignages précis, des faits concrets avérés (se contenter de généralités n'aurait aucune portée). Parmi les abus les plus courants :

- La suppression ou la modification de certains rites prévus par le Missel romain;

- L'indigence (sur le plan verbal et musical) des chants introduits dans les célébrations;

- L'introduction de pratiques non-liturgiques (rondes, applaudissements, collages de papiers... etc.);

- L'omission du port des vêtements liturgiques (chasuble) ou le port de vêtements qui enlaidissent le culte (aubes-sacs);

- La mise en place d'un mobilier (autels, chaises, ambon, micros... etc.) qui enlaidissent et/ou encombrent le chœur des églises;

- La présence de fidèles laïcs dans les chœurs des églises ou même à proximité des autels;

- L'interdiction faite à des prêtres de célébrer des messes de funérailles;

- L'interdiction faite de chanter du grégorien;

- L'interdiction faite de célébrer en latin la forme ordinaire du rite romain;

- L'incitation faite au cours de sessions de formation liturgique ou au cours de réunions de prêtres à ne pas tenir compte des directives magistérielles;

- Le renvoi ou la réduction au silence de prêtres, de maîtres de chœurs, d'organistes refusant d'appliquer les directives d'équipes liturgiques qui contredisent le Missel romain;

- Etc.

 

·         De diffuser aussi largement que possible le présent appel.

 

Un dossier pourra ainsi être constitué, et opposé à ceux qui nient ces abus bien réels ou cherchent un peu trop facilement à éconduire les fidèles qui, individuellement, s'en plaignent. Un tel dossier pourra être transmis à qui de droit avec la garantie du respect de l'anonymat de toutes les personnes impliquées.

 

Pro Liturgia

Dans la Lettre qu’il avait adressée aux évêques pour leur expliquer les raisons du Motu proprio Summorum pontificum, le Pape Benoît XVI avait souligné que beaucoup de personnes ont voulu retrouver l’ancienne liturgie en premier lieu parce qu’ « en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel [et que] celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité [qui] a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. » Quelques lignes plus loin, le Souverain Pontife soulignait la nécessité d’un enrichissement réciproque des formes du rite romain et demandait que dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI [apparaisse] de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien, la « meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part [étant] de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions » pour rendre « visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel. » Or, en France, rien de ce qui a été demandé dans cette Lettre de Benoît XVI n’a trouvé un commencement d’application : il suffit de consulter les sites internet des diocèses pour voir que les évêques - à l’exception de trois ou quatre d’entre eux - encouragent de façon très officielle les prêtres qui « déforment la liturgie » et refusent de célébrer « en conformité avec les prescriptions du Missel actuel. » Les rares Messes célébrées ici et là selon la forme « extraordinaire » ne sont donc qu’un paravent... car derrière se poursuit la dévastation de la liturgie. Ce n’est pas ce que voulait Benoît XVI.

Mgr Malcolm Ranjith, Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, demande que soient prises des décisions « audacieuses et courageuses » contre les abus liturgiques qui se sont multipliés dans le sillage de la réforme conciliaire. La réforme doit se poursuivre, a déclaré Mgr Ranjith, en laissant définitivement de côté les mauvaises applications des décisions prises par le Concile, ainsi que l'influence des idéologies marquées par le laïcisme. Ces idées apparaissent dans la préface que Mgr Ranjith a écrite pour un nouveau livre concernant les interrogations du Cardinal Fernando Antonelli au sujet de la liturgie. Le Cardinal Antonelli, rappelons-le, s'était beaucoup impliqué dans le mouvement liturgique avant et après Vatican II...

 

 

Pour Mgr Ranjith, il est évident que l'actuelle mise en oeuvre de la réforme liturgique ne correspond que de très loin à ce que les Pères conciliaires avaient souhaité. Par conséquent, on ne peut pas dire que les liturgies d'aujourd'hui sont toutes véritablement conformes à la Constitution Sacrosanctum Concilium. « Certaines pratiques actuelles - écrit Mgr Ranjith - comme la célébration face au peuple, comme la communion dans la main, comme l'abandon généralisé du chant grégorien et du latin en faveur des langues populaires, comme la généralisation des cantiques et des chants qui laissent peu de place à Dieu... tout ça n'a jamais été voulu par le Concile ». Et Mgr Ranjith parle aussi d'une « grosse erreur » concernant la façon dont a été comprise et mise en oeuvre la « participation active » des fidèles à la liturgie. En convoquant le Concile, le Pape Jean XXIII avait en vue un « renforcement de la foi » et « certainement pas une invitation à se laisser entraîner par les idées du moment ». Mais ceux qui ont été chargés de mettre le Concile en oeuvre ont perdu ça de vue. Ils ont alors mis de côté des thèmes chrétiens essentiels à la vie de l'Eglise, comme la "victime", le "salut", la "mission", l' "annonce", la "conversion", l' "évangélisation"... et ne se sont focalisés que sur des idées comme le "dialogue", l' "inculturation", l' "oecuménisme", l' "Eucharistie en tant que repas", le "témoignage"... etc. Même dans les Commissions post-conciliaires chargées d'aider à la mise en oeuvre de la réforme liturgique, on voit que ces idées nouvelles, pourtant étrangères à Sacrosanctum Concilium, finissent par émerger. C'est ce qui explique que dans bien des documents publiés à la suite de Vatican II, on constate un manque de clarté, une mauvaise répartition des rôles et des compétences, et malheureusement aussi une place trop grande laissée à des expériences liturgiques qui n'auraient jamais dû se faire. Aujourd'hui, il nous faut regarder ce qui a été fait sans référence à Vatican II, et avoir le courage d'améliorer, de corriger les célébrations liturgiques en modifiant si nécessaires certaines pratiques introduites par erreur et qui contredisent la dignité de la liturgie. Mais il faut aller encore plus loin : la nécessaire "réforme de la réforme" ne doit pas simplement consister à corriger des erreurs; elle doit partir de la nécessité ressentie par les fidèles de retrouver ce qu'est vraiment la liturgie, pour faire en sorte que le culte rendu à Dieu soit célébré conformément à ce que Vatican II a voulu.

 

Pro Liturgia

La Liturgie du Vendredi Saintcomporte une prière universelle ponctuée de plusieurs oraisons. Chacune de ces prières est précédée d'une présentation de l'intention. Une des ces oraisons consiste en une prière pour les juifs dont la formulation a connu des modifications successives.
La plus ancienne de ces modifications remonte au VIIIe siècle. Il fut alors décidé de supprimer le temps de prière silencieuse à genoux précédant la récitation de l'oraison.
En 1955, l'agenouillement fut rétabli par Pie XII, à l'occasion de la réforme de la Liturgie de la Semaine Sainte. Cependant, le texte de la prière continuait à employer les expressions "pro perfidis judaeis" et "judaicam perfidiam". Il faut préciser que ces mots n'avaient pas en "latin d'église" le sens de "perfides" et de "perfidie"; ils signifiaient seulement que les juifs étaient "infidèles", c'est-à-dire qu'ils n'adhéraient pas à la foi chrétienne. Cependant, on ne pouvait pas toujours empêcher une interprétation malveillante et anti-juive de ces mots.

 

 

 

A la suite de Vatican II et de la restauration liturgique, la formule fut entièrement refondue. Elle a continué cependant à être employée par les fidèles attachés à la forme extraordinaire de la liturgie romaine puisqu'elle se trouve dans l'ancien missel dit "de Saint Pie V".
Benoît XVI a souhaité la modifier également dans la forme extraordinaire, ce qui n'a pas toujours été apprécié par certains fidèles qui voyaient là une nouvelle attaque contre la Liturgie à laquelle ils étaient attachés. Dans le livre d'entretiens qui paraît ces jours-ci, le Souverain Pontife explique ce qui l'a poussé à changer l'ancienne formule liturgique :
"Dès le premier jour de mes études théologiques, j'ai clairement perçu, en quelque sorte, la profonde unité entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance, entre les deux parties de notre Sainte Écriture. [...] Et puis, bien sûr, ce qui est arrivé sous le Troisième Reich nous a frappés en tant qu'Allemands et nous a encore plus incités à regarder le peuple d'Israël avec humilité, honte et amour. [...]
Il m'a aussi paru nécessaire d'apporter un changement dans l'ancienne liturgie. En effet, la formule était telle qu'elle blessait vraiment les juifs et elle n'exprimait sûrement pas de manière positive la grande, la profonde unité entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Voilà pourquoi j'ai pensé qu'une modification de l'ancienne liturgie était nécessaire, en particulier en ce qui concerne notre rapport avec nos amis juifs. Je l'ai modifiée de telle sorte qu'elle contienne notre foi, à savoir que le Christ est le salut de tous. Qu'il n'existe pas deux voies de salut, que le Christ est donc aussi le Sauveur des juifs et pas seulement celui des païens. Mais aussi de telle sorte que l'on ne prie pas directement pour la conversion des juifs au sens missionnaire, mais pour que le Seigneur hâte l'heure historique où nous serons tous unis. C'est pourquoi les arguments utilisés contre moi de façon polémique par un certain nombre de théologiens sont hasardeux et ne rendent pas justice à ce qui a été fait."
Rappelons que l'Eglise est maîtresse de sa liturgie et que cette même Eglise parle par la voix du Successeur de Pierre. Il nous appartient de célébrer la liturgie qui nous est donnée et non la liturgie supposée nous plaire. C'est une question de foi.

On entend parfois dire que la langue utilisée dans la liturgie est trop difficile pour les fidèles; ceux-ci auraient du mal à saisir le sens de certaines images, de certaines tournures syntaxiques, de certains mots... La nouvelle traduction anglaise du Missel romain suscite d'ailleurs des discussions dans ce sens : trop proche du texte original latin, elle poserait des difficultés de compréhension aux fidèles assistant à la messe. La question qu'on oublie généralement de poser lorsqu'on aborde la question de la langue liturgique est celle-ci : les textes de la liturgie doivent-ils obligatoirement être compris dans leur totalité par les fidèles ? Autrement dit : la liturgie s'adresse-t-elle aux fidèles plutôt qu'à Dieu ? On oublie très souvent que durant des siècles, les textes liturgiques n'étaient pas compris des fidèles : ceux-ci avaient accès au sens de la liturgie plus par les rites qu'ils voyaient que par les textes et les chants qu'ils entendaient…

 

 

 

396707434 edeffea499 o… c'est probablement pour cette raison que la liturgie exigeait du célébrant qu'il n'occupe pas toujours la même place à l'autel et qu'il fasse des gestes amples : il fallait que les actions soient bien visibles, et souvent même de loin à une époque où les autels étaient écartés des nefs et où l'éclairage n'était pas celui dont nous disposons aujourd'hui et qui rend les choses souvent "trop" perceptibles, trop "tape-à-l'oeil". De son côté, le texte liturgique, généralement chanté par une schola ou dit à mi-voix par le célébrant, restait difficilement compréhensible : le fidèle n'en saisissait le sens que dans la mesure où il était déjà familiarisé avec la liturgie et avec certains repères auditifs tels que l'intonation spécifique d'une oraison, d'une préface, d'une doxologie, la mélodie d'une hymne ou d'une antienne ... D'où des formules musicales très typées avec leurs rythmes et leurs sonorités spécifiques; d'où l'absence de variabilité de certains textes, comme par exemple ceux de l'Ordinaire. Tous les organistes connaissent d'ailleurs le rôle de ces repères auditifs : c'est au moment où l'on entend le célébrant chanter et ideo, cum angelis et archangelis... durant la préface, qu'il faut faire signe aux choristes de se préparer à chanter le Sanctus et vérifier une dernière fois si les bons jeux de l'orgue sont tirés. On sait aussi qu'une simple variation mélodique dans le chant du dialogue avant la préface de la "messe des défunts" implique une réponse des fidèles faite sur une mélodie un peu différente de celle employée pour les messes "habituelles". On a aussi une autre preuve que le fait de comprendre ou de ne pas comprendre les mots de la liturgie n'a pas gêné outre mesure les fidèles autrefois : les compositeurs des grandes polyphonies ne se sont jamais privés de ne pas faire chanter les mots simultanément par les différentes voix dans certaines de leurs compositions. L'auditeur ne captait alors qu'un mot par-ci par-là, ce qui lui suffisait amplement pour reconnaître la prière qui était faite. Quant au chant grégorien lui-même, on sait qu'il est parfois composé de long mélismes qui  font perdre l'unité du mot. Songeons, par exemple, à l'Alleluia Veni, Domine du IVè dimanche de l'Avent, où il faut chanter plus de 50 notes sur la syllabe "ci" avant d'articuler "nora" qui permet de finir le mot facinora. Autrement dit, pendant des siècles, on a davantage cherché à entrer dans la signification "totalisante" de la liturgie qu'à pénétrer le seul sens de ce qui était dit ou chanté au cours de la liturgie. Le sens de la célébration était alors transmis et signifié par ce qui était accompli par le rite, sans que l'aspect visible de la liturgie soit dissocié de sa composante audible.

 

Insister sur la seule compréhension "intellectuelle" des mots de la liturgie relève d'une erreur de perspective qui conduit à oublier qu'avant d'être une parole, un discours, un enseignement, la liturgie est un acte d'adoration dont l'efficacité sur le plan spirituel ne dépend pas "que" de ce que l'intelligence seule peut en saisir. Pour saisir le sens de la  liturgie, pour entrer dans le rythme d'une célébration, le fidèle dispose d'autres facultés que celles de sa seule raison. L'une d'elle est la disposition à se laisser imprégner par l'ensemble des composantes de la célébration : son rythme, ses sonorités, ses couleurs, ses gestes et ses attitudes, ses parfums. C'est une telle approche de la liturgie qui est suggérée par l'article 12 de l'Introduction Générale du Missel Romain, lequel précise qu' « aucun catholique ne peut nier que le rite accomplit en langue latine est légitime et efficace ». Il reste à savoir ce qu'il faut entendre lorsqu'on dit que la liturgie est "efficace". On dit d'une chose qu'elle est "efficace" lorsqu'elle a la capacité de parvenir à ses fins, de réaliser ses objectifs. Quelles sont les fins de la liturgie ? L'Eglise répond : « () la liturgie, par laquelle ()  s'exerce l'oeuvre de notre rédemption, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise () » (Cf. Sacrosanctum Concilium, n°2). La liturgie poursuit donc une triple fin : assurer le salut des hommes en en rendant effective l'action divine, annoncer au monde la présence agissante du Christ, révéler la mission que le Christ a confiée à la communauté des croyants qui se réfèrent à son enseignement. Il est donc évident que « rien de tout ce que nous faisons, nous dans la liturgie, ne peut apparaître comme plus important que ce que fait le Christ, invisiblement, mais réellement par son Esprit. » (Cf. Jean-Paul II)

 

 

Dans ce contexte, l'usage d'une langue particulière comme le latin liturgique - lequel ne fut jamais jamais confondu avec le latin parlé par le peuple - peut avoir une valeur didactique en ce sens qu'il rappelle aux fidèles :

- qu'ils ne sont pas propriétaires de la liturgie ni organisateurs de célébrations à caractère local, mais serviteurs d'une action par laquelle le Christ agit au milieu de son peuple;

- que pour saisir le sens général d'une célébration il faut dépasser la seule compréhension des termes employés dans la liturgie;

- que "participer" en liturgie ne signifie pas "être occupé à faire quelque chose" pendant une célébration, mais se laisser transporter au rythme de la liturgie qui a ceci de spécifique qu'il n'est pas soumis au débit d'un discours mais au tempo d'une action faite de moments qui s'articulent selon leurs propres exigences.

 

Pro Liturgia

Nous, simples fidèles "de la base", nous en avons plus qu'assez du discours hypocrite de nos évêques, de nos vicaires épiscopaux, de nos curés qui n'ont que Vatican II à la bouche - surtout depuis la levée des excommunications - mais qui nous interdisent à nous, fidèles, de recevoir et d'appliquer le Concile. Nous en avons assez d'apprendre que des prêtres fidèles au Concile (!!!), des maîtres de choeurs, des organistes, etc... soient limogés du jour au lendemain au seul motif qu'ils servaient la liturgie de l'Eglise - qui n'est pas celle de la pastorale locale - et respectaient le missel romain. Missel qui dit textuellement que personne ne peut modifier la liturgie, qui dit que le chant grégorien doit (et non pas "peut") occuper la première place, qui dit qu'il faut (et non pas "qu'on peut") être attentif aux normes de la Présentation Générale et à la pratique reçue du rite romain plutôt qu'à ses goûts personnels et à son propre jugement. Si, si : tout ça est écrit !

 

 

 

Nous en avons assez d'avoir à supporter des équipes inter-paroissiales de laïcs dont la prétention, inversement proportionnelle à la compétence, nous imposent leurs fadaises au cours de leurs messes karaoké supposées favoriser la participation. La participation à quoi ? A la niaiserie générale ? Nous en avons assez d'avoir à supporter ces célébrations face au peuple qui nous obligent à voir devant nous des célébrants trop souvent négligés sur le plan vestimentaire et comportemental. Tout ce que nous voyons, tout ce que nous chantons, tout ce qu'on nous fait faire, tout ce que nous sommes obligés de supporter de dimanches en dimanches pour satisfaire au précepte dominical... est très éloigné de la liturgie voulue par le Concile dont se réclament nos clercs. Car ils ne sont pas dix évêques en France - pas dix ! - qui respectent la liturgie et qui veulent - ou peuvent - la faire respecter dans les églises de leurs diocèses respectifs. On fera peut-être remarquer qu'en tel endroit, la liturgie est convenable. Mais qu'est-ce qu'une liturgie "convenable" dans l'état actuel des choses ? Est-ce une messe qui, occasionnellement, est moins pire qu'ailleurs, ou plus acceptable qu'ailleurs ? Si tel est le cas, alors c'est raté : car la question n'est pas de savoir où trouver une messe mieux célébrée qu'ailleurs; elle est d'avoir partout, à toutes les heures, dans toutes les églises, la liturgie célébrée dans le strict respect du missel romain. C'est-à-dire la liturgie où il y a au minimum l'Ordinaire en grégorien, un service d'autel assuré par au moins deux acolytes, un choeur débarrassé de tout ce qui n'est pas strictement nécessaire à la célébration (chaises, banderoles, papiers, micros, surplus d'autels, animateurs ou trices, ministres "systématiquement extraordinaires" de la communion, lecteurs ou trices en jean's et en chaussures de sport... etc.), un célébrant qui sait chanter et parler sans faire des simagrées, qui sait être digne (garder les mains jointes !), et qui s'interdit de modifier quoi que ce soit dans ce qui est donné par le missel. Tel est le minimum pour commencer à avoir la liturgie voulue par le Concile.

 

Avouons qu'on en est vraiment très loin dans 95% des paroisses. Et il en sera ainsi tant que la liturgie ne sera pas correctement enseignée dans les séminaires et les maisons religieuses et tant que les évêques garderont le silence devant l'inadmissible : ce qui est malheureusement le cas. Oui : nous, simples fidèles, nous en avons plus qu'assez d'être les otages d'un clergé qui n'a que "Vatican II" à la bouche alors qu'il n'a jamais été capable d'étudier et d'appliquer le Concile comme il doit être appliqué.

 

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