Quoi qu’on dise actuellement dans certaines paroisses, l’abandon des mélodies et des textes traditionnels de la messe n’a jamais été dans les intentions des pères du Concile qui décrétaient dans la Constitution sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium (1963), que « le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude » (SC 114). Cette règle qui, en n’étant presque nulle part suivie, a contribué à l'affadissement de la liturgie actuelle que l’on constate dans trop d’églises, a été éclairée en 1969 par le "Consilium" (le Conseil réunissant des évêques et des experts désignés par le pape Paul VI pour mettre en pratique la Constitution sur la Liturgie). A la question de savoir si l’autorisation de chanter des cantiques en langue vernaculaire au cours d’une « messe basse », donnée dans l’instruction « De musica sacra » en septembre 1958, était toujours valide, le "Consilium" a très clairement répondu : « Cette règle [permettant l’usage de chants en langue vernaculaire] est désormais caduque. Ce qui doit être chanté, c’est la messe (son Ordinaire et son Propre), et pas « quelque chose », quelque soit sa qualité, qui se surajouterait à la messe. Parce que le service liturgique est un, il n’a qu’un seul contenu, un seul visage, une seule voix : la voix de l’Eglise. Continuer de remplacer les textes de la messe devant être célébrée par des chants, même pieux et recueillis, au lieu d’utiliser ceux de la messe du jour est la source d’une ambiguïté inacceptable : c’est tromper les gens. Le chant liturgique n’est pas constitué d’une mélodie seule, mais de mots, de textes, de pensées et de sentiments que la poésie et la musique renferment. De tels textes doivent être ceux de la messe et nul autres. « Chanter » signifie chanter la messe et pas seulement chanter pendant la messe. » (Cf Notitiae 5 [1969] p. 406.) (Cf. source de l'article)

 

Dans nos paroisses, on est généralement bien loin de ce qui a été demandé par l’Eglise ! Au point que pour beaucoup de fidèles, il est « normal » de chanter des cantiques à la messe, tandis qu’il est « insolite » d’y chanter au moins l’Ordinaire et - si possible - le Propre. Ne serait-il pas intéressant et courageux de revenir sur cette question du chant au moment où, dans plusieurs diocèses, pour fêter les 50e anniversaire du Concile, des colloques et des conférences sont organisés sur le thème de « la réception de Vatican II » ?

 

Pro Liturgia

hippycatholicismIl y a plus de 40 ans, j'ai accepté le concile Vatican II sans la moindre arrière-pensée. J'avais eu la chance, à cette époque, d'aller à l'abbaye de Solesmes où les moines bénédictin, avec une patience infinie, m'avaient expliqué ce qu'était la liturgie et m'avaient montré que lorsqu'on mettait le missel "de Paul VI" en oeuvre avec foi et intelligence, on n'aboutissait pas à l'anarchie liturgique qu'on voyait alors se mettre en place dans les paroisses sous couvert de la réforme conciliaire. Merci à eux : leur enseignement me permet aujourd'hui de me sentir totalement en phase avec Benoît XVI. Dans ma paroisse, où j'étais alors organiste à la même époque, je devais assister, impuissant, à la mise à sac de la liturgie dominicale qui, jusqu'alors, était demeurée relativement "classique". Je me souviens que notre curé-doyen, personnage imposant qui devait alors avoir une soixantaine d'années et donc avait bénéficié de la formation théologique dispensée au séminaire diocésain bien avant Vatican II, était arrivé un soir, à la répétition de la chorale qui se faisait au presbytère, habillé en civil. Jusqu'ici, nous ne l'avions jamais vu autrement qu'en soutane. Il n'était pas même en clergyman; il portait une cravate. En le voyant ainsi, visiblement heureux de l'effet qu'il allait produire, la respectable demoiselle qui nous dirigeait et qui avait une vénération sans limites pour "Monsieur le Doyen" resta sans voix pendant plusieurs longues secondes... Ce brutal changement de look fut accompagné, la même semaine, de profondes modifications liturgiques. Monsieur le curé me fit savoir, d'un ton autoritaire, que "dimanche prochain, la grand-messe allait être célébrée sur un autel face-au-peuple que le menuisier était en train de mettre en place, et que seul le Credo serait chanté en latin "comme autrefois", puisque l'évéché avait envoyé des nouveaux textes et des nouvelles partitions qu'il faudrait apprendre."


Ce n'était que le commencement de la fin... Bientôt, notre vicaire allait profiter du "bazar" pour lancer l'idée de "messes des jeunes". Grâce à l'orchestre de la M.J.C. (Maison des Jeunes et de la... Culture) toute proche, on allait avoir des "messes rythmées" qui allaient attirer les jeunes. Ces "messes rythmées" étaient alors vivement encouragées par un jeune prêtre de notre diocèse qui commençait à avoir le vent en poupe et se montrer très actif dans l'art de subvertir la liturgie : l'Abbé Michel Wackenheim... L'orchestre de la M.J.C., dont l'air préféré était alors "Monia" (seul "tube" que les 6 ou 7 instrumentistes étaient capables de sortir sans trop de "canards"), fut invité à se produire au cours des messes dominicales et l'on me demanda de limiter les interventions de l'orgue. Ainsi commença - presque dans toutes les paroisses, comme j'allais m'en rendre compte très vite - un marasme liturgique dont les conséquences se font sentir aujourd'hui encore. Et ce qui devait arriver arriva : les membres de la chorale paroissiale démissionnèrent les uns après les autres. Ils ne supportaient pas les célébrations à proprement parler "foireuses" qui avaient détrôné la grand-messe. Dans la nef, l'assistance devint soudain muette : les fidèles étaient incapables de chanter un répertoire qui, pour demeurer attractif, devait se renouveler de dimanche en dimanche. Dans le choeur, notre curé-doyen devenait pitoyable lorsqu'il s'efforçait de vouloir "faire jeune" au son des guitares électriques de la M.J.C.... lesquelles guitares finirent bientôt par se taire au fur et à mesure que les instrumentistes allaient faire leur service militaire. Quant aux jeunes que ces messes étaient censées attirer, ils ne vinrent pas plus nombreux; certains n'étaient d'ailleurs à la messe que pour écouter leurs copains faire de la musique. Quant au vicaire qui avait introduit ces "messes des jeunes"... il se maria. Comme d'autres prêtres de sa génération que j'ai connus. Ite missa est.

 

modernismeQue pouvais-je faire au milieu de tout ça ? Me retrouver seul à l'orgue, le dimanche, avec deux ou trois "braves dames", pour tenter de donner un fond musical à un reliquat de liturgie célébrée devant une assistance clairsemée ? Je me décidait à donner ma démission. Le curé-doyen ne comprit pas. Mais comment, jeune étudiant n'ayant ni la sagesse ni la science de M. le curé, aurais-je pu expliquer que ce qu'on faisait n'était pas ce qu'avait demandé Vatican II et aboutissait à un massacre généralisé de la liturgie qui aurait des conséquences désastreuses ? Pourtant, je sentais déjà, intérieurement, que c'est ce qui allait se produire. J'ai continué pendant des années à aller régulièrement à la messe. J'ai supporté, sans les approuver, des cantiques niais qui n'apportent rien à la liturgie. J'ai accepté de chanter du bout des lèvres, un dimanche sur deux, "Peuple de Dieu, marche joyeux"... Mais aujourd'hui, je ne "marche" plus : je refuse d'avancer plus avant dans ces célébrations qui mènent droit vers une anorexie spirituelle. J'ai accepté de voir s'agiter derrière un micro la "madame" de service chargée d'animer la liturgie. Mais aujourd'hui, je n'accepte plus d'être dirigé par des incompétent(e)s dont les minauderies et les tons de voix patelins m'obligent à penser que ces gens n'ont investi la liturgie que pour pouvoir y développer leurs vertus d'emprunts qui, partout ailleurs, auraient agacé les gens "normalement constitués". Puis, peu à peu, je me suis aperçu qu'à force de devoir faire des efforts pour accepter l'inacceptable, j'était devenu incapable de donner ma pleine confiance à mon évêque et à ses prêtres. Certes, je sais qu'un évêque, qu'un prêtre, est avant tout un homme qui a, comme tous les hommes, ses imperfections et ses faiblesses. Mais tout comme j'attends de mon médecin qu'il soit un homme équilibré sachant donner les preuves de sa compétence dans l'art de soigner - ce qui ne l'empêchera jamais de faire une erreur de diagnostic - j'attends d'un prêtre, lorsqu'il est à l'autel, qu'il sache donner l'image d'un homme équilibré maîtrisant la liturgie qu'il est chargé de mettre en oeuvre. Or, d'une église à l'autre, d'une messe à l'autre, je ne vois - sauf rares exceptions qui, j'espère, se reconnaîtront - que des célébrants qui, par leurs comportements à l'autel et leurs dispositions à foncer vers toutes les nouveautés sans le moindre esprit critique, me poussent à imaginer que pour être prêtre aujourd'hui, il convient de n'avoir qu'une intelligence superficielle doublée d'une spiritualité molle.

 

Comme j'estime qu'il est malsain d'aller à la messe pour passer son temps à critiquer des liturgies bancales et des célébrants déficients, le dimanche venu, je rejoins à présent la cohorte des fidèles qui ne prennent plus le temps d'aller à l'église. A moins d'être assuré de pouvoir participer, dans l'une des paroisses proches, à une messe incontestablement catholique... ce qui est très rarement le cas. Quand j'entends sonner les cloches de l'église paroissiale, je me dis que ma place "normale" serait, à ce moment-là, à la messe. Mais je n'ai plus ni la capacité de faire abstraction des déficiences de la liturgie que célèbre le curé de ma paroisse, ni une dose suffisante d'hypocrisie me permettant de me montrer convaincu quand il s'agit de se donner la main au moment du "Notre Père", de se "serrer la louche" au moment du geste de paix, de chanter "oui la paix, ce sera toi, ce sera moi" à la place de l'Agnus Dei, de lâcher de ballons multicolores pour célébrer la première communion des enfants, d'écouter l'animatrice dire "bonjour à vous tous qui êtes venus, petits et grands, en ce dimanche de joie...". Non, désolé : ça ne passe pas. Ça ne passe plus. Mais alors plus du tout ! Pour pouvoir encore donner toute ma confiance à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique... me voici obligé de fuir les célébrations liturgiques qui se font habituellement dans nos églises et dont les déformations ont souvent largement dépassé les limites de l'acceptable. C'est paradoxal mais c'est comme ça... Jusqu'à ce que notre diocèse reçoive un évêque décidé à garantir aux fidèles la liturgie que l'Eglise entend leur donner.

 

Pro Liturgia

« (...) On parle beaucoup de participation des fidèles à la liturgie. Mais les fidèles participent-ils plus si le prêtre célèbre la messe versus populum ou s’il célèbre tourné vers l’autel ? En effet, il n’est pas dit que cette participation soit plus active si le prêtre célèbre tourné vers le peuple ; il se peut qu’au contraire, le peuple se distraie. De même, s’agit-il d’une vraie participation lorsqu’au moment du baiser de paix, on voit se créer une grande confusion dans l’église, avec des prêtres qui arrivent parfois jusque dans les derniers rangs des fidèles pour les saluer ? S’agit-il de l’actuosa participatio, souhaitée par le Concile Vatican II, ou simplement d’une grande distraction qui n’aide en rien à suivre avec dévotion la suite de la messe au point qu’on en oublie même parfois de dire l’Agnus Dei... (...) Le résultat attendu de la réforme liturgique ne s’est pas manifesté. On se demande si la vie liturgique et la participation des fidèles aux fonctions sacrées sont plus élevées et meilleures aujourd’hui que dans les années cinquante. On a critiqué le fait qu’avant le Concile, les fidèles ne participaient pas vraiment à la messe, mais y assistaient passivement ou en se livrant à des dévotions personnelles. Mais peut-on dire qu’aujourd’hui, les fidèles participent de manière spirituellement plus élevée et plus personnelle ? Est-il vraiment arrivé que les nombreuses personnes qui étaient restées hors de l’Eglise se soient mises à faire la queue pour entrer dans nos églises ? Ou n’est-il pas plutôt arrivé que beaucoup de gens se soient éloignés et que les églises se soient vidées ? Alors, de quelle réforme parlons-nous ? (...) » (Mgr Malcolm RANJITH, ancien Secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin)

mgr-marc-aillet.jpgLa Lettre pastorale "La charité du Christ nous presse" de Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, vient de paraître aux éditions Artège (224 pages - 16 euros) En voici un extrait qui concerne la formation des clercs et la liturgie :
 « La Constitution conciliaire sur la sainte liturgie présentait la formation liturgique comme un des principes fondamentaux de la restauration et de la mise en valeur de la liturgie : « Il n'y a aucun espoir d'obtenir ce résultat, si d'abord les pasteurs eux-mêmes ne sont pas profondément imprégnés de l'esprit et de la force de la liturgie, et ne deviennent pas capables de l'enseigner ». Il s'agissait sans doute de former des professeurs qualifiés et de faire même de la liturgie une des "disciplines principales" des études ecclésiastiques. On insistait toutefois pour que cette formation ne soit pas purement intellectuelle ou théologique, mais qu'elle passe par une expérience authentique de la liturgie de l'Eglise : « Les clercs, dans les séminaires et les maisons religieuses, acquerront une formation liturgique à la vie spirituelle, par une bonne initiation qui leur donne l'intelligence des rites sacrés et les y fasse participer de toute leur âme, tant par la célébration même des saints mystères que par les autres exercices de piété, imprégnés d'esprit liturgique ; également, ils apprendront à observer les lois liturgiques, de telle sorte que la vie des séminaires et des maisons de religieux soit profondément façonnée par l'esprit de la liturgie ». 
En effet, avant d'être un objet d'étude, la liturgie est une vie. C'est le bain par excellence de toute formation à la vie chrétienne : au sens de la foi et au sens de l'Eglise, à la louange et à l'adoration comme à la mission. 
On ne pourra donc pas célébrer la liturgie au rabais : elle sera le vrai centre et sommet de toute la vie du Séminaire qui devra être structurée par elle. De plus, Benoît XVI insiste sur la formation à l'histoire de l'art, comme discipline importante, « avec une référence spéciale aux édifices du culte à la lumière des normes liturgiques ». De même il demande « que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à comprendre et à célébrer la Messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et à utiliser le chant grégorien ».Je souhaite en ce sens que, « toutes choses égales d'ailleurs », on favorise, à commencer par le Séminaire, un renouveau du chant grégorien - salué par la tradition sous le titre de "bible chantée de l'Eglise" - non pas comme le vestige d'une époque révolue mais comme un instrument toujours valable de louange divine, de formation de l'âme chrétienne et du sens ecclésial. Cela est tout à fait compatible avec le répertoire de chant religieux populaire en langue vernaculaire - français, basque ou béarnais - et plus évolutif, à condition que celui-ci respecte les critères relatifs au chant sacré. Dans la lettre qu'il adressait récemment aux séminaristes, le pape Benoît XVI donnait des indications fort intéressantes pour leur formation liturgique : « Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l'Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles - passé, présent et avenir - qui s'unissent en un unique grand choeur de prière. Comme je puis l'affirmer à propos de mon propre chemin, c'est une chose enthousiasmante que d'apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant ! ».

 

Autrement dit, la liturgie est un organisme vivant, dont la croissance est homogène et sans rupture : aussi, pour comprendre de l'intérieur sa structure intime, on aura profit à en expérimenter les étapes de croissance. S'il est évident que la forme ordinaire du Missel Romain, tel qu'il a été promulgué par le pape Paul VI en 1969 et réédité par le pape Jean-Paul II en 2002, devra être l'expression propre de la liturgie au Séminaire, rien n'interdit de donner aux séminaristes la possibilité de faire l'expérience de la forme extraordinaire, précisément dans l'esprit d'une formation attentive au développement de la liturgie. En effet, comme Benoît XVI l'affirme avec force, selon une herméneutique de la continuité qui lui est chère : « Il n'y a pas de contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum ». On comprend alors pourquoi le motu proprio Summorum Pontificum, sur la liturgie romaine antérieure à 1970, n'est pas seulement une disposition canonique pour permettre aux fidèles qui y sont légitimement attachés de pratiquer l'ancien missel, mais une invitation faite à tous à approfondir le sens et l'esprit de la liturgie. D'ailleurs le Saint-Père affirme que « les deux formes d'usage du Rite romain peuvent s'enrichir réciproquement ». Et en particulier, il montre que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du Rite romain ». Et d'ajouter que la conformité rigoureuse avec les prescriptions liturgiques est le meilleur moyen « d'unir les communautés paroissiales » et de rendre visible « la richesse spirituelle et la profondeur théologique » du nouveau Missel. 
Pas de doute que la formation liturgique des futurs prêtres comme des fidèles laïcs passe, et par une connaissance exacte des normes liturgiques, replacées dans le contexte de l'histoire de la liturgie romaine, et, selon l'adage lex orandi, lex credendi, par une connaissance approfondie de la théologie de l'Eucharistie, qui n'en diminue aucun aspect fondamental ».

 

 


 

 

Si le chant grégorien a souvent été abandonné tout de suite après Vatican II, c'est parce qu'il ne suscitait pas toujours un grand enthousiasme chez les fidèles qui le chantaient ou l'écoutaient. De fait, les pièces grégoriennes étaient souvent exécutées avec beaucoup d'application mais sans vie, sans élan. Il faut bien avouer que rares étaient les paroisses dotées de scholae capables de chanter d'une façon qui ne soit pas "poussive".Qu'est-ce qui a pu rendre ce chant ennuyeux, peu apte à susciter l'enthousiasme des fidèles ? Très souvent, c'était la direction du maître de choeur. A des directions alambiquées correspondait un chant grégorien pesant et laborieux. Or le grégorien ne doit jamais être un chant lourd, exécuté avec une affectation telle qu'il devient assommant tant à interpréter qu'à écouter. Correctement chanté, le grégorien est toujours fluide, limpide. C'est ce qui le rend vivant, "intéressant", captivant. Le plaisir qu'éprouvent ceux qui le chantent doit savoir se communiquer à ceux qui l'écoutent. Comment faut-il le diriger pour le rendre attrayant ?

 

 

 

 

La première chose à ne surtout pas faire quand on le dirige (mais que font malheureusement beaucoup de maîtres de choeurs), ce sont des "moulinets" avec la main. Faire des mouvements ronds conduit 1) à chanter des syllabes à la place des mots et des phrases et 2) à briser tous les élans mélodiques, c'est-à-dire à interdire au chant de "décoller". La deuxième chose à faire est de veiller à ce que les choristes chantent des mots complets, des phrases complètes... et non uniquement des notes mises les unes à la suite des autres et "qui tombent comme des crottes de biques", disait un moine bénédictin avec humour. Il ne faut jamais oublier que le chant grégorien a été composé, retenu, transmis sans le support des notes. Les notes ne sont donc utiles que dans la mesure où elles nous permettent de déchiffrer une mélodie. Après ça, il faut les oublier et ne plus penser qu'au texte. Une petite histoire illustrera mon propos : il y a quelques temps, je dirigeais un groupe de fidèles. Il s'agissait d'apprendre les pièces du propre de la Toussaint. Parmi les personnes présentes, toutes avaient une admirable bonne volonté, mais peu étaient à l'aise dans l'exécution du grégorien... Nous avons "décortiqué" l'introït Gaudeamus, puis nous avons essayé de le chanter une fois, deux fois, trois fois... A chaque fois le résultat n'était pas terrible. J'ai alors dit aux choristes : « Oubliez votre partition : tenez-la à l'envers, chantez ce qui vous passe par la tête, n'importe quoi... Mais regardez bien les gestes que je fais ». Il s'agissait de détendre un peu l'atmosphère. Mais du coup, les gens ont été moins crispés sur les notes, ont fait davantage attention à la direction... Si bien qu'à la fin, quelqu'un a dit : « C'est vrai que finalement, c'est plus facile comme ça ! ». A la messe de la Toussaint, le lendemain, les pièces grégoriennes furent très bien chantées, avec naturel, pour le bonheur de tous : chantres, assistance... et célébrant. La troisième chose à éviter est le maniérisme. Le grégorien se chante de façon naturelle, bouche ouverte (sans mettre les lèvres en cul-de-poule), mâchoire inférieure souple... et non d'une façon affectée donnant l'impression que chaque son à produire est une épreuve à surmonter. Les sons doivent être clairs et les voyelles nasales (on, an, en) doivent être impérativement éliminées dès la première répétition d'une pièce : on prononce anne-gelorum et non pas angelorum comme dans le français "ange". Les liaisons doivent être supprimées : elles n'existent pas en latin ! On chante agnuss' Dei et non (comme on l'entend généralement dans la Messe XVII pour l'Avent et le Carême) Aaaaa - gnusde-i... ( "Gnusdé" ne signifie rien.) De même, dans le Credo, on chantePatrem' omnipotentem... et non Patre momnipotentem...

 

Enfin, une quatrième chose à éviter est cette sorte d'affection qui touche certains maîtres de chœurs : la "neumaticulite aiguë". La connaissance des neumes est incontestablement utile pour le dirigeant qui souhaite comprendre et respecter le phrasé et articulations mélodiques d'une pièce; mais elle n'est d'aucune véritable utilité pour le choriste. Le grégorien n'est pas l'objet d'études musicologiques : il est au service de la liturgie. Ses racines sont donc dans la prière et non dans les neumes. Les neumes ne sont donc intéressants que dans la mesure où ils ne sont pas pris pour eux-mêmes mais pour entrer au service d'une exécution priante et vivante du répertoire grégorien. Puissent ces quelques conseils permettre aux paroisses de renouer avec la tradition grégorienne, comme le demande si souvent Benoît XVI.

 

Pro Liturgia

 

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« La messe dignement célébrée selon le missel de Paul VI serait déjà un grand progrès,

si les curieuses interprétations en partie aventureuses de la Sainte Messe pouvaient disparaître.

On ôterait le fondement de l'argumentation de bien des traditionalistes par ce moyen.

Dans le quotidien on est tellement suspendu à tant d'arbitraire liturgique qu'on doit souvent

courir chez les traditionalistes par pur désespoir. Aussi ça m'est arrivé par exemple à New York

ou à Paris, mais également à Munich où j'ai déjà vécu des choses « les plus dingues »

dans la Sainte Messe. » (Princesse de Thurn und Taxis, kathnews.de, septembre 2009).

 

 

On comprend parfaitement ;-(

Ne nous y trompons pas : en France, il faudra au minimum encore un siècle pour relever la liturgie des ruines dans lesquelles l’ont fait tomber les évêques de l’immédiat après-concile. Car mener à bien la « réforme de la réforme » de la liturgie telle que la conçoit Benoît XVI, c’est-à-dire pour redresser ce qui a été déformé et tordu par la « pastorale liturgique » mise en place dans nos diocèses, il faudra :

 

 

 

- changer totalement la mentalité du clergé et des fidèles laïcs ;

- démettre de leurs fonctions les membres des équipes liturgiques avant de supprimer les équipes elles-mêmes ;

- trouver des clercs qui sachent s'habiller et marcher correctement et non se dandiner dans des sacs en tergal ;

- liquider 90% des cantiques qu’on entend dans les églises et redonner la première place au chant grégorien ;

- dégager les chœurs des églises de tout ce qui ne doit pas s’y trouver, à commencer par les autels « face-au-peuple » qui ressemblent à des tables, à des podiums, à des caisses, à des machins ;

- faire appel à des organistes et à des maîtres de chœurs compétents et soucieux de servir la liturgie comme l’Eglise demande qu’elle soit servie ;

- avoir des prêtres ayant bénéficié d’une solide formation liturgique et décidés à ne suivre que le Missel romain ;

- pouvoir compter sur des évêques experts en liturgie et prêts à mettre fidèlement en œuvre les enseignements magistériels.

 

 

Rien de tout ceci n’est envisagé par les évêques de France. C’est dire qu’il ne faut pas espérer voir la lumière du bout du tunnel avant très longtemps.

 

Pro Liturgia

« Les raisons qui mènent à la désobéissance aux normes de la liturgie sont multiples. Parmi elles, retenons une méconnaissance de l’histoire et de la signification théologique du rite, l’obsession de la nouveauté, la défiance dans la capacité de parler à l’homme par l’intermédiaire de signes et surtout le manque de confiance dans l’efficacité du sacrement qui reçoit de Dieu le pouvoir de faire ce qu’il signifie. Nombre d’observateurs considèrent que les abus trouvent leur source dans les imperfections du missel romain lui-même, amplifiées par la position du prêtre qui est tourné vers le peuple du début à la fin de la messe, par les traductions déficientes des textes liturgiques et la conviction que l’usage de la langue courante suffit à rendre la messe plus facilement compréhensible. La transgression, l’inobservance et les fréquents changements des normes liturgiques se succèdent en raison de la méconnaissance et des caprices personnels dans l’interprétation des normes liturgiques. Ces violations sont justifiées par des « raisons pastorales », un terme passe-partout qui recouvre tous les abus et désarçonne les fidèles. Il n’est, bien souvent, plus question de savoir ce que sont les rubriques mais comment elles devraient être interprétées. Des mouvements et des groupes introduisent de nouvelles pratiques afin de « rénover » la liturgie. Bien souvent, celles-ci se limitent aux divertissements et au spectacle et empêchent le recueillement dans l’écoute du mystère et l’action de grâce. Un certain nombre d’évêques considèrent que le comportement des dicastères du Saint-Siège est ambigu puisqu’il affirme d’un côté des normes universelles mais permet de l’autre à un certain nombre de mouvements de célébrer d’une manière différente. Les fidèles regrettent les très larges différences qui peuvent exister dans un même diocèse entre une église et une autre. Ils se demandent si le rite romain, avec ses caractéristiques propres, existe encore. (...) La crise de l’après-Concile a tellement enraciné les abus, qu’un certain nombre en est venu à croire qu’ils font partie de la réforme voulue par le Concile. (...) Les plaies qui affectent la liturgie semblent toujours plus graves : inflation incontrôlées des commentaires qui deviennent des micro-homélies ; réduction à la portion congrue de la liturgie eucharistique ; diffusion du personnalisme liturgique et manipulation des rites par les célébrants ; substitution des rites et des textes liturgiques, en particulier des lectures bibliques, afin de « personnaliser » la liturgie et de la rendre plus « signifiante » ; ministres extraordinaires de la communion qui deviennent ordinaires et remplacent le célébrant dans à peu près toutes ses fonctions ; communion en self-service des laïcs ; prédications qui posent des choix politiques au point de déconcerter les fidèles ; récitation partielle ou même totale de la prières eucharistique par les fidèles ; missionnaires européens qui, au nom de l’inculturation, imposent des usages européens dans les pays de mission ou au contraire des usages missionnaires en Europe ; usage arbitraire des vêtements liturgiques : chasuble sans étole, étole sans chasuble, étole sur la chasuble, étole sous la chasuble, étole sur et sous la chasuble, célébration sans chasuble et sans étole, etc. Les évêques ne devraient pas tolérer de tels abus. (...) » 

 

Cf. Mgr Nicola Bux, La foi au risque des liturgies, éd. Artège, 2011

Mgr Bux est Consulteur de la Congrégation pour le Culte divin,

Professeur de liturgie à l’Institut de théologie de Bari, Consulteur

au Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife

http://www.eucharistie.ch/images/fete_misericorde_1.jpg[Au sujet de Summorum Pontificum, Père Daniel-Ange affirme que], « cela a été un magnifique acte de courage de notre Saint-Père Benoît XVI. Il a fait ce qu’il devait faire devant Dieu et devant l’Eglise catholique à lui confiée. Hélas, certains évêques ne semblent pas avoir partagé sa magnanimité, sa largeur de vue et son courage. La beauté de l’unique grande liturgie - terrestre/céleste - se réfracte dans la merveilleuse variété de ses multiples rites, comme autant de rayons d’un unique soleil. Personnellement, j’ai toujours éprouvé une profonde empathie pour les différentes Liturgies orientales (spécialement l’Ukraino-byzantine) qui font merveilleusement appel à tous les sens. Et c’est avec joie que je célèbre parfois selon le missel de Jean XXIII la messe de mon adolescence. Je souhaite, comme notre Pape, une saine émulation mutuelle, une équilibrante influence réciproque, sans pour autant toucher à la spécificité de chaque rite. Pour les jeunes en tout cas, et pour les chrétiens du dimanche, j’aimerais que la Messe dite tridentine, ait les lectures de la Parole de Dieu dans leur langue, ainsi que quelque chant (comme ce fut le cas durant le pontificat de Jean XXIII). Je trouverais normal que le Lectionnaire de ce rite soit aussi enrichi et le Sanctoral mis à jour intégrant les derniers canonisés, surtout ceux dont la célébration a été étendue par Jean-Paul II à l’Eglise universelle. Pourquoi les améliorations de ce rite si beau, qui a toujours légèrement évolué (sous Pie XII : Christ-Roi, Sacré-Cœur, saint Pie X, etc.), s’arrêterait-elles à Jean XXIII ? Il faut rester fidèle à cette loi, tout à fait naturelle, de l’arbre qui s’enrichit de feuilles nouvelles. 

Et pour le rite dit de Paul VI, je voudrais qu’il soit célébré dans son maximum de beauté, sans larguer toute la gestuelle, les sacramentaux, les Rogations etc., qui en font partie intégrante. Et qu’à partir de l’Offertoire – comme le souhaite ardemment notre Pape – assemblée et célébrant soient ensemble orientés : tournés vers le Seigneur qui vient comme le Soleil levant. Cela même si l’église n’était pas - hélas - géographiquement orientée comme elle devrait l’être… Je trouve personnellement très inconvenant ce « face au peuple » pour les moments les plus sacrés, d’autant plus que cette disposition n’était pas du tout préconisée par la réforme liturgique, comme le commun des catholiques le pense.
Ce fut suggéré par des liturgistes, puis permis, enfin conseillé par des Pasteurs eux-mêmes. Si on revenait à l’ancienne orientation, le rite y gagnerait énormément en dimension céleste et eschatologique du grand Mystère célébré. Il heurterait moins nos frères Orientaux, qu’ils soient Catholiques ou Orthodoxes. De même, évangile, préface et même consécration (si ce n’est l’épiclèse), devraient être chantés, comme en Orient. Au moins les dimanches et fêtes. J’aimerais aussi que dans tous les séminaires et maisons de formation religieuse, on célèbre régulièrement et des divines liturgies orientales et, bien sûr, des Messes selon le « rite extraordinaire ». Et au moins de temps en temps dans les paroisses. Et en sens inverse, que dans les séminaires, monastères, couvents gardant la belle tradition latino-tridentine, on y célèbre parfois le rite latin ordinaire, et cela justement dans tout le déploiement de solennité qu’il comporte aussi, avec évidemment peuple et prêtre ensemble orientés ».

Le Cardinal Antonio Cañizares Llovera, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin, a accordé le 9 janvier 2010 un entretien au journal "Il Foglio". L'article, très riche sur le plan doctrinal, est long et donc difficile à résumer (si une âme charitable a le temps de traduire l'intégralité en français, nous sommes preneurs !). L'un des points abordés porte sur l' "herméneutique de la continuité" en matière liturgique. Le Cardinal Préfet dit clairement que, pour le moment, ce que fait déjà le Pape durant les Messes qu'il célèbre est une application très concrète de cette herméneutique. A la question de savoir si la Congrégation pour le Culte Divin émettra quelques directives dans les semaines à venir, Mgr Llovera répond que, si l'on désire vraiment participer au renouveau liturgique actuel - dans la ligne du Concile Vatican II - il convient, comme le Pape l'a expressément demandé, d'accueillir le Motu Proprio "Summorum Pontificum" du 7 juillet 2007; celui-ci a un objet bien plus vaste que celui qui consisterait à résoudre la crise "intégriste", car il est un appel (qui est plus exactement une décision) à l'enrichissement mutuel des deux formes du rite romain; il se situe donc dans la ligne de la Constitution liturgique "Sacrosanctum Concilium"; le Motu proprio n'est donc ni un retour en arrière, ni un document qu'on pourrait considérer "à part" en le transformant en quelque sorte facultatif. Le document magistériel est un appel très clair à un enrichissement mutuel des deux formes du rite romain, enrichissement qui est le moyen voulu par le Pape pour rendre effective l' "herméneutique de la continuité" dans le domaine de la liturgie. 
Les nombreuses résistances actuelles - ajoute le Cardinal Llovera - montrent justement que beaucoup ne sont pas encore entrés dans cette "herméneutique de la continuité", voulue par le Saint-Père.

 

Le Cardinal Préfet ajoute que, lorsqu'il voit le Saint-Père célébrer la Sainte Messe, il comprend que Benoît XVI a déjà mis en place certains éléments incontournables de cette "herméneutique", de cet authentique renouveau, qui est dans la droite ligne du mouvement liturgique du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle (avec Guardini, Jungmann...) et qui a abouti à la Constitution conciliaire "Sacrosanctum Concilium" ainsi qu'à l'oeuvre doctrinale du Cardinal Ratzinger (cf. "L'esprit de la liturgie"), que ce dernier continue, cette fois, en tant que Souverain Pontife. Le Cardinal Préfet cite très concrètement : la croix au centre de l'autel, la communion à genoux et dans la bouche, l'usage étendu du chant grégorien...
L'interview du Cardinal Llovera est un appel très clair à suivre le Pape, à se placer dans son sillage... ce que ne peuvent refuser de faire tous les fidèles qui aiment l'Eglise du Seigneur.

 

Pro Liturgia

 

liturgiebenoitXVI

La nouvelle encyclique du Pape Benoît XVI, Caritas in Veritate, est un enseignement qui touche à ce qui est du domaine socio-économique. Elle contient cependant un petit passage qu'on pourrait très bien utiliser pour les questions liturgiques.
Qui n'a pas remarqué que le fidèle qui, dans une paroisse, critique la façon peu "catholique" qu'ont certains de traiter la liturgie, s'entend toujours répondre - généralement par le curé - qu'il faut se montrer plus charitable. Et généralement le curé en question citera le chapitre 13 de la première Epître de Saint Paul aux Corinthiens pour expliquer que "par charité", il convient de laisser les critiques de côté et accepter d'autres façons de voir les choses. Il faut incontestablement se montrer charitable.
Mais comme l'enseigne si clairement Benoît XVI, la charité ne peut pas fonctionner si elle est dissociée de la vérité. Or il y a dans l'Eglise et pour l'Eglise une "vérité liturgique" : la liturgie est ce qu'elle doit être, comme elle doit être et non comme tel ou tel veut qu'elle soit. Sans cette "vérité", la liturgie devient « la proie des émotions et de l'opinion contingente des êtres humains » (cf CIV). Ce n'est alors plus la liturgie de l'Eglise qui seule peut signifier et porter la foi de l'Eglise. « Un christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale. Compris ainsi, Dieu n'aurait plus une place propre et authentique dans le monde. Sans la vérité, la charité est reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri », nous dit le Souverain Pontife (Cf CIV § 4). Remettons cet enseignement dans le contexte de la liturgie et l'on obtient : des célébrations construites sur les seules bases de la charité mais qui oublient ce qu'est la liturgie en vérité, des célébrations qui ne sont plus qu'un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale sur le plan de la foi.


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