Les fidèles défenseurs de ce qu’ils considèrent comme étant « la tradition » connaissent bien l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault (Indre). Après avoir été occupée par des trappistes, ce splendide ensemble conventuel situé au bord de la Creuse fut restauré en 1948 par des moines bénédictins venus de Solesmes. Après avoir accepté la liturgie restaurée à la suite de Vatican II - dans le cadre d’une obéissance toute "solesmienne" au Siège apostolique -, les moines de Fontgombault reprirent au cours des années 1970 l’Ordo missae tridentin, ce qui fit de ce monastère un point de référence pour tous les fidèles "traditionalistes" attachés à ce qu’ils nomment (à tort du point de vue historique) la « messe de toujours ».

 

 


fontgombault.jpgDans le désarroi des « années de plomb » de l’immédiat après-concile, les vocations affluèrent à Fontgombault au point que rapidement il fut question d’envisager une fondation. En dépit des oppositions, de tracts ou de propos souvent calomnieux, dès 1972 un groupe de moines de cette abbaye fonda le monastère de Notre-Dame de Randol, étonnante construction moderne à flanc de montagne, dans le diocèse de Clermont-Ferrand. Les postulants continuant à se présenter, un autre groupe de moines également venus de Fontgombault construisit à partir de 1985 une grande église jouxtant le château de Triors dans la Drôme. Les vocations ne tarissant toujours pas, les bénédictins de Fontgombault fondèrent un nouveau monastère à Donezan dans les Pyrénées. Actuellement, ils construisent une abbaye à Clear Creak, aux Etats-Unis, où de nombreux postulants, provenant d’Amérique cette fois-ci, n’hésitent pas à frapper aux portes de cette nouvelle fondation. L’expansion de l’abbaye de Fontgombault, phénomène plutôt rare dans l’Eglise post-conciliaire, serait la preuve, selon certains, que le rite tridentin conservé par les bénédictins est « béni de Dieu » puisqu’il fait naître les vocations. Les détracteurs de la pastorale traditionnelle tout comme les partisans acharnés des innovations continuelles en liturgie parleront plutôt d’un "refuge de l’intégrisme" où des jeunes désorientés ou opposés au Concile, voire "fragiles", trouvent une certaine sécurité dans la beauté d’un rite qualifié de "traditionnel" ou considéré comme tel. Les uns comme les autres semblent ignorer que les moines des quatre abbayes fondées par Fontgombault ne se servent pas du missel dit « de Saint Pie V » utilisé par tous les prêtres "traditionalistes", et dont la dernière version a été approuvée par Jean XXIII en 1962. A la messe conventuelle, les bénédictins célèbrent selon l’Ordo missae de 1965. Les liturgistes eux-mêmes ont souvent oublié que le pape Paul VI publia un nouvel Ordo cette année-là (lequel Ordo fut très bien accueilli par Mgr Lefebvre). Certes, les simplifications qu’il présentait étaient minimes par rapport à la messe purement "tridentine", mais elles méritent d’être rappelées. Ainsi, l’Ordo de 1965 reprenait-il l’antique proclamation des intentions de prière avant l’offertoire (prières universelles), supprimait une partie des « prières au bas de l’autel » ainsi que le « dernier Evangile » (Prologue de S. Jean), et prévoyait que ce qui était chanté par la schola ou l’assemblée ne soit pas redit en privé par le célébrant. Quant au Pater noster, il était chanté par toute l’assemblée avec le célébrant, pratique qui se faisait depuis plusieurs années déjà dans les paroisses et que l’on trouve aujourd’hui même chez certains inconditionnels de la pure « forme extraordinaire » du rite romain. Mais surtout, l’Ordo de 1965 restaurait le rituel de la concélébration qui avait été abandonné au cours du Moyen-Âge. 


La concélébration, comme on sait, n’est pas utilisée dans la forme « extraordinaire » du rite romain revendiquée par les inconditionnels de la liturgie purement tridentine ou considérée telle [sauf pour des "cas" exceptionnels, NDLR]. Cependant, les choses pourraient bien se présenter de façon différente dans un avenir plus ou moins proche. En effet : le vendredi 7 octobre 2011, près d’un millier de fidèles était réuni dans l’église abbatiale de Fontgombault pour la bénédiction du nouveau Père Abbé succédant au T.R.P. Dom Forgeot qui avait résilié sa charge après 34 années d’abbatiat. Mgr Maillard, Archevêque de Bourges, avait accepté de remettre la mitre et la crosse au T.R.P. Dom Plateau, le nouvel Abbé. A cette occasion, Mgr Maillard a concélébré avec cinq autres évêques ainsi que plusieurs pères abbés… selon la forme de la liturgie romaine définie par l’Ordo de 1965. La messe était dite à haute voix, contrairement à ce qui se fait d’habitude dans la forme « extraordinaire » stricto sensu du rite romain. Les participants à cette célébration n’ont pas été sans remarquer un autre détail, vestimentaire celui-là, mais significatif. Nombreux furent ceux, en effet, qui surent apprécier la « noble simplicité » des vêtements liturgiques que portaient les ministres de l’autel : prêtres, diacres, sous-diacres… Quel contraste avec l’accumulation de broderies des ornements liturgiques trop souvent utilisés dans les messes « traditionnelles » de paroisses et dont le "kitsch" évoque plus facilement le goût du rococo finissant - voire le style sulpicien – que celui de l’authentique tradition liturgique. Ce jour-là, à Fontgombault, pour le nombreux clergé présent, latin mais aussi oriental, la liturgie n’était plus un signe d’affrontement. Un fidèle peu informé aurait même eu de la peine à distinguer, à plusieurs reprises au cours de la célébration, cette variante de la forme « extraordinaire » de la forme « ordinaire » du rite romain, donnant ainsi raison au Cardinal Ratzinger qui soulignait, dans une conférence faite à l’occasion du 10e anniversaire du Motu proprio Ecclesia Dei qu’ « un chrétien moyen sans formation liturgique spéciale a du mal à distinguer une messe chantée en latin selon l’ancien Missel d'une messe chantée en latin selon le nouveau Missel. »

 

On peut espérer que c’est par le biais de telles « expériences » liturgiques, semblables en tout point à celle qui a eu lieu récemment à la paroisse de Villars-les-Dombes où officiait le T.R. Père Abbé du Barroux, que s’engagera le mouvement tant attendu de la « réforme de la réforme » de la liturgie. Mouvement qui se situera au-dessus de ces antagonismes stériles qui divisent aujourd’hui encore, dans bien des paroisses, ceux qui veulent vivre le Concile hors de la Tradition et ceux qui pensent pouvoir conserver la Tradition en la mettant en marge de la vie ecclésiale dont le Concile est une composante. Le mouvement de la « réforme de la réforme » de la liturgie est incontestablement en marche : il germe dans les monastères au rythme de la prière contemplative ; il fleurira dans les paroisses où un prêtre aura su comprendre que la liturgie monastique, loin de l'agitation, est une grande école dont il convient de s’inspirer pour élever les âmes vers Dieu !

 

Pro Liturgia

Nous sommes aujourd'hui dans une situation où les prêtres, dans leur immense majorité, en savent moins sur la liturgie que certains fidèles qui prennent le soin de s'informer. C'est donc aux fidèles d'agir, avec la fermeté dont fait preuve Benoît XVI, pour repousser la décadence liturgique et refuser les niaiseries qui truffent les célébrations paroissiales. Programme :

 

 

 

 

 

I. STOPPER LA "DÉSINTÉGRATION" DE LA LITURGIE.

 

Du temps où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Ratzinger avait fait deux remarques importantes. Dans la première, il se disait convaincu que la crise de l'Eglise reposait largement sur la désintégration de la liturgie. Dans la seconde, il se demandait si, au vu du bricolage liturgique actuel, les fidèles avaient encore conscience qu'il existe un rite romain leur permettant de célébrer la foi de façon juste et intégrale (1). Ces deux observations, énoncées par celui qui est à présent Benoît XVI, nous invitent à poser la question suivante : devons-nous attendre de nos prêtres - évêques en tête - qu'ils agissent pour mettre définitivement un terme au "bricolage liturgique" entré dans les habitudes de la quasi totalité de nos paroisses ?
La solution qui consisterait à attendre le bon vouloir d'un clergé qui n'a reçu aucune formation liturgique n'est à l'évidence pas la meilleure. Car c'est depuis le Concile que les fidèles attendent que leurs prêtres respectent la liturgie de l'Eglise. En vain. C'est aussi depuis le Concile que les fidèles ont pu constater que leurs prêtres et, ce qui est plus grave, leurs évêques, ne tiennent compte ni du Missel romain ni des orientations données par les papes successifs.
Puisque l'attentisme n'est pas la solution, il faut imaginer une autre façon d'agir, plus efficace. Celle-ci devra consister en une "réappropriation de la liturgie" par les fidèles. Disons-le clairement : les fidèles qui souhaitent retrouver le trésor liturgique de l'Eglise vont devoir, d'une part, se mobiliser et, d'autre part, outrepasser les instructions données par des clercs qui ne respectent plus rien parce qu'ils ne savent plus rien (2). Ce sera le moyen de se "réapproprier" la liturgie que donne l'Eglise. Une telle "réappropriation" de la liturgie relève du droit élémentaire des fidèles (3) et, au vu de la situation actuelle, elle est un devoir en même temps qu'une urgence.

 

 

 

II. COMMENT SE REAPPROPRIER LA LITURGIE DE L'EGLISE ?

 

http://img.over-blog.com/500x878/0/21/41/34/2010/saintsacrificedelamesse.jpgComment les fidèles qui veulent à bon droit échapper au marasme actuel devront-ils s'y prendre pour se "réapproprier" la liturgie de l'Eglise? La réponse à cette question tient en deux mots: refuser et exiger. Le temps est venu de refuser avec une courtoise fermeté toute célébration liturgique qui n'est pas conforme aux données du Missel romain (4). Le temps est venu de se soustraire à toute célébration qui se dit "liturgique" mais qui n'est pas théocentrique. Là-dessus, il n'y a plus à discutailler; il n'y a plus à marchander. Si l'on doit exiger que la liturgie soit strictement célébrée en conformité avec le Missel romain, c'est parce qu'elle est un acte de l'Eglise. 
A ce titre, elle doit clairement apparaître théocentrique, c'est-à-dire dirigée vers Dieu; car c'est Dieu qui est la raison d'être de notre liturgie. Par conséquent, il va falloir enfin se décider à refuser avec détermination les célébrations "cléricocentriques" - où le clergé devient le motif de la célébration -, "organistocentriques" - où l'organiste n'utilise la liturgie que pour satisfaire ses goûts musicaux (5) -, "choralocentriques" - où la chorale se fait plaisir en imposant le dernier chant à la mode -, "animateurocentriques" - où les agitations d'un(e) animateur(trice) distraient de l'essentiel -, "célébrantocentriques" - où le prêtre à l'autel ne sait qu'attirer l'attention sur lui -... 
Les minauderies, le verbiage, les effets artificiels, les goûts subjectifs... tout ce qui n'est pas directement tiré du Missel romain et tout ce qui instrumentalise une célébration doit être refusé si l'on veut que la messe puisse demeurer le moment où chaque fidèle pourra entrer dans un coeur à coeur avec Dieu, et avec Lui seul. Le reste n'a pas sa place en liturgie, laquelle doit être célébrée comme elle doit l'être et ne doit en aucun cas devenir un motif d'introspection malsaine, ou de nombrilisme, ou encore d'évacuation de tourments psychologiques par improvisations ou innovations interposées. 
Il va donc falloir très rapidement en finir avec tout ce qui permettrait d'utiliser la liturgie à des fins narcissiques. Ensuite, il convient d'exiger. Exiger que tout célébrant - à plus forte raison s'il s'agit d'un évêque - laisse les fidèles à l'abri de ses goûts, de ses préférences, de ses lubies, de ses préoccupations personnelles. Ce que pense, veut ou préfère un célébrant n'a aucunement à entrer en ligne de compte pour la mise en oeuvre de la liturgie; car la seule chose qui importe, c'est de faire ce qu'aime l'Eglise. Le célébrant n'aime-t-il pas le latin ou le grégorien ? C'est "son problème" mais ce n'est ni celui des fidèles ni celui de l'Eglise : il n'y a donc pas à faire passer les choix d'un célébrant avant les normes liturgiques établies par l'Eglise. Voilà pourquoi il est essentiel d'exiger, dans toutes les paroisses, que les célébrations liturgiques soient arrachées à l'arbitraire des célébrants et de leurs équipes (6).
Car ce à quoi le fidèle est en droit de participer, en effet, c'est à la liturgie de l'Eglise dans son intégrité: cette liturgie-là n'a pas à être un peu "comme ci" ou un peu "comme ça", avec "un peu de ceci" et "un peu de cela" pour faire plaisir à tout le monde. Non ! La liturgie donnée par l'Eglise n'est pas un patchwork: elle est très clairement définie et si on ne la reçoit pas telle qu'elle nous est transmise, et si on la saupoudre de ce qui pourrait faire plaisir aux uns et plaire aux autres, ce n'est simplement plus la liturgie de l'Eglise capable de signifier objectivement et de transmettre la foi reçue des Apôtres. Ce n'est alors plus que le "truc" sorti de l'imagination du curé, ou de l'équipe liturgique locale, ou encore de l'évêque... et ça n'est plus guère d'intérêt puisqu'on n'y trouvera que ce que les acteurs de la liturgie auront été capables d'y apporter, c'est-à-dire pas grand-chose de transcendant. 
De ce fait, il est urgent de rappeler à tous les célébrants qu'un salmigondis de bons sentiments - les leurs ou ceux de leurs proches collaborateurs - n'a jamais fait une liturgie et n'a aucun intérêt sur le plan de la foi catholique. Plusieurs évêques de France ont d'ailleurs rappelé que la liturgie ne supportait pas les choix arbitraires, mais exigeait la fidélité et l'humilité... On peut simplement regretter le peu d'empressement, chez ces mêmes pasteurs, à appliquer eux-mêmes ce qu'ils énoncent si justement (7).

 

 

 

III. COMMENT RESPECTER LA LITURGIE QUAND ON NE L'A PAS APPRISE ?

 

Le "bricolage liturgique" que dénonçait si justement le Cardinal Ratzinger (8) et qui est aujourd'hui une caractéristique essentielle des célébrations paroissiales, prouve à l'envi que la liturgie n'est plus ni connue, ni comprise. Comment alors demander qu'elle soit célébrée correctement dans ces conditions si défavorables ? Pour répondre à cette question, il faut distinguer deux choses : premièrement la connaissance de la liturgie, et deuxièmement la mise en oeuvre de la liturgie.
Parlons d'abord de la connaissance. Grâce à internet, tout le monde peut avoir accès à des documents essentiels qui sont en tout point conformes à l'enseignement de l'Eglise et peuvent être à la base d'une formation minimale. Nous ne donnerons ici que trois titres, car mieux vaut se limiter à des choses simples et complètes, plutôt que de butiner à droite et à gauche pour ne trouver que des informations disparates et souvent incomplètes. Ces titres sont :
- l'Exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis, qui donne un aperçu très complet sur ce que doit être la liturgie aux yeux de l'Eglise... et donc pour le coeur du baptisé;
- la Conférence donnée à Rome par Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, qui explique de façon brève et claire dans quelle direction aller pour retrouver l'authentique liturgie; - le "Cérémonial de la Sainte Messe à l'usage ordinaire des paroisses", qui constitue un guide sûr pour qui veut mettre fidèlement en oeuvre des célébrations liturgiques dignes et priantes.
Tels sont les textes et les études de références sur lesquels tout fidèle - qu'il soit prêtre ou laïc - aura intérêt à s'appuyer dès qu'il souhaite aborder une question d'ordre liturgique. Les autres publications du genre "guide de l'animateur liturgique", même si elles sont largement diffusées et employées (hélas !), devront impérativement trouver leur vraie place : la poubelle. Car on doit maintenant considérer comme étant définitivement révolu le temps où ces publications faisaient davantage autorité que le Missel romain dans les paroisses.
Venons-en à la mise en oeuvre de la liturgie. C'est la partie la plus difficile car le passage de la théorie à la pratique n'est pas toujours aisé. Il y a pourtant, au départ, des choses simples à faire pour rehausser la qualité des célébrations en se basant sur les études citées plus haut :
1. Mettre de l'ordre dans le choeur des églises: dans le sanctuaire, chaque chose doit être à sa juste place et rien de ce qui n'est pas prévu dans le Missel romain ne doit venir encombrer l'espace sacré. Autant dire qu'il faut impérativement supprimer les panneaux, les banderoles, les affichettes... et autres collages parfois aux couleurs de l'arc-en-ciel de la gay-pride.
2. Veiller à ce que tous les éléments utilisés dans la liturgie forment un ensemble harmonieux. Aucun clerc ne devrait plus porter ces affreuses "aubes-sacs" qui pendouillent lamentablement en transformant les ventres des célébrants en proéminences disgracieuses; aucun prêtre ne devrait accepter de revêtir les "chasubles Castelbajac" aux couleurs - encore une fois ! - de la gay-pride; aucune messe ne devrait être désormais célébrée sur un de ces simili-autels qui ressemblent à des caisses, à des tables, à des guéridons... à n'importe quoi, sauf à un autel du sacrifice; aucun prêtre ne devrait accepter de célébrer la Messe sur un autel où la croix et les cierges ne sont pas disposés symétriquement... etc.
3. Veiller à ce que tous les acteurs de la liturgie sachent exactement leur rôle, connaissent la place qui est la leur, et aient une tenue digne: ils sont affreusement pitoyables, ces célébrants qui se tiennent près de l'autel, bras ballants et mentons dans leurs cols roulés, comme ils se tiendraient devant une baraque à frites un soir d'ennui ! Comment peuvent-ils espérer, en affichant une telle désinvolture, donner l'exemple et donner à croire aux fidèles que la liturgie - et l'Eucharistie avant tout - sont les trésors les plus précieux aux yeux de l'Eglise ?
4. Veiller à ce que les chants exécutés au cours des célébrations soient des chants de qualité et soient des chants proprement liturgiques par leurs mélodies et leurs paroles. Ce n'est pas parce qu'un chant plaît à une assistance ou à une chorale qu'il peut ipso facto être qualifié de "liturgique": il est des chants à la mode qui apparaissent dans les célébrations puis qui disparaissent sans laisser la moindre trace. Or l'éphémère n'a jamais pu transmettre quoi que ce soit d'une génération à une autre; en liturgie encore moins qu'ailleurs ! Il faut donc retrouver impérativement le goût et l'usage du chant grégorien, chant liturgique par excellence (et dans ce domaine, les goûts du célébrant n'ont aucune espèce d'importance). 
Contrairement à ce qu'on croit, le grégorien n'est pas difficile : il est simplement exigeant, ce qui n'est pas la même chose. Contrairement à ce qu'on croit, le grégorien n'est pas élitiste : il est éminemment populaire; et il faut rappeler ici que c'est le peuple qui l'a en grande partie transmis de générations en générations en des siècles où la notation musicale n'existait pas. Contrairement à ce que l'on croit, il n'est pas nécessaire d'avoir étudié le latin pour saisir le sens (on ne parle pas ici du "contenu") d'une pièce grégorienne : le sens se communique à l'intelligence propre à chaque fidèle par une imprégnation qui s'opère par la répétition des mêmes mots, des mêmes formules. C'est souvent plus efficace que de longs discours... et bien moins fastidieux. A ceux qui pensent encore qu'il faut être un "crac" en latin pour chanter du grégorien (ou participer à une messe en latin) demandons s'il faut savoir la langue de Shakespeare pour réussir à surfer à peu près correctement sur le web en évitant les spams et les bugs... tout en ouvrant les mails. Au sortir d'une messe en latin, le professeur de la Sorbonne qui maîtrise les déclinaisons n'est pas davantage sanctifié que l'ouvrier qui n'a jamais fait de longues études classiques !
5. Veiller à ce que les mariages et les enterrements soient l'occasion de célébrer la liturgie de l'Eglise et non des "fariboles" généralement imaginées et souhaitées par des gens qui ne mettent jamais les pieds à l'église. Les mariages et les enterrements sont effectivement - et malheureusement ! - les moments où l'on voit et où l'on entend dans les églises les pires niaiseries (les organistes en savent quelque chose). Un prêtre devrait donc être capable d'expliquer aux familles qui viennent le trouver qu'il n'est pas le maître de la liturgie; il devrait être capable de leur montrer le Missel romain (permettre aux fidèles de voir et de toucher ce gros livre en ces occasions-là est très pédagogique) et de leur dire que s'ils choisissent de venir à l'église, c'est qu'ils ont confiance en l'Eglise et donc qu'ils s'engagent à respecter les rites et les prières données par l'Eglise qui exigent d'être accomplis et dites dans le calme et le recueillement. A qui pourra-t-on faire croire que le sacrement du mariage est quelque chose de sérieux si, pendant sa célébration, on autorise Ginette à lire son poème composé pour la circonstance ou si l'on permet à l'oncle Jules d'y pousser la chansonnette parce que "ça plaît à la grand-mère du marié" ? La vraie question d'ordre "pastoral" qu'il faut se poser ici n'est jamais de savoir si une liturgie plaît ou ne plaît pas, mais de savoir si elle est catholique ou si elle ne l'est pas. Et elle ne l'est pas quand elle ne respecte pas ce que l'Eglise demande de faire (9). Car "lorsque, dans les réflexions sur la liturgie, on se demande seulement comment la rendre attirante, intéressante et belle, la partie est déjà perdue. Ou bien elle est opus Dei avec Dieu comme sujet spécifique, ou elle n'est pas." (10)
6. Ce qui vient d'être dit pour les messes de mariage ou de funérailles est aussi valable pour ce qu'on appelle communément les "messes de jeunes". Jésus a déclaré de façon très claire : "Si vous ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux" (Mt 18, 3). Par ses paroles, le Seigneur nous a appris que l'enfant est le symbole par excellence de la perfection de la vie spirituelle. De là le respect et l'attention profonde dont il doit bénéficier de la part des adultes. Mais de là aussi la profonde absurdité des "messes de jeunes" imaginées par des adultes qui, parce qu'ils n'ont plus des âmes d'enfants leur permettant d'entrer simplement dans la spiritualité liturgique de l'Eglise, croient que les enfants ne savent apprécier que des célébrations bêtifiantes. Les enfants, précisément parce qu'ils ont une vie spirituelle qui leur facilite l'entrée dans le Royaume des Cieux, ont une prédilection pour les belles liturgies qui, lorsqu'elles sont célébrées fidèlement, sont un reflet de la liturgie céleste; les enfants aiment les "vraies" messes et, même s'ils ne le disent pas, détestent ces adultes qui les prennent pour des débiles en les obligeant à participer à des "messes de jeunes" qui ne sont en réalité que des liturgies frelatées incapables de laisser une trace dans les mémoires et les coeurs. 
Voici ce qu'écrivait l'Abbé Berto à ce sujet : « La prière, composée exclusivement de paroles empruntées à la liturgie et choisies avec soin parmi les plus expressives, accoutume l'enfant à modeler sa propre prière sur la prière de l'Eglise, elle lui imprime de bonne heure dans l'esprit des formules chargées de ce sens, fortes, sobres, prenant appui sur le fond même des mystères chrétiens, propres enfin à inspirer l'aversion tant pour ce bavardage spirituel, ce multiloquium que le Verbe incarné interdit à ses disciples, que l'aversion pour les excès de l'émotivité, de l'affectivité dans la prière. Je n'hésite pas à dire que ce dernier danger est très grand, très redoutable. Pourquoi tant de chrétiens sont-ils moins pieux dans l'âge adulte que dans l'enfance? L'une des causes, et non la moindre, c'est que la façon dont on les a accoutumés à prier les a laissés persuadés que la prière est émotion et effusion. Comme ils se sont trouvés, en grandissant, moins capables de cette émotion et de cette effusion, ils ont conclu que la piété n'est pas leur affaire, qu'ils ne sont pas organisés pour la piété. (...) On rencontre (...) des âmes très saintes, très près de Dieu qui, parce qu'une éducation mal dirigée les a imprégnées de la même erreur, se désolent de n'être pas pieuses. C'est comme si, à trente ans, on se désolait de n'avoir plus de dents de lait. L'expérience montre que cette confusion entre la piété et l'émotion a beau recevoir mille démentis, une fois implantée, elle est pratiquement indéracinable: il faut donc l'empêcher de s'enraciner, et le meilleur, peut-être l'unique moyen de l'en empêcher, c'est l'éducation liturgique ». (11)
L'Eglise n'entend pas qu'on adapte la liturgie au peuple - quel que soit son âge - et il faut donc rejeter cette proposition faussement évidente que la liturgie doit se plier aux goûts supposés d'une catégorie particulière de fidèles. (12)
7. Il serait enfin nécessaire de limiter considérablement les concélébrations qui, en ayant lieu dans un endroit donné pour donner l'illusion que les participants sont en nombre, privent bien des fidèles qui n'ont pas les moyens de se déplacer de la messe dominicale en même temps qu'elles obligent tous les concélébrants à se plier au diktat des équipes interparoissiales chargées de préparer ce genre de happening. Tout prêtre devrait aussi refuser de concélébrer (13), même avec son évêque, dès lors que ce dernier ne lui garantit pas que la liturgie sera fidèlement respectée. Il en va de la crédibilité des pasteurs.

 

 

 

IV. UNE STRATEGIE À SUIVRE.

 

Quelle stratégie faut-il suivre pour se "réapproprier" la liturgie et ainsi mettre peu à peu un terme définitif à la désintégration du rite romain ?
Premièrement, il faut que les prêtres qui célèbrent dignement et fidèlement la liturgie (quitte à se démarquer de ce qui se fait partout ailleurs) soient déculpabilisés, encouragés, aidés par les fidèles qui eux-mêmes tiennent au respect du Missel. Ces prêtres-là ne font en réalité que ce qu'ils doivent faire et comme ils doivent le faire; et aucune équipe liturgique locale, aucun évêque ne saurait le leur reprocher. Deuxièmement, il faut que les paroisses où la liturgie est respectée soient connues afin de pouvoir servir de modèles. Car c'est à partir de ces lieux d'exemplarité qu'une véritable reconquête de la liturgie pourra être entreprise. 
Il faut, par conséquent, que les desservants de ces paroisses puissent se connaître, entrer en contact les uns avec les autres, s'entraider, se booster mutuellement... Internet peut pour cela se révéler un outil magnifique et nous proposons, pour tous les fidèles - clercs et laïcs - qui souhaitent entreprendre cette "reconquête" de la liturgie, deux pôles de référence : la paroisse de Villars-les-Dombes et notre Association "Pro Liturgia". C'est un début : il y en aura d'autres.
Troisièmement enfin, il ne faut plus que les fidèles aient à se contenter d'avoir de temps en temps une "messe correcte"... ou "moins pire que d'habitude". La qualité et le respect de la liturgie ne sont ni négociables ni optionnelles, et il faut donc que la liturgie soit partout et toujours célébrée comme elle doit l'être et non comme la communauté locale ou le groupe paroissial veut qu'elle soit célébrée. Ce point capital, qui est du ressort de la compétence des évêques diocésains, "gardiens et promoteurs de la liturgie de l'Eglise", ne saurait en aucun être zappé pour des motifs pastoraux toujours plus ou moins basés sur des arguments fallacieux tels que le "pluralisme", la "charité", l' "ouverture"... etc. (14) 
Il ne tient qu'aux évêques que la liturgie cesse d'être un chantier permanent qui éloigne de plus en plus les fidèles de l'Essentiel, ou bien un champ de bataille sur lequel se battent des groupes de baptisés plus ou moins rivaux: il leur suffit pour cela de donner eux-mêmes l'exemple et de veiller à ce que partout, en toute circonstance, on suive fidèlement les normes de la célébration données par l'Eglise. (15) 
"Plus que jamais, le monde a besoin aujourd'hui d'une liturgie ayant la force de résister au culte de l'ego, à l'idolâtrie du "je - moi - mon", au terrorisme du subjectivisme. La nécessité du respect des normes liturgiques n'est pas un rabat-joie: elle nous apporte plutôt une grande liberté nous permettant d'accéder à la joie véritable. C'est ce que disait Romano Guardini : « Présenter à Dieu un jeu, une oeuvre d'art - non pas s'affairer, mais être - c'est cela l'essence véritable de la liturgie » (De l'Esprit de la Liturgie, 1921)." (16)

 

 

 

NOTES.

(1) Cf. La célébration de la foi (Ed Téqui); Entretien sur la foi (Ed Fayard); L'esprit de la liturgie (Ed Ad Solem).


(2) Cardinal Francis Arinze, Conférence donnée à Paris.


(3) Code de Droit canonique, Can. 214, 221.


(4) Jean-Paul II, Motu proprio Ecclesia Dei adflicta.


(5) Quand l'organiste est lui-même un angoissé chronique, comme peuvent l'être bien des artistes, on imagine que certaines de ses improvisations échevelées sont plus stressantes que pacifiantes. D'où l'avantage qu'on a à jouer des oeuvres écrites soigneusement sélectionnées.

(6) Cardinal Joseph Ratzinger, La réforme liturgique en question.


(7) Cardinal Ricard, Mgr Dagens et al. au moment de la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum.


(8) Cf. La célébration de la foi (Ed Téqui); Entretien sur la foi (Ed Fayard); L'esprit de la liturgie (Ed Ad Solem).


(9) Il est très facile pour un curé de paroisse de faire comprendre tout ceci aux gens. Il suffit de leur dire: "Que penseriez-vous d'un match de foot où les joueurs ne suivent pas les règles du jeu et font perdre leur équipe? Vous vous en prendriez à l'arbitre qui ne dit rien, n'est-ce pas? En liturgie, c'est pareil: il y a des règles qui ne dépendent pas des "joueurs". En tant que prêtre, je suis tenu d'observer ces règles." Pour les messes d'enterrement, il est très facile d'expliquer aux gens que l'Eglise sait mieux que la famille du défunt ce qu'il convient de demander à Dieu pour l'âme de celui qui a quitté cette vie terrestre. Montrons donc notre confiance en l'Eglise en suivant ce qu'elle demande de faire pour la liturgie des défunts.


(10) Benoît XVI, Discours au monastère cistercien d'Heiligenkreuz.


(11) Abbé Berto, Le Cénacle et le Jardin, éd. DMM, 2000 (Préface de Dom Le Gall, alors Abbé de Kergonan).


(12) "(...) il est nécessaire que les fidèles accèdent à la liturgie avec les dispositions d'une âme droite, qu'ils harmonisent leur âme avec leur voix, et qu'ils coopèrent à la grâce d'en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain. C'est pourquoi les pasteurs doivent être attentifs à ce que dans l'action liturgique, non seulement on observe les lois d'une célébration valide et licite, mais aussi à ce que les fidèles participent à celle-ci de façon consciente, active et fructueuse. (...) Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu'on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. Elle est, en effet, la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien ; et c'est pourquoi elle doit être recherchée avec ardeur par les pasteurs d'âmes, dans toute l'action pastorale, avec la pédagogie nécessaire." (Cf. Const. Sacrosanctum Concilium)


(13) Cf. Code de Droit canonique, Can. 902: "A moins que l'utilité des fidèles ne requière ou ne conseille autre chose, les prêtres peuvent concélébrer l'Eucharistie, étant respectée la liberté pour chacun de la célébrer individuellement, mais pas quand il y a une concélébration dans la même église ou le même oratoire."


(14) La première des marques de charité, pour un évêque, pour tout prêtre, ne consiste-t-elle pas à ne pas priver les fidèles du trésor liturgique que l'Eglise veut leur donner?


(15) "A côté de ces bienfaits de la réforme liturgique, il faut reconnaître et déplorer certaines déviations, plus ou moins graves, dans son application. On constate parfois des omissions ou des ajouts illicites, des rites inventés hors des normes établies, des attitudes ou des chants qui ne favorisent pas la foi ou le sens du sacré (...). On ne peut tolérer que certains prêtres s'arrogent le droit de composer des prières eucharistiques ou de remplacer les textes de l'Ecriture sainte par des textes profanes. Des initiatives de ce genre, loin d'être liées à la réforme liturgique elle-même, ou aux livres qui en sont issus, lui contreviennent directement, la défigurent et privent le peuple chrétien des richesses authentiques de la liturgie de l'Eglise. Il appartient aux évêques d'extirper ces abus, puisque le gouvernement de la liturgie dépend de l'évêque, dans les limites du droit, et que la vie chrétienne de ses fidèles découle de lui en quelque manière." Cf. Jean-Paul II, Vicesimus quintus annus, n.13.


(16) Dom Wallner o. cis., Conférence donnée à Heiligenkreuz.

Quoi qu’on dise actuellement dans certaines paroisses, l’abandon des mélodies et des textes traditionnels de la messe n’a jamais été dans les intentions des pères du Concile qui décrétaient dans la Constitution sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium (1963), que « le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude » (SC 114). Cette règle qui, en n’étant presque nulle part suivie, a contribué à l'affadissement de la liturgie actuelle que l’on constate dans trop d’églises, a été éclairée en 1969 par le "Consilium" (le Conseil réunissant des évêques et des experts désignés par le pape Paul VI pour mettre en pratique la Constitution sur la Liturgie). A la question de savoir si l’autorisation de chanter des cantiques en langue vernaculaire au cours d’une « messe basse », donnée dans l’instruction « De musica sacra » en septembre 1958, était toujours valide, le "Consilium" a très clairement répondu : « Cette règle [permettant l’usage de chants en langue vernaculaire] est désormais caduque. Ce qui doit être chanté, c’est la messe (son Ordinaire et son Propre), et pas « quelque chose », quelque soit sa qualité, qui se surajouterait à la messe. Parce que le service liturgique est un, il n’a qu’un seul contenu, un seul visage, une seule voix : la voix de l’Eglise. Continuer de remplacer les textes de la messe devant être célébrée par des chants, même pieux et recueillis, au lieu d’utiliser ceux de la messe du jour est la source d’une ambiguïté inacceptable : c’est tromper les gens. Le chant liturgique n’est pas constitué d’une mélodie seule, mais de mots, de textes, de pensées et de sentiments que la poésie et la musique renferment. De tels textes doivent être ceux de la messe et nul autres. « Chanter » signifie chanter la messe et pas seulement chanter pendant la messe. » (Cf Notitiae 5 [1969] p. 406.) (Cf. source de l'article)

 

Dans nos paroisses, on est généralement bien loin de ce qui a été demandé par l’Eglise ! Au point que pour beaucoup de fidèles, il est « normal » de chanter des cantiques à la messe, tandis qu’il est « insolite » d’y chanter au moins l’Ordinaire et - si possible - le Propre. Ne serait-il pas intéressant et courageux de revenir sur cette question du chant au moment où, dans plusieurs diocèses, pour fêter les 50e anniversaire du Concile, des colloques et des conférences sont organisés sur le thème de « la réception de Vatican II » ?

 

Pro Liturgia

hippycatholicismIl y a plus de 40 ans, j'ai accepté le concile Vatican II sans la moindre arrière-pensée. J'avais eu la chance, à cette époque, d'aller à l'abbaye de Solesmes où les moines bénédictin, avec une patience infinie, m'avaient expliqué ce qu'était la liturgie et m'avaient montré que lorsqu'on mettait le missel "de Paul VI" en oeuvre avec foi et intelligence, on n'aboutissait pas à l'anarchie liturgique qu'on voyait alors se mettre en place dans les paroisses sous couvert de la réforme conciliaire. Merci à eux : leur enseignement me permet aujourd'hui de me sentir totalement en phase avec Benoît XVI. Dans ma paroisse, où j'étais alors organiste à la même époque, je devais assister, impuissant, à la mise à sac de la liturgie dominicale qui, jusqu'alors, était demeurée relativement "classique". Je me souviens que notre curé-doyen, personnage imposant qui devait alors avoir une soixantaine d'années et donc avait bénéficié de la formation théologique dispensée au séminaire diocésain bien avant Vatican II, était arrivé un soir, à la répétition de la chorale qui se faisait au presbytère, habillé en civil. Jusqu'ici, nous ne l'avions jamais vu autrement qu'en soutane. Il n'était pas même en clergyman; il portait une cravate. En le voyant ainsi, visiblement heureux de l'effet qu'il allait produire, la respectable demoiselle qui nous dirigeait et qui avait une vénération sans limites pour "Monsieur le Doyen" resta sans voix pendant plusieurs longues secondes... Ce brutal changement de look fut accompagné, la même semaine, de profondes modifications liturgiques. Monsieur le curé me fit savoir, d'un ton autoritaire, que "dimanche prochain, la grand-messe allait être célébrée sur un autel face-au-peuple que le menuisier était en train de mettre en place, et que seul le Credo serait chanté en latin "comme autrefois", puisque l'évéché avait envoyé des nouveaux textes et des nouvelles partitions qu'il faudrait apprendre."


Ce n'était que le commencement de la fin... Bientôt, notre vicaire allait profiter du "bazar" pour lancer l'idée de "messes des jeunes". Grâce à l'orchestre de la M.J.C. (Maison des Jeunes et de la... Culture) toute proche, on allait avoir des "messes rythmées" qui allaient attirer les jeunes. Ces "messes rythmées" étaient alors vivement encouragées par un jeune prêtre de notre diocèse qui commençait à avoir le vent en poupe et se montrer très actif dans l'art de subvertir la liturgie : l'Abbé Michel Wackenheim... L'orchestre de la M.J.C., dont l'air préféré était alors "Monia" (seul "tube" que les 6 ou 7 instrumentistes étaient capables de sortir sans trop de "canards"), fut invité à se produire au cours des messes dominicales et l'on me demanda de limiter les interventions de l'orgue. Ainsi commença - presque dans toutes les paroisses, comme j'allais m'en rendre compte très vite - un marasme liturgique dont les conséquences se font sentir aujourd'hui encore. Et ce qui devait arriver arriva : les membres de la chorale paroissiale démissionnèrent les uns après les autres. Ils ne supportaient pas les célébrations à proprement parler "foireuses" qui avaient détrôné la grand-messe. Dans la nef, l'assistance devint soudain muette : les fidèles étaient incapables de chanter un répertoire qui, pour demeurer attractif, devait se renouveler de dimanche en dimanche. Dans le choeur, notre curé-doyen devenait pitoyable lorsqu'il s'efforçait de vouloir "faire jeune" au son des guitares électriques de la M.J.C.... lesquelles guitares finirent bientôt par se taire au fur et à mesure que les instrumentistes allaient faire leur service militaire. Quant aux jeunes que ces messes étaient censées attirer, ils ne vinrent pas plus nombreux; certains n'étaient d'ailleurs à la messe que pour écouter leurs copains faire de la musique. Quant au vicaire qui avait introduit ces "messes des jeunes"... il se maria. Comme d'autres prêtres de sa génération que j'ai connus. Ite missa est.

 

modernismeQue pouvais-je faire au milieu de tout ça ? Me retrouver seul à l'orgue, le dimanche, avec deux ou trois "braves dames", pour tenter de donner un fond musical à un reliquat de liturgie célébrée devant une assistance clairsemée ? Je me décidait à donner ma démission. Le curé-doyen ne comprit pas. Mais comment, jeune étudiant n'ayant ni la sagesse ni la science de M. le curé, aurais-je pu expliquer que ce qu'on faisait n'était pas ce qu'avait demandé Vatican II et aboutissait à un massacre généralisé de la liturgie qui aurait des conséquences désastreuses ? Pourtant, je sentais déjà, intérieurement, que c'est ce qui allait se produire. J'ai continué pendant des années à aller régulièrement à la messe. J'ai supporté, sans les approuver, des cantiques niais qui n'apportent rien à la liturgie. J'ai accepté de chanter du bout des lèvres, un dimanche sur deux, "Peuple de Dieu, marche joyeux"... Mais aujourd'hui, je ne "marche" plus : je refuse d'avancer plus avant dans ces célébrations qui mènent droit vers une anorexie spirituelle. J'ai accepté de voir s'agiter derrière un micro la "madame" de service chargée d'animer la liturgie. Mais aujourd'hui, je n'accepte plus d'être dirigé par des incompétent(e)s dont les minauderies et les tons de voix patelins m'obligent à penser que ces gens n'ont investi la liturgie que pour pouvoir y développer leurs vertus d'emprunts qui, partout ailleurs, auraient agacé les gens "normalement constitués". Puis, peu à peu, je me suis aperçu qu'à force de devoir faire des efforts pour accepter l'inacceptable, j'était devenu incapable de donner ma pleine confiance à mon évêque et à ses prêtres. Certes, je sais qu'un évêque, qu'un prêtre, est avant tout un homme qui a, comme tous les hommes, ses imperfections et ses faiblesses. Mais tout comme j'attends de mon médecin qu'il soit un homme équilibré sachant donner les preuves de sa compétence dans l'art de soigner - ce qui ne l'empêchera jamais de faire une erreur de diagnostic - j'attends d'un prêtre, lorsqu'il est à l'autel, qu'il sache donner l'image d'un homme équilibré maîtrisant la liturgie qu'il est chargé de mettre en oeuvre. Or, d'une église à l'autre, d'une messe à l'autre, je ne vois - sauf rares exceptions qui, j'espère, se reconnaîtront - que des célébrants qui, par leurs comportements à l'autel et leurs dispositions à foncer vers toutes les nouveautés sans le moindre esprit critique, me poussent à imaginer que pour être prêtre aujourd'hui, il convient de n'avoir qu'une intelligence superficielle doublée d'une spiritualité molle.

 

Comme j'estime qu'il est malsain d'aller à la messe pour passer son temps à critiquer des liturgies bancales et des célébrants déficients, le dimanche venu, je rejoins à présent la cohorte des fidèles qui ne prennent plus le temps d'aller à l'église. A moins d'être assuré de pouvoir participer, dans l'une des paroisses proches, à une messe incontestablement catholique... ce qui est très rarement le cas. Quand j'entends sonner les cloches de l'église paroissiale, je me dis que ma place "normale" serait, à ce moment-là, à la messe. Mais je n'ai plus ni la capacité de faire abstraction des déficiences de la liturgie que célèbre le curé de ma paroisse, ni une dose suffisante d'hypocrisie me permettant de me montrer convaincu quand il s'agit de se donner la main au moment du "Notre Père", de se "serrer la louche" au moment du geste de paix, de chanter "oui la paix, ce sera toi, ce sera moi" à la place de l'Agnus Dei, de lâcher de ballons multicolores pour célébrer la première communion des enfants, d'écouter l'animatrice dire "bonjour à vous tous qui êtes venus, petits et grands, en ce dimanche de joie...". Non, désolé : ça ne passe pas. Ça ne passe plus. Mais alors plus du tout ! Pour pouvoir encore donner toute ma confiance à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique... me voici obligé de fuir les célébrations liturgiques qui se font habituellement dans nos églises et dont les déformations ont souvent largement dépassé les limites de l'acceptable. C'est paradoxal mais c'est comme ça... Jusqu'à ce que notre diocèse reçoive un évêque décidé à garantir aux fidèles la liturgie que l'Eglise entend leur donner.

 

Pro Liturgia

« (...) On parle beaucoup de participation des fidèles à la liturgie. Mais les fidèles participent-ils plus si le prêtre célèbre la messe versus populum ou s’il célèbre tourné vers l’autel ? En effet, il n’est pas dit que cette participation soit plus active si le prêtre célèbre tourné vers le peuple ; il se peut qu’au contraire, le peuple se distraie. De même, s’agit-il d’une vraie participation lorsqu’au moment du baiser de paix, on voit se créer une grande confusion dans l’église, avec des prêtres qui arrivent parfois jusque dans les derniers rangs des fidèles pour les saluer ? S’agit-il de l’actuosa participatio, souhaitée par le Concile Vatican II, ou simplement d’une grande distraction qui n’aide en rien à suivre avec dévotion la suite de la messe au point qu’on en oublie même parfois de dire l’Agnus Dei... (...) Le résultat attendu de la réforme liturgique ne s’est pas manifesté. On se demande si la vie liturgique et la participation des fidèles aux fonctions sacrées sont plus élevées et meilleures aujourd’hui que dans les années cinquante. On a critiqué le fait qu’avant le Concile, les fidèles ne participaient pas vraiment à la messe, mais y assistaient passivement ou en se livrant à des dévotions personnelles. Mais peut-on dire qu’aujourd’hui, les fidèles participent de manière spirituellement plus élevée et plus personnelle ? Est-il vraiment arrivé que les nombreuses personnes qui étaient restées hors de l’Eglise se soient mises à faire la queue pour entrer dans nos églises ? Ou n’est-il pas plutôt arrivé que beaucoup de gens se soient éloignés et que les églises se soient vidées ? Alors, de quelle réforme parlons-nous ? (...) » (Mgr Malcolm RANJITH, ancien Secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin)

mgr-marc-aillet.jpgLa Lettre pastorale "La charité du Christ nous presse" de Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, vient de paraître aux éditions Artège (224 pages - 16 euros) En voici un extrait qui concerne la formation des clercs et la liturgie :
 « La Constitution conciliaire sur la sainte liturgie présentait la formation liturgique comme un des principes fondamentaux de la restauration et de la mise en valeur de la liturgie : « Il n'y a aucun espoir d'obtenir ce résultat, si d'abord les pasteurs eux-mêmes ne sont pas profondément imprégnés de l'esprit et de la force de la liturgie, et ne deviennent pas capables de l'enseigner ». Il s'agissait sans doute de former des professeurs qualifiés et de faire même de la liturgie une des "disciplines principales" des études ecclésiastiques. On insistait toutefois pour que cette formation ne soit pas purement intellectuelle ou théologique, mais qu'elle passe par une expérience authentique de la liturgie de l'Eglise : « Les clercs, dans les séminaires et les maisons religieuses, acquerront une formation liturgique à la vie spirituelle, par une bonne initiation qui leur donne l'intelligence des rites sacrés et les y fasse participer de toute leur âme, tant par la célébration même des saints mystères que par les autres exercices de piété, imprégnés d'esprit liturgique ; également, ils apprendront à observer les lois liturgiques, de telle sorte que la vie des séminaires et des maisons de religieux soit profondément façonnée par l'esprit de la liturgie ». 
En effet, avant d'être un objet d'étude, la liturgie est une vie. C'est le bain par excellence de toute formation à la vie chrétienne : au sens de la foi et au sens de l'Eglise, à la louange et à l'adoration comme à la mission. 
On ne pourra donc pas célébrer la liturgie au rabais : elle sera le vrai centre et sommet de toute la vie du Séminaire qui devra être structurée par elle. De plus, Benoît XVI insiste sur la formation à l'histoire de l'art, comme discipline importante, « avec une référence spéciale aux édifices du culte à la lumière des normes liturgiques ». De même il demande « que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à comprendre et à célébrer la Messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et à utiliser le chant grégorien ».Je souhaite en ce sens que, « toutes choses égales d'ailleurs », on favorise, à commencer par le Séminaire, un renouveau du chant grégorien - salué par la tradition sous le titre de "bible chantée de l'Eglise" - non pas comme le vestige d'une époque révolue mais comme un instrument toujours valable de louange divine, de formation de l'âme chrétienne et du sens ecclésial. Cela est tout à fait compatible avec le répertoire de chant religieux populaire en langue vernaculaire - français, basque ou béarnais - et plus évolutif, à condition que celui-ci respecte les critères relatifs au chant sacré. Dans la lettre qu'il adressait récemment aux séminaristes, le pape Benoît XVI donnait des indications fort intéressantes pour leur formation liturgique : « Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l'Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles - passé, présent et avenir - qui s'unissent en un unique grand choeur de prière. Comme je puis l'affirmer à propos de mon propre chemin, c'est une chose enthousiasmante que d'apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant ! ».

 

Autrement dit, la liturgie est un organisme vivant, dont la croissance est homogène et sans rupture : aussi, pour comprendre de l'intérieur sa structure intime, on aura profit à en expérimenter les étapes de croissance. S'il est évident que la forme ordinaire du Missel Romain, tel qu'il a été promulgué par le pape Paul VI en 1969 et réédité par le pape Jean-Paul II en 2002, devra être l'expression propre de la liturgie au Séminaire, rien n'interdit de donner aux séminaristes la possibilité de faire l'expérience de la forme extraordinaire, précisément dans l'esprit d'une formation attentive au développement de la liturgie. En effet, comme Benoît XVI l'affirme avec force, selon une herméneutique de la continuité qui lui est chère : « Il n'y a pas de contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum ». On comprend alors pourquoi le motu proprio Summorum Pontificum, sur la liturgie romaine antérieure à 1970, n'est pas seulement une disposition canonique pour permettre aux fidèles qui y sont légitimement attachés de pratiquer l'ancien missel, mais une invitation faite à tous à approfondir le sens et l'esprit de la liturgie. D'ailleurs le Saint-Père affirme que « les deux formes d'usage du Rite romain peuvent s'enrichir réciproquement ». Et en particulier, il montre que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du Rite romain ». Et d'ajouter que la conformité rigoureuse avec les prescriptions liturgiques est le meilleur moyen « d'unir les communautés paroissiales » et de rendre visible « la richesse spirituelle et la profondeur théologique » du nouveau Missel. 
Pas de doute que la formation liturgique des futurs prêtres comme des fidèles laïcs passe, et par une connaissance exacte des normes liturgiques, replacées dans le contexte de l'histoire de la liturgie romaine, et, selon l'adage lex orandi, lex credendi, par une connaissance approfondie de la théologie de l'Eucharistie, qui n'en diminue aucun aspect fondamental ».

 

 


 

 

Si le chant grégorien a souvent été abandonné tout de suite après Vatican II, c'est parce qu'il ne suscitait pas toujours un grand enthousiasme chez les fidèles qui le chantaient ou l'écoutaient. De fait, les pièces grégoriennes étaient souvent exécutées avec beaucoup d'application mais sans vie, sans élan. Il faut bien avouer que rares étaient les paroisses dotées de scholae capables de chanter d'une façon qui ne soit pas "poussive".Qu'est-ce qui a pu rendre ce chant ennuyeux, peu apte à susciter l'enthousiasme des fidèles ? Très souvent, c'était la direction du maître de choeur. A des directions alambiquées correspondait un chant grégorien pesant et laborieux. Or le grégorien ne doit jamais être un chant lourd, exécuté avec une affectation telle qu'il devient assommant tant à interpréter qu'à écouter. Correctement chanté, le grégorien est toujours fluide, limpide. C'est ce qui le rend vivant, "intéressant", captivant. Le plaisir qu'éprouvent ceux qui le chantent doit savoir se communiquer à ceux qui l'écoutent. Comment faut-il le diriger pour le rendre attrayant ?

 

 

 

 

La première chose à ne surtout pas faire quand on le dirige (mais que font malheureusement beaucoup de maîtres de choeurs), ce sont des "moulinets" avec la main. Faire des mouvements ronds conduit 1) à chanter des syllabes à la place des mots et des phrases et 2) à briser tous les élans mélodiques, c'est-à-dire à interdire au chant de "décoller". La deuxième chose à faire est de veiller à ce que les choristes chantent des mots complets, des phrases complètes... et non uniquement des notes mises les unes à la suite des autres et "qui tombent comme des crottes de biques", disait un moine bénédictin avec humour. Il ne faut jamais oublier que le chant grégorien a été composé, retenu, transmis sans le support des notes. Les notes ne sont donc utiles que dans la mesure où elles nous permettent de déchiffrer une mélodie. Après ça, il faut les oublier et ne plus penser qu'au texte. Une petite histoire illustrera mon propos : il y a quelques temps, je dirigeais un groupe de fidèles. Il s'agissait d'apprendre les pièces du propre de la Toussaint. Parmi les personnes présentes, toutes avaient une admirable bonne volonté, mais peu étaient à l'aise dans l'exécution du grégorien... Nous avons "décortiqué" l'introït Gaudeamus, puis nous avons essayé de le chanter une fois, deux fois, trois fois... A chaque fois le résultat n'était pas terrible. J'ai alors dit aux choristes : « Oubliez votre partition : tenez-la à l'envers, chantez ce qui vous passe par la tête, n'importe quoi... Mais regardez bien les gestes que je fais ». Il s'agissait de détendre un peu l'atmosphère. Mais du coup, les gens ont été moins crispés sur les notes, ont fait davantage attention à la direction... Si bien qu'à la fin, quelqu'un a dit : « C'est vrai que finalement, c'est plus facile comme ça ! ». A la messe de la Toussaint, le lendemain, les pièces grégoriennes furent très bien chantées, avec naturel, pour le bonheur de tous : chantres, assistance... et célébrant. La troisième chose à éviter est le maniérisme. Le grégorien se chante de façon naturelle, bouche ouverte (sans mettre les lèvres en cul-de-poule), mâchoire inférieure souple... et non d'une façon affectée donnant l'impression que chaque son à produire est une épreuve à surmonter. Les sons doivent être clairs et les voyelles nasales (on, an, en) doivent être impérativement éliminées dès la première répétition d'une pièce : on prononce anne-gelorum et non pas angelorum comme dans le français "ange". Les liaisons doivent être supprimées : elles n'existent pas en latin ! On chante agnuss' Dei et non (comme on l'entend généralement dans la Messe XVII pour l'Avent et le Carême) Aaaaa - gnusde-i... ( "Gnusdé" ne signifie rien.) De même, dans le Credo, on chantePatrem' omnipotentem... et non Patre momnipotentem...

 

Enfin, une quatrième chose à éviter est cette sorte d'affection qui touche certains maîtres de chœurs : la "neumaticulite aiguë". La connaissance des neumes est incontestablement utile pour le dirigeant qui souhaite comprendre et respecter le phrasé et articulations mélodiques d'une pièce; mais elle n'est d'aucune véritable utilité pour le choriste. Le grégorien n'est pas l'objet d'études musicologiques : il est au service de la liturgie. Ses racines sont donc dans la prière et non dans les neumes. Les neumes ne sont donc intéressants que dans la mesure où ils ne sont pas pris pour eux-mêmes mais pour entrer au service d'une exécution priante et vivante du répertoire grégorien. Puissent ces quelques conseils permettre aux paroisses de renouer avec la tradition grégorienne, comme le demande si souvent Benoît XVI.

 

Pro Liturgia

 

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« La messe dignement célébrée selon le missel de Paul VI serait déjà un grand progrès,

si les curieuses interprétations en partie aventureuses de la Sainte Messe pouvaient disparaître.

On ôterait le fondement de l'argumentation de bien des traditionalistes par ce moyen.

Dans le quotidien on est tellement suspendu à tant d'arbitraire liturgique qu'on doit souvent

courir chez les traditionalistes par pur désespoir. Aussi ça m'est arrivé par exemple à New York

ou à Paris, mais également à Munich où j'ai déjà vécu des choses « les plus dingues »

dans la Sainte Messe. » (Princesse de Thurn und Taxis, kathnews.de, septembre 2009).

 

 

On comprend parfaitement ;-(

Ne nous y trompons pas : en France, il faudra au minimum encore un siècle pour relever la liturgie des ruines dans lesquelles l’ont fait tomber les évêques de l’immédiat après-concile. Car mener à bien la « réforme de la réforme » de la liturgie telle que la conçoit Benoît XVI, c’est-à-dire pour redresser ce qui a été déformé et tordu par la « pastorale liturgique » mise en place dans nos diocèses, il faudra :

 

 

 

- changer totalement la mentalité du clergé et des fidèles laïcs ;

- démettre de leurs fonctions les membres des équipes liturgiques avant de supprimer les équipes elles-mêmes ;

- trouver des clercs qui sachent s'habiller et marcher correctement et non se dandiner dans des sacs en tergal ;

- liquider 90% des cantiques qu’on entend dans les églises et redonner la première place au chant grégorien ;

- dégager les chœurs des églises de tout ce qui ne doit pas s’y trouver, à commencer par les autels « face-au-peuple » qui ressemblent à des tables, à des podiums, à des caisses, à des machins ;

- faire appel à des organistes et à des maîtres de chœurs compétents et soucieux de servir la liturgie comme l’Eglise demande qu’elle soit servie ;

- avoir des prêtres ayant bénéficié d’une solide formation liturgique et décidés à ne suivre que le Missel romain ;

- pouvoir compter sur des évêques experts en liturgie et prêts à mettre fidèlement en œuvre les enseignements magistériels.

 

 

Rien de tout ceci n’est envisagé par les évêques de France. C’est dire qu’il ne faut pas espérer voir la lumière du bout du tunnel avant très longtemps.

 

Pro Liturgia

« Les raisons qui mènent à la désobéissance aux normes de la liturgie sont multiples. Parmi elles, retenons une méconnaissance de l’histoire et de la signification théologique du rite, l’obsession de la nouveauté, la défiance dans la capacité de parler à l’homme par l’intermédiaire de signes et surtout le manque de confiance dans l’efficacité du sacrement qui reçoit de Dieu le pouvoir de faire ce qu’il signifie. Nombre d’observateurs considèrent que les abus trouvent leur source dans les imperfections du missel romain lui-même, amplifiées par la position du prêtre qui est tourné vers le peuple du début à la fin de la messe, par les traductions déficientes des textes liturgiques et la conviction que l’usage de la langue courante suffit à rendre la messe plus facilement compréhensible. La transgression, l’inobservance et les fréquents changements des normes liturgiques se succèdent en raison de la méconnaissance et des caprices personnels dans l’interprétation des normes liturgiques. Ces violations sont justifiées par des « raisons pastorales », un terme passe-partout qui recouvre tous les abus et désarçonne les fidèles. Il n’est, bien souvent, plus question de savoir ce que sont les rubriques mais comment elles devraient être interprétées. Des mouvements et des groupes introduisent de nouvelles pratiques afin de « rénover » la liturgie. Bien souvent, celles-ci se limitent aux divertissements et au spectacle et empêchent le recueillement dans l’écoute du mystère et l’action de grâce. Un certain nombre d’évêques considèrent que le comportement des dicastères du Saint-Siège est ambigu puisqu’il affirme d’un côté des normes universelles mais permet de l’autre à un certain nombre de mouvements de célébrer d’une manière différente. Les fidèles regrettent les très larges différences qui peuvent exister dans un même diocèse entre une église et une autre. Ils se demandent si le rite romain, avec ses caractéristiques propres, existe encore. (...) La crise de l’après-Concile a tellement enraciné les abus, qu’un certain nombre en est venu à croire qu’ils font partie de la réforme voulue par le Concile. (...) Les plaies qui affectent la liturgie semblent toujours plus graves : inflation incontrôlées des commentaires qui deviennent des micro-homélies ; réduction à la portion congrue de la liturgie eucharistique ; diffusion du personnalisme liturgique et manipulation des rites par les célébrants ; substitution des rites et des textes liturgiques, en particulier des lectures bibliques, afin de « personnaliser » la liturgie et de la rendre plus « signifiante » ; ministres extraordinaires de la communion qui deviennent ordinaires et remplacent le célébrant dans à peu près toutes ses fonctions ; communion en self-service des laïcs ; prédications qui posent des choix politiques au point de déconcerter les fidèles ; récitation partielle ou même totale de la prières eucharistique par les fidèles ; missionnaires européens qui, au nom de l’inculturation, imposent des usages européens dans les pays de mission ou au contraire des usages missionnaires en Europe ; usage arbitraire des vêtements liturgiques : chasuble sans étole, étole sans chasuble, étole sur la chasuble, étole sous la chasuble, étole sur et sous la chasuble, célébration sans chasuble et sans étole, etc. Les évêques ne devraient pas tolérer de tels abus. (...) » 

 

Cf. Mgr Nicola Bux, La foi au risque des liturgies, éd. Artège, 2011

Mgr Bux est Consulteur de la Congrégation pour le Culte divin,

Professeur de liturgie à l’Institut de théologie de Bari, Consulteur

au Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife

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