http://img.over-blog.com/300x304/0/21/41/34/liturgie/modernisme.jpgJuin 2012 : le nombre dramatiquement bas des ordinations sacerdotales en France ne serait-il pas le révélateur de cette crise dont il est question dans ces lignes et qu’on a longtemps cherché à minimiser tellement elle marque l’échec des pastorales mises en œuvre par des « clérocrates » se réclamant d’un Concile dont ils ont volontairement gauchi les enseignements ? Pour tâcher de répondre à cette question, il faut voir ce qui s’est passé d’une façon générale dans les séminaires, dans les paroisses et dans les diocèses. La « Ratio fondamentalis » publiée en 1985 fixait les modalités de la formation spirituelle, théologique et humaine que devaient avoir les futurs prêtres dans les séminaires diocésains. En France, ce document restera lettre morte. Assez rapidement, la direction des « grands séminaires » diocésains passe entre les mains de prêtres plus ou moins ouvertement « anti-romains » qui partent du principe selon lequel Vatican II ne pourra porter des fruits que si l’on apprend à en dégager l’ « esprit », c’est-à-dire si l’on sait « relire » les textes conciliaires pour les « réinterpréter » - c’est le terme alors à la mode - à la lumière de principes théologiques faisant la part belle à tout ce qui a le goût du neuf, de l’original, du moderne, d’opposé à une foi catholique que l’on pourrait qualifier de traditionnelle et populaire. Autrement dit, les séminaires diocésains de France deviennent tous, sans aucune exception, des laboratoires où s’expérimentent de nouvelles pastorales que les séminaristes, une fois ordonnés prêtres, devront introduire dans les paroisses où leur évêque les aura nommés. Sous la houlette des supérieurs de séminaires nommés par les évêques diocésains, les candidats au sacerdoce sont alors invités à se constituer en « équipes » qui deviendront rapidement de véritables « soviets » chargés d’éliminer le séminariste qui, par fidélité à la foi de l’Eglise et par obéissance au Souverain Pontife, refuse de cautionner des thèses théologiques hasardeuses et de se lancer dans toutes sortes d’innovations que Vatican II n’a jamais voulues. Car dans tous les séminaires de France, il devient vite obligatoire - ou plus exactement « normal » - de remettre en cause l’autorité du Pape et, ceci fait, de discuter tout ce qui vient de Rome ou de l’un des rares évêques de France osant rappeler la nécessité d’être unis autour du Successeur de Pierre. Bien entendu, dans un tel contexte, il devient aussi obligatoire de « réinventer » la liturgie, c’est-à-dire de refuser de mettre fidèlement en œuvre le Missel romain restauré à la suite du Concile : au cours des messes transformées en chantier liturgique permanent, les séminaristes doivent se tenir autour de l’autel avec les concélébrants pour, éventuellement, dire avec eux des « prières eucharistiques » qui auront été composées par l’une des équipes dont il a été question plus haut. Dans le même temps, il est « fortement conseillé » de railler des pratiques telles que les processions, le chapelet, l’agenouillement… et surtout l’adoration du Saint-Sacrement. Quant au latin et au chant grégorien que Vatican II a voulu conserver dans la liturgie, il ne doit absolument plus en être question. 

 

 

http://a401.idata.over-blog.com/500x410/0/21/41/34/2011/messe-cuisine.pngLe séminariste qui ne se prête pas à ce jeu de critique systématique du Magistère et de ses enseignements ou qui se montre réticent face aux excentricités liturgiques et aux aberrations théologiques est progressivement marginalisé. Il est ensuite accusé de ne pas « s’intégrer » aux équipes de séminaristes, puis soupçonné d’être une sorte de dangereux « crypto-traditionaliste » opposé à l’ « esprit du Concile » dont se nourrit la communauté chargée de former le « prêtre de demain » : enfin, il est très vivement « invité » à prendre quelques années sabbatiques durant lesquelles les Directeurs du séminaire s’emploieront à lui faire comprendre, avec toute la charité chrétienne dont ils sont capables, que son retour au séminaire n’est pas souhaité. Bien que le témoignage rapporté ci-dessous concerne un diocèse précis, il reflète parfaitement ce qui s’est passé dans l'ensemble des séminaires diocésains et interdiocésains de France : « (...) Monseigneur et ses vicaires généraux étaient vigilants vis-à-vis des « déviants » que nous étions, je n’avais aucun doute à me faire à ce sujet. Pas un clerc n'aurait pu faire illusion plus que quelques mois, même en s'y entendant à jargonner comme les prêtres à la mode. J’ai connu personnellement plusieurs séminaristes qui ont échoué alors qu’ils parlaient pourtant le « clergé français » sans accent. Ils savaient sans rire « réarticuler leur foi au niveau de leur vécu et se laisser « réinterpeller » par le questionnement existentiel d’une pastorale d'ensemble qui fait problème. Rien n’y fit. Soumis quotidiennement à la surveillance omniprésente et au lavage de cerveau d’une équipe de « révision de vie », ils ne purent tenir plus de quelques mois ou de quelques années, pour les plus coriaces, et furent éjectés par le système. Dans un régime de délation généralisée - on ne pouvait être ordonné ou même passer en année supérieure sans l’avis favorable de l’équipe -, celui qui faisait preuve de la moindre faiblesse, de la moindre réticence à hurler avec les loups ou à dévoiler chaque coin de son âme, était immanquablement suspecté quand bien même il eût tenu le coup du point de vue nerveux. Au bout de quelques « partages d’Evangile », on était en général catalogué et mis à l’index. Le moins rapide à s’ « apitoyer » sur la tiédeur progressiste des autres risquant d’être la victime de l’ « équipe », il régnait dans les séminaires un climat de surenchère tel que rien ne pouvait échapper aux autorités. L’évêque ou les responsables des vocations n’avaient même pas à intervenir. Les sulpiciens ou les carmes qui dirigeaient les séminaires détectaient sans coup férir les mal-pensants. Ceux-ci étaient convoqués chez le supérieur en fin d'année et on leur expliquait le plus sérieusement du monde qu’ils n’étaient pas épanouis, qu’ils n'avaient pas l’esprit d’équipe, qu’ils n’avaient pas une foi adulte... et que, pour leur bien, on leur conseillait de partir. Et même si l’évêque les avait en estime, il était inutile d’aller le voir. Celui-ci, terrorisé par les commissions ou les bureaux, « ne pouvait rien faire ». Il n’aurait pas osé s’opposer aux décisions du supérieur d’un séminaire régional. A supposer même qu'un jeune ait été assez fort pour résister au lavage de cerveau et donner le change au séminaire, il se trouvait rapidement confronté dans son diocèse à de tels cas de conscience qu’il lui fallait soit perdre son âme en participant à l’inacceptable, soit se mettre de lui-même hors jeu en exprimant un refus. Il faut savoir en effet que pendant les vacances scolaires et au cours d’une succession interminable de stages venant repousser à l’infini la fin de leurs études, les séminaristes se voyaient intégrés pour la pastorale dans des équipes de prêtres et de laïcs particulièrement « choisies ». Et là, que faire si le curé les invitait à participer à une Eucharistie qu’il disait en civil avec un bout de pain et un gobelet de rouge sur la table de cuisine, si un vicaire les envoyait après la messe remettre dans la boîte avec les autres ce qui restait d’hostie consacrées, s’ils devaient participer à une réunion où on expliquait aux jeunes que les « expériences » sexuelles étaient tout à fait normales, ou s’ils entendaient enseigner aux enfants du catéchisme que « Jésus était un homme comme les autres » ? Ou bien ils acceptaient une fois, et au nom de quoi auraient-ils alors refusé ou protesté plus tard, ou bien ils s'opposaient et c’en était fait de leur accession au sacerdoce. Ils étaient renvoyés pour cause d’inadaptation à la « pastorale du diocèse ». On connut même le cas, dans le diocèse de M., d’un jeune que l’évêque, Mgr Louis K., successeur de Mgr M., avait admis au diaconat, et qu’il refusa ensuite d’ordonner prêtre, le laissant dans une situation impossible au mépris du droit canonique. Ce diacre, qui avait le tort rédhibitoire de porter le clergyman, ne se laissa pas faire. Il engagea un procès à Rome contre son évêque, procès qu’il aurait gagné à coup sûr, car on ne peut refuser l'ordination sacerdotale à quelqu'un qui a accédé au diaconat en vue du sacerdoce, sauf pour des raisons graves touchant à la foi ou aux mœurs. Malheureusement, Mgr K. ne fut jamais condamné : le diacre, entre-temps, était ordonné prêtre dans le sud de la France par un évêque intelligent, et il retira sa plainte... Quelqu’un d'extérieur à la question imaginera peut-être qu'il suffisait à ces jeunes d'adopter un profil bas, d'avaler des couleuvres, de se taire et de feindre jusqu’à leur ordination. Après tout, n'était-ce pas être profondément fidèle au Saint-Père et à l’Eglise que de durer pour devenir prêtre malgré l’orage afin que Rome trouve plus tard dans les diocèses des hommes sur qui compter pour redresser peu à peu la situation, au fil des nouvelles nominations d’évêques ? En réalité, la chose était pratiquement impossible, et je ne connais que très peu de jeunes qui se soient crus autorisés en conscience à user d’un tel subterfuge et qui aient pu le mener à terme. Résister jour après jour au bourrage de crâne et à l’inquisition permanente d’une équipe de « révision de vie » pour laquelle vous taire suffit à vous rendre suspect représente déjà, aux dires de ceux qui en ont fait l’expérience, une performance psychologique peu commune. Certains jeunes, j’en connais, qui après avoir traîné de longues années dans les séminaires de l’époque ont finalement été écartés, y ont laissé leur santé mentale. Mais, plus important encore, une telle attitude fut jugée par beaucoup inacceptable sur le plan moral. On ne peut collaborer à ce qui est vraiment mal, même en vue d’un bien futur. De plus, il faut savoir que pour un séminariste appelé aux ordres, comme pour un prêtre, l’union vraie avec l’évêque est quelque chose de spirituellement très important. Bien peu de jeunes ont pu considérer qu'une sorte de duplicité provisoire était envisageable en ce domaine afin d’être appelés au sacerdoce. Et en admettant même qu’un évêque, plus ou moins dupe ou capable de davantage d’indépendance et de largeur d’esprit, ait appelé ces jeunes aux ordres (...), leur épreuve n’aurait pas pris fin pour autant. Le courage des évêques allait rarement jusqu’à soutenir ces nouveaux prêtres différents ou à les protéger des confrères et du conseil épiscopal. Or, vis-à-vis de ces jeunes prêtres en clergyman, très motivés, et décidés en tout à obéir scrupuleusement à Rome, la hargne des aînés, en civil, plus vagues dans leur enseignement et plus « horizontaux » dans leur action pastorale, est souvent très réelle. Elle prend quelquefois un tour difficilement imaginable pour un laïc, de la part de gens pour lesquels la tolérance est le grand enseignement du Concile. (...) » (1)

 

 

http://idata.over-blog.com/0/21/41/34/2011/annee70.gifAprès exclusion systématique des candidats au sacerdoce considérés comme trop « classiques », comme trop « traditionnels » (2) - c’est-à-dire, en réalité, respectueux des enseignements de l’Eglise et demandant que le Concile soit fidèlement mis en œuvre - ne restent plus dans les séminaires de France que des futurs prêtres gagnés aux idées les plus « progressistes ». C’est sur eux que l’on pourra compter plus tard pour généraliser des pastorales du relativisme ou même de la désobéissance (3) : ils n’auront guère appris que cela. Ce seront ces séminaristes-là, sans véritable formation, qui seront ordonnés puis qui, quelques 20 années plus tard, seront nommés curés d’importantes paroisses, vicaires épiscopaux, ou seront même proposés à l’épiscopat. Ainsi, le système mis en place se verrouille et s’auto-entretient, laissant facilement deviner que la crise sera d’autant plus longue et difficile à surmonter qu’elle se greffe désormais sur l’indifférence ou l’ignorance de très nombreux fidèles laïcs. Dans les paroisses, des jeunes vicaires s’emploient à mettre en œuvre le programme pastoral élaboré dans les grands séminaires. Soit que ces nouveaux prêtres sont eux-mêmes convaincus du bien-fondé des changements envisagés, soit qu’ils subissent des pressions telles qu’il ne leur est plus possible de remonter un courant qui semble tout emporter sur son passage. De fait, les rares prêtres qui célèbrent la liturgie comme l’a vraiment voulu le Concile, qui continuent à organiser des processions, des Vêpres et des Saluts du Saint-Sacrement, qui maintiennent la pratique de la confession individuelle… sont rapidement considérés comme des « trublions » dont les avis ne méritent pas d’être pris en compte. De plus, il arrive que ces prêtres soient ouvertement critiqués par leurs propres paroissiens qui trouvent anachroniques le maintien de certaines pratiques abandonnées partout ailleurs ; ces paroissiens manifestent leurs nettes préférences pour les « nouvelles façons de vivre un christianisme ouvert » et pour les « célébrations vivantes » que présentent les tenants d’une libre réinterprétation du Concile. Celui qui n’a pas connu les années de l’immédiat après-concile ne peut plus imaginer ce qui s’est alors passé dans les églises paroissiales et ce qu’ont vécu douloureusement les fidèles de cette période pour le moins agitée.

 

 

guitarPartout, en l’espace de seulement quelques semaines, la liturgie subit des bouleversements que personne n’osait imaginer avant le Concile ; partout elle est bouleversée sur la base de principes et de directives dont on ne trouve aucune trace dans la Constitution « Sacrosanctum Concilium » : le latin et le chant grégorien, que l’Eglise demandait de conserver dans la liturgie romaine, sont les premiers à faire les frais des changements. L’usage du chant grégorien est d’abord critiqué, puis drastiquement limité, et enfin carrément interdit afin d’être oublié le plus rapidement possible. Au point qu’aujourd’hui, dans la majorité des paroisses, les fidèles ne sont plus même capables de chanter un simple « Credo ». Dans le même temps, on semble découvrir que le latin est une « langue que l’on ne comprend pas » et qui empêche la « participation active » des fidèles à la liturgie. Curieusement, quelques années auparavant, son usage ne semblait troubler que très peu de pratiquants. Conjointement, les maîtres-autels sur lesquels, de mémoire de paroissiens, la messe avait toujours été célébrée, sont abandonnés - parfois même démolis à coups de pioches sur ordres de certains curés - pour être partout remplacés par des autels « face-au-peuple » qui sont généralement de simples tables placées en avant des chœurs pour être bien visibles des assemblées. Ces deux premières nouveautés touchant à la langue cultuelle et à l’orientation des célébrations imposent immédiatement une apparence inédite aux messes paroissiales et font croire aux prêtres qu’ils auront désormais à jouer un nouveau rôle. Ils devront être tour à tour « commentateurs », « animateurs », « entraîneurs d’assemblées », « compositeurs-interprètes », « showmasters » (4) au sein de célébrations devant conduire à l’oubli de tout ce qui se faisait et était signifié jusqu’ici par la liturgie de l’Eglise. Ainsi les changements qui affectent les formes rituelles entraînent-ils des modifications du fond. Et c’est précisément ce que souhaitent bien des prêtres de la nouvelle génération « formés » dans les séminaires dont il a été question plus haut. Mais ces premiers changements qui affectent la liturgie ne s’arrêtent pas là. Presque partout ils sont accompagnés d’un véritable rejet de tous les éléments qui permettaient de sacraliser et de solenniser les célébrations. Pêle-mêle, les calices et les ciboires sont remplacés par des coupelles en terre cuite ou des paniers en osier et sont vendus à des antiquaires avec les porte-cierges et les ostensoirs devenus inutiles ; les chasubles sont remisées au fond des placards d’où elles ne sortiront plus que très rarement puisque la nouvelle tenue du célébrant français est désormais l’aube flottante en tergal (dont on se demande encore comment il peut se faire que des prêtres acceptent de la porter tellement elle est d’un mauvais goût accompli qui confère une silhouette proprement grotesque) ; les groupes d’enfants de chœur sont peu à peu supprimés tout comme sont dissoutes les chorales dont le rôle est jugé inutile puisque ce sont maintenant les assemblées qui, au nom de la « participation active » doivent chanter sous la direction d’animateurs liturgiques qui semblent choisis plus pour leurs aptitudes à entrer dans le jeu de tel célébrant s’employant à ignorer les normes liturgiques que pour leurs aptitudes à aider au bon déroulement des célébrations ; tout ce qui permet de s’agenouiller au cours d’une messe, comme le demande le Missel restauré, est supprimé ; l’orgue à tuyaux est concurrencé par un « orgue » électronique permettant l’accompagnement de refrains ou de cantiques composés en toute hâte pour détrôner définitivement les pièces grégoriennes du « propre » et du « commun »… etc.

 

 

Partout se mettent en place de nouvelles façons de célébrer la liturgie. Elles ont toutes en commun d’être plus ou moins tributaires des marottes de prêtres poussés, grâce aux autels « face au peuple », à se comporter comme des « animateurs » de communautés au sein desquelles les sentiments de tel groupe de fidèles l’emportent sur le sens profond de la liturgie. Il arrive même assez souvent que ces nouvelles façons de (mal)traiter la liturgie deviennent l’occasion d’exacerber le narcissisme de certains célébrants, généralement ceux de la génération qui a été privée de véritable formation liturgique : on aboutit alors à cette instrumentalisation systématique de la liturgie dénoncée par le Bx Jean-Paul II dans sa Lettre « Vicesimus quintus annus » pour le 25e anniversaire de la Constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium ». Toutes ces façons de célébrer font perdre à la liturgie son harmonie et son unité : au lieu d’être l’action sacrée par excellence qui possède sa logique interne et son harmonie, elle devient le résultat d’un empilement plus ou moins composite de pratiques calquées sur le schéma du rite originel mais qui ne sont plus véritablement le rite lui-même. La célébration apparaît alors comme fractionnée en éléments plus ou moins disparates, comme composée d’instants sans cohérence capable d’induire une foi réfléchie et, chose absolument insolite, une liturgie mise en œuvre dans le strict respect de ce que demande l’Eglise passera pour « curieuse » ou insolite aux yeux des fidèles désormais habitués à des célébrations aléatoires. Car tel est bien le problème : à force de multiplier des liturgies dysharmonieuses et de permettre que toute célébration puisse être systématiquement agencée selon les goûts des célébrants et des assemblées, une messe dignement et fidèlement célébrée passe aujourd’hui pour une curiosité tandis qu’une messe soumise aux fantaisies d’un célébrant désinvolte passera pour « normale » puisque c’est désormais comme ça qu’est traitée dans la majorité des paroisses de France la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. (5) Plus insolite encore : de nombreux prêtres trouvent offensant ou incongru que des fidèles viennent leur demander de célébrer la liturgie en respectant le Missel romain actuel, tellement ils sont convaincus qu’ils respectent cette liturgie et qu’ils sont dans la droite ligne du Concile. Et si un groupe de fidèles demande que pour telle occasion, une messe soit célébrée qui soit respectueuse des normes données par l’Eglise, il lui faudra d’abord trouver un prêtre qui sache célébrer correctement, et ensuite obtenir du curé de la paroisse une autorisation pour qu’une telle messe puisse se faire : l’obtention d’une liturgie simplement « normale » s’apparente donc à un parcours du combattant alors qu’on ne fera aucune difficulté pour un prêtre qui accommode la liturgie à sa façon. Aujourd’hui, donc, la liturgie voulue par Vatican II semble sans arrêt osciller entre une indigence érigée sinon en norme du moins en habitude, et un « kitsch prétentieux » réservé à quelques fêtes paroissiales ou diocésaines ; quant à la mise en œuvre correcte de la liturgie, elle ne se trouve donc plus que très rarement, le mauvais goût semblant être la chose la mieux partagée au sein d’un certain clergé. 

 


betterinlatinLe fait que les fidèles ne soient plus choqués par tant de célébrations approximatives et miséreuses prouve bien qu’ils se sont habitués à ce que le soin porté à la liturgie ne soit plus une priorité, ne soit plus une nécessité ; par exemple, ils ne seront pas heurtés de voir qu’au cours d’une messe de la Fête-Dieu, le célébrant utilise un magnifique ostensoir mais mette les hosties destinées à la communion dans des corbeilles en osier, ou de voir que c’est une simple caisse couverte de tissu qui, utilisée comme autel, symbolise le Christ et est encensée, ou encore que tel évêque puisse se présenter habillé de façon proprement hétéroclite avec une magnifique chape dorée ancienne, une mitre ultra-moderne, une étole quelconque et une grotesque « aube-sac » en tergal portée sans cordon… Pourtant, n’est-ce pas l’accumulation de tant de ces maladresses et fautes de goût qui, ajoutée à la liberté prise par des célébrants peu formés, rend les célébrations si peu fascinantes que beaucoup croient à présent qu’en y ajoutant des gadgets qui n’ont rien à voir avec la liturgie (rondes d’enfants autour de l’autel, agitations de banderoles, animation liturgique, commentaires et explications, chants « qui plaisent »…), elles pourront demeurer attractives ? Les fidèles qui pensent que l’analyse de la situation faite ici est exagérée ou ne correspond pas à la réalité sont vivement invités à lire en détail la « Présentation générale du Missel romain » puis à comparer ce qui y est dit avec les messes qu’ils voient dans leurs paroisses ou même à la télévision et aussi avec les photos de messes trouvées sur les sites internet des paroisses : ils ne pourront que constater qu’un fossé profond sépare les pratiques actuelles de ce que l’Eglise a clairement établi en matière de culte divin.

 

 

Pour clore ces lignes, il reste à voir ce qui se passe dans les diocèses de France. Il apparait que dans chaque diocèse existent des commissions de liturgie ; leur création avait été envisagée par le Concile. Mais celles-ci sont à présent dirigées par des prêtres qui, appartenant à cette génération privée de formation solide, se sont souvent employés à encourager les expériences liturgiques illicites par le biais de publications largement diffusées dans les paroisses grâce aux appuis de maisons d’éditions qui avaient compris rapidement que l’intérêt porté aux questions liturgiques pouvait être lucratif. Ainsi ont été très largement diffusés dans toutes les paroisses des « fiches d’animation liturgique » et des « recueils de chants nouveaux » qui ont rapidement supplanté le Missel romain au point de devenir les seuls objets d’étude au cours de stages organisés pour les « animateurs liturgiques ». Ces derniers devenant alors les relais des prêtres gagnés à l’ecclésiologie nouvelle. Les rouages du « magistère parallèle » sont donc bien huilés ; au point que certains prêtres de la nouvelle génération qui aimeraient pouvoir célébrer la liturgie de l’Eglise en toute liberté n’hésitent plus à parler de « soviets » qui, au sein des diocèses, entravent toute velléité d’obéissance au Magistère et de réelle fidélité aux enseignements conciliaires. Cette situation n’est-elle pas sans porter un nouveau préjudice aux vocations sacerdotales ? Quel jeune, en effet, accepterait d’être prêtre en sachant qu’il devra exercer son ministère et vivre la liturgie eucharistique en étant contraint de sans cesse louvoyer entre les directives diocésaines les plus discutables et les instructions romaines les plus dignes d’être reçues dans un esprit de confiance ?

 

NOTES.
(1) Patrick CHALMEL, Ecône ou Rome ; le choix de Pierre. Ed. Fayard, Paris, 1990.
(2) Jean-Pierre DICKES, La Blessure, Ed. Clovis, Etampes, 1998 ; Cercle Jean XXIII de Nantes, Liturgie et lutte des classes, Ed. de l’Harmattan, Paris.
(3) « Depuis quelque temps, Nous avons donc eu bien des occasions d’évaluer la vitalité du catholicisme français. (...) Nous sommes très conscient, comme vous-mêmes, de réalités préoccupantes, par exemple : le problème des vocations et de la formation au sacerdoce, ici ou là des « liturgies inadmissibles », une apathie spirituelle de prêtres, de religieux et religieuses, une évolution surprenante de tel ou tel mouvement d’action catholique, l’admission, chez des personnalités ou des organismes officiellement catholiques, d’hypothèses ou de pratiques manifestement contraires à la foi ou à l’éthique chrétienne, et Nous avons le courage d’ajouter : un certain « complexe antiromain », selon le titre d’un ouvrage récent. (...) » (Cf. PAUL VI, Discours aux évêques français en visite ad limina, 5 décembre 1977.)
(4) Cardinal Joseph RATZINGER, Entretiens sur la foi, Ed. Fayard, Paris, 1985.
(5) Lorsque le Pape Benoît XVI est venu en France, des évêques ont dû expliquer aux fidèles que les messes que célébrait le Souverain Pontife étaient bien conformes à la liturgie restaurée à la suite de Vatican II.

 

Pro Liturgia

La liturgie romaine offre aujourd’hui de multiples visages. Intégralement respectée dans certains monastères ou quelques communautés religieuses, elle est devenue rarissime dans la majorité des paroisses de l’Europe de l’Ouest où de nombreux célébrants ont désormais pris l’habitude de l’adapter, c’est-à-dire, en réalité, de la modifier selon les circonstances et les goûts : ajouts de commentaires personnels, suppression de prières, ajouts de chants dont les paroles sont étrangères aux textes de la liturgie du jour, rondes d’enfants autour de l’autel, absence de dignité... etc. Au demeurant, les messes retransmises par la télévision française, le dimanche matin, montrent assez clairement que les célébrants - fussent-ils évêques - ne saisissent plus très bien ce que signifie « célébrer la liturgie ». Mais le plus grave est que quelles que soient leurs origines - France, Suisse, Belgique... - les images télévisées présentent toujours des célébrations plus ou moins falsifiées. En France tout particulièrement, la tenue des célébrants laisse ordinairement grandement à désirer ; l’agencement des sanctuaires serait presque partout à revoir ; le service d’autel est soit inexistant soit improvisé ; les « ajouts, omissions, modifications » sont légions ; le chant grégorien n’est plus conservé, dans le meilleur des cas, que comme musique d’ambiance. Quant aux chorales, là où elles existent encore, elles donnent généralement l’impression de ne savoir plus exécuter que des airs qu’on entendait autrefois aux veillées scoutes... 

 

 

 

 

priestLes paroisses où la liturgie est véritablement mise en œuvre avec intelligence, fidélité et dignité, selon les données du missel romain restauré à la suite de Vatican II sont donc rarissimes, contrairement à ce que veulent faire croire les évêques lorsqu’ils prétendent que les messes qui se célèbrent dans leurs diocèses respectifs sont conformes à ce qu’a voulu le Concile. Ce n’est pas même dans les cathédrales de France qu’on trouvera des célébrations eucharistiques dignes de ce nom pouvant servir d’exemples : il y règne le plus souvent des liturgies grandiloquentes qui ne savent plus qu’osciller entre le pompeux et le kitch. Pourtant, le « Cérémonial des Evêques » de 1997 donne des précisions concernant la façon de mettre en valeur la liturgie de l’Eglise. Par exemple : 

 

 

Les vêtements

 

1. « Le vêtement liturgique commun à tous les ministres de quelque degré que ce soit est l’aube, serrée autour des reins par un cordon, à moins qu’elle ne soit confectionnée de manière à s’ajuster au corps même sans cordon. » (cf. n°65). L’aube flottante qu’on voit partout n’est donc pas autorisée. 

 

2. « On mettra un amict avant de revêtir l’aube, si celle-ci ne recouvre pas parfaitement l’habit ordinaire autour du cou. » (Id.) Il n’est donc pas « normal » qu’on puisse voir le col de chemise ou le col romain de celui qui est à l’autel. 

 

3. « Le vêtement propre au prêtre célébrant, pour la messe et les autres actions sacrées en lien direct avec la messe, est la chasuble (...). On doit la revêtir par-dessus l’aube et l’étole. » (cf. n° 66). Célébrer l’Eucharistie sans revêtir la chasuble est donc un abus.

 

4. « Dans la célébration liturgique, l’évêque porte les mêmes vêtements que le prêtre ; mais, dans une célébration solennelle, il convient que, selon l'usage reçu de l’Antiquité, il porte sous la chasuble la dalmatique qui peut toujours être de couleur blanche, en particulier pour les ordinations, la bénédiction d'un abbé ou d’une abbesse, la dédicace d’une église ou d’un autel. » (cf. n° 56). « Les insignes pontificaux que porte l’évêque sont : l’anneau, le bâton pastoral (ou crosse), la mitre, la croix pectorale, et, si le droit le lui reconnaît, le pallium. » (cf. n° 57).

 

 

 

Les livres liturgiques

 

5. « Il faut traiter les livres liturgiques avec soin et respect, puisqu’ils servent à proclamer la parole de Dieu et à exprimer la prière de l’Eglise. Aussi faut-il veiller (...) à disposer des livres liturgiques officiels dans l’édition la plus récente et dans une présentation qui soit belle par la typographie et la reliure. » (cf. n°115). L’édition la plus récente du Missel romain est introuvable en France du fait que les évêques font tout pour en retarder la parution... Quant à la belle présentation des livres liturgiques, on sait que trop souvent elle est ignorée du fait qu’en beaucoup d’endroits on préfère les pochettes plastifiées ou les petits missels jetables.

 

 

 

Le chant

 

6. « Les musiciens observeront les normes concernant notamment la participation du peuple par le chant. Il faut en outre veiller à ce que le chant manifeste le caractère universel des célébrations que préside l’évêque ; il faut donc que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent, non seulement en langue vivante, mais aussi en latin. » (cf. n° 40). Chanter en latin ? C’est devenu impossible : après avoir interdit le chant grégorien pendant des années, on nous dit maintenant que les fidèles ne savent plus le chanter... 

 

 

L’autel


7. « L’autel de l’église cathédrale sera normalement fixe et dédicacé, [élevé] à une distance du mur qui permette d’en faire facilement le tour et d’y célébrer face au peuple (...) » (cf. n° 48). « On encense l’autel de coups d’encensoir successifs de la manière suivante : a) si l’autel est isolé du mur, l’évêque l’encense en en faisant le tour ; b) si l’autel est placé contre le mur, l’évêque l’encense en passant d’abord le long du côté droit, puis du côté gauche de l’autel.” (cf. n°93). On lit bien : si l’autel est placé contre le mur... ce qui implique la légitimité de la célébration « versus orientem ». Quant à la liturgie épiscopale, elle revêt toujours une grande importance pour l’Eglise : « Les célébrations sacrées que préside l’évêque manifestent (...) le mystère de l’Eglise à qui le Christ se rend présent : elles ne sont donc pas un simple apparat de cérémonies. » (cf. n°12) « Pour que la cérémonie, surtout celle que préside l’évêque, soit remarquable par sa beauté, sa simplicité et son ordonnancement, elle a besoin d’un maître des cérémonies qui la prépare et la dirige (...). Le maître des cérémonies doit être vraiment expert en liturgie, connaître son histoire, son caractère, ses lois et ordonnances; mais il doit pareillement être compétent en pastorale afin de savoir comment organiser les célébrations en vue de favoriser la participation fructueuse du peuple aussi bien que pour donner aux rites toute leur beauté. Il veillera à observer les lois des célébrations sacrées selon leur véritable esprit, ainsi que les traditions légitimes de l’Eglise particulière qui ont une valeur pastorale. » (cf. n°34). Le maître des cérémonies doit être un « expert » en liturgie qui « observe les lois », est-il dit... Or, combien trouve-t-on, parmi les membres des actuelles équipes liturgique paroissiales qui se sont imposées presque partout, d’expert(e)s qui sachent observer les lois de la célébration ? On répondra qu’il ne s’agit là que de détails... Peut-être, aux yeux de certains. Mais ne faut-il pas reconnaitre que lorsque ces « détails » sont respectés, la messe a bien plus d’allure que la majorité des célébrations paroissiales actuelles qui donnent trop souvent l’impression d’avoir été imaginées par des amateurs ou, parfois même, par des incompétents ?

 

 

 

Il convient alors de s’interroger : pourquoi, depuis 50 ans, les données sur la liturgie de Vatican II n’ont-elles trouvé aucun champ d’application dans les diocèses ? Cette question a été posée à plusieurs évêques de France. L’un d’eux nous a donné cette réponse : « (...) une partie de la réponse à la question posée se trouve précisément dans le livre « L’esprit de la Liturgie » du Cardinal Ratzinger. Mais également dans l’allocution prononcée le 26 octobre 2006 par le Cardinal Arinze, alors Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Institut Supérieur de liturgie à Paris. » Ces quelques lignes d’un Evêque français sont éclairantes pour plusieurs raisons : - l’Evêque ne rejette pas la question posée : en y répondant, il donne implicitement la preuve que le problème liturgique évoqué est bien réel ; - l’Evêque renvoie à deux documents : un livre du Cardinal Ratzinger et une conférence du Cardinal Arinze. C’est là, dit-il, qu’on peut trouver « une partie de la réponse » à la question posée au sujet du problème liturgique. Or, que disent les deux Cardinaux cités - dont un est aujourd’hui pape - ? Simplement que bon nombre de problèmes actuels sont le résultat d’une mauvaise formation donnée aux prêtres, et parfois même à une totale absence de formation. Ainsi, dans « L’esprit de la Liturgie », le Cardinal Ratzinger insiste-t-il sur la nécessité d’un parcours éducatif qui devrait porter à rétablir la conscience que la liturgie est un don et non pas une démonstration des capacités humaines, puisque la liturgie, comme la théologie, ne vit pas tant de ce que l’on pense d’elle que de ce que l’on reçoit d’elle. Quant au Cardinal Arinze, il dit clairement que « beaucoup d’abus, dans le domaine de la Liturgie, ont pour origine, non pas la mauvaise volonté, mais l’ignorance (...), la place indue qui est accordée à la spontanéité, ou à la créativité, ou bien une fausse idée de la liberté, ou encore cette erreur qui a pour nom “horizontalisme” et qui consiste à placer l’homme au centre de la célébration liturgique au lieu de porter son attention vers le haut, c’est-à-dire vers le Christ et ses Mystères ». Et, citant le pape Jean-Paul II, il ajoute qu’ « il est urgent que dans les communautés paroissiales, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux on assure des cours appropriés de formation, afin que la Liturgie soit mieux connue dans toute la richesse de son langage et qu’elle soit vécue dans toute sa plénitude ». Enfin, le Cardinal souligne dans son discours que « la promotion de l’ars celebrandi [ne pourra se faire que grâce à] une solide base théologico-liturgique, une formation de qualité dans le domaine de la foi, et le respect du caractère propre de la Liturgie ». Le « manque de formation solide » des prêtres - curés, aumôniers... et même évêques ! - disent les Cardinaux Ratzinger et Arinze : c’est donc là que se trouve une des racines du mal qui ronge actuellement la liturgie et prive tant de fidèles de célébrations qui soient une expression authentique de la foi de l’Eglise.

 

Pro Liturgia

Gloria TV – Quelles sont les raisons de l’hostilité de nombreux milieux ecclésiastiques contre une liturgie que l’Église et de si nombreux saints ont célébré pendant une si longue période et qui a été l’instrument d’un développement spectaculaire de l’Église ? 

Mgr G Pozzo – C’est une question complexe. Je crois qu’il y a de nombreux facteurs qui interviennent pour comprendre pourquoi cette idée préconçue contre la liturgie de la forme extraordinaire est encore si répandue. Il faut bien avoir présent à l’esprit que, pendant de nombreuses années, aucune formation liturgique véritablement adaptée et complète n’a été proposée dans l’Église catholique. On a voulu introduire un principe de rupture, d’éloignement, de détachement radical entre la réforme liturgique proposée, instaurée, et promulguée par le Pape Paul VI et la liturgie traditionnelle. Or, en réalité, les choses sont bien différentes. Il est évident qu’il existe une continuité substantielle dans la liturgie, dans l’histoire de la liturgie. Il y a une croissance, un progrès, un renouvellement mais pas une rupture ou une discontinuité. De fait, cette idée préconçue influe de façon déterminante sur la forma mentis des personnes, des ecclésiastiques comme des fidèles. Il faut parvenir à dépasser ce préjugé. Il faut donner une formation liturgique complète, authentique et bien comprendre, justement, que les livres liturgiques de la réforme de Paul VI sont une chose et que les mises en œuvre qui en ont été faites dans bien des parties du monde catholique en sont une autre. Dans la pratique, ces mises en œuvre sont d’authentiques abus envers la réforme de Paul VI et contiennent même des erreurs doctrinales qui doivent être corrigées et rejetées. C’est ce que le Saint-Père Benoît XVI a tenu à rappeler encore une fois, à la fin du printemps dernier, lors de son discours à Saint-Anselme [siège de l’Institut liturgique pontifical, NDLR] : les livres liturgiques de la réforme sont une chose mais les mises en œuvre concrètes qui en ont découlé malheureusement en tant d’endroits du monde en sont une autre. Celles-ci, en effet, ne sont pas cohérentes avec les principes qui avaient été fixés et explicités par Sacrosanctum Concilium elle-même, la Constitution sur la divine liturgie du concile Vatican II. 

 

 

Gloria TV – Avant de faire partie d’Ecclesia Dei, avez-vous eu des expériences personnelles avec la messe traditionnelle ? Comment avez-vous vécu les changements liturgiques dans les années soixante ? 

Mgr G Pozzo – Je vois là deux questions. Pour répondre à la première : avant le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007, je n’ai eu aucun contact avec la célébration de la messe selon l’ancien rite. J’ai commencé à célébrer la messe selon la forme extraordinaire justement avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, qui a permis que cette messe puisse être célébrée sous cette forme. Comment ai-je vécu les changements dans les années 60 et 70 ? En fait, je dois dire que – conformément à la formation et à la préparation reçues de mes éducateurs au séminaire et, surtout, de mes professeurs de théologie à l’Université Grégorienne – j’ai toujours cherché à comprendre ce que le magistère proposait à travers la lecture de ses textes et non pas à travers ce que les théologiens ou une certaine vulgate catholique attribuait au magistère même. Donc, je n’ai jamais eu de problèmes à accepter la messe de la réforme liturgique de Paul VI mais je me suis rendu compte immédiatement que, à cause de ce grand désordre qui s’est introduit dans l’Église après 1968, celle-ci avait été déformée et était célébrée absolument à l’inverse des intentions profondes du législateur, c’est à dire du Souverain Pontife. De fait, ce désordre, cet effondrement de la liturgie dont a parlé, dans certains de ses livres et dans certaines de ses publications sur la liturgie, celui qui, à l’époque, était le cardinal Ratzinger, je l’ai expérimenté pour ma part de manière assez directe et j’ai toujours tenu à bien séparer les deux choses : d’une part les rites, les textes du Missel ; de l’autre, la façon dont la liturgie est, ou a été, célébrée en tant de circonstances et de lieux, surtout quand elle l’est sur la base du principe de créativité, une créativité sauvage qui n’a rien à faire avec l’Esprit Saint voire, dirais-je, qui est même exactement le contraire de ce que veut l’Esprit Saint. 

 

 

Gloria TV – Pourquoi cela vaut-il la peine de promouvoir la messe traditionnelle ? 

Mgr G Pozzo – Parce que, dans l’ancienne messe, sont explicités, mis en évidence, certains aspects fondamentaux de la liturgie qui méritent d’être conservés. Je ne parle pas seulement de la langue latine ou du chant grégorien. Je parle du sens du mystère, du sacré, du sens du sacrifice, de la messe comme sacrifice, de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie, et du fait qu’elle offre de grands moments de recueillement intérieur qui sont comme une participation intérieure à la divine liturgie : oui, voilà tous les éléments fondamentaux qui sont particulièrement mis en évidence dans la messe traditionnelle. Je ne dis pas que ces éléments n’existent pas dans la messe de Paul VI. Je dis qu’ils sont plus largement manifestés dans la forme extraordinaire et que cela peut enrichir également ceux qui célèbrent, ou qui participent, à la messe dans la forme ordinaire. Rien n’interdit de penser qu’à l’avenir on pourrait arriver à une réunification des deux formes avec des éléments qui s’intègrent les uns aux autres, mais il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre à court terme et certainement pas par une décision prise sur le papier. Cela demande une maturation de tout le peuple chrétien, afin que tous comprennent les deux formes liturgiques de l’unique rite romain". 

 

 

Pour les anglophones : vidéo originale

Mons.MariniLe 6 janvier dernier, lors d'une conférence organisée par une fraternité de prêtres australiens, Mgr Guido Marini, Cérémoniaire "en chef" du Pape, a estimé qu'il était urgent de penser à une "réforme de la réforme" de la liturgie. « En favorisant une meilleure compréhension d'un authentique esprit de la liturgie,  a déclaré Mgr Marini, une telle réforme devrait permettre un nouveau pas en avant dans le domaine liturgique ». Une telle liturgie renouvelée devrait refléter « la tradition ininterrompue de l'Eglise », et incorporer dans cette tradition les propositions du concile Vatican II. Les réformes conciliaires doivent, en effet, être comprises à la lumière de la tradition des siècles passés. « La seule façon d'obtenir un authentique esprit de la liturgie est de considérer aussi bien la liturgie actuelle que la liturgie passée comme un héritage unique en continuelle évolution ». La nécessité d'un tel renouveau est évidente, d'autant plus que les déviations liturgiques se font de plus en plus nombreuses, a encore déclaré Mgr Marini : « Il est facile de se rendre compte à quel point certaines pratiques ou attitudes sont éloignées d'un authentique esprit liturgique. Et nous, les prêtres, sommes largement responsables de cette situation ». Mgr Marini souligne que la liturgie a été élaborée par l'Eglise tout entière, et ne peut donc être modifiée à volonté par un prêtre en particulier. Et de citer des écrits (+) (+) du Cardinal Joseph Ratzinger. « La liturgie, poursuit Mgr Marini,  ne nous a pas été donnée  pour se plier  à nos interprétations personnelles, mais pour être mise à la disposition de tout un chacun dans toute son intégrité, et ce hier comme aujourd'hui, et encore demain ». C'est dans cette vision de la liturgie qu'il qualifie de "despotique" l'attitude des prêtres qui ne s'en tiennent pas aux règles liturgiques : « Il y a, en effet, quelque chose comme une douce folie dans le fait  de nous attribuer ainsi à nous-mêmes le droit de modifier de manière subjective les signes sacrés mûris et discernés à travers les âges par lesquels l'Eglise parle d'elle-même, de son identité et de sa foi ! ». Comme exemple concret, Mgr Marini cite la célébration "ad orientem", une tradition qui remonte aux origines de la chrétienté. Lorsque prêtre et fidèles regardent ensemble vers l'orient, « ils témoignent d'une expression caractéristique d'un authentique esprit liturgique ». Dire que la célébration se fait "face au peuple"  est à la rigueur acceptable lorsque cela traduit le fait que, en effet, vu la position de l'autel, le prêtre est souvent amené à se tourner vers le peuple. Mais cette expression serait tout à fait inacceptable si par là on entendait affirmer une position théologique. Car comme le dit encore Mgr Marini : « du point de théologique, la messe est un acte toujours adressé à Dieu, par le Christ, Notre Seigneur, et ce serait une grave erreur de penser que le principal destinataire de l'acte sacrificiel est la communauté des fidèles ». Chaque aspect de la liturgie devrait être conçu pour favoriser l'adoration. Le pape a ainsi commencé à donner la communion dans la bouche à des fidèles agenouillés. Pourquoi fait-il ainsi, si ce n'est pour rendre plus visible l'attitude d'adoration qui sied devant la grandeur du mystère de la Présence eucharistique.
Mgr Marini accueille sans réserve la "participation active" de tous les fidèles à la liturgie. Mais cette participation des laïcs ne serait pas "pleinement active" si elle ne menait pas à l'adoration du mystère du Salut en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut.

 

Traduction : MH/APL

"Comment aller à la messe sans y perdre la foi?" C'est sous ce titre provocateur qu'a été publié le dernier ouvrage de Mgr Bux, préfacé par l'écrivain Vittorio Messori et soutenu officiellement par les Cardinaux Burke et Llovera, respectivement Préfet du Tribunal de la Signature apostolique et Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements.Mgr Bux, qui dans son diocèse d'origine de Bari en Italie, avait largement contribué aux travaux conduisant à la réforme de la liturgie suite à Vatican II, et s'était confronté aux nombreux problèmes touchant à l'art et à la musique sacrée, entretient une amitié de longue date avec le pape Benoît XVI. C'est dire que son propos est autorisé.

 

 

 

 

nicolasbuxLe but du livre de Mgr Bux consiste à soutenir l'idée que foi et liturgie ont partie liée, que la façon de célébrer peut conduire au progrès ou au déclin de la foi et que donc la mise en oeuvre consciencieuse et responsable des normes liturgiques - lesquelles sont une expression du "ius divinum", et en cela doivent être soustraite l'envie créatrice de tout un chacun - n'est pas une option possible parmi d'autres, mais une nécessité absolue pour l'avenir de l'Eglise. L'Auteur constate que depuis quelques décennies, la liturgie n'est plus conforme à l'image que donnait le rite bimillénaire de l'Eglise catholique, mais se plie souvent aux aménagements subjectifs de chaque célébrant. Ce qui a pour conséquence inéluctable la perte de l'unité du rite - qui d'un autel à l'autre est célébré différemment - et à la confusion des fidèles qui ne s'y retrouvent plus. Les abus que l'on constate au cours des célébrations eucharistiques en particulier, et qui ne trouvent aucune justification dans les enseignements du Magistère, conduisent à une perte progressive de la foi, laquelle se met à dériver en fonction des déformations insupportables infligées alors à la liturgie de l'Eglise. Parmi les abus les plus fréquents, Mgr Bux relève la propension au bavardage propre à de nombreux célébrants. Le déroulement de l'action sacrée est alors entrecoupé de mini-homélies, de considérations sur des états d'âme personnels, qui sabotent l'unité de la liturgie et porte atteinte à ce qui fait que l'action liturgique forme un tout cohérent et homogène. Ce besoin d'en rajouter sans cesse traduit chez le célébrant une conviction totalement anti-liturgique d'avoir à expliquer tout ce qu'il fait à l'autel et trahit surtout chez lui un manque de confiance dans le pouvoir de communication innérant à l'action liturgique elle-même. La liturgie, qui est fondamentalement rite sacré et sacramental, devient alors une sorte d'enseignement en constante évolution, qui ne semble jamais toucher au but et qui tourne au spectacle, "enrichi" par les interventions de laïcs qui se désignent maintenant comme les "acteurs liturgiques". La messe perd ainsi son caractère sacré : au lieu d'être l'actualisation du mystère du Christ, de sa Passion, de son Sacrifice, et de sa Résurrection, elle devient une représentation théâtralisée se caractérisant surtout par sa capacité à divertir les assemblées, une capacité ne pouvant toutefois soutenir la comparaison avec aucun autre divertissement mondain. Et ceci a des conséquences dramatiques : la réduction du sacré à une activité, l'accent outrancier mis sur la notion de communauté à laquelle il manque pourtant tout fondement réel (on pense ici à ces nombreux cantiques pompiers où il n'est question que du "peuple qui avance", du "peuple choisi", du "peuple en fête"... etc.), un nombre croissant de défections parmi les fidèles qui comprennent très vite que le "divertissement" apporté par ce type de messes peut être facilement remplacé par autre chose.

 

Mgr Bux se reporte aussi volontiers à cette notion de "réforme de la réforme" initiée en son temps par le Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour le culte Divin : celui-ci avait exprimé sa conviction qu'il était absolument nécessaire de reprendre contact avec la réforme liturgique telle qu'elle était prévue au départ par le Concile, dans la mesure où toute réforme, quelle qu'elle soit, comporte souvent, en plus de sa fonction positive de purification, d'assainissement, un effet néfaste pouvant s'attaquer à la substance même de l'objet qu'elle prétend réformer. Pour ce qui concerne la liturgie, il est capital de remettre en lumière le fait que la liturgie ne s'adresse ni au prêtre ni à la communauté, mais au Christ et à Lui seul : Il est le point de mire unique de l'action liturgique. Quant au prêtre, il se tient devant Lui et accomplit le rite prévu en vue du salut du peuple de Dieu. De même, si Benoît XVI a voulu remettre en valeur la réception de la Communion à genoux et sur la langue, c'est pour exprimer que la messe n'est pas un simple repas, au sens commun du terme, mais une invitation à pouvoir participer à la présence véritable du Christ sous l'aspect du pain. Ainsi le Corps véritable du Christ est d'abord vénéré; c'est ensuite qu'il pet être reçu en nourriture de l'âme par le croyant. Comme Mgr Bux le montre encore très clairement dans son livre, la liturgie n'est pas quelque chose de secondaire dans la vie du croyant : c'est, au contraire, le lieu et le moment offerts par Dieu, l'heure sainte qu'Il nous propose pour nous approcher de Lui dans la prière, pour entrer dans son mystère, - un mystère qui dépasse l'homme, dont il ne peut pas se saisir et qui n'est donc pas à sa libre disposition -, et pour jouir déjà dans le monde présent d'un avant-goût de la vie éternelle.

 

L'Auteur de cet ouvrage fait aussi partie de ceux qui ont reçu avec gratitude le Motu proprio "Summorum Pontificum" libéralisant la messe dite "tridentine" sous le nom de "forme extraordinaire" du rite romain, dans la mesure où il pouvait aider à enrichir et à mieux célébrer la forme dite "ordinaire" reçue de Vatican II. Il a aussi relevé, dans une interview, une conséquence inattendue de ce Motu proprio, à savoir que l' "ancienne forme" avait trouvé un écho favorable avant tout auprès des jeunes générations. De telles réalités devraient, à son avis, être entendues, reconnues et accompagnées par nos évêques : ce ne sont pas d'abord les personnes âgées "nostalgiques" qui vont à la messe "tridentine", mais des jeunes en recherche d'une expression du sacré qu'ils ne trouvent pas dans les façons habituelles de célébrer la "forme ordinaire". Pour Mgr Bux, le pape est satisfait de la tournure que prennent les évènements : il en prévoit la confirmation dans la publication prochaine de nouvelles précisions concernant l'usage du Motu proprio "Summorum Pontificum". Le Pape souhaite que tous comprennent qu'à côté de la forme "ordinaire" du rite romain il y a la forme "extraordinaire", et que celle-ci est pleinement légitime dans l'Eglise.

 

D'après Kathnet. Trad. MH/APL

FIC68802HAB40Dans l’opuscule qu’il vient de faire paraître aux éditions Artège sous le titre de « La liturgie de l’esprit », Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, donne quelques orientations visant à faire retrouver dans l’Eglise l’authentique esprit de la liturgie tel qu’il a été transmis par la tradition multiséculaire de l’Eglise. Mgr Aillet commence par rappeler la raison essentielle qui a poussé le pape Benoît XVI à étendre la possibilité de célébrer la liturgie selon la forme « extraordinaire » avec le Missel romain de 1962 : mettre en lumière la continuité du Missel restauré à la suite de Vatican II avec le Missel publié à la suite du concile de Trente, afin que soit ravivé le sens authentique de la liturgie. L’Evêque de Bayonne souligne ensuite qu’ « aucune forme liturgique n’est exempte d’éléments contingents susceptibles d’une plus ou moins grande perfection dans l’expression et, du fait même, susceptibles d’être perfectionnés. » On comprend donc que pour l’Eglise, il n’existe - et n’a jamais existé - une forme liturgique fixée définitivement à une époque donnée. Quatre pages sont ensuite consacrées à quelques rapides considérations sur le « mystère » et sur la « liturgie » qui doit « tout à la fois révéler le mystère, le mettre en lumière, le dévoiler, et d’autre part indiquer son caractère caché, souligner qu’il est incompréhensible, ineffable. »

 

Puis Mgr Aillet passe en revue différents éléments de la liturgie romaine : il les compare, souligne leurs insuffisances ou leurs complémentarités, selon qu’ils sont dans la forme « extraordinaire » ou dans la forme « ordinaire ». Sont ainsi survolés : l’offertoire, le sacrifice propitiatoire pour les vivants et les morts, le silence, la répétitivité de certaines formules et de certains gestes, la différence entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel des prêtres, le lectionnaire, le calendrier et les préfaces, la réception de la communion. L’opuscule se termine sur quelques pages où est évoquée l’ « adoration en esprit et vérité ». Au fil des pages, Mgr Aillet fait aussi remarquer que là où la liturgie restaurée à la suite de Vatican II a été accueillie et mise en œuvre en étant fidèle à la mens et à la tradition liturgique romaine - comme ce fut le cas dans la Communauté Saint-Martin d’où est issu l’Auteur - il n’y a pas eu d’impression de rupture dans la célébration de la foi. Mais l’on sait - et l’Evêque de Bayonne le sait sûrement mieux que quiconque - que dans les années qui ont suivi Vatican II, il fut interdit d’être fidèle à la mens et à la tradition liturgique romaine ; de cette obligation d’infidélité a provoqué les blessures et la crise que l’on sait.

 

Pro Liturgia

090526-LATERAN-2.jpg« La liturgie de l’Eglise va au-delà de la « réforme conciliaire » elle-même (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 1), dont l’objectif, en effet, n’était pas principalement celui de changer les rites et les textes, mais plutôt celui de renouveler la mentalité et de placer au centre de la vie chrétienne et de la pastorale la célébration du Mystère pascal du Christ. Malheureusement, la liturgie a été perçue, sans doute également de notre part, pasteurs et experts, plus comme un objet à réformer que comme un sujet capable de renouveler la vie chrétienne, à partir du moment où il « existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Eglise [...] puise dans la liturgie ses forces vitales ». C’est le bienheureux Jean-Paul II qui nous le rappelle dans Vicesimus quintus annus, où la liturgie est considérée comme le cœur battant de toute activité ecclésiale. Et le serviteur de Dieu Paul VI, en se référant au culte de l’Eglise, à travers une expression synthétique, affirmait : « De la lex credendi, nous passons à la lex orandi, et celle-ci nous conduit à la lux operandi et vivendi » (Discours au cours de la cérémonie des cierges, 2 février 1970). Sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise et en même temps source d’où provient sa vertu (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 10), la liturgie, avec son univers célébratif, devient ainsi la grande éducatrice au primat de la foi et de la grâce. La liturgie, témoin privilégié de la Tradition vivante de l’Eglise, fidèle à son devoir originel de révéler et de rendre présent dans l’hodie des événements humains l’opus Redemptionis, vit d’un rapport correct et constant entre sana traditio et legitima progressio, explicité de façon claire par la Constitution conciliaire au n. 23. Avec ces deux termes, les Pères conciliaires ont voulu remettre leur programme de réforme en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir. On oppose souvent de façon maladroite la tradition et le progrès. En réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition est une réalité vivante, et inclut donc en elle le principe du développement, du progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure. » (Benoît XVI, Discours à l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, le 6 mai 2011.)

« Tant de prêtres souffrent de ne plus savoir ce qu’ils sont profondément ! Tant d’eux perdent le souffle et l’enthousiasme parce qu’ils n’ont plus de vie intérieure, ni de lien d’amitié avec Jésus. Ils assurent honnêtement leurs fonctions, sans lien avec Dieu. A force de regarder le peuple et de lui parler, le prêtre risque de se croire au centre d l’attention. Etre tourné avec l’assemblée vers le Seigneur lui permettrait de redécouvrir son identité, qui est de conduire le peuple vers Dieu, de s’effacer derrière le Christ : les prêtres doivent être transparents pour laisser passer sa lumière. (...) Car le prêtre st celui qui se tient devant Dieu, il oriente le monde vers Lui. C’est un intermédiaire, un instrument entre Ses mains et non le protagoniste principal de la liturgie. Je pense que la célébration face à Dieu fera redécouvrir l’importance de la prière devant le tabernacle. Quant aux fidèles, ils ne sont pas venus pour parler au prêtre, mais à Dieu.

 


(...) Nous n’avons pas été fidèles au Concile, car nous n’avons pas fait concrètement de la messe la source et le sommet de notre vie, tournés vers le Seigneur ! (...) La foi de l’Eglise augmentera si nous faisons grandir la dimension sacrée de l’Eucharistie. Pour cela, supprimons tout ce qui nuit : les photographes, notamment lors des grandes cérémonies ou dans les églises touristiques, qui donnent ce sentiment détestable d’un ballet théâtral. Alors, nous retrouverons le sens de l’Eglise et celui de l’homme. J’ai la conviction que toute la crise que connaît l’Eglise - crise de la pratique religieuse, crise doctrinale, morale, spirituelle - vient de ce que la présence de Dieu dans l’Eucharistie n’est pas perçue, voir niée en pratique. Tournons-nous vers Lui ! »



Cardinal Robert Sarah, in “Famille Chrétienne”, n°2002, 28 mai-3 juin 2016.

[…] La « réforme de la réforme » se réfère naturellement au Missel réformé et pas au Missel précédent. Qu’est-ce qu’on peut faire, étant donné que finalement notre but commun – me semble-t-il – est la réconciliation liturgique et non pas l’uniformisme ? Je ne suis pas pour l’uniformisme ; mais, naturellement nous devons être contre le chaotisme, contre la fragmentation de la liturgie, et dans ce sens, aussi pour l’unité dans l’observance du Missel de Paul VI. Cela me semble un problème prioritaire : comment retourner à un rite commun réformé, mais pas fragmenté ou laissé à l’arbitraire des communautés locales, ou de quelques groupes de commissions et d’experts ? Donc la « réforme de la réforme » est une question qui concerne le Missel de Paul VI, toujours avec cette finalité d’une réconciliation à l’intérieur de l’Eglise parce que, pour le moment, il y a plutôt une opposition douloureuse, et nous sommes encore loin de la réconciliation […] Pour le Missel en vigueur, le premier point serait, à mon avis, de rejeter la fausse créativité qui n’est pas une catégorie de la liturgie. On a rappelé plus d’une fois, ce que le Concile dit réellement à ce sujet : c’est seulement l’autorité ecclésiastique qui décide, ce n’est pas le droit d’un prêtre ou de quelques personnes de changer la liturgie. Mais dans le nouveau Missel nous trouvons assez souvent des formules comme : sacerdos dicit sic vel simili modo…[le prêtre dit ainsi ou bien de manière semblable] ou bien : hic sacerdos potest dicere…[ici le prêtre peut dire]. Cette formule du Missel officialise en fait la créativité ; le prêtre se sent presque obligé de changer un peu les paroles, de montrer qu’il est créatif, qu’il rend présent à sa communauté cette liturgie ; et avec cette fausse liberté qui transforme la liturgie en catéchèse pour cette communauté, on détruit l’unité liturgique et l’ecclésialité de la liturgie. Donc, il me semble, ce serait déjà une chose très importante pour la réconciliation que le Missel soit libéré de ces espaces de créativité qui ne répondent pas à la réalité profonde , à l’esprit de la liturgie. Si, avec une telle « réforme de la réforme », on pouvait revenir à une célébration fidèle, ecclésiale, de la liturgie ce serait, à mon avis, déjà un pas important, parce que l’ecclésialité de la liturgie apparaîtrait de nouveau clairement.

 

[…] [Un autre problème] est la célébration versus populum [c’est-à-dire face au peuple]. Comme je l’ai écrit dans mes livres, je pense que la célébration vers l’orient, vers le Christ qui vient, est une tradition apostolique. Cependant je suis contre la révolution permanente dans les églises ; on a restructuré maintenant tant d’églises, que recommencer de nouveau en ce moment ne me semble pas du tout opportun. Mais s’il y avait toujours sur les autels une croix, une croix bien en vue, comme point de référence pour tous, pour le prêtre et pour les fidèles, nous aurions notre orient, parce que finalement le Crucifié est l’orient chrétien ; et, sans violence, on pourrait –me semble-t-il- faire ceci : donner comme point de référence le Crucifié, la Croix, et ainsi une nouvelle orientation à la liturgie. Je pense que ce n’est pas une chose purement extérieure : si la liturgie se réalise en un cercle clos, s’il y a seulement le dialogue prêtre-peuple, c’est une fausse cléricalisation et l’absence d’un chemin commun vers le Seigneur vers Lequel nous nous tournons tous. Donc, avoir le Seigneur comme point de référence, pour tous, le prêtre et les fidèles, me semble une chose importante et tout à fait faisable et réalisable […].

   

Extraits d’une conférence du Cardinal Joseph Ratzinger (Abbaye de Fontgombault, 2001)

Mgr Nicola Bux, qui enseigne la liturgie et la théologie sacramentaire à l'Institut de théologie de Bari et qui a été nommé par Benoît XVI Consulteur au Bureau des cérémonies liturgiques du Souverain Pontife, vient de publier un ouvrage dont le titre traduit bien la situation dans laquelle se trouvent les fidèles en raison de l'effondrement de la liturgie dans bien des paroisses, dans bien des communautés religieuses, dans bien des cathédrales : « Comment aller à la messe sans perdre la foi ? ».
La question que pose le titre de l'ouvrage de Mgr Bux est celle-ci : la participation à la liturgie eucharistique, telle qu'elle est actuellement célébrée par l'immense majorité des prêtres, ne met-elle pas en péril la disposition des fidèles à se maintenir dans la foi reçue des Apôtres dont l'Eglise est dépositaire ?

 

 

 

Quand on voit comment se comportent à l'autel la majorité des prêtres, on ne peut que constater leur profonde inculture en matière de liturgie : ils ignorent - parce qu'on ne le leur a jamais appris - que la liturgie est avant tout une action symbolique composée de rites organisés d'une façon en même temps rationnelle et harmonieuse afin de pouvoir exprimer, renforcer et fortifier la foi. (Cf. Romano Guardini et Exhortation Sacramentum caritatis); ils ignorent qu'une action symbolique ne doit être ni expliquée, ni commentée, sous peine de lui faire perdre la densité de sens le plus profond; et dans le même temps, ils ne perçoivent plus la nécessité de veiller à la rationalité et à l'harmonie de la liturgie. 
De là vient que, quand ils sont à l'autel, nos prêtres - évêques en tête - ne saisissent plus pourquoi il est d'une extrême importance d'avoir un comportement digne et d'être en pleine possession des rites. Ils ne voient plus que c'est précisément en ayant un comportement exemplaire et en respectant les rites qu'ils protègent et garantissent le hiératisme, l'ordonnancement, la magnificence de la liturgie en tant qu'elle est le culte rendu à la majesté divine et en tant qu'elle protège les fidèles du danger de croire en un Dieu qui n'est pas celui que Jésus a révélé.
Là où la liturgie n'est plus respectée ni dignement célébrée, ce qui est malheureusement le cas dans la totalité des diocèses de France, ce qui se fait à l'autel conduit à croire en un Dieu qui n'est plus le Dieu personnel de Jésus-Christ, mais plutôt une sorte d'idée plus ou moins vague de Dieu à partir de laquelle chacun peut se construire une croyance adaptée à sa "pointure" spirituelle : laxiste pour les uns, étroite pour les autres; démonstrative pour certains, rigoriste pour d'autres... etc.


 

Mais comment protéger le hiératisme, la dignité, l'intégrité, l'essence de la liturgie ? Nous avons à notre disposition deux moyens qui, depuis Vatican II, n'ont plus été utilisés puisqu'ils étaient considérés comme "dépassés" et contraires aux orientations pastorales à la mode. Ces moyens sont la célébration versus orientem (donc, le prêtre tournant le dos à l'assemblée depuis l'offertoire jusqu'à la fin de la communion), et l'usage du latin/grégorien.
Ces deux éléments devraient être partout utilisés sans aucune modération pour remettre les fidèles - les prêtres en premier lieu - sur les bons "rails liturgiques" menant à redécouvrir qu'une célébration n'est pas fructueuse si elle donne à tout voir et à tout comprendre. Cette affirmation peut sembler totalement farfelue après 40 années d'usage liturgique où l'on a dit exactement le contraire; mais pourtant elle est tout à fait exacte, tout à fait conforme au véritable "esprit de la liturgie" de l'Eglise.
Ne pas tout voir, ne pas tout comprendre : cela conduit à habituer le coeur à chercher ce que l'oeil ne perçoit pas, à habituer l'intelligence à saisir ce que le langage formel ne rend pas directement compréhensible. Ne pas tout voir ni tout comprendre, c'est se donner les moyens d'entrer dans le mode de fonctionnement propre à la liturgie; c'est se laisser guider, captiver, entraîner par le rythme spécifique de la liturgie. C'est prendre peu à peu conscience que ce qui ne se voit pas est plus important que ce qui saute aux yeux, que ce qui ne se comprend pas est plus essentiel que ce qui est véhiculé par des mots. 
C'est apprendre à être dans la liturgie plutôt qu'à faire quelque chose au cours de la liturgie : celui qui cherche à faire quelque chose pour rendre une célébration intéressante est déjà dans l'erreur, avait dit Benoît XVI (Cf. Allocution au moines cisterciens d'Heiligenkreuz).

 

La seule liturgie fructueuse qui soit est celle qui apprend au fidèle à mettre son âme dans la lumière de Dieu. Il faut impérativement que nos célébrants s'emploient à y mettre du silence, de l'effacement, de la régularité, de la dignité, de l'humilité. 
Si les évêques ne s'emploient pas à restituer cette liturgie-là, alors le rite romain disparaîtra irrémédiablement pour être remplacée par des célébrations quelconques qui amèneront les fidèles à progressivement perdre la foi, comme le laisse clairement entendre Mgr Nicola Bux.

 

Pro Liturgia

Dans une récente interview parue dans le magazine « La liturgie, ‘culmen et fons’ », Mgr Guido Marini, commentant le « Gloria » chanté à la Messe de Noël célébrée par le Pape, a rappelé que « le « Gloria » ne devrait jamais être chanté dans une forme responsoriale. C’est-à-dire avec un refrain repris par les fidèles tandis qu’une chorale ou un soliste chante les versets. Pour le « Gloria », c’est toute l’assemblée - divisée en deux chœurs - qui doit chanter tout le texte. Le Cardinal Lustiger avait rappelé ce point dans un petit livret, mais l’on constate que l’erreur est désormais bien ancrée dans de nombreuses paroisses, justifiée par le fait que cette pratique facilite la « participation » des fidèles... où permet à un animateur liturgique de se mettre en scène. Participation, peut-être... Mais sûrement pas à ce qui est prévue par la liturgie ! Il faut chercher l’origine de cette pratique erronée - et d’autres analogues - dans le fait qu’on a dissocié un texte de la forme musicale à laquelle il a lui-même donné naissance pour s’intégrer dans la liturgie. Avec pour résultat - comme le note Fulvio Rampi - la consolidation d’un grave malentendu sur le sens de la « participation active » de l’assemblée dans le « cursus » de la liturgie puisque le « comment » on chante vient désormais avant le « qui » doit chanter. En soumettant l’assemblée des fidèles au « comment » il faut chanter, on en vient à truffer les célébrations de petits refrains ou de chansonnettes qu’on assemble tant bien que mal les unes avec les autres avec pour résultat de priver les fidèles de l’authentique liturgie de l’Eglise, laquelle est constituée d’une harmonieuse cohérence entre les rites, les chants, les gestes, les attitudes.

 

Pro Liturgia

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Normal, il a été un temps dans le très progressiste diocèse de Strasbourg… Et à Strasbourg (comme partout ailleurs), les stupidités liturgiques sont courantes… Le pire est que Mgr Vincent Jordy a été pendant un temps "supérieur du séminaire de Strasbourg". On comprend pourquoi les jeunes ne veulent plus rentrer au Séminaire...

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