jean23.jpegPour mieux comprendre la situation dans laquelle se trouve la foi catholique au moment où le concile Vatican II va se lancer dans l’élaboration d’un plan de restauration de la liturgie lié à la connaissance que l’Eglise a d’elle-même, il est utile de reprendre quelques paroles éclairantes du Bx Jean XXIII. S’adressant à la Congrégation des Séminaires et des Universités catholiques, le 17 juin 1961, le Pape déclare : « Afin que la loi de la croyance soit fixée par la loi de la prière, Le Siège Apostolique, dès les débuts de la religion chrétienne, eut coutume d’inculquer ceci : « outre les décisions inviolables par lesquelles les saints Pères, rejetant l’orgueil d’une funeste nouveauté, ont enseigné le devoir de rapporter à la grâce du Christ et le début du bon vouloir et l’augmentation d’un zèle éprouvé et le persévérance jusqu’au bout, considérons les prières sacerdotales, qui, reçues des Apôtres sont uniformément employées dans le monde entier et dans toute l’Eglise catholique ». Afin que les ecclésiastiques et les fidèles instruits s’y appliquent avec un zèle actif, les Pontifes Romains ont constamment exhorté à considérer plus à fond et à procurer de toute façon « le lien entre le dogme et la sainte liturgie, de même qu’entre le culte chrétien et la sanctification du peuple » : à notre époque par la Constitution Apostolique Divini cultus de Pie XI d’heureuse mémoire, et surtout par l’Encyclique Mediator Dei, publiée le 20 novembre 1947 par son successeur Pie XII de sainte mémoire (...). » L’enseignement que donne ici le Souverain Pontife est on ne peut plus lumineux : le lien entre la liturgie et le dogme est tellement étroit, qu’une modification de la liturgie ne saurait être bénéfique que dans la mesure où elle traduira un approfondissement du dogme et où elle procurera, par là-même, une plus grande sanctification du peuple chrétien. Le Bx Jean XXIII rappelle donc que, dans le domaine liturgique, un changement pour le seul plaisir de changer conduirait inévitablement à un échec, tout comme des adaptations qui, trop tributaires de la pastorale ou des modes, ne tiendraient plus suffisamment compte du dogme.

 

Le 15 avril 1962, le Bx Jean XXIII s’adresse cette fois-ci aux évêques, gardiens de la liturgie : « Quel que soit le déroulement des choses et des temps, la charge épiscopale ne pourra absolument pas porter de fruits abondants si ceux qu’on appelle à juste titre « Sacrorum antistites » ne se soucient pas de saturer leurs travaux par une prière abondante comme par une suave rosée. Et d’abord il leur faut puiser l’abondance des grâces divines au très saint Sacrifice de l’autel. C’est par lui surtout que le prix du sang répandu par le Christ est appliqué aux hommes. De ce même sacrifice, là où chaque prêtre entre comme dans une étreinte mystique avec le Christ, l’évêque ne peut pas ne pas trouver un pieux soulagement à ses travaux, surtout s’il célèbre très religieusement, s’il se prépare saintement, et s’il s’acquitte ensuite des actions de grâces dues au Dieu immortel et très bon. Si en effet les fidèles du Christ les plus pieux et les plus éprouvés se distinguent par leur piété envers le très auguste sacrement de l’Eucharistie - et c’est là une note propre et certaine - comment les évêques ne vénéreraient-ils pas ce sacrement avec une piété très vive pour y puiser, comme à leur source principale, grâce, consolation, force et sérénité ? Comment eux, ne souhaiteraient-ils pas avec ardeur se porter au sanctuaire de l’auguste sacrement et s’y maintenir, enflammés par le désir du repos au milieu des travaux et des soucis croissants de leur office ? (...) ». Enfin, s’adressant à tous les prêtres le 26 mai 1962, le Souverain Pontife déclare : « Que les prêtres veillent aussi à ne pas s’abandonner totalement à l’agitation et aux œuvres extérieures du saint ministère. Car une soif d’agir qui ne serait pas contrôlée conduit peu à peu l’âme à l’indigence ; et le bien de la paroisse pas plus que les multiples intérêts du diocèse ne peuvent la justifier. De plus, elle ne peut pas ne pas causer un grave préjudice aux candidats au sacerdoce. Comment, en effet, des adolescents pourront-ils apprécier comme il faut la gravité de la charge sacerdotale si, portant les yeux sur le prêtre, ils ne peuvent pas trouver en lui un exemple de perfection à imiter ? Mais pour qu’ils puissent présenter un modèle à suivre, que les prêtres se souviennent des devoirs principaux de leur charge: offrir dignement le Sacrifice de l’autel, annoncer la Parole de Dieu, administrer les sacrements, visiter les malades - surtout ceux qui sont proches de la mort -, instruire ceux qui ne connaissent pas la foi. Le reste, qui ne tient pas à ces obligations, doit être laissé de côté ou bien toléré en dernière place. »

... est aujourd'hui confirmé par les plus proches collaborateurs et porte-parole du Souverain Pontife: la crise de la foi qui a conduit à vider les églises est en très grande partie le fait des prêtres qui ne respectent pas la liturgie mais passent leur temps à la modifier plus ou moins, en sorte qu'elle soit célébrée de manière différente d'un autel à l'autre et d'une heure à l'autre. Les modifications qui atteignent l'ordonnancement de la liturgie, les façons de célébrer qui manquent de dignité, les commentaires et les bavardages des célébrants, les chants insipides supposés plaire aux assistances... tout ceci - qui ne peut trouver de justification ni dans les enseignements conciliaires, ni dans le missel romain issu de Vatican II - conduit à une perte progressive de la foi catholique, y compris chez des fidèles qui pensent que participer aux liturgies déformées est sans danger.

 

En reprenant les propos très clairs du Cardinal Burke, du Cardinal Llovera ou de Mgr Bux, on en conclut que les évêques qui, par leurs silences ou les mauvais exemples qu'ils ont donnés, ont soutenu ou toléré les déformations de la liturgie doivent au plus tôt faire leur examen de conscience. Répétons-le : il est urgent d'avoir des évêques qui cessent de se prêter systématiquement au jeu de celles et ceux qui déforment déforment ou adaptent les rites; il est urgent d'avoir des pasteurs diocésains qui apparaissent à nouveau comme étant véritablement les gardiens et les promoteurs d'une liturgie qui soit sans le moindre doute possible celle que l'Eglise a déterminée.

 

Pro Liturgia

Au XVIIème siècle, dans le monde anglican, est apparu un groupe de fidèles qui fut qualifié de "latitudinaire". Qu'étaient les "latitudinaires" ? C'était des Anglicans qui, tout en restant attachés au mode épiscopal de gouvernement et aux formes liturgiques de l'Anglicanisme traditionnel, estimaient qu'au fond, ces choses-là n'étaient pas d'une grande importance pour la foi. Un siècle plus tard, on a appelé "latitudinaires" ceux qui, bien qu'ayant la foi, demeuraient indifférents aux symboles et aux formes utilisés pour exprimer cette foi. Autrement dit, que la liturgie soit célébrée comme ça ou autrement, ça n'avait pas grande importance, l'essentiel étant de croire. Le "latitudinaire" est lassé des querelles et des controverses, et il en arrive à penser que la plupart des questions de rites liturgiques qui divisent les chrétiens portent sur des choses qui n'ont pas de réelle importance et qui ne sauraient de toutes façons pas intéresser des gens cultivés. Quelle importance qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas des cierges sur l'autel ? Quel importance que les concélébrants aient les bras ballants ou les mains jointes pourvu qu'ils prient avec sincérité ? Quelle importance que le célébrant respecte le missel à la lettre ou qu'il se permette quelques digressions pour rendre la célébration plus attractive ? Cela vaut-il vraiment la peine de se quereller pour des histoires d'orientation de l'autel, d'aubes à dentelles ou d'emploi du latin ? Bien sûr que non : tout cela doit rester très secondaire en regard de la foi.

 

A ce stade, le croyant qui se veut cultivé et bien au-dessus des querelles de chapelles tellement stériles, commence par se dire que c'est faire preuve d'une étroitesse d'esprit peu en rapport avec l'enseignement évangélique que de limiter les réflexions et les débats touchant à la religion à ce que pensent les différents groupes de fidèles. Et peu à peu, il se dit que pour avoir la paix, pour pouvoir prier en paix, mieux vaut respecter toutes les "sensibilités", l'essentiel étant d'accepter l'idée de l'existence de Dieu et de faire en sorte que chacun puisse se sentir à l'aise dans la liturgie de son choix. Et de "latitudinaire" qu'il était, le croyant devient "déiste" : il pourra se contenter de célébrer un Dieu qui chante et qui fait danser la vie... et accepter qu'ailleurs on chante le Credo de l'Eglise. Après tout, l'Eglise ne doit-elle pas se montrer ouverte et tolérante, charitable et accueillante comme l'était le Christ lui-même ?

 

Le "déiste" reconnaît l'existence de Dieu - d' "un" Dieu -, mais il ne l'identifie pas clairement et devient suspicieux dès qu'on lui parle de Révélation, d'Eglise, de Magistère, le liturgie, de rites... Si le "déiste" continue d'aller à la messe du dimanche, c'est essentiellement pour y retrouver le groupe local des croyants qui se contente d'adhérer au plus petit dénominateur commun en matière de foi. Le "déiste" se sent donc davantage en communion avec la communauté paroissiale de son choix, avec ses particularisme liturgiques, qu'avec toute l'Eglise : il préfèrera toujours la liturgie de "son église" à la "liturgie de l'Eglise". C'est cette position qui permet de comprendre qu'à la messe dominicale, le "déiste" acceptera plus facilement les fantaisies liturgiques du célébrant local qu'une liturgie célébrée vraiment comme l'Eglise demande qu'elle soit célébrée. Enfin, en constatant que personne n'est plus véritablement d'accord sur les questions de foi et sur la façon de célébrer cette foi à géométrie variable, le "déiste" finira par se désintéresser des questions religieuses et versera dans l'indifférence, puis dans l'athéisme. Il sera devenu l'exemple du croyant qui ne pratique pas.

 

Le "latitudinarisme", que l'on retrouve aujourd'hui sous de multiples formes dans nos communautés paroissiales, est moins un ensemble de convictions bien établies qu'une mentalité. A son origine se trouve une blessure difficile à situer et dont les séquelles, impossible à éradiquer, se manifestent sous forme d'une aimable piété, d'une attitude d'ouverture sympathique à l'autre - y compris à ses erreurs -, d'un sentiment d'autosatisfaction permettant de faire la leçon aux autres - essentiellement à ceux qui sont considérés comme "intolérants" simplement parce qu'eux, au moins, ont des convictions -, et aussi sous forme d'une honnête conviction qu'après tout, chacun peut se construire sa propre foi et que l'Eglise doit évoluer avec son temps. Ce sont ces perpétuelles concessions faites à la modernité, à l'esprit du temps, au bons sentiments et aux idées dans le vent qui alimentent ce qu'on a appelé "la trahison des clercs" et qui incitent à célébrer des liturgies aléatoires conduisant à vider les églises après avoir dépouillé les fidèles de leur foi. Tout ce qui vient d'être décrit se déroule étape après étape dans nos paroisses, sous nos yeux et devant les clercs devenus myopes au point de ne plus voir que leurs façons de traiter la liturgie est le principal moteur de cette déchristianisation qu'ils déplorent.

 

Pro Liturgia

La Fête de la Présentation du Seigneur (Chandeleur) est probablement l'une des célébrations de l'année liturgique qui est la plus émouvante : c'est une fête de l'intimité et de la joie intérieure. On dit que Benoît XVI l'aime particulièrement... En silence et dans un total effacement, nous suivons Joseph et Marie qui se rendent au Temple pour y présenter leur enfant, tout simplement. Et là, soudain, une seule parole du "vieux" Syméon va venir tout illuminer. En elle nous trouverons un résumé de l'attente contenue dans tout l'Ancien Testament, et en même temps toute la perspective que nous offre la promesse du Nouveau Testament. Cette lumière brillera toujours : non pas une lumière éblouissante, mais une clarté douce et pénétrante, comme celle du cierge que la liturgie du jour nous invite à porter; la lumière de la foi vécue dans le coeur de Siméon l'aveugle, dans le coeur de ce Juif qui avait toujours cru et espéré.On peut dire que Siméon est un homme de l'Ancienne Alliance qui vit avec, dans son coeur, le germe de la foi chrétienne.

 

 

 

 

crepes.jpegLa fête chrétienne de la Chandeleur a, pense-t-on, supplanté une antique fête païenne qui se déroulait à Rome au début de février et qui comportait une procession dans les rues de la ville. Au-delà de ce rappel historique, on peut aussi considérer la dimension cosmique de cette fête: c'est souvent en cette période de l'année qu'on constate que les jours commencent à augmenter... Un peu comme si le Christ, en nous envoyant en mission dans ce monde, voulait nous donner la lumière qui guidera nos pas. Un peu comme si nous sortions définitivement de la pénombre de la crèche de la Nativité pour aller vers ce monde qui a tend besoin d'entendre la Bonne Nouvelle. Le Seigneur commence son ministère public en Galilée et à son exemple, nous nous engageons dans notre mission chrétienne avec une totale confiance puisque, comme pour Syméon, nos yeux ont reconnu le Salut. La fête de la Chandeleur a des origines orientales. Au début, elle était une commémoration de la naissance du Christ à l'occasion de la rencontre de Jésus avec Siméon. Vers le Vème siècle, cette "fête de la rencontre" se célèbre avec des cierges. Puis ce rite s'introduit dans l'Eglise latine, peut-être sous l'influence du pape Gélase, plus vraisemblablement sous celle du pape Théodore Ier. La procession elle-même est introduite à Rome sous le pontificat de Serge Ier au VIIè siècle. On part alors de l'église Saint-Hadrien, où était l'ancien sénat impérial à l'entrée du Forum, pour se rendre à Sainte-Marie-Majeure où le Souverain Pontife célèbre la messe. C'est parce que les fidèles portent des cierges durant la procession que la fête de la Présentation du Seigneur prend le nom de "Chandeleur" en France, de Candelmass en Angleterre, et de Lichtmesse en Allemagne. L'objet de la fête de la Chandeleur est triple : la Purification de Marie, la Présentation de Jésus au temple, et la rencontre avec Syméon. Selon les termes de la Loi de Moïse, une femme ayant donné naissance à un garçon ne devait pas paraître au sanctuaire ni toucher des objets sacrés pendant 40 jours. A l'issue de cette période, elle devait se soumettre à une cérémonie rituelle consistant à offrir un jeune agneau où, pour les gens moins fortunés, un couple de tourterelles. Cette offrande était faite en signe d'expiation pour le flux de sang de la jeune accouchée, phénomène physiologique jugé impur par la Loi mosaïque; d'où le nom de "fête de la purification de la Vierge Marie". D'autre part, depuis l'Exode et le massacre des premiers-nés égyptiens, les parents juifs avaient l'obligation de présenter au Temple leur premier enfant 40 jours après sa naissance, afin de le "racheter" par une offrande. Ce geste rituel signifiait que toute vie n'appartient qu'à Dieu, Créateur et Maître de toute chose. Enfin, au moment où Joseph et Marie accomplissent ces gestes, voici qu'un vieil aveugle prend l'Enfant-Jésus dans ses bras et bien que ne voyant rien, le "reconnaît" comme étant la "Lumière des Nations" (ou "Lumière du monde" pour reprendre le titre du livre de Benoît XVI).

 

La liturgie, très simple, commence par la distribution des cierges pendant que la schola chante l'antienne Ecce Dominus noster. La distribution achevée, le célébrant chante la première oraison, bénit les cierges et invite les fidèles à former la procession pour se rendre à l'église. En tenant les cierges allumés, on marche en chantant l'antienne dont les paroles sont celles dites par Syméon : Lumen ad revelationem gentium, et gloriam plebis tuae Israel... Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum tuum in pace. Quia viderunt oculi mei salutare tuum. Quand parasti ante faciem omnium populorum. Le refrain de ce chant, très simple, est facilement retenu et chanté par les fidèles. En entrant dans l'église, on chante une nouvelle antienne d'origine grecque. Le chant s'adresse à l'Eglise à laquelle il est demandé de s'orner des plus belles parures de joie pour accueillir le Roi de gloire : Adorna thalamum tuum, Sion, et suscipe Regem Christum... Lorsque le célébrant est à l'autel qu'il encense, la schola exécute le chant d'entrée : Suscepimus Deus, misericordiam tuam in medio templi tui... Cette prière de l'Eglise est mise dans la bouche de Marie, de Joseph, de Syméon et de la prophétesse Anne : témoins de la scène qui est commémorée, ils chantent ensemble la gloire de Dieu. La mélodie est très simple ; elle atteint son sommet sur le mot nomen pour souligner l'importance du nom reçu par le Seigneur : "Emmanuel", qui signifie "Dieu avec nous". 

 

Qu'avec Syméon et Marie nous sachions reconnaître et chanter la présence de Dieu tout au long de cette année liturgique ! Cette joie de la Chandeleur se prolonge en famille grâce au "rituel" des crêpes. Puisqu'il s'agit de fêter la Lumière, on fait sauter la crêpe qui, avec sa belle couleur dorée, est un symbole solaire qu'on retrouve dans de nombreuses cultures. Faire sauter la crêpe, c'est inviter le soleil à monter toujours plus haut pour que nous puissions sortir de l'hiver... Et il ne faut pas oublier de tenir une piecette d'or dans la main: l'or est aussi un métal dont la brillance est associée à celle de l'astre du jour.« Laissons là les oeuvres des ténèbres et revêtons les armes de lumière », nous dit S. Paul.

Il y a certains traditionalistes qui aiment habiller les prélats comme on les habillait à la Renaissance : avec une cappa magna démesurée (alors que Pie XII l'avait sagement raccourcie), avec de l'hermine... etc. Ces sortes de défilés de mode n'ont rien à voir avec la liturgie; ils aboutissent à faire croire que l'esthétique d'une célébration est proportionnelle à la lourdeur du decorum, ce qui a pour conséquence de faire porter l'attention des fidèles davantage sur celui qui célèbre que sur Celui qui doit être célébré. On se retrouve alors dans une situation identique à celle qu'on remarque chez les prêtres qui, en déformant la forme ordinaire de la liturgie romaine, transforment les messes en spectacles où l'accent est mis sur le célébrant et sa créativité. Dans l'un comme dans l'autre cas, on pense que c'est l' "emballage" qui fait tout : il permet même de camoufler la vacuité de certaines célébrations liturgiques. Les fidèles qui se rendent à l'église se soucient alors plus de savoir si c'était une "belle messe" que de savoir si la messe était incontestablement "catholique". Dans l'Exhortation Sacramentum caritatis, Benoît XVI rappelle que la liturgie a un lien intrinsèque avec la beauté. Mais le Souverain Pontife précise immédiatement que la beauté dont il est question ici n'est pas un facteur décoratif de l'action liturgique mais plutôt un élément constitutif qui doit resplendir selon la nature propre de la liturgie. Autrement dit, la vraie beauté de la liturgie ne naît pas de ce qu'on ajoute à une célébration, mais de la mise en valeur de ce qui émane du rite lui-même lorsqu'il est fidèlement accompli.

 

Pro Liturgia

La plupart des messes célébrées dans nos paroisses sont passablement éloignées de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Et soutenir le contraire serait mensonger. En veut-on une preuve ? Il suffit de lire ce que dit le Missel romain actuel au n°24 : « [Le célébrant] se souviendra (...) qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe. » Ce passage qui ne saurait être plus clair laisse clairement entendre qu’il ne saurait y avoir de différences sensibles d’une messe à l’autre. Or... Il est vrai que le même Missel parle de « possibilités d’adaptation ». Mais les « possibilités d’adaptation » dont il question - et qui sont fort peu nombreuses - ne sont en aucun cas des autorisations d’improviser. Adapter, c’est chercher à faire du mieux qu’on peut en fonction de circonstances particulières qui ne permettent pas de déployer toute la richesse des rites. Ça ne doit pas aller au-delà.

 

 

 

Alors demeure cette question : comment se fait-il qu’une majorité de célébrants - souvent évêques en tête, comme le faisait remarquer le Cardinal Ratzinger - ajoutent, enlèvent et changent des parties de la liturgie ? La réponse est simple : c’est parce qu’ils désobéissent. Et ils désobéissent parce lorsqu’ils étudiaient dans les séminaires, on les a persuadé qu’il fallait désobéir ; on les a même obligé à désobéir... Un séminariste était contraint par ses Supérieurs de désobéir s’il voulait être ordonné prêtre. Dans les séminaires de France, il a été longtemps interdit de suivre le Missel romain : la liturgie se devait d’être au diapason de la théologie progressiste, de l’exégèse bultmanienne, de la pastorale imprégnée d’idée gauchisantes puisées dans les thèmes chers à l’Action Catholique Ouvrière, du complexe anti-romain... Les liturgies « adaptées », « trafiquées », « bêtifiantes »... sont donc devenues une norme pour toute une génération de prêtres qui les ont imposées à des paroisses entières que fréquentent aujourd’hui des fidèles habitués à des messes aléatoires célébrées sans tenue ni dignité. Alors cessons une fois pour toutes de dire - comme le font les « traditionalistes » - que tout ça est la faute du Concile : l’effondrement de la liturgie - qui est un fait - trouve sa source uniquement dans le manque de formation d’un clergé devenu totalement inconséquent. Il trouve aussi sa source dans une rébellion contre toute autorité. Cette rébellion existait déjà bien avant le Concile, mais elle était rampante, sourde, dissimulée sous les apparences d’une liturgie réglée comme du papier à musique... Cette rébellion a profité de Vatican II pour éclater et se révéler au grand jour... sous les yeux ébahis de quelques évêques d’un autre siècle incapables de comprendre pourquoi l’Eglise se mettait soudain à tousser. Répétons-le : le problème de la liturgie est un problème de formation défectueuse et d’autorité contestée. En aucun cas un problème « conciliaire ».

 

Pro Liturgia

Quand on « va à la messe » dans une paroisse quelconque, on s’aperçoit vite - pour peu qu’on ne soit pas disposé à tout accepter - que la liturgie qui est célébrée évoque plus souvent ce que le Christ n’est pas plutôt que ce qu’il est. Un théologien disait que les messes actuelles célèbrent plus l’ « absence réelle » de Dieu que sa présence. Cet inversement du sens de la liturgie vient de ce que les célébrations sont désormais devenues des « activités pastorales » où se côtoient le tragique, l’absurde et la vacuité de la pensée. Bien des messes ne sont plus que les marques d’une pseudo-religion dans laquelle le célébrant n’est plus dans sa fonction sacerdotale. Pour comprendre le pourquoi de cette corruption de la liturgie, il faut voir que l’idée dominante qui s’est emparée d’un grand nombre de fidèles - aussi bien clercs que laïcs - est que la liturgie devait relever du conceptuel. C’est-à-dire de ce qui privilégie l’idée subjective au détriment de la réalité objective. Ainsi imagine-t-on des célébrations qui correspondent à une idée mais qui ne sont plus « liturgiques » au sens catholique du terme.

 

Dans les paroisses, il est donc devenu très difficile de trouver une « messe » : à la place n’existent que des rassemblements autour de l’affirmation faite par le prêtre lui-même que « la liturgie, c’est ça ». La messe relève donc d’une idéologie devant être confirmée et approuvée par l’ « establishment » : elle n’est plus que le fruit de l’arbitraire et ne prétend plus avoir un caractère essentiel ou véridique. De là cette infinie variété de célébrations desquelles est exclu un élément fondamental : la liturgie elle-même. De fait, les « messes » actuelles ne sont plus fondées sur ce qui est transmis par l’Eglise, mais plutôt sur l’interdiction de plusieurs éléments clés de la liturgie : la connaissance et le respect des rites, la dignité, la beauté, l’usage du latin et du chant grégorien... Et la plupart des fidèles qui pratiquent encore, croyant toujours qu’ils participent à des célébrations qui sont dans le prolongement du concile Vatican II, ne perçoivent plus la réalité de la situation catastrophique dans laquelle ces interdictions plongent le triple rapport liturgie-Eglise-foi.

 

Dans les diocèses de France, à des degrés divers, les messes bricolées sont devenues la forme d’expression officielle et acceptable de la liturgie. Ces messes font désormais partie d’une stratégie dans laquelle les opinions souvent infondées mais pastoralement correctes de quelques clercs autoproclamés « spécialistes », déterminent ce que devra être une « belle » célébration, une célébration « qui plaît ». On est alors dans un système totalitaire où la liturgie ne sert à rien d’autre qu’à l’autosatisfaction de quelques fidèles : il n’y a plus ni célébration de la gloire de Dieu, ni transmission de connaissances, ni reconnaissance du passé. Et il n’y a certainement rien à apprendre et à transmettre pour le fidèle, étant donné que l’apprentissage et la transmission nécessitent une stabilité rituelle qui risquerait de dénaturer le talent dont se prévalent quelques uns pour réinventer les célébrations dimanche après dimanche. 

 

Les célébrations liturgiques qui se veulent actualisées, « évolutives » et participatives sont un profond vide culturel et cultuel. Mais quiconque oserait le dire - comme le petit enfant dans l’histoire des habits neufs de l’empereur qui a dit que l’empereur était nu - serait ignoré ou considéré comme impertinent. Les messes paroissiales actuelles n’ayant plus pour objectif d’offrir aux fidèles une référence à la beauté et à la Vérité, il ne saurait donc être question d’y trouver la moindre trace d’esthétique reflétant la Beauté de la foi objective. Désormais, les messes ne sont conçues qu’avec l’intention de servir l’ « ego » déchu de quelques fidèles activistes. En fait, un peu comme pour les anges déchus et devenus démons, la devise de ceux qui imaginent des célébrations ne respectant pas le Missel romain pourrait être « non serviam ».

 

Pro Liturgia 

Quelle doit être le rôle des laïcs au sein de l'Eglise ? Quelle doit être leur mission ?
On a de plus en plus l'impression, quand on voit ce qui se passe dans nos paroisses, que plus un fidèle laïc a la possibilité de participer aux décisions pastorales, plus il est un chrétien modèle. On en arrive alors à des situations inextricables qui font qu'un curé de paroisse ne peut plus rien faire - surtout s'il veut faire comme l'Eglise le demande - s'il n'a pas la "permission" des laïcs constitués en "équipes".
Un exemple récent parmi d'autres illustre bien cette situation : dans une paroisse, un nouveau curé arrive. Un fidèle se rend à la messe dominicale et s'aperçoit que la liturgie est... minable. Il s'en étonne d'autant plus qu'il avait appris que le nouveau curé était plutôt "moins farfelu" sur le plan liturgique, que l'ancien. Renseignements pris, le fidèle apprend que le nouveau chargé d'âmes aimerait "rectifier" certaines pratiques, mais dès qu'il veut faire quelque chose dans cette direction, il se heurte aux membres de l' "équipe" - qui comprend aussi la chorale paroissiale - mise en place par son prédécesseur. Voulant éviter un "clash" l'actuel curé ne prend donc plus aucune décision... Quant au curé du secteur paroissial voisin, il n'a même plus les clés du tabernacle de l'église principale : elles sont détenues par une "madame" très influente dans l' "équipe" liturgique.
Alors, quel doit être l'engagement des fidèles laïcs ? D'après le Concile Vatican II, ils aident réellement l'Eglise et jouent leur rôle lorsqu'ils témoignent de leur foi dans leur famille, leur profession, la vie politique, leur cadre culturel, durant leurs loisirs et aussi dans les associations dont ils font partie. C'est cela qui ancre l'Eglise dans la société. En d'autres termes, le Concile n'a jamais appelé les fidèles à "grenouiller" dans les sacristies ou à se faire voir et entendre dans le choeur des sanctuaires : il les a invités à témoigner de leur foi à travers le monde.
C'est ce que vient de rappeler Mgr Martin Grichting, Vicaire générale du diocèse de Coire (CH), qui constate qu'en Suisse les prêtres ne peuvent plus rien faire tellement les groupes de fidèles laïcs ont pris de l'importance et font pression pour faire passer des idées qui sont souvent en totale contradiction avec les enseignements du Successeur de Pierre.

 

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« Le geste du corps est en lui-même porteur d’un sens spirituel sans laquelle l’attitude physique resterait sans signification. L’acte spirituel, de par son essence, de par l’unité corps-âme de l’homme, doit nécessairement s’exprimer dans le corps. Il se peut bien que l’agenouillement  soit étranger à la culture moderne, pour la bonne raison que c’est une culture qui s’est éloignée de la foi et ne connaît  plus celui devant lequel l’agenouillement est le geste juste, et même intrinsèquement nécessaire. Qui apprend à croire, apprend aussi à s’agenouiller, et une foi ou une liturgie qui ne connaitrait plus l’agenouillement serait malade dans son centre. Partout où il a été perdu, l’agenouillement doit être réappris afin que, par notre prière, nous restions dans la communauté des apôtres et des martyrs, dans la communauté du cosmos tout entier, en union avec Jésus-Christ. »

 

 

Extrait de "L'Esprit de la Liturgie" (Cardinal Ratzinger)

Sur les ruines de la liturgie, telles qu’elles apparaissent dans nos paroisses, germe aujourd’hui un modèle de religion dont les adeptes finissent souvent par se comporter en « athées dévots ». Ils ne croient plus en la Présence réelle, ne savent plus ce qu’est le sacerdoce, n’écoutent plus le Successeur de Pierre... mais continuent sans scrupules à enclaver Dieu pour en faire la clé de voûte d’un système - le leur - qui sert les intérêts des pouvoirs dominants dans les paroisses et les diocèses. Dans ce contexte, les célébrations liturgiques finissent par n’être plus qu’un « badge identitaire », un artifice permettant de dissimuler des avantages personnels sous le masque de la religion, de la participation, de l’engagement. La germination de ce nouveau modèle religieux, plein de contradictions pastorales et d’approximations théologiques, est fondamentalement lié à l’écroulement de la liturgie de l’Eglise. Ce mouvement ne rassemble plus que ceux qui persistent à s’autocélébrer pour refuser de voir qu’ils se trouvent entraînés, de leur propre fait, dans un mouvement qui les conduit à remplacer la foi par des opinions éphémères.

Contrairement à ce qu’on dit, le « pluralisme liturgique » accordé par certains clercs n’est pas le fruit de leur générosité. Il n’est que l’expression d’une idéologie plus vaste : celle du refus des limites, celle de la haine du donné, celle du prométhéisme hédoniste qui vise à transformer la foi en opinion et les messes en rassemblements de la « bien-pensance » paroissiale qui convient aux adepte d’un christianisme sans doctrine. Hannah Arendt a fait remarquer que la croyance que tout est possible n’entraîne qu’une certitude : tout peut être détruit. Par conséquent, quand on commence par croire que la liturgie peut être adaptée, manipulée, et qu’une façon de célébrer en vaut bien une autre, alors on finit par être persuadé que toute liturgie célébrée dans les normes ne mérite que d’être défaite.

 

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