En discutant avec des prêtres exerçant selon « la forme extraordinaire » mais aussi avec ceux exerçant selon « la forme ordinaire » de l’unique rit romain, certains d’entre eux semblent oublier que la liturgie ne leur appartient pas mais qu’elle est avant tout action du Christ et de l’Eglise, son Epouse Mystique ! Elle ne doit et ne peut donc pas être utilisée de manière idéologique voire volontairement partisane…

 
 
 
 
En liturgie, la sensibilité a toute son importance. Mais uniquement à condition qu'elle ne s'exprime que pour adhérer à ce qui est juste et vrai, et pas qu'elle soit utilisée pour justifier l'introduction de pratiques subjectives, partisanes, idéologiques qui vont dénaturer la liturgie. Quand on apprend que, pour la messe d'enterrement de tel acteur de cinéma, on a fait interpréter la musique de tel ou tel film, la sensibilité est ici totalement décalée par rapport à la vérité liturgique que seule peut garantir l'intégrité de la célébration. Donc, avant d'introduire en liturgie ce qui est sensé plaire aux fidèles ou répondre à telle ou telle sensibilité, il convient d'apprendre ce qui se passe réellement au cours d'une célébration eucharistique, afin de ne pas laisser vagabonder son émotivité là où elle n'a pas à aller. Si l'on a conscience que la Messe est la reproduction (de manière actualisante, commémorative) de l'Unique Saint-Sacrifice de la Croix, que Notre Seigneur s’immole de nouveau avec Son Epouse Mystique mais de manière non-sanglante, alors il faut convenir qu'il y a des musiques et des comportements qui ne conviennent pas dans le cadre d'une liturgie, même s'ils correspondent à une sensibilité tout à fait respectable en elle-même : on peut tout de même légitimement penser que la Vierge Marie et Saint Jean, au pied de la Croix, n'avaient pas précisément le cœur à taper dans les mains au rythme d'un refrain jazzy... « La liturgie n’est pas un show ! » (Cardinal Ratzinger, Entretien sur la Foi). De l’autre côté, si je puis m’exprimer ainsi, la liturgie ne doit pas se limiter à une « spiritualité des rubriques jusqu’au baiser des burettes » ! (Dom Louis-Marie, Père-Abbé du Barroux).
 
La sensibilité ne crée pas ce qui est juste ou bon. Elle permet d'adhérer avec son cœur à ce qui est Vrai, sachant que la Vérité est antérieure à nos sentiments. Ce ne sont donc ni notre sensibilité ni nos goûts qui doivent gouverner la liturgie, mais c'est la liturgie de l'Eglise qui doit canaliser notre sensibilité et éduquer nos goûts. Sans une telle canalisation, sans une telle éducation, la sensibilité introduite en liturgie se transformera en sensiblerie ou en sentimentalisme, et l'éducation se limitera à n'être plus qu'un stérile formatage des esprits. Sentimentalisme religieux et formatage des esprits ne peuvent qu'engendrer des célébrations qui replient l'homme sur lui-même au lieu de lui donner de pouvoir s'ouvrir à l'Absolu.
 
Inspiré de Pro Liturgia

Dans la Lettre accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum et qui a été adressée directement aux évêques par Benoît XVI, il convient de prêter une attention toute particulière à trois points qui concernent directement de nombreux prêtres se réclamant du concile Vatican II et de la liturgie actuelle :

 
 
 
 
Premier point : Le pape Benoît XVI souligne avant tout "que le Missel publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure évidemment la Forme normale de la liturgie Eucharistique". Cette affirmation signifie très clairement que les célébrations liturgiques qui se font sans respecter ce Missel (ce qui est le cas dans la majorité des paroisses de France) ne peuvent constituer que des formes liturgiques "anormales", "bâtardes" que l'Eglise ne peut pas considérer comme siennes.
 
Deuxième point : Le pape fait remarquer que l'attachement de certains fidèles à la forme ancienne de la liturgie s'est fait "parce qu'en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel". Le pape écrit bien "en de nombreux endroits", ce qui contredit certains évêques de France qui nous disent, aujourd'hui encore, qu' "il y a pu avoir ici ou là quelques mises en œuvre maladroites de la liturgie". Et le Saint-Père ajoute que le Missel actuel "finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité qui a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable." Oui, nous le savons et le constatons : la "créativité", qui fut rendue obligatoire dès les lendemains de Vatican II le demeure aujourd'hui encore dans la majorité des paroisses.
 
Troisième point : Benoît XVI rappelle aux évêques - car c'est d'abord à eux que s'adresse sa Lettre - que "la meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part, est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions car c'est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel". On a bien lu : "célébrer en conformité avec les prescriptions du Missel"... ce que ne veulent ou ne savent plus faire de nombreux célébrants qui, sous prétexte de rendre la liturgie plus "vivante" et plus "parlante", la transforment en une "une autocélébration de l'assemblée elle-même substituée à la célébration de l'œuvre de Dieu, voire à l'annonce d'un nouveau modèle d'Eglise" (cf. Mgr Vingt-Trois).

C’est le 7 juillet dernier qu’a enfin été publié le motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI qui libéralise, dans la pratique, l’usage du Missel Romain de 1962. 30Jours a demandé au cardinal Darío Castrillón Hoyos, président de la Commission Pontificale «Ecclesia Dei» depuis 2000 (ainsi que préfet de la Congrégation pour le clergé de 1996 à 2006), d’illustrer les contenus les plus importants du motu proprio Summorum pontificum…

 
 
 
 
 
 
Éminence, quel est le sens de ce motu proprio qui libéralise l’usage du Missel dit de saint Pie V ?
Quand ont eu lieu, après le Concile Vatican II, les changements dans la liturgie, des groupes importants de fidèles et aussi d’ecclésiastiques se sont sentis mal à l’aise parce qu’ils étaient fortement liés à la liturgie en vigueur depuis des siècles. Je pense aux prêtres qui avaient célébré pendant cinquante ans cette messe suivant le rite de saint Pie V et qui, à l’improviste, se sont trouvés dans l’obligation d’en célébrer une autre, je pense aux fidèles habitués depuis des générations à l’ancien rite, je pense aussi aux petits, comme les enfants de chœur, qui se sont trouvés tout d’un coup dépaysés car ils devaient servir la messe selon le Novus ordo. Il y a donc eu un malaise à différents niveaux. Pour certains, celui-ci était même de nature théologique, car ils estimaient que l’ancien rite exprimait mieux que celui qui avait été introduit le sens du sacrifice. D’autres, pour des raisons culturelles aussi, avaient la nostalgie du chant grégorien et des grandes polyphonies qui étaient une richesse de l’Église latine. Et ce qui aggravait le tout, c’est que ceux qui éprouvaient ce malaise attribuaient ces changements au Concile, alors qu’en réalité le Concile en soi n’avait ni demandé ni prévu les détails de ces changements. La messe que célébraient les pères conciliaires était la messe de saint Pie V. Le Concile n’avait pas demandé la création d’un nouveau rite, mais un usage plus large de la langue vernaculaire et une plus grande participation des fidèles.
 
 
 
 
D’accord, c’était le climat qu’on respirait il y a quarante ans. Mais aujourd’hui, la génération qui avait manifesté ce malaise n’existe plus. Et il y a plus: le clergé et le peuple se sont habitués au Novus ordo, et dans leur immense majorité, ils s’en trouvent très bien.
C’est exactement cela: dans leur immense majorité, même si un grand nombre ignore ce qui a été laissé de côté avec l’abandon de l’ancien rite. Mais tout le monde ne s’est pas habitué au nouveau rite. Curieusement, il semble même que fleurisse, dans les nouvelles générations, parmi les laïcs comme parmi les clercs, un intérêt et une estime envers l’ancien rite. Et il s’agit de prêtres et de simples fidèles qui n’ont parfois rien à voir avec les disciples de Mgr Lefebvre. Il y a là, des faits, des faits de l’Église, auxquels les pasteurs ne peuvent faire la sourde oreille. C’est pour cela que Benoît XVI, qui est un grand théologien à la profonde sensibilité liturgique, a décidé de promulguer le motu proprio.
 
 
 
 
Mais n’y avait-il pas déjà un indult ?
Si, il y avait déjà un indult, mais Jean Paul II avait déjà compris que l’indult n’avait pas été suffisant, ne serait-ce que parce que certains prêtres et certains évêques rechignaient à l’appliquer, mais surtout parce que les fidèles qui désirent célébrer avec l’ancien rite ne doivent pas être considérés comme des fidèles de deuxième catégorie. Il s’agit de fidèles auxquels doit être reconnu le droit d’assister à une messe qui a nourri le peuple chrétien pendant des siècles, qui a nourri la sensibilité de saints tels que Saint Philippe Néri, don Bosco, Sainte Thérèse de Lisieux, le bienheureux Jean XXIII et le serviteur de Dieu, Jean Paul II lui-même. Ce dernier, comme je viens de le dire, avait compris le problème de l’indult et il avait donc déjà l’intention d’étendre l’usage du Missel de 1962. Je dois dire que dans les rencontres avec les cardinaux et avec les chefs de dicastères au cours desquelles on avait parlé de ces mesures, les résistances étaient vraiment très limitées. Benoît XVI, qui a suivi ce processus depuis le début, a franchi ce pas important déjà imaginé par son grand prédécesseur, Jean-Paul II. Il s’agit d’une mesure pétrinienne émise par amour du grand trésor liturgique qu’est la messe de Saint Pie V, et aussi par amour de pasteur envers un groupe considérable de fidèles.
 
 
 
 
Et pourtant, les résistances n’ont manqué de la part d’une partie des représentants de l’épiscopat eux-mêmes...
Des résistances qui dépendent, selon moi, de deux erreurs. La première erreur d’interprétation est de dire qu’il s’agit d’un retour au passé. Il n’en est pas ainsi. Ne serait-ce que parce qu’on ne retire rien au Novus ordo, qui reste le mode ordinaire de célébrer l’unique rite romain; tandis que la liberté de célébrer la messe de Saint Pie V est donnée à ceux qui le veulent comme forme extraordinaire.
 
 
 
 
Il s’agit de la première erreur de ceux qui se sont opposés au motu proprio. Et la seconde ?
Qu’il s’agisse de diminuer le pouvoir épiscopal. Mais il n’en est pas ainsi. Le Pape Benoît XVI n’a pas changé le Code de droit canonique. L’évêque est toujours le modérateur de la liturgie dans son propre diocèse. Mais le Siège apostolique a la compétence d’ordonner la sainte liturgie de l’Église universelle. Or un évêque doit agir en harmonie avec le Siège apostolique et il doit garantir à chaque fidèle ses propres droits, y compris celui de pouvoir participer à la messe de Saint Pie V, comme forme extraordinaire du rite.
 
 
 
 
Et pourtant, il a été affirmé qu’avec ce motu proprio, Ratzinger «bafoue le Concile» et «fait un affront» à ses prédécesseurs Paul VI et Jean Paul II...
Benoît XVI suit le Concile, qui n’a pas aboli la messe de saint Pie V ni n’a demandé de le faire. Et il suit le Concile qui a recommandé d’écouter la voix et les désirs légitimes des fidèles laïcs. Ceux qui affirment ces choses devraient lire les milliers de lettres qui sont arrivées à Rome pour demander la liberté de pouvoir assister à la messe à laquelle ils se sentent tellement liés. Et le Pape ne s’oppose pas à ses prédécesseurs qui sont abondamment cités dans le motu proprio comme dans la Lettre autographe du pape Benoît XVI qui en accompagne la publication. Dans certains cas, Paul VI a immédiatement concédé la possibilité de célébrer la messe de Saint Pie V. Comme je l’ai dit, Jean Paul II voulait préparer un motu proprio semblable à celui qui a été publié aujourd’hui.
 
 
 
 
On a aussi évoqué le risque qu’une petite minorité de fidèles puisse imposer la messe de Saint Pie V à la paroisse...
Ceux qui ont dit cela n’ont évidemment pas lu le motu proprio. Il est clair qu’aucun curé ne sera obligé à célébrer la messe de Saint Pie V. Mais si un groupe de fidèles, ayant un prêtre disposé à le faire, demande à célébrer cette messe, le curé ou le recteur de l’église ne pourront pas s’y opposer. Évidemment, s’il y a des difficultés, il reviendra à l’évêque de faire en sorte que tout se passe sous le signe du respect et, dirais-je, du bon sens, en harmonie avec le Pasteur universel.
 
 
 
 
Mais ne court-on pas le risque qu’avec l’introduction de deux formes, l’une ordinaire, l’autre extraordinaire, puisse naître une confusion liturgique dans le rite latin, dans les paroisses et dans les diocèses ?
Si les choses sont faites conformément au simple bon sens, on ne court pas ce risque. D’autre part, il y a déjà des diocèses dans lesquels on célèbre des messes dans différents rites, car il s’y trouve des communautés de fidèles latins, gréco-catholiques ukrainiens ou ruthènes, maronites, melchites, syro-catholiques, chaldéens, etc. Je pense par exemple à certains diocèses aux États-Unis, comme Pittsburgh, qui vivent cette variété liturgique légitime comme une richesse, et non pas comme une tragédie. Et puis il existe aussi de simples paroisses qui accueillent des rites différents du latin, même de communautés orthodoxes ou préchalcédoniennes, sans que cela crée de scandale. Je ne vois donc pas de danger de confusion. À condition, je le répète, que tout se déroule dans l’ordre et dans le respect réciproque.
 
 
 
 
Il y a aussi des gens qui pensent que ce motu proprio porte atteinte à l’unicité du rite qui aurait été voulu par les Pères conciliaires...
Étant admis que le rite latin reste unique, quoiqu’on puisse le célébrer sous deux formes, je me permets de rappeler qu’il n’y a jamais eu, dans l’Église latine, un seul rite pour tous. Aujourd’hui, par exemple, il y a tous les rites des Églises orientales en communion avec Rome. Et même dans le rite latin, il y a d’autres rites que le rite romain, comme le rite ambrosien ou le rite mozarabique. La messe de Saint Pie V elle-même, lorsqu’elle a été approuvée, n’a pas annulé tous les rites précédents, mais seulement ceux qui ne pouvaient pas se prévaloir d’au moins deux siècles d’ancienneté...
 
 
 
 
Et la messe de Saint Pie V a-t-elle jamais été abolie par le Novus ordo ?
Le Concile Vatican II ne l’a jamais fait, et il n’y a jamais eu par la suite aucun acte positif qui l’ait établi. La messe de Saint Pie V n’a donc jamais été formellement abolie. Il est de toute façon étonnant que ceux qui s’érigent en interprètes authentiques de Vatican II en donnent, dans le domaine liturgique, une interprétation aussi restrictive et aussi peu respectueuse de la liberté des fidèles, en finissant par faire sembler ce Concile encore plus coercitif que le Concile de Trente.
 
 
 
 
Le motu proprio n’établit pas de nombre minimum de fidèles nécessaire pour demander de pouvoir célébrer la messe de saint Pie V. Et pourtant, le bruit avait couru qu’il était question d’un seuil minimum de trente fidèles...
On a là la démonstration éclatante des innombrables pseudo-nouvelles qui ont été racontées sur ce motu proprio par des gens qui n’avaient pas lu les projets ou qui, de manière intéressée, voulaient peser sur son élaboration. J’ai suivi tout le parcours qui a mené à la rédaction finale et, autant que je me souvienne, aucun seuil minimum de fidèles, ni de trente, ni de vingt, ni de cent, n’est jamais apparu dans aucun projet.
 
 
 
 
Pourquoi ce choix de présenter le texte du motu proprio en avant-première, le 27 juin, à quelques ecclésiastiques ?
Le Pape Benoît XVI ne pouvait pas appeler tous les évêques du monde, alors il a convoqué quelques prélats, particulièrement intéressés à la question pour différentes raisons et représentatifs de tous les continents. C’est à eux qu’il a présenté le texte en leur offrant la possibilité de faire des observations. Tous les participants ont eu la possibilité de parler.
 
 
 
 
À la lumière de cette rencontre, y a-t-il eu des variations par apport au texte initial du motu proprio ?
De petites variations lexicales ont été demandées et introduites, rien de plus.
 
 
 
 
Quelles perspectives ce motu proprio peut-il ouvrir pour les disciples de Mgr Lefebvre ?
Ces derniers ont toujours demandé que chaque prêtre puisse célébrer la messe de Saint Pie V. Désormais cette faculté est reconnue officiellement et formellement. D’autre part, le Pape réaffirme que la messe que nous officions tous les jours, celle du Novus ordo, reste la modalité ordinaire de célébrer l’unique rite romain. Donc on ne peut nier la valeur, et encore moins la validité du Novus ordo. Ceci doit être clair.
 
 
 
 
Le motu proprio augmentera-t-il la responsabilité d’«Ecclesia Dei»?
Cette Commission a été fondée pour réunir les laïcs et les ecclésiastiques qui ont abandonné le mouvement de Mgr Lefebvre après les consécrations épiscopales illégitimes. Et de fait, elle a aussi travaillé par la suite pour un dialogue avec la Fraternité de saint Pie X elle-même dans la perspective d’une pleine communion. Aujourd’hui, le motu proprio s’adresse à tous les fidèles liés à la messe de Saint Pie V, et pas seulement à ceux qui proviennent de la mouvance de Mgr Lefebvre. Ceci présuppose donc, évidemment, un travail beaucoup plus important de notre part.
 

Dans la pensée de Benoît XVI, la célébration publique du rite tridentin en de nombreux lieux ne peut qu’aider puissamment à mettre en œuvre sa conviction profonde : procéder à une "réforme de la réforme". Au-delà du rétablissement du droit du missel de Saint Pie V, le Motu Proprio Summorum Pontificum pourrait alors annoncer quelque chose comme un missel de Benoît XVI…

 
 
 
 
 
 
 
LE MOTU PROPRIO EST UN TEXTE D'ÉTAPE
Ce texte sur la libéralisation de la messe traditionnelle, annonçant en filigrane d’autres mesures (renforcement en pouvoirs et en personnel de la Commission pontificale Ecclesia Dei), immédiatement suivi de la publication d’un document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui voudrait encadrer l’interprétation de l’une des expressions les plus floues du dernier Concile, le susbistit in, paraît confirmer le développement d’un véritable tournant ecclésiologique. Ses adversaires ne s’y sont pas trompés : sur la forme, le pape Benoît XVI, passe par-dessus une certaine "collégialité", pour s’appuyer sur les curés de paroisse dont un certain nombre sont notoirement acquis à la libéralisation liturgique, contribuant par le fait même, paradoxalement, à désenchaîner l’autorité personnelle des évêques de bonne volonté. Sur le fond, il rétablit la plénitude de principe du droit d’un rite liturgique anté-conciliaire et, par voie de conséquence, volens nolens, il minimise la légitimité du rite qui s’est voulu l’expression de la réforme de Vatican II. Cet acte est posé pratiquement quarante ans après la réforme liturgique : la "messe normative" selon le nouvel Ordo avait, en effet, été présentée aux évêques réunis en synode, en octobre 1967. Quarante ans… La durée de la Captivité de Babylone, ou celle du Grand Schisme, diront avec humour les amateurs de lecture "spirituelle" de l’histoire. Quarante ans d’un inintelligible cauchemar et 25 ans de préparation !
 
Mais la parution de ce Motu Proprio a été elle-même fort longue. On l’annonçait depuis le début du pontificat : le nombre de bruits, d’informations vraies mais prématurées, de désinformations, d’indiscrétions sur sa date, sur ses modalités, pourraient faire l’objet d’un livre, qui montrerait à quel point le principe de sa publication a soulevé d’oppositions, provoqué de démarches, entraîné d’hésitations depuis deux ans. Et même avant : on savait que dans les dernières années du pontificat de Jean-Paul II plusieurs cardinaux, dont Joseph Ratzinger, notre pape Benoît XVI, lui avaient demandé une mesure semblable à celle qui vient d’être prise. Auparavant, le cardinal Stickler avait révélé que le cardinal Ratzinger avait organisé une consultation de cardinaux pour leur demander si, à leur avis, la messe tridentine avait été ou non juridiquement abrogée. Plus anciennement encore, pratiquement dès l’entrée du même cardinal Ratzinger au Palais du Saint-Office, comme l’ont récemment révélé divers organes de presse, une réunion qu’il présidait s’était tenue à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 16 novembre 1982, avec les cardinaux Baum, Casaroli (Secrétaire d’État), Oddi (Clergé), Baggio (Evêques), et Mgr Casoria (Culte divin), au cours de laquelle avaient été approuvées à l’unanimité la non-abrogation de la messe traditionnelle et des mesures quasi identiques à celles qui viennent d’être publiées. En 1982 ! L’émergence de ce texte explosif n’a donc pas pris six mois ni deux ans, mais vingt-cinq ans !
 
Je me limiterai ici à quelques réflexions sur la portée ecclésiologique de l’article 1 de cette Lettre apostolique en forme de motu proprio de Benoît XVI. Il contient cette affirmation paradoxale – certains diront surréaliste – pour qui a vécu quarante années d’exclusions, pressions, marginalisations, voire de véritables persécutions : le missel traditionnel, en sa dernière édition "typique" (1962), n’avait jamais été abrogé ! Nombreux sont ceux, prêtres et fidèles, qui en ont ressenti une poignante émotion : en quelques mots, c’est toute une tranche d’histoire de leur vie, en son cœur – les conditions de la célébration de l’eucharistie – qui est déclarée n’avoir été qu’un inintelligible cauchemar. Durant quarante ans ! Inversement (du moins apparemment, car ce n’est pas vraiment contradictoire), l’article 1 déclare que l’un et l’autre missel, celui de Paul VI et celui de Saint Pie V, sont "deux expressions de la lex orandi de l’Église [qui] n’induisent aucune division de la lex credendi". Une situation totalement atypique est ainsi créée. Certes, il a toujours existé dans l’Église des rites liturgiques distincts correspondant à des aires géographiques, ethniques ou culturelles diverses, mais on avait jamais vu, non seulement une coexistence de fait, mais une consécration de droit du parallélisme de deux états successifs du même rite.
 
 
 
 
 
 
Lex orandi lex credendi ?
En effet, il y a normalement une osmose entre la croissance continue, sans rupture ni involution, de la loi de la foi (le dogme) et de la loi de la prière (la liturgie). L'histoire du dogme est depuis toujours inextricablement liée à celle du culte, ou plutôt c'est une même histoire de croissance, d’amélioration, de précision. Bien entendu, il ne s'agit pas d'absolutiser l'évolution historique des formes rituelles en tant que telles. A strictement parler, l'impossibilité d'une involution ne concerne, à l’intérieur du culte divin, que l'expression de la foi et des mœurs. Mais lorsqu’une liturgie est totalement revue et corrigée, dans l’ensemble comme dans le détail, ce qui fut le cas de la liturgie romaine après Vatican II, le nouvel état ne peut que représenter un progrès dans l’expression de la foi.
 
Or, la Lettre apostolique "Motu Proprio Summorum Pontificum" de Benoît XVI,  nous dit que dans ce cas, il n’en est rien : au minimum, la réforme de Paul VI n’a pas accompli de progrès, au pire – et le minimum n’est-il pas déjà le pire ? – elle a représentée une évolution. En réalité, la nouvelle liturgie est congénitalement multiforme : les prières eucharistiques officiellement utilisables en France sont au nombre de dix, les variantes possibles sont innombrables, les interprétations personnelles infinies, tout cela induit par un anti-ritualisme de principe. De sorte qu’elle est bien, en effet, l’expression d’une "loi de la prière" floue, qui s’accorde à une "loi de la foi" non moins floue, celle du Concile dans ses parties qui soulèvent le plus de difficultés. Le cardinal Ratzinger ne disait-il pas dans La célébration de la foi, que la multiplication des prières eucharistiques "révèle une situation préoccupante, d’autant plus que leur qualité et leur convenance théologique sont parfois à la limite du supportable" ? De même donc, que la multiplicité des lectures possibles du Concile, pratiquement contradictoires, découle de son caractère "pastoral", toutes choses égales, la nouvelle liturgie, qui n’a plus l’armature rituelle correspondant dans le culte à l’armature dogmatique dans le magistère, ne prétend pas être une borne infrangible de la foi.
 
 
 
 
 
 
Le pape veut procéder à la "réforme de la réforme"
Il serait bien risqué de prévoir l’aboutissement des grandes évolutions ecclésiologiques qui semblent s’être ébranlées, lentement d’abord (Le Catéchisme de l’Église Catholique), plus nettement ensuite (Dominus Iesus - Vatican 6 août 2000), assez précisément aujourd’hui (Summorum Pontificum). On peut cependant imaginer, dans le domaine strictement liturgique, un double mouvement. Le missel traditionnel contient dans son canon l’expression tout à fait unique de l’actio eucharistique (le sacrifice de la messe, sacrifice non sanglant, renouvelant le sacrifice du Golgotha, accompli sur l’autel pour la diffusion et l’application des fruits salutaires de la Croix), expression redoublée – comme d’ailleurs dans toutes les liturgies traditionnelles – par l’explicitation que constituent les prières de l’offertoire, la ritualisation des gestes, l’orientation de la prière. La "forme extraordinaire" du rite romain, de l’Église Mère et Maîtresse, dont la Lettre apostolique dit qu’il doit être "honoré en raison de son usage antique et vénérable", pourrait donc se voir à nouveau reconnaître, spécialement dans son canon unique – une des spécificité majeures de la liturgie de Rome – son rôle cultuel de regula fidei. D’autre part, il semble clair, dans la pensée de Benoît XVI, que la célébration publique du rite tridentin en de nombreux lieux ne peut qu’aider puissamment à mettre en œuvre sa conviction profonde : la réforme de Paul VI, après quarante ans d’usage n’ayant pas donné les fruits que l’on en espérait, il faut en douceur, avec patience, beaucoup plus dans la pratique que dans les textes, procéder à une "réforme de la réforme", qui la rapprochera progressivement de l’usage "antique et vénérable". Au-delà du rétablissement du droit du missel de Saint Pie V, le Motu Proprio Summorum Pontificum pourrait alors annoncer quelque chose comme un missel de Benoît XVI.
 
Abbé Claude Barthe – Monde et Vie

Les fidèles chrétiens ne pourront bénéficier de Liturgies dignes, belles et vraiment profondes tant que les célébrations seront présidées par des prêtres incapables d’intérioriser “l’éthos” qu’impose la Liturgie, à savoir cette manière d’être faite de dignité, d’effacement et de réserve qui seule peut faire du prêtre un “pontifex”, c’est-à-dire un “constructeur de ponts” entre Dieu et les hommes. Inutile de répéter que cette attitude est à peu près absente chez la plupart de nos célébrants, qui se trouvent alors être plus des obstacles et des empêcheurs de prier qu’autre chose… Nous autres, fidèles, sommes fatigués de se voir infliger dimanche après dimanche les personnalités envahissantes de nos clercs en mal de mise en scène. Nous sommes fatigués d’avoir à subir au cours des célébrations dominicales leurs interminables commentaires, leurs discours vides, leurs simagrées bien souvent grotesques, leurs attitudes tantôt puériles tantôt compassées, mais toujours superficielles, comme s’il y avait en eux une forme de peur-panique d’avoir à descendre jusqu’aux profondeurs de leur vie intérieure, et de réaliser à quel point celle-ci est vide...

 

 

 

Ce que nous demandons au clergé n’est pourtant pas bien compliqué ! Nous n’exigeons pas de nos prêtres qu’ils soient de grands saints ou de grands mystiques. Nous savons que la misère humaine est peut-être la chose au monde la mieux partagée et la mieux répartie, et que le clergé n’en est pas épargné. Non ! Nous ne leur demandons qu’une chose : qu’ils soient de vrais célébrants. Mais qu’est-ce qu’un vrai célébrant ? Le vrai célébrant est celui qui est conscient de sa propre misère, et qui par conséquent sait se taire et s’effacer derrière le rite, de peur d’infliger cette misère aux fidèles présents. Le vrai célébrant est celui qui sait que ce que l’Église a à dire est plus important que ce qu’il a lui-même à dire. C’est pourquoi il se contente de proclamer les prières prescrites par l’Église, et réserver ses prières privées pour son for intérieur. Le vrai célébrant est celui qui sait que le centre et le cœur de toute Liturgie, c’est le Christ vivant, et non sa propre personne ; c’est pourquoi il s’emploie à manifester, par sa propre manière d’être effacé et de célébrer dignement, cette “centralité” de Dieu. Le vrai célébrant est celui qui sait que la Liturgie est d’abord prière du cœur ; c’est pourquoi il s’attache à bannir tout geste, toute parole, toute attitude qui n’est pas prière, qui n’exprime pas la prière, qui ne porte pas à la prière ; Le vrai célébrant est celui qui sait que l’héritage choral, rituel, artistique et symbolique légué par la Tradition immémoriale de l’Église exprimera toujours mieux la foi que ses propres idées, inventions et créations ; c’est pourquoi il s’attache à toujours célébrer la Sainte Liturgie dans la fidélité à l’esprit et à la forme de cette Tradition vivante, sans chercher sans cesse à tout réinventer ; Le vrai célébrant est celui qui sait que la Liturgie n’est pas sa propriété mais celle de l’Église. Le vrai célébrant est aussi celui qui sait que la Liturgie exprime une foi objective et universelle, que certes elle doit toucher les cœurs mais qu’elle n’est pas un “attrape-nigaud” conçue pour attirer les fidèles ; par conséquent il se garde bien d’introduire dans la célébration tout ce qui se rattache à des modes passagères, peut-être provisoirement populaires mais toujours mondaines et superficielles.

 

 

Bref, un vrai célébrant, c’est un prêtre qui, stable sur le plan émotionnel et psychologique, se sait pécheur ; et qui non seulement se sait pauvre, mais qui, en fils de l’Église et ministre de cette même Église, sait que le remède au péché, c’est le Christ, donné aux hommes par l’Église à travers la Sainte Liturgie. Voilà ce que nous attendons de nos prêtres ! Voilà ce qu’ils devraient être et comment ils devraient apparaître lorsqu’ils accèdent à l’autel du Seigneur.

 

Pro Liturgia

Dom Louis-Marie est le Père-abbé de l’abbaye Sainte-Madeleine-du-Barroux…

 
 
 
 
Comment avez-vous reçu le Motu proprio « Summorum Pontificum » ?
Avec une grande joie, bien sûr. Nous attendions ce document avec une certaine fébrilité depuis presque un an, désespérant parfois de sa promulgation. Pour nos anciens, c’est une sorte de reconnaissance du bien-fondé de leur attachement à la messe traditionnelle et à l’esprit promu par cette forme extraordinaire du rite romain. Mais il faut ajouter que notre attitude doit être avant tout filiale. C’est en fils aimants que nous recevons les décisions du Saint-Siège. Il est difficilement supportable d’entendre les uns et les autres donner de bonnes ou mauvaises notes aux documents émanant du Pape. Au sujet des réformes liturgiques, Dom Prou, abbé de Solesmes, avait rappelé à sa communauté que les désirs du Saint-Père étaient des ordres. C’est en fils que nous recevons ce Motu proprio et que nous regrettons l’attitude réservée ou hautaine adoptée par certains évêques et de nombreux fidèles de Mgr Lefebvre, lesquels ont salué ce document par un : « Peut mieux faire ».
 
 
 
 
Comment voyez-vous maintenant l’évolution : dans une sorte de parallélisme entre les deux formes du rite romain ou dans une unité à laquelle il faudrait aboutir ?
Quand on regarde l’histoire de l’Eglise, on constate deux tendances. La première est celle de l’unité du rite. Le Saint Père y fait une allusion en saluant le rôle des bénédictins dans l’unification du rite selon le désir du pape Saint Grégoire le Grand. Il semble que ce soit aussi le désir de Benoît XVI selon la lettre écrite par lui, alors qu’il était encore cardinal, au Dr Barth (cf. la lettre Aletheia d’Yves Chiron). Pour cela, il faudra du temps et du travail dans les esprits et dans les livres. Un premier chantier serait de réduire les abus de part et d’autre, que l’on peut résumer selon le mot du philosophe Gustave Thibon : « Ne pas absolutiser ce qui est relatif et ne pas relativiser ce qui est absolu ». La deuxième serait, d’une part, certaines retouches dans la « forme extraordinaire » comme, par exemple, l’adoption de nouvelles préfaces et des nouveaux saints, la possibilité des lectures en vernaculaire et l’application de quelques modifications de 1964 et 1965, comme Dom Gérard l’a fait pour nous et comme cela se faisait à Ecône jusqu’en 1982. D’autre part, dans la forme ordinaire du rite, une "réforme de la réforme" doit être promue, comprenant un plus large usage du latin, une plus grande sacralité dans les gestes, une plus grande précision, un plus grand respect des règles et surtout une manifestation plus nette de la foi en la présence réelle. Il reste néanmoins un espace entre les deux formes du rite qui me semble difficile de réduire totalement. Pour résumer, je reprends l’expression du Père Cassingena-Trévedy qui présente le missel de 1962 comme celui du Ciel sur la terre, le Ciel qui s’impose à la terre, et celui de 1969 comme du Ciel pour la terre, avec un souci fondamental d’adaptation. De plus, l’un est très hiérarchisé (une « pièce montée ») et l’autre plus œcuménique (au sens catholique du terme). Si l’on veut retrouver une unité, il faudrait donc tout remanier, mais progressivement pour ne pas recommencer une révolution cérébrale et légaliste. Cela me semble néanmoins difficile. En revanche, je crois que l’unité du rite n’est pas une exigence pour l’Eglise. La deuxième tendance que l’on constate dans l’histoire est celle de la pluralité des rites. Il suffit de penser à la vingtaine de rites orientaux et aux divers rites latins (de Braga, mozarabe, ambrosien, romano-lyonnais, dominicain). La forme extraordinaire du rite romain peut tout à fait coexister avec la forme ordinaire, avec cette mission propre et indispensable d’exprimer que, par la forme ordinaire, on ne veut rejeter ni le passé ni le sacré. Le Motu proprio interdit en quelque sorte de célébrer le nouveau rite dans un esprit de rupture avec l’ancien.
 
 
 
 
Comment faut-il comprendre les mots « ordinaire » et « extraordinaire » qui qualifient les deux formes du rite romain ?
On peut se référer à la notion de confesseur ordinaire et extraordinaire : dans la paroisse, le confesseur ordinaire est le curé, mais il est courant de faire appel à un confesseur extérieur, qu’on appelle « extraordinaire ». Cela ne veut pas dire que les « ordinaires » soient mauvais ! Le mot « extraordinaire », on peut quand même le comprendre au sens où le rite ancien est supérieur, plus exigeant aussi sur le plan pratique, spécialement pour ceux qui ne comprennent pas le latin. Dans aucun séminaire on n’apprend à célébrer selon le rite de Paul VI ; ici, au contraire, on met six mois à enseigner le rite traditionnel, six mois où nos ordinands disent des « messes blanches », tant il exige de respect et de précision dans les paroles et les gestes.
 
 
 
 
Cette avancée sur la question liturgique ne semble pas suffisante à certains, qui mettent en avant la nécessité de poursuivre la réflexion critique sur Vatican II parfois jusqu’à prôner la méfiance sur le Motu proprio. Qu’en pensez-vous ?
Le refus du fond de la doctrine de Vatican II et des principes de ses décisions disciplinaires est une prémisse fausse, incompatible avec la doctrine catholique concernant l’assistance du Saint-Esprit à son Eglise. Du faux, il peut suivre n’importe quoi, même si on raisonne rigoureusement. Si, du côté « progressiste », le coup de maître de Satan a souvent été de faire avaler à beaucoup de fidèles sous le prétexte d’obéir, et d’accepter le concile, des abus que le concile n’avait nullement cautionnés, il a aussi été, du côté « traditionaliste », sous le prétexte de fidélité à la Tradition, de faire avaler à certains des discours, des prises de position et des actes absolument contraires à toute la Tradition divine et apostolique.
 
 
 
 
Le Pape suggère et souhaite que les nouveaux saints puissent être intégrés dans le calendrier traditionnel. Que cela vous inspire-t-il ? Et pour ce qui est du « dimanche de la Miséricorde », comment pourrait-il trouver sa place dans l’ordonnancement du temporal ?
Il est normal d’intégrer les nouvelles fêtes de saints dans le calendrier : cela s’est toujours fait dans l’Eglise. Entre saint Pie V et Pie IX, cent nouveaux saints sont entrés au calendrier, et entre Pie IX et Jean XXIII, encore cent autres environ. Pour ne rien dire des changements de degrés et parfois de dates de leurs fêtes. Quant au Dimanche de la Miséricorde, il a lieu le dimanche in albis. Il ne semble pas (sauf erreur de ma part) que sa célébration liturgique oblige le remplacement des textes de la liturgie dominicale du jour. Cela fait quelques années que nous célébrons ce dimanche de la Miséricorde au monastère avec les textes du dimanche in albis qui conviennent très bien. Nous avons déjà mené un travail sur le sanctoral à la suite des rencontres de Fontgombault, y compris sur le bréviaire. Pour l’heure c’est un travail sans autorité, pas encore utilisé. A Campos, Mgr Rifan a déjà intégré de nouveaux saints et bienheureux.
 
 
 
 
Le Motu proprio ne constitue-t-il pas un appel à faire développer l’étude du latin, du grégorien, de la liturgie… pour faire mieux comprendre les splendeurs de la liturgie traditionnelle ?
Selon le nouveau Code de droit canonique (can. 928), la messe peut être célébrée en latin, ou dans une traduction approuvée. Chaque prêtre a donc le droit de célébrer en latin même le nouveau rite. Cela, beaucoup l’ignorent, même parmi les évêques. Le vernaculaire a été imposé comme norme universelle par un abus de pouvoir, non conforme aux décisions du Saint-Siège concernant le nouvel Ordo. Malheureusement, Paul VI a fermé les yeux et parlé, et agi comme si le vernaculaire était devenu la règle en dehors des monastères. N’était-ce pas transformer un fait accompli en apparence de droit ? Ainsi, lorsqu’on parle de messe en latin, de nos jours, presque plus personne ne songe à la messe de Paul VI. Ce qui tend à conforter l’idée – erronée – que le latin est l’apanage de la messe de saint Pie V. De toute façon, l’étude du latin est une nécessité pour rester en contact avec notre passé, et donc avec tous les textes (chrétiens ou païens) écrits dans cette langue admirable, et il faut donc l’encourager pour des raisons beaucoup plus vastes. Il est inacceptable qu’il existe en France des séminaires où, contrairement au droit (can. 249), le latin n’est plus enseigné. Quant au grégorien, de soi, il n’est pas non plus réservé à la messe de saint Pie V, et l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis, (+) qui concerne de soi le nouveau rite, rappelle l’importance du grégorien. D’autre part, la messe de saint Pie V n’avait pas toujours été célébrée en grégorien : c’était saint Pie X qui avait redonné son droit de cité à cette monodie sobre et contemplative, au sein des polyphonies baroques plus ou moins exubérantes, pour ne rien dire des musiques dépourvues du sens du sacré qui pullulaient (et pullulent de nouveau, sous une forme encore pire), sans d’ailleurs interdire la polyphonie sacrée. L’étude de la liturgie a son importance, mais je voudrais déclarer à certains « traditionalistes » que la liturgie ne se limite pas à une spiritualité des rubriques jusqu’au baiser des burettes, et à certains liturgistes promoteurs du nouveau rite, que la liturgie ne comprend pas seulement l’étude de l’histoire de la liturgie et la réduction de celle-ci à des reconstructions professorales en chambre à partir de quelques données écrites de l’Antiquité chrétienne et du Moyen Age. De plus, la liturgie n’est pas principalement objet d’étude (bien que l’étude des rubriques et celle de l’histoire de la liturgie soient toutes deux indispensables), la liturgie est action du Christ et de toute l’Eglise. C’est donc un drame dans lequel on se coule, et auquel on conforme sa manière de penser. La Règle de saint Benoît ne nous dit-elle pas de son côté : « Psalmodions de telle sorte que notre esprit concorde avec notre voix. » Les textes lus, et les gestes accomplis doivent modeler, sculpter notre vie intérieure, par le biais des vérités qu’elles véhiculent souvent sous forme symbolique ou poétique. Ne desséchons pas notre étude de la liturgie par des attitudes trop cérébrales, mais imprégnons-nous des textes et des attitudes pour élever notre esprit jusqu’à Dieu et nous disposer à recevoir sa charité dans ses sacrements.
 

Le Forum catholique

Dans les diocèses, il est de bon ton d'organiser des rassemblements ayant pour centre de gravité des célébrations eucharistiques qui sont de moins en moins "liturgiques" et de plus en plus "spectacles". En plein air ou dans de vastes salles louées pour le "happening", autour d'un autel généralement dressé sur une scène, les célébrants font face à "leur public" : ils sourient, remuent les mains, prennent un air heureux, agitent des tissus multicolores, construisent ou font construire des trucs... parfois même se trémoussent de bonheur. Ce goût pour les messes-spectacles pose pourtant une question de fond : celle de l'authenticité de l'expérience humaine, c'est-à-dire, en définitive, celle de l'identité véritable des célébrants qui donnent l'impression d'avoir besoin de telles exhibitions pour avoir le sentiment d'exister. (Cf. Professeur Lugaresi, Osservatore Romano du 16.2.2011). En d'autres termes, peut-on être authentique, fidèle à soi-même et à sa vocation sacerdotale, lorsqu'on cède à la tentation de construire artificiellement son "profil public" ? (Cf. Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale des Communications)

 

 


 

Cette question se rapporte directement à la tentation diabolique - le diable étant le "simulateur" par excellence - de fabriquer de fausses images de soi-même pour forcer les autres à se construire aussi, par mimétisme, leur fausse image en vue de la glorification ou de la destruction de soi. Quand une célébration eucharistique perd sa dimension purement liturgique pour n'être plus, par célébrants interposés, qu'une "foire aux illusions", alors ce qui se passe autour de l'autel sombre dans l'artifice : le fidèle n'est plus dans la vérité de la foi mais dans le mauvais spectacle, dans cette tendance à ne vouloir échanger que certains aspects de son monde intérieur. Quant au célébrant, il tombe dans la construction de l'image qu'il veut donner de lui : construction qui conduit inévitablement à l'auto-complaisance. Et dans sa chute, il entraîne les fidèles dont la foi est la moins assurée. Les "liturgies- spectacles" ont donc ceci de dangereux pour la foi, qu'elles se présentent comme une mise en scène ambivalente dans laquelle le vrai (un peu de liturgie) et le faux (beaucoup de spectacle) s'entremêlent au point de rendre impossible la distinction entre ce qui est juste - "orthodoxe" - et ce qui est inexact - "hétérodoxe" -. Les Pères de l'Eglise ont très tôt reconnu, dans ce bouleversement de la réalité naturelle opéré par la "fictio" du spectacle et dans la construction de pseudo-réalités visant à ne susciter que des passions ou des émotions chez les spectateurs, une signature du diable, c'est-à-dire l'action de celui qui est par définition le "mauvais imitateur" de Dieu et qui, n'ayant pas le pouvoir de créer, peut seulement corrompre ce qui vient de Dieu. En se basant sur l'enseignement de Tertullien qui parle du diable comme d'un "aemulator" et d'un "interpolator" de l'oeuvre divine, n'est-il permis de penser qu'il puisse y avoir aujourd'hui des "messes-spectacles" qui ne sont en réalité que des "imitations" de la liturgie et qui, à ce titre, pourraient être utilisées par le diable pour conduire les fidèles ailleurs que là où l'authentique liturgie de l'Eglise veut les mener ? Dans une page des "Confessions" (3, 2), S. Augustin, se souvenant combien, lorsqu'il était jeune, il fréquentait passionnément les théâtres, note avec beaucoup de finesse que les spectateurs se plaisent à souffrir en voyant se dérouler sur scène des histoires douloureuses et tragiques qui devraient susciter leur pitié s'ils les rencontraient dans la vie réelle. Et il se demande « quelle est, en définitive, la pitié que l'on éprouve en ce qui concerne les fictions théâtrales. En effet le spectateur n'est pas incité à porter secours mais seulement invité à s'apitoyer en ressentant une souffrance proportionnée a l'appréciation qu'on porte à l'acteur qui joue les scènes ». S. Augustin en conclut qu'une relation véritablement humaine ne se réalise que lorsqu'il y a responsabilité. Or le sens de la responsabilité ne peut pas s'établir dans une "messe-spectacle" où n'existe qu'une pseudo-relation entre le fidèle-spectateur séduit par un célébrant-acteur s'obligeant à jouer le rôle d'un "génial metteur en scène" (Cf. Card. Ratzinger, La célébration de la foi). Il est donc évident que les "messes-spectacles" mettent les fidèles et les célébrants en position de "fausse proximité" vis-à-vis de l'Eucharistie qu'on célèbre : elles transforment les uns et les autres en spectateurs totalement passifs et déresponsabilisés (les célébrants regardant les fidèles jouer le rôle de miroir leur renvoyant l'image qu'ils souhaitent donner d'eux-mêmes).


Le véritable engagement dans la liturgie, dans ce qu'elle signifie et apporte, ne peut donc en aucun cas se faire par le biais de ces "célébrations-spectacles" devenues à la mode. L'engagement du fidèle - sa participtio actuosa - dans le signifié de la liturgie exige continuité de l'attention, sens du concret, concentration sur ce qui est essentiel... bref, tout ce que les "célébrations-spectacles" ne permettent en aucune façon puisqu'elles sont élaborées pour n'être que de puissantes incitations à la distraction, à la dispersion du "je" qui passe sans cesse du "dedans" au "dehors" de soi (selon une dynamique psychologique bien connue de tous ceux qui naviguent sur le web, lorsqu'ils se rendent compte que, de connexion en connexion, ils ont perdu des heures précieuses.) Disons les choses sans détour : les "liturgies-spectacles" qui semblent faire les délices de certains célébrants et de certains fidèles laïcs, sont symptômatiques d'une maladie de l'esprit que les Anciens avaient diagnostiquée sous le nom de "polypragmosynè", "curiositas". Tertullien, dans son "De praescriptione haereticorum" (7, 12) indique en quoi ce mal s'oppose à la radicale nouveauté du christianisme que doit célébrer toute liturgique digne de ce nom : "Nobis curiositate opus non est post Christum Jesum nec inquisitione post evangelium." Après la rencontre avec la Bonne Nouvelle qu'est Jésus-Christ, il n'y a plus de place pour la "curiositas"... C'est dire que le fidèle baptisé ne devrait donc pas avoir besoin de prendre part à des "messes-spectacles" pour savoir qui il est, ce qu'il croit, ce qu'il célèbre dans la liturgie. Il est donc urgent de soustraire les célébrations eucharistiques du besoin d'en faire des spectacles; il est urgent de les soustraire de la théâtralisation qui procède d'une instrumentalisation du sentiment, afin de leur garantir ce style véritablement "liturgique" que Benoît XVI veut nous faire redécouvrir.

 

Pro Liturgia

« On ne pourra pas me taxer de défaitisme lorsque je soutiens que les documents du Saint-Siège ne sont suivis que de très peu d’effets. La raison en est qu’a disparu le préalable à toute obéissance : reconnaître le droit de Notre Seigneur à être adoré ainsi que l’affirment l’Ecriture et la Tradition apostolique. La prise en compte du ius divinum est essentielle si l’on veut favoriser la réforme liturgique telle que la comprend la Constitution conciliaire, dans le contexte de la tradition catholique et ainsi mettre fin au relativisme liturgique. Il faut repartir du principe que la liturgie est sacrée, de même que la musique et l’art qui la servent. Cela résulte du droit divin. (...) Le prêtre ou l’évêque qui préside la liturgie sait-il qu’il a été choisi parmi le peuple pour accomplir un tel acte de « justice » ? (...) Bien que la liturgie soit avant tout « ordre » (ordo pour les latins) (...) elle se trouve aujourd’hui dans une situation d’anomie, d’absence de règles. Il faudrait d’ailleurs plutôt dire que les règles existent sur le papier, mais que leur application est pour le moins élastique. L’anarchie est tellement diffuse que des groupes de laïcs se considèrent comme émancipés des clercs, que nombre de prêtres n’écoutent pas les évêques et qu’un certains nombre d’entre eux se considèrent se considèrent comme supérieurs au législateur suprême qu’est le Pontife romain.

 

La liturgie est manipulée. Comment y mettre bon ordre ? Il faut avant tout chercher à faire de son mieux avec les normes actuelles, en s’attachant à les éclaircir. Mais il faut aussi remédier aux difficultés en restreignant la tendance à la créativité et aux modifications qui parfois dégénèrent en délits, actes graves et abus (Redemptionis Sacramentum, 172-175). Il faut retrouver le sens de la Constitution sur la liturgie et de la Présentation générale du missel romain qui rappelle : « Le prêtre gardera à l’esprit qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne lui est pas licite d’ajouter, d’enlever ou de changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe de son propre chef » (PGMR 24, cf. SC 22). (...) La nécessité de la discipline est une exigence anthropologique qui se retrouve dans l’existence d’un droit liturgique. Lorsqu’il se dégrade, l’ethos se détériore en même temps que le culte. Comme l’observe Robert Spaemann, la décadence morale accompagne celle du culte. (...) La désobéissance aux normes liturgiques est un acte immoral qui traduit une fausse conception de la liberté (Redemptionis Sacramentum n°7). Elle s’enracine dans la culture actuelle de l’autodétermination. On préfère mettre aujourd’hui en avant la créativité et obéir à de fumeuses théories théologiques. Il devient alors contradictoire d’en appeler au célèbre axiome lex orandi, lex credendi car si la norme de la prière établit la norme de la foi, la norme, la loi impliquent discipline, humilité et obéissance : choses bien rares aujourd’hui. »

 

Mgr Nicola Bux, professeur de liturgie et de théologie sacramentaire,

Consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de la

Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements

Les fidèles qui sont persuadés que la célébration « face au peuple » est un progrès indéniable auraient avantage à se souvenir qu’il y a actuellement, dans l’Eglise catholique, davantage de communautés rituelles qui célèbrent « dos au peuple » - sans que cela pose le moindre problème - que de communautés rituelles célébrant « face au peuple ». C’est le cas, par exemple, pour les fidèles catholiques qui pratiquent la liturgie de S. Jean Chrysostome ou celle de S. Maron... Ajoutons que par ces liturgies-là, on donne aux fidèles de comprendre que les célébrations s’adressent à Dieu et non aux assemblées. Point capital bien oublié de nos jours dans nos paroisses.

 

Pro Liturgia

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