Dix ans du motu proprio Ecclesia Dei

Conférence du Cardinal Joseph Ratzinger

 

A l'occasion des dix ans du Motu proprio « Ecclesia Dei », promulgué par le Pape Jean-Paul II,

des pèlerins se sont rendus à Rome. Le cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation

pour le Doctrine de la foi, a prononcé devant eux une conférence sur la liturgie. En voici le texte :

 

 

 


saintsacrificedelamesse-copie-1.jpg     Dix ans après la publication du Motu proprio Ecclesia Dei, quel bilan peut-on dresser? Je pense que c'est avant tout une occasion pour montrer notre gratitude et pour rendre grâces. Les diverses communautés nées grâce à ce texte pontifical ont donné à l'Eglise un grand nombre de vocations sacerdotales et religieuses qui, zélées, joyeuses et profondément unies au Pape, rendent leur service à l'Evangile dans cette époque de l'histoire, qui est la nôtre. Par eux, beaucoup de fidèles ont été confirmés dans la joie de pouvoir vivre la liturgie, et dans leur amour envers l’Eglise ou peut-être ils ont retrouvé les deux. Dans plusieurs diocèses — et leur nombre n'est pas si petit! — ils servent l’Eglise en collaboration avec les évêques et en relation fraternelle avec les fidèles, qui se sentent chez eux dans la forme rénovée de la liturgie nouvelle. Tout cela ne peut que nous inciter aujourd'hui à la gratitude ! Cependant, il ne serait pas très réaliste de vouloir passer sous silence les choses moins bonnes: qu'en maints endroits les difficultés persistent et continuent à persister, parce que tant les évêques que les prêtres et les fidèles considèrent cet attachement à la liturgie ancienne comme un élément de division, qui ne fait que troubler la communauté ecclésiale et qui fait naître des soupçons sur une acceptation du Concile « sous réserve seulement », et plus généralement sur l'obéissance envers les pasteurs légitimes de l’Eglise. 

 

 

 

Une méfiance envers l'ancienne liturgie

   

Nous devons donc nous poser la question suivante: comment ces difficultés peuvent être dépassées ? Comment peut-on construire la confiance nécessaire pour que ces groupes et ces communautés qui aiment l'ancienne liturgie puissent être intégrés paisiblement dans la vie de l'Eglise ? Mais il y a une autre question sous-jacente à la première: quelle est la raison profonde de cette méfiance ou même de ce refus d'une continuation des anciennes formes liturgiques ? Il est sans doute possible que, dans ce domaine, existent des raisons qui sont antérieures à toute théologie et qui ont leur origine dans le caractère des individus ou dans l'opposition des caractères divers, ou bien dans d'autres circonstances tout à fait extérieures. Mais il est certain qu'il y a aussi des raisons plus profondes, qui expliqueraient ces problèmes. Les deux raisons qu'on entend le plus souvent, sont le manque d'obéissance envers le Concile qui aurait réformé les livres liturgiques, et la rupture de l'unité qui devrait suivre nécessairement, si on laissait en usage des formes liturgiques différentes. Il est relativement facile de réfuter théoriquement ces deux raisonnements: le Concile n'a pas reformé lui-même les livres liturgiques, mais il en a ordonné la révision et, à cette fin, a fixé quelques règles fondamentales. Avant tout, le Concile a donné une définition de ce qui est la liturgie, — et cette définition donne un critère valable pour chaque célébration liturgique. Si l’on voulait mépriser ces règles essentielles et si l'on voulait mettre de coté les « normae generales », qui se trouvent aux numéros 34-36 de la Constitution « De Sacra Liturgia », alors là, on violerait l'obéissance envers le Concile! C'est donc d'après ces critères qu'il faut juger les célébrations liturgiques, qu'elles soient selon les livres anciens ou selon les livres nouveaux. Il est bon de rappeler ici, ce qu'a constaté le Cardinal Newman qui disait que l'Eglise, dans toute son histoire, n'avait jamais aboli ou défendu des formes liturgiques orthodoxes, ce qui serait tout à fait étranger à l’Esprit de l'Eglise. Une liturgie orthodoxe, c’est-à-dire qui exprime la vraie foi, n'est jamais une compilation faite selon des critères pragmatiques de diverses cérémonies, dont on pourrait disposer de manière positiviste et arbitraire — aujourd’hui comme ça et demain autrement. Les formes orthodoxes d'un rite sont des réalités vivantes, nées du dialogue d'amour entre l'Eglise et son Seigneur, elles sont des expressions de la vie de l’Eglise, où se sont condensées la foi, la prière et la vie même de générations, et où se sont incarnées dans une forme concrète en même temps l'action de Dieu et la réponse de l’homme. De tels rites peuvent mourir, si le sujet qui les a portés historiquement disparaît, ou si ce sujet s'est inséré dans un autre cadre de vie. L’autorité de l'Eglise peut définir et limiter l'usage des rites dans des situations historiques diverses, mais jamais elle ne les défend purement et simplement! Ainsi, le Concile a ordonné une réforme des livres liturgiques, mais il n'a pas interdit les livres antérieurs. Le critère que le Concile a exprimé, est à la fois plus vaste et plus exigeant: il invite tous à l’autocritique! Mais nous reviendrons sur ce point. 

 

 

 

L'existence de deux rites peut-elle briser l'unité ?

 

Il faut encore examiner l'autre argument, qui prétend que l'existence de deux rites peut briser l'unité. Là, il faut faire une distinction entre le côté théologique et le côté pratique de la question. Pour ce qui est du côté théorique et fondamental, il faut constater que plusieurs formes du rite latin ont toujours existé, et qu'ils se sont retirés seulement lentement suite à l'unification de l'espace de vie en Europe. Jusqu’au Concile existaient, à côté du rite romain, le rite ambrosien, le rite mozarabe de Tolède, le rite de Braga, le rite des Chartreux et des Carmes, et le plus connu: le rite des Dominicains, — et peut-être d'autres rites encore que je ne connais pas. Personne ne s’est jamais scandalisé, que les Dominicains, souvent présents dans nos paroisses, ne célébraient pas comme les curés, mais avaient leur rite propre. Nous n’avions aucun doute, que leur rite fût catholique autant que le rite romain, et nous étions fiers de cette richesse d'avoir plusieurs traditions diverses. En outre, il faut dire ceci: l'espace libre, que le nouvel Ordo Missae donne à la créativité, est souvent élargi excessivement; la différence entre la liturgie selon les livres nouveaux, comme elle est pratiquée en fait, célébrée en des endroits divers, est souvent plus grande que celle entre une liturgie ancienne et une liturgie nouvelle, célébrées toutes les deux selon les livres liturgiques prescrits. Un chrétien moyen sans formation liturgique spéciale a du mal à distinguer une messe chantée en latin selon l'ancien Missel d'une messe chantée en latin selon le nouveau Missel; par contre, la différence entre une liturgie célébrée fidèlement selon le Missel de Paul VI et les formes et les célébrations concrètes en langue vulgaire avec toutes les libertés et créativités possibles, la différence peut être énorme ! Avec ces considérations nous avons déjà franchi le seuil entre la théorie et la pratique, où les choses sont naturellement plus compliquées, puisqu'il s'agit des relations entre des personnes vivantes. Il me semble, que les aversions dont nous avons parlé sont si grandes parce qu'on met en relation les deux formes de célébration avec deux attitudes spirituelles différentes, à savoir avec deux manières différentes de percevoir l’Eglise et l'existence chrétienne tout court. Les raisons pour cela sont multiples. La première est celle-ci: on juge les deux formes liturgiques à partir des éléments extérieurs et on arrive ainsi à la conclusion suivante: il y a deux attitudes fondamentales différentes. Le chrétien moyen considère essentiel pour la liturgie rénovée, qu'elle soit célébrée en langue vulgaire et face au peuple, qu'il y existe un grand espace libre pour le créativité et que les laïcs y exercent des fonctions actives. Par contre : est considéré essentiel pour la célébration selon le rite antique, qu’elle se dise en langue latine, que le prêtre soit tourné vers l'autel, que le rite soit prescrit sévèrement et que les fidèles suivent la messe en priant en privé, sans avoir une fonction active. Dans cette optique, la phénoménologie est essentielle pour une liturgie, non pas ce qu'elle considère elle-même comme essentiel. Il fallait s'attendre à ce que les fidèles s’expliquent la liturgie à partir des formes concrètes visibles et qu’ils soient imprégnés spirituellement par ces formes-là, et que les fidèles ne pénètrent pas facilement dans les profondeurs de la liturgie. 

 

 

 

La liturgie appartient au Corps tout entier de l'Eglise

 

Les contradictions et oppositions que nous venons d’énumérer, ne proviennent ni de l'esprit ni de la lettre des textes conciliaires. La Constitution sur la Liturgie (Sacrosanctum Concilium) elle-même ne parle pas du tout de la célébration face à l’autel ou face au peuple. Et au sujet de la langue, elle dit que le latin doit être conservé tout en donnant une place plus large à la langue maternelle, « surtout dans les lectures, les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants (SC 36, 2) ». Quant à la participation des laïcs, le Concile insiste d'abord en général que la liturgie est essentiellement l'affaire du Corps du Christ tout entier, Tête et membres, et que pour cette raison, elle appartient au Corps tout entier de l'Eglise « et qu'elle est par conséquent destinée à être célébrée en communauté avec participation active des fidèles ». Et le texte précise: « Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC 28). « Pour promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi en son temps un silence sacré » (SC 30). Voilà les directives du Concile: à tous elles peuvent donner matière à réflexion. Parmi un nombre de liturgistes modernes il y a malheureusement une tendance à développer les idées du Concile dans une seule direction; en agissant ainsi, on finira par renverser les intentions du Concile. La position du prêtre est réduite par quelques-uns au pur fonctionnel. Le fait que le Corps du Christ tout entier est le sujet de la liturgie, est souvent déformé au point que la communauté locale devient le sujet autosuffisant de la liturgie et en distribue les divers rôles. Il existe aussi une tendance dangereuse à minimaliser le caractère sacrificiel de la Messe et de faire disparaître le mystère et le sacré, sous le prétexte, soi-disant impératif, de se faire comprendre plus facilement. Enfin, on constate la tendance à fragmenter la liturgie et à souligner unilatéralement son caractère communautaire, en donnant à l'assemblée le pouvoir de décider sur la célébration. Mais heureusement, il y a aussi un certain dégoût du rationalisme plein de banalité et du pragmatisme de certains liturgistes, soient-ils théoriciens ou praticiens, et on constate un retour au mystère, à l'adoration et au sacré, et au caractère cosmique et eschatologique de la liturgie, dont témoigne l'Oxford-Declaration on Liturgy de 1996. D'autre part, il faut admettre que la célébration de l'ancienne liturgie s'était égarée trop dans le domaine de l'individualisme et du privé, et que la communion entre prêtre et fidèles était insuffisante. J'ai un grand respect pour nos aïeux, qui disaient durant les messes basses les « Prières pendant la messe », que leur livre de prières proposait, — mais certainement on ne peut considérer cela comme l'idéal de la célébration liturgique! Peut-être, ces formes réduites de célébration sont la raison profonde pour laquelle la disparition des livres liturgiques anciens n'a eu aucune importance dans beaucoup de pays et n'a causé aucune douleur. On n'a jamais été en contact avec la liturgie elle-même. D’autre part, là où le Mouvement liturgique avait créé un certain amour pour la liturgie, — là où ce mouvement avait anticipé les idées essentielles du Concile, comme par exemple la participation priante de tous à l'action liturgique, — là était plus grande la douleur face à une réforme liturgique entreprise trop en hâte et se limitant souvent à l'aspect extérieur. Là où le Mouvement liturgique n'a jamais existé, la réforme n'a d'abord pas posé de problème. Les problèmes se sont posés seulement de façon sporadique là où une créativité sauvage a fait disparaître le mystère sacré. Voilà pourquoi il est si important d’observer les critères essentiels de la Constitution sur la Liturgie, que j'ai cités plus haut, aussi si l’on célèbre selon le Missel ancien! Au moment où cette liturgie touche vraiment les fidèles par sa beauté et sa profondeur, alors elle sera aimée, et alors elle ne sera pas en opposition inconciliable avec la Liturgie nouvelle, pourvu que ces critères soient vraiment appliqués comme le Concile l'a voulu. Des accents spirituels et théologiques différents continueront, certes, à exister; mais ils ne seront plus deux manières opposées d’être chrétien, mais plutôt des richesses qui appartiennent à la même et unique foi catholique. Lorsque, il y a quelques années, quelqu'un avait proposé « un nouveau mouvement liturgique » pour éviter que les deux formes de liturgie ne s'éloignent trop l'une de l'autre et pour mettre en évidence leur convergence intime, quelques amis de l'ancienne liturgie ont exprimé leur peur que ceci ne soit qu'un stratagème ou une ruse, pour pouvoir éliminer enfin complètement l'ancienne liturgie. Il faut que de telles anxiétés et peurs cessent enfin! Si dans les deux formes de célébration l'unité de la foi et l'unicité du mystère apparaissent clairement, cela ne peut qu'être pour tous une raison de se réjouir et de remercier le Bon Dieu. Dans la mesure où nous tous croyons, vivons et agissons selon ces motivations, nous pourrons aussi persuader les évêques, que la présence de l'ancienne liturgie ne dérange et ne brise pas l'unité de leur diocèse, mais qu’elle est plutôt un don destiné à construire le Corps du Christ, dont nous sommes tous les serviteurs. Ainsi chers amis, je voudrais vous encourager à ne pas perdre patience, à conserver la confiance, et à puiser dans la liturgie la force nécessaire pour donner notre témoignage pour le Seigneur en notre temps.

L’objection la plus souvent avancée contre la messe célébrée en latin, est qu’elle ne favorise pas la « participation » active des fidèles qui a été demandée par les pères du concile Vatican II. Dans une messe célébrée en latin, les fidèles seraient réduits à n’être que des spectateurs plus ou moins muets d’une action qui ne concernerait que le célébrant. En 2007, au n. 52 de l’Exhortation post-synodale « Sacramentum Caritatis » Benoît XVI écrivait que « le concile Vatican II avait opportunément voulu un développement particulier de la participation active, pleine et fructueuse du peuple de Dieu tout entier à la célébration eucharistique. Le renouveau mis en œuvre au cours de ces années a bien certainement favorisé des progrès notables dans la direction souhaitée par les Pères conciliaires. » Le Pape rappelait « Sacrosanctum Concilium » et rappelait que la participation des fidèles à la Messe devait être « actuosa, plena, fructuosa » C’était le vœu des pères conciliaires ; ça devrait être notre souci, notre objectif. Et Benoît XVI ajoutait : « Nous ne devons pas cependant nous cacher qu’une certaine incompréhension, précisément sur le sens de cette participation, s’est parfois manifestée. Il convient par conséquent de dire clairement que, par ce mot, on n’entend pas faire référence à une simple attitude extérieure durant la célébration. »

 

 

 

 

saint-sacrifice-messeCette précision apportée par le Pape est importante ; elle nous pousse à demander en quoi doit alors consister la participation « active, pleine et fructueuse » à la liturgie. Curieusement, Benoît XVI ne nous dit pas en quoi doit précisément consister la « participation » ; il préfère plutôt nous dire ce qu’elle ne doit pas être : « participer » ne veut pas dire « faire quelque chose » pendant que le prêtre à l’autel dit des prières et accomplit les rites prescrits. Souvenons-nous des terribles années 80. Avant la Messe, on s’employait à faire un programme : pendant l’offertoire, on chantera « Les mains ouvertes devant toi, seigneur » ; pendant la communion, « Pour inventer la liberté »... A la fin de la célébration, le prêtre était heureux si la Messe avait été bruyante ; pour lui, c’était la preuve que les fidèles avaient « participé ». Chacun pouvait rentrer chez lui dans les dispositions de quelqu’un qui venait d’assister à un concert. Il est vrai qu’à cette époque-là, bien peu de catéchistes rappelaient aux enfants que la messe est le Saint Sacrifice du Christ sur la Croix qui se renouvelle de façon non sanglante sur l’autel par les mains du prêtre, « alter Christus ». Donc, le pape explique ce que l’on doit entendre par « participation ». Il nous rappelle qu’en dépit de ce que peuvent penser certains clercs aujourd’hui encore, aucun des pères conciliaires n’était un « rocker » ou un « hippie » désireux de transformer la liturgie de l’Eglise en une sorte de « Woodstock ». Se souvenant de l’époque du Concile auquel il a lui-même participé, Benoît XVI souligne que la « participation active » à la liturgie telle qu’elle était souhaitée par Vatican II doit être comprise en termes plus substantiels : elle doit consister en une plus grande prise de conscience du mystère célébré et de sa relation à la vie quotidienne. Encore pleinement valable est la recommandation conciliaire de la Constitution « Sacrosanctum Concilium », exhortant les fidèles à ne pas assister à la liturgie eucharistique, « comme des spectateurs étrangers et muets », mais en participant « à l’action sacrée en connaissance de cause, pieusement et activement. » C’est le point capital : comme l’ont souhaité les pères conciliaires et comme le rappelle Benoît XVI, il n’est pas possible d’être à la Messe comme des étrangers, comme des spectateurs muets. Peut-être étions-nous de tels étrangers à la liturgie - du moins certains d’entre nous - quand nous pensions, de bonne foi, que l’essentiel était d’avoir des guitares bien accordées et que l’emploi des bongos ou des maracas allait donner l’envie d’aller à l’église. Pendant le temps de communion, l’essentiel était de pouvoir finir tous les couplets du chant choisi... Etrangers à la liturgie, nous l’avons été lorsque nous avons « zappé » la communion sous prétexte d’interpréter « notre » morceau, lorsque nous avons suivi les catéchistes qui, dans leur ignorance crasse, nous invitaient à imaginer des célébrations ressemblant plus à une fête d’équipe sportive qu’à la célébration liturgique. D’autre part, au sujet de l’assistance à la Messe en « spectateurs muets », il est malvenu de critiquer la liturgie qui se faisait jusqu’au moment du Concile en avançant qu’elle ne facilitait pas - ou même interdisait - la « participation » des fidèles. Il ne faudrait tout de même pas oublier, en effet, que pendant 2 000 ans de christianisme, les saints et les saintes nous ont enseigné la valeur du silence : d’un silence qu’il ne faut pas confondre avec la mutité qui, elle, n’est pas le silence mais l’absence de parole.

 

Que se passe-t-il sur l’autel durant la Messe ? Il se produit un mystère ineffable, indicible, qui fait que le Christ se rend présent sous les espèces du pain et du vin. On ne célèbre pas un symbole ! On ne célèbre pas une image, une idée ! Le Christ est vraiment là, présent dans l’hostie et la coupe de vin que tiennent les mains du prêtre. C’est un grand Mystère, indicible, si « scandaleux « pour l'intelligence humaine que la seule façon d’y adhérer est de faire appel à la foi : Mysterium fidei. C’est dans la relation avec ce Mystère si grand et profond que nous devons nous demander ce que signifie être des spectateurs « muets » et ce que signifie « participer activement, pleinement et fructueusement ». Il est clair que le concept de « participation » n’a pas de sens absolu. Imaginons un jeune « fan » de football qui assiste à un match ; pour lui, « participer » signifie crier, applaudir, encourager l’équipe dont on est le « supporter », éventuellement vociférer contre l'arbitre qui n’a pas vu une faute, agiter drapeaux et souffler dans des vuvuzelas... Imaginons maintenant ce qui se passerait si ce jeune « fan » était en classe et voulait « participer » comme il l’a fait au stade... Au théâtre, à l’opéra, à l’école, au cours d’une conférence... c’est toujours la « participation active » des spectateurs ou des auditeurs qui est demandée. Mais une participation par le silence et l’attention. Un silence qui n’est jamais le « mutisme », car le « mutisme » signifie l’arrêt de l’attention, de l’intelligence ; le « mutisme » traduit la résignation, une volonté d’humilier la parcelle d’intelligence divine que possède le génie humain. Le silence est le contraire du « mutisme » : il traduit l’écoute, l’adhésion, la réflexion. Devant le Mystère, le silence est participation ; et vouloir le chasser ne procède que d’une recherche de la distraction à tout prix. Or la distraction ne naît que de l’incompréhension, c’est-à-dire d’un humiliant renoncement à comprendre. Cela peut nous sembler paradoxal, mais devant le Mystère, le silence est la vraie « participation » tandis que le bruit de certains chants, des commentaires, des explications, n’est que l’expression d’un « mutisme » : le « mutisme » de l’âme qui se cache derrière le flot des paroles et de cette agitation qu’on appelle aujourd’hui « animation liturgique ». La docte ignorance des philosophes qui admettent qu’ils ne savent pas et ne peuvent pas savoir, produit le « mutisme ». Au contraire, l'intelligence éclairée par la grâce mais demeurant dans la perception consciente de ses limites se sublime dans le silence qui est abandon confiant à Dieu, qui est adoration et prière. Là est la vraie « participation ». J’aime utiliser le peu de latin que je sais et le peu de rhétorique latine que j’ai étudiée pour profiter pleinement du goût sublime de certaines expressions liturgiques, surtout celles de la Prière eucharistique dont l’Auteur qui nous restera à tout jamais inconnu bénéficia incontestablement de la Lumière divine. Mais je ne me fais pas d’illusions : le peu de latin que je sais ne fait pas de moi un meilleur chrétien, ni un fidèle plus apte à « participer » à la messe, qu’elle soit célébrée en latin ou en langue vernaculaire. En effet, la compréhension de la lettre du texte est de nature à créer l'illusion que la raison peut enfin saisir le Mystère célébré. Souvenons-nous de l’histoire de cet enfant qui, avec une coquille, faisait semblant de croire qu’il pourrait transvaser toute l’eau de la mer dans le trou qu’il avait creusé dans le sable. Cette histoire nous apprend que le sublime n’est pas dans la compréhension du Mystère, mais dans la prise de conscience de nos propres limites. C’est seulement à ce moment-là que, éclairé par la grâce, dans un abandon filial en Dieu qu’on peut aller au-delà de ce que montre la liturgie afin d’appréhender le Mystère non pas en termes de « compréhension » illusoire, mais par l’intuition, la contemplation et l’adoration.

 

« En latin, on ne comprend pas », disent beaucoup de fidèles. Pourtant, la liturgie n’est-elle pas faite de gestes, de signes, de symboles qui, en parlant au cœur, vont plus loin que ce que peut transmettre le latin ou toute autre langue qui ne s’adresse qu’à « tête » ? En toute honnêteté, je ne pense pas que la messe célébrée de façon fructueuse durant des siècles par l’Eglise ait tous ces défauts sur lesquels certains insistent - souvent, par paresse ou peut-être par crainte d’avoir à se remettre en cause -. Cette obstination à critiquer l’usage du latin sent parfois un peu le soufre... Si l’usage du latin pouvait redevenir habituel - à côté d’autres possibilités légitimes - les fidèles ne viendraient pas à la Messe en découvrant à chaque fois une nouvelle façon de traiter la liturgie : ils seraient plutôt conduits à retrouver le sens du sacré dans chaque célébration eucharistique et deviendraient ainsi étrangers au « one-man-show » que certains prêtres s’emploient à faire dès qu’ils sont à l’autel. Citons encore Benoît XVI au n. 52 de « Sacramentum Caritatis » : « Développant la réflexion, le Concile poursuivait : que les fidèles « se laissent instruire par la Parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu, et qu'offrant la victime sans tache non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent ainsi à s'offrir eux-mêmes et soient conduits de jour en jour, par le Christ Médiateur, à la perfection de l'unité avec Dieu et de l'unité entre eux ». Le Pape, qui rappelle ici « Sacrosanctum Concilium », exhorte les fidèles à se laisser former par la Parole de Dieu, à se nourrir à la Table eucharistique, puis à apprendre à s’offrir eux-mêmes de jour en jour. Déjà au n. 51, le Pape avait rappelé le lien intrinsèque entre la liturgie et la mission, entre la célébration des Mystères et la nature missionnaire de l’Eglise. Ce lien fournit la preuve que toute personne est impliquée dans la formule qui achève la Messe : Ite, Missa est ! Cette expression est souvent mal traduite : « Allez dans la paix du Christ ». Comme si la Messe était finie ! Comme si une Messe pouvait « finir » ! Non, elle ne finit pas. L’usage du latin nous invite à la vivre avec attention afin de la prolonger intérieurement dans le calme.

 

(D’après Giovanni SCHINAIA)

Maritain« Il me paraît bien significatif au point de vue de la philosophie de l’histoire, que dans le même temps où au Concile, le Saint Esprit fait proclamer (...) des changements d’attitude qui représentent un progrès immense (et qui ont beaucoup trop tardé), dans le même temps un ouragan de bêtise et d’abjection d’une puissance extraordinaire et apparemment irrésistible souffle tout autour sur la vaste étendue du monde catholique et spécialement ecclésiastique. Cette crise me paraît une des plus graves que l’Eglise ait connue. Elle a à mes yeux un caractère eschatologique et semble annoncer de larges apostasies. (...) Ce que nous voyons aujourd’hui c’est un agenouillement délirant et général devant le monde. Tous ces catholiques, tous ces prêtres en extase devant le monde, poussant dès qu’il s’agit de lui des gémissements d’amour et d’adoration, et répudiant frénétiquement tout ce qui, soit dans l’ordre intellectuel, soit dans l’ordre spirituel, a fait la force de l’Eglise, c’est vraiment un curieux spectacle, et que ne s’explique à mon avis que d’une façon freudienne, par une brusque libération collective de misérables libidines longtemps refoulées. Ce n’est pas le veau d’or qu’ils adorent, c’est une truie d’aluminium à cerveau électronique. Et s’ils se disent encore chrétiens, c’est parce que selon eux, c’est par le christianisme dûment terrestrialisé que nous pouvons atteindre enfin « l’épanouissement de la nature ». C’est donc bien simultanément que Dieu et le diable travaillent dans l’histoire humaine ; et quand l’Esprit-Saint se met à souffler, l’autre aussitôt produit ses hurricanes. Pardonnez tout ce bavardage dû sans doute à l’exaspération où je suis de voir la messe, qui était chaque matin un moment de paix pour ma pauvre âme, envahie maintenant par la sottise et la laideur et la vulgarité de la stupide traduction française que notre épiscopat s’est empressé d’approuver (...) » Jacques MARITAIN (1882 - 1973)

ratzinger_munich_afp220.jpeg- « Non seulement des prêtres, mais des évêques ont l'impression qu’ils ne sont pas fidèles au Concile s’ils reprennent les prières telles qu’elles figurent dans le Missel ; il faut y glisser au moins une formule « créative », si banale soit-elle. Et les souhaits de bienvenue aux assistants, éventuellement aussi un « au revoir » amical, sont déjà devenus des éléments obligatoires de l’action sainte, auxquels personne n’oserait se soustraire. » (« Un chant nouveau pour le Seigneur », pp. 153-154)

 

- « La créativité des liturgies autofabriquées se meut dans un cercle restreint, nécessairement misérable, comparée à la richesse d’une liturgie dont la croissance couvre des siècles et même des millénaires. » (« La célébration de la Foi », p. 67)

 

- « Nous devons redonner à la liturgie la dimension du sacré. La liturgie n’est pas un festival, elle n’est pas une réunion de détente. Ce qui importe, ce n’est pas que le curé réussisse à produire de son cru des idées suggestives ou des élucubrations. (...) Les gens se sentent trompés lorsque le mystère se transforme en distraction, quand l’auteur principal dans la liturgie n’est pas le Dieu vivant mais le prêtre ou l’animateur liturgique. » (Discours aux évêques chiliens, in « La Pensée Catholique », n°237)

 

- « La liturgie n'est pas un show, un spectacle qui ait besoin de metteurs en scène géniaux, ni d’acteurs de talent. La liturgie ne vit pas de surprises sympathiques, de trouvailles captivantes mais de répétitions solennelles. Elle ne doit pas exprimer l’actualité et ce qu’elle a d’éphémère, mais le mystère du sacré. » (« Entretien sur la Foi », p. 151)

 

- « La banalité et le rationalisme enfantin de liturgies autobricolées, avec leur théâtralité artificielle, laissent de plus en plus apparaître leur grande pauvreté : leur inconsistance saute aux yeux. Le pouvoir du mystère s’est évanoui et les petites autosatisfactions qui prétendent compenser cette perte ne peuvent plus satisfaire à la longue les fonctionnaires eux-mêmes. » (« Un chant nouveau pour le Seigneur », pp. 49-50)

 

- « L’exigence aujourd’hui vraiment répandue n’est pas celle d’une liturgie sécularisée, mais au contraire d’une nouvelle rencontre avec le sacré au moyen d’un culte qui permette de reconnaître la présence de l'Eternel. » (« La célébration de la Foi », p. 56)

 

- « Le respect des normes [liturgiques] établies exprime l’amour et la fidélité à la foi de l’Eglise, au trésor de grâce qu’elle garde et transmet ; la beauté des célébrations, bien plus que les innovations et les accommodements subjectifs, fait œuvre durable et efficace d’évangélisation. » (Allocution aux évêques de France en visites « ad limina » en 2012)

Dimanche 14 mars 2010, dans le cadre des Conférences de Carême données à Notre-Dame de Paris, le père Matthieu Rougé a parlé de la réforme liturgique. Le père Rougé, homme brillant, très cultivé, a fait quelques réflexions sur la pauvreté musicale des répertoires contemporains et sur des traductions très dommageables non conformes au latin dans le missel actuel... Bref, des remarques vraies, qu'il fallait oser dire à la télévision et devant le Cardinal André Vingt-Trois.
Cependant, ce prêtre, Recteur de Sainte-Clotilde à Paris, qui célèbre indifféremment dans les deux formes de l'unique rite romain, a été inexact dans sa façon de décrire la différence entre ces mêmes deux formes. Sur basant sur l'idée que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II existe dans les paroisses - ce qui est parfaitement faux comme on le sait tous - il a caricaturé les différences visibles entre les deux formes. Il a affirmé que :
1. la forme ordinaire est dans la langue vernaculaire, face au peuple.
2. la forme extraordinaire est en latin et devant la Croix.
Des propos évidemment inexacts qui ne feront qu'entretenir les confusions. La forme ordinaire du rite romain peut être célébrée - sans autorisation et de manière normale - de la même façon que la forme extraordinaire, c'est-à-dire en latin et versus orientem ou, si l'on préfère, face à la Croix. C'est d'ailleurs de cette façon que la forme ordinaire correspond le mieux aux normes données dans le missel dit "de Paul VI". Mieux : c'est comme ça que le pape la célèbre à Rome !




1. L’Orientation de la célébration

 

image008.jpegAu cours des années 1930, de nombreux « experts » en liturgie soutenaient une idée qui sera reprise surtout après le Concile, à savoir que dans l’Eglise des premiers siècles, le prêtre célébrait l’Eucharistie tourné vers les fidèles. Cette affirmation se fondait sur des autels retrouvés dans les édifices chrétiens les plus anciens. Mais les études les plus récentes et les plus poussées montrent que dans l’Eglise primitive où se sont élaborés les rites liturgiques, la Messe fut toujours célébrée le prêtre et les fidèles tournés dans la même direction : vers l’Est. C’est du reste ce qu’avait déjà démontré le P. Uwe Michael Lang dans son livre « Conversi ad Dominum ». C’est aussi cette orientation que Benoît XVI nous invite (+) à redécouvrir pour redonner sa dimension christocentrique à nos liturgies paroissiales.

 

 

 

2. La communion dans la main

 

Il y a une cinquantaine d’années, les mêmes « experts » soutenaient que dans l’Eglise des premiers siècles, les fidèles recevaient la communion dans les mains. Les adeptes de la pastorale avant-gardiste se servent aujourd’hui encore de cette affirmation pour justifier le fait qu’il ne faille plus s’agenouiller pour recevoir le Corps du Christ à la messe. Aujourd’hui, plus aucun historien sérieux ne partage les certitudes des « experts » de l’époque conciliaire. On sait que si, dans quelques endroits, il pouvait arriver que la communion soit donnée dans les mains des fidèles, dans la majorité des communautés le Corps du Christ était déposé de façon habituelle sur la langue de ceux qui s’avançaient pour communier. Et l’on découvre aussi un autre point : la communion était toujours donnée par des prêtres, jamais pas des laïcs.

 

 

 

3. La langue liturgique

 

Un autre mythe a la vie dure : l’idée selon laquelle, dans l’Eglise des premiers siècles, la liturgie était célébrée en langue courante. Ceci n’est pas exact : à Rome, la liturgie a été célébrée en grec pendant trois siècles, une langue que très peu de fidèles comprenaient. Plus tard, quand les textes liturgiques furent en latin, on employa un latin très « particulier » conçu pour garantir la justesse des formules de foi ; il s’agissait d’un latin que personne ne comprenait aisément tant il paraissait étrange et archaïque.

 

 

 

4. Les laïcs

 

Dans l’Eglise des premiers siècles, les laïcs n’avaient pas les rôles qu’on veut leur faire tenir actuellement au cours des célébrations liturgiques. Pour exercer un ministère à l’autel, il était essentiel d’avoir été institué ou ordonné. Ce qui impliquait une solide formation préalable. Ces ministères anciens ont été conservés dans le cadre des célébrations dans la forme « extraordinaire » du rite romain.

 

 

 

Conclusion : Derrière tous ces mythes se cache un « métamythe » permettant à certains d’affirmer qu’il y aurait eu une rupture dans l’Eglise à l’époque de Constantin au IVe siècle : l’empereur romain aurait fait passer l’ « Eglise du peuple », simple et authentique, à l’ « Eglise cléricale », figée et hiérarchique. Or, les études les plus récentes montrent qu’en réalité il n’y a jamais eu de rupture mais bel et bien une continuité harmonieuse. Mais même si les mythes avaient été basés sur des faits avérés, cela n’aurait pas justifié un retour à des usages ayant cours dans l’Eglise primitive. A ce sujet, le Professeur Michael Foley rappelle qu’en 1947, le Pape Pie XII, dans « Mediator Dei », avait mis en garde contre une « idéalisation du passé » et avait demandé que tout se déroule toujours, en liturgie, selon ce que décide l’Eglise pour son temps.

 

Extrait du Magazine "Crisis" - Pro Liturgia

« La majeure partie des problèmes concernant l’application concrète de la réforme liturgique est liée au fait que l’on n’a pas accordé suffisamment d’attention au poids donné par le Concile Vatican II à la fête de Pâques […]. Pâques signifie que la croix et la résurrection sont inséparables […]. La croix est au centre de la liturgie chrétienne, dans toute sa gravité : un optimisme béat qui nie la souffrance et l’injustice dans le monde et pour qui être chrétien se réduit à être bien élevé n’a rien à voir avec la liturgie de la croix. La rédemption a coûté à Dieu la souffrance et la mort de son fils. Ainsi l’ « exercitium » de la rédemption qui, selon le texte conciliaire, est la liturgie, ne peut se produire sans les purifications et les maturations qui nous viennent de la suite de la croix. » (J. Ratzinger, Teologia della liturgia, LEV, Cité du Vatican, 2010.)

« Le grand danger de notre temps pour la liturgie (comme pour la catéchèse, d’ailleurs), c’est que [sa] dimension cosmique est assez étrangère à notre culture individualiste ; et puisqu’elle nous échappe, prévaut une mentalité selon laquelle il suffit de « créer » une liturgie correspondant à nos propres idées et dans laquelle c’est la communauté elle-même qui se présente. Ce danger de ne plus comprendre la grandeur de l’Eglise et de chercher quelque divertissement dans un groupe n’exprimant que lui-même m'inquiète. Il ne résulte pas d’une mauvaise volonté, mais du contexte où nous vivons. Pour aider les gens à vivre au mieux la liturgie, il faut les avertir des tentations qui peuvent en empêcher la réalisation. Hier, d’autres dangers ont menacé la liturgie, tels le rubricisme ou le légalisme. Notre problème aujourd’hui même s’il y a déjà à nouveau des rubricistes et des légalistes, c’est plutôt une fausse conception, un malentendu dû au désir de créativité dans la liturgie, désir encouragé par une volonté d’auto-expression des communautés. Tant de gens aujourd'hui se plaignent de ce qu’il n’y ait plus deux messes égales l’une à l’autre, au point de se demander s’il existe encore une liturgie catholique... (...) D’où mon appel : libérons-nous de nous-mêmes, et abandonnons-nous à une réalité plus grande ! (...) Je suis pour la stabilité ! Si on change la liturgie chaque jour, ce n'est plus vivable ! (...) Mais, d’autre part, le fixisme - « Maintenant, tout est fait... » - est tout aussi contre-indiqué. En fait, c'est à chaque génération de voir ce qu'on peut améliorer pour être toujours plus conforme aux origines et au véritable esprit de la liturgie. Et je pense qu'il y a effectivement matière aujourd’hui, pour la nouvelle génération, à « réformer la réforme ». Non pas avec des révolutions (je suis un réformiste, pas un révolutionnaire...), mais en changeant ce qui doit l’être. Déclarer toute réforme impossible me semblerait un dogmatisme absurde. »

 

(Cardinal Joseph Ratzinger, entretien au journal « La Croix », 28 décembre 2001)

« Dans la liturgie, le Logos a la préséance qui lui revient sur la volonté. De là découle sa sérénité admirable, sa paix profonde. De là vient aussi qu’elle semble s’absorber entièrement dans la contemplation, l’adoration et le glorification de la Vérité divine. De là son indifférence apparente aux petites misères de nos jours. De là son désintéressement de tout effort immédiat « d’éducation », d’enseignement moral. Il y a dans la liturgie quelque chose qui fait penser aux étoiles, à l’éternité égale de leur course, à leur ordre immuable, à leur silence profond, à leur infinie distance. Ce n’est toutefois qu’en apparence paraît se désintéresser de la vie morale de l’homme, de son effort, de son action. En vérité, elle sait fort bien que quiconque vit en elle possède la vérité, la santé surnaturelle, la paix intime et que celui qui quitte son royaume sacré pour affronter la vie saura y faire rayonner sa force. » (Romano Guardini, L’esprit de la liturgie, éd. Parole et Silence.) Comme le fait remarquer ici Romano Guardini, la liturgie n’a pas de rapport immédiat avec la vie réelle, avec la vie de tous les jours qui se déroule à la maison, au bureau, à l’usine, sur un terrain de sport... Elle doit être solennelle, coupée du monde et propre au sanctuaire. C’est seulement quand elle échappe au tumulte du monde, quand elle dégage un calme profond et une admirable « placidité », quand elle apparaît véritablement comme le culte rendu à la gloire de Dieu, quand elle conduit au recueillement et à l’intériorisation que la liturgie devient le remède dont a absolument besoin l'homme moderne dévoré autant par le stress du travail que par des divertissements devenus parfois proprement abrutissants. Mais la liturgie n’est pas d’abord une thérapie. Elle doit principalement exprimer et communiquer les principes fondamentaux de la religion pour inviter la créature à remplir ses fonctions face au Créateur ; c’est ainsi qu’elle mène vers la sainteté, qu’elle procure la paix surnaturelle, qu’elle prépare les fidèles à affronter la vie, les rendant capables de conformer leurs actions aux sentiments qu’elle aura fait naître en eux. 

 

Pro Liturgia

Comme l’ont reconnu le Cardinal Ratzinger, Mgr Ranijth, le Cardinal Arinze, Mgr Bux... et tant d’autres avec eux, la liturgie traverse une crise grave essentiellement due au fait que plus personne ne la respecte et que les fidèles clercs et laïcs qui la connaissent sont de plus en plus rares. Cette crise a des répercussions directes sur la foi des baptisés et a pour conséquence la désertification des messes paroissiales. De fait, dans les diocèses de France, il est très rare que les fidèles puissent trouver dans leurs paroisses la liturgie célébrée selon les livres officiels (missel, lectionnaire, graduel...) publiés à la suite de Vatican II : la liturgie restaurée à la suite du Concile n’est ni connue, ni respectée, et il faut souvent faire plusieurs dizaines de kilomètres, le dimanche venu, pour trouver une paroisse desservie par un prêtre qui célèbre la messe comme elle doit être célébrée ou - ce qui est plus souvent le cas - qui la célèbre de façon à ce qu’on puisse dire : « Ici, c’est moins pire qu’ailleurs. »

 

 


66061149Mais pour qu'un prêtre puisse respecter la liturgie actuelle, il lui faut souvent échapper au « diktat » de responsables diocésains, d’équipes liturgiques, de certains membres de la chorale, de catéchistes... Et respecter la liturgie transmise par l’Eglise devient alors un véritable parcours du combattant au cours duquel le pauvre curé risquera d’y laisser sa santé ou de baisser les bras. En dehors de rares endroits où un prêtre fait preuve d’obéissance à l’Eglise et donne son vrai sens à la liturgie, on voit partout des célébrants (ainsi que des « équipes » de laïcs) s’arroger le droit de « personnaliser » les messes par des ajouts, des suppressions, des modifications, des commentaires, des excentricités... Ce qui, on le sait, n’a jamais été ni voulu ni permis par le concile Vatican II. Contraints, depuis 50 ans, de subir des célébrations dominicales dont le déroulement est devenu aléatoire, sinueux, incertain et souvent même stupide, les fidèles en sont arrivés à oublier à quoi ressemble une messe qui se déroule selon les normes liturgiques. Ils se sont habitués ou résignés à ces célébrations paroissiales actuelles où ce sont la banalité, la désinvolture et la platitude qui sont de mise tellement l’harmonie des gestes, la dignité des déplacements, l’esthétique des vêtements liturgiques, la beauté du mobilier sacré, la tenue des ministres, la qualité des chants... sont devenus rarissimes. Le fidèle qui entre dans une église de France pour participer à une messe dominicale est donc assuré de ne plus y trouver qu’un « happening » qui n’a plus qu’un très lointain rapport avec une célébration proprement catholique, c’est-à-dire telle que voulue par l’Eglise. De plus en plus, même, la liturgie donne l’impression d’avoir été imaginée, conçue par les « happy few » de la paroisse, lesquels forment autour du curé une sorte de club fermé dont se sent rapidement exclu le fidèle qui ne pense pas comme eux. Preuve que, contrairement à ce qui est affirmé officiellement dans les diocèses, le Concile est bel et bien lettre morte...

 

On a souvent dit et écrit que Benoît XVI souhaitait remédier à cet état de fait. Mais comment ? Doit-il donner un catalogue de ce qu’il faut faire et ne pas faire en liturgie ? Inutile : il existe déjà de nombreux textes et livres officiels - à commencer par le « Missel romain » et le « Cérémonial des Evêques » - qui indiquent très clairement les lignes à suivre pour célébrer la liturgie comme le souhaite l'Eglise et comme le désirent les fidèles. Mais en France, ces documents sont ignorés des évêques. Certains ont même été même passés totalement sous silence, comme le livret « Iubilate Deo » de Paul VI et le « Directoire pour le Ministère et la vie des prêtres » de la Congrégation pour le Clergé. Pour corriger ce qui doit l’être, le Saint-Père part plutôt de l’idée selon laquelle si la liturgie est en crise, ce n’est pas tant parce que les rites ne sont plus correctement accomplis que parce les fidèles ont perdu le sens de ce que la liturgie entend célébrer, entend réaliser sur l’autel et dans le cœur des hommes. C’est cette perte du sens profond de la liturgie qui a entraîné l’abandon des normes structurant les célébrations liturgiques, et non le contraire. Par son Exhortation « Sacramentum Caritatis », Benoît XVI souhaite aider tous les fidèles - les clercs au premier chef - à redécouvrir la signification de ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre l’Eucharistie, en sorte que les baptisés soient invités à retrouver progressivement le goût pour des célébrations liturgiques dignes, sobres, priantes, et définitivement débarrassées de ces « gadgets pastoraux » qui la dénaturent et n’apportent rien ni à la mise en œuvre loyale de la prière officielle de l'Eglise, ni à la confession de la foi reçue des Apôtres. 

 

Les appels du Pape sont-ils entendus ? On peut malheureusement en douter : les mauvaises habitudes liturgiques sont désormais tellement ancrées dans les assemblées paroissiales et chez certains célébrants, que l'on ne voit même pas comment les pasteurs pourraient à présent changer quelque chose dans les façons de faire. A supposer qu’ils le veuillent ! Cependant, une nouvelle génération de fidèles se montre plus attentive à la qualité et à la vérité des célébrations, et par conséquent au respect des normes liturgiques. Constatant cette ébauche de renouveau - qui ne plaît généralement pas aux responsables diocésains qui ont tout fait pour saboter la liturgie - il nous incombe d’agir là où nous sommes, à quelque niveau que nous soyons, pour que l’Exhortation « Sacramentum Caritatis » de Benoît XVI soit partout accueillie et mise en œuvre. Il faut y croire envers et contre tout, tant il est vrai qu’un renouveau de la foi passera nécessairement - comme l’ont souligné Mgr Bux et Mgr Marini entre autres - par une redécouverte du sens profond de la liturgie que Vatican II a réellement voulue.

 

Pro Liturgia

Nous le constatons; nous l'avons souvent dit et répété : la liturgie romaine, telle qu'elle a été définie par le concile Vatican II, n'existe pour ainsi dire pas dans les paroisses de France. Elle est introuvable tant dans son expression latine que dans son expression française. Le Missel romain n'est pas respecté : la liturgie qui y est définie est presque partout remplacée par des célébrations fluctuantes ne reflètant pas la foi de l'Eglise mais plutôt les goûts et les sentiments de tel célébrant, de tel groupe de fidèles... Or, entre la foi reçue des Apôtres et célébrée par la liturgie de l'Eglise et les sentiments de quelques personnes, il y a un monde... un gouffre pourrait-on dire ! La liturgie qui célèbre et reflète la foi intacte de l'Eglise peut être qualifiée de "sainte", parce que l'Eglise elle-même est sainte. C'est pourquoi le concile Vatican II parle de la "Sainte Liturgie". Mais une liturgie recomposée à partir des goûts et des sentiments de quelques fidèles ou d'un prêtre ne peut pas, elle, être dite "sainte". Pourquoi ? Simplement parce que les fidèles qui organisent cette liturgie ne sont pas eux-mêmes saints.

 

 

 

media-127326-1.jpegDe quel droit prive-t-on aujourd'hui les fidèles de la "Sainte Liturgie" à laquelle ils ont droit et que l'Eglise souhaite leur donner pour qu'ils puissent y puiser abondamment les forces spirituelles dont ils ont besoin ? Cette question toujours d'actualité doit être posée sous une forme encore plus simple : pourquoi ne trouve-t-on pas, aujourd'hui, dans nos paroisses, l'authentique liturgie romaine telle qu'elle est définie par l'Eglise pour notre temps ? La réponse est multiple. Si la liturgie de l'Eglise fait aujourd'hui défaut dans les paroisses, c'est essentiellement parce que :

 

1°. Une grande majorité de prêtres ne connaissent pas cette liturgie. Quand ils célèbrent la Messe, ils reproduisent ce qu'ils ont vu faire ailleurs et qui leur a plu et ils font ce qu'on leur dit de faire. Rarement ils ont la curiosité de consulter les textes officiels du Magistère pour voir si ce qu'ils font et si ce qu'on leur demande de faire est conforme avec l'enseignement de l'Eglise. Il n'y a généralement chez ces célébrants aucune réelle mauvaise volonté, mais simplement une grande ignorance : une ignorance qui persiste depuis le Concile, tant et si bien que la masse des fidèles a fini par s'en accommoder. Cette ignorance vient essentiellement de ce que les documents officiels du Saint-Siège ne sont ni transmis, ni objectivement étudiés (1). Quand l'ignorance conduit à s'accomoder de l'erreur, c'est très grave ! Quand le mensonge perpétuel finit par se faire passer pour la vérité c'est très grave ! Quand progressivement de simples modes se substituent aux règles de la liturgie, c'est encore très grave ! Il arrive que de telles subversions puissent passer pour "pastoralement" plus efficace parce qu'une liturgie "adaptée" semble mieux correspondre à la piété subjective de ceux qui y participent. Mais objectivement, la subversion de la liturgie trahit toujours le sacrement de l'unité et met en relief des individualismes qui ne sont jamais sans danger pour la foi. (2) 

 

2°. Dans leur immense majorité, les fidèles ne connaissent pas, eux non plus, la liturgie actuelle. Hormis ceux qui fréquentent certaines abbayes, ils ne l'ont jamais vue célébrée.Les fidèles d'aujourd'hui qui pratiquent encore vont souvent à la messe par habitude et par foi sincère sans se rendre compte des aberrations liturgiques qu'on leur fait "avaler"; sans se rendre compte que ces aberrations liturgiques peuvent facilement devenir les supports d'aberrations doctrinales. Les fidèles n'ont plus conscience que les célébrations eucharistiques accommodantes qu'on organise dans leurs paroisses ne sont généralement plus que des cérémonies que l'on a accommodées pour autoriser l'erreur à s'y installer. Le paroissien d'aujourd'hui finit alors par être contaminé par un mal qui semble vouloir ronger certains pasteurs et qui fait qu'on est devenu plus sensible à une liturgie qui plaît qu'à une liturgie qui est vraie. C'est ce qui explique que des fidèles se réjouissent de pouvoir encore participer, dans une paroisse près de chez eux, à une messe chantée en grégorien; mais ils ne s'inquiètent nullement de ce que, au cours de cette célébration eucharistique grégorienne, la liturgie elle-même ne soit plus respectée. Du moment qu'ils ont eu une "dose" dominicale de grégorien, tout est pour le mieux. Pour le reste, que le célébrant omette des rites et transforme certaines prières en considérations personnelles, on ferme les yeux. Il arrive aussi que des fidèles louent les qualités de tel prédicateur, sans s'inquiéter de ce que le contexte dans lequel se fait la prédication est un non-sens liturgique. Un fidèle raconte que durant les fêtes de Noël, il avait entendu un prédicateur faire un excellent sermon au cours duquel il expliquait que les rites liés à cette grande fête étaient d'une grande importance pour permettre à l'homme égaré de retrouver des repères et une certaine stabilité. Mais le prédicateur lui-même n'a par la suite respecté aucun des rites liturgiques... Ce qui n'a du reste troublé aucune des personnes ayant quelques minutes auparavant apprécié le contenu de l'homélie.

 

3°. Des évêques, mis au courant des déviations liturgiques généralisées, ne semblent pas vouloir réagir. Mais comment pourraient-ils redresser la situation puisque certains d'entre eux avouent ne pas être des spécialistes en liturgie ou de ne pas s'intéresser outre mesure à la liturgie ? Comment les pasteurs diocésains pourraient-ils donner le bon exemple si eux-mêmes ne se soucient ni de connaître ni de respecter les règles contenues dans le Missel romain ? Interrogé sur ce sujet brûlant, un évêque disait, il y a quelque temps, ne pas faire de la liturgie sa préoccupation essentielle. Pour lui, l' "essentiel" était de faire de la "pastorale". Mais ne serait-il pas temps de s'interroger sur l'efficacité de cette pastorale "à la française", quand on sait que notre pays est devenu la lanterne rouge des pays d'Europe en matière de participation aux messes dominicales et en matière d'ordinations sacerdotales ? Est-il utile de rappeler ici que le concile Vatican II a déclaré ce qu'aucun autre concile avant lui n'avait déclaré - pas même celui de Trente -, à savoir que « la liturgie est le sommet et la source de la vie de l'Eglise ». Oui, nous lisons bien : la « source ». C'est donc la liturgie qui devrait être au coeur de toute vraie pastorale.

 

Concluons. Nous voulons bien comprendre l'embarras de nos Pasteurs. S'il leur fallait officiellement admettre que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est introuvable dans les paroisses françaises, suite à une application erronée des directives conciliaires, il leur faudrait répondre à une nouvelle question : qu'est-il prévu pour redresser cette situation qui fait souffrir tant de fidèles disposés à suivre les orientations de l'Eglise ? A notre connaissance, rien n'est prévu... du moins dans un avenir proche. Pourtant, lorsqu'on interroge le site internet de la Conférence des Evêques de France sur la liturgie, on est renvoyé sur le site du Centre National de Pastorale Liturgique. Et là se trouve une surprise : chacun peut désormais consulter une traduction de la nouvelle "Introduction Générale du Missel Romain" approuvée et rendue obligatoire par Jean-Paul II. Alors, devant la richesse d'un texte officiel qui continue à être ignoré et inappliqué dans la majorité des paroisses, posons une question : qu'est-ce qui, au fond, anime et motive les réels choix pastoraux de certains de nos prêtres ? Nous ne voulons pas - nous ne pouvons pas - croire que tous nos prêtres font de la désobéissance par goût de la désobeissance. Nous ne voulons pas non plus croire ou simplement imaginer qu'ils n'aiment pas la liturgie. Pourquoi tant de prêtres n'avouent-ils pas qu'ils se rendent malheureux en refusant aux fidèles et en se refusant à eux-mêmes cette liturgie de l'Eglise qu'au fond, leur coeur de pasteur aimerait donner ?

 

 

(1) Quels sont les fidèles qui ont eu en main des documents tels que la "Lettre de Jean-Paul II à tous les évêques de l'Eglise sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie" (24 février 1980),

la "Lettre apostolique de Jean-Paul II pour le 25ème anniversaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie", le "Directoire pour le ministère et la vie des prêtres"

publié en 1994 par la Congrégation pour le Clergé, le manuel "Iubilate Deo" distribué aux évêques du monde entier pour leur demander de veiller à ce qu'un minimum

de chant grégorien soit conservé partout et connu des fidèles... pour ne citer que ces documents ?

 

 

(2) "Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l'Eglise,

qu'il représente par son ministère, mais auquel il doit aussi être subordonné selon une discipline correcte de foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose

librement du texte liturgique et du rite sacré, en allant jusqu'à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective,

mais objectivement c'est toujours trahir l'union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l'unité. Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce Sacrifice,

ce n'est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un voulait

appeler une telle position "uniformisme", cela prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme dangereux. 

 La subordination du ministre, du célébrant, au "Mysterium" qui lui a été confié par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression

dans l'observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant.

Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits

par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d'extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire sans autel et sans ornements.

Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques

peut être interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes,

ou par un certain manque d'esprit de foi (...)" Jean-Paul II, Lettre à tous les évêques, fév. 1980.

« Les mélodies grégoriennes de forme ornée sont irremplaçables. Et elles sont caractéristiques. De certains Introïts émane un charme qui créée le climat de la célébration, liée au temps liturgique et à la fête. (…) Certains graduels, offertoires, ou communions sont des perles précieuses qui alimentent profondément la piété des fidèles. (…) Chantés comme il faut, avec sentiment et compétence par une schola ou même par un chantre vraiment qualifié, dans le silence recueilli et méditatif de l’assemblée, ils émeuvent profondément et unissent à Dieu. Lorsque l’on a toutes les possibilités de bien exécuter ce répertoire, ce serait une erreur de l’abandonner pour des mélodies plus simples ou populaires. » 

 

Vous avez trouvé ? Non ? Eh bien c’est le P. Annibale Bunigni, Secrétaire du Consilium pour l’application de la réforme liturgique de Vatican II.

 

Pro Liturgia

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