"Comment aller à la messe sans y perdre la foi?" C'est sous ce titre provocateur qu'a été publié le dernier ouvrage de Mgr Bux, préfacé par l'écrivain Vittorio Messori et soutenu officiellement par les Cardinaux Burke et Llovera, respectivement Préfet du Tribunal de la Signature apostolique et Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements.Mgr Bux, qui dans son diocèse d'origine de Bari en Italie, avait largement contribué aux travaux conduisant à la réforme de la liturgie suite à Vatican II, et s'était confronté aux nombreux problèmes touchant à l'art et à la musique sacrée, entretient une amitié de longue date avec le pape Benoît XVI. C'est dire que son propos est autorisé.

 

 

 

 

nicolasbuxLe but du livre de Mgr Bux consiste à soutenir l'idée que foi et liturgie ont partie liée, que la façon de célébrer peut conduire au progrès ou au déclin de la foi et que donc la mise en oeuvre consciencieuse et responsable des normes liturgiques - lesquelles sont une expression du "ius divinum", et en cela doivent être soustraite l'envie créatrice de tout un chacun - n'est pas une option possible parmi d'autres, mais une nécessité absolue pour l'avenir de l'Eglise. L'Auteur constate que depuis quelques décennies, la liturgie n'est plus conforme à l'image que donnait le rite bimillénaire de l'Eglise catholique, mais se plie souvent aux aménagements subjectifs de chaque célébrant. Ce qui a pour conséquence inéluctable la perte de l'unité du rite - qui d'un autel à l'autre est célébré différemment - et à la confusion des fidèles qui ne s'y retrouvent plus. Les abus que l'on constate au cours des célébrations eucharistiques en particulier, et qui ne trouvent aucune justification dans les enseignements du Magistère, conduisent à une perte progressive de la foi, laquelle se met à dériver en fonction des déformations insupportables infligées alors à la liturgie de l'Eglise. Parmi les abus les plus fréquents, Mgr Bux relève la propension au bavardage propre à de nombreux célébrants. Le déroulement de l'action sacrée est alors entrecoupé de mini-homélies, de considérations sur des états d'âme personnels, qui sabotent l'unité de la liturgie et porte atteinte à ce qui fait que l'action liturgique forme un tout cohérent et homogène. Ce besoin d'en rajouter sans cesse traduit chez le célébrant une conviction totalement anti-liturgique d'avoir à expliquer tout ce qu'il fait à l'autel et trahit surtout chez lui un manque de confiance dans le pouvoir de communication innérant à l'action liturgique elle-même. La liturgie, qui est fondamentalement rite sacré et sacramental, devient alors une sorte d'enseignement en constante évolution, qui ne semble jamais toucher au but et qui tourne au spectacle, "enrichi" par les interventions de laïcs qui se désignent maintenant comme les "acteurs liturgiques". La messe perd ainsi son caractère sacré : au lieu d'être l'actualisation du mystère du Christ, de sa Passion, de son Sacrifice, et de sa Résurrection, elle devient une représentation théâtralisée se caractérisant surtout par sa capacité à divertir les assemblées, une capacité ne pouvant toutefois soutenir la comparaison avec aucun autre divertissement mondain. Et ceci a des conséquences dramatiques : la réduction du sacré à une activité, l'accent outrancier mis sur la notion de communauté à laquelle il manque pourtant tout fondement réel (on pense ici à ces nombreux cantiques pompiers où il n'est question que du "peuple qui avance", du "peuple choisi", du "peuple en fête"... etc.), un nombre croissant de défections parmi les fidèles qui comprennent très vite que le "divertissement" apporté par ce type de messes peut être facilement remplacé par autre chose.

 

Mgr Bux se reporte aussi volontiers à cette notion de "réforme de la réforme" initiée en son temps par le Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour le culte Divin : celui-ci avait exprimé sa conviction qu'il était absolument nécessaire de reprendre contact avec la réforme liturgique telle qu'elle était prévue au départ par le Concile, dans la mesure où toute réforme, quelle qu'elle soit, comporte souvent, en plus de sa fonction positive de purification, d'assainissement, un effet néfaste pouvant s'attaquer à la substance même de l'objet qu'elle prétend réformer. Pour ce qui concerne la liturgie, il est capital de remettre en lumière le fait que la liturgie ne s'adresse ni au prêtre ni à la communauté, mais au Christ et à Lui seul : Il est le point de mire unique de l'action liturgique. Quant au prêtre, il se tient devant Lui et accomplit le rite prévu en vue du salut du peuple de Dieu. De même, si Benoît XVI a voulu remettre en valeur la réception de la Communion à genoux et sur la langue, c'est pour exprimer que la messe n'est pas un simple repas, au sens commun du terme, mais une invitation à pouvoir participer à la présence véritable du Christ sous l'aspect du pain. Ainsi le Corps véritable du Christ est d'abord vénéré; c'est ensuite qu'il pet être reçu en nourriture de l'âme par le croyant. Comme Mgr Bux le montre encore très clairement dans son livre, la liturgie n'est pas quelque chose de secondaire dans la vie du croyant : c'est, au contraire, le lieu et le moment offerts par Dieu, l'heure sainte qu'Il nous propose pour nous approcher de Lui dans la prière, pour entrer dans son mystère, - un mystère qui dépasse l'homme, dont il ne peut pas se saisir et qui n'est donc pas à sa libre disposition -, et pour jouir déjà dans le monde présent d'un avant-goût de la vie éternelle.

 

L'Auteur de cet ouvrage fait aussi partie de ceux qui ont reçu avec gratitude le Motu proprio "Summorum Pontificum" libéralisant la messe dite "tridentine" sous le nom de "forme extraordinaire" du rite romain, dans la mesure où il pouvait aider à enrichir et à mieux célébrer la forme dite "ordinaire" reçue de Vatican II. Il a aussi relevé, dans une interview, une conséquence inattendue de ce Motu proprio, à savoir que l' "ancienne forme" avait trouvé un écho favorable avant tout auprès des jeunes générations. De telles réalités devraient, à son avis, être entendues, reconnues et accompagnées par nos évêques : ce ne sont pas d'abord les personnes âgées "nostalgiques" qui vont à la messe "tridentine", mais des jeunes en recherche d'une expression du sacré qu'ils ne trouvent pas dans les façons habituelles de célébrer la "forme ordinaire". Pour Mgr Bux, le pape est satisfait de la tournure que prennent les évènements : il en prévoit la confirmation dans la publication prochaine de nouvelles précisions concernant l'usage du Motu proprio "Summorum Pontificum". Le Pape souhaite que tous comprennent qu'à côté de la forme "ordinaire" du rite romain il y a la forme "extraordinaire", et que celle-ci est pleinement légitime dans l'Eglise.

 

D'après Kathnet. Trad. MH/APL

FIC68802HAB40Dans l’opuscule qu’il vient de faire paraître aux éditions Artège sous le titre de « La liturgie de l’esprit », Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, donne quelques orientations visant à faire retrouver dans l’Eglise l’authentique esprit de la liturgie tel qu’il a été transmis par la tradition multiséculaire de l’Eglise. Mgr Aillet commence par rappeler la raison essentielle qui a poussé le pape Benoît XVI à étendre la possibilité de célébrer la liturgie selon la forme « extraordinaire » avec le Missel romain de 1962 : mettre en lumière la continuité du Missel restauré à la suite de Vatican II avec le Missel publié à la suite du concile de Trente, afin que soit ravivé le sens authentique de la liturgie. L’Evêque de Bayonne souligne ensuite qu’ « aucune forme liturgique n’est exempte d’éléments contingents susceptibles d’une plus ou moins grande perfection dans l’expression et, du fait même, susceptibles d’être perfectionnés. » On comprend donc que pour l’Eglise, il n’existe - et n’a jamais existé - une forme liturgique fixée définitivement à une époque donnée. Quatre pages sont ensuite consacrées à quelques rapides considérations sur le « mystère » et sur la « liturgie » qui doit « tout à la fois révéler le mystère, le mettre en lumière, le dévoiler, et d’autre part indiquer son caractère caché, souligner qu’il est incompréhensible, ineffable. »

 

Puis Mgr Aillet passe en revue différents éléments de la liturgie romaine : il les compare, souligne leurs insuffisances ou leurs complémentarités, selon qu’ils sont dans la forme « extraordinaire » ou dans la forme « ordinaire ». Sont ainsi survolés : l’offertoire, le sacrifice propitiatoire pour les vivants et les morts, le silence, la répétitivité de certaines formules et de certains gestes, la différence entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel des prêtres, le lectionnaire, le calendrier et les préfaces, la réception de la communion. L’opuscule se termine sur quelques pages où est évoquée l’ « adoration en esprit et vérité ». Au fil des pages, Mgr Aillet fait aussi remarquer que là où la liturgie restaurée à la suite de Vatican II a été accueillie et mise en œuvre en étant fidèle à la mens et à la tradition liturgique romaine - comme ce fut le cas dans la Communauté Saint-Martin d’où est issu l’Auteur - il n’y a pas eu d’impression de rupture dans la célébration de la foi. Mais l’on sait - et l’Evêque de Bayonne le sait sûrement mieux que quiconque - que dans les années qui ont suivi Vatican II, il fut interdit d’être fidèle à la mens et à la tradition liturgique romaine ; de cette obligation d’infidélité a provoqué les blessures et la crise que l’on sait.

 

Pro Liturgia

090526-LATERAN-2.jpg« La liturgie de l’Eglise va au-delà de la « réforme conciliaire » elle-même (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 1), dont l’objectif, en effet, n’était pas principalement celui de changer les rites et les textes, mais plutôt celui de renouveler la mentalité et de placer au centre de la vie chrétienne et de la pastorale la célébration du Mystère pascal du Christ. Malheureusement, la liturgie a été perçue, sans doute également de notre part, pasteurs et experts, plus comme un objet à réformer que comme un sujet capable de renouveler la vie chrétienne, à partir du moment où il « existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Eglise [...] puise dans la liturgie ses forces vitales ». C’est le bienheureux Jean-Paul II qui nous le rappelle dans Vicesimus quintus annus, où la liturgie est considérée comme le cœur battant de toute activité ecclésiale. Et le serviteur de Dieu Paul VI, en se référant au culte de l’Eglise, à travers une expression synthétique, affirmait : « De la lex credendi, nous passons à la lex orandi, et celle-ci nous conduit à la lux operandi et vivendi » (Discours au cours de la cérémonie des cierges, 2 février 1970). Sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise et en même temps source d’où provient sa vertu (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 10), la liturgie, avec son univers célébratif, devient ainsi la grande éducatrice au primat de la foi et de la grâce. La liturgie, témoin privilégié de la Tradition vivante de l’Eglise, fidèle à son devoir originel de révéler et de rendre présent dans l’hodie des événements humains l’opus Redemptionis, vit d’un rapport correct et constant entre sana traditio et legitima progressio, explicité de façon claire par la Constitution conciliaire au n. 23. Avec ces deux termes, les Pères conciliaires ont voulu remettre leur programme de réforme en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir. On oppose souvent de façon maladroite la tradition et le progrès. En réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition est une réalité vivante, et inclut donc en elle le principe du développement, du progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure. » (Benoît XVI, Discours à l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, le 6 mai 2011.)

« Tant de prêtres souffrent de ne plus savoir ce qu’ils sont profondément ! Tant d’eux perdent le souffle et l’enthousiasme parce qu’ils n’ont plus de vie intérieure, ni de lien d’amitié avec Jésus. Ils assurent honnêtement leurs fonctions, sans lien avec Dieu. A force de regarder le peuple et de lui parler, le prêtre risque de se croire au centre d l’attention. Etre tourné avec l’assemblée vers le Seigneur lui permettrait de redécouvrir son identité, qui est de conduire le peuple vers Dieu, de s’effacer derrière le Christ : les prêtres doivent être transparents pour laisser passer sa lumière. (...) Car le prêtre st celui qui se tient devant Dieu, il oriente le monde vers Lui. C’est un intermédiaire, un instrument entre Ses mains et non le protagoniste principal de la liturgie. Je pense que la célébration face à Dieu fera redécouvrir l’importance de la prière devant le tabernacle. Quant aux fidèles, ils ne sont pas venus pour parler au prêtre, mais à Dieu.

 


(...) Nous n’avons pas été fidèles au Concile, car nous n’avons pas fait concrètement de la messe la source et le sommet de notre vie, tournés vers le Seigneur ! (...) La foi de l’Eglise augmentera si nous faisons grandir la dimension sacrée de l’Eucharistie. Pour cela, supprimons tout ce qui nuit : les photographes, notamment lors des grandes cérémonies ou dans les églises touristiques, qui donnent ce sentiment détestable d’un ballet théâtral. Alors, nous retrouverons le sens de l’Eglise et celui de l’homme. J’ai la conviction que toute la crise que connaît l’Eglise - crise de la pratique religieuse, crise doctrinale, morale, spirituelle - vient de ce que la présence de Dieu dans l’Eucharistie n’est pas perçue, voir niée en pratique. Tournons-nous vers Lui ! »



Cardinal Robert Sarah, in “Famille Chrétienne”, n°2002, 28 mai-3 juin 2016.

[…] La « réforme de la réforme » se réfère naturellement au Missel réformé et pas au Missel précédent. Qu’est-ce qu’on peut faire, étant donné que finalement notre but commun – me semble-t-il – est la réconciliation liturgique et non pas l’uniformisme ? Je ne suis pas pour l’uniformisme ; mais, naturellement nous devons être contre le chaotisme, contre la fragmentation de la liturgie, et dans ce sens, aussi pour l’unité dans l’observance du Missel de Paul VI. Cela me semble un problème prioritaire : comment retourner à un rite commun réformé, mais pas fragmenté ou laissé à l’arbitraire des communautés locales, ou de quelques groupes de commissions et d’experts ? Donc la « réforme de la réforme » est une question qui concerne le Missel de Paul VI, toujours avec cette finalité d’une réconciliation à l’intérieur de l’Eglise parce que, pour le moment, il y a plutôt une opposition douloureuse, et nous sommes encore loin de la réconciliation […] Pour le Missel en vigueur, le premier point serait, à mon avis, de rejeter la fausse créativité qui n’est pas une catégorie de la liturgie. On a rappelé plus d’une fois, ce que le Concile dit réellement à ce sujet : c’est seulement l’autorité ecclésiastique qui décide, ce n’est pas le droit d’un prêtre ou de quelques personnes de changer la liturgie. Mais dans le nouveau Missel nous trouvons assez souvent des formules comme : sacerdos dicit sic vel simili modo…[le prêtre dit ainsi ou bien de manière semblable] ou bien : hic sacerdos potest dicere…[ici le prêtre peut dire]. Cette formule du Missel officialise en fait la créativité ; le prêtre se sent presque obligé de changer un peu les paroles, de montrer qu’il est créatif, qu’il rend présent à sa communauté cette liturgie ; et avec cette fausse liberté qui transforme la liturgie en catéchèse pour cette communauté, on détruit l’unité liturgique et l’ecclésialité de la liturgie. Donc, il me semble, ce serait déjà une chose très importante pour la réconciliation que le Missel soit libéré de ces espaces de créativité qui ne répondent pas à la réalité profonde , à l’esprit de la liturgie. Si, avec une telle « réforme de la réforme », on pouvait revenir à une célébration fidèle, ecclésiale, de la liturgie ce serait, à mon avis, déjà un pas important, parce que l’ecclésialité de la liturgie apparaîtrait de nouveau clairement.

 

[…] [Un autre problème] est la célébration versus populum [c’est-à-dire face au peuple]. Comme je l’ai écrit dans mes livres, je pense que la célébration vers l’orient, vers le Christ qui vient, est une tradition apostolique. Cependant je suis contre la révolution permanente dans les églises ; on a restructuré maintenant tant d’églises, que recommencer de nouveau en ce moment ne me semble pas du tout opportun. Mais s’il y avait toujours sur les autels une croix, une croix bien en vue, comme point de référence pour tous, pour le prêtre et pour les fidèles, nous aurions notre orient, parce que finalement le Crucifié est l’orient chrétien ; et, sans violence, on pourrait –me semble-t-il- faire ceci : donner comme point de référence le Crucifié, la Croix, et ainsi une nouvelle orientation à la liturgie. Je pense que ce n’est pas une chose purement extérieure : si la liturgie se réalise en un cercle clos, s’il y a seulement le dialogue prêtre-peuple, c’est une fausse cléricalisation et l’absence d’un chemin commun vers le Seigneur vers Lequel nous nous tournons tous. Donc, avoir le Seigneur comme point de référence, pour tous, le prêtre et les fidèles, me semble une chose importante et tout à fait faisable et réalisable […].

   

Extraits d’une conférence du Cardinal Joseph Ratzinger (Abbaye de Fontgombault, 2001)

Mgr Nicola Bux, qui enseigne la liturgie et la théologie sacramentaire à l'Institut de théologie de Bari et qui a été nommé par Benoît XVI Consulteur au Bureau des cérémonies liturgiques du Souverain Pontife, vient de publier un ouvrage dont le titre traduit bien la situation dans laquelle se trouvent les fidèles en raison de l'effondrement de la liturgie dans bien des paroisses, dans bien des communautés religieuses, dans bien des cathédrales : « Comment aller à la messe sans perdre la foi ? ».
La question que pose le titre de l'ouvrage de Mgr Bux est celle-ci : la participation à la liturgie eucharistique, telle qu'elle est actuellement célébrée par l'immense majorité des prêtres, ne met-elle pas en péril la disposition des fidèles à se maintenir dans la foi reçue des Apôtres dont l'Eglise est dépositaire ?

 

 

 

Quand on voit comment se comportent à l'autel la majorité des prêtres, on ne peut que constater leur profonde inculture en matière de liturgie : ils ignorent - parce qu'on ne le leur a jamais appris - que la liturgie est avant tout une action symbolique composée de rites organisés d'une façon en même temps rationnelle et harmonieuse afin de pouvoir exprimer, renforcer et fortifier la foi. (Cf. Romano Guardini et Exhortation Sacramentum caritatis); ils ignorent qu'une action symbolique ne doit être ni expliquée, ni commentée, sous peine de lui faire perdre la densité de sens le plus profond; et dans le même temps, ils ne perçoivent plus la nécessité de veiller à la rationalité et à l'harmonie de la liturgie. 
De là vient que, quand ils sont à l'autel, nos prêtres - évêques en tête - ne saisissent plus pourquoi il est d'une extrême importance d'avoir un comportement digne et d'être en pleine possession des rites. Ils ne voient plus que c'est précisément en ayant un comportement exemplaire et en respectant les rites qu'ils protègent et garantissent le hiératisme, l'ordonnancement, la magnificence de la liturgie en tant qu'elle est le culte rendu à la majesté divine et en tant qu'elle protège les fidèles du danger de croire en un Dieu qui n'est pas celui que Jésus a révélé.
Là où la liturgie n'est plus respectée ni dignement célébrée, ce qui est malheureusement le cas dans la totalité des diocèses de France, ce qui se fait à l'autel conduit à croire en un Dieu qui n'est plus le Dieu personnel de Jésus-Christ, mais plutôt une sorte d'idée plus ou moins vague de Dieu à partir de laquelle chacun peut se construire une croyance adaptée à sa "pointure" spirituelle : laxiste pour les uns, étroite pour les autres; démonstrative pour certains, rigoriste pour d'autres... etc.


 

Mais comment protéger le hiératisme, la dignité, l'intégrité, l'essence de la liturgie ? Nous avons à notre disposition deux moyens qui, depuis Vatican II, n'ont plus été utilisés puisqu'ils étaient considérés comme "dépassés" et contraires aux orientations pastorales à la mode. Ces moyens sont la célébration versus orientem (donc, le prêtre tournant le dos à l'assemblée depuis l'offertoire jusqu'à la fin de la communion), et l'usage du latin/grégorien.
Ces deux éléments devraient être partout utilisés sans aucune modération pour remettre les fidèles - les prêtres en premier lieu - sur les bons "rails liturgiques" menant à redécouvrir qu'une célébration n'est pas fructueuse si elle donne à tout voir et à tout comprendre. Cette affirmation peut sembler totalement farfelue après 40 années d'usage liturgique où l'on a dit exactement le contraire; mais pourtant elle est tout à fait exacte, tout à fait conforme au véritable "esprit de la liturgie" de l'Eglise.
Ne pas tout voir, ne pas tout comprendre : cela conduit à habituer le coeur à chercher ce que l'oeil ne perçoit pas, à habituer l'intelligence à saisir ce que le langage formel ne rend pas directement compréhensible. Ne pas tout voir ni tout comprendre, c'est se donner les moyens d'entrer dans le mode de fonctionnement propre à la liturgie; c'est se laisser guider, captiver, entraîner par le rythme spécifique de la liturgie. C'est prendre peu à peu conscience que ce qui ne se voit pas est plus important que ce qui saute aux yeux, que ce qui ne se comprend pas est plus essentiel que ce qui est véhiculé par des mots. 
C'est apprendre à être dans la liturgie plutôt qu'à faire quelque chose au cours de la liturgie : celui qui cherche à faire quelque chose pour rendre une célébration intéressante est déjà dans l'erreur, avait dit Benoît XVI (Cf. Allocution au moines cisterciens d'Heiligenkreuz).

 

La seule liturgie fructueuse qui soit est celle qui apprend au fidèle à mettre son âme dans la lumière de Dieu. Il faut impérativement que nos célébrants s'emploient à y mettre du silence, de l'effacement, de la régularité, de la dignité, de l'humilité. 
Si les évêques ne s'emploient pas à restituer cette liturgie-là, alors le rite romain disparaîtra irrémédiablement pour être remplacée par des célébrations quelconques qui amèneront les fidèles à progressivement perdre la foi, comme le laisse clairement entendre Mgr Nicola Bux.

 

Pro Liturgia

Dans une récente interview parue dans le magazine « La liturgie, ‘culmen et fons’ », Mgr Guido Marini, commentant le « Gloria » chanté à la Messe de Noël célébrée par le Pape, a rappelé que « le « Gloria » ne devrait jamais être chanté dans une forme responsoriale. C’est-à-dire avec un refrain repris par les fidèles tandis qu’une chorale ou un soliste chante les versets. Pour le « Gloria », c’est toute l’assemblée - divisée en deux chœurs - qui doit chanter tout le texte. Le Cardinal Lustiger avait rappelé ce point dans un petit livret, mais l’on constate que l’erreur est désormais bien ancrée dans de nombreuses paroisses, justifiée par le fait que cette pratique facilite la « participation » des fidèles... où permet à un animateur liturgique de se mettre en scène. Participation, peut-être... Mais sûrement pas à ce qui est prévue par la liturgie ! Il faut chercher l’origine de cette pratique erronée - et d’autres analogues - dans le fait qu’on a dissocié un texte de la forme musicale à laquelle il a lui-même donné naissance pour s’intégrer dans la liturgie. Avec pour résultat - comme le note Fulvio Rampi - la consolidation d’un grave malentendu sur le sens de la « participation active » de l’assemblée dans le « cursus » de la liturgie puisque le « comment » on chante vient désormais avant le « qui » doit chanter. En soumettant l’assemblée des fidèles au « comment » il faut chanter, on en vient à truffer les célébrations de petits refrains ou de chansonnettes qu’on assemble tant bien que mal les unes avec les autres avec pour résultat de priver les fidèles de l’authentique liturgie de l’Eglise, laquelle est constituée d’une harmonieuse cohérence entre les rites, les chants, les gestes, les attitudes.

 

Pro Liturgia

mgrjordy.jpg

 

Normal, il a été un temps dans le très progressiste diocèse de Strasbourg… Et à Strasbourg (comme partout ailleurs), les stupidités liturgiques sont courantes… Le pire est que Mgr Vincent Jordy a été pendant un temps "supérieur du séminaire de Strasbourg". On comprend pourquoi les jeunes ne veulent plus rentrer au Séminaire...

Dix ans du motu proprio Ecclesia Dei

Conférence du Cardinal Joseph Ratzinger

 

A l'occasion des dix ans du Motu proprio « Ecclesia Dei », promulgué par le Pape Jean-Paul II,

des pèlerins se sont rendus à Rome. Le cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation

pour le Doctrine de la foi, a prononcé devant eux une conférence sur la liturgie. En voici le texte :

 

 

 


saintsacrificedelamesse-copie-1.jpg     Dix ans après la publication du Motu proprio Ecclesia Dei, quel bilan peut-on dresser? Je pense que c'est avant tout une occasion pour montrer notre gratitude et pour rendre grâces. Les diverses communautés nées grâce à ce texte pontifical ont donné à l'Eglise un grand nombre de vocations sacerdotales et religieuses qui, zélées, joyeuses et profondément unies au Pape, rendent leur service à l'Evangile dans cette époque de l'histoire, qui est la nôtre. Par eux, beaucoup de fidèles ont été confirmés dans la joie de pouvoir vivre la liturgie, et dans leur amour envers l’Eglise ou peut-être ils ont retrouvé les deux. Dans plusieurs diocèses — et leur nombre n'est pas si petit! — ils servent l’Eglise en collaboration avec les évêques et en relation fraternelle avec les fidèles, qui se sentent chez eux dans la forme rénovée de la liturgie nouvelle. Tout cela ne peut que nous inciter aujourd'hui à la gratitude ! Cependant, il ne serait pas très réaliste de vouloir passer sous silence les choses moins bonnes: qu'en maints endroits les difficultés persistent et continuent à persister, parce que tant les évêques que les prêtres et les fidèles considèrent cet attachement à la liturgie ancienne comme un élément de division, qui ne fait que troubler la communauté ecclésiale et qui fait naître des soupçons sur une acceptation du Concile « sous réserve seulement », et plus généralement sur l'obéissance envers les pasteurs légitimes de l’Eglise. 

 

 

 

Une méfiance envers l'ancienne liturgie

   

Nous devons donc nous poser la question suivante: comment ces difficultés peuvent être dépassées ? Comment peut-on construire la confiance nécessaire pour que ces groupes et ces communautés qui aiment l'ancienne liturgie puissent être intégrés paisiblement dans la vie de l'Eglise ? Mais il y a une autre question sous-jacente à la première: quelle est la raison profonde de cette méfiance ou même de ce refus d'une continuation des anciennes formes liturgiques ? Il est sans doute possible que, dans ce domaine, existent des raisons qui sont antérieures à toute théologie et qui ont leur origine dans le caractère des individus ou dans l'opposition des caractères divers, ou bien dans d'autres circonstances tout à fait extérieures. Mais il est certain qu'il y a aussi des raisons plus profondes, qui expliqueraient ces problèmes. Les deux raisons qu'on entend le plus souvent, sont le manque d'obéissance envers le Concile qui aurait réformé les livres liturgiques, et la rupture de l'unité qui devrait suivre nécessairement, si on laissait en usage des formes liturgiques différentes. Il est relativement facile de réfuter théoriquement ces deux raisonnements: le Concile n'a pas reformé lui-même les livres liturgiques, mais il en a ordonné la révision et, à cette fin, a fixé quelques règles fondamentales. Avant tout, le Concile a donné une définition de ce qui est la liturgie, — et cette définition donne un critère valable pour chaque célébration liturgique. Si l’on voulait mépriser ces règles essentielles et si l'on voulait mettre de coté les « normae generales », qui se trouvent aux numéros 34-36 de la Constitution « De Sacra Liturgia », alors là, on violerait l'obéissance envers le Concile! C'est donc d'après ces critères qu'il faut juger les célébrations liturgiques, qu'elles soient selon les livres anciens ou selon les livres nouveaux. Il est bon de rappeler ici, ce qu'a constaté le Cardinal Newman qui disait que l'Eglise, dans toute son histoire, n'avait jamais aboli ou défendu des formes liturgiques orthodoxes, ce qui serait tout à fait étranger à l’Esprit de l'Eglise. Une liturgie orthodoxe, c’est-à-dire qui exprime la vraie foi, n'est jamais une compilation faite selon des critères pragmatiques de diverses cérémonies, dont on pourrait disposer de manière positiviste et arbitraire — aujourd’hui comme ça et demain autrement. Les formes orthodoxes d'un rite sont des réalités vivantes, nées du dialogue d'amour entre l'Eglise et son Seigneur, elles sont des expressions de la vie de l’Eglise, où se sont condensées la foi, la prière et la vie même de générations, et où se sont incarnées dans une forme concrète en même temps l'action de Dieu et la réponse de l’homme. De tels rites peuvent mourir, si le sujet qui les a portés historiquement disparaît, ou si ce sujet s'est inséré dans un autre cadre de vie. L’autorité de l'Eglise peut définir et limiter l'usage des rites dans des situations historiques diverses, mais jamais elle ne les défend purement et simplement! Ainsi, le Concile a ordonné une réforme des livres liturgiques, mais il n'a pas interdit les livres antérieurs. Le critère que le Concile a exprimé, est à la fois plus vaste et plus exigeant: il invite tous à l’autocritique! Mais nous reviendrons sur ce point. 

 

 

 

L'existence de deux rites peut-elle briser l'unité ?

 

Il faut encore examiner l'autre argument, qui prétend que l'existence de deux rites peut briser l'unité. Là, il faut faire une distinction entre le côté théologique et le côté pratique de la question. Pour ce qui est du côté théorique et fondamental, il faut constater que plusieurs formes du rite latin ont toujours existé, et qu'ils se sont retirés seulement lentement suite à l'unification de l'espace de vie en Europe. Jusqu’au Concile existaient, à côté du rite romain, le rite ambrosien, le rite mozarabe de Tolède, le rite de Braga, le rite des Chartreux et des Carmes, et le plus connu: le rite des Dominicains, — et peut-être d'autres rites encore que je ne connais pas. Personne ne s’est jamais scandalisé, que les Dominicains, souvent présents dans nos paroisses, ne célébraient pas comme les curés, mais avaient leur rite propre. Nous n’avions aucun doute, que leur rite fût catholique autant que le rite romain, et nous étions fiers de cette richesse d'avoir plusieurs traditions diverses. En outre, il faut dire ceci: l'espace libre, que le nouvel Ordo Missae donne à la créativité, est souvent élargi excessivement; la différence entre la liturgie selon les livres nouveaux, comme elle est pratiquée en fait, célébrée en des endroits divers, est souvent plus grande que celle entre une liturgie ancienne et une liturgie nouvelle, célébrées toutes les deux selon les livres liturgiques prescrits. Un chrétien moyen sans formation liturgique spéciale a du mal à distinguer une messe chantée en latin selon l'ancien Missel d'une messe chantée en latin selon le nouveau Missel; par contre, la différence entre une liturgie célébrée fidèlement selon le Missel de Paul VI et les formes et les célébrations concrètes en langue vulgaire avec toutes les libertés et créativités possibles, la différence peut être énorme ! Avec ces considérations nous avons déjà franchi le seuil entre la théorie et la pratique, où les choses sont naturellement plus compliquées, puisqu'il s'agit des relations entre des personnes vivantes. Il me semble, que les aversions dont nous avons parlé sont si grandes parce qu'on met en relation les deux formes de célébration avec deux attitudes spirituelles différentes, à savoir avec deux manières différentes de percevoir l’Eglise et l'existence chrétienne tout court. Les raisons pour cela sont multiples. La première est celle-ci: on juge les deux formes liturgiques à partir des éléments extérieurs et on arrive ainsi à la conclusion suivante: il y a deux attitudes fondamentales différentes. Le chrétien moyen considère essentiel pour la liturgie rénovée, qu'elle soit célébrée en langue vulgaire et face au peuple, qu'il y existe un grand espace libre pour le créativité et que les laïcs y exercent des fonctions actives. Par contre : est considéré essentiel pour la célébration selon le rite antique, qu’elle se dise en langue latine, que le prêtre soit tourné vers l'autel, que le rite soit prescrit sévèrement et que les fidèles suivent la messe en priant en privé, sans avoir une fonction active. Dans cette optique, la phénoménologie est essentielle pour une liturgie, non pas ce qu'elle considère elle-même comme essentiel. Il fallait s'attendre à ce que les fidèles s’expliquent la liturgie à partir des formes concrètes visibles et qu’ils soient imprégnés spirituellement par ces formes-là, et que les fidèles ne pénètrent pas facilement dans les profondeurs de la liturgie. 

 

 

 

La liturgie appartient au Corps tout entier de l'Eglise

 

Les contradictions et oppositions que nous venons d’énumérer, ne proviennent ni de l'esprit ni de la lettre des textes conciliaires. La Constitution sur la Liturgie (Sacrosanctum Concilium) elle-même ne parle pas du tout de la célébration face à l’autel ou face au peuple. Et au sujet de la langue, elle dit que le latin doit être conservé tout en donnant une place plus large à la langue maternelle, « surtout dans les lectures, les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants (SC 36, 2) ». Quant à la participation des laïcs, le Concile insiste d'abord en général que la liturgie est essentiellement l'affaire du Corps du Christ tout entier, Tête et membres, et que pour cette raison, elle appartient au Corps tout entier de l'Eglise « et qu'elle est par conséquent destinée à être célébrée en communauté avec participation active des fidèles ». Et le texte précise: « Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC 28). « Pour promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi en son temps un silence sacré » (SC 30). Voilà les directives du Concile: à tous elles peuvent donner matière à réflexion. Parmi un nombre de liturgistes modernes il y a malheureusement une tendance à développer les idées du Concile dans une seule direction; en agissant ainsi, on finira par renverser les intentions du Concile. La position du prêtre est réduite par quelques-uns au pur fonctionnel. Le fait que le Corps du Christ tout entier est le sujet de la liturgie, est souvent déformé au point que la communauté locale devient le sujet autosuffisant de la liturgie et en distribue les divers rôles. Il existe aussi une tendance dangereuse à minimaliser le caractère sacrificiel de la Messe et de faire disparaître le mystère et le sacré, sous le prétexte, soi-disant impératif, de se faire comprendre plus facilement. Enfin, on constate la tendance à fragmenter la liturgie et à souligner unilatéralement son caractère communautaire, en donnant à l'assemblée le pouvoir de décider sur la célébration. Mais heureusement, il y a aussi un certain dégoût du rationalisme plein de banalité et du pragmatisme de certains liturgistes, soient-ils théoriciens ou praticiens, et on constate un retour au mystère, à l'adoration et au sacré, et au caractère cosmique et eschatologique de la liturgie, dont témoigne l'Oxford-Declaration on Liturgy de 1996. D'autre part, il faut admettre que la célébration de l'ancienne liturgie s'était égarée trop dans le domaine de l'individualisme et du privé, et que la communion entre prêtre et fidèles était insuffisante. J'ai un grand respect pour nos aïeux, qui disaient durant les messes basses les « Prières pendant la messe », que leur livre de prières proposait, — mais certainement on ne peut considérer cela comme l'idéal de la célébration liturgique! Peut-être, ces formes réduites de célébration sont la raison profonde pour laquelle la disparition des livres liturgiques anciens n'a eu aucune importance dans beaucoup de pays et n'a causé aucune douleur. On n'a jamais été en contact avec la liturgie elle-même. D’autre part, là où le Mouvement liturgique avait créé un certain amour pour la liturgie, — là où ce mouvement avait anticipé les idées essentielles du Concile, comme par exemple la participation priante de tous à l'action liturgique, — là était plus grande la douleur face à une réforme liturgique entreprise trop en hâte et se limitant souvent à l'aspect extérieur. Là où le Mouvement liturgique n'a jamais existé, la réforme n'a d'abord pas posé de problème. Les problèmes se sont posés seulement de façon sporadique là où une créativité sauvage a fait disparaître le mystère sacré. Voilà pourquoi il est si important d’observer les critères essentiels de la Constitution sur la Liturgie, que j'ai cités plus haut, aussi si l’on célèbre selon le Missel ancien! Au moment où cette liturgie touche vraiment les fidèles par sa beauté et sa profondeur, alors elle sera aimée, et alors elle ne sera pas en opposition inconciliable avec la Liturgie nouvelle, pourvu que ces critères soient vraiment appliqués comme le Concile l'a voulu. Des accents spirituels et théologiques différents continueront, certes, à exister; mais ils ne seront plus deux manières opposées d’être chrétien, mais plutôt des richesses qui appartiennent à la même et unique foi catholique. Lorsque, il y a quelques années, quelqu'un avait proposé « un nouveau mouvement liturgique » pour éviter que les deux formes de liturgie ne s'éloignent trop l'une de l'autre et pour mettre en évidence leur convergence intime, quelques amis de l'ancienne liturgie ont exprimé leur peur que ceci ne soit qu'un stratagème ou une ruse, pour pouvoir éliminer enfin complètement l'ancienne liturgie. Il faut que de telles anxiétés et peurs cessent enfin! Si dans les deux formes de célébration l'unité de la foi et l'unicité du mystère apparaissent clairement, cela ne peut qu'être pour tous une raison de se réjouir et de remercier le Bon Dieu. Dans la mesure où nous tous croyons, vivons et agissons selon ces motivations, nous pourrons aussi persuader les évêques, que la présence de l'ancienne liturgie ne dérange et ne brise pas l'unité de leur diocèse, mais qu’elle est plutôt un don destiné à construire le Corps du Christ, dont nous sommes tous les serviteurs. Ainsi chers amis, je voudrais vous encourager à ne pas perdre patience, à conserver la confiance, et à puiser dans la liturgie la force nécessaire pour donner notre témoignage pour le Seigneur en notre temps.

L’objection la plus souvent avancée contre la messe célébrée en latin, est qu’elle ne favorise pas la « participation » active des fidèles qui a été demandée par les pères du concile Vatican II. Dans une messe célébrée en latin, les fidèles seraient réduits à n’être que des spectateurs plus ou moins muets d’une action qui ne concernerait que le célébrant. En 2007, au n. 52 de l’Exhortation post-synodale « Sacramentum Caritatis » Benoît XVI écrivait que « le concile Vatican II avait opportunément voulu un développement particulier de la participation active, pleine et fructueuse du peuple de Dieu tout entier à la célébration eucharistique. Le renouveau mis en œuvre au cours de ces années a bien certainement favorisé des progrès notables dans la direction souhaitée par les Pères conciliaires. » Le Pape rappelait « Sacrosanctum Concilium » et rappelait que la participation des fidèles à la Messe devait être « actuosa, plena, fructuosa » C’était le vœu des pères conciliaires ; ça devrait être notre souci, notre objectif. Et Benoît XVI ajoutait : « Nous ne devons pas cependant nous cacher qu’une certaine incompréhension, précisément sur le sens de cette participation, s’est parfois manifestée. Il convient par conséquent de dire clairement que, par ce mot, on n’entend pas faire référence à une simple attitude extérieure durant la célébration. »

 

 

 

 

saint-sacrifice-messeCette précision apportée par le Pape est importante ; elle nous pousse à demander en quoi doit alors consister la participation « active, pleine et fructueuse » à la liturgie. Curieusement, Benoît XVI ne nous dit pas en quoi doit précisément consister la « participation » ; il préfère plutôt nous dire ce qu’elle ne doit pas être : « participer » ne veut pas dire « faire quelque chose » pendant que le prêtre à l’autel dit des prières et accomplit les rites prescrits. Souvenons-nous des terribles années 80. Avant la Messe, on s’employait à faire un programme : pendant l’offertoire, on chantera « Les mains ouvertes devant toi, seigneur » ; pendant la communion, « Pour inventer la liberté »... A la fin de la célébration, le prêtre était heureux si la Messe avait été bruyante ; pour lui, c’était la preuve que les fidèles avaient « participé ». Chacun pouvait rentrer chez lui dans les dispositions de quelqu’un qui venait d’assister à un concert. Il est vrai qu’à cette époque-là, bien peu de catéchistes rappelaient aux enfants que la messe est le Saint Sacrifice du Christ sur la Croix qui se renouvelle de façon non sanglante sur l’autel par les mains du prêtre, « alter Christus ». Donc, le pape explique ce que l’on doit entendre par « participation ». Il nous rappelle qu’en dépit de ce que peuvent penser certains clercs aujourd’hui encore, aucun des pères conciliaires n’était un « rocker » ou un « hippie » désireux de transformer la liturgie de l’Eglise en une sorte de « Woodstock ». Se souvenant de l’époque du Concile auquel il a lui-même participé, Benoît XVI souligne que la « participation active » à la liturgie telle qu’elle était souhaitée par Vatican II doit être comprise en termes plus substantiels : elle doit consister en une plus grande prise de conscience du mystère célébré et de sa relation à la vie quotidienne. Encore pleinement valable est la recommandation conciliaire de la Constitution « Sacrosanctum Concilium », exhortant les fidèles à ne pas assister à la liturgie eucharistique, « comme des spectateurs étrangers et muets », mais en participant « à l’action sacrée en connaissance de cause, pieusement et activement. » C’est le point capital : comme l’ont souhaité les pères conciliaires et comme le rappelle Benoît XVI, il n’est pas possible d’être à la Messe comme des étrangers, comme des spectateurs muets. Peut-être étions-nous de tels étrangers à la liturgie - du moins certains d’entre nous - quand nous pensions, de bonne foi, que l’essentiel était d’avoir des guitares bien accordées et que l’emploi des bongos ou des maracas allait donner l’envie d’aller à l’église. Pendant le temps de communion, l’essentiel était de pouvoir finir tous les couplets du chant choisi... Etrangers à la liturgie, nous l’avons été lorsque nous avons « zappé » la communion sous prétexte d’interpréter « notre » morceau, lorsque nous avons suivi les catéchistes qui, dans leur ignorance crasse, nous invitaient à imaginer des célébrations ressemblant plus à une fête d’équipe sportive qu’à la célébration liturgique. D’autre part, au sujet de l’assistance à la Messe en « spectateurs muets », il est malvenu de critiquer la liturgie qui se faisait jusqu’au moment du Concile en avançant qu’elle ne facilitait pas - ou même interdisait - la « participation » des fidèles. Il ne faudrait tout de même pas oublier, en effet, que pendant 2 000 ans de christianisme, les saints et les saintes nous ont enseigné la valeur du silence : d’un silence qu’il ne faut pas confondre avec la mutité qui, elle, n’est pas le silence mais l’absence de parole.

 

Que se passe-t-il sur l’autel durant la Messe ? Il se produit un mystère ineffable, indicible, qui fait que le Christ se rend présent sous les espèces du pain et du vin. On ne célèbre pas un symbole ! On ne célèbre pas une image, une idée ! Le Christ est vraiment là, présent dans l’hostie et la coupe de vin que tiennent les mains du prêtre. C’est un grand Mystère, indicible, si « scandaleux « pour l'intelligence humaine que la seule façon d’y adhérer est de faire appel à la foi : Mysterium fidei. C’est dans la relation avec ce Mystère si grand et profond que nous devons nous demander ce que signifie être des spectateurs « muets » et ce que signifie « participer activement, pleinement et fructueusement ». Il est clair que le concept de « participation » n’a pas de sens absolu. Imaginons un jeune « fan » de football qui assiste à un match ; pour lui, « participer » signifie crier, applaudir, encourager l’équipe dont on est le « supporter », éventuellement vociférer contre l'arbitre qui n’a pas vu une faute, agiter drapeaux et souffler dans des vuvuzelas... Imaginons maintenant ce qui se passerait si ce jeune « fan » était en classe et voulait « participer » comme il l’a fait au stade... Au théâtre, à l’opéra, à l’école, au cours d’une conférence... c’est toujours la « participation active » des spectateurs ou des auditeurs qui est demandée. Mais une participation par le silence et l’attention. Un silence qui n’est jamais le « mutisme », car le « mutisme » signifie l’arrêt de l’attention, de l’intelligence ; le « mutisme » traduit la résignation, une volonté d’humilier la parcelle d’intelligence divine que possède le génie humain. Le silence est le contraire du « mutisme » : il traduit l’écoute, l’adhésion, la réflexion. Devant le Mystère, le silence est participation ; et vouloir le chasser ne procède que d’une recherche de la distraction à tout prix. Or la distraction ne naît que de l’incompréhension, c’est-à-dire d’un humiliant renoncement à comprendre. Cela peut nous sembler paradoxal, mais devant le Mystère, le silence est la vraie « participation » tandis que le bruit de certains chants, des commentaires, des explications, n’est que l’expression d’un « mutisme » : le « mutisme » de l’âme qui se cache derrière le flot des paroles et de cette agitation qu’on appelle aujourd’hui « animation liturgique ». La docte ignorance des philosophes qui admettent qu’ils ne savent pas et ne peuvent pas savoir, produit le « mutisme ». Au contraire, l'intelligence éclairée par la grâce mais demeurant dans la perception consciente de ses limites se sublime dans le silence qui est abandon confiant à Dieu, qui est adoration et prière. Là est la vraie « participation ». J’aime utiliser le peu de latin que je sais et le peu de rhétorique latine que j’ai étudiée pour profiter pleinement du goût sublime de certaines expressions liturgiques, surtout celles de la Prière eucharistique dont l’Auteur qui nous restera à tout jamais inconnu bénéficia incontestablement de la Lumière divine. Mais je ne me fais pas d’illusions : le peu de latin que je sais ne fait pas de moi un meilleur chrétien, ni un fidèle plus apte à « participer » à la messe, qu’elle soit célébrée en latin ou en langue vernaculaire. En effet, la compréhension de la lettre du texte est de nature à créer l'illusion que la raison peut enfin saisir le Mystère célébré. Souvenons-nous de l’histoire de cet enfant qui, avec une coquille, faisait semblant de croire qu’il pourrait transvaser toute l’eau de la mer dans le trou qu’il avait creusé dans le sable. Cette histoire nous apprend que le sublime n’est pas dans la compréhension du Mystère, mais dans la prise de conscience de nos propres limites. C’est seulement à ce moment-là que, éclairé par la grâce, dans un abandon filial en Dieu qu’on peut aller au-delà de ce que montre la liturgie afin d’appréhender le Mystère non pas en termes de « compréhension » illusoire, mais par l’intuition, la contemplation et l’adoration.

 

« En latin, on ne comprend pas », disent beaucoup de fidèles. Pourtant, la liturgie n’est-elle pas faite de gestes, de signes, de symboles qui, en parlant au cœur, vont plus loin que ce que peut transmettre le latin ou toute autre langue qui ne s’adresse qu’à « tête » ? En toute honnêteté, je ne pense pas que la messe célébrée de façon fructueuse durant des siècles par l’Eglise ait tous ces défauts sur lesquels certains insistent - souvent, par paresse ou peut-être par crainte d’avoir à se remettre en cause -. Cette obstination à critiquer l’usage du latin sent parfois un peu le soufre... Si l’usage du latin pouvait redevenir habituel - à côté d’autres possibilités légitimes - les fidèles ne viendraient pas à la Messe en découvrant à chaque fois une nouvelle façon de traiter la liturgie : ils seraient plutôt conduits à retrouver le sens du sacré dans chaque célébration eucharistique et deviendraient ainsi étrangers au « one-man-show » que certains prêtres s’emploient à faire dès qu’ils sont à l’autel. Citons encore Benoît XVI au n. 52 de « Sacramentum Caritatis » : « Développant la réflexion, le Concile poursuivait : que les fidèles « se laissent instruire par la Parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu, et qu'offrant la victime sans tache non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent ainsi à s'offrir eux-mêmes et soient conduits de jour en jour, par le Christ Médiateur, à la perfection de l'unité avec Dieu et de l'unité entre eux ». Le Pape, qui rappelle ici « Sacrosanctum Concilium », exhorte les fidèles à se laisser former par la Parole de Dieu, à se nourrir à la Table eucharistique, puis à apprendre à s’offrir eux-mêmes de jour en jour. Déjà au n. 51, le Pape avait rappelé le lien intrinsèque entre la liturgie et la mission, entre la célébration des Mystères et la nature missionnaire de l’Eglise. Ce lien fournit la preuve que toute personne est impliquée dans la formule qui achève la Messe : Ite, Missa est ! Cette expression est souvent mal traduite : « Allez dans la paix du Christ ». Comme si la Messe était finie ! Comme si une Messe pouvait « finir » ! Non, elle ne finit pas. L’usage du latin nous invite à la vivre avec attention afin de la prolonger intérieurement dans le calme.

 

(D’après Giovanni SCHINAIA)

Widget Vatican.va

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 








Dossiers / Synthèses

 


 

http://img.over-blog.com/600x408/0/21/41/34/2010/hippycatholicism-copie-1.jpg

 


 

 


 

 


 

Actualité du livre

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg