« Le grand danger de notre temps pour la liturgie (comme pour la catéchèse, d’ailleurs), c’est que [sa] dimension cosmique est assez étrangère à notre culture individualiste ; et puisqu’elle nous échappe, prévaut une mentalité selon laquelle il suffit de « créer » une liturgie correspondant à nos propres idées et dans laquelle c’est la communauté elle-même qui se présente. Ce danger de ne plus comprendre la grandeur de l’Eglise et de chercher quelque divertissement dans un groupe n’exprimant que lui-même m'inquiète. Il ne résulte pas d’une mauvaise volonté, mais du contexte où nous vivons. Pour aider les gens à vivre au mieux la liturgie, il faut les avertir des tentations qui peuvent en empêcher la réalisation. Hier, d’autres dangers ont menacé la liturgie, tels le rubricisme ou le légalisme. Notre problème aujourd’hui même s’il y a déjà à nouveau des rubricistes et des légalistes, c’est plutôt une fausse conception, un malentendu dû au désir de créativité dans la liturgie, désir encouragé par une volonté d’auto-expression des communautés. Tant de gens aujourd'hui se plaignent de ce qu’il n’y ait plus deux messes égales l’une à l’autre, au point de se demander s’il existe encore une liturgie catholique... (...) D’où mon appel : libérons-nous de nous-mêmes, et abandonnons-nous à une réalité plus grande ! (...) Je suis pour la stabilité ! Si on change la liturgie chaque jour, ce n'est plus vivable ! (...) Mais, d’autre part, le fixisme - « Maintenant, tout est fait... » - est tout aussi contre-indiqué. En fait, c'est à chaque génération de voir ce qu'on peut améliorer pour être toujours plus conforme aux origines et au véritable esprit de la liturgie. Et je pense qu'il y a effectivement matière aujourd’hui, pour la nouvelle génération, à « réformer la réforme ». Non pas avec des révolutions (je suis un réformiste, pas un révolutionnaire...), mais en changeant ce qui doit l’être. Déclarer toute réforme impossible me semblerait un dogmatisme absurde. »

 

(Cardinal Joseph Ratzinger, entretien au journal « La Croix », 28 décembre 2001)

« Dans la liturgie, le Logos a la préséance qui lui revient sur la volonté. De là découle sa sérénité admirable, sa paix profonde. De là vient aussi qu’elle semble s’absorber entièrement dans la contemplation, l’adoration et le glorification de la Vérité divine. De là son indifférence apparente aux petites misères de nos jours. De là son désintéressement de tout effort immédiat « d’éducation », d’enseignement moral. Il y a dans la liturgie quelque chose qui fait penser aux étoiles, à l’éternité égale de leur course, à leur ordre immuable, à leur silence profond, à leur infinie distance. Ce n’est toutefois qu’en apparence paraît se désintéresser de la vie morale de l’homme, de son effort, de son action. En vérité, elle sait fort bien que quiconque vit en elle possède la vérité, la santé surnaturelle, la paix intime et que celui qui quitte son royaume sacré pour affronter la vie saura y faire rayonner sa force. » (Romano Guardini, L’esprit de la liturgie, éd. Parole et Silence.) Comme le fait remarquer ici Romano Guardini, la liturgie n’a pas de rapport immédiat avec la vie réelle, avec la vie de tous les jours qui se déroule à la maison, au bureau, à l’usine, sur un terrain de sport... Elle doit être solennelle, coupée du monde et propre au sanctuaire. C’est seulement quand elle échappe au tumulte du monde, quand elle dégage un calme profond et une admirable « placidité », quand elle apparaît véritablement comme le culte rendu à la gloire de Dieu, quand elle conduit au recueillement et à l’intériorisation que la liturgie devient le remède dont a absolument besoin l'homme moderne dévoré autant par le stress du travail que par des divertissements devenus parfois proprement abrutissants. Mais la liturgie n’est pas d’abord une thérapie. Elle doit principalement exprimer et communiquer les principes fondamentaux de la religion pour inviter la créature à remplir ses fonctions face au Créateur ; c’est ainsi qu’elle mène vers la sainteté, qu’elle procure la paix surnaturelle, qu’elle prépare les fidèles à affronter la vie, les rendant capables de conformer leurs actions aux sentiments qu’elle aura fait naître en eux. 

 

Pro Liturgia

Comme l’ont reconnu le Cardinal Ratzinger, Mgr Ranijth, le Cardinal Arinze, Mgr Bux... et tant d’autres avec eux, la liturgie traverse une crise grave essentiellement due au fait que plus personne ne la respecte et que les fidèles clercs et laïcs qui la connaissent sont de plus en plus rares. Cette crise a des répercussions directes sur la foi des baptisés et a pour conséquence la désertification des messes paroissiales. De fait, dans les diocèses de France, il est très rare que les fidèles puissent trouver dans leurs paroisses la liturgie célébrée selon les livres officiels (missel, lectionnaire, graduel...) publiés à la suite de Vatican II : la liturgie restaurée à la suite du Concile n’est ni connue, ni respectée, et il faut souvent faire plusieurs dizaines de kilomètres, le dimanche venu, pour trouver une paroisse desservie par un prêtre qui célèbre la messe comme elle doit être célébrée ou - ce qui est plus souvent le cas - qui la célèbre de façon à ce qu’on puisse dire : « Ici, c’est moins pire qu’ailleurs. »

 

 


66061149Mais pour qu'un prêtre puisse respecter la liturgie actuelle, il lui faut souvent échapper au « diktat » de responsables diocésains, d’équipes liturgiques, de certains membres de la chorale, de catéchistes... Et respecter la liturgie transmise par l’Eglise devient alors un véritable parcours du combattant au cours duquel le pauvre curé risquera d’y laisser sa santé ou de baisser les bras. En dehors de rares endroits où un prêtre fait preuve d’obéissance à l’Eglise et donne son vrai sens à la liturgie, on voit partout des célébrants (ainsi que des « équipes » de laïcs) s’arroger le droit de « personnaliser » les messes par des ajouts, des suppressions, des modifications, des commentaires, des excentricités... Ce qui, on le sait, n’a jamais été ni voulu ni permis par le concile Vatican II. Contraints, depuis 50 ans, de subir des célébrations dominicales dont le déroulement est devenu aléatoire, sinueux, incertain et souvent même stupide, les fidèles en sont arrivés à oublier à quoi ressemble une messe qui se déroule selon les normes liturgiques. Ils se sont habitués ou résignés à ces célébrations paroissiales actuelles où ce sont la banalité, la désinvolture et la platitude qui sont de mise tellement l’harmonie des gestes, la dignité des déplacements, l’esthétique des vêtements liturgiques, la beauté du mobilier sacré, la tenue des ministres, la qualité des chants... sont devenus rarissimes. Le fidèle qui entre dans une église de France pour participer à une messe dominicale est donc assuré de ne plus y trouver qu’un « happening » qui n’a plus qu’un très lointain rapport avec une célébration proprement catholique, c’est-à-dire telle que voulue par l’Eglise. De plus en plus, même, la liturgie donne l’impression d’avoir été imaginée, conçue par les « happy few » de la paroisse, lesquels forment autour du curé une sorte de club fermé dont se sent rapidement exclu le fidèle qui ne pense pas comme eux. Preuve que, contrairement à ce qui est affirmé officiellement dans les diocèses, le Concile est bel et bien lettre morte...

 

On a souvent dit et écrit que Benoît XVI souhaitait remédier à cet état de fait. Mais comment ? Doit-il donner un catalogue de ce qu’il faut faire et ne pas faire en liturgie ? Inutile : il existe déjà de nombreux textes et livres officiels - à commencer par le « Missel romain » et le « Cérémonial des Evêques » - qui indiquent très clairement les lignes à suivre pour célébrer la liturgie comme le souhaite l'Eglise et comme le désirent les fidèles. Mais en France, ces documents sont ignorés des évêques. Certains ont même été même passés totalement sous silence, comme le livret « Iubilate Deo » de Paul VI et le « Directoire pour le Ministère et la vie des prêtres » de la Congrégation pour le Clergé. Pour corriger ce qui doit l’être, le Saint-Père part plutôt de l’idée selon laquelle si la liturgie est en crise, ce n’est pas tant parce que les rites ne sont plus correctement accomplis que parce les fidèles ont perdu le sens de ce que la liturgie entend célébrer, entend réaliser sur l’autel et dans le cœur des hommes. C’est cette perte du sens profond de la liturgie qui a entraîné l’abandon des normes structurant les célébrations liturgiques, et non le contraire. Par son Exhortation « Sacramentum Caritatis », Benoît XVI souhaite aider tous les fidèles - les clercs au premier chef - à redécouvrir la signification de ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre l’Eucharistie, en sorte que les baptisés soient invités à retrouver progressivement le goût pour des célébrations liturgiques dignes, sobres, priantes, et définitivement débarrassées de ces « gadgets pastoraux » qui la dénaturent et n’apportent rien ni à la mise en œuvre loyale de la prière officielle de l'Eglise, ni à la confession de la foi reçue des Apôtres. 

 

Les appels du Pape sont-ils entendus ? On peut malheureusement en douter : les mauvaises habitudes liturgiques sont désormais tellement ancrées dans les assemblées paroissiales et chez certains célébrants, que l'on ne voit même pas comment les pasteurs pourraient à présent changer quelque chose dans les façons de faire. A supposer qu’ils le veuillent ! Cependant, une nouvelle génération de fidèles se montre plus attentive à la qualité et à la vérité des célébrations, et par conséquent au respect des normes liturgiques. Constatant cette ébauche de renouveau - qui ne plaît généralement pas aux responsables diocésains qui ont tout fait pour saboter la liturgie - il nous incombe d’agir là où nous sommes, à quelque niveau que nous soyons, pour que l’Exhortation « Sacramentum Caritatis » de Benoît XVI soit partout accueillie et mise en œuvre. Il faut y croire envers et contre tout, tant il est vrai qu’un renouveau de la foi passera nécessairement - comme l’ont souligné Mgr Bux et Mgr Marini entre autres - par une redécouverte du sens profond de la liturgie que Vatican II a réellement voulue.

 

Pro Liturgia

Nous le constatons; nous l'avons souvent dit et répété : la liturgie romaine, telle qu'elle a été définie par le concile Vatican II, n'existe pour ainsi dire pas dans les paroisses de France. Elle est introuvable tant dans son expression latine que dans son expression française. Le Missel romain n'est pas respecté : la liturgie qui y est définie est presque partout remplacée par des célébrations fluctuantes ne reflètant pas la foi de l'Eglise mais plutôt les goûts et les sentiments de tel célébrant, de tel groupe de fidèles... Or, entre la foi reçue des Apôtres et célébrée par la liturgie de l'Eglise et les sentiments de quelques personnes, il y a un monde... un gouffre pourrait-on dire ! La liturgie qui célèbre et reflète la foi intacte de l'Eglise peut être qualifiée de "sainte", parce que l'Eglise elle-même est sainte. C'est pourquoi le concile Vatican II parle de la "Sainte Liturgie". Mais une liturgie recomposée à partir des goûts et des sentiments de quelques fidèles ou d'un prêtre ne peut pas, elle, être dite "sainte". Pourquoi ? Simplement parce que les fidèles qui organisent cette liturgie ne sont pas eux-mêmes saints.

 

 

 

media-127326-1.jpegDe quel droit prive-t-on aujourd'hui les fidèles de la "Sainte Liturgie" à laquelle ils ont droit et que l'Eglise souhaite leur donner pour qu'ils puissent y puiser abondamment les forces spirituelles dont ils ont besoin ? Cette question toujours d'actualité doit être posée sous une forme encore plus simple : pourquoi ne trouve-t-on pas, aujourd'hui, dans nos paroisses, l'authentique liturgie romaine telle qu'elle est définie par l'Eglise pour notre temps ? La réponse est multiple. Si la liturgie de l'Eglise fait aujourd'hui défaut dans les paroisses, c'est essentiellement parce que :

 

1°. Une grande majorité de prêtres ne connaissent pas cette liturgie. Quand ils célèbrent la Messe, ils reproduisent ce qu'ils ont vu faire ailleurs et qui leur a plu et ils font ce qu'on leur dit de faire. Rarement ils ont la curiosité de consulter les textes officiels du Magistère pour voir si ce qu'ils font et si ce qu'on leur demande de faire est conforme avec l'enseignement de l'Eglise. Il n'y a généralement chez ces célébrants aucune réelle mauvaise volonté, mais simplement une grande ignorance : une ignorance qui persiste depuis le Concile, tant et si bien que la masse des fidèles a fini par s'en accommoder. Cette ignorance vient essentiellement de ce que les documents officiels du Saint-Siège ne sont ni transmis, ni objectivement étudiés (1). Quand l'ignorance conduit à s'accomoder de l'erreur, c'est très grave ! Quand le mensonge perpétuel finit par se faire passer pour la vérité c'est très grave ! Quand progressivement de simples modes se substituent aux règles de la liturgie, c'est encore très grave ! Il arrive que de telles subversions puissent passer pour "pastoralement" plus efficace parce qu'une liturgie "adaptée" semble mieux correspondre à la piété subjective de ceux qui y participent. Mais objectivement, la subversion de la liturgie trahit toujours le sacrement de l'unité et met en relief des individualismes qui ne sont jamais sans danger pour la foi. (2) 

 

2°. Dans leur immense majorité, les fidèles ne connaissent pas, eux non plus, la liturgie actuelle. Hormis ceux qui fréquentent certaines abbayes, ils ne l'ont jamais vue célébrée.Les fidèles d'aujourd'hui qui pratiquent encore vont souvent à la messe par habitude et par foi sincère sans se rendre compte des aberrations liturgiques qu'on leur fait "avaler"; sans se rendre compte que ces aberrations liturgiques peuvent facilement devenir les supports d'aberrations doctrinales. Les fidèles n'ont plus conscience que les célébrations eucharistiques accommodantes qu'on organise dans leurs paroisses ne sont généralement plus que des cérémonies que l'on a accommodées pour autoriser l'erreur à s'y installer. Le paroissien d'aujourd'hui finit alors par être contaminé par un mal qui semble vouloir ronger certains pasteurs et qui fait qu'on est devenu plus sensible à une liturgie qui plaît qu'à une liturgie qui est vraie. C'est ce qui explique que des fidèles se réjouissent de pouvoir encore participer, dans une paroisse près de chez eux, à une messe chantée en grégorien; mais ils ne s'inquiètent nullement de ce que, au cours de cette célébration eucharistique grégorienne, la liturgie elle-même ne soit plus respectée. Du moment qu'ils ont eu une "dose" dominicale de grégorien, tout est pour le mieux. Pour le reste, que le célébrant omette des rites et transforme certaines prières en considérations personnelles, on ferme les yeux. Il arrive aussi que des fidèles louent les qualités de tel prédicateur, sans s'inquiéter de ce que le contexte dans lequel se fait la prédication est un non-sens liturgique. Un fidèle raconte que durant les fêtes de Noël, il avait entendu un prédicateur faire un excellent sermon au cours duquel il expliquait que les rites liés à cette grande fête étaient d'une grande importance pour permettre à l'homme égaré de retrouver des repères et une certaine stabilité. Mais le prédicateur lui-même n'a par la suite respecté aucun des rites liturgiques... Ce qui n'a du reste troublé aucune des personnes ayant quelques minutes auparavant apprécié le contenu de l'homélie.

 

3°. Des évêques, mis au courant des déviations liturgiques généralisées, ne semblent pas vouloir réagir. Mais comment pourraient-ils redresser la situation puisque certains d'entre eux avouent ne pas être des spécialistes en liturgie ou de ne pas s'intéresser outre mesure à la liturgie ? Comment les pasteurs diocésains pourraient-ils donner le bon exemple si eux-mêmes ne se soucient ni de connaître ni de respecter les règles contenues dans le Missel romain ? Interrogé sur ce sujet brûlant, un évêque disait, il y a quelque temps, ne pas faire de la liturgie sa préoccupation essentielle. Pour lui, l' "essentiel" était de faire de la "pastorale". Mais ne serait-il pas temps de s'interroger sur l'efficacité de cette pastorale "à la française", quand on sait que notre pays est devenu la lanterne rouge des pays d'Europe en matière de participation aux messes dominicales et en matière d'ordinations sacerdotales ? Est-il utile de rappeler ici que le concile Vatican II a déclaré ce qu'aucun autre concile avant lui n'avait déclaré - pas même celui de Trente -, à savoir que « la liturgie est le sommet et la source de la vie de l'Eglise ». Oui, nous lisons bien : la « source ». C'est donc la liturgie qui devrait être au coeur de toute vraie pastorale.

 

Concluons. Nous voulons bien comprendre l'embarras de nos Pasteurs. S'il leur fallait officiellement admettre que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est introuvable dans les paroisses françaises, suite à une application erronée des directives conciliaires, il leur faudrait répondre à une nouvelle question : qu'est-il prévu pour redresser cette situation qui fait souffrir tant de fidèles disposés à suivre les orientations de l'Eglise ? A notre connaissance, rien n'est prévu... du moins dans un avenir proche. Pourtant, lorsqu'on interroge le site internet de la Conférence des Evêques de France sur la liturgie, on est renvoyé sur le site du Centre National de Pastorale Liturgique. Et là se trouve une surprise : chacun peut désormais consulter une traduction de la nouvelle "Introduction Générale du Missel Romain" approuvée et rendue obligatoire par Jean-Paul II. Alors, devant la richesse d'un texte officiel qui continue à être ignoré et inappliqué dans la majorité des paroisses, posons une question : qu'est-ce qui, au fond, anime et motive les réels choix pastoraux de certains de nos prêtres ? Nous ne voulons pas - nous ne pouvons pas - croire que tous nos prêtres font de la désobéissance par goût de la désobeissance. Nous ne voulons pas non plus croire ou simplement imaginer qu'ils n'aiment pas la liturgie. Pourquoi tant de prêtres n'avouent-ils pas qu'ils se rendent malheureux en refusant aux fidèles et en se refusant à eux-mêmes cette liturgie de l'Eglise qu'au fond, leur coeur de pasteur aimerait donner ?

 

 

(1) Quels sont les fidèles qui ont eu en main des documents tels que la "Lettre de Jean-Paul II à tous les évêques de l'Eglise sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie" (24 février 1980),

la "Lettre apostolique de Jean-Paul II pour le 25ème anniversaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie", le "Directoire pour le ministère et la vie des prêtres"

publié en 1994 par la Congrégation pour le Clergé, le manuel "Iubilate Deo" distribué aux évêques du monde entier pour leur demander de veiller à ce qu'un minimum

de chant grégorien soit conservé partout et connu des fidèles... pour ne citer que ces documents ?

 

 

(2) "Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l'Eglise,

qu'il représente par son ministère, mais auquel il doit aussi être subordonné selon une discipline correcte de foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose

librement du texte liturgique et du rite sacré, en allant jusqu'à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective,

mais objectivement c'est toujours trahir l'union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l'unité. Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce Sacrifice,

ce n'est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un voulait

appeler une telle position "uniformisme", cela prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme dangereux. 

 La subordination du ministre, du célébrant, au "Mysterium" qui lui a été confié par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression

dans l'observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant.

Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits

par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d'extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire sans autel et sans ornements.

Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques

peut être interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes,

ou par un certain manque d'esprit de foi (...)" Jean-Paul II, Lettre à tous les évêques, fév. 1980.

« Les mélodies grégoriennes de forme ornée sont irremplaçables. Et elles sont caractéristiques. De certains Introïts émane un charme qui créée le climat de la célébration, liée au temps liturgique et à la fête. (…) Certains graduels, offertoires, ou communions sont des perles précieuses qui alimentent profondément la piété des fidèles. (…) Chantés comme il faut, avec sentiment et compétence par une schola ou même par un chantre vraiment qualifié, dans le silence recueilli et méditatif de l’assemblée, ils émeuvent profondément et unissent à Dieu. Lorsque l’on a toutes les possibilités de bien exécuter ce répertoire, ce serait une erreur de l’abandonner pour des mélodies plus simples ou populaires. » 

 

Vous avez trouvé ? Non ? Eh bien c’est le P. Annibale Bunigni, Secrétaire du Consilium pour l’application de la réforme liturgique de Vatican II.

 

Pro Liturgia

 

http://img.over-blog.com/400x261/0/21/41/34/liturgie/nocomment.jpg 

« On a une liturgie dégénérée en "show", où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide

de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe

des fabricants liturgiques, et une attitude de recul d'autant plus prononcée chez ceux qui cherchent

dans la liturgie non pas le "showmaster" spirituel, mais la rencontre avec le Dieu vivant (...) »

(Cardinal Joseph Ratzinger, Simandron der Wachklopfer. Gedenkschrift für Klaus Gamber, Cologne 1989)

 

 

 

 

Il y a une réalité que nos évêques seraient bien inspirés de reconnaître. C'est celle-ci : il faut chercher longtemps, très longtemps - et souvent en vain - pour trouver, en France, quelqu'un qui sache encore ce qu'est la liturgie de l'Eglise et comment elle doit être célébrée. Les prêtres ne la connaissent pas, ne la comprennent pas et, par conséquent, ne la célèbrent que comme ils pensent qu'elle puisse être célébrée mais jamais exactement comme elle doit être célébrée. Les "très activistes" membres des équipes liturgiques ne la connaissent pas davantage. Mais telles des mouches qui volent autour des reliefs d'un repas en décomposition, ils bourdonnent dans les sanctuaires pour se repaître des restes de liturgies préalablement dégradées qui constituent l'aliment de base de leur ego surdimentionné (Cf. Romano Guardini, L'esprit de la liturgie). Les simples fidèles qui vont à la messe ne la connaissent pas non plus et, finalement, tels des gamins résignés, en viennent à accepter les célébrations artifiellement recomposées qu'on leur impose. Il y a d'ailleurs un signe de cette ignorance liturgique généralisée qui ne trompe pas : combien de ceux qui sont déjà allés à Rome ou qui ont participé aux JMJ et ont vu là le pape Benoît XVI célébrer exemplairement la liturgie de l'Eglise s'en reviennent chez eux où ils acceptent sans sourciller, dans leurs paroisses respectives, des messes qui sont aux antipodes de celles que célèbrent le Souverain Pontife ? N'est-ce pas là la preuve que pour beaucoup la liturgie se mesure désormais à son caractère "supportable" en des circonstances particulières ?

 

Mais que trouve-t-on à la place de la liturgie de l'Eglise catholique dont les évêques nous expliquent - sans trop y croire, semble-t-il - que les modalités de sa célébration sont le reflet de la foi reçue des Apôtres ? On ne trouve plus, à quelques très rares exceptions près, que des célébrations incohérentes, faites de bric et de broc et où des oripaux de ce que certains prennent pour de la "tradition" ou pour de la "conformité aux rites" entrent en collision avec ce qui aura germé de plus farfelu dans l'esprit du célébrant et de ses proches collaborateurs - lesquels sont généralement des collaboratrices reconnaissables à leur brushing -. Il résulte de cela une généralisation de célébrations décousues, heurtées, où rien n'est vraiment à sa place et où rien n'est accompli de façon cohérente, digne et mesurée. Ici, c'est un célébrant (si possible mal "fagoté" dans une "aube-sac") qui noie la célébration dans tout le pathos dont il est capable. Là, c'est une chorale qui exécute avec une incontestable application des chants d'une extrême platitude et sans rapports avec les textes liturgiques. Ailleurs encore, c'est l'obligation faite aux fidèles de se faufiler sans arrêt entre un passage de la célébration qui est "liturgiquement juste" (ou au moins acceptable) et un passage qui est proprement farfelu. Partout - et ce ne sont pas les messes télévisées qui prouveront le contraire - la liturgie de l'Eglise est remplacée par des simagrées. Car partout, depuis bientôt 50 ans, on s'est appliqué - sur la base des directives de nos pasteurs diocésains - à ne surtout pas chercher à comprendre et à suivre les enseignements de l'Eglise.

 

Désormais, très rares sont les célébrations liturgiques qui échappent à l'intrusion de tout ce qui relève de la sensiblerie personnelle du célébrant ou des caprices de fidèles demeurés au stade de l'adolescence rebelle à tout ce qui représente la norme et l'ordre. Alors, l'accomplissement de la liturgie - là où elle subsiste sous des formes dénaturées - devient chichiteux; les tons de voix deviennent sirupeux; l'ambiance générale se fait faussement convivale; les cantiques sont choisis dans ce que le répertoire offre de plus dégoulinant de sentimentalisme... Et celui qui souhaite participer à la messe doit accepter d'entrer dans ce pays de Candy que sont devenues les célébrations paroissiales. Ce n'est pas donné à tout le monde, et surtout pas à ceux qui ne demandent qu'à prendre part à des célébrations liturgiques qui ne soient pas autre chose que... de la liturgie. Une chose est certaine: vus l'inculture et le relativisme qui conduisent à fausser la compréhension de la liturgie et à la bouleverser en profondeur et vu, en sus, le peu d'empressement de nombre de nos évêques à suivre les enseignements du pape Benoît XVI visant à mettre en oeuvre la liturgie restaurée à la suite de Vatican II, la crise qui a vidé les paroisses et les séminaires - et qui est une véritable catastrophe spirituelle autant que culturelle - va durer encore longtemps, très longtemps.

 

Pro Liturgia

Il faut à tout prix soustraire les messes de cette sensiblerie niaiseuse qui est à nos célébrations liturgiques minimalistes ce que Vanessa Paradis est à Haendel. La liturgie ne procède pas d’un choix entre ce qui doit être fait et ce qu’on a envie de faire : si elle n’est pas ce qu’elle doit être et comme elle doit être, elle n’est tout simplement pas. La liturgie ne peut pas être soumise uniquement à des critères de sensibilité, sans réflexion sur ce qu’elle doit être et sur les conséquences que peuvent avoir les façons de la célébrer. Elle doit avant toute chose échapper à la dictature de l’émotionnel telle qu’elle se manifeste si à travers certains chants (« Prendre un enfant par la main... », « La paix ce sera toi, ce sera moi... »... etc.), à travers certaines attitudes compassées et certains tons de voix mièvres, à travers certaines pratiques et attitudes (récitation du « Notre Père » en levant les mains ou en faisant une ronde, importance prise par le « geste de la paix »...).

 

Il est infiniment moins grave de ne pas célébrer exactement comme il faut par ignorance et manque de formation solide que de contribuer par lâcheté, par conformisme, par esprit de collaboration au pire ; que de participer, par amitié pour le désastre, à l’établissement de liturgies où les rites sont volontairement bafoués, rejetés, transformés au prétexte qu’il faut que la célébration « plaise » aux gens. Le respect des rites, comme le respect du style, de la syntaxe, de la grammaire dans le domaine de la communication ou encore comme la courtoisie et la politesse dans le domaine des relations humaines, est souvent un détour, un bref passage par le contraire de l’effet que l’on cherche à produire : le respect des rites est une petite contrainte qui évite de grands désastres spirituels. En ce sens, arracher les fidèles aux célébrations paroissiales, dans l’état où elles sont, ce n’est pas commettre une grande cruauté. C’est forcer les célébrants, tout occupés qu’ils sont à faire tourner leurs projets pastoraux voués à l’échec, à reconnaître que leurs messes n’apportent rien dans la mesure où, truffées d’abus pour n’être que des assemblées conviviales et divertissantes, elles ne reflètent plus la foi de l’Eglise. 

 

Pro Liturgia

"Participation" semble être devenu le maître-mot de tout ceux qui, depuis le concile Vatican II, s'intéressent de près ou de loin à la Liturgie. Qu'on le veuille ou non, il faut "participer" ! Or, malgré les efforts louables qui ont été faits partout pour obtenir une participation plus grande aux rites liturgiques, les résultats obtenus paraissent souvent inégaux, éphémères, et parfois même ambigus en ce sens qu'ils conduisent à une déformation de la Liturgie de l'Eglise. Pour mieux comprendre le problème posé par l'idée de "participation", il faut partir de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium de Vatican II.

 

 

 

http://img.over-blog.com/181x300/0/21/41/34/2010/offerin.jpgDans le texte de cette Constitution, nous découvrons un encouragement à la participation "consciente, active et fructueuse" des fidèles à la liturgie. Ce sont ces trois qualificatifs qui ont souvent été retenus par les clercs et les laïcs préoccupés par la pastorale. Malheureusement, ceux-ci n'ont pas toujours bénéficié des explications qui leur auraient été nécessaires pour ne pas se lancer, tête baissée, au nom de la "participation", dans un activisme souvent aussi déplacé que stérile. Il conviendrait avant toute chose de bien savoir ce que recouvre l'idée de "participation active". Le texte conciliaire original, en latin, emploie ici le mot "actuose" que les traducteurs ont simplement rendu par le mot français "actif / active". En fait, il aurait sûrement mieux valu traduire par "participation effective" ou encore "participation véritable". Car ce que le Concile demande au fidèle, c'est qu'il fasse réellement un effort pour ne pas demeurer étranger au rite liturgique; qu'il participe à l'action sacrée avec entrain, enthousiasme et bonne volonté, qu'il accomplisse le rite avec un sentiment qui soit le contraire de la froideur et de la désinvolture. L'agitation que l'on observe au cours de certaines célébrations liturgiques ou l'affairement de certaines personnes autour de l'autel ou de l'ambon, est donc contraire à la véritable "participation active", telle que l'entend l'Eglise. La véritable participation - qui est sûrement la plus fructueuse - est d'abord intérieure : elle conduit à s'accorder, par un effort personnel, aux rites liturgiques, afin que ceux-ci ne soient pas des gestes vides, mais qu'ils deviennent le reflet de l'assentiment intérieur que les fidèles portent au culte rendu publiquement à Dieu par toute l'Eglise unie au Christ.

 

 

Au cours d'une audience général, le pape Paul VI a clairement expliqué en quoi consiste la véritable participation à la liturgie souhaitée par le Concile : « Notre Mère l'Eglise désire vivement que tous les fidèles soient acheminés vers une participation plénière, consciente et active aux actes liturgiques, telle que la demande la nature même de la liturgie, et selon le droit et le devoir qui appartiennent en vertu du baptême au peuple chrétien "race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté" (1P 2, 9). Deux observations en découlent, très chers fils, que nous confions à votre réflexion. La première concerne les caractéristiques de la participation liturgique, tellement recommandée par le Concile. En premier lieu, la participation doit être consciente, ce qui suffirait pour révéler le caractère humain de la religion que l'Eglise inculque à ses fidèles (...) Puis elle doit être active et personnelle, c'est un second caractère et, en troisième lieu, elle doit être communautaire. Désormais, nous savons cela. Nous dirons encore avec Jésus : "sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites ! Si haec scitis, beati eritis si feceritis ea" (Jn 13, 7). Les fidèles remplissent leur fonction liturgique par cette participation pleine, consciente et active que leur demande la nature de la liturgie elle-même, et qui est pour le peuple chrétien, en vertu de son baptême, un droit et un devoir. Cette participation doit d'abord être intérieure en ce sens que, par elle, les fidèles s'unissent d'esprit à ce qu'ils prononcent ou entendent, et qu'ils coopèrent à la grâce d'en-haut. Mais la participation doit aussi être extérieure, c'est-à-dire que la participation intérieure s'exprime par les gestes et les attitudes corporelles, par les acclamations, les réponses et le chant. On doit aussi éduquer les fidèles à s'unir intérieurement à ce que chantent les ministres ou la chorale, pour élever leur esprit vers Dieu en les écoutant." (Allocution à l'audience générale du 6 avril 1966). Comme on le voit, c'est la participation intérieure qui doit demeurer première car c'est elle qui doit informer la participation extérieure, celle qui est qualifiée d' "active".

 

 

Dans son ouvrage sur "Le mystère du culte dans le christianisme" (Ed. du cerf, Paris, 1983), Dom Odon Casel met en garde contre une participation "active" qui, n'ayant pas sa source dans la participation "intérieure", se transformerait en pur activisme : « le mouvement liturgique contemporain s'est peut-être préoccupé trop uniquement des formes communautaires et a cru être liturgique parce que, extérieurement, il mettait les hommes en contact plus étroit avec l'autel. Or, il y a là un danger certain, celui de croire qu'on a trouvé la substance quand on ne possède que la forme extérieure ». Si l'on se contente, en effet, de ne rechercher qu'une participation extérieure, "active" au mauvais sens du terme, on risque de ne toucher chez le fidèle que ce qui est superficiel. Le superficiel réagit sans doute plus rapidement, mais ne laisse pas de traces profondes dans le domaine de la foi. La participation intérieure, celle qui induit et informe les autres modes de participation, est obtenue grâce à une méthode d'enseignement intuitif qui est propre à la liturgie. Celle-ci consiste à donner à ce qui est abstrait une présentation concrète. Ainsi, pour inculquer une idée, la liturgique utilisera-t-elle, à travers le rite, une réalité concrète et matérielle; par la suite, la seule vue ou la seule évocation de cette réalité permettra de faire naître l'idée de base, soit de façon conventionnelle, soit de façon naturelle. Cette méthode intuitive utilisée par la liturgie est sûrement celle qui convient le mieux à la nature humaine. C'est même, pourrait-on dire, la méthode pédagogique que Dieu lui-même a utilisée pour nous révéler son existence et nous enseigner quels sont ses attributs. Une telle méthode a l'avantage certain d'être à la fois rapide, agréable et efficace à cause des images qu'elle grave profondément dans la mémoire et l'imagination, images qui sont étroitement liées à la valeur d'un enseignement doctrinal sûr et qui refait surface pour se présenter à l'esprit des fidèles toutes les fois qu'on y fait appel. La participation "active" demandée par Vatican II n'est donc en aucun cas proportionnelle à l'agitation ou au bruit que l'on fait au cours d'une célébration, mais à la sincérité avec laquelle on accomplit ce que l'Eglise demande que nous fassions lorsque nous célébrons les mystères. Voilà pourquoi il est nécessaire d'acquérir, par une catéchèse adéquate, une réelle connaissance de la vie liturgique de l'Eglise, afin de pouvoir toujours mieux en saisir la cohésion et l'intelligence interne qui lui garantissent sa richesse inépuisable. Pénétrer la sacralité de la liturgie : voilà le premier effort à faire, non seulement de la part des fidèles laïcs, mais surtout de la part des célébrants. C'est là que se trouve la clé d'une participation véritablement "active".

 

Pro Liturgia

Canizares-in-cappa-magna.jpegAu cours d’un consistoire qui s’est tenu samedi dernier, le Pape Benoît XVI a créé six nouveaux cardinaux (24/11/12). Cette réception de la « pourpre cardinalice » est l’occasion de revenir sur un document de Pie XII publié le 30 novembre 1952, il y a donc soixante ans : le Motu proprio « Valde solliciti ». Le Pape Pacelli y demandait que la tenue des cardinaux soit simplifiée et surtout que la « cappa magna » soit raccourcie de 5 mètres... car elle était alors longue de 12 mètres ! A cette époque, les journaux italiens avaient annoncé avec humour : « Le Pape coupe la queue des cardinaux ». Pie XII avait aussi précisé qu’au cours des réunions, la « cappa magna » devait être tenue autour du bras et non plus déroulée. Il est intéressant de noter les raisons avancées par le Souverain Pontife pour justifier sa décision : il fallait que les fidèles soient plus attentifs au rôle des cardinaux et moins admiratifs de leurs personnes. Et sur un plan simplement pratique, il fallait réduire la longueur des processions des prélats... En 1969, une nouvelle Instruction portant sur les habits des cardinaux, évêques et prélats précisait que la « cappa magna » pouvait toujours être portée, mais sans hermine et uniquement en dehors de Rome pour des solennités très exceptionnelles. Les Cardinaux Rode et Burke semblent apprécier de porter une « cappa magna »... qui excède parfois les 7 mètres de longueur autorisés. Le Cardinal Rode porte même la « cappa » rehaussée de fourrure, ce qui n’est plus autorisé.


Ce n’est pas la « cappa magna » elle-même qu’il faut critiquer, mais plutôt l’esprit avec lequel il arrive qu’elle soit portée. La « cappa magna » symbolise l’éclat d’une fonction, c’est-à-dire la place occupée par une personne dans la hiérarchie de l’Eglise. Or d’un point de vue purement liturgique, les vêtements sacrés ne sont pas faits pour valoriser un individu ou une fonction, mais pour glorifier la personne du Christ représentée par le prêtre ordonné à une fonction ministérielle. Au cours des célébrations liturgiques, c’est bien la gloire de Dieu qu’il faut signifier, et non celle d’un homme ou d’une fonction dicastérielle.

 

(Sources : Andrea Tornielli et « Thom »)

La liturgie de l’Eglise reste très malmenée en France. Il serait même plus juste de dire qu’elle est dans une situation catastrophique ou même qu’elle est en voie de disparition totale. Et les efforts faits par Benoît XVI pour la remettre sur les rails restent vains : en visitant les sites internet des diocèses de France, on peut d’ailleurs constater qu’elle n’est respectée que dans 3% des paroisses en moyenne. Partout ailleurs, les enseignements magistériels sont passés sous silence et même ouvertement refusés par les équipes liturgiques qui ont fait main basse sur la liturgie. Ce qui signifie que le fidèle qui se rend dans une église a très peu de chances de pouvoir participer à une Messe célébrée dans le respect du Missel romain actuel. Mais ce qui est plus inquiétant encore - si l’on peut dire - c’est de constater que les fidèles qui pratiquent encore ne connaissent plus rien de leur liturgie et se moquent totalement de la façon dont les prêtres la célèbrent. C’est dire combien il est devenu facile de faire faire et de faire croire n’importe quoi à ces fidèles devenus perméables à toutes les nouveautés, à toutes les excentricités, et totalement imperméables à ce qui relève de la norme et du respect des règles transmises par l’Eglise.

 

Que faut-il faire dans ces conditions ? Quelle attitude faut-il adopter ? La réponse à ces questions n’est pas simple puisque toutes les demandes adressées à un curé de paroisse, à un évêque diocésain, pour obtenir des Messes conformes aux enseignements conciliaires se heurtent inévitablement à des fins de non-recevoir. Pour certains fidèles, il y a la solution consistant à aller, quand c’est possible, à une Messe célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain. Mais est-ce vraiment une « solution » ? Que les « chauds partisans » de cette forme « extraordinaire » puissent trouver des Messes célébrées avec le Missel du Bx Jean XXIII est une chose tout à fait normale. Ce qui n’est pas du tout normal, c’est que les fidèles qui ont acceptés sans la moindre arrière-pensée la restauration liturgique voulue par Vatican II soient contraints de se rabattre sur cette même forme « extraordinaire » parce que leurs évêques, tout en se réclamant du Concile, leur refusent systématiquement la forme « ordinaire » à laquelle ils aimeraient participer dans leurs paroisses respectives. Comme si le véritable but de la pastorale liturgique actuelle était d’achever la dévastation de la liturgie, y compris en utilisant hypocritement la forme « extraordinaire » comme moyen d’écarter - de véritablement ghettoïser - les fidèles qui ne se résignent pas à participer activement ou passivement à la généralisation de messe dont l’inconsistance et l’indignité sont pour une majorité de célébrants les deux critères d’une célébration « réussie ».

 

A l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II, les évêques de France invitent les fidèles à reprendre les grands textes conciliaires. Alors, faisons ce que nos évêques nous conseillent de faire. L’étude des textes conciliaires « doit être une occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur propre fidélité à la Tradition de l’Eglise, authentiquement interprétée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les Conciles œcuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican II. De cette réflexion, tous doivent retirer une conviction renouvelée et effective de la nécessité d’approfondir encore leur fidélité à cette Tradition en refusant toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire. » (Cf. Bx Jean-Paul II, Ecclesia Dei, 2 juillet 1988). On lit bien : LES FIDELES DOIVENT REFUSER ce qui est arbitraire et abusif... C’est le pape Jean-Paul II qui l’a dit ! 

 

Pro Liturgia

Un internaute pose la question suivante : « Comment faire pour que, dans les paroisse où l’on se réclame du Concile, on puisse mettre un terme aux abus liturgiques suivants : - distribution de la communion par des laïcs ; - obligation de recevoir la communion dans la main ; - célébration « face au peuple » sur des édicules dépourvus de valeur et de dignité ; - médiocrité du répertoire musical et limitation - voir interdiction - du chant grégorien ; - disparition des chorales au profit de l’ « assemblée-chantante » invitée à répéter n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment... pourvu que ce soit des airs qu’il ne viendrait à l’idée de personne de chanter ailleurs que dans une église où le mauvais goût est de bon ton ; - geste de paix transformé en séance de « shake your hands » totalement anti-liturgique ; - équipes d’animation liturgique envahissantes et totalement inefficaces... sauf, bien sûr, quand c’est pour démolir la liturgie ; - donné du missel romain systématiquement modifié ou ignoré par les célébrants ; - absence de dignité, de tenue, de réserve des célébrants ; - etc. Comment faire pour mettre un terme à ces pratiques qui trahissent les enseignements du Concile et, plus largement encore, les enseignements de l’Eglise ? »

 

 

 

Avouons qu’il est difficile de donner une réponse à cette question. D’abord parce que - on l’aura constaté - on se trouve dans les paroisses face à un double problème : celui des pratiquants qui acceptent sans sourciller n’importe quelles liturgies fantaisistes truffées de n’importe quels chants insipides, et celui des prêtres qui ne connaissent pour ainsi dire rien à la liturgie et qui, dans le même temps, sont décidés à ne pas tenir compte de ce qu’enseigne l’Eglise. Ensuite parce que - ce n’est plus un secret - les évêques de France, en dehors de trois ou quatre exceptions bien connues, sont convaincus du bien-fondé d’une erreur consistant à faire de la liturgie un outil au service de leurs projets pastoraux. Et quand cette erreur se double d’une volonté d’ignorer le Concile tout en se réclamant de lui, on voit qu’il n’y a plus grand-chose à attendre d’un épiscopat qui, il faut le souligner, n’a depuis 40 ans publié aucune directive visant à mettre un terme aux abus liturgiques devenus monnaie courante dans 99% des paroisses. On en revient à la question de départ : que faire ? Trois pistes à suivre :

 

1. Relevez les principales pratiques liturgiques qui, dans votre paroisse, contredisent les normes données par le Missel romain et écrivez une lettre à votre curé pour lui demander les raisons théologiques qui le poussent à ne pas respecter la liturgie restaurée à la suite de Vatican II (insistez bien sur « raisons théologiques » et sur « liturgie restaurée à la suite de Vatican II »). Votre lettre devra être brève, sans circonvolutions. Exemple : « Tel dimanche, à la messe de telle heure célébrée dans telle église, j’ai constaté que vous avez introduit les pratiques suivantes (nommez les deux ou trois qui vous semblent les plus flagrantes) qui contredisent les données de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II telle qu’elle est précisée dans le Missel romain actuel. Je vous serais reconnaissant de me faire savoir les raisons théologiques qui vous poussent à ignorer les règles de la « lex orandi » ou à désobéir ouvertement aux enseignements de l’Eglise. Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Curé, à l’expression de ma respectueuse considération. »

 

2. Si vous n’avez pas de réponse dans les huit jours qui suivent, informez votre curé que vous allez porter le problème à la connaissance de votre évêque. Et écrivez à votre évêque en joignant la copie du premier courrier que vous aviez envoyé à votre curé : « Monseigneur, ayant constaté un certains nombre d’abus systématiquement introduits dans la messe paroissiale à laquelle je participe, j’ai écris comme il se doit à mon curé pour obtenir de lui des explications (voir lettre ci-jointe). Comme il n’a pas jugé bon de me répondre, c’est vers vous que je me tourne en tant que vous êtes le gardien et le promoteur de la liturgie de l’Eglise. Dans l’attente de votre réponse... etc. »

 

3. N’acceptez aucune réponse du genre « il faut être accueillant », « il faut être ouvert à un sain pluralisme », « il faut respecter toutes les sensibilités », « il faut nous accepter les uns les autres riches de nos pauvretés », « il faut avant tout pratiquer la charité »... etc. Toutes ces formules répétées comme des mantras ne sont que du « baratin ecclésiastique » utilisé pour noyer le poisson, pour éviter d’avoir à répondre à la question de fond : pourquoi la liturgie n'est-elle pas respectée ? Si vous en avez la possibilité, faites savoir dans votre lettre que des membres de votre famille, des voisins, des amis... se joignent à votre démarche. Et rappelez-vous toujours que même si vous vous sentez isolé dans votre paroisse, la démarche que vous entreprendrez est un droit qui s'inscrit dans la droite ligne des enseignements du Pape Benoît XVI, comme le prouve l’Instruction Redemptionis Sacramentum.

 

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