INTRODUCTION

 

Il est urgent de redécouvrir l'authentique esprit de la liturgie, tel qu'il apparaît dans la tradition continue de l'Eglise et tel que le présente, en lien avec le passé, le Magistère le plus récent, de la fin du concile Vatican II jusqu'au pontificat de Benoît XVI. J'ai employé ici le mot "continue" pour qualifier la tradition. C'est un terme cher au coeur de l'actuel Souverain Pontife : il en a fait le seul critère permettant de comprendre la vie de l'Eglise, tout particulièrement en lien avec les enseignements conciliaires et avec les propositions de réforme, à quelque niveau qu'elles soient. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrait-on imaginer une Eglise d'autrefois qui serait suivie d'une Eglise d'aujourd'hui venue effacer toute l'histoire du corps ecclésial ? Comment pourrait-on imaginer que l'Epouse du Christ était autrefois dans une époque durant laquelle l'assistance de l'Esprit-Saint lui aurait fait défaut, et que cette époque serait aujourd'hui soudain close et dépassée ? Certains donnent parfois l'impression d'adhérer à cette idéologie de rupture qui, appliquée à l'histoire de l'Eglise, engendre des idées qui n'ont rien à voir avec la foi authentique dans la mesure où conduisent à faire une distinction entre l'Eglise pré-conciliaire et l'Eglise post-conciliaire. On peut certainement relever des distinctions, mais à la seule condition de ne pas en arriver à élever des murs infranchissables entre une Eglise d'avant le Concile qui n'aurait plus rien à nous apprendre et une Eglise d'après le Concile qui serait une nouveauté en rupture avec le passé. La question de la "continuité", telle que nous l'abordons ici avec sérénité et non dans un esprit polémique, est absolument essentielle pour qui veut comprendre le véritable "esprit de la liturgie" : cette idée de "continuité" nous permet de considérer un "passé" de la liturgie qui est tout à la fois proche et distant. La liturgie ne saurait donc devenir un moyen d'opposer ceux qui pensent que seul le passé est bon à ceux qui pensent que le meilleur ne peut être que devant nous. C'est uniquement en considérant que le présent et le passé de la liturgie constituent un unique patrimoine qui s'est développé d'une façon homogène qu'il est possible de retrouver le goût pour l'authentique esprit de la liturgie. Il nous faut donc accepter de voir l'Eglise dans son unité et non comme le résultat de nos constructions parcellaires : ce n'est que cette vision globale de l'Eglise qui peut nous ramener à l'essentiel de ce qu'est la liturgie à travers laquelle le Christ fait irruption dans nos vies. C'est aussi en nous appuyant sur ce critère de "continuité" permettant de comprendre ce qu'est l'authentique "esprit de la liturgie" que nous devons devenir capables de dire si telle musique ou tel chant peut ou ne peut pas être intégré au patrimoine de la musique liturgique ou sacrée. En d'autres termes, nous devons être à même de distinguer quelles sont les compositions qui peuvent être insérées dans la liturgie en raison de leur cohérence avec l'authentique esprit de la célébration.

 

Parlons d'abord de cet "esprit de la liturgie" à partir duquel il est possible d'identifier la vraie musique et le vrai chant liturgiques. En abordant ce thème, nous n'aurons pas la prétention d'être exhaustif, pas plus que nous aurons la prétention de répondre à toutes les questions qui, pour être traitées, devraient être abordées sous des angles très variés. Je me limiterai donc à ne considérer que quelques aspects de ce qui fait l'essence de la liturgie, me tournant plus particulièrement vers la célébration eucharistique telle que l'Eglise nous la présente et comme j'ai pu l'approfondir durant les deux années passées au service du pape Benoît XVI, lequel est un véritable maître de la spiritualité liturgique tant par son enseignement que par les exemples qu'il donne lorsqu'il célèbre lui-même.

 

 

 

 

LA PARTICIPATION ACTIVE

 

Tous les saints et les saintes ont célébré et vécu la liturgie à travers une "participation active". La sainteté de leur vie est incontestablement le plus beau témoignage d'une participation très vivante à la liturgie de l'Eglise. C'est donc à juste titre que Vatican II a insisté sur la nécessité de retrouver le sens de la participation à la liturgie et d'y introduire les fidèles : c'est là un moyen mis à la disposition des baptisés qui aspirent à la sainteté; pour cette raison, la nécessité de participer "activement" à la liturgie a été confirmée dans de nombreux documents magistériels récents. Cependant, l'idée de "participation" n'a pas toujours été comprise et vécue dans le sens où l'entendait l'Eglise. Certes, nous participons activement lorsque nous accomplissons notre rôle au service de la liturgie; nous participons aussi activement lorsque nous veillons à être attentif à la Parole de Dieu que nous entendons et à la prière que nous récitons; nous participons quand nous unissons nos voix à celle des autres fidèles pour chanter... Pourtant, tout ça n'est vraiment la "participation active" que si c'est un moyen de susciter l'adoration du mystère du Christ Jésus mort et ressuscité pour nous. Seul celui qui pénètre ce mystère et y unit sa vie en vue d'obtenir les grâces liées à la célébration montre qu'il a réellement compris ce qu'est la liturgie et ce que signifie "participer activement". La véritable action qui se déroule dans la liturgie est l'action de Dieu lui-même; c'est à cette oeuvre réalisée par le Christ que nous sommes appelés à participer pour notre salut. Voilà quelle est la spécificité du culte chrétien en regard de tout autre acte d'adoration : ici, c'est Dieu lui-même agit et fait ce qui est essentiel, tandis que l'homme est appelé à être ouvert à l'action divine pour de se laisser transformer par elle. En conséquence, l'essentiel de la "participation active" est de veiller à ce que tout ce que nous faisons, nous ne devienne pas plus important que ce que fait Dieu pour nous permettre de devenir un avec le Christ. Voilà pourquoi la participation est impossible sans l'adoration.

 

Ecoutons une fois encore ce qu'enseigne la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Aussi l'Eglise se soucie-t-elle d'obtenir que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers ou muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l'action sacrée, soient formés par la parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâce à Dieu; qu'offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi ensemble avec lui, ils apprennent à s'offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés par la médiation du Christ dans l'unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous » (n. 48). Voici donc ce qui constitue l'essentiel; tout le reste est secondaire. Je pense tout particulièrement ici à certaines actions extérieures que l'on voit faire surtout au moment de la liturgie de la Parole : le fait d'affirmer que ces actions ne sont pas essentielles ne permet pas de conclure qu'elles sont importance. Mais les transformer en quelque chose qui va focaliser l'attention des fidèles montre une certaine méconnaissance du véritable esprit de la liturgie. Par conséquent, la véritable formation liturgique ne peut pas se limiter à apprendre à réaliser des actions extérieures, mais doit consister à aller vers l'essentiel, vers l'action de Dieu qui s'effectue à travers le mystère pascal du Christ dans lequel il faut s'engager pour se laisser transformer. Il ne faut donc pas confondre la seule "gestion des rites" avec la vraie participation à l'acte liturgique. Sans dénigrer le sens et l'importance du geste extérieur qui accompagne la participation intérieure, il nous faut reconnaître que la liturgie demande bien plus qu'une simple implication de notre corps par les rites; elle exige que nous la fassions pénétrer dans le quotidien de notre existence pour nous amener à vivre de ce que le Saint-Père Benoît XVI appelle la "cohérence eucharistique". C'est précisément l'exercice de cette "cohérence" qui est l'expression la plus authentique de notre participation à l'action salvifique du Christ. Il faut encore poser une autre question : sommes-nous vraiment certains que pour obtenir une "participation active" il faille faire en sorte que tout soit immédiatement compréhensible ? L'entrée dans le mystère de Dieu ne se fait-il pas aussi à l'aide de ce qui touche le cœur ? Trop souvent, nous donnons une place démesurée à la parole et nous oublions que le langage de la liturgie est aussi fait de silences, d'images, de symboles, de gestes... Ces diverses facettes du langage liturgique, auquel il faut ajouter la langue latine, le chant grégorien et la polyphonie sacré, conduisent au centre du mystère et permettent la véritable participation.

 

 

 

 

QUELLE MUSIQUE POUR LA LITURGIE ?

 

Je n'ai pas l'intention d'aborder ici des questions techniques se rapportant directement à la musique sacrée ou liturgique. D'autres le feront avec une plus grande compétence au cours de prochaines rencontres. Mais j'ai tout de même à coeur de souligner que la question de la musique liturgique se saurait être traitée indépendamment de la question se rapportant à l'authentique esprit de la liturgie et, par conséquent, touchant la théologie de la liturgie et de la spiritualité qui en découle. Comment faire - dès lors nous savons que la liturgie est un don de Dieu qui nous guide et qui, par le culte, nous permet d'aller au-delà de nous-mêmes pour nous unir à lui et aux autres - oui, comment faire pour donner des orientations permettant de comprendre l' "esprit de la liturgie" et permettant de reconnaître ce qu'est réellement la vraie musique et le chant pour la liturgie de l'Eglise ? Permettez-moi de faire une brève réflexion qui orientera mon propos : demandons-nous pourquoi l'Eglise, dans ses documents plus ou moins récents, souligne qu'il existe un certain type de musique et de chant plus particulièrement adapté à la célébration liturgique. Déjà à l'époque du Concile de Trente, l'Eglise était intervenue dans les querelles entre artistes pour affirmer qu'en matière de chant, l'union entre parole et musique devait être une priorité, que l'utilisation d'instruments devait être limitée, et qu'il fallait savoir faire la différence entre la musique sacrée et la musique profane. En fait, la musique sacrée ne peut pas se limiter à n'être qu'une expression subjective : la forme que doit avoir le chant liturgique est ancrée dans la Bible et dans la tradition de l'Eglise. Plus récemment, S. Pie X est intervenu lui aussi pour écarter la musique d'opéra de la liturgie et pour affirmer que le chant grégorien et la polyphonie remontant à la contre-réforme devaient demeurer les modèles d'une musique véritablement liturgique, distincte de la musique sacrée en général. Vatican II, puis les récents textes magistériels, n'ont fait que répéter la même chose. Alors pourquoi cette insistance de l'Eglise sur les caractéristiques de la musique et du chant liturgique ? Pourquoi vouloir que le chant et la musique attribués à la liturgie demeurent distinctes de toute autre forme musicale ? Pourquoi le chant grégorien et la polyphonie sacrée devraient-ils demeurer les seuls modèles de la musique liturgique, même populaire ? La réponse à ces questions se trouve exactement dans ce que nous avons essayé de dire à propos de l'esprit de la liturgie. Ces formes musicales sont, en raison de leur sainteté, de leur la beauté et de leur universalité, la traduction en mélodies et en chants du véritable esprit de la liturgie : elles introduisent à l'adoration du mystère célébré et permettent de ce fait une participation véritable, pleine et fructueuse à l'action de Dieu dans et par le Christ. Elles introduisent dans la vie de l'Eglise et, par là, dans la contemplation du mystère.

 

Pour finir, permettez-moi de citer encore une fois le Cardinal Ratzinger. Dans son livre "Un chant nouveau pour le Seigneur", il écrit (pp. 168-169) : « Gandhi évoque les trois milieux dans lesquels s'est développée la vie dans le cosmos, et note que chacun d'eux porte une façon d'être qui lui est propre. Dans la mer vivent les poissons, silencieux. Les animaux qui vivent sur la terre ferme crient, tandis que les oiseaux qui peuplent le ciel chantent. Le silence est le propre de la mer; le propre de la terre ferme, c'est le cri; le propre du ciel, le chant. Mais l'homme participe des trois: il porte en lui la profondeur de la mer, le fardeau de la terre et les hauteurs du ciel. C'est pourquoi il est aussi silence, cri et chant. Aujourd'hui - ajouterais-je - nous le voyons, il ne reste plus que le cri à l'homme sans transcendance, parce qu'il ne veut plus être que terre et qu'il tente aussi de transformer en sa terre les profondeurs de la mer et les hauteurs du ciel. Or, la véritable liturgie - la liturgie de la communion des saints - lui restitue sa totalité. Elle lui réapprend le silence et le chant en lui ouvrant les profondeurs de la mer et en lui apprenant à voler, à participer de l'être des anges. En élevant le coeur, elle fait à nouveau retentir la mélodie ensevelie. Oui, nous pouvons même dire maintenant, à l'inverse: on reconnaît la véritable liturgie à ce qu'elle nous libère de l'agir ordinaire et nous restitue la profondeur et la hauteur, le silence et le chant. On reconnaît la liturgie authentique à ce qu'elle est cosmique et non fonction du groupe qui célèbre. Elle chante avec les anges, elle se tait avec la profondeur du tout, en attente. C'est ainsi qu'elle libère la terre, qu'elle la sauve ». En conclusion, je dirai que depuis quelques années dans l'Eglise, beaucoup de voix s'élèvent pour parler de la nécessité d'engager un renouveau de la liturgie qui serait à peu près semblable à celui qui fut à l'origine de la réforme promue par Vatican II. Ce renouveau devrait viser à obtenir une "réforme de la réforme", c'est-à-dire une meilleure compréhension de l'authentique esprit de la liturgie. Il s'agit donc de mener à son terme la providentielle réforme de la liturgie que les Pères du Concile avaient commencée mais qui, en pratique, n'a pas toujours été appliquée.

 

"L'introduction à l'esprit de la liturgie", tel était le thème d'une conférence donnée
par Mgr Guido Marini le 14 novembre à Gênes, dans le cadre d'une rencontre
avec les responsables diocésains de la musique liturgique
Source : Osservatore Romano. Trad. DC/APL

  

 

 

«  Il est interdit aux prêtres catholiques de concélébrer l'Eucharistie

avec des prêtres ou des ministres d'Églises ou de communautés ecclésiales

qui n'ont pas la pleine communion avec l'Église catholique » (Canon 908)

Jamais, au cours de son histoire, la réalisation du rite romain n’a fait l’objet de tant de difficultés et de tant de divisions que depuis le Concile Vatican II. Pourquoi ? Pour deux raisons principales et évidentes : - d’abord parce qu’une fausse conception de la liturgie s’est emparée des mentalités occidentales : au nom des libertés individuelles, on a voulu faire de la liturgie un lieu où chacun devait pouvoir s’exprimer librement pour tenter de « se réaliser » sans référence à l’Absolu. - ensuite parce que dans plusieurs pays - et tout particulièrement en France - il se trouve un épiscopat incapable de mesurer le désastre liturgique qui s’étale sous les yeux de tous les croyants, et tout aussi incapable de prendre des mesures claires et efficaces pour redresser la situation. Sur ce point, tous les témoignages concordent parfaitement. Dans la persistance d’un grand silence complice de la part des autorités diocésaines, les messes ont été transformées en « célébrations » au cours desquelles le savoir-faire (ou prétendu savoir-faire) des participants est devenu plus important que le véritable sens de l’Eucharistie tel qu’il est signifié et transmis par la liturgie elle-même. Ce glissement du sens de la liturgie est observable tous les dimanches, en de très nombreuses paroisses, où le savoir-faire propre du célébrant transformé en « animateur » compte plus que le mandat dont il est le dépositaire.

 

 

 

curedarsCette situation nouvelle a fait que, même si au début on n’en a pas eu clairement conscience, c’est un pouvoir purement humain qui s’est substitué au mandat que le prêtre à reçu de l’Eglise ; l’individu s’est arrogé une autorité arbitraire qui s’est substituée au pouvoir qui lui avait été conféré et dont il lui fallait rendre compte. C’est de cette façon qu’a été progressivement abandonnée la structure-exousia de la liturgie, et c’est ainsi que l’essentiel du culte liturgique s’est perdu : aujourd'hui, le rite n’est alors plus qu’un instrument que chacun est libre d’utiliser comme il le souhaite, que chacun modifie selon l’inspiration du moment pour ne plus manifester que son engagement, son altruisme, sa philanthropie, sa sympathie, sa gentillesse, son désir de plaire, son souhait d’être engagé dans la société... Mais ce rite liturgique ainsi modifié - subverti, devrait-on dire - ne transmet plus rien de la foi de l’Eglise. Tout juste exprime-t-il encore un vague christianisme au sens le plus large du terme. A force de baigner dans une constante « a-liturgie », les fidèles - et de nombreux prêtres en premier lieu - ont totalement perdu de vue que l’important dans la célébration de la foi, ce n’est pas que le culte soit organisée de façon sympathique par des gens sympathiques ; car le propre de l’Eglise n’est pas qu’il y ait des gens sympathiques en son sein - ce qui demeure cependant grandement souhaitable, c’est vrai - mais c’est que la liturgie puisse dire les mots du salut et poser les actes du salut dont l’homme a toujours besoin et qu’il sera toujours incapable de se donner à lui-même comme s’il s’agissait de quelque chose venant de lui. Oui, l’essentiel pour la liturgie est qu’elle pose les actes dont l’homme a besoin. Et elle ne peut le faire que si elle n’est pas elle-même aliénée par ceux qui ont reçu de l’Eglise le mandat de la mettre en œuvre. « La liturgie court à l’échec si elle veut concurrencer le show-business. Le curé n’est pas un maître du spectacle et la liturgie n’a rien d’un spectacle de variétés. Elle court également à l’échec si elle se veut une sorte de cercle de loisirs. Peut-être pourra-t-elle développer quelque chose de ce genre dans son prolongement et à partir des rencontres qu’elle aura fait naître. Mais elle-même se doit d’être davantage. Il doit apparaître que s’ouvre ici une dimension de l’existence à laquelle nous aspirons tous secrètement : la présence de ce que nous ne pouvons pas faire, la théophanie, le mystère et, en lui, l’approbation de Dieu qui règne sur l’existence et qui, seule, peut faire qu’elle soit bonne, pour que nous puissions l’accepter et la porter au milieu de toutes les tensions et de toutes les souffrances. Autrement dit, il nous faut trouver un juste milieu entre un ritualisme où le seul acteur d’une liturgie incompréhensible et sans rapport avec les préoccupations des croyants est le prêtre, et une manie de l’intelligibilité qui dissout finalement toute l’action, en en faisant une œuvre purement humaine, en la privant de sa dimension catholique et de l’objectivité du mystère. A travers la communauté des croyants et de ceux qui comprennent dans la foi, la liturgie doit avoir sa propre force d’illumination qui devient aussi, dès lors, appel et espérance pour ceux qui ne croient et ne comprennent pas » (Cf. Cardinal Ratzinger, La célébration de la foi.) Pour ce faire, il est plus qu’urgent de mettre un terme au « confusionnisme » qui a envahit les célébrations et qui fait que n’importe quelle chansonnette équivaut à une pièce grégorienne, que n’importe quelle composition de circonstance équivaut à une pièce de Bach ou de Couperin, que n’importe quelle parole proférée par un célébrant ou un animateur liturgique équivaut à une prière officielle de l’Eglise, que n’importe quelle attitude des ministres de l’Eucharistie équivaut à un rite reconnu par la Tradition. Car là où les valeurs liturgiques transmises par la Tradition authentifiée par le Magistère sont ignorées, bafouées ou gauchies, on désapprend aux fidèles à hiérarchiser et à privilégier. Alors, tout finit par se valoir, et la Beauté tout comme la Vérité se diluent dans l’improvisé et l’épisodique pour n’être plus que des valeurs subjectives incapables de construire autre chose qu’une foi subjectivisée incapable de s’appuyer sur autre chose que des émotions. Or seule la liturgie accomplie comme le veut l’Eglise peut être un « sésame » pour l’intelligence de la foi, un antidote à l’ennui comme au relativisme doctrinal dont on sait aujourd’hui qu’il est la source de tant d’égarements et de confusions dans le monde actuel. Il est certain que la question liturgique est au centre des problèmes auxquels l’Eglise se trouve aujourd’hui confrontée. Dès lors, la liturgie romaine ne peut plus continuer à se présenter comme un moment fugitif, sans cesse en restructuration, sans cesse tiraillé par des groupes de fidèles qui ne cessent d’affirmer n’importe quoi à son sujet faute de l’avoir étudiée sous toutes ses composantes. La liturgie romaine doit redevenir de toute urgence ce bagage éternel capable d’accompagner toute une existence ; elle doit alors non plus se disperser dans les multiples « ajustements pastoraux » qu’on lui faire subir, mais se concentrer sur ce qui fait son essence. Car une liturgie qui cherche sans cesse à plaire sera toujours une liturgie assurée de se perdre dans les mirages du modernisme pour n’instaurer qu’une anomie dont le résultat sera l’ignorance, l’instabilité, le désordre et la division. Ce qu’il nous faut donc retrouver aujourd’hui de toute urgence, ce n’est pas tant une liturgie « invariable » qu’une liturgie « stable » : stable dans son déroulement, dans sa dignité, dans son expressivité, dans ses prières, dans ses chants, dans le comportement de ses acteurs et principalement dans les attitudes des célébrants. Car c’est le prêtre qui, en tant que « président » de la liturgie, donne le ton à la célébration. Or un prêtre qui célèbre selon son humeur, selon ses goûts, selon le dernier « truc à la mode » dans la pastorale locale, n’est pas forcément au diapason de ce qu’est la liturgie pour l’Eglise, c’est-à-dire pour le Peuple de Dieu. Il faut donc retrouver une liturgie qui, pour le temps qu’elle dure, oblige le prêtre et ses assistants à abandonner leur subjectivité, en sorte que ne soit plus manifestée, dans toute sa vérité, que le mystère du Christ.

 

 

Les fidèles que l’on qualifie de « progressistes » et qui, avec la complicité des bureaucraties diocésaines, se sont presque partout emparés des messes paroissiales, ont fini par transformer la liturgie en un espace de libre-expression. C’est une très grave erreur dont on sait très bien - même quand on ne veut pas le dire officiellement - qu’elle est la principale source de la désertification actuelle des églises. Les « conservateurs », quant à eux, se retrouvent dans les lieux où l’on célèbre la liturgie pré-conciliaire car, précisément, ressentant cette nécessité d’avoir une liturgie stable et ne supportant pas - avec raison - la mainmise des « progressistes » sur les rites, ils reprochent à la « messe de Paul VI » d’être une forme liturgique qui refuse la formalité du culte. Pour eux, dans la messe actuelle, tout est « en option » : il s’agit d’une « messe évolutive » construite selon le bon désir du célébrant et de ses « équipes liturgiques » qui choisissent ce qu’ils veulent dans le Missel pour élaborer une sorte de synthèse à caractère liturgique. Et ceci leur est insupportable dans la mesure où il s’agit d’une confiscation du sacré. Cette dernière critique faite à l’encontre du rite romain actuel par les « conservateurs » ne tient pas plus la route que la façon avec laquelle les « progressistes » traitent actuellement la liturgie. En effet, il suffit d’ouvrir le Missel romain actuel pour constater qu’il n’autorise aucune option. Simplement, il autorise davantage que l’ancien Missel certaines adaptations qui peuvent faciliter la tâche de prêtres exerçant leur ministère dans des conditions particulièrement difficile : le curé qui doit célébrer une messe dans un hameau perdu au fond de la Cordillère des Andes et qui s’aperçoit qu’il a oublié d’emporter sa chasuble, n’est pas obligé d’envoyer un e-mail à son évêque pour lui demander l’autorisation (un indult) de pouvoir tout de même célébrer l’Eucharistie... Mais on comprend qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce cas particulier et le cas des nombreux prêtres qui refusent dans nos paroisses de porter les vêtements liturgiques prescrits. Il est donc faux de dire que la liturgie romaine actuelle exige du célébrant qu’il « fabrique » sa messe ou qu’il « élabore » la forme de sa célébration eucharistique. C’est exactement le contraire qui est demandé par toute l’histoire de la liturgie romaine dont le dernier Concile est une étape de plus. Voilà pourquoi il est nécessaire d’apprendre à mettre la liturgie romaine en œuvre dans l’esprit de la Tradition : un esprit de stabilité et de continuité qui s’oppose aussi bien à l’esprit de fixité ou de fluctuation qu’à l’esprit de rupture ou de sclérose. « Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l’assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l’Eglise, qu’il représente par son ministère, mais auquel il doit être subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré comme de son bien propre, en allant jusqu’à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective, mais objectivement c’est toujours trahir l’union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l’unité. Tout prêtre qui offre le saint sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n’est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c’est toute l’Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu’un voulait appeler une telle position « uniformisme », cela prouverait seulement l’ignorance des exigences objectives de l’unité authentique, et ce serait un symptôme d’individualisme dangereux. » (Bx Jean-Paul II, Lettre aux prêtres). Toute l’histoire du rite romain nous montre que les grands problèmes qui ont ébranlé l’Eglise au cours des siècles ont toujours surgi lorsque l’ « individualisme » - sous une forme ou une autre - avait réussi à s’infiltrer dans la liturgie. Or nous sommes à une époque où jamais l’individualisme n’a été aussi fort, aussi puissant, aussi omniprésent. En tout état de cause, il faut bien comprendre que dans une société qui a soif d’absolu mais qui a trop souvent égaré ses repères, notre liturgie romaine, fidèle à l’esprit qui lui a permis de se constituer et de s’affermir tout au long de son histoire, doit veiller à échapper à l’individualisme si elle veut redevenir de marbre et non plus demeurer de sable (cf. Mt. 7, 24-27). 

 

Pro Liturgia

latin« Contrairement à une idée largement répandue, la langue latine reste la langue liturgique de l’Eglise. La concession est pour l’usage de la langue du pays. Dans le but de rendre plus intelligible certains moments de la messe et des autres sacrements, le Concile précise encore que l’usage de la langue vernaculaire pourra être « pour les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants ». Pour le reste, et notamment pour la prière eucharistique, le kyriale et bien sur le chant grégorien, la langue latine est d’usage. On observe à ce propos un paradoxe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise : la langue latine a bien souvent disparu de nos liturgies, et pourtant les jeunes l’entendent de plus en plus dans les grands rassemblements de type JMJ mais aussi à Lourdes pour un public plus large. Cette question paraît anecdotique à beaucoup et pourtant, Benoît XVI, dans « Sacramentum Caritatis » n°62, fait un lien direct entre l’usage d’une langue commune (le latin) et le mystère de l’Eglise, cet usage devenant un moyen concret pour exprimer son unité et son universalité. Nous sommes loin d’une question idéologique. Il est certain que dans les paroisses nous devons réapprendre les principales prières et pièces latines : pensons en particulier au « Gloria », « Credo », « Pater » et « Ave Maria », facilement utilisables et n’altérant pas la compréhension de la liturgie pour les fidèles. D’autres pièces comme le « Veni Creator », le « Veni Sancte Spiritus » ou encore le « Pange lingua » ou « Tantum ergo » sont également à connaître et à réintroduire. La langue latine, loin d’être désuète, est un élément important de l’Eglise romaine. C’est un vrai patrimoine culturel et surtout spirituel. Au cours des siècles, cette langue s’est révélée particulièrement apte à exprimer le sacré, c’est-à-dire à nous mettre en présence de Dieu. » (Père Eric Pichard)

 

Rappelons ici que dans de nombreuses cathédrales ou églises de grandes villes hors de France, la liturgie latine selon la forme « ordinaire » est célébrée régulièrement : les fidèles y sont habitués et y participent d’autant mieux que le clergé local s’est employé à les instruire. C’est bien quand on voyage à l’étranger et qu’on participe à de telles messes véritablement « populaires » qu’on se rend compte que l’Eglise-qui-est-en-France demeure dans sa bulle et est à des années-lumière de ce qui se fait partout ailleurs. Sur cette question du latin, voir « La messe en latin et en grégorien » (éditions Téqui, Paris)

« J’ai découvert votre site il y a peu de temps et j’ai été très intéressé par ce que j’ai pu y lire. J’ai 26 ans, je me suis converti il y a 4 ans et j’ai beaucoup souffert des liturgies que j’ai pu voir dans beaucoup (la plupart ?) des paroisses. Des chants terriblement niais, infantilisant, le prêtre qui parle « djeuns » et dit des choses qui semblent parfois en contradiction avec ce qu’enseigne l’Eglise... etc. Un prêtre m’a dit un jour que Vatican II avait abrogé le fait de s’abstenir de communier si on avait conscience d’être en état de pêché.) Tout cela m’a beaucoup perturbé, au point que j’en suis venu à aller à la messe dans la forme « extraordinaire » (offerte par le diocèse). Ce n'est pas spécialement ce que j’aurais voulu, mais c’est le seul moyen pour moi de parvenir à vraiment me recueillir pendant la messe. J’ai cherché longtemps, et il n’y a aucune messe « ordinaire » en latin et au maître-autel dans les paroisses de mon diocèse. Il n’y a pas davantage de messes « ordinaires » en français puisque toutes offrent des particularismes locaux qui éloignent plus ou moins les célébrations des normes données par le missel de l’Eglise. J’ai lu la Constitution sur la liturgie et j’ai été surpris de voir qu’on m’avait bien souvent raconté n’importe quoi sur ce que le Concile avait demandé. J’en arrive à ma question. Existe-t-il un texte officiel qui a demandé à ce qu’on retourne les autels ? A ce que le latin soit purement et simplement banni (un ami prêtre m’a dit que son prédécesseur l’avait fait interdire) ? A ce que plus personne n’entende de grégorien alors qu’il était censé garder la première place ? Je n’ai jamais vu autant de jeunes à la messe que depuis que je vais dans cette paroisse traditionnelle. J’aimerais pouvoir assister à la même messe que celle que le Pape célèbre... mais ça m’est impossible, sans risquer de tout simplement ne plus aller à la messe. Je vous remercie d’avance pour les quelques informations que vous pourrez me donner sur ce sujet. »

 

Voici nos réponses qui se basent sur les enseignements du Concile, sur la Présentation générale du Missel romain et sur le Code de Droit canonique :

 

1. Concernant le latin, il demeure la langue privilégiée de la liturgie romaine et aucun prêtre n’a le droit de refuser qu’une messe soit célébrée dans cette langue ;

2. Concernant le chant grégorien, il doit avoir la première place dans les célébrations et aucun prêtre n’a le droit d’en interdire l’usage ou simplement de se dire défavorable à son emploi ;

3. Concernant le retournement des autels, il n’existe aucun texte obligeant à célébrer « face au peuple » ; le Missel romain actuel - dont la version française contient des erreurs de traduction - prévoit toujours que la liturgie eucharistique puisse être célébrée face à l’Orient ou face à l’abside symbolisant la Lumière venue d’Orient.

 

Pro Liturgia

« Il est nécessaire de rappeler la valeur irremplaçable qu’a pour le prêtre la célébration quotidienne de la Messe, même sans le concours des fidèles. Il la vivra comme le moment central de sa journée et de son ministère quotidien, fruit d’un désir sincère et occasion d’une rencontre profonde et efficace avec le Christ. Il mettra le plus grand soin à la célébrer avec piété et à y appliquer son esprit et son cœur. Dans une culture toujours plus sensible à la communication par les signes et par l’image, le prêtre réservera une attention adéquate à tout ce qui peut rehausser la dignité et le caractère sacré de la célébration eucharistique. Il est important, dans cette célébration, de soigner spécialement la conformité et la propreté du lieu, l’architecture de l’autel et du tabernacle, la noblesse des vases sacrés et des ornements, du chant, de la musique, le silence sacré, etc. Tous ces éléments peuvent contribuer à une meilleure participation au Sacrifice eucharistique. En effet, une attention insuffisante portée aux aspects symboliques de la liturgie, et plus encore, la négligence et la précipitation, la superficialité et le désordre en vident le sens et affaiblissent sa fonction d'accroissement de la foi. Celui qui célèbre mal manifeste la faiblesse de sa foi et n'éduque pas les autres à la foi. En revanche, bien célébrer constitue une première et importante catéchèse sur le Saint Sacrifice. Ainsi le prêtre, tout en mettant au service de la célébration eucharistique ses capacités pour la rendre vivante avec la participation de tous les fidèles, doit s'attacher au rite établi dans les livres liturgiques approuvés par l'autorité compétente, sans ajouter, enlever ou modifier quoi que ce soit. Tous les Ordinaires, les Supérieurs des Instituts de vie consacrée, les Modérateurs des sociétés de vie apostolique ont le grave devoir, en plus de donner l'exemple, de veiller à ce que les normes liturgiques concernant la célébration de l'Eucharistie soient partout fidèlement observées. Les prêtres qui célèbrent ou concélèbrent sont tenus de se revêtir des ornements sacrés prescrits par les rubriques. » (Cf. Congrégation pour le clergé, « Directoire pour le ministère et la vie des prêtres ».

 

N.B. ce document - comme beaucoup d’autres venant de Rome - n’a pas été porté à la connaissance du clergé français...

« Je reviens de Saint-Raphaël (Var) et plus précisément de la Basilique (mineure) de Saint-Raphaël : N.D. de la Victoire. Voici ce que j'ai pu observer :

 

- cette paroisse de ville est placée sous la direction de prêtres de la Communauté St-Martin ;

- on y célèbre chaque jour la messe grégorienne complète (il manque seulement le Psaume de Communion) suivant le Missel typique 2002. L’assistance est relativement nombreuse : de 30 à 50 personnes en semaine (à 19h00) et de 150 à 200 personnes le dimanche (à 19h.). Le Propre grégorien est assumé par les six prêtres présents et l'Ordinaire (dont notamment le Kyriale XI des dimanches "per annum") est alterné entre le chœur des prêtres et l'assemblée. Le célébrant se tient alors « dos au peuple » ;

- toujours en grégorien, à 7h00 on y chante les Laudes et à 19h00 les Vêpres suivant les « Heures Grégoriennes » éditées par la Communauté St-Martin ;

- la grand-messe est, quant à elle, célébrée en « frantin » (français-latin). En français : l’entrée, le psaume responsorial, le chant après la communion et en latin/grégorien, les pièces du Kyriale.

- les messes du matin (8h00 en semaine et 9h00 le dimanche sont aussi célébrées en « frantin ». Le célébrant est alors généralement « face au peuple » ;

- après chaque messe, on ajoute un motet ou cantique « bien connu »à la Vierge, patronne du lieu (Salve Regina, etc.).

 

Cependant, dans ces assistances relativement nombreuses, on déplore la présence d’un grand nombre de « touristes », en l'occurrence des personnes peu formées à la religion et qui ne savent pas « se tenir », notamment pour recevoir la communion. De nombreuses personnes, visiblement non pratiquantes, viennent aussi régulièrement visiter la basilique et brûler un cierge acheté sur place. Il convient de relever le haut niveau des célébrations (gestes, déplacements, chants grégoriens, homélies, etc.). On peut seulement déplorer - parfois - un manque de justesse dans le chant, sans doute à cause de la distance relativement grande qui sépare le chœur de l’orgue. Conclusion : étant donné la situation globale et le niveau de formation chrétienne (théologique et liturgique) assez conforme à la moyenne nationale de France (très faible), l’offre des prêtres de la Communauté Saint-Martin semble bien adaptée à la demande générale. De fait, une messe suivant la forme « extraordinaire » n'ajouterait pas grand chose à la situation déjà existante, peu de personnes pouvant, en effet, distinguer les deux « rites » grégoriens, comme l’avait souligné en son temps le Cardinal Ratzinger. A signaler : la Mairie de Saint-Raphaël est très favorable à la paroisse comme aussi le Vatican, qui a délégué dernièrement l'un de ses cardinaux lequel ne s'est guère gêné de le signifier publiquement à Mgr Rey, Ordinaire du lieu. » (Pour accéder au site de la paroisse N.D. de la Vicatoire, cliquer ici.)

Depuis plusieurs années il n'y a plus, dans les séminaires de France, de formation théologique solide pour les futurs prêtres. Parallèlement, dans bien des paroisses, il n'y a plus de catéchisme solide pour les jeunes. Résultat : chacun se fait "sa" religion. En observant bien le fonctionnement des diocèses, il apparaît clairement aujourd'hui que ce ne sont désormais que quelques laïcs imbibés de l'esprit soixante-huitard (donc, complètement déformés au niveau doctrinal et liturgique) qui contrôlent tout et tirent les ficelles. Au point que dans certaines paroisses, un nouveau prêtre nommé par l'évêque ne pourra venir que si les laïcs qui composent l'équipe "d'animation" pastorale [oui, le Saint-Sacrifice de la Messe est devenu une "animation" pour ces personnes] sont d'accord. Et gare au prêtre qui n'accepte pas cette situation le forçant à se plier aux exigences d'une petite poignée de fidèles laïcs qui s'imaginent représenter la totalité de la paroisse : ce groupe de laïcs ira voir le vicaire épiscopal qui ira trouver l'évêque... qui préfèrera évincer le prêtre plutôt que de risquer d'avoir à affronter deux ou trois "mamies-bigoudis" surexcitées qui, avec l'appui de vicaires épiscopaux peu formés sur le plan pastoral et théologique, forment un véritable magistère parallèle au sein des diocèses. Dans un tel contexte, la doctrine catholique n'est plus enseignée et le Pape n'est plus écouté; le sacerdoce ministériel lui-même est remis en cause par des personnes qui se disent "catholiques", et la célébration des sacrements n'est assurée que lorsqu'elle peut devenir l'occasion de valoriser les membres des équipes liturgiques qui participent activement à la démolition de la célébration de la foi. Un exemple parmi d'autres de cette situation : dans le diocèse de Strasbourg, tous les vicaires épiscopaux et tous les responsables de la liturgie !!!!!! ont été cooptés parmi les prêtres imbibés de l'esprit de mai 68 (anti-romain) et n'ayant eu aucune formation théologique solide. Dans un tel contexte, les prêtres qui, par fidélité aux enseignement magistériels, font cavalier seul et refusent de suivre les orientations pastorales mises en place par les groupes de pression cités plus haut, sont peu à peu évincés et privés du droit d'exercer un ministère. Dans ce contexte, le sacerdoce ministériel disparait pour être peu à peu remplacé par une fonction ministérielle exercée par délégation d'une communauté paroissiale donnée : c'est la mise en place d'une Eglise de type luthérien. Ici comme en beaucoup d'autres endroits, le ras-le-bol de certains prêtres dont on est sûrs qu'ils sont catholiques atteint un degré qui devrait - normalement ! - inquiéter les évêques diocésains.


Introït de la Messe : "Requiem aeternam"




"Lux aeterna"


nocomment.jpgLa plupart des messes célébrées dans nos paroisses sont passablement éloignées de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Et soutenir le contraire serait mensonger. En veut-on une preuve ? Il suffit de lire ce que dit le Missel romain actuel au n°24 : « [Le célébrant] se souviendra (...) qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe. »  Ce passage qui ne saurait être plus clair, laisse clairement entendre qu’il ne devrait y avoir aucune différence sensible d’une messe à l’autre. Or... Il est vrai que le même Missel parle de « possibilités d’adaptations ». Que faut-il entendre par là ? Les « possibilités d’adaptation » dont il question - et qui sont fort peu nombreuses dans le Missel - ne sont en aucun cas des autorisations d’improviser. Adapter, c’est chercher à faire du mieux qu’on peut en fonction de circonstances particulières qui ne permettent pas de déployer toute la richesse des rites. Ça ne doit pas aller au-delà. Alors demeure cette question : comment se fait-il qu’une majorité de célébrants - souvent évêques en tête, comme le déplorait le Cardinal Ratzinger - ajoutent, enlèvent et changent des parties de la liturgie ? La réponse est simple : c’est parce qu’ils désobéissent. Et ils désobéissent parce lorsqu’ils étudiaient dans les séminaires diocésains (VIDEO INA), on les a persuadé qu’il fallait désobéir ; on les a même obligé à désobéir ! Un séminariste était contraint par ses Supérieurs de désobéir s’il voulait être ordonné prêtre, s’il voulait échapper à un stage de « formation » en paroisse dont on savait qu’il ne reviendrait jamais. Beaucoup ne sont d'ailleurs plus revenus et ne sont restés dans les séminaires que des jeunes immatures (cf. Mgr Gaidon) qui, devenus ces prêtres, se comportent comme d'éternels adolescents (cf. Mgr Aillet et Mgr Anatrella).

 

Dans les séminaires de France, il a été longtemps formellement interdit - avec l’aval des évêques - de suivre le Missel romain : la liturgie se devait d’être évolutive et improvisées pour rester au diapason de la théologie progressiste, de l’exégèse bultmanienne, de la pastorale imprégnée d’idée gauchisantes puisées dans les thèmes chers à l’ « Action Catholique Ouvrière », du « complexe anti-romain » (Paul VI)... Les liturgies « adaptées », « trafiquées », « bêtifiantes », « infantilisantes »... sont donc devenues la norme pour toute une génération de prêtres qui les ont imposées à des paroisses entières que fréquentent aujourd’hui des fidèles habitués à ces messes aléatoires célébrées sans tenue ni dignité. Cessons une fois pour toutes de dire que l’effondrement de la liturgie est un résultat du Concile : l’effondrement de la liturgie - qui est un fait que personne ne peut nier - trouve sa source uniquement dans le manque de formation d’un clergé devenu totalement inconséquent. Il trouve aussi sa source dans une rébellion contre toute autorité. Cette rébellion existait déjà bien avant le Concile, mais elle était rampante, sourde, dissimulée sous les apparences d’une liturgie en latin et en dentelles réglée comme du papier à musique... Cette rébellion a profité de Vatican II pour éclater et se révéler au grand jour... sous les yeux ébahis de quelques évêques d’un autre siècle incapables de comprendre pourquoi l’Eglise se mettait soudain à tousser. Répétons-le : le problème de la liturgie actuel est un problème de formation défectueuse tout autant que d’autorité contestée par les uns et pas exercée par les autres. En aucun cas un problème « conciliaire ».

 

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