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« On a une liturgie dégénérée en "show", où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide

de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe

des fabricants liturgiques, et une attitude de recul d'autant plus prononcée chez ceux qui cherchent

dans la liturgie non pas le "showmaster" spirituel, mais la rencontre avec le Dieu vivant (...) »

(Cardinal Joseph Ratzinger, Simandron der Wachklopfer. Gedenkschrift für Klaus Gamber, Cologne 1989)

 

 

 

 

Il y a une réalité que nos évêques seraient bien inspirés de reconnaître. C'est celle-ci : il faut chercher longtemps, très longtemps - et souvent en vain - pour trouver, en France, quelqu'un qui sache encore ce qu'est la liturgie de l'Eglise et comment elle doit être célébrée. Les prêtres ne la connaissent pas, ne la comprennent pas et, par conséquent, ne la célèbrent que comme ils pensent qu'elle puisse être célébrée mais jamais exactement comme elle doit être célébrée. Les "très activistes" membres des équipes liturgiques ne la connaissent pas davantage. Mais telles des mouches qui volent autour des reliefs d'un repas en décomposition, ils bourdonnent dans les sanctuaires pour se repaître des restes de liturgies préalablement dégradées qui constituent l'aliment de base de leur ego surdimentionné (Cf. Romano Guardini, L'esprit de la liturgie). Les simples fidèles qui vont à la messe ne la connaissent pas non plus et, finalement, tels des gamins résignés, en viennent à accepter les célébrations artifiellement recomposées qu'on leur impose. Il y a d'ailleurs un signe de cette ignorance liturgique généralisée qui ne trompe pas : combien de ceux qui sont déjà allés à Rome ou qui ont participé aux JMJ et ont vu là le pape Benoît XVI célébrer exemplairement la liturgie de l'Eglise s'en reviennent chez eux où ils acceptent sans sourciller, dans leurs paroisses respectives, des messes qui sont aux antipodes de celles que célèbrent le Souverain Pontife ? N'est-ce pas là la preuve que pour beaucoup la liturgie se mesure désormais à son caractère "supportable" en des circonstances particulières ?

 

Mais que trouve-t-on à la place de la liturgie de l'Eglise catholique dont les évêques nous expliquent - sans trop y croire, semble-t-il - que les modalités de sa célébration sont le reflet de la foi reçue des Apôtres ? On ne trouve plus, à quelques très rares exceptions près, que des célébrations incohérentes, faites de bric et de broc et où des oripaux de ce que certains prennent pour de la "tradition" ou pour de la "conformité aux rites" entrent en collision avec ce qui aura germé de plus farfelu dans l'esprit du célébrant et de ses proches collaborateurs - lesquels sont généralement des collaboratrices reconnaissables à leur brushing -. Il résulte de cela une généralisation de célébrations décousues, heurtées, où rien n'est vraiment à sa place et où rien n'est accompli de façon cohérente, digne et mesurée. Ici, c'est un célébrant (si possible mal "fagoté" dans une "aube-sac") qui noie la célébration dans tout le pathos dont il est capable. Là, c'est une chorale qui exécute avec une incontestable application des chants d'une extrême platitude et sans rapports avec les textes liturgiques. Ailleurs encore, c'est l'obligation faite aux fidèles de se faufiler sans arrêt entre un passage de la célébration qui est "liturgiquement juste" (ou au moins acceptable) et un passage qui est proprement farfelu. Partout - et ce ne sont pas les messes télévisées qui prouveront le contraire - la liturgie de l'Eglise est remplacée par des simagrées. Car partout, depuis bientôt 50 ans, on s'est appliqué - sur la base des directives de nos pasteurs diocésains - à ne surtout pas chercher à comprendre et à suivre les enseignements de l'Eglise.

 

Désormais, très rares sont les célébrations liturgiques qui échappent à l'intrusion de tout ce qui relève de la sensiblerie personnelle du célébrant ou des caprices de fidèles demeurés au stade de l'adolescence rebelle à tout ce qui représente la norme et l'ordre. Alors, l'accomplissement de la liturgie - là où elle subsiste sous des formes dénaturées - devient chichiteux; les tons de voix deviennent sirupeux; l'ambiance générale se fait faussement convivale; les cantiques sont choisis dans ce que le répertoire offre de plus dégoulinant de sentimentalisme... Et celui qui souhaite participer à la messe doit accepter d'entrer dans ce pays de Candy que sont devenues les célébrations paroissiales. Ce n'est pas donné à tout le monde, et surtout pas à ceux qui ne demandent qu'à prendre part à des célébrations liturgiques qui ne soient pas autre chose que... de la liturgie. Une chose est certaine: vus l'inculture et le relativisme qui conduisent à fausser la compréhension de la liturgie et à la bouleverser en profondeur et vu, en sus, le peu d'empressement de nombre de nos évêques à suivre les enseignements du pape Benoît XVI visant à mettre en oeuvre la liturgie restaurée à la suite de Vatican II, la crise qui a vidé les paroisses et les séminaires - et qui est une véritable catastrophe spirituelle autant que culturelle - va durer encore longtemps, très longtemps.

 

Pro Liturgia

Il faut à tout prix soustraire les messes de cette sensiblerie niaiseuse qui est à nos célébrations liturgiques minimalistes ce que Vanessa Paradis est à Haendel. La liturgie ne procède pas d’un choix entre ce qui doit être fait et ce qu’on a envie de faire : si elle n’est pas ce qu’elle doit être et comme elle doit être, elle n’est tout simplement pas. La liturgie ne peut pas être soumise uniquement à des critères de sensibilité, sans réflexion sur ce qu’elle doit être et sur les conséquences que peuvent avoir les façons de la célébrer. Elle doit avant toute chose échapper à la dictature de l’émotionnel telle qu’elle se manifeste si à travers certains chants (« Prendre un enfant par la main... », « La paix ce sera toi, ce sera moi... »... etc.), à travers certaines attitudes compassées et certains tons de voix mièvres, à travers certaines pratiques et attitudes (récitation du « Notre Père » en levant les mains ou en faisant une ronde, importance prise par le « geste de la paix »...).

 

Il est infiniment moins grave de ne pas célébrer exactement comme il faut par ignorance et manque de formation solide que de contribuer par lâcheté, par conformisme, par esprit de collaboration au pire ; que de participer, par amitié pour le désastre, à l’établissement de liturgies où les rites sont volontairement bafoués, rejetés, transformés au prétexte qu’il faut que la célébration « plaise » aux gens. Le respect des rites, comme le respect du style, de la syntaxe, de la grammaire dans le domaine de la communication ou encore comme la courtoisie et la politesse dans le domaine des relations humaines, est souvent un détour, un bref passage par le contraire de l’effet que l’on cherche à produire : le respect des rites est une petite contrainte qui évite de grands désastres spirituels. En ce sens, arracher les fidèles aux célébrations paroissiales, dans l’état où elles sont, ce n’est pas commettre une grande cruauté. C’est forcer les célébrants, tout occupés qu’ils sont à faire tourner leurs projets pastoraux voués à l’échec, à reconnaître que leurs messes n’apportent rien dans la mesure où, truffées d’abus pour n’être que des assemblées conviviales et divertissantes, elles ne reflètent plus la foi de l’Eglise. 

 

Pro Liturgia

"Participation" semble être devenu le maître-mot de tout ceux qui, depuis le concile Vatican II, s'intéressent de près ou de loin à la Liturgie. Qu'on le veuille ou non, il faut "participer" ! Or, malgré les efforts louables qui ont été faits partout pour obtenir une participation plus grande aux rites liturgiques, les résultats obtenus paraissent souvent inégaux, éphémères, et parfois même ambigus en ce sens qu'ils conduisent à une déformation de la Liturgie de l'Eglise. Pour mieux comprendre le problème posé par l'idée de "participation", il faut partir de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium de Vatican II.

 

 

 

http://img.over-blog.com/181x300/0/21/41/34/2010/offerin.jpgDans le texte de cette Constitution, nous découvrons un encouragement à la participation "consciente, active et fructueuse" des fidèles à la liturgie. Ce sont ces trois qualificatifs qui ont souvent été retenus par les clercs et les laïcs préoccupés par la pastorale. Malheureusement, ceux-ci n'ont pas toujours bénéficié des explications qui leur auraient été nécessaires pour ne pas se lancer, tête baissée, au nom de la "participation", dans un activisme souvent aussi déplacé que stérile. Il conviendrait avant toute chose de bien savoir ce que recouvre l'idée de "participation active". Le texte conciliaire original, en latin, emploie ici le mot "actuose" que les traducteurs ont simplement rendu par le mot français "actif / active". En fait, il aurait sûrement mieux valu traduire par "participation effective" ou encore "participation véritable". Car ce que le Concile demande au fidèle, c'est qu'il fasse réellement un effort pour ne pas demeurer étranger au rite liturgique; qu'il participe à l'action sacrée avec entrain, enthousiasme et bonne volonté, qu'il accomplisse le rite avec un sentiment qui soit le contraire de la froideur et de la désinvolture. L'agitation que l'on observe au cours de certaines célébrations liturgiques ou l'affairement de certaines personnes autour de l'autel ou de l'ambon, est donc contraire à la véritable "participation active", telle que l'entend l'Eglise. La véritable participation - qui est sûrement la plus fructueuse - est d'abord intérieure : elle conduit à s'accorder, par un effort personnel, aux rites liturgiques, afin que ceux-ci ne soient pas des gestes vides, mais qu'ils deviennent le reflet de l'assentiment intérieur que les fidèles portent au culte rendu publiquement à Dieu par toute l'Eglise unie au Christ.

 

 

Au cours d'une audience général, le pape Paul VI a clairement expliqué en quoi consiste la véritable participation à la liturgie souhaitée par le Concile : « Notre Mère l'Eglise désire vivement que tous les fidèles soient acheminés vers une participation plénière, consciente et active aux actes liturgiques, telle que la demande la nature même de la liturgie, et selon le droit et le devoir qui appartiennent en vertu du baptême au peuple chrétien "race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté" (1P 2, 9). Deux observations en découlent, très chers fils, que nous confions à votre réflexion. La première concerne les caractéristiques de la participation liturgique, tellement recommandée par le Concile. En premier lieu, la participation doit être consciente, ce qui suffirait pour révéler le caractère humain de la religion que l'Eglise inculque à ses fidèles (...) Puis elle doit être active et personnelle, c'est un second caractère et, en troisième lieu, elle doit être communautaire. Désormais, nous savons cela. Nous dirons encore avec Jésus : "sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites ! Si haec scitis, beati eritis si feceritis ea" (Jn 13, 7). Les fidèles remplissent leur fonction liturgique par cette participation pleine, consciente et active que leur demande la nature de la liturgie elle-même, et qui est pour le peuple chrétien, en vertu de son baptême, un droit et un devoir. Cette participation doit d'abord être intérieure en ce sens que, par elle, les fidèles s'unissent d'esprit à ce qu'ils prononcent ou entendent, et qu'ils coopèrent à la grâce d'en-haut. Mais la participation doit aussi être extérieure, c'est-à-dire que la participation intérieure s'exprime par les gestes et les attitudes corporelles, par les acclamations, les réponses et le chant. On doit aussi éduquer les fidèles à s'unir intérieurement à ce que chantent les ministres ou la chorale, pour élever leur esprit vers Dieu en les écoutant." (Allocution à l'audience générale du 6 avril 1966). Comme on le voit, c'est la participation intérieure qui doit demeurer première car c'est elle qui doit informer la participation extérieure, celle qui est qualifiée d' "active".

 

 

Dans son ouvrage sur "Le mystère du culte dans le christianisme" (Ed. du cerf, Paris, 1983), Dom Odon Casel met en garde contre une participation "active" qui, n'ayant pas sa source dans la participation "intérieure", se transformerait en pur activisme : « le mouvement liturgique contemporain s'est peut-être préoccupé trop uniquement des formes communautaires et a cru être liturgique parce que, extérieurement, il mettait les hommes en contact plus étroit avec l'autel. Or, il y a là un danger certain, celui de croire qu'on a trouvé la substance quand on ne possède que la forme extérieure ». Si l'on se contente, en effet, de ne rechercher qu'une participation extérieure, "active" au mauvais sens du terme, on risque de ne toucher chez le fidèle que ce qui est superficiel. Le superficiel réagit sans doute plus rapidement, mais ne laisse pas de traces profondes dans le domaine de la foi. La participation intérieure, celle qui induit et informe les autres modes de participation, est obtenue grâce à une méthode d'enseignement intuitif qui est propre à la liturgie. Celle-ci consiste à donner à ce qui est abstrait une présentation concrète. Ainsi, pour inculquer une idée, la liturgique utilisera-t-elle, à travers le rite, une réalité concrète et matérielle; par la suite, la seule vue ou la seule évocation de cette réalité permettra de faire naître l'idée de base, soit de façon conventionnelle, soit de façon naturelle. Cette méthode intuitive utilisée par la liturgie est sûrement celle qui convient le mieux à la nature humaine. C'est même, pourrait-on dire, la méthode pédagogique que Dieu lui-même a utilisée pour nous révéler son existence et nous enseigner quels sont ses attributs. Une telle méthode a l'avantage certain d'être à la fois rapide, agréable et efficace à cause des images qu'elle grave profondément dans la mémoire et l'imagination, images qui sont étroitement liées à la valeur d'un enseignement doctrinal sûr et qui refait surface pour se présenter à l'esprit des fidèles toutes les fois qu'on y fait appel. La participation "active" demandée par Vatican II n'est donc en aucun cas proportionnelle à l'agitation ou au bruit que l'on fait au cours d'une célébration, mais à la sincérité avec laquelle on accomplit ce que l'Eglise demande que nous fassions lorsque nous célébrons les mystères. Voilà pourquoi il est nécessaire d'acquérir, par une catéchèse adéquate, une réelle connaissance de la vie liturgique de l'Eglise, afin de pouvoir toujours mieux en saisir la cohésion et l'intelligence interne qui lui garantissent sa richesse inépuisable. Pénétrer la sacralité de la liturgie : voilà le premier effort à faire, non seulement de la part des fidèles laïcs, mais surtout de la part des célébrants. C'est là que se trouve la clé d'une participation véritablement "active".

 

Pro Liturgia

Canizares-in-cappa-magna.jpegAu cours d’un consistoire qui s’est tenu samedi dernier, le Pape Benoît XVI a créé six nouveaux cardinaux (24/11/12). Cette réception de la « pourpre cardinalice » est l’occasion de revenir sur un document de Pie XII publié le 30 novembre 1952, il y a donc soixante ans : le Motu proprio « Valde solliciti ». Le Pape Pacelli y demandait que la tenue des cardinaux soit simplifiée et surtout que la « cappa magna » soit raccourcie de 5 mètres... car elle était alors longue de 12 mètres ! A cette époque, les journaux italiens avaient annoncé avec humour : « Le Pape coupe la queue des cardinaux ». Pie XII avait aussi précisé qu’au cours des réunions, la « cappa magna » devait être tenue autour du bras et non plus déroulée. Il est intéressant de noter les raisons avancées par le Souverain Pontife pour justifier sa décision : il fallait que les fidèles soient plus attentifs au rôle des cardinaux et moins admiratifs de leurs personnes. Et sur un plan simplement pratique, il fallait réduire la longueur des processions des prélats... En 1969, une nouvelle Instruction portant sur les habits des cardinaux, évêques et prélats précisait que la « cappa magna » pouvait toujours être portée, mais sans hermine et uniquement en dehors de Rome pour des solennités très exceptionnelles. Les Cardinaux Rode et Burke semblent apprécier de porter une « cappa magna »... qui excède parfois les 7 mètres de longueur autorisés. Le Cardinal Rode porte même la « cappa » rehaussée de fourrure, ce qui n’est plus autorisé.


Ce n’est pas la « cappa magna » elle-même qu’il faut critiquer, mais plutôt l’esprit avec lequel il arrive qu’elle soit portée. La « cappa magna » symbolise l’éclat d’une fonction, c’est-à-dire la place occupée par une personne dans la hiérarchie de l’Eglise. Or d’un point de vue purement liturgique, les vêtements sacrés ne sont pas faits pour valoriser un individu ou une fonction, mais pour glorifier la personne du Christ représentée par le prêtre ordonné à une fonction ministérielle. Au cours des célébrations liturgiques, c’est bien la gloire de Dieu qu’il faut signifier, et non celle d’un homme ou d’une fonction dicastérielle.

 

(Sources : Andrea Tornielli et « Thom »)

La liturgie de l’Eglise reste très malmenée en France. Il serait même plus juste de dire qu’elle est dans une situation catastrophique ou même qu’elle est en voie de disparition totale. Et les efforts faits par Benoît XVI pour la remettre sur les rails restent vains : en visitant les sites internet des diocèses de France, on peut d’ailleurs constater qu’elle n’est respectée que dans 3% des paroisses en moyenne. Partout ailleurs, les enseignements magistériels sont passés sous silence et même ouvertement refusés par les équipes liturgiques qui ont fait main basse sur la liturgie. Ce qui signifie que le fidèle qui se rend dans une église a très peu de chances de pouvoir participer à une Messe célébrée dans le respect du Missel romain actuel. Mais ce qui est plus inquiétant encore - si l’on peut dire - c’est de constater que les fidèles qui pratiquent encore ne connaissent plus rien de leur liturgie et se moquent totalement de la façon dont les prêtres la célèbrent. C’est dire combien il est devenu facile de faire faire et de faire croire n’importe quoi à ces fidèles devenus perméables à toutes les nouveautés, à toutes les excentricités, et totalement imperméables à ce qui relève de la norme et du respect des règles transmises par l’Eglise.

 

Que faut-il faire dans ces conditions ? Quelle attitude faut-il adopter ? La réponse à ces questions n’est pas simple puisque toutes les demandes adressées à un curé de paroisse, à un évêque diocésain, pour obtenir des Messes conformes aux enseignements conciliaires se heurtent inévitablement à des fins de non-recevoir. Pour certains fidèles, il y a la solution consistant à aller, quand c’est possible, à une Messe célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain. Mais est-ce vraiment une « solution » ? Que les « chauds partisans » de cette forme « extraordinaire » puissent trouver des Messes célébrées avec le Missel du Bx Jean XXIII est une chose tout à fait normale. Ce qui n’est pas du tout normal, c’est que les fidèles qui ont acceptés sans la moindre arrière-pensée la restauration liturgique voulue par Vatican II soient contraints de se rabattre sur cette même forme « extraordinaire » parce que leurs évêques, tout en se réclamant du Concile, leur refusent systématiquement la forme « ordinaire » à laquelle ils aimeraient participer dans leurs paroisses respectives. Comme si le véritable but de la pastorale liturgique actuelle était d’achever la dévastation de la liturgie, y compris en utilisant hypocritement la forme « extraordinaire » comme moyen d’écarter - de véritablement ghettoïser - les fidèles qui ne se résignent pas à participer activement ou passivement à la généralisation de messe dont l’inconsistance et l’indignité sont pour une majorité de célébrants les deux critères d’une célébration « réussie ».

 

A l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II, les évêques de France invitent les fidèles à reprendre les grands textes conciliaires. Alors, faisons ce que nos évêques nous conseillent de faire. L’étude des textes conciliaires « doit être une occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur propre fidélité à la Tradition de l’Eglise, authentiquement interprétée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les Conciles œcuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican II. De cette réflexion, tous doivent retirer une conviction renouvelée et effective de la nécessité d’approfondir encore leur fidélité à cette Tradition en refusant toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire. » (Cf. Bx Jean-Paul II, Ecclesia Dei, 2 juillet 1988). On lit bien : LES FIDELES DOIVENT REFUSER ce qui est arbitraire et abusif... C’est le pape Jean-Paul II qui l’a dit ! 

 

Pro Liturgia

Un internaute pose la question suivante : « Comment faire pour que, dans les paroisse où l’on se réclame du Concile, on puisse mettre un terme aux abus liturgiques suivants : - distribution de la communion par des laïcs ; - obligation de recevoir la communion dans la main ; - célébration « face au peuple » sur des édicules dépourvus de valeur et de dignité ; - médiocrité du répertoire musical et limitation - voir interdiction - du chant grégorien ; - disparition des chorales au profit de l’ « assemblée-chantante » invitée à répéter n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment... pourvu que ce soit des airs qu’il ne viendrait à l’idée de personne de chanter ailleurs que dans une église où le mauvais goût est de bon ton ; - geste de paix transformé en séance de « shake your hands » totalement anti-liturgique ; - équipes d’animation liturgique envahissantes et totalement inefficaces... sauf, bien sûr, quand c’est pour démolir la liturgie ; - donné du missel romain systématiquement modifié ou ignoré par les célébrants ; - absence de dignité, de tenue, de réserve des célébrants ; - etc. Comment faire pour mettre un terme à ces pratiques qui trahissent les enseignements du Concile et, plus largement encore, les enseignements de l’Eglise ? »

 

 

 

Avouons qu’il est difficile de donner une réponse à cette question. D’abord parce que - on l’aura constaté - on se trouve dans les paroisses face à un double problème : celui des pratiquants qui acceptent sans sourciller n’importe quelles liturgies fantaisistes truffées de n’importe quels chants insipides, et celui des prêtres qui ne connaissent pour ainsi dire rien à la liturgie et qui, dans le même temps, sont décidés à ne pas tenir compte de ce qu’enseigne l’Eglise. Ensuite parce que - ce n’est plus un secret - les évêques de France, en dehors de trois ou quatre exceptions bien connues, sont convaincus du bien-fondé d’une erreur consistant à faire de la liturgie un outil au service de leurs projets pastoraux. Et quand cette erreur se double d’une volonté d’ignorer le Concile tout en se réclamant de lui, on voit qu’il n’y a plus grand-chose à attendre d’un épiscopat qui, il faut le souligner, n’a depuis 40 ans publié aucune directive visant à mettre un terme aux abus liturgiques devenus monnaie courante dans 99% des paroisses. On en revient à la question de départ : que faire ? Trois pistes à suivre :

 

1. Relevez les principales pratiques liturgiques qui, dans votre paroisse, contredisent les normes données par le Missel romain et écrivez une lettre à votre curé pour lui demander les raisons théologiques qui le poussent à ne pas respecter la liturgie restaurée à la suite de Vatican II (insistez bien sur « raisons théologiques » et sur « liturgie restaurée à la suite de Vatican II »). Votre lettre devra être brève, sans circonvolutions. Exemple : « Tel dimanche, à la messe de telle heure célébrée dans telle église, j’ai constaté que vous avez introduit les pratiques suivantes (nommez les deux ou trois qui vous semblent les plus flagrantes) qui contredisent les données de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II telle qu’elle est précisée dans le Missel romain actuel. Je vous serais reconnaissant de me faire savoir les raisons théologiques qui vous poussent à ignorer les règles de la « lex orandi » ou à désobéir ouvertement aux enseignements de l’Eglise. Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Curé, à l’expression de ma respectueuse considération. »

 

2. Si vous n’avez pas de réponse dans les huit jours qui suivent, informez votre curé que vous allez porter le problème à la connaissance de votre évêque. Et écrivez à votre évêque en joignant la copie du premier courrier que vous aviez envoyé à votre curé : « Monseigneur, ayant constaté un certains nombre d’abus systématiquement introduits dans la messe paroissiale à laquelle je participe, j’ai écris comme il se doit à mon curé pour obtenir de lui des explications (voir lettre ci-jointe). Comme il n’a pas jugé bon de me répondre, c’est vers vous que je me tourne en tant que vous êtes le gardien et le promoteur de la liturgie de l’Eglise. Dans l’attente de votre réponse... etc. »

 

3. N’acceptez aucune réponse du genre « il faut être accueillant », « il faut être ouvert à un sain pluralisme », « il faut respecter toutes les sensibilités », « il faut nous accepter les uns les autres riches de nos pauvretés », « il faut avant tout pratiquer la charité »... etc. Toutes ces formules répétées comme des mantras ne sont que du « baratin ecclésiastique » utilisé pour noyer le poisson, pour éviter d’avoir à répondre à la question de fond : pourquoi la liturgie n'est-elle pas respectée ? Si vous en avez la possibilité, faites savoir dans votre lettre que des membres de votre famille, des voisins, des amis... se joignent à votre démarche. Et rappelez-vous toujours que même si vous vous sentez isolé dans votre paroisse, la démarche que vous entreprendrez est un droit qui s'inscrit dans la droite ligne des enseignements du Pape Benoît XVI, comme le prouve l’Instruction Redemptionis Sacramentum.

 

Pro Liturgia

INTRODUCTION

 

Il est urgent de redécouvrir l'authentique esprit de la liturgie, tel qu'il apparaît dans la tradition continue de l'Eglise et tel que le présente, en lien avec le passé, le Magistère le plus récent, de la fin du concile Vatican II jusqu'au pontificat de Benoît XVI. J'ai employé ici le mot "continue" pour qualifier la tradition. C'est un terme cher au coeur de l'actuel Souverain Pontife : il en a fait le seul critère permettant de comprendre la vie de l'Eglise, tout particulièrement en lien avec les enseignements conciliaires et avec les propositions de réforme, à quelque niveau qu'elles soient. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrait-on imaginer une Eglise d'autrefois qui serait suivie d'une Eglise d'aujourd'hui venue effacer toute l'histoire du corps ecclésial ? Comment pourrait-on imaginer que l'Epouse du Christ était autrefois dans une époque durant laquelle l'assistance de l'Esprit-Saint lui aurait fait défaut, et que cette époque serait aujourd'hui soudain close et dépassée ? Certains donnent parfois l'impression d'adhérer à cette idéologie de rupture qui, appliquée à l'histoire de l'Eglise, engendre des idées qui n'ont rien à voir avec la foi authentique dans la mesure où conduisent à faire une distinction entre l'Eglise pré-conciliaire et l'Eglise post-conciliaire. On peut certainement relever des distinctions, mais à la seule condition de ne pas en arriver à élever des murs infranchissables entre une Eglise d'avant le Concile qui n'aurait plus rien à nous apprendre et une Eglise d'après le Concile qui serait une nouveauté en rupture avec le passé. La question de la "continuité", telle que nous l'abordons ici avec sérénité et non dans un esprit polémique, est absolument essentielle pour qui veut comprendre le véritable "esprit de la liturgie" : cette idée de "continuité" nous permet de considérer un "passé" de la liturgie qui est tout à la fois proche et distant. La liturgie ne saurait donc devenir un moyen d'opposer ceux qui pensent que seul le passé est bon à ceux qui pensent que le meilleur ne peut être que devant nous. C'est uniquement en considérant que le présent et le passé de la liturgie constituent un unique patrimoine qui s'est développé d'une façon homogène qu'il est possible de retrouver le goût pour l'authentique esprit de la liturgie. Il nous faut donc accepter de voir l'Eglise dans son unité et non comme le résultat de nos constructions parcellaires : ce n'est que cette vision globale de l'Eglise qui peut nous ramener à l'essentiel de ce qu'est la liturgie à travers laquelle le Christ fait irruption dans nos vies. C'est aussi en nous appuyant sur ce critère de "continuité" permettant de comprendre ce qu'est l'authentique "esprit de la liturgie" que nous devons devenir capables de dire si telle musique ou tel chant peut ou ne peut pas être intégré au patrimoine de la musique liturgique ou sacrée. En d'autres termes, nous devons être à même de distinguer quelles sont les compositions qui peuvent être insérées dans la liturgie en raison de leur cohérence avec l'authentique esprit de la célébration.

 

Parlons d'abord de cet "esprit de la liturgie" à partir duquel il est possible d'identifier la vraie musique et le vrai chant liturgiques. En abordant ce thème, nous n'aurons pas la prétention d'être exhaustif, pas plus que nous aurons la prétention de répondre à toutes les questions qui, pour être traitées, devraient être abordées sous des angles très variés. Je me limiterai donc à ne considérer que quelques aspects de ce qui fait l'essence de la liturgie, me tournant plus particulièrement vers la célébration eucharistique telle que l'Eglise nous la présente et comme j'ai pu l'approfondir durant les deux années passées au service du pape Benoît XVI, lequel est un véritable maître de la spiritualité liturgique tant par son enseignement que par les exemples qu'il donne lorsqu'il célèbre lui-même.

 

 

 

 

LA PARTICIPATION ACTIVE

 

Tous les saints et les saintes ont célébré et vécu la liturgie à travers une "participation active". La sainteté de leur vie est incontestablement le plus beau témoignage d'une participation très vivante à la liturgie de l'Eglise. C'est donc à juste titre que Vatican II a insisté sur la nécessité de retrouver le sens de la participation à la liturgie et d'y introduire les fidèles : c'est là un moyen mis à la disposition des baptisés qui aspirent à la sainteté; pour cette raison, la nécessité de participer "activement" à la liturgie a été confirmée dans de nombreux documents magistériels récents. Cependant, l'idée de "participation" n'a pas toujours été comprise et vécue dans le sens où l'entendait l'Eglise. Certes, nous participons activement lorsque nous accomplissons notre rôle au service de la liturgie; nous participons aussi activement lorsque nous veillons à être attentif à la Parole de Dieu que nous entendons et à la prière que nous récitons; nous participons quand nous unissons nos voix à celle des autres fidèles pour chanter... Pourtant, tout ça n'est vraiment la "participation active" que si c'est un moyen de susciter l'adoration du mystère du Christ Jésus mort et ressuscité pour nous. Seul celui qui pénètre ce mystère et y unit sa vie en vue d'obtenir les grâces liées à la célébration montre qu'il a réellement compris ce qu'est la liturgie et ce que signifie "participer activement". La véritable action qui se déroule dans la liturgie est l'action de Dieu lui-même; c'est à cette oeuvre réalisée par le Christ que nous sommes appelés à participer pour notre salut. Voilà quelle est la spécificité du culte chrétien en regard de tout autre acte d'adoration : ici, c'est Dieu lui-même agit et fait ce qui est essentiel, tandis que l'homme est appelé à être ouvert à l'action divine pour de se laisser transformer par elle. En conséquence, l'essentiel de la "participation active" est de veiller à ce que tout ce que nous faisons, nous ne devienne pas plus important que ce que fait Dieu pour nous permettre de devenir un avec le Christ. Voilà pourquoi la participation est impossible sans l'adoration.

 

Ecoutons une fois encore ce qu'enseigne la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Aussi l'Eglise se soucie-t-elle d'obtenir que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers ou muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l'action sacrée, soient formés par la parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâce à Dieu; qu'offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi ensemble avec lui, ils apprennent à s'offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés par la médiation du Christ dans l'unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous » (n. 48). Voici donc ce qui constitue l'essentiel; tout le reste est secondaire. Je pense tout particulièrement ici à certaines actions extérieures que l'on voit faire surtout au moment de la liturgie de la Parole : le fait d'affirmer que ces actions ne sont pas essentielles ne permet pas de conclure qu'elles sont importance. Mais les transformer en quelque chose qui va focaliser l'attention des fidèles montre une certaine méconnaissance du véritable esprit de la liturgie. Par conséquent, la véritable formation liturgique ne peut pas se limiter à apprendre à réaliser des actions extérieures, mais doit consister à aller vers l'essentiel, vers l'action de Dieu qui s'effectue à travers le mystère pascal du Christ dans lequel il faut s'engager pour se laisser transformer. Il ne faut donc pas confondre la seule "gestion des rites" avec la vraie participation à l'acte liturgique. Sans dénigrer le sens et l'importance du geste extérieur qui accompagne la participation intérieure, il nous faut reconnaître que la liturgie demande bien plus qu'une simple implication de notre corps par les rites; elle exige que nous la fassions pénétrer dans le quotidien de notre existence pour nous amener à vivre de ce que le Saint-Père Benoît XVI appelle la "cohérence eucharistique". C'est précisément l'exercice de cette "cohérence" qui est l'expression la plus authentique de notre participation à l'action salvifique du Christ. Il faut encore poser une autre question : sommes-nous vraiment certains que pour obtenir une "participation active" il faille faire en sorte que tout soit immédiatement compréhensible ? L'entrée dans le mystère de Dieu ne se fait-il pas aussi à l'aide de ce qui touche le cœur ? Trop souvent, nous donnons une place démesurée à la parole et nous oublions que le langage de la liturgie est aussi fait de silences, d'images, de symboles, de gestes... Ces diverses facettes du langage liturgique, auquel il faut ajouter la langue latine, le chant grégorien et la polyphonie sacré, conduisent au centre du mystère et permettent la véritable participation.

 

 

 

 

QUELLE MUSIQUE POUR LA LITURGIE ?

 

Je n'ai pas l'intention d'aborder ici des questions techniques se rapportant directement à la musique sacrée ou liturgique. D'autres le feront avec une plus grande compétence au cours de prochaines rencontres. Mais j'ai tout de même à coeur de souligner que la question de la musique liturgique se saurait être traitée indépendamment de la question se rapportant à l'authentique esprit de la liturgie et, par conséquent, touchant la théologie de la liturgie et de la spiritualité qui en découle. Comment faire - dès lors nous savons que la liturgie est un don de Dieu qui nous guide et qui, par le culte, nous permet d'aller au-delà de nous-mêmes pour nous unir à lui et aux autres - oui, comment faire pour donner des orientations permettant de comprendre l' "esprit de la liturgie" et permettant de reconnaître ce qu'est réellement la vraie musique et le chant pour la liturgie de l'Eglise ? Permettez-moi de faire une brève réflexion qui orientera mon propos : demandons-nous pourquoi l'Eglise, dans ses documents plus ou moins récents, souligne qu'il existe un certain type de musique et de chant plus particulièrement adapté à la célébration liturgique. Déjà à l'époque du Concile de Trente, l'Eglise était intervenue dans les querelles entre artistes pour affirmer qu'en matière de chant, l'union entre parole et musique devait être une priorité, que l'utilisation d'instruments devait être limitée, et qu'il fallait savoir faire la différence entre la musique sacrée et la musique profane. En fait, la musique sacrée ne peut pas se limiter à n'être qu'une expression subjective : la forme que doit avoir le chant liturgique est ancrée dans la Bible et dans la tradition de l'Eglise. Plus récemment, S. Pie X est intervenu lui aussi pour écarter la musique d'opéra de la liturgie et pour affirmer que le chant grégorien et la polyphonie remontant à la contre-réforme devaient demeurer les modèles d'une musique véritablement liturgique, distincte de la musique sacrée en général. Vatican II, puis les récents textes magistériels, n'ont fait que répéter la même chose. Alors pourquoi cette insistance de l'Eglise sur les caractéristiques de la musique et du chant liturgique ? Pourquoi vouloir que le chant et la musique attribués à la liturgie demeurent distinctes de toute autre forme musicale ? Pourquoi le chant grégorien et la polyphonie sacrée devraient-ils demeurer les seuls modèles de la musique liturgique, même populaire ? La réponse à ces questions se trouve exactement dans ce que nous avons essayé de dire à propos de l'esprit de la liturgie. Ces formes musicales sont, en raison de leur sainteté, de leur la beauté et de leur universalité, la traduction en mélodies et en chants du véritable esprit de la liturgie : elles introduisent à l'adoration du mystère célébré et permettent de ce fait une participation véritable, pleine et fructueuse à l'action de Dieu dans et par le Christ. Elles introduisent dans la vie de l'Eglise et, par là, dans la contemplation du mystère.

 

Pour finir, permettez-moi de citer encore une fois le Cardinal Ratzinger. Dans son livre "Un chant nouveau pour le Seigneur", il écrit (pp. 168-169) : « Gandhi évoque les trois milieux dans lesquels s'est développée la vie dans le cosmos, et note que chacun d'eux porte une façon d'être qui lui est propre. Dans la mer vivent les poissons, silencieux. Les animaux qui vivent sur la terre ferme crient, tandis que les oiseaux qui peuplent le ciel chantent. Le silence est le propre de la mer; le propre de la terre ferme, c'est le cri; le propre du ciel, le chant. Mais l'homme participe des trois: il porte en lui la profondeur de la mer, le fardeau de la terre et les hauteurs du ciel. C'est pourquoi il est aussi silence, cri et chant. Aujourd'hui - ajouterais-je - nous le voyons, il ne reste plus que le cri à l'homme sans transcendance, parce qu'il ne veut plus être que terre et qu'il tente aussi de transformer en sa terre les profondeurs de la mer et les hauteurs du ciel. Or, la véritable liturgie - la liturgie de la communion des saints - lui restitue sa totalité. Elle lui réapprend le silence et le chant en lui ouvrant les profondeurs de la mer et en lui apprenant à voler, à participer de l'être des anges. En élevant le coeur, elle fait à nouveau retentir la mélodie ensevelie. Oui, nous pouvons même dire maintenant, à l'inverse: on reconnaît la véritable liturgie à ce qu'elle nous libère de l'agir ordinaire et nous restitue la profondeur et la hauteur, le silence et le chant. On reconnaît la liturgie authentique à ce qu'elle est cosmique et non fonction du groupe qui célèbre. Elle chante avec les anges, elle se tait avec la profondeur du tout, en attente. C'est ainsi qu'elle libère la terre, qu'elle la sauve ». En conclusion, je dirai que depuis quelques années dans l'Eglise, beaucoup de voix s'élèvent pour parler de la nécessité d'engager un renouveau de la liturgie qui serait à peu près semblable à celui qui fut à l'origine de la réforme promue par Vatican II. Ce renouveau devrait viser à obtenir une "réforme de la réforme", c'est-à-dire une meilleure compréhension de l'authentique esprit de la liturgie. Il s'agit donc de mener à son terme la providentielle réforme de la liturgie que les Pères du Concile avaient commencée mais qui, en pratique, n'a pas toujours été appliquée.

 

"L'introduction à l'esprit de la liturgie", tel était le thème d'une conférence donnée
par Mgr Guido Marini le 14 novembre à Gênes, dans le cadre d'une rencontre
avec les responsables diocésains de la musique liturgique
Source : Osservatore Romano. Trad. DC/APL

  

 

 

«  Il est interdit aux prêtres catholiques de concélébrer l'Eucharistie

avec des prêtres ou des ministres d'Églises ou de communautés ecclésiales

qui n'ont pas la pleine communion avec l'Église catholique » (Canon 908)

Jamais, au cours de son histoire, la réalisation du rite romain n’a fait l’objet de tant de difficultés et de tant de divisions que depuis le Concile Vatican II. Pourquoi ? Pour deux raisons principales et évidentes : - d’abord parce qu’une fausse conception de la liturgie s’est emparée des mentalités occidentales : au nom des libertés individuelles, on a voulu faire de la liturgie un lieu où chacun devait pouvoir s’exprimer librement pour tenter de « se réaliser » sans référence à l’Absolu. - ensuite parce que dans plusieurs pays - et tout particulièrement en France - il se trouve un épiscopat incapable de mesurer le désastre liturgique qui s’étale sous les yeux de tous les croyants, et tout aussi incapable de prendre des mesures claires et efficaces pour redresser la situation. Sur ce point, tous les témoignages concordent parfaitement. Dans la persistance d’un grand silence complice de la part des autorités diocésaines, les messes ont été transformées en « célébrations » au cours desquelles le savoir-faire (ou prétendu savoir-faire) des participants est devenu plus important que le véritable sens de l’Eucharistie tel qu’il est signifié et transmis par la liturgie elle-même. Ce glissement du sens de la liturgie est observable tous les dimanches, en de très nombreuses paroisses, où le savoir-faire propre du célébrant transformé en « animateur » compte plus que le mandat dont il est le dépositaire.

 

 

 

curedarsCette situation nouvelle a fait que, même si au début on n’en a pas eu clairement conscience, c’est un pouvoir purement humain qui s’est substitué au mandat que le prêtre à reçu de l’Eglise ; l’individu s’est arrogé une autorité arbitraire qui s’est substituée au pouvoir qui lui avait été conféré et dont il lui fallait rendre compte. C’est de cette façon qu’a été progressivement abandonnée la structure-exousia de la liturgie, et c’est ainsi que l’essentiel du culte liturgique s’est perdu : aujourd'hui, le rite n’est alors plus qu’un instrument que chacun est libre d’utiliser comme il le souhaite, que chacun modifie selon l’inspiration du moment pour ne plus manifester que son engagement, son altruisme, sa philanthropie, sa sympathie, sa gentillesse, son désir de plaire, son souhait d’être engagé dans la société... Mais ce rite liturgique ainsi modifié - subverti, devrait-on dire - ne transmet plus rien de la foi de l’Eglise. Tout juste exprime-t-il encore un vague christianisme au sens le plus large du terme. A force de baigner dans une constante « a-liturgie », les fidèles - et de nombreux prêtres en premier lieu - ont totalement perdu de vue que l’important dans la célébration de la foi, ce n’est pas que le culte soit organisée de façon sympathique par des gens sympathiques ; car le propre de l’Eglise n’est pas qu’il y ait des gens sympathiques en son sein - ce qui demeure cependant grandement souhaitable, c’est vrai - mais c’est que la liturgie puisse dire les mots du salut et poser les actes du salut dont l’homme a toujours besoin et qu’il sera toujours incapable de se donner à lui-même comme s’il s’agissait de quelque chose venant de lui. Oui, l’essentiel pour la liturgie est qu’elle pose les actes dont l’homme a besoin. Et elle ne peut le faire que si elle n’est pas elle-même aliénée par ceux qui ont reçu de l’Eglise le mandat de la mettre en œuvre. « La liturgie court à l’échec si elle veut concurrencer le show-business. Le curé n’est pas un maître du spectacle et la liturgie n’a rien d’un spectacle de variétés. Elle court également à l’échec si elle se veut une sorte de cercle de loisirs. Peut-être pourra-t-elle développer quelque chose de ce genre dans son prolongement et à partir des rencontres qu’elle aura fait naître. Mais elle-même se doit d’être davantage. Il doit apparaître que s’ouvre ici une dimension de l’existence à laquelle nous aspirons tous secrètement : la présence de ce que nous ne pouvons pas faire, la théophanie, le mystère et, en lui, l’approbation de Dieu qui règne sur l’existence et qui, seule, peut faire qu’elle soit bonne, pour que nous puissions l’accepter et la porter au milieu de toutes les tensions et de toutes les souffrances. Autrement dit, il nous faut trouver un juste milieu entre un ritualisme où le seul acteur d’une liturgie incompréhensible et sans rapport avec les préoccupations des croyants est le prêtre, et une manie de l’intelligibilité qui dissout finalement toute l’action, en en faisant une œuvre purement humaine, en la privant de sa dimension catholique et de l’objectivité du mystère. A travers la communauté des croyants et de ceux qui comprennent dans la foi, la liturgie doit avoir sa propre force d’illumination qui devient aussi, dès lors, appel et espérance pour ceux qui ne croient et ne comprennent pas » (Cf. Cardinal Ratzinger, La célébration de la foi.) Pour ce faire, il est plus qu’urgent de mettre un terme au « confusionnisme » qui a envahit les célébrations et qui fait que n’importe quelle chansonnette équivaut à une pièce grégorienne, que n’importe quelle composition de circonstance équivaut à une pièce de Bach ou de Couperin, que n’importe quelle parole proférée par un célébrant ou un animateur liturgique équivaut à une prière officielle de l’Eglise, que n’importe quelle attitude des ministres de l’Eucharistie équivaut à un rite reconnu par la Tradition. Car là où les valeurs liturgiques transmises par la Tradition authentifiée par le Magistère sont ignorées, bafouées ou gauchies, on désapprend aux fidèles à hiérarchiser et à privilégier. Alors, tout finit par se valoir, et la Beauté tout comme la Vérité se diluent dans l’improvisé et l’épisodique pour n’être plus que des valeurs subjectives incapables de construire autre chose qu’une foi subjectivisée incapable de s’appuyer sur autre chose que des émotions. Or seule la liturgie accomplie comme le veut l’Eglise peut être un « sésame » pour l’intelligence de la foi, un antidote à l’ennui comme au relativisme doctrinal dont on sait aujourd’hui qu’il est la source de tant d’égarements et de confusions dans le monde actuel. Il est certain que la question liturgique est au centre des problèmes auxquels l’Eglise se trouve aujourd’hui confrontée. Dès lors, la liturgie romaine ne peut plus continuer à se présenter comme un moment fugitif, sans cesse en restructuration, sans cesse tiraillé par des groupes de fidèles qui ne cessent d’affirmer n’importe quoi à son sujet faute de l’avoir étudiée sous toutes ses composantes. La liturgie romaine doit redevenir de toute urgence ce bagage éternel capable d’accompagner toute une existence ; elle doit alors non plus se disperser dans les multiples « ajustements pastoraux » qu’on lui faire subir, mais se concentrer sur ce qui fait son essence. Car une liturgie qui cherche sans cesse à plaire sera toujours une liturgie assurée de se perdre dans les mirages du modernisme pour n’instaurer qu’une anomie dont le résultat sera l’ignorance, l’instabilité, le désordre et la division. Ce qu’il nous faut donc retrouver aujourd’hui de toute urgence, ce n’est pas tant une liturgie « invariable » qu’une liturgie « stable » : stable dans son déroulement, dans sa dignité, dans son expressivité, dans ses prières, dans ses chants, dans le comportement de ses acteurs et principalement dans les attitudes des célébrants. Car c’est le prêtre qui, en tant que « président » de la liturgie, donne le ton à la célébration. Or un prêtre qui célèbre selon son humeur, selon ses goûts, selon le dernier « truc à la mode » dans la pastorale locale, n’est pas forcément au diapason de ce qu’est la liturgie pour l’Eglise, c’est-à-dire pour le Peuple de Dieu. Il faut donc retrouver une liturgie qui, pour le temps qu’elle dure, oblige le prêtre et ses assistants à abandonner leur subjectivité, en sorte que ne soit plus manifestée, dans toute sa vérité, que le mystère du Christ.

 

 

Les fidèles que l’on qualifie de « progressistes » et qui, avec la complicité des bureaucraties diocésaines, se sont presque partout emparés des messes paroissiales, ont fini par transformer la liturgie en un espace de libre-expression. C’est une très grave erreur dont on sait très bien - même quand on ne veut pas le dire officiellement - qu’elle est la principale source de la désertification actuelle des églises. Les « conservateurs », quant à eux, se retrouvent dans les lieux où l’on célèbre la liturgie pré-conciliaire car, précisément, ressentant cette nécessité d’avoir une liturgie stable et ne supportant pas - avec raison - la mainmise des « progressistes » sur les rites, ils reprochent à la « messe de Paul VI » d’être une forme liturgique qui refuse la formalité du culte. Pour eux, dans la messe actuelle, tout est « en option » : il s’agit d’une « messe évolutive » construite selon le bon désir du célébrant et de ses « équipes liturgiques » qui choisissent ce qu’ils veulent dans le Missel pour élaborer une sorte de synthèse à caractère liturgique. Et ceci leur est insupportable dans la mesure où il s’agit d’une confiscation du sacré. Cette dernière critique faite à l’encontre du rite romain actuel par les « conservateurs » ne tient pas plus la route que la façon avec laquelle les « progressistes » traitent actuellement la liturgie. En effet, il suffit d’ouvrir le Missel romain actuel pour constater qu’il n’autorise aucune option. Simplement, il autorise davantage que l’ancien Missel certaines adaptations qui peuvent faciliter la tâche de prêtres exerçant leur ministère dans des conditions particulièrement difficile : le curé qui doit célébrer une messe dans un hameau perdu au fond de la Cordillère des Andes et qui s’aperçoit qu’il a oublié d’emporter sa chasuble, n’est pas obligé d’envoyer un e-mail à son évêque pour lui demander l’autorisation (un indult) de pouvoir tout de même célébrer l’Eucharistie... Mais on comprend qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce cas particulier et le cas des nombreux prêtres qui refusent dans nos paroisses de porter les vêtements liturgiques prescrits. Il est donc faux de dire que la liturgie romaine actuelle exige du célébrant qu’il « fabrique » sa messe ou qu’il « élabore » la forme de sa célébration eucharistique. C’est exactement le contraire qui est demandé par toute l’histoire de la liturgie romaine dont le dernier Concile est une étape de plus. Voilà pourquoi il est nécessaire d’apprendre à mettre la liturgie romaine en œuvre dans l’esprit de la Tradition : un esprit de stabilité et de continuité qui s’oppose aussi bien à l’esprit de fixité ou de fluctuation qu’à l’esprit de rupture ou de sclérose. « Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l’assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l’Eglise, qu’il représente par son ministère, mais auquel il doit être subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré comme de son bien propre, en allant jusqu’à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective, mais objectivement c’est toujours trahir l’union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l’unité. Tout prêtre qui offre le saint sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n’est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c’est toute l’Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu’un voulait appeler une telle position « uniformisme », cela prouverait seulement l’ignorance des exigences objectives de l’unité authentique, et ce serait un symptôme d’individualisme dangereux. » (Bx Jean-Paul II, Lettre aux prêtres). Toute l’histoire du rite romain nous montre que les grands problèmes qui ont ébranlé l’Eglise au cours des siècles ont toujours surgi lorsque l’ « individualisme » - sous une forme ou une autre - avait réussi à s’infiltrer dans la liturgie. Or nous sommes à une époque où jamais l’individualisme n’a été aussi fort, aussi puissant, aussi omniprésent. En tout état de cause, il faut bien comprendre que dans une société qui a soif d’absolu mais qui a trop souvent égaré ses repères, notre liturgie romaine, fidèle à l’esprit qui lui a permis de se constituer et de s’affermir tout au long de son histoire, doit veiller à échapper à l’individualisme si elle veut redevenir de marbre et non plus demeurer de sable (cf. Mt. 7, 24-27). 

 

Pro Liturgia

latin« Contrairement à une idée largement répandue, la langue latine reste la langue liturgique de l’Eglise. La concession est pour l’usage de la langue du pays. Dans le but de rendre plus intelligible certains moments de la messe et des autres sacrements, le Concile précise encore que l’usage de la langue vernaculaire pourra être « pour les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants ». Pour le reste, et notamment pour la prière eucharistique, le kyriale et bien sur le chant grégorien, la langue latine est d’usage. On observe à ce propos un paradoxe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise : la langue latine a bien souvent disparu de nos liturgies, et pourtant les jeunes l’entendent de plus en plus dans les grands rassemblements de type JMJ mais aussi à Lourdes pour un public plus large. Cette question paraît anecdotique à beaucoup et pourtant, Benoît XVI, dans « Sacramentum Caritatis » n°62, fait un lien direct entre l’usage d’une langue commune (le latin) et le mystère de l’Eglise, cet usage devenant un moyen concret pour exprimer son unité et son universalité. Nous sommes loin d’une question idéologique. Il est certain que dans les paroisses nous devons réapprendre les principales prières et pièces latines : pensons en particulier au « Gloria », « Credo », « Pater » et « Ave Maria », facilement utilisables et n’altérant pas la compréhension de la liturgie pour les fidèles. D’autres pièces comme le « Veni Creator », le « Veni Sancte Spiritus » ou encore le « Pange lingua » ou « Tantum ergo » sont également à connaître et à réintroduire. La langue latine, loin d’être désuète, est un élément important de l’Eglise romaine. C’est un vrai patrimoine culturel et surtout spirituel. Au cours des siècles, cette langue s’est révélée particulièrement apte à exprimer le sacré, c’est-à-dire à nous mettre en présence de Dieu. » (Père Eric Pichard)

 

Rappelons ici que dans de nombreuses cathédrales ou églises de grandes villes hors de France, la liturgie latine selon la forme « ordinaire » est célébrée régulièrement : les fidèles y sont habitués et y participent d’autant mieux que le clergé local s’est employé à les instruire. C’est bien quand on voyage à l’étranger et qu’on participe à de telles messes véritablement « populaires » qu’on se rend compte que l’Eglise-qui-est-en-France demeure dans sa bulle et est à des années-lumière de ce qui se fait partout ailleurs. Sur cette question du latin, voir « La messe en latin et en grégorien » (éditions Téqui, Paris)

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