La situation actuelle de la liturgie romaine est pour beaucoup de fidèles assez difficile à comprendre. Car on trouve pêle-mêle la liturgie telle que l'Eglise nous demande de la célébrer et la liturgie telle que l'imaginent certains célébrants : entre les deux les différences sont très variables.

 

 

 

1. Les formes légitimes de la liturgie

 

messeritromain.jpgLa liturgie romaine que l'Eglise demande de célébrer se décline sous deux formes légitimes : la forme dite "ordinaire", qui correspond à celle qui a été définie à la suite du concile Vatican II et qui est celle que tout fidèle devrait trouver dans l'ensemble des églises, et la forme "extraordinaire" qui est celle qui a été définie à la suite du concile de Trente au XVIè siècle. Selon les enseignements des Souverains Pontifes qui se sont succédés depuis Vatican II (Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI), la forme "ordinaire" prolonge et complète la forme "extraordinaire"; elle ne peut être comprise et correctement mise en œuvre que dans la mesure où celui qui la célèbre a au fond de lui la conscience que la liturgie témoigne de la continuité de l'Eglise et non d'un instant donné, que cet instant soit marqué par un concile ou par le décret signé d'un pape. Signalons ici ce qui apparait comme les caractéristiques essentielles de chacune des deux formes de l'unique rite romain lorsqu'elles sont chantées (ce qui est la forme "normale" de la liturgie) :

 

- la forme "extraordinaire" se présente comme un assemblage - parfois difficile entre quatre éléments : d'une part le rite liturgique proprement dit et le cérémonial qui l'accompagne et, d'autre part la messe lue au cours de laquelle le célébrant fait tout lui-même et la messe chantée au cours de laquelle certaines prières dites par le célébrant sont aussi chantées par une schola alternant parfois avec l'assistance. Cette forme "extraordinaire" est célébrée en latin et, sauf rares exceptions, le prêtre et l'assistance tournés vers l'Orient ou vers ce qui le symbolise dans le sanctuaire.

 

- la forme "ordinaire" apparait simplifiée en ce sens que ce qui est chanté par la schola n'est pas répété par le célébrant à l'autel. Cette forme peut être célébrée en latin ou dans des langues courantes - pourvu, dans ce dernier cas, que les textes employés soient des traductions approuvées des livres liturgiques originaux en latin - et elle peut être célébrée par un prêtre faisant face à l'assemblée.

 

Pour résumer, disons que le rite romain dans sa forme "extraordinaire" est célébré en latin versus orientem et que dans sa forme "ordinaire" il est célébré en latin ou en langue courante, versus orientem ou versus populum. Ceci dit, la réalité est tout autre, particulièrement en France.

 

 


 

2. La réalité liturgique en France

 

a) Pour ce qui est de la forme "extraordinaire"

 

Le Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI dit clairement que les fidèles qui le souhaitent peuvent participer à la messe célébrée dans sa "forme extraordinaire", à condition de ne pas faire de cette forme un argument dirigé contre Vatican II et la restauration liturgique qui en est issue. Or, en France, tous les prétextes sont bons pour ne pas tenir compte du droit des fidèles à bénéficier de cette forme et ne pas appliquer Summorum pontificum. D'un autre côté, il est vrai aussi que certains de ceux qui souhaitent la forme "extraordinaire" de la liturgie se constituent parfois en "chapelles" dirigées par des fidèles dont les comportement identitaires marqués tendent à exclure celui ou celle qui ne partage pas toutes les convictions du groupe.

 

 

b) Pour ce qui est de la forme "ordinaire"

 

Les enseignements magistériels disent très clairement qu'aucun prêtre ne peut se considérer comme un propriétaire de la liturgie : la forme "ordinaire" du rite romain doit donc respecter ce que l'Eglise a prévu et non ce que tel ou tel célébrant souhaite ou impose à une assemblée. Or, cette disposition essentielle est totalement ignorée de la grande majorité des prêtres et des fidèles laïcs. Résultat : la liturgie restaurée à la suite de Vatican II demeure totalement inconnue (sauf rares exceptions) et dans les paroisses - cathédrales y compris - elle est aujourd'hui remplacée par des cérémonies qui n'ont conservé du rite romain que la trame mais qui n'en ont plus ni la logique, ni la cohérence interne, ni même la dignité capable d'exprimer le sacré. Quant à l'expression latine et grégorienne de cette forme "ordinaire", telle qu'elle était expressément voulue par le concile Vatican II (comme l'a rappelé Benoît XVI dans l'Exhortation Sacramentum caritatis), elle a été refusée dans les paroisses. Il faut préciser ici que cette volonté d'éradiquer le latin s'inscrivait dans un plan plus vaste de désacralisation et de banalisation de la liturgie : tandis qu'on finissait de faire basculer le rite romain du tout latin au tout français, on remplaçait les autels par des tables ou des caisses, on abandonnait le port des vêtements liturgiques prescrits et l'usage des vases sacrés, on supprimait le service d'autel assuré traditionnellement pas des enfants de choeur, on remplaçait les orgues et les harmoniums par des synthétiseurs et des guitares, on liquidait les chorales paroissiales entières afin de mettre à leur place une personne chargée de chanter dans un micro pour "animer" la messe.

 

 

c) Ce à quoi ont droit les fidèles.

 

Très concrètement, le fidèle qui, le dimanche, veut participer en paroisse à la liturgie de l'Eglise, a le choix entre la forme "extraordinaire" du rite romain - s'il la trouve près de chez lui - ou... rien. Car, répétons-le : ce qui se fait dans les églises paroissiales ne ressemble que de loin - parfois même de très loin ! - à la forme "ordinaire". Le résultat d'un demi-siècle de dérives liturgiques cautionnées par un épiscopat français qui avait choisi (par son silence) d'accepter même l'inacceptable, est aujourd'hui sous nos yeux : la messe dite "de Paul VI" est quasiment inexistante. Elle est même totalement inexistante telle qu'elle était prévue par le Concile et telle qu'elle est toujours prévue par le missel romain actuel : en latin/grégorien et versus orientem. On a tout fait pour que le rite romain soit effacé de la "mémoire liturgique" des fidèles : pressions exercées sur les prêtres qui le célébraient sans le déformer, discrédit jeté sur les fidèles qui le demandaient, limogeage des organistes et des maîtres de choeurs qui le respectaient, renvoi des séminaristes qui s'y tenaient, interdiction de l'enseigner dans les séminaires et les maisons religieuses, nomination à la tête des commissions liturgiques diocésaines de prêtres et de laïcs gagnés aux idées les plus anti-liturgiques etc.

 

 

 


3. Des espoirs... et des difficultéS

 

Pourtant, certaines choses sont en train de changer... doucement, trop doucement même. Comment ? Il y a d'abord les enseignements du pape Benoît XVI : il dit tout haut ce que, durant des années, on n'avait pas le droit de dire. A savoir que la liturgie a été déformée par ceux qui ont fait dire au concile Vatican II ce qu'il n'avait jamais voulu dire. Or quand le pape parle, on l'entend. A moins de rester obstinément sourd... Il y a ensuite une nouvelle génération de prêtres qui a elle-même souffert du marasme liturgique généralisé en France. Cette génération a souvent pris le temps de lire et d'étudier Vatican II et elle s'est rendue compte que ce que les aînés avaient imposé dans les paroisses au nom du Concile... n'était pas le Concile tel que l'Eglise l'avait conçu. Certes, ces "nouveaux prêtres" connaissent souvent mal la liturgie : on ne la leur a jamais apprise et ils ne l'ont jamais vue en paroisse. Ils souffrent donc d'un défaut de transmission et il leur faut tout redécouvrir. Souvent, ils ne connaissent la forme "ordinaire" du rite romain que parce qu'ils l'ont vue dans tel ou tel monastère... Mais un monastère n'est pas une paroisse et l'on ne peut pas obliger des fidèles laïcs à faire comme font les moines. Cependant l'esprit de la liturgie monastique peut servir d'assise à une solide pastorale paroissiale en sorte que le fidèle qui participe à la messe dans son église ne se sente pas déboussolé lorsqu'il assistera, à l'occasion, à une messe conventuelle célébrée strictement comme le demande l'Eglise, éventuellement en latin et grégorien. Il faut bien voir que cette nouvelle génération de prêtre, ouvertement "catholique et romaine", désireuse de réinsérer progressivement du latin et du grégorien dans les messes paroissiales, est souvent celle qui inquiète le plus les clercs appartenant à la génération des "démolisseurs de la liturgie", ceux de la "génération 68". Elle inquiète bien plus les establishments diocésains que les fidèles réclamant la forme "extraordinaire" du rite romain, lesquels demeurant généralement minoritaires, ne perturbent pas ceux qui s'emploient depuis des années à déstructurer la liturgie jusqu'à lui faire perdre son sens véritable. La preuve que ces nouveaux prêtres dérangent, c'est que lorsque l'un d'eux célèbre dignement la messe dite "de Paul VI" en français, mais sans la déformer et en y introduisant quelques pièces grégoriennes, il provoque déjà des remous au sein du clergé local, alors que ce même clergé local ne trouvera souvent rien à redire si un groupe de fidèles de sensibilité "traditionnelle" demande à disposer d'une chapelle ou d'un créneau horaire pour célébrer la forme "extraordinaire" du rite romain. Il y a enfin les difficultés qui proviennent de fidèles auxquels on a répété durant des années que depuis Vatican II, la messe devait obligatoirement être célébrée en français et "face au peuple" pour que "le peuple puisse comprendre et voir". Ces fidèles-là, dont certains ont profité de la désacralisation planifiée pour faire de la liturgie leur "pré carré" (animateurs, membres d'E.A.P....) ne comprennent pas et ne supportent pas que des jeunes prêtres puissent consacrer une partie de leur ministère à rétablir tout ce qu'eux se sont employés à faire disparaître au nom de Vatican II. Il y a donc, chez les "anciens" et chez les "nouveaux" deux visions de la liturgie qui s'affrontent... parfois même sans grande charité de la part de ceux qui parlent le plus de "tolérance" et d' "ouverture". Encore que le respect de la liturgie ne soit ni une question de "tolérance" ni une question d' "ouverture" mais plutôt une question de "vérité" et de "fidélité". En effet : la liturgie étant l'expression de la foi de l'Eglise, soumettre les célébrations à des questions de "tolérance" conforterait l'idée que tout peut se négocier en matière doctrinale, sur la base de rapports de force favorables ou défavorables.

 

 


 

CONCLUSION

 

Dans le brouillard liturgique actuel, tel qu'il a couvert la grande majorité des paroisses de France, on peut tout de même distinguer un élément caractéristique : celui d'une opposition sourde entre un clergé "à la française" qui a pris appui sur le Concile mal compris pour favoriser l'émergence d'un christianisme "gallicano-social"  privé de fondements doctrinaux solides, et un clergé "à la romaine" s'attachant à montrer aux fidèles que l' "Eglise en France" ne saura être viable et crédible que si elle manifeste son lien - et quel lien pourrait être plus solide et parlant que celui de la liturgie ? - avec chacun des papes qui ont succédé à l'Apôtre Pierre. Pour le clergé "à la française" qui souvent n'a pas bénéficié d'une solide formation théologique et pastorale, la liturgie n'est conforme aux enseignements de Vatican II que si elle est célébrée en français, "face au peuple", selon des modalités et des artifices dits "pastoraux" qui peuvent la déformer à l'infini en fonction des prêtres et des assistances. On a vu que cette façon de comprendre la liturgie doit être abandonnée en ce qu'elle contredit ouvertement les enseignements de l'Eglise. Pour le clergé "à la romaine", il est impératif de débarrasser les paroisses des célébrations approximatives afin de pouvoir redonner progressivement aux fidèles l'authentique liturgie romaine de l'Eglise, laquelle peut être célébrée soit sous sa forme "extraordinaire" en latin, soit sous sa forme "ordinaire" en latin ou en français, mais toujours en respectant les indications données par le missel et en soignant tout particulièrement la mise en oeuvre des rites. La tâche est ardue et prendra probablement plusieurs générations puisqu'il faut définitivement abandonner ce qui s'est fait jusqu'à présent et procéder à une nouvelle initiation de fidèles qui ont été introduits dans une vision passablement erronée de la liturgie.

 

Pro Liturgia

- "La réforme liturgique a été mise en oeuvre très rapidement. Il y avait d'excellentes intentions et une volonté d'appliquer Vatican II. Mais il y a eu de la précipitation. On ne s'est pas donné assez de temps et d'espace pour accueillir et intérioriser les leçons du Concile; tout d'un coup, on a changé la façon de célébrer.(...)"


 

- "Ce que je vois comme absolument nécessaire et urgent, selon ce que veut le pape, c'est de donner naissance à un nouveau mouvement liturgique, clair et vigoureux, dans l'Église tout entière. Parce que, comme l'explique Benoît XVI dans le premier volume de son Opera Omnia, dans le rapport avec la liturgie se décide le sort de la foi et de l'Eglise. (...)"


 

- "(...) il doit n'y avoir aucun doute sur la bonté du renouveau liturgique conciliaire qui a apporté de grands bénéfices dans la vie de l'Église, comme la participation plus consciente et plus active des fidèles, et une présence enrichie de la Sainte Écriture. Mais en dehors de ceux-ci et d'autres avantages, il y a eu des ombres, qui ont émergé dans les années après le concile Vatican II : la liturgie, c'est un fait, a été "blessée" par des déformations arbitraires, causées aussi par la sécularisation qui frappe malheureusement à l'intérieur de l'Eglise. Par conséquent, dans de nombreuses célébrations, ce n'est plus Dieu qui est au centre, mais l'homme, son action créatrice, le rôle principal donné à l'assemblée. (...)"


 

- "Ceux qui pensent que faire revivre, rétablir et renforcer l'esprit de la liturgie, et la vérité de la célébration, est un simple retour à un passé obsolète, ignorent la vérité des choses. Placer la liturgie au centre de la vie de l'Eglise n'est pas du tout nostalgique, mais est plutôt la garantie d'être en chemin vers l'avenir."


 

- "Le pape demande donc à notre Congrégation [pour le Culte divin] de promouvoir le renouveau en conformité avec Vatican II, en accord avec la tradition liturgique de l'Eglise (...). Et pour ce faire nous devons surmonter la tendance à "geler" l'état actuel de la réforme post-conciliaire, d'une manière qui ne rende pas justice au développement organique de la liturgie de l'Eglise. (...) Cela nécessite une instruction adéquate et ample, vigilance et fidélité dans les rites et une authentique éducation, afin de les vivre pleinement. Cet engagement sera accompagné par la révision et l'actualisation des textes d'introduction aux différentes célébrations. (...)"


 

- "Le nouveau mouvement liturgique devra faire découvrir la beauté de la liturgie. Pour cela, nous allons ouvrir une nouvelle section de notre Congrégation dédiée à "L'art et la musique sacrée" au service de la liturgie. Cela permettra d'offrir dès que possible des critères et des lignes directrices pour l'art, le chant et la musique sacrés. De même, nous souhaitons offrir dès que possible des critères et des lignes directrices pour la prédication."


 

- "Dans tous les cas, il faut que chacun prenne conscience de la nécessité, non seulement des droits des fidèles, mais aussi du droit de Dieu."

 


- "La beauté [en liturgie] est fondamentale, mais c'est quelque chose de bien différent d'un esthétisme vide, formel et stérile, dans lequel elle tombe parfois. Il y a un risque de croire que la beauté et la sacralité de la liturgie dépendent de la richesse des ornements, ou de l'ancienneté des parements. Il faut une bonne formation et une bonne catéchèse fondée sur le Catéchisme de l'Eglise catholique, évitant aussi le risque inverse, celui de la banalisation, et agissant avec décision et énergie lors de l'utilisation de coutumes qui ont eu leur signification dans le passé mais ne l'ont plus aujourd'hui, ou n'aident en aucune façon la vérité de la célébration."


 

- "Nous devons donner une impulsion à l'adoration eucharistique, renouveler et améliorer le chant liturgique, cultiver le silence, donner plus de place à la méditation. De là viendront les changements."

 

Source : Benoît et moi

Mgr Nicola Bux est consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, de la Congrégation pour le Culte Divin, du Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife, et professeur de liturgie et de théologie sacramentaire à l'Institut de théologie de Bari (I). En 2010, il a publié un ouvrage au titre significatif : "Come andare a Mesa et non perdere la fede" - comment aller à la Messe et ne pas perdre la foi... ou encore : comment ne pas perdre la foi quand on va à la messe -. C'est une question d'actualité tant il est vrai qu'il arrive que des fidèles, après avoir assisté à certaines célébrations eucharistiques, en viennent à se demander s'il faut encore croire en quelque chose... Le livre de Mgr Bux vient d'être traduit en français pour être publié par les éditions Artège sous le titre : "La foi au risque des liturgies". Le propos de l'Auteur est clair : « Il faut rétablir le droit de Dieu à être adoré à la manière qu'il indique lui-même et inverser la dangereuse tendance actuelle à multiplier les rites contingents qui ne répondent qu'aux besoins de l'homme ou de l'assemblée ». Concrètement, dans 99% des paroisses de France... tout est à revoir, comme va le montrer Mgr Bux au fil de ses pages.

 

 

 


buxbenoitDans le premier chapitre, l'Auteur montre que la liturgie souffre d'un mal qui se communique aux fidèles : nos célébrations « ne manifestent plus la foi en la permanence de la présence divine » : près des autels, l'importance désormais donnée aux sièges des célébrants a fait perdre de vue que c'est l'action de la grâce sacramentelle qui est première. Ce qui fait que de nombreux prêtres, confondant liturgie et catéchèse, en viennent à penser qu'ils sont la figure principale d'une liturgie qui perdrait son efficacité s'ils ne prenaient pas soin de l'expliquer. Cette inversion du sens de la liturgie est-elle imputable au Concile Vatican II ? Non, répond clairement Mgr Bux. Elle est le fait de ceux qui, dans un climat d'euphorie post-conciliaire généralisée, on prétendu améliorer les célébrations en y introduisant, comme autant d'abus, leurs façons de voir et de comprendre la liturgie. D'où l'urgence de corriger nombre de pratiques actuelles issues de ces prétendues "améliorations" qui, comme on le constate, ont eu partout des résultats inverses de ceux qu'elles se proposaient d'obtenir.

 


Dans le chapitre 2, Mgr Bux explique ce que la liturgie... ne doit pas être : elle ne doit pas être le fruit de nos manipulations. Or la "manipulation" de la liturgie est bien ce qui caractérise les célébrations actuelles : elle est le fait d'un état d'anarchie dans lequel les groupes de fidèles n'écoutent plus les prêtres, qui eux-mêmes n'écoutent plus les évêques, qui eux-mêmes n'écoutent plus le Souverain Pontife et ne suivent plus les documents émanant du Siège apostolique. Citant ici le Cardinal Ratzinger, Mgr Bux souligne que « la manière dont le culte doit être rendu n'est pas matière à compromis : la liturgie tire sa mesure et son ordonnance de Dieu même et de sa révélation ». Il y a donc une désobéissance quasi généralisée qui est le fruit de la méconnaissance de l'histoire et de la signification théologique du rite, de l'obsession de la nouveauté, de la défiance de la capacité de parler à l'homme par l'intermédiaire de signes, dans le manque de confiance dans l'efficacité du sacrement qui reçoit de Dieu le pouvoir de réaliser ce qu'il signifie. Et cette désobéissance aboutit à une violation des règles liturgiques qui se fait sous couvert d'un terme passe-partout jeté à la figure de tout fidèle qui refuse les excentricités de tel ou tel célébrant : la "pastorale". Pour Mgr Bux, il est urgent de contrecarrer les effets de cette pastorale dévastatrice en redonnant à la liturgie romaine ses deux caractéristiques principales exaltées par Vatican II : la sobriété et la noblesse. Deux qualités qui doivent s'équilibrer l'une l'autre. « C'est à ces caractéristiques - écrit l'Auteur - que l'on reconnait l'authentique rite romain lorsqu'il n'est pas étouffé par des innovations introduites dans un "rituel" propre à des mouvements ou communautés nouvelles; ou encore par un quelconque "directoire et normes pour les acolytes et les lecteurs" déviant et erroné bien qu'approuvé par un organisme liturgique diocésain ». Quelles sont les innovations abusivement introduites dans le rite romain ? Mgr Bux en fournit une petite liste dans laquelle chaque fidèle pourra reconnaître ce qui affecte habituellement la messe paroissiale à laquelle il lui est donné d'assister : « inflation incontrôlée de commentaires, réduction à la portion congrue de la liturgie eucharistique, diffusion du personnalisme liturgique et manipulation des rites, substitution des rites et des lectures liturgiques afin de "personnaliser" les célébrations, ministres extraordinaires de la communion qui finissent par devenir des ministres ordinaires au point de remplacer le célébrant, communion des laïcs en self-service, récitation totale ou même partielle de la prière eucharistique par les fidèles, usage arbitraire des vêtements liturgiques : chasuble sans étole, étole sans chasuble, étole sur la chasuble, étole sur et sous la chasuble, célébration sans chasuble et sans étole... etc ». Et Mgr Bux de conclure : « Les évêques ne devraient pas tolérer de tels abus. Le Seigneur a, en effet, confié aux Apôtres et à l'Eglise, la garde du Saint Sacrement en même temps que celle de la foi. Si chaque célébration eucharistique dans un diocèse est faite en communion avec l'évêque et sous son autorité, il a la responsabilité de veiller à ce que les fidèles puissent assister à la messe catholique et non à un show bizarre. Afin d'y veiller, il doit s'assurer de la formation de tous et mettre un terme aux abus ». Ce que ne dit pas ici Mgr Bux - mais il est vrai que son ouvrage ne vise pas directement la France - c'est que dans nos diocèses "hexagonaux", c'est souvent l'évêque lui-même qui est l'auteur des abus liturgiques les plus criants... Mais ceci est un problème spécifique.

 

 

foiaurisquedesliturgiesnicolabuxAu chapitre 3, Mgr Bux évoque les solutions avancées par le pape pour tenter de mettre un terme aux abus liturgiques et pour permettre aux fidèles de retrouver le vrai sens de la messe. Trois grandes pistes sont proposées : 1. « Innover dans la tradition » car « la liturgie appartient à la tradition et ne peut être comprise en dehors d'elle ». C'est dire qu'il faut réapprendre à prier à genoux (en France, on s'est employé à supprimer les agenouilloirs pour faire perdre aux fidèles le goût de la posture spécifique de la prière chrétienne), retrouver l'habitude de la messe célébrée en latin sans pour autant abandonner la pratique de la liturgie en langues vernaculaires; 2. restaurer la discipline dans la musique sacrée en remettant le chant grégorien à l'honneur et en mettant hors du sanctuaire les cantiques « d'un style sentimental vaguement New Age qui a envahi nombre de répertoires nationaux et domine dans les grandes célébrations comme dans nombre de paroisses »; 3. promouvoir un art qui obéit à la tradition, à l'Ecriture et au Magistère pour se faire « ministère de la beauté » et ainsi appuyer la foi.

 

 

Dans le chapitre 4, Mgr Bux entend rappeler à quoi doit ressembler une église : elle est un sanctuaire dans la disposition, parce qu'elle interagit avec la liturgie et donc avec la foi des fidèles, doit être respectueuse de certaines règles. L'église est un temple; elle n'est ni une salle, ni un hall... de gare ! Tour à tour sont décrits plusieurs éléments que l'on trouve dans une église :

- le baptistère, élément du parcours de l'initiation chrétienne, précède l'Eucharistie et y conduit. Selon la tradition, il se situe au nord, c'est-à-dire à gauche lorsque l'église est orientée;

- le confessionnal doit rester le lieu où le fidèle est assuré de trouver la discrétion qui garantit le secret;

- la place réservée aux fidèles doit être distincte de celle réservée aux ministres de la liturgie. Elle n'est donc pas dans le choeur. Elle a une caractéristique : permettre la participation à la liturgie par le recueillement du coeur et du corps, par l'écoute, la louange, l'adoration.

- la place des chantres : elle ne doit pas être dans le presbyterium (le choeur) car il faut éviter l'exhibition des choristes qui détourne les fidèles de la prière; lorsqu'il existe une tribune, c'est là, près de l'orgue, qu'est la place de la chorale; c'est du reste de là qu'elle parvient le mieux à entraîner le chant de l'assemblée.

- les images qui représentent les saints et les anges, nous présentent la "famille de Dieu". Leur but est de favoriser la contemplation; aussi est-il bien de les répartir harmonieusement dans toute l'église et non de les rassembler dans des chapelles latérales.

- l'ambon désigne un espace, généralement un peu surélevé, distinct de l'autel, vers lequel les fidèles se tournent pour écouter la Parole de Dieu proclamée.

- le presbyterium - ou sanctuaire - est l'espace élevé, séparé de la nef de l'église, dans lequel se déroulent les rites liturgiques. Une balustrade est nécessaire pour séparer le presbyterium de la nef : elle délimite le lieu de la présence de Dieu et, en séparant l'espace réservé au clergé, montre que les ministres chargés de la liturgie sont choisis par le Seigneur lui-même pour être admis à son service. La distance qui sépare les fidèles de l'autel marque une distinction qui permet la relation entre Dieu et son peuple. Mgr Bux rappelle certains discours post-conciliaires malheureux qui enseignaient que la balustrade empéchait la participation de l'assemblée à la liturgie; mais là où l'on a ôté ces balustrades on a dû placer, pour éviter les entrées intempestives des visiteurs dans le choeur des églises, des plots et des cordons qui font penser à un musée plutôt qu'à un lieu sacré.

- le siège doit être placé de telle façon à ce que le célébrant ne tourne pas le dos au tabernacle.

- l'autel, qui est le lieu le plus saint, ne doit pas être posé directement sur le sol mais doit être élevé de quelques degrés pour rappeler le Golgotha, lieu du Sacrifice du Seigneur. Il ne doit pas faire penser à une table et ne doit pas être obligatoirement prévu pour célébrer "face au peuple" puisque la liturgie restaurée à la suite de Vatican II prévoit que le prêtre puisse célébrer versus orientem de l'offertoire à la communion. Une possibilité à exploiter bien plus que cela n'a été fait jusqu'à présent.

- la croix étant "l'échelle qui conduit au Paradis", elle doit être bien visible, si possible au centre de l'autel pour que les fidèles puissent se rendre compte que c'est le Christ qui est au centre de l'action liturgique et non le célébrant.

- le tabernacle a souvent été placé dans un lieu secondaire, parfois difficile à trouver, ce qui a eu pour conséquence d'estomper la vérité de foi qui affirme que le Seigneur est toujours présent dans son Eglise. Pour corriger cette erreur, Mgr Bux formule une proposition : « il serait opportun que les prêtres qui ont la charge de l'aménagement des églises remettent le tabernacle au centre du presbyterium, déplaçant le siège du célébrant lorsqu'il s'y trouve, mais surtout qu'ils déplacent ce siège lorsqu'il se trouve placé devant le tabernacle. De cette manière, la foi dans la Présence réelle ne pourra qu'être encouragée, les prêtres gagneront en humilité, et le Seigneur aura la place qui lui convient ».

 

 

Au chapitre 5, Mgr Bux propose un très rapide survol de l'histoire de la messe. Sont évoqués son histoire et les principales réformes dont elle a été l'objet jusqu'au concile Vatican II dont la Constitution Sacrosanctum Concilium, pour être correctement comprise et appliquée, doit être lue à la lumière de la tradition. La figure et le rôle du prêtre sont aussi évoqués. L'Auteur souligne que « le prêtre dirige et gouverne la communauté ecclésiale seulement dans la mesure où il est en communion avec son évêque et avec le Pape. Il doit refuser la confusion théologique, respecter la piété populaire, se garder des abus liturgiques qui n'ont pour conséquence que d'éloigner les fidèles de l'Eglise et de favoriser la diffusion de nouveaux mouvements religieux ou magiques. Il lui faut garder à l'esprit que la Gloire de Dieu ne coïncide pas toujours avec les différentes aspirations humaines, que le culte, lorsqu'il se referme sur la communauté, ne permet plus de s'approcher de Dieu mais la met à sa place, au centre de la liturgie », ce qui n'est d'aucun intérêt comme on sait. Lorsqu'il célèbre la liturgie, le prêtre doit le faire avec humilité, se souvenant toujours qu'il dit les paroles et fait les gestes d'un Autre, qu'il collabore à une oeuvre qui l'a précédé et le dépasse.

 

 

Le chapitre 6 est le plus long : plus de 60 pages. Mgr Bux y développe une catéchèse sur la messe, "sacrement de la Passion du Seigneur" en évoquant les différentes parties qui constituent la célébration eucharistique.

 

 

Dans le chapitre 7 est abordée la question de la "participation" à la messe. Celle-ci se réalise surtout par la prière et l'adoration. Malheureusement, « la mise en avant des "acteurs" de la liturgie a fini par ramener les fidèles au rôle de simples spectateurs de la liturgie qui est devenue une mise en scène dans laquelle s'exhibent prêtres et ministres ». Quant à la participation "active", elle ne consiste pas tant à faire quelque chose qu'à obéir et à servir afin de pouvoir prendre part au don que nous fait le Christ sur la croix. La dernière partie est constituée par quelques conseils donnés aux prêtres qui doivent prêcher : il est conseillé, entre autres choses, d'abandonner les termes en "-ion" qui n'expriment que des concepts vagues souvent éloignés de la vie, d'abandonner le "nous" impersonnel pour le remplacer par le "je" qui engage celui qui parle, de savoir employer une certaine "dramatisation" qui peut pousser l'auditeur à agir. L'étude de Mgr Bux se situe totalement dans ce courant initié par Vatican II et que Benoît XVI souhaite relancer afin de permettre à tous les fidèles de redécouvrir le sens authentique de la liturgie de l'Eglise. "La foi au risque des liturgies" (Ed. Artège, 18 euros) : un ouvrage qu'il faut absolument lire et offrir aux prêtres, qu'ils soient "simples" curés de paroisses ou évêques. Il ne pourra que leur rendre un très précieux service dont les fruits seront goûtés par un grand nombre.

 

Pro Liturgia

On sait que la systématisation des célébrations « face au peuple » n’a ni rendu le sens de la liturgie eucharistique plus clair pour les fidèles, ni aboutit partout à des aménagements harmonieux de l’espace liturgique. Loin s’en faut. Il y a même, dans nombre d’églises, des choses assez laides auxquelles, malheureusement, les fidèles semblent à présent habitués. On sait aussi que le Pape Benoît XVI aimerait que soit remise à l’honneur, au moins de temps en temps, la messe célébrée « face à l’Orient » ou face à l’abside symbolisant l’Orient et rappelant l’attente de la parousie du Seigneur proclamée au cours de chaque Eucharistie après la consécration. Mais la « vraie » question est-elle celle de la messe « face au peuple » opposée à la messe « dos au peuple » ? Non. La « vraie » question, la seule qui vaille, est celle de la relation entre le prêtre et les fidèles comme participants associés d’une seule célébration qui soit proprement « liturgique » c’est-à-dire capable de faire naître le désir d’être en communion avec le Seigneur. C’est à ce niveau-là qu’il faut replacer la question de la position du célébrant par rapport à l’assemblée :

 

 

 

http://img.over-blog.com/480x210/0/21/41/34/r-pertoire-2/medium3.jpgDisons-le tout de suite pour dissiper un malentendu : l’autel « face au peuple », tel qu’il apparait dans presque toutes les églises, n’a rien de « traditionnel » et n’a jamais été voulu par le Concile. La dernière édition du Missel romain (toujours introuvable dans sa version française !) n’en parle pas et ne décrit les rites à accomplir que dans la perspective d’une Messe célébrée « versus orientem ». Quant aux autels aux formes biscornues et aux couleurs acidulées que l’on voit aujourd’hui apparaitre dans certaines églises, ils sont proprement anti-liturgiques… en plus d’être d’une facture et d’un goût douteux qui les feront très vite passer de mode. La messe « face au peuple » est une particularité des basiliques romaines. Mais cette façon de célébrer n’a jamais été envisagée pour que le peuple soit davantage uni au célébrant ou pour que la liturgie puisse être mieux perçue par l’assemblée. La notion de « liturgie spectacle » ou de célébrant « showmaster » a toujours été étrangère à la mentalité chrétienne laquelle insistait plutôt sur l’idée de participation à une action commune (au point que, soulignons-le ici, les Luthériens eux-mêmes ont généralement conservé l’autel « versus orientem »).

 

Si l’on voit comment se déroulent aujourd’hui la quasi totalité des messes paroissiales, on voit que dans les assemblées paroissiales, l’autel « face au peuple » conduit généralement à favoriser un schéma liturgique produisant exactement le contraire de ce à quoi on voulait aboutir immédiatement après le Concile. On souhaitait des célébrations plus « communautaire » et l’on a abouti à des liturgies où le peuple et les ministres de l’autel forment deux « communautés » séparées se faisant face et donc se confrontant, et où l’action est réservée à la « communauté cléricale » se donnant en spectacle à une assemblée obligée d’assister à un spectacle dont la médiocrité divertit, agace, entrave ou parfois même interdit la prière du cœur. En même temps qu’elle déconcentre le célébrant. Car trop souvent, il est vrai, les célébrants inconditionnels du « face au peuple » et peu formés à la liturgie - ils sont la majorité dans l’Église en France - sont ceux pour lesquels la célébration eucharistique est l’occasion de se mettre en scène, comme le montrent leurs attitudes à l’autel : oraisons adressées à Dieu mais dites en balayant l’assemblée du regard, gestuelle grandiloquente comme pour montrer que l’efficacité de la liturgie dépend de la conviction du célébrant, réduction de tout ce qui pourrait évoquer et souligner le caractère sacré du rite, abandon du souci de perfection au profit d’une désinvolture se voulant signe de spontanéité et donc d’authenticité… etc.

 

Dans ces conditions, la célébration « face au peuple » ne peut que conduire à adopter des comportements qui sont en totale contradiction avec la liturgie. Et l’on comprend d’autant mieux que Benoît XVI veuille rendre les fidèles attentifs à ce qu’ils peuvent percevoir et comprendre de la liturgie selon qu’elle est célébrée, dans certains contextes et par certains célébrants, « versus populum » ou « versus orientem ».

 

Pro Liturgia

« Depuis le concile de Nicée (325), Pâques est le « jour du Seigneur » par excellence, le dimanche qui domine tous les autres dimanches de l'année. (…) Le dimanche constitue donc une célébration sans cesse récurrente de la Résurrection du Christ, une Pâque hebdomadaire. Il n'est donc pas étonnant que la célébration pascale, où l’on bénit l’eau qui va servir aux baptêmes et où on asperge les fidèles déjà baptisés en souvenir de leur propre baptême ait influencé fortement la célébration du dimanche. La bénédiction et l'aspersion des eaux baptismales de la grande et sainte nuit de Pâques devinrent l'exemplaire de la bénédiction de l'eau et de l'aspersion le dimanche. Les origines de l’aspersion dominicale remontent au VIIIème siècle, ce fut d’abord un usage des monastères : on avait coutume d’asperger à l’eau bénite les moines et le peuple, l’église et le monastère. La cérémonie monastique fut codifiée pour les églises ‘séculières’ par Hincmar de Reims (+ 882). Dans certains diocèses, la procession de l’aspersion sortait de l’église et allait jusqu’à visiter le cimetière. (…) L’Aspersion de l’assemblée à l’eau bénite est avant tout un rite de purification qui rappelle la purification par excellence du saint baptême auquel elle se rattache si étroitement. C’est d’ailleurs pour cela que l’antienne est différente pendant le temps de Pâques (du dimanche de Pâques à celui de la Pentecôte) et que l’antienne de ce temps fait directement allusion à l’eau du baptême qui jaillit du Nouveau Temple, le Christ, par sa blessure au côté, cette eau purificatrice qui nous rend à la vie par la mort du Christ. Le prêtre asperge en premier lieu l’autel, lui-même (en traçant un signe de croix avec le goupillon sur son front), et enfin l’assemblée.

 

Pendant le reste de l’année, l’aspersion prend un côté plus pénitentiel par l’usage du Psaume 50, mais rappelle toujours le baptême par l’allusion aux aubes blanches des nouveaux baptisés. L’oraison qui suit n’est pas un simple appel à la protection de l’ange gardien de la paroisse, comme on pourrait le croire à une première lecture trop rapide ! Elle est au contraire un  rappel direct de la Pâque Juive, la préservation des Hébreux dont les portes étaient teintes du sang de l’agneau pascal. En effet, au sortir d’Égypte (cf : Exode 12) toutes les familles juives sur l’ordre de Moïse immolèrent un agneau : de son sang, elles marquèrent le seuil et les linteaux de leurs portes pour que l’Ange exterminateur, chargé de mettre à mort le fils aîné de chaque famille égyptienne, passât outre sans leur faire de tort. Et après avoir mangé l’agneau avec des pains azymes, car le temps avait manqué pour faire lever la pâte, les Hébreux partirent en hâte vers le désert. C’est ce qu’on appelle la Pâque, ou le Passage, qui désigne pour le peuple de Dieu sa préservation des coups de la justice divine, sa libération du joug de pharaon et sa marche vers la terre promise. « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Luc 22, 15) dit Notre-Seigneur aux apôtres. Substituée à la Pâque juive, la Messe est la Pâque chrétienne : le gage permanent de l’amour de Notre-Seigneur pour son Église. Avant d’offrir à nouveau le Sacrifice unique du Fils de Dieu par la Messe, les Chrétiens, par cette prière finale de l’aspersion du dimanche, appellent en ce jour du Seigneur et de sa Résurrection, la protection de l’Ange. Toute la cour céleste est réunie avec les fidèles de l’Église militante à chaque Messe, et tout particulièrement chaque dimanche, Pâque hebdomadaire. »

  

Extrait d’un article du Bulletin « la Barrette de St-Pierre des Latins » des membres de la

Communauté "Summorum Pontificum" du Diocèse de Nancy et de Toul – Mai 2011

caliceAu moment où notre Pape Benoît XVI annonce l’ouverture d’une « Année de la Foi » à l’occasion, l’an prochain, du 50e anniversaire de Vatican II, est-il encore nécessaire de rappeler que la situation de la liturgie « source et sommet de la vie de l’Eglise » (Cf. Sacrosanctum Concilium) est devenue bien plus que dramatique dans les diocèses de France ? Nous le savons tous : il suffit d’assister à une Messe dans une paroisse pour constater à quel point les pratiquants sont privés de célébrations de qualités, fidèles au Missel romain, qui soient un vrai « reflet de la liturgie céleste » (Cf. Const. Sacrosanctum Concilium) ; à quel point ils sont privés de beauté, sont privés de cette distinction qui élève l’âme et porte à la contemplation ; sont privés de la mise en œuvre harmonieuse des rites reçus de l’Eglise et qui seuls expriment et communiquent la vraie foi catholique. Plus exactement, les seuls qui ne constatent pas cette réalité sont les experts en pastorale liturgique et les pasteurs de nos diocèses. Responsables - par leurs actions ou par leurs silences - du désastre liturgique, ils refusent obstinément de le reconnaître ; ils nient l’évidence - bien que ne pouvant pas fermer les yeux devant leurs églises vides - et s’accrochent désespérément à leurs pouvoirs comme pour ne pas avoir à répondre des conséquences de leurs initiatives désastreuses devant l’Eglise et peut-être aussi devant eux-mêmes. Combien de fidèles ne ressentent-ils pas aujourd’hui un profond malaise souvent doublé d’un réel agacement, en assistant à toutes ces célébrations paroissiales dont on veut camoufler l’insignifiance à l’aide de commentaires boursouflés, de cantiques ronflants, de mises en scènes ampoulés, de comportements affectés ? Combien de fidèles constatent, mais sans toujours avoir les mots pour le dire, que les liturgies qu’on célèbre en se couvrant abusivement de l’autorité du Concile, sont devenues incapables de leur donner cette riche nourriture spirituelle que l’Eglise entend généreusement dispenser à ses enfants ?

 

N’est-ce pas là une des causes essentielles de l’effondrement de la pratique dominicale et de la chute des vocations sacerdotales et religieuses en France ? Car comment, en effet, des célébrations eucharistiques qui donnent si souvent l’impression d’avoir perdu leur sens et leur vraie raison d’être pourraient-elles être attirantes et capables de produire un désir de donner sa vie pour le Seigneur ? Et combien de fidèles se désespèrent ou se révoltent, ouvertement ou en secret, en constatant que d’une Messe à l’autre on leur demande de jouer des rôles qui ne les concernent pas, de participer à des actions pour lesquelles ils ne se sont pas déplacés, d’accepter d’entendre des chants et des commentaires qui irritent plus qu’ils ne pacifient ? Il faut cependant savoir que l’effondrement de la liturgie n’est pas toujours le fait des « simples » curés de paroisses. Eux sont souvent, comme tous les fidèles, des victimes des « schémas pastoraux » qui ont été voulus et imposés depuis la fin du dernier Concile par des clercs qui se sont autoproclamés « experts » en pastorale liturgique. Comme tous les fidèles, ils ont été pris en otages par des hiérarchies cooptées parmi les militants d’une « Eglise virtuelle » et qui se sont mises en place aussi bien dans les organes de décision que dans des groupes informels pour constituer de véritables « magistères parallèles ». Il est faux de croire que tout les prêtres sont opposés à la vraie liturgie de l’Eglise et ne veulent la célébrer que moyennant des transformations, des adaptations, des retouches... Beaucoup aimeraient respecter le Missel donné par l’Eglise, mais ils ne le peuvent pas ou ne le peuvent plus. Ils ne le peuvent pas parce qu’on les oblige à se plier à des ordres venus d’en-haut et qui correspondent à des orientations pastorales diocésaines soumises à des modes passagères ; ils ne le peuvent plus parce que de réformes en réformes, de sessions de recyclage en session de recyclage, de réunions en réunions... ils ont fini par oublier ce qu’est la liturgie eucharistique et comment elle doit être mise en œuvre.

 

Il faut bien comprendre que la liturgie ne pourra être sauvée et rétablie que si les fidèles s’appuient sur les prêtres qui sont ouvertement du côté du Magistère, qui écoutent le Pape et s’appliquent à suivre son exemple. Compter sur les structures diocésaines pour remettre de l’ordre dans la liturgie ne sert à rien : ceux qui les dirigent ont assez prouvé qu’ils étaient farouchement opposés à la mise en œuvre du Missel romain restauré à la suite du dernier Concile. Et même si certains d’entre eux étaient prêts à reconnaître leurs erreurs, à faire amande honorable, à manifester des intentions louables, ils ne seraient plus capables intellectuellement et spirituellement de mettre en œuvre une nouvelle pastorale aboutissant à ce que toujours et partout la liturgie de l’Eglise soit respectée, dignement célébrée dans des environnements marqués par le sacré. Pour que la liturgie retrouve sa forme, sa dignité, sa beauté, sa capacité d’élever les âmes, il faut faire appel aux prêtres capables de concevoir une pastorale radicalement opposée à celle qui a prévalu jusqu’à présent, et qui soit prêts à proposer un plan de redressement drastique touchant à la formation théologique, pastorale, artistique et catéchétique.

 

Pro Liturgia

Mass3 HolyMass06HD’après le professeur Feulner, professeur de théologie à Vienne, tout prêtre peut célébrer la messe en se tenant devant l’autel et « face à Dieu ».
Lors d’une interview pour le journal « Der Sonntag », il a précisé que « dans aucun document du concile Vatican II, et surtout pas dans la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (1963), il n’est écrit que le prêtre doive célébrer versus populum, c’est-à-dire en faisant face au peuple ». Le professeur Feulner explique que « le document de référence en ce qui concerne les changements à opérer après le concile Vatican II est l’Instruction Inter Oecumenici (1964). » On lit dans ce texte que l’autel devrait, dans la mesure du possible, être placé à distance du mur du fond du chœur, de telle façon que l’on puisse facilement en faire le tour et célébrer face au peuple.
Cette directive, qui était au départ plus un conseil qu’une obligation, a pourtant rapidement conduit à ce que presque partout dans les églises catholiques on a vu fleurir ces autels ramenés au plus près des fidèles dont on a fait, comme le dit Feulner, « la conquête la plus visible » du Concile - bien que cette disposition de l’autel ait eu cours, par endroits, dès avant le Concile -.
Le professeur Feulner rappelle cependant que la Congrégation pour le Culte divin avait dans le même temps précisé qu’il n’y avait aucune obligation à célébrer la messe face au peuple. Il cite même plusieurs rubriques du missel actuel qui supposent, de façon plus ou moins explicite, que la célébration versus Dominum est la règle. Par exemple lorsqu’on lit la rubrique avant l’Orate fratres : « puis debout au milieu de l’autel, tourné vers le peuple, il (le prêtre) dit... »
. De même pour le geste de paix, ou au moment de présenter l’hostie aux fidèles ; et au contraire lorsque le prêtre s’apprête à communier on lit : « tourné vers l’autel... ».
 Lorsqu’on l’interroge sur les raisons qui font que la plupart du temps le prêtre fait aujourd’hui face à l’assemblée des fidèles, le Prof. Feulner répond que cela découle de l’insistance sur l’Eucharistie vue comme un repas, et sur l’invitation faite par le Concile à une « participation active » au déroulement de la célébration. Et il poursuit : « Ce faisant, on oublie toutefois qu’on ne peut opposer dans l’Eucharistie l’aspect repas et l’aspect sacrificiel, que ces notions ne s’excluent pas mutuellement. Tout au contraire, il faut comprendre que le Sacrifice eucharistique s’accomplit partiellement sous la forme d’un repas. »

 

Le théologien viennois nous renvoie alors à la dimension cosmique de la liturgie, et à l’orientation de la prière (ad orientem) : « L’Orient est le symbole du Ressuscité au matin de Pâques, de Celui qui est monté aux Cieux, du Christ qui reviendra à la fin des temps (Mt 24, 27 ; Ap 7, 2) ». 
A la question de savoir si le prêtre a le droit de célébrer en tournant le dos aux fidèles dans le cas où il existe un autel face au peuple, Feulner répond que les deux façons de célébrer sont justifiées : « D’après les règles liturgiques en vigueur actuellement, tout prêtre peut décider de se placer, à partir de l’Offertoire, devant l’autel, même s’il est détaché du mur, et de célébrer versus Dominum, c’est-à-dire orienté de la même façon que la communauté, ce qui correspond à une ancienne tradition chrétienne datant de l’Antiquité. »



 

Pro Liturgia

Combien de nos contemporains sont catholiques pratiquants ? On trouve sur Internet des sondages aptes à satisfaire tous les goûts. Beaucoup de catholiques se revendiquent pratiquants mais ne vont pas à la messe et se contentent de quelques visites dans des sanctuaires ou des lieux de pèlerinage. Il est difficile de mesurer la part de responsabilité d'une liturgie eucharistique dégradée par la négligence des clercs et l'ignorance des fidèles dans cette situation. Mais il est certain que lorsque la messe est ennuyeuse et dépourvue de sens, la pratique diminue (...). A des jeunes qui avaient remandé au recteur d'une basilique la permission de faire célébrer pour leur groupe une messe selon la rite tridentin, autrement appelé la "forme extraordinaire du rite romain", il a été répondu : "Le Pape commande à Rome, ici c'est moi qui commande !". Les jeunes répliquèrent alors : "Vous permettez aux orthodoxes de célébrer leur rite alors qu'ils ne sont pas en pleine communion." Le recteur ne put que leur répliquer : "Vous êtes des réactionnaires." Je me demande aussi (Nicola Bux, NDLR) s'il est acceptable que le délégué épiscopal en charge des questions liturgiques d'un grand diocèse italien puisse affirmer que la chose qui l'agace le plus est la communion à genoux. Ou encore qu'un prêtre puisse dire qu'il ne veut pas qu'un crucifix soit placé sur l'autel. Je pense aussi à ceux qui ont les chasubles romaines en horreur alors qu'elles ont prévalu jusqu'à ce que la chasuble gothique s'impose après le Concile, davantage pour des raisons idéologiques que pratiques. Cette haine envers les chasubles romaines est une haine envers notre histoire, et envers nous-mêmes. Un autre prêtre, en voyant une personne se mettre à genoux dévotement après avoir reçu la communion, s'est mis à genoux devant elle pour la ridiculiser. Cela relève de la pathologie psychiatrique. Et nous n'en somme pas encore au plus scandaleux. Un jour, au terme d'une concélébration, un prêtre consciencieux s'était mis en quête d'un tabernacle afin de recueillir les hosties consacrées en trop grand nombre. Le curé lui dit de les jeter dans une corbeille puisqu'il n'y avait personne pour les voir. Est-il possible qu'un "homme de Dieu" (puisque c'est ainsi que l'on appelait les prêtres autrefois) en puisse arriver à un tel point ? Il y a encore ceux qui soutiennent qu'il ne sert à rien d'imiter le pape dans sa manière de célébrer ! Mais les messes qui sont célébrées dans l'espace latin, de quel rite sont-elles ? Qu'est devenue l'unité du rite dont parle la Constitution conciliaire dur la liturgie (SC 38) ? Peut-on imputer tout cela à la réforme liturgique ? Comment tout cela a-t-il bien pu survenir ? Paul VI disait que "les fumées de Satan sont entrées dans l'Eglise."

 

Benoît XVI insiste sur le fait que le mal vient de l'intérieur même de l'Eglise. Comme il l'a affirmé alors qu'il était encore cardinal, nous vivons une grave crise, en partie imputable à l'effondrement de la liturgie. Lorsqu'on ne croit pas que Jésus est présent dans le Saint Sacrement, qu'il est le Sacré que nous pouvons toucher, alors la liturgie n'est plus "sacrée", n'a plus aucun sens. Vers qui se tourne-t-elle ? Evidemment vers le peuple ! Un observateur français note que "du point de vue liturgique, l'Eglise est un grand malade (...)." La crise de l'Eglise s'enracine dans la crise de la liturgie qui a perdu ses règles, devient le jouet de chacun et oublie le droit de Dieu, le ius divinum. (...) La connaissance de la liturgie par le moyen des rites et des prières, per ritus et preces selon les prescriptions de la première Constitution adoptée par le second concile du Vatican (SC 48) est aujourd'hui remplacée par un flot ininterrompu de paroles. Nombre de prêtres en viennent à penser que les rites qui ne seraient pas expliqués perdraient leur efficacité. C'est ainsi confondre la liturgie et la catéchèse. Nous sommes renvoyés à la banalité (...)"

 

Extrait de "La foi au risque des liturgies", par Mgr Nicola Bux, Ed. Artège, 2011

« La position du prêtre tourné vers le peuple a fait de l’assemblée priante une communauté refermée sur elle-même. Celle-ci n’est plus ouverte ni vers le monde à venir, ni vers le Ciel. La prière en commun vers l’Est ne signifiait pas que la célébration se faisait en direction du mur, ni que le prêtre tournait le dos au peuple – on n’accordait d’ailleurs pas tant d’importance au célébrant. De même que dans la synagogue tous regardaient vers Jérusalem, de même tous ensemble regardaient "vers le Seigneur". Il s’agissait donc, pour reprendre les termes de J. A. Jungmann, un des pères de la Constitution sur la Liturgie de Vatican II, d’une orientation commune du prêtre et du peuple, conscients d’avancer ensemble en procession vers le Seigneur. Ils ne s’enfermaient pas dans un cercle, ne se regardant pas l’un l’autre mais, peuple de Dieu en marche vers l’Orient, ils se tournaient ensemble vers le Christ qui vient à notre rencontre »

 

(cf : "L'Esprit de la liturgie", Cardinal Joseph Ratzinger)

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