« J’ai découvert votre site il y a peu de temps et j’ai été très intéressé par ce que j’ai pu y lire. J’ai 26 ans, je me suis converti il y a 4 ans et j’ai beaucoup souffert des liturgies que j’ai pu voir dans beaucoup (la plupart ?) des paroisses. Des chants terriblement niais, infantilisant, le prêtre qui parle « djeuns » et dit des choses qui semblent parfois en contradiction avec ce qu’enseigne l’Eglise... etc. Un prêtre m’a dit un jour que Vatican II avait abrogé le fait de s’abstenir de communier si on avait conscience d’être en état de pêché.) Tout cela m’a beaucoup perturbé, au point que j’en suis venu à aller à la messe dans la forme « extraordinaire » (offerte par le diocèse). Ce n'est pas spécialement ce que j’aurais voulu, mais c’est le seul moyen pour moi de parvenir à vraiment me recueillir pendant la messe. J’ai cherché longtemps, et il n’y a aucune messe « ordinaire » en latin et au maître-autel dans les paroisses de mon diocèse. Il n’y a pas davantage de messes « ordinaires » en français puisque toutes offrent des particularismes locaux qui éloignent plus ou moins les célébrations des normes données par le missel de l’Eglise. J’ai lu la Constitution sur la liturgie et j’ai été surpris de voir qu’on m’avait bien souvent raconté n’importe quoi sur ce que le Concile avait demandé. J’en arrive à ma question. Existe-t-il un texte officiel qui a demandé à ce qu’on retourne les autels ? A ce que le latin soit purement et simplement banni (un ami prêtre m’a dit que son prédécesseur l’avait fait interdire) ? A ce que plus personne n’entende de grégorien alors qu’il était censé garder la première place ? Je n’ai jamais vu autant de jeunes à la messe que depuis que je vais dans cette paroisse traditionnelle. J’aimerais pouvoir assister à la même messe que celle que le Pape célèbre... mais ça m’est impossible, sans risquer de tout simplement ne plus aller à la messe. Je vous remercie d’avance pour les quelques informations que vous pourrez me donner sur ce sujet. »

 

Voici nos réponses qui se basent sur les enseignements du Concile, sur la Présentation générale du Missel romain et sur le Code de Droit canonique :

 

1. Concernant le latin, il demeure la langue privilégiée de la liturgie romaine et aucun prêtre n’a le droit de refuser qu’une messe soit célébrée dans cette langue ;

2. Concernant le chant grégorien, il doit avoir la première place dans les célébrations et aucun prêtre n’a le droit d’en interdire l’usage ou simplement de se dire défavorable à son emploi ;

3. Concernant le retournement des autels, il n’existe aucun texte obligeant à célébrer « face au peuple » ; le Missel romain actuel - dont la version française contient des erreurs de traduction - prévoit toujours que la liturgie eucharistique puisse être célébrée face à l’Orient ou face à l’abside symbolisant la Lumière venue d’Orient.

 

Pro Liturgia

« Il est nécessaire de rappeler la valeur irremplaçable qu’a pour le prêtre la célébration quotidienne de la Messe, même sans le concours des fidèles. Il la vivra comme le moment central de sa journée et de son ministère quotidien, fruit d’un désir sincère et occasion d’une rencontre profonde et efficace avec le Christ. Il mettra le plus grand soin à la célébrer avec piété et à y appliquer son esprit et son cœur. Dans une culture toujours plus sensible à la communication par les signes et par l’image, le prêtre réservera une attention adéquate à tout ce qui peut rehausser la dignité et le caractère sacré de la célébration eucharistique. Il est important, dans cette célébration, de soigner spécialement la conformité et la propreté du lieu, l’architecture de l’autel et du tabernacle, la noblesse des vases sacrés et des ornements, du chant, de la musique, le silence sacré, etc. Tous ces éléments peuvent contribuer à une meilleure participation au Sacrifice eucharistique. En effet, une attention insuffisante portée aux aspects symboliques de la liturgie, et plus encore, la négligence et la précipitation, la superficialité et le désordre en vident le sens et affaiblissent sa fonction d'accroissement de la foi. Celui qui célèbre mal manifeste la faiblesse de sa foi et n'éduque pas les autres à la foi. En revanche, bien célébrer constitue une première et importante catéchèse sur le Saint Sacrifice. Ainsi le prêtre, tout en mettant au service de la célébration eucharistique ses capacités pour la rendre vivante avec la participation de tous les fidèles, doit s'attacher au rite établi dans les livres liturgiques approuvés par l'autorité compétente, sans ajouter, enlever ou modifier quoi que ce soit. Tous les Ordinaires, les Supérieurs des Instituts de vie consacrée, les Modérateurs des sociétés de vie apostolique ont le grave devoir, en plus de donner l'exemple, de veiller à ce que les normes liturgiques concernant la célébration de l'Eucharistie soient partout fidèlement observées. Les prêtres qui célèbrent ou concélèbrent sont tenus de se revêtir des ornements sacrés prescrits par les rubriques. » (Cf. Congrégation pour le clergé, « Directoire pour le ministère et la vie des prêtres ».

 

N.B. ce document - comme beaucoup d’autres venant de Rome - n’a pas été porté à la connaissance du clergé français...

« Je reviens de Saint-Raphaël (Var) et plus précisément de la Basilique (mineure) de Saint-Raphaël : N.D. de la Victoire. Voici ce que j'ai pu observer :

 

- cette paroisse de ville est placée sous la direction de prêtres de la Communauté St-Martin ;

- on y célèbre chaque jour la messe grégorienne complète (il manque seulement le Psaume de Communion) suivant le Missel typique 2002. L’assistance est relativement nombreuse : de 30 à 50 personnes en semaine (à 19h00) et de 150 à 200 personnes le dimanche (à 19h.). Le Propre grégorien est assumé par les six prêtres présents et l'Ordinaire (dont notamment le Kyriale XI des dimanches "per annum") est alterné entre le chœur des prêtres et l'assemblée. Le célébrant se tient alors « dos au peuple » ;

- toujours en grégorien, à 7h00 on y chante les Laudes et à 19h00 les Vêpres suivant les « Heures Grégoriennes » éditées par la Communauté St-Martin ;

- la grand-messe est, quant à elle, célébrée en « frantin » (français-latin). En français : l’entrée, le psaume responsorial, le chant après la communion et en latin/grégorien, les pièces du Kyriale.

- les messes du matin (8h00 en semaine et 9h00 le dimanche sont aussi célébrées en « frantin ». Le célébrant est alors généralement « face au peuple » ;

- après chaque messe, on ajoute un motet ou cantique « bien connu »à la Vierge, patronne du lieu (Salve Regina, etc.).

 

Cependant, dans ces assistances relativement nombreuses, on déplore la présence d’un grand nombre de « touristes », en l'occurrence des personnes peu formées à la religion et qui ne savent pas « se tenir », notamment pour recevoir la communion. De nombreuses personnes, visiblement non pratiquantes, viennent aussi régulièrement visiter la basilique et brûler un cierge acheté sur place. Il convient de relever le haut niveau des célébrations (gestes, déplacements, chants grégoriens, homélies, etc.). On peut seulement déplorer - parfois - un manque de justesse dans le chant, sans doute à cause de la distance relativement grande qui sépare le chœur de l’orgue. Conclusion : étant donné la situation globale et le niveau de formation chrétienne (théologique et liturgique) assez conforme à la moyenne nationale de France (très faible), l’offre des prêtres de la Communauté Saint-Martin semble bien adaptée à la demande générale. De fait, une messe suivant la forme « extraordinaire » n'ajouterait pas grand chose à la situation déjà existante, peu de personnes pouvant, en effet, distinguer les deux « rites » grégoriens, comme l’avait souligné en son temps le Cardinal Ratzinger. A signaler : la Mairie de Saint-Raphaël est très favorable à la paroisse comme aussi le Vatican, qui a délégué dernièrement l'un de ses cardinaux lequel ne s'est guère gêné de le signifier publiquement à Mgr Rey, Ordinaire du lieu. » (Pour accéder au site de la paroisse N.D. de la Vicatoire, cliquer ici.)

Depuis plusieurs années il n'y a plus, dans les séminaires de France, de formation théologique solide pour les futurs prêtres. Parallèlement, dans bien des paroisses, il n'y a plus de catéchisme solide pour les jeunes. Résultat : chacun se fait "sa" religion. En observant bien le fonctionnement des diocèses, il apparaît clairement aujourd'hui que ce ne sont désormais que quelques laïcs imbibés de l'esprit soixante-huitard (donc, complètement déformés au niveau doctrinal et liturgique) qui contrôlent tout et tirent les ficelles. Au point que dans certaines paroisses, un nouveau prêtre nommé par l'évêque ne pourra venir que si les laïcs qui composent l'équipe "d'animation" pastorale [oui, le Saint-Sacrifice de la Messe est devenu une "animation" pour ces personnes] sont d'accord. Et gare au prêtre qui n'accepte pas cette situation le forçant à se plier aux exigences d'une petite poignée de fidèles laïcs qui s'imaginent représenter la totalité de la paroisse : ce groupe de laïcs ira voir le vicaire épiscopal qui ira trouver l'évêque... qui préfèrera évincer le prêtre plutôt que de risquer d'avoir à affronter deux ou trois "mamies-bigoudis" surexcitées qui, avec l'appui de vicaires épiscopaux peu formés sur le plan pastoral et théologique, forment un véritable magistère parallèle au sein des diocèses. Dans un tel contexte, la doctrine catholique n'est plus enseignée et le Pape n'est plus écouté; le sacerdoce ministériel lui-même est remis en cause par des personnes qui se disent "catholiques", et la célébration des sacrements n'est assurée que lorsqu'elle peut devenir l'occasion de valoriser les membres des équipes liturgiques qui participent activement à la démolition de la célébration de la foi. Un exemple parmi d'autres de cette situation : dans le diocèse de Strasbourg, tous les vicaires épiscopaux et tous les responsables de la liturgie !!!!!! ont été cooptés parmi les prêtres imbibés de l'esprit de mai 68 (anti-romain) et n'ayant eu aucune formation théologique solide. Dans un tel contexte, les prêtres qui, par fidélité aux enseignement magistériels, font cavalier seul et refusent de suivre les orientations pastorales mises en place par les groupes de pression cités plus haut, sont peu à peu évincés et privés du droit d'exercer un ministère. Dans ce contexte, le sacerdoce ministériel disparait pour être peu à peu remplacé par une fonction ministérielle exercée par délégation d'une communauté paroissiale donnée : c'est la mise en place d'une Eglise de type luthérien. Ici comme en beaucoup d'autres endroits, le ras-le-bol de certains prêtres dont on est sûrs qu'ils sont catholiques atteint un degré qui devrait - normalement ! - inquiéter les évêques diocésains.


Introït de la Messe : "Requiem aeternam"




"Lux aeterna"


nocomment.jpgLa plupart des messes célébrées dans nos paroisses sont passablement éloignées de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Et soutenir le contraire serait mensonger. En veut-on une preuve ? Il suffit de lire ce que dit le Missel romain actuel au n°24 : « [Le célébrant] se souviendra (...) qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe. »  Ce passage qui ne saurait être plus clair, laisse clairement entendre qu’il ne devrait y avoir aucune différence sensible d’une messe à l’autre. Or... Il est vrai que le même Missel parle de « possibilités d’adaptations ». Que faut-il entendre par là ? Les « possibilités d’adaptation » dont il question - et qui sont fort peu nombreuses dans le Missel - ne sont en aucun cas des autorisations d’improviser. Adapter, c’est chercher à faire du mieux qu’on peut en fonction de circonstances particulières qui ne permettent pas de déployer toute la richesse des rites. Ça ne doit pas aller au-delà. Alors demeure cette question : comment se fait-il qu’une majorité de célébrants - souvent évêques en tête, comme le déplorait le Cardinal Ratzinger - ajoutent, enlèvent et changent des parties de la liturgie ? La réponse est simple : c’est parce qu’ils désobéissent. Et ils désobéissent parce lorsqu’ils étudiaient dans les séminaires diocésains (VIDEO INA), on les a persuadé qu’il fallait désobéir ; on les a même obligé à désobéir ! Un séminariste était contraint par ses Supérieurs de désobéir s’il voulait être ordonné prêtre, s’il voulait échapper à un stage de « formation » en paroisse dont on savait qu’il ne reviendrait jamais. Beaucoup ne sont d'ailleurs plus revenus et ne sont restés dans les séminaires que des jeunes immatures (cf. Mgr Gaidon) qui, devenus ces prêtres, se comportent comme d'éternels adolescents (cf. Mgr Aillet et Mgr Anatrella).

 

Dans les séminaires de France, il a été longtemps formellement interdit - avec l’aval des évêques - de suivre le Missel romain : la liturgie se devait d’être évolutive et improvisées pour rester au diapason de la théologie progressiste, de l’exégèse bultmanienne, de la pastorale imprégnée d’idée gauchisantes puisées dans les thèmes chers à l’ « Action Catholique Ouvrière », du « complexe anti-romain » (Paul VI)... Les liturgies « adaptées », « trafiquées », « bêtifiantes », « infantilisantes »... sont donc devenues la norme pour toute une génération de prêtres qui les ont imposées à des paroisses entières que fréquentent aujourd’hui des fidèles habitués à ces messes aléatoires célébrées sans tenue ni dignité. Cessons une fois pour toutes de dire que l’effondrement de la liturgie est un résultat du Concile : l’effondrement de la liturgie - qui est un fait que personne ne peut nier - trouve sa source uniquement dans le manque de formation d’un clergé devenu totalement inconséquent. Il trouve aussi sa source dans une rébellion contre toute autorité. Cette rébellion existait déjà bien avant le Concile, mais elle était rampante, sourde, dissimulée sous les apparences d’une liturgie en latin et en dentelles réglée comme du papier à musique... Cette rébellion a profité de Vatican II pour éclater et se révéler au grand jour... sous les yeux ébahis de quelques évêques d’un autre siècle incapables de comprendre pourquoi l’Eglise se mettait soudain à tousser. Répétons-le : le problème de la liturgie actuel est un problème de formation défectueuse tout autant que d’autorité contestée par les uns et pas exercée par les autres. En aucun cas un problème « conciliaire ».

 

Pro Liturgia

La situation actuelle de la liturgie romaine est pour beaucoup de fidèles assez difficile à comprendre. Car on trouve pêle-mêle la liturgie telle que l'Eglise nous demande de la célébrer et la liturgie telle que l'imaginent certains célébrants : entre les deux les différences sont très variables.

 

 

 

1. Les formes légitimes de la liturgie

 

messeritromain.jpgLa liturgie romaine que l'Eglise demande de célébrer se décline sous deux formes légitimes : la forme dite "ordinaire", qui correspond à celle qui a été définie à la suite du concile Vatican II et qui est celle que tout fidèle devrait trouver dans l'ensemble des églises, et la forme "extraordinaire" qui est celle qui a été définie à la suite du concile de Trente au XVIè siècle. Selon les enseignements des Souverains Pontifes qui se sont succédés depuis Vatican II (Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI), la forme "ordinaire" prolonge et complète la forme "extraordinaire"; elle ne peut être comprise et correctement mise en œuvre que dans la mesure où celui qui la célèbre a au fond de lui la conscience que la liturgie témoigne de la continuité de l'Eglise et non d'un instant donné, que cet instant soit marqué par un concile ou par le décret signé d'un pape. Signalons ici ce qui apparait comme les caractéristiques essentielles de chacune des deux formes de l'unique rite romain lorsqu'elles sont chantées (ce qui est la forme "normale" de la liturgie) :

 

- la forme "extraordinaire" se présente comme un assemblage - parfois difficile entre quatre éléments : d'une part le rite liturgique proprement dit et le cérémonial qui l'accompagne et, d'autre part la messe lue au cours de laquelle le célébrant fait tout lui-même et la messe chantée au cours de laquelle certaines prières dites par le célébrant sont aussi chantées par une schola alternant parfois avec l'assistance. Cette forme "extraordinaire" est célébrée en latin et, sauf rares exceptions, le prêtre et l'assistance tournés vers l'Orient ou vers ce qui le symbolise dans le sanctuaire.

 

- la forme "ordinaire" apparait simplifiée en ce sens que ce qui est chanté par la schola n'est pas répété par le célébrant à l'autel. Cette forme peut être célébrée en latin ou dans des langues courantes - pourvu, dans ce dernier cas, que les textes employés soient des traductions approuvées des livres liturgiques originaux en latin - et elle peut être célébrée par un prêtre faisant face à l'assemblée.

 

Pour résumer, disons que le rite romain dans sa forme "extraordinaire" est célébré en latin versus orientem et que dans sa forme "ordinaire" il est célébré en latin ou en langue courante, versus orientem ou versus populum. Ceci dit, la réalité est tout autre, particulièrement en France.

 

 


 

2. La réalité liturgique en France

 

a) Pour ce qui est de la forme "extraordinaire"

 

Le Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI dit clairement que les fidèles qui le souhaitent peuvent participer à la messe célébrée dans sa "forme extraordinaire", à condition de ne pas faire de cette forme un argument dirigé contre Vatican II et la restauration liturgique qui en est issue. Or, en France, tous les prétextes sont bons pour ne pas tenir compte du droit des fidèles à bénéficier de cette forme et ne pas appliquer Summorum pontificum. D'un autre côté, il est vrai aussi que certains de ceux qui souhaitent la forme "extraordinaire" de la liturgie se constituent parfois en "chapelles" dirigées par des fidèles dont les comportement identitaires marqués tendent à exclure celui ou celle qui ne partage pas toutes les convictions du groupe.

 

 

b) Pour ce qui est de la forme "ordinaire"

 

Les enseignements magistériels disent très clairement qu'aucun prêtre ne peut se considérer comme un propriétaire de la liturgie : la forme "ordinaire" du rite romain doit donc respecter ce que l'Eglise a prévu et non ce que tel ou tel célébrant souhaite ou impose à une assemblée. Or, cette disposition essentielle est totalement ignorée de la grande majorité des prêtres et des fidèles laïcs. Résultat : la liturgie restaurée à la suite de Vatican II demeure totalement inconnue (sauf rares exceptions) et dans les paroisses - cathédrales y compris - elle est aujourd'hui remplacée par des cérémonies qui n'ont conservé du rite romain que la trame mais qui n'en ont plus ni la logique, ni la cohérence interne, ni même la dignité capable d'exprimer le sacré. Quant à l'expression latine et grégorienne de cette forme "ordinaire", telle qu'elle était expressément voulue par le concile Vatican II (comme l'a rappelé Benoît XVI dans l'Exhortation Sacramentum caritatis), elle a été refusée dans les paroisses. Il faut préciser ici que cette volonté d'éradiquer le latin s'inscrivait dans un plan plus vaste de désacralisation et de banalisation de la liturgie : tandis qu'on finissait de faire basculer le rite romain du tout latin au tout français, on remplaçait les autels par des tables ou des caisses, on abandonnait le port des vêtements liturgiques prescrits et l'usage des vases sacrés, on supprimait le service d'autel assuré traditionnellement pas des enfants de choeur, on remplaçait les orgues et les harmoniums par des synthétiseurs et des guitares, on liquidait les chorales paroissiales entières afin de mettre à leur place une personne chargée de chanter dans un micro pour "animer" la messe.

 

 

c) Ce à quoi ont droit les fidèles.

 

Très concrètement, le fidèle qui, le dimanche, veut participer en paroisse à la liturgie de l'Eglise, a le choix entre la forme "extraordinaire" du rite romain - s'il la trouve près de chez lui - ou... rien. Car, répétons-le : ce qui se fait dans les églises paroissiales ne ressemble que de loin - parfois même de très loin ! - à la forme "ordinaire". Le résultat d'un demi-siècle de dérives liturgiques cautionnées par un épiscopat français qui avait choisi (par son silence) d'accepter même l'inacceptable, est aujourd'hui sous nos yeux : la messe dite "de Paul VI" est quasiment inexistante. Elle est même totalement inexistante telle qu'elle était prévue par le Concile et telle qu'elle est toujours prévue par le missel romain actuel : en latin/grégorien et versus orientem. On a tout fait pour que le rite romain soit effacé de la "mémoire liturgique" des fidèles : pressions exercées sur les prêtres qui le célébraient sans le déformer, discrédit jeté sur les fidèles qui le demandaient, limogeage des organistes et des maîtres de choeurs qui le respectaient, renvoi des séminaristes qui s'y tenaient, interdiction de l'enseigner dans les séminaires et les maisons religieuses, nomination à la tête des commissions liturgiques diocésaines de prêtres et de laïcs gagnés aux idées les plus anti-liturgiques etc.

 

 

 


3. Des espoirs... et des difficultéS

 

Pourtant, certaines choses sont en train de changer... doucement, trop doucement même. Comment ? Il y a d'abord les enseignements du pape Benoît XVI : il dit tout haut ce que, durant des années, on n'avait pas le droit de dire. A savoir que la liturgie a été déformée par ceux qui ont fait dire au concile Vatican II ce qu'il n'avait jamais voulu dire. Or quand le pape parle, on l'entend. A moins de rester obstinément sourd... Il y a ensuite une nouvelle génération de prêtres qui a elle-même souffert du marasme liturgique généralisé en France. Cette génération a souvent pris le temps de lire et d'étudier Vatican II et elle s'est rendue compte que ce que les aînés avaient imposé dans les paroisses au nom du Concile... n'était pas le Concile tel que l'Eglise l'avait conçu. Certes, ces "nouveaux prêtres" connaissent souvent mal la liturgie : on ne la leur a jamais apprise et ils ne l'ont jamais vue en paroisse. Ils souffrent donc d'un défaut de transmission et il leur faut tout redécouvrir. Souvent, ils ne connaissent la forme "ordinaire" du rite romain que parce qu'ils l'ont vue dans tel ou tel monastère... Mais un monastère n'est pas une paroisse et l'on ne peut pas obliger des fidèles laïcs à faire comme font les moines. Cependant l'esprit de la liturgie monastique peut servir d'assise à une solide pastorale paroissiale en sorte que le fidèle qui participe à la messe dans son église ne se sente pas déboussolé lorsqu'il assistera, à l'occasion, à une messe conventuelle célébrée strictement comme le demande l'Eglise, éventuellement en latin et grégorien. Il faut bien voir que cette nouvelle génération de prêtre, ouvertement "catholique et romaine", désireuse de réinsérer progressivement du latin et du grégorien dans les messes paroissiales, est souvent celle qui inquiète le plus les clercs appartenant à la génération des "démolisseurs de la liturgie", ceux de la "génération 68". Elle inquiète bien plus les establishments diocésains que les fidèles réclamant la forme "extraordinaire" du rite romain, lesquels demeurant généralement minoritaires, ne perturbent pas ceux qui s'emploient depuis des années à déstructurer la liturgie jusqu'à lui faire perdre son sens véritable. La preuve que ces nouveaux prêtres dérangent, c'est que lorsque l'un d'eux célèbre dignement la messe dite "de Paul VI" en français, mais sans la déformer et en y introduisant quelques pièces grégoriennes, il provoque déjà des remous au sein du clergé local, alors que ce même clergé local ne trouvera souvent rien à redire si un groupe de fidèles de sensibilité "traditionnelle" demande à disposer d'une chapelle ou d'un créneau horaire pour célébrer la forme "extraordinaire" du rite romain. Il y a enfin les difficultés qui proviennent de fidèles auxquels on a répété durant des années que depuis Vatican II, la messe devait obligatoirement être célébrée en français et "face au peuple" pour que "le peuple puisse comprendre et voir". Ces fidèles-là, dont certains ont profité de la désacralisation planifiée pour faire de la liturgie leur "pré carré" (animateurs, membres d'E.A.P....) ne comprennent pas et ne supportent pas que des jeunes prêtres puissent consacrer une partie de leur ministère à rétablir tout ce qu'eux se sont employés à faire disparaître au nom de Vatican II. Il y a donc, chez les "anciens" et chez les "nouveaux" deux visions de la liturgie qui s'affrontent... parfois même sans grande charité de la part de ceux qui parlent le plus de "tolérance" et d' "ouverture". Encore que le respect de la liturgie ne soit ni une question de "tolérance" ni une question d' "ouverture" mais plutôt une question de "vérité" et de "fidélité". En effet : la liturgie étant l'expression de la foi de l'Eglise, soumettre les célébrations à des questions de "tolérance" conforterait l'idée que tout peut se négocier en matière doctrinale, sur la base de rapports de force favorables ou défavorables.

 

 


 

CONCLUSION

 

Dans le brouillard liturgique actuel, tel qu'il a couvert la grande majorité des paroisses de France, on peut tout de même distinguer un élément caractéristique : celui d'une opposition sourde entre un clergé "à la française" qui a pris appui sur le Concile mal compris pour favoriser l'émergence d'un christianisme "gallicano-social"  privé de fondements doctrinaux solides, et un clergé "à la romaine" s'attachant à montrer aux fidèles que l' "Eglise en France" ne saura être viable et crédible que si elle manifeste son lien - et quel lien pourrait être plus solide et parlant que celui de la liturgie ? - avec chacun des papes qui ont succédé à l'Apôtre Pierre. Pour le clergé "à la française" qui souvent n'a pas bénéficié d'une solide formation théologique et pastorale, la liturgie n'est conforme aux enseignements de Vatican II que si elle est célébrée en français, "face au peuple", selon des modalités et des artifices dits "pastoraux" qui peuvent la déformer à l'infini en fonction des prêtres et des assistances. On a vu que cette façon de comprendre la liturgie doit être abandonnée en ce qu'elle contredit ouvertement les enseignements de l'Eglise. Pour le clergé "à la romaine", il est impératif de débarrasser les paroisses des célébrations approximatives afin de pouvoir redonner progressivement aux fidèles l'authentique liturgie romaine de l'Eglise, laquelle peut être célébrée soit sous sa forme "extraordinaire" en latin, soit sous sa forme "ordinaire" en latin ou en français, mais toujours en respectant les indications données par le missel et en soignant tout particulièrement la mise en oeuvre des rites. La tâche est ardue et prendra probablement plusieurs générations puisqu'il faut définitivement abandonner ce qui s'est fait jusqu'à présent et procéder à une nouvelle initiation de fidèles qui ont été introduits dans une vision passablement erronée de la liturgie.

 

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