caliceAu moment où notre Pape Benoît XVI annonce l’ouverture d’une « Année de la Foi » à l’occasion, l’an prochain, du 50e anniversaire de Vatican II, est-il encore nécessaire de rappeler que la situation de la liturgie « source et sommet de la vie de l’Eglise » (Cf. Sacrosanctum Concilium) est devenue bien plus que dramatique dans les diocèses de France ? Nous le savons tous : il suffit d’assister à une Messe dans une paroisse pour constater à quel point les pratiquants sont privés de célébrations de qualités, fidèles au Missel romain, qui soient un vrai « reflet de la liturgie céleste » (Cf. Const. Sacrosanctum Concilium) ; à quel point ils sont privés de beauté, sont privés de cette distinction qui élève l’âme et porte à la contemplation ; sont privés de la mise en œuvre harmonieuse des rites reçus de l’Eglise et qui seuls expriment et communiquent la vraie foi catholique. Plus exactement, les seuls qui ne constatent pas cette réalité sont les experts en pastorale liturgique et les pasteurs de nos diocèses. Responsables - par leurs actions ou par leurs silences - du désastre liturgique, ils refusent obstinément de le reconnaître ; ils nient l’évidence - bien que ne pouvant pas fermer les yeux devant leurs églises vides - et s’accrochent désespérément à leurs pouvoirs comme pour ne pas avoir à répondre des conséquences de leurs initiatives désastreuses devant l’Eglise et peut-être aussi devant eux-mêmes. Combien de fidèles ne ressentent-ils pas aujourd’hui un profond malaise souvent doublé d’un réel agacement, en assistant à toutes ces célébrations paroissiales dont on veut camoufler l’insignifiance à l’aide de commentaires boursouflés, de cantiques ronflants, de mises en scènes ampoulés, de comportements affectés ? Combien de fidèles constatent, mais sans toujours avoir les mots pour le dire, que les liturgies qu’on célèbre en se couvrant abusivement de l’autorité du Concile, sont devenues incapables de leur donner cette riche nourriture spirituelle que l’Eglise entend généreusement dispenser à ses enfants ?

 

N’est-ce pas là une des causes essentielles de l’effondrement de la pratique dominicale et de la chute des vocations sacerdotales et religieuses en France ? Car comment, en effet, des célébrations eucharistiques qui donnent si souvent l’impression d’avoir perdu leur sens et leur vraie raison d’être pourraient-elles être attirantes et capables de produire un désir de donner sa vie pour le Seigneur ? Et combien de fidèles se désespèrent ou se révoltent, ouvertement ou en secret, en constatant que d’une Messe à l’autre on leur demande de jouer des rôles qui ne les concernent pas, de participer à des actions pour lesquelles ils ne se sont pas déplacés, d’accepter d’entendre des chants et des commentaires qui irritent plus qu’ils ne pacifient ? Il faut cependant savoir que l’effondrement de la liturgie n’est pas toujours le fait des « simples » curés de paroisses. Eux sont souvent, comme tous les fidèles, des victimes des « schémas pastoraux » qui ont été voulus et imposés depuis la fin du dernier Concile par des clercs qui se sont autoproclamés « experts » en pastorale liturgique. Comme tous les fidèles, ils ont été pris en otages par des hiérarchies cooptées parmi les militants d’une « Eglise virtuelle » et qui se sont mises en place aussi bien dans les organes de décision que dans des groupes informels pour constituer de véritables « magistères parallèles ». Il est faux de croire que tout les prêtres sont opposés à la vraie liturgie de l’Eglise et ne veulent la célébrer que moyennant des transformations, des adaptations, des retouches... Beaucoup aimeraient respecter le Missel donné par l’Eglise, mais ils ne le peuvent pas ou ne le peuvent plus. Ils ne le peuvent pas parce qu’on les oblige à se plier à des ordres venus d’en-haut et qui correspondent à des orientations pastorales diocésaines soumises à des modes passagères ; ils ne le peuvent plus parce que de réformes en réformes, de sessions de recyclage en session de recyclage, de réunions en réunions... ils ont fini par oublier ce qu’est la liturgie eucharistique et comment elle doit être mise en œuvre.

 

Il faut bien comprendre que la liturgie ne pourra être sauvée et rétablie que si les fidèles s’appuient sur les prêtres qui sont ouvertement du côté du Magistère, qui écoutent le Pape et s’appliquent à suivre son exemple. Compter sur les structures diocésaines pour remettre de l’ordre dans la liturgie ne sert à rien : ceux qui les dirigent ont assez prouvé qu’ils étaient farouchement opposés à la mise en œuvre du Missel romain restauré à la suite du dernier Concile. Et même si certains d’entre eux étaient prêts à reconnaître leurs erreurs, à faire amande honorable, à manifester des intentions louables, ils ne seraient plus capables intellectuellement et spirituellement de mettre en œuvre une nouvelle pastorale aboutissant à ce que toujours et partout la liturgie de l’Eglise soit respectée, dignement célébrée dans des environnements marqués par le sacré. Pour que la liturgie retrouve sa forme, sa dignité, sa beauté, sa capacité d’élever les âmes, il faut faire appel aux prêtres capables de concevoir une pastorale radicalement opposée à celle qui a prévalu jusqu’à présent, et qui soit prêts à proposer un plan de redressement drastique touchant à la formation théologique, pastorale, artistique et catéchétique.

 

Pro Liturgia

Mass3 HolyMass06HD’après le professeur Feulner, professeur de théologie à Vienne, tout prêtre peut célébrer la messe en se tenant devant l’autel et « face à Dieu ».
Lors d’une interview pour le journal « Der Sonntag », il a précisé que « dans aucun document du concile Vatican II, et surtout pas dans la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (1963), il n’est écrit que le prêtre doive célébrer versus populum, c’est-à-dire en faisant face au peuple ». Le professeur Feulner explique que « le document de référence en ce qui concerne les changements à opérer après le concile Vatican II est l’Instruction Inter Oecumenici (1964). » On lit dans ce texte que l’autel devrait, dans la mesure du possible, être placé à distance du mur du fond du chœur, de telle façon que l’on puisse facilement en faire le tour et célébrer face au peuple.
Cette directive, qui était au départ plus un conseil qu’une obligation, a pourtant rapidement conduit à ce que presque partout dans les églises catholiques on a vu fleurir ces autels ramenés au plus près des fidèles dont on a fait, comme le dit Feulner, « la conquête la plus visible » du Concile - bien que cette disposition de l’autel ait eu cours, par endroits, dès avant le Concile -.
Le professeur Feulner rappelle cependant que la Congrégation pour le Culte divin avait dans le même temps précisé qu’il n’y avait aucune obligation à célébrer la messe face au peuple. Il cite même plusieurs rubriques du missel actuel qui supposent, de façon plus ou moins explicite, que la célébration versus Dominum est la règle. Par exemple lorsqu’on lit la rubrique avant l’Orate fratres : « puis debout au milieu de l’autel, tourné vers le peuple, il (le prêtre) dit... »
. De même pour le geste de paix, ou au moment de présenter l’hostie aux fidèles ; et au contraire lorsque le prêtre s’apprête à communier on lit : « tourné vers l’autel... ».
 Lorsqu’on l’interroge sur les raisons qui font que la plupart du temps le prêtre fait aujourd’hui face à l’assemblée des fidèles, le Prof. Feulner répond que cela découle de l’insistance sur l’Eucharistie vue comme un repas, et sur l’invitation faite par le Concile à une « participation active » au déroulement de la célébration. Et il poursuit : « Ce faisant, on oublie toutefois qu’on ne peut opposer dans l’Eucharistie l’aspect repas et l’aspect sacrificiel, que ces notions ne s’excluent pas mutuellement. Tout au contraire, il faut comprendre que le Sacrifice eucharistique s’accomplit partiellement sous la forme d’un repas. »

 

Le théologien viennois nous renvoie alors à la dimension cosmique de la liturgie, et à l’orientation de la prière (ad orientem) : « L’Orient est le symbole du Ressuscité au matin de Pâques, de Celui qui est monté aux Cieux, du Christ qui reviendra à la fin des temps (Mt 24, 27 ; Ap 7, 2) ». 
A la question de savoir si le prêtre a le droit de célébrer en tournant le dos aux fidèles dans le cas où il existe un autel face au peuple, Feulner répond que les deux façons de célébrer sont justifiées : « D’après les règles liturgiques en vigueur actuellement, tout prêtre peut décider de se placer, à partir de l’Offertoire, devant l’autel, même s’il est détaché du mur, et de célébrer versus Dominum, c’est-à-dire orienté de la même façon que la communauté, ce qui correspond à une ancienne tradition chrétienne datant de l’Antiquité. »



 

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Combien de nos contemporains sont catholiques pratiquants ? On trouve sur Internet des sondages aptes à satisfaire tous les goûts. Beaucoup de catholiques se revendiquent pratiquants mais ne vont pas à la messe et se contentent de quelques visites dans des sanctuaires ou des lieux de pèlerinage. Il est difficile de mesurer la part de responsabilité d'une liturgie eucharistique dégradée par la négligence des clercs et l'ignorance des fidèles dans cette situation. Mais il est certain que lorsque la messe est ennuyeuse et dépourvue de sens, la pratique diminue (...). A des jeunes qui avaient remandé au recteur d'une basilique la permission de faire célébrer pour leur groupe une messe selon la rite tridentin, autrement appelé la "forme extraordinaire du rite romain", il a été répondu : "Le Pape commande à Rome, ici c'est moi qui commande !". Les jeunes répliquèrent alors : "Vous permettez aux orthodoxes de célébrer leur rite alors qu'ils ne sont pas en pleine communion." Le recteur ne put que leur répliquer : "Vous êtes des réactionnaires." Je me demande aussi (Nicola Bux, NDLR) s'il est acceptable que le délégué épiscopal en charge des questions liturgiques d'un grand diocèse italien puisse affirmer que la chose qui l'agace le plus est la communion à genoux. Ou encore qu'un prêtre puisse dire qu'il ne veut pas qu'un crucifix soit placé sur l'autel. Je pense aussi à ceux qui ont les chasubles romaines en horreur alors qu'elles ont prévalu jusqu'à ce que la chasuble gothique s'impose après le Concile, davantage pour des raisons idéologiques que pratiques. Cette haine envers les chasubles romaines est une haine envers notre histoire, et envers nous-mêmes. Un autre prêtre, en voyant une personne se mettre à genoux dévotement après avoir reçu la communion, s'est mis à genoux devant elle pour la ridiculiser. Cela relève de la pathologie psychiatrique. Et nous n'en somme pas encore au plus scandaleux. Un jour, au terme d'une concélébration, un prêtre consciencieux s'était mis en quête d'un tabernacle afin de recueillir les hosties consacrées en trop grand nombre. Le curé lui dit de les jeter dans une corbeille puisqu'il n'y avait personne pour les voir. Est-il possible qu'un "homme de Dieu" (puisque c'est ainsi que l'on appelait les prêtres autrefois) en puisse arriver à un tel point ? Il y a encore ceux qui soutiennent qu'il ne sert à rien d'imiter le pape dans sa manière de célébrer ! Mais les messes qui sont célébrées dans l'espace latin, de quel rite sont-elles ? Qu'est devenue l'unité du rite dont parle la Constitution conciliaire dur la liturgie (SC 38) ? Peut-on imputer tout cela à la réforme liturgique ? Comment tout cela a-t-il bien pu survenir ? Paul VI disait que "les fumées de Satan sont entrées dans l'Eglise."

 

Benoît XVI insiste sur le fait que le mal vient de l'intérieur même de l'Eglise. Comme il l'a affirmé alors qu'il était encore cardinal, nous vivons une grave crise, en partie imputable à l'effondrement de la liturgie. Lorsqu'on ne croit pas que Jésus est présent dans le Saint Sacrement, qu'il est le Sacré que nous pouvons toucher, alors la liturgie n'est plus "sacrée", n'a plus aucun sens. Vers qui se tourne-t-elle ? Evidemment vers le peuple ! Un observateur français note que "du point de vue liturgique, l'Eglise est un grand malade (...)." La crise de l'Eglise s'enracine dans la crise de la liturgie qui a perdu ses règles, devient le jouet de chacun et oublie le droit de Dieu, le ius divinum. (...) La connaissance de la liturgie par le moyen des rites et des prières, per ritus et preces selon les prescriptions de la première Constitution adoptée par le second concile du Vatican (SC 48) est aujourd'hui remplacée par un flot ininterrompu de paroles. Nombre de prêtres en viennent à penser que les rites qui ne seraient pas expliqués perdraient leur efficacité. C'est ainsi confondre la liturgie et la catéchèse. Nous sommes renvoyés à la banalité (...)"

 

Extrait de "La foi au risque des liturgies", par Mgr Nicola Bux, Ed. Artège, 2011

« La position du prêtre tourné vers le peuple a fait de l’assemblée priante une communauté refermée sur elle-même. Celle-ci n’est plus ouverte ni vers le monde à venir, ni vers le Ciel. La prière en commun vers l’Est ne signifiait pas que la célébration se faisait en direction du mur, ni que le prêtre tournait le dos au peuple – on n’accordait d’ailleurs pas tant d’importance au célébrant. De même que dans la synagogue tous regardaient vers Jérusalem, de même tous ensemble regardaient "vers le Seigneur". Il s’agissait donc, pour reprendre les termes de J. A. Jungmann, un des pères de la Constitution sur la Liturgie de Vatican II, d’une orientation commune du prêtre et du peuple, conscients d’avancer ensemble en procession vers le Seigneur. Ils ne s’enfermaient pas dans un cercle, ne se regardant pas l’un l’autre mais, peuple de Dieu en marche vers l’Orient, ils se tournaient ensemble vers le Christ qui vient à notre rencontre »

 

(cf : "L'Esprit de la liturgie", Cardinal Joseph Ratzinger)

 

Depuis Vatican II, des équipes liturgiques se réunissent pour imaginer des messes dominicales au cours desquelles devront surgir des éléments nouveaux (nouveaux chants, nouveaux gestes... etc.) censés rendre les célébrations plus attrayantes et plus participatives. Dans le même temps ont fleuri des "revues d'animation liturgiques" qui proposent des nouveautés aux équipes citées plus haut et qui seraient en mal d'inspiration. Il faut du neuf, du neuf, du neuf... et pour beaucoup l'esprit de "créativité" est la garantie d'une messe réussie.

 

 

 

"L'imagination au pouvoir" criaient les étudiants en mai 68. "Créativité" disent nos animateurs liturgiques - qui, au demeurant, sont le plus souvent des animatrices -. Or voici ce qu'écrit à ce sujet le Cardinal Ratzinger dans "L'esprit de la liturgie" (pp. 135 et ss.) : « (...) la créativité ne saurait constituer une catégorie authentique de la liturgie. Cette notion appartient d'ailleurs à la vision marxiste du monde. Dans un univers dépourvu de sens et fruit d'une évolution aveugle, l'homme marxiste est capable de créativité en faisant naître un monde nouveau et meilleur. Dans le domaine artistique, la créativité équivaut aujourd'hui à une "décréation" : il ne s'agit plus de reproduire quoi que ce soit de reconnaissable mais de poser un acte artistique radicalement individuel, libre de toute norme, de toute finalité et de toute référence à un "sens". Cette forme de nihilisme est un appel, un véritable cri de détresse face à un monde de plus en plus contrôlé par la rationalité et la technologie. (...) Cette "créativité" n'a en tout cas rien à faire avec la liturgie. Celle-ci ne vit pas de trouvailles artistiques ni de planification liturgique. (...) On ne personnalise pas la liturgie, on ne la renouvelle pas en la banalisant le vocabulaire et en multipliant les activités. Il faut aller "au-delà", pénétrer dans cette réalité qui, dans le rite, toujours nous devance et qui toujours restera hors de notre portée ». Nos compositeurs de cantiques à la petite semaine et nos célébrants qui se croient autorisés ou obligés à faire sans cesse du neuf en liturgie ne seraient-ils, au fond, que les victimes d'une détresse spirituelle qu'ils tenteraient d'exprimer par créativité liturgique interposée ? Les propos de l'ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi invitent à poser cette question. Y répondre par l'affirmative serait dramatique... mais ô combien révélateur de la profondeur de la crise qui touche l'Eglise et qui peut aboutir à ce genre de "happening" tant bien que mal déguisé en messe.


Pro Liturgia

A la Messe, au moment de l’ « Agnus Dei », il est interdit de modifier les paroles lorsqu’elles sont dites en langue courante. Si la prière n’est pas dite ou chantée en latin, il faut donc dire ou chanter « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous » au minimum deux fois et ensuite « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix. » Toutes les autres formules ou gloses du genre « la paix ce sera toi, ce sera moi » ou avec des ajouts comme « pain de Dieu » ou « lumière du monde »... ne sont pas autorisées. Il faut strictement respecter le texte latin ou les traductions approuvées qui sont dans le Missel romain. C’est ce qu’a précisé la Congrégation pour le Culte divin dans une lettre adressée au Cardinal Dolan, Président de la Conférence des évêques des Etats-Unis.

« (...) Il faut reconnaître que l'application de la réforme liturgique s'est heurtée à des difficultés dues surtout à un contexte peu favorable, marqué par une privatisation du domaine religieux, un certain rejet de toute institution, une moindre visibilité de l'Église dans la société, une remise en question de la foi personnelle. (...) Il en est résulté des attitudes diverses et même opposées vis-à-vis de la réforme: certains ont reçu les nouveaux livres avec quelque indifférence ou sans chercher à comprendre ni à faire comprendre les motifs des changements; d'autres, malheureusement, se sont repliés de manière unilatérale et exclusive sur les formes liturgiques précédentes, perçues par certains comme seule garantie de sécurité dans la foi; d'autres enfin ont promu des innovations fantaisistes, prenant leurs distances par rapport aux normes établies par l'autorité du Siège apostolique ou des évêques, perturbant l'unité de l'Église et la piété des fidèles, heurtant même parfois les données de la foi. (...) On constate parfois des omissions ou des ajouts illicites, des rites inventés hors des normes établies, des attitudes ou des chants qui ne favorisent pas la foi ou le sens du sacré (...) . Des initiatives de ce genre, loin d'être liées à la réforme liturgique elle-même, ou aux livres qui en sont issus, lui contreviennent directement, la défigurent et privent le peuple chrétien des richesses authentiques de la liturgie de l'Eglise (...). Dans chaque diocèse, l'évêque est le principal dispensateur des mystères de Dieu comme aussi l'organisateur, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique dans l'Église qui lui est confiée. Quand l'évêque célèbre au milieu de son peuple, c'est le mystère même de l'Église qui se manifeste. Il est donc nécessaire que l'évêque soit fortement convaincu de l'importance de telles célébrations pour la vie chrétienne de ses fidèles. Elles doivent être un modèle pour tout le diocèse. Il reste encore beaucoup à faire pour aider les prêtres et les fidèles à pénétrer le sens des rites et des textes liturgiques, pour développer la dignité et la beauté des célébrations et des lieux, pour promouvoir, à la manière des Pères, une "catéchèse mystagogique" des sacrements. (...) » (Bx Jean-Paul II, Lettre Vicesimus quintus annus, 4 déc. 1988)

guitarLes champions de la pastorale post-conciliaire ont cru pouvoir attirer les jeunes à l’église à l’aide de célébrations liturgiques spécialement imaginées pour eux : « messes des jeunes », « messes rythmées », agitation de foulards, rondes autour de l’autel, célébrations agrémentées de chansons pour veillées de boys-scouts, célébrants « cool »… le tout agrémenté de maman catéchistes omniprésentes dont la seule préoccupation est de se s’autocélébrer. On remarquera au passage que l’Eglise romaine post-conciliaire est la seule à proposer ce genre de liturgies. Il n’y en a pas dans les Eglises de rites orientaux. Il n’y a pas non plus de cérémonies « adaptées aux jeunes » dans les autres religions, que ce soit dans l’islam, dans l’hindouisme, dans le bouddhisme… Mais chez nous, les enfants ont droit à des liturgies qui donnent aux sexagénaires l’occasion de s’aplatir devant le jeunisme. Ils sont d’ailleurs assez pitoyables, ces vieux paroissiens et ces vieux prêtres qui se trémoussent « pour faire jeune » et qui acceptent de faire à l’église tout ce qu’il faut pour paraître ridicules, décalés, pitoyables. A quoi servent ces célébrations « pour les jeunes » sinon – comme on le constate partout – à vider les églises ? Car bercer les jeunes d’illusions et de faux-semblants, les inciter à se tourner vers des célébrations infantilisantes au lieu de leur fournir les moyens de s’approprier l’authentique liturgie catholique telle que définie dans le Missel romain, c’est les prendre pour des imbéciles et priver pour longtemps l’Eglise d’une capacité de rebond espérée. Les jeunes ne méritent-ils pas mieux que le jeunisme ? Ne méritent-ils pas mieux que d’être manipulés parce qu’ils sont manipulables ?

 

Certes, on peut leur faire faire n’importe quoi au cours d’une célébration : taper dans les mains, faire une chaîne au moment du « Notre Père », leur faire lire des témoignages au micro… On peut même, parfois jusqu’à l’âge de seize ans, leur faire dire qu’ils s’engagent à faire bouger l’Eglise. Mais à force d’être ainsi téléguidés par des adultes qui semblent en être eux-mêmes restés au niveau des « Bisounours », ces jeunes finissent très rapidement par se demander si être catholique pratiquant implique forcément que l’on veuille rester dans un état de naïveté. Alors très vite, les jeunes, dès qu’ils le peuvent, éprouvent la tentation de l’exil… hors des églises. Seul moyen pour échapper à cette sorte de régression mentale qui semble devoir s’y cultiver. Dans nos paroisses, peu à peu s’est répandue une sorte de SIDA liturgique qui a plombé l’Eglise, l’inhibe et la paralyse. C’est incontestablement la faute des aînés qui, depuis plusieurs décennies, font fausse route. Un sang neuf ne pourra venir que d’une jeunesse qui n’est plus disposée à prendre pour argent comptant les célébrations infantilisantes qu’on prétend faites pour elle. Ne serait-il pas temps que les clercs comprennent qu’en flirtant avec les mœurs et le langage modernes, et en faisant systématiquement du jeunisme au cours des célébrations liturgique, l’Eglise ne peut que perdre son crédit ? 

 

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Au Collège des Bernardins Benoît XVI a dit :

 


090526-LATERAN-2.jpg"Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le 'Gloria' qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le 'Sanctus' qui, selon Isaïe 6, est l’acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. [...] À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la 'regio dissimilitudinis', dans la ‘région de la dissimilitude’, [...] dans un éloignement de Dieu où l'homme ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une 'créativité' personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les 'oreilles du cœur' les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité".

Première question : que faut-il entendre par « réforme de la réforme » ? 

Selon Benoît XVI, ce n’est pas modifier une énième fois le Missel romain restauré à la suite de Vatican II lequel, dans sa dernière édition, a déjà été « amélioré » en tenant compte de l’usage. « Réformer la réforme », c’est d’abord supprimer de toutes les messes les habitudes qui ont été prises par les prêtres et les fidèles alors qu’elles ne se basaient sur aucune des règles liturgiques précisées dans la Présentation générale du Missel romain : commentaires, libertés prises pour modifier les gestes et/ou les oraisons, « mots d’accueil », rondes d’enfants autour de l’autel, encombrement des sanctuaires à l’aide de décorations infantiles, indigence du mobilier liturgique... C’est ensuite remettre dans les célébrations ce que le Concile n’avait jamais entendu supprimer : le latin, le chant grégorien, la dignité et la sobriété (cette « noble simplicité » dont parlait Paul VI, l’harmonie entre les vêtements liturgiques, les gestes et les attitudes, l’élocution et les tons employés, la convenance entre chaque élément composant le cadre où doit se déployer l’action sacrée…

 

 

Deuxième question : d’où partir pour arriver à un résultat ? 

Il semble qu’en France ce soit la question la plus délicate puisque contrairement à ce que l’on peut constater dans d’autres pays, aucun fond culturel ne peut constituer une assise pour engager la « réforme de la réforme » : les chorales de nos cathédrales ne souffrent d’aucune comparaison possible avec les excellents chœurs qu’on entend au cours des messes dans d’autres pays (Allemagne, Angleterre…) ; la pastorale liturgique postconciliaire mise en œuvre dans l’ensemble de nos diocèses a abouti à coups d’expériences éphémères à un désastreux nivellement par le bas ;le pouvoir donné à des fidèles sans formation liturgique et musicale autre que celle dispensée au cours de « sessions » dirigées par des clercs farouchement opposés à l’ « herméneutique de continuité », seule capable de dégager le véritable sens des enseignements conciliaires, a contribué à éloigner des sanctuaires les personnes dont les talents et la solide formation (musicale, liturgique) auraient pu être employés pour lancer la « réforme de la réforme ».

 

 

Troisième question : quelles voies peut-on suivre ?

La réponse à cette question se trouve à proprement parler dans la volonté d’engager la « réforme de la réforme ». La veut-on ou ne la veut-on pas ? Il est certain que tant que les évêques, par crainte de « faire des vagues » dans certains milieux diocésains ou paroissiaux, ne soutiendront pas ouvertement les prêtres capables de supprimer les mauvaises habitudes qui se sont infiltrées dans les célébrations liturgiques, il n’y a aucune chance d’aboutir à la liturgie voulue par l’Eglise à la suite du Concile. Critiquer ce qui se fait dans les paroisses n’est d’aucune utilité : on a peu de chances d’être entendu et compris. Ce qui pourra porter du fruit, c’est le bon exemple : à savoir que là où le contexte est favorable, s’installent dans la durée des célébrations dont tous les éléments sont à leur juste place et valorisés, afin que les fidèles puissent être mis en contact avec une liturgie stable et vivifiante, loin de toute la platitude environnante et les approximations habituelles. Ces lieux devraient à terme être reconnus par tous comme source d’un renouveau possible.

 

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Le Pape Benoît XVI a autorisé que la liturgie puisse être célébrée sous une forme dite « extraordinaire », c’est-à-dire avec le Missel romain du Bx Jean XXIII. Il n’y a pas à revenir là-dessus. Pour autant, des photos trouvées sur internet conduisent à s’interroger sur les motivations qui poussent certains fidèles attachés à cette forme à se complaire dans un « décorum » dont on ne voit pas le rapport qu’il a avec liturgie de l’Eglise. Les kilos de tissu, les mètres de dentelles, le poids des dorures, le goût des titres - dont certains sont usurpés - ne focalisent-ils pas l’attention pour la détourner de l’Essentiel ? N’est-on pas là dans une sorte de narcissisme cléricalisé qui ne dit pas son nom ? « A quand les perruques poudrées et les mouches ? » demandait malicieusement un bénédictin qui voyait certaines photos.

Nous avons interrogé un prêtre qui, depuis Rome, a étudié de près la question posée par certaines de ces nouvelles communautés plus « traditionalistes » que « traditionnelles ». Il nous a répondu : « Comme dans d’autres cas, on va se réveiller trop tard. Tous les gens dotés d’un certain bon sens voient bien que tout cela n’est pas d’aplomb et qu’il faudrait apporter des rectifications tout en maintenant ce qui est positif. Le jour où les responsables de telles communautés seront allés droit dans le mur, l’autorité se réveillera tandis que l’aile progressiste jubilera ; et les dégâts seront immenses sur le plan spirituel et humain, surtout pour des jeunes qui ont tout misé (leur vie, leur vocation...) dans un tel projet. Et puis, hélas, les adeptes de ces lourdeurs qui pensent que la liturgie ne peut être valorisée que dans ce qu’il faut bien considérer comme un décorum d’opérette, apportent des arguments aux groupes de fidèles gagnés aux idées les plus « progressistes » qui ont alors beau jeu, en recourant au processus bien connu de l’amalgame, de présenter tous les « traditionalistes » comme des inadaptés, comme des originaux, comme des abbés qui n’utilisent la liturgie que pour exposer leurs dentelles et leurs rubans. Il est à craindre que tout cela fasse assez rapidement naître un nouveau problème dont l’Eglise n’a vraiment pas besoin. »

 

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