http://img.over-blog.com/500x355/0/21/41/34/2010/cypriendecarthage.jpg« Le monde hait le chrétien : pourquoi donc aimez-vous votre ennemi ? Pourquoi ne suivez-vous pas plutôt le Christ qui vous a racheté et qui vous aime ? Saint Jean, dans son épître, nous exhorte à ne pas suivre les désirs de la chair : « N’aimez pas le monde, dit-il, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est plus en lui; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et ambition du siècle. Tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passera avec sa concupiscence. Mais celui qui fait la volonté de Dieu, vivra éternellement comme Dieu lui-même » (I Jean 2). Donc, mes frères bien-aimés, ranimons notre foi, fortifions notre âme, préparons-nous à accomplir la volonté divine et, bannissant toute crainte de la mort, songeons à l’immortalité qui doit la suivre. Que notre conduite s'accorde avec notre croyance : ne pleurons plus la perte de ceux qui nous sont chers et, quand l'heure du départ sonnera pour nous, allons, sans hésitation et sans retard auprès du Dieu qui nous appelle. Telle doit être dans tous les temps la conduite des serviteurs de Dieu, mais surtout à notre époque. Nous voyons, en effet, crouler le monde sous les fléaux qui l'envahissent de toutes parts. Le présent est bien triste ; l'avenir sera plus triste encore ; c’est donc un avantage pour nous de quitter promptement cette vie. Si vous voyiez les murailles de votre maison chanceler, le toit s'effondrer, l'édifice tout entier (car les édifices périssent aussi de vieillesse), vous menacer d'une ruine prochaine, ne vous hâteriez-vous pas de fuir ? Si vous étiez assailli en mer par une violente tempête, si les flots soulevés vous menaçaient d'un naufrage prochain, ne vous hâteriez-vous pas de gagner le port ? Mais, regardez donc, le monde chancelle, il tombe ; ce n'est plus la vieillesse, c'est la fin des choses : tout annonce une chute imminente ; et, lorsque Dieu, par un appel prématuré, vous arrache à tant de ruines, de naufrages, de fléaux de tout genre, vous ne l'en remerciez pas, vous ne vous en félicitez pas ! Considérons donc, frères bien-aimés, que nous avons renoncé au monde, et que nous sommes sur la terre comme des étrangers et des voyageurs. Saluons le jour qui assigne à chacun son domicile véritable, le jour qui nous délivre des liens de cette vie pour nous rendre au Paradis et au royaume céleste. Qui donc, vivant sur la terre étrangère, ne se hâterait de revenir vers sa patrie ? Quel homme, traversant les mers pour rejoindre sa famille, ne désirerait un vent favorable pour embrasser plus tôt ces êtres si chers ? Notre patrie, c'est le Ciel ! Là se trouvent nos ancêtres, c'est-à-dire, les patriarches ; pourquoi ne pas nous hâter de jouir de leur vue ? Là nous attendent ceux qui nous sont chers : nos pères, nos frères, nos fils, l'assemblée entière des bienheureux, assurée de son immortalité, mais inquiète de notre salut. Quel bonheur pour eux et pour nous de se rencontrer, de se réunir de nouveau ! Quelle volupté d’habiter le royaume céleste sans craindre de mourir et avec la certitude de vivre éternellement ! Peut-il exister une félicité plus complète ? Là, se trouve l’assemblée glorieuse des apôtres, le choeur des prophètes, le peuple innombrable des martyrs victorieux dans les combats et dans la souffrance. Là sont les vierges triomphantes qui ont soumis aux lois de la chasteté le concupiscence de la chair. Là sont les miséricordieux qui ont distribué aux pauvres d’abondantes aumônes et qui, selon le précepte du Seigneur, ont transporté leur patrimoine terrestre dans les trésors du Ciel. Hâtons-nous, mes frères, de nous joindre à cette auguste assemblée ; souhaitons d’être bientôt avec eux en présence du Christ. Que cette pensée soit connue de Dieu ; que le Christ, notre maître, la trouve gravée dans nos coeurs. Plus nos désirs seront ardents, et plus la récompense qu’il nous destine sera abondante ».

 

Saint Cyprien de Carthage, Père de l’Eglise - De la mortalité

« (...) Quoi de plus noble que la Mère de Dieu ? Quoi de plus splendide que celle-là même qu'a choisie la splendeur ? Quoi de plus chaste que celle qui a engendré le corps sans souillure corporelle ? Et que dire de ses autres vertus ? Elle était vierge, non seulement de corps, mais d'esprit, elle dont jamais les ruses du péché n'ont altéré la pureté : humble de cœur, réfléchie dans ses propos, prudente, avare de paroles, avide de lecture ; elle mettait son espoir non dans l'incertitude de ses richesses, mais dans la prière des pauvres ; appliquée à l'ouvrage, réservée, elle prenait pour juge de son âme non l'homme, mais Dieu ; ne blessant jamais, bienveillante à tous, pleine de respect pour les vieillards, sans jalousie pour ceux de son âge, elle fuyait la jactance, suivait la raison, aimait la vertu. Quand donc offensa-t-elle ses parents, ne fût-ce que dans son attitude ? Quand la vit-on en désaccord avec ses proches ? Quand repoussa-t-elle l'humble avec dédain, se moqua-t-elle du faible, évita-t-elle le miséreux ? Elle ne fréquentait que les seules réunions d'hommes où, venue par charité, elle n'eût pas à rougir ni à souffrir dans sa modestie. Aucune dureté dans son regard, aucune licence dans ses paroles, aucune imprudence en ses actes ; rien de heurté dans le geste, de relâché dans la démarche, d'insolent dans la voix : son attitude extérieure était l'image même de son âme, le reflet de sa droiture. Une bonne maison doit se reconnaître à son vestibule, et bien montrer dès l'entrée qu'elle ne recèle pas de ténèbres ; ainsi notre âme doit-elle, sans être entravée par le corps, donner au dehors sa lumière, semblable à la lampe qui répand de l'intérieur sa clarté.

 

Bien que Mère du Seigneur, elle aspirait pourtant à apprendre les préceptes du Seigneur; elle qui avait enfanté Dieu, souhaitait pourtant de connaître Dieu. Elle est le modèle de la virginité. La vie de Marie doit être en effet à elle seule un exemple pour tous. Si donc nous aimons l'auteur, apprécions aussi l'œuvre ; et que toutes celles qui aspirent à ses privilèges imitent son exemple. Que de vertus éclatent en une seule vierge ! Asile de la pureté, étendard de la foi, modèle de la dévotion ; vierge dans la maison, auxiliaire pour le sacerdoce, mère dans le temple. Combien de vierges ira-t-elle chercher pour les prendre dans ses bras et les conduire au Seigneur, disant : Voici celle qui a gardé le lit de mon fils, celle qui a gardé la couche nuptiale dans une pureté immaculée. Et de même, le Seigneur les confiera au Père, redisant la parole qu'il aimait : « Père saint, voici celles que je t'ai gardées, sur lesquelles le Fils de l'homme inclinant la tête s'est reposé ; je demande que là où je suis, elles soient avec moi. Mais puisque n'ayant pas vécu pour elles seules, elles ne doivent pas se sauver seules, puissent-elles racheter, l'une ses parents, l'autre ses frères. Père juste, le monde ne m'a pas connu, mais elles m'ont connu, et elles n'ont pas voulu connaître le monde ».

 

Quel cortège, quels applaudissements d'allégresse parmi les anges ! Elle a mérité d'habiter le ciel, celle qui a vécu dans le siècle une vie céleste. Alors Marie, prenant le tambourin, conduira les chœurs des vierges chantant au Seigneur, et bénissant d'avoir traversé la mer du siècle sans sombrer dans ses remous. Alors, toutes exulteront, disant : « J'entrerai à l'autel de mon Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse. J'immole à Dieu un sacrifice de louange, et j'offre mes vœux au Très-Haut ». Et je ne doute pas que devant vous ne s'ouvrent tout grands les autels de Dieu, vous dont j'oserais dire que les âmes sont des autels où chaque jour, pour la rédemption du Corps mystique, le Christ est immolé. Car si le corps de la Vierge est le temple de Dieu, que dire de l'âme, qui, mise à nu par la main du Prêtre éternel, les cendres du corps pour ainsi dire écartées, exhale la chaleur du feu divin ? Bienheureuses vierges, embaumées du parfum immortel de la grâce, comme les jardins par les fleurs, les temples par le culte divin, les autels par le prêtre ».

 

Extrait du De Virginibus, dédié en 377 par Saint Ambroise à sa sœur Marcelline,

 religieuse à Rome P.L., 16, col. 209 et ss. (trad. de Mlle Mestivier)

« […] Le bienheureux Paul demande aux femmes une grande pudeur, une grande réserve, non-seulement dans la tenue et les vêtements, mais jusque dans la voix. Qu'une femme, dit-il, n'élève pas la voix dans l'église; C'est ce qu'il exprime dans l'épître aux Corinthiens, quand il dit : « Il est honteux qu'une femme parle dans l'église » (I Cor. XIV, 35). […] Aujourd'hui au contraire, quel trouble, quelles clameurs, quelles conversations ! Nulle part on n'en entend de si bruyantes; on les voit causer comme elles ne le font pas sur une place publique, ni dans les bains; on dirait qu'elles viennent à l'église pour se récréer, tant elles s'y livrent toutes à des conversations inutiles. Aussi tout est-il bouleversé ; elles ne songent pas que, si elles ne gardent le silence, elles n'apprendront point ce qu'elles ont besoin de savoir. Si, en effet, le sermon vient au travers d'une conversation engagée et que personne n'écoute l'orateur, quel profit en peut-on tirer ? La femme doit si bien être silencieuse que, comme l'enseigne le texte, elle ne doit parler dans l'église ni des choses temporelles, ni même des choses spirituelles. Voilà sa gloire, voilà sa pudeur, voilà ce qui la parera mieux que ses vêtements; si elle se revêt de cette parure, elle pourra faire ses prières avec une parfaite décence […] ».


Extrait du commentaire sur la 1ère Epître à Timothée, par Saint Jean Chrysostome



--> Ayant eu connaissance des "équipes liturgiques", j'étais dans l'obligation de faire le lien !

jesusbonpasteur.jpg« En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : « Je suis le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup les emporte et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis. Je suis le Bon Pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ». Vous avez entendu, frères très chers, l’instruction qui vous est adressée par la lecture d’Evangile; vous avez entendu aussi le péril que nous courons. Voici en effet que celui qui est bon, non par une grâce accidentelle, mais par essence, déclare : « Je suis le Bon Pasteur ». Et nous donnant le modèle de la bonté que nous devons imiter, il ajoute : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Il a fait ce qu’il nous a enseigné; il a montré ce qu’il nous a ordonné. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis au point de changer son corps et son sang en sacrement pour nous, et de rassasier par l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées. Il nous a tracé la voie du mépris de la mort, pour que nous la suivions; il a placé devant nous le modèle auquel nous devons nous conformer : dépenser d’abord nos biens extérieurs en toute charité pour les brebis du Seigneur, et si nécessaire, donner même à la fin notre vie pour elles. La première forme de générosité, qui est moindre, conduit à cette dernière, qui est plus élevée. Mais puisque l’âme, par laquelle nous vivons, est incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons au-dehors, comment celui qui ne donne pas de ses biens à ses brebis serait-il disposé à donner sa vie pour elles ? Car il en est qui ont plus d’amour pour les biens terrestres que pour les brebis, et qui perdent ainsi à bon droit le nom de pasteur. C’est d’eux que le texte ajoute aussitôt après : « Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ».

 

Il n’est pas appelé pasteur, mais mercenaire, celui qui fait paître les brebis du Seigneur, non parce qu’il les aime du fond du cœur, mais en vue de récompenses temporelles. Il est mercenaire, celui qui occupe la place du pasteur, mais ne cherche pas le profit des âmes. Il convoite avidement les avantages terrestres, se réjouit de l’honneur de sa charge, se repaît de profits temporels et se complaît dans le respect que lui accordent les hommes. Telles sont les récompenses du mercenaire : il trouve ici-bas le salaire qu’il désire pour la peine qu’il se donne dans sa charge de pasteur, et se prive ainsi pour l’avenir de l’héritage du troupeau. Tant que n’arrive aucun malheur, on ne peut pas bien discerner s’il est pasteur ou mercenaire. En effet, au temps de la paix, le mercenaire garde ordinairement le troupeau tout comme un vrai pasteur. Mais l’arrivée du loup montre avec quelles dispositions chacun gardait le troupeau. Un loup se jette sur les brebis chaque fois qu’un homme injuste ou ravisseur opprime les fidèles et les humbles. Celui qui semblait être le pasteur, mais ne l’était pas, abandonne alors les brebis et s’enfuit, car craignant pour lui-même le danger qui vient du loup, il n’ose pas résister à son injuste entreprise. Il fuit, non en changeant de lieu, mais en refusant son assistance. Il fuit, du fait qu’il voit l’injustice et qu’il se tait. Il fuit, parce qu’il se cache dans le silence. C’est bien à propos que le prophète dit à de tels hommes : « Vous n’êtes pas montés contre l’ennemi, et vous n’avez pas construit de mur autour de la maison d’Israël pour tenir bon dans le combat au jour du Seigneur » (Ez 13, 5). Monter contre l’ennemi, c’est s’opposer par la voix libre de la raison à tout homme puissant qui se conduit mal. Nous tenons bon au jour du Seigneur dans le combat pour la maison d’Israël, et nous construisons un mur, quand par l’autorité de la justice, nous défendons les fidèles innocents victimes de l’injustice des méchants. Et parce que le mercenaire n’agit pas ainsi, il s’enfuit lorsqu’il voit venir le loup.

 

Mais il y a un autre loup, qui ne cesse chaque jour de déchirer, non les corps, mais les âmes : c’est l’esprit malin. Il rôde en tendant des pièges autour du bercail des fidèles, et il cherche la mort des âmes. C’est de ce loup qu’il est question tout de suite après : « Et le loup emporte les brebis et les disperse ». Le loup vient et le mercenaire fuit, quand l’esprit malin déchire les âmes des fidèles par la tentation et que celui qui occupe la place du pasteur n’en a pas un soin attentif. Les âmes périssent, et il ne pense, lui, qu’à jouir de ses avantages terrestres. Le loup emporte les brebis et les disperse : il entraîne tel homme à la luxure, enflamme tel autre d’avarice, exalte tel autre par l’orgueil, jette tel autre dans la division par la colère; il excite celui-ci par l’envie, renverse celui-là en le trompant. Comme le loup disperse le troupeau, le diable fait mourir le peuple fidèle par les tentations. Mais le mercenaire n’est enflammé d’aucun zèle ni animé d’aucune ferveur d’amour pour s’y opposer : ne recherchant en tout que ses avantages extérieurs, il n’a que négligence pour les dommages intérieurs du troupeau. Aussi le texte ajoute-t-il aussitôt : « Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis ». En effet, la seule raison pour laquelle le mercenaire s’enfuit, c’est qu’il est mercenaire. C’est comme si l’on disait clairement : « Demeurer au milieu des brebis en danger est impossible à celui qui conduit les brebis, non par amour des brebis, mais par recherche de profits terrestres ». Car du fait qu’il s’attache aux honneurs et se complaît dans les avantages terrestres, le mercenaire hésite à s’opposer au danger, pour ne pas perdre ce qu’il aime. Après nous avoir montré les fautes du faux pasteur, notre Rédempteur revient sur le modèle auquel nous devons nous conformer, quand il affirme : « Je suis le Bon Pasteur ». Et il ajoute : « Je connais mes brebis — c’est-à-dire : je les aime — et mes brebis me connaissent », comme pour dire clairement : « Elles me servent en m’aimant ». Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.

 

Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, quel est notre péril, considérez également, dans les paroles du Seigneur, quel est le vôtre. Voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur » (1 Jn 2, 4). C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : « Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis ». C’est comme s’il disait clairement : « Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis ». Mais parce qu’il était venu racheter, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, il ajoute : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ». C’est notre rédemption à nous, venus des peuples païens, que le Seigneur avait en vue lorsqu’il parlait de conduire aussi d’autres brebis. Et cela, mes frères, vous pouvez en constater chaque jour la réalisation. C’est ce que vous voyez aujourd’hui accompli dans la réconciliation des païens. Il a pour ainsi dire constitué une seule bergerie avec deux troupeaux, en réunissant les peuples juif et païen dans une même foi en sa personne, comme l’atteste Paul par ces paroles : « Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un ». (Ep 2, 14). Il conduit les brebis à sa propre bergerie quand il choisit pour la vie éternelle des âmes simples de l’un et l’autre peuple. C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : « Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-28). C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : « Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages » (Jn 10, 9). Il entrera en venant à la foi; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité (suite et fin du sermon de Saint Grégoire le Grand).

 

Extrait d’un Sermon sur le Bon Pasteur, par le Pape Saint Grégoire le Grand

« C’est avec raison que le Seigneur abandonne les Juifs et, voulant habiter dans le cœur des païens, monte au Temple. Car le vrai temple est celui où le Seigneur est adoré, non pas selon la lettre, mais en esprit. C’est là le temple de Dieu, dont la cohésion est assurée par la foi et non par l’agencement des pierres. Ainsi, abandon de ceux qui haïssent, élection de ceux qui aimeront. Il parvient donc au Mont des Oliviers, afin d’enraciner dans la force la plus élevée les jeunes plants d’olivier dont la mère est la Jérusalem d’en-haut. Sur cette montagne se tient le céleste agriculteur. Ainsi, tous ceux qui sont plantés dans la maison du Seigneur peuvent dire, chacun pour soi : « Et moi, comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu » (Ps 51, 10). Et peut-être la montagne elle-même est-elle le Christ. Quel autre, en effet, pourrait porter de tels fruits non pas ceux d’oliviers ployant sous l’abondance des baies, mais ceux des nations païennes fécondées par la plénitude de l’Esprit ? C’est par le Christ que nous montons, c’est vers lui que nous montons. Il est la porte, il est la voie. Il est ouvert et il ouvre; ceux qui entrent y frappent et à lui va l’adoration de ceux qui ont mené à bonne fin leur service. Il y avait donc dans le village un ânon, et il était attaché avec l’ânesse. Seul, l’ordre du Seigneur pouvait le détacher. La main d’un apôtre le délie. Tel est l’acte. Que telle soit la vie, pour que telle soit la grâce. Sois tel, toi aussi, que tu puisses délivrer ceux qui sont liés.

 

Voyons à présent quels sont ceux-là qui, aussitôt convaincus de péché, sont chassés du paradis et relégués dans un village. Tu le vois : la mort les avait exilés, la vie les rappelle. Nous lisons chez Matthieu qu’il y avait une ânesse et son petit. Ainsi, comme en deux êtres humains, les deux sexes avaient été exilés, en ces deux animaux, les deux sexes sont rappelés. L’évangéliste préfigure dans l’ânesse Ève, mère du péché, et dans l’ânon, l’universalité du monde païen. C’est pourquoi le petit de l’ânesse est choisi comme monture. Et l’on fait bien de préciser que personne ne l’avait encore monté. Car personne, avant le Christ, n’a convoqué les peuples païens dans l’Église. Aussi bien lis-tu chez Marc : « Un ânon que personne au monde n’a encore monté » (Mc 11, 2).

 

Homélie de saint Ambroise, évêque (Traité sur l’évangile de s. Luc 9, 1-5: SC 52, 141-142) 

« Voyant [le diable, NDLR] les idoles abandonnées et ses temples désertés par la foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de tromper les impudents par l’apparence même du nom chrétien. Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi, corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les fidèles à l’Eglise, et tout en leur persuadant qu’ils évitent la nuit du siècle et qu’ils approchent de la lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent, dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs de l’Évangile et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire chrétiens; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe, cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure en ange de lumière, qui transforme ses ministres eux-mêmes en prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance, la perfidie sous le voile de la foi, l’antéchrist sous le nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la Vérité. 

Cela arrive, mes frères bien aimés, parce qu’on ne remonte pas à l’origine de la vérité; parce qu’on ne cherche pas le principe, parce qu’on ne conserve pas la doctrine du maître céleste. Si on se livrait à cet examen, on n’aurait besoin ni de longs traités, ni d’arguments. Rien de plus facile que d’établir sur ce point la foi véritable. Dieu parle à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel » (Matt., XVI.). Après Sa Résurrection, il dit au même apôtre : « Pais mes brebis ». Sur lui seul, il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis. Quoique, après Sa Résurrection, il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : « Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Joan., XX), cependant, afin de rendre l’unité évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance, mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église du Christ et une seule chaire. Tous sont pasteurs; mais on ne voit qu’un troupeau dirigé par les apôtres avec un accord unanime. L’Esprit-Saint avait en vue cette Eglise une, quand il disait dans le Cantique des cantiques : « Elle est une ma colombe, elle est parfaite, elle est unique pour sa mère; elle est l’objet de toutes ses complaisances » (Cant., VI). Et celui qui ne tient pas à l’unité de l’Église croit avoir la foi ! Et celui qui résiste à l’Église, qui déserte la chaire de Pierre sur laquelle l’Église repose, se flatte d’être dans l’Église ! Ecoutez l’apôtre Saint Paul; il expose lui aussi le dogme de l’unité : « Un seul corps, un seul esprit, une seule espérance de votre vocation, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu » (Ephés., IV).

Nous devons tenir fortement à cette unité, nous devons la défendre, surtout nous évêques, qui occupons la première place dans l’Église, afin que le corps épiscopal soit un et indivisible. Que personne n’altère, par le mensonge, la fraternité qui nous unit; que personne, par des enseignements perfides, ne nuise à la sincérité de notre foi. L’épiscopat est un, chacun de nous possède cette dignité solidairement avec ses frères. L’Église aussi est une, quoique, par l’effet de sa fécondité, elle s’étende sur une immense superficie. Ainsi les rayons innombrables du soleil ne font qu’une seule lumière; l’arbre a des rameaux nombreux, mais un tronc unique solidement attaché au sol ; plusieurs ruisseaux coulent de la source et portent au loin leurs eaux abondantes, mais la source est unique. Cherchez à enlever au soleil un de ses rayons, l’unité de la lumière ne souffrira pas cette division; séparez un rameau de l’arbre, il se flétrira; écartez un ruisseau de la fontaine, il se desséchera. Il en est de même de l’Église de Dieu : répandue partout, elle éclaire l’univers de ses rayons; mais il n’y a qu’une seule lumière inséparable du corps qui la produit; arbre gigantesque, elle étend partout ses rameaux chargés de fruits; fontaine intarissable, elle porte au loin ses eaux abondantes et fécondes; mais il n’y a qu’un principe, un tronc, une source, une mère dont la fécondité remplit l’univers. Le sein de cette mère nous donne la naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’Epouse du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu, et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au Royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église véritable, pour se joindre à une secte adultère, renonce aux promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger, un profane, un ennemi. Non, on ne peut avoir Dieu pour Père si on n’a pas l’Église pour Mère. Au temps du déluge, pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé ? De même aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain. C’est l’enseignement de Jésus-Christ : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe » (Matt., XII). Celui qui rompt les liens de la paix et de la concorde établis par le Christ agit contre le Christ; celui qui recueille hors de l’Église dissipe l’Église du Christ. Le Seigneur a dit encore : « Moi et mon Père ne sommes qu’un » (Joan., X.); et Jean, en parlant du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ajoute, « et ces trois ne sont qu’un ». Qui donc pourrait croire que cette unité, née de l’unité divine, cimentée par les sacrements célestes, peut être scindée selon le caprice des volontés rivales ? Perdre cette unité, c’est perdre la loi divine, la foi dans le Père et le Fils, la vie, le salut ».

 

Extrait du "De ecclesiae catholicae unitate", par Saint Cyprien de Carthage, Père de l’Eglise

« Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! » (cf Ps 95,11). Ce jour a resplendi pour nous de l'éclat du tombeau, plus qu'il n'a brillé des rayons du soleil. Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; qu'ils se réjouissent, car c'est pour eux le jour de la visite ; qu'ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, une lumière qu'ils ne connaissaient pas, et dans l'obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! O belle lumière que l'on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant..., tu as revêtu de ta clarté soudaine « ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort » (Lc 1,79). Car, à la descente du Christ, l'éternelle nuit des enfers a resplendi aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, comme frappés d'un coup de tonnerre...
 Dès que le Christ descend, les sombres portiers, aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, murmurent entre eux : « Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? Jamais notre enfer n'en a reçu de pareil ; jamais le monde n'en a rejeté de pareil dans notre gouffre... S'il était coupable, il n'aurait pas cette audace. Si quelque délit le noircissait, il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. Mais s'il est Dieu, que fait-il au tombeau ? S'il est homme, comment ose-t-il ? S'il est Dieu, pourquoi vient-il ? S'il est homme, comment délivre-t-il les captifs ?... Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »

 

Une homélie du 5e siècle attribuée à Eusèbe Le Gallican  - Homélie 12 A ; CCL 101, 145 (trad. Solesmes, Lectionnaire, vol. 3, p. 21 rev.)

« Hier, nous fêtions la naissance dans le temps de notre Roi éternel, aujourd’hui, nous célébrons la passion triomphale du soldat. Hier, en effet, notre Roi, revêtu de la robe charnelle, sortait du sanctuaire d’un sein virginal et daignait visiter le monde. Aujourd’hui, le soldat quitte la tente de son corps et part triomphant vers le ciel. Le premier, tout en conservant la grandeur de l’éternelle divinité, prend la livrée servile de la chair et entre, prêt à la lutte, dans le champ clos de ce siècle; le second, déposant le vêtement corruptible du corps, monte jusqu’au palais du ciel pour régner à jamais. Le premier descend, couvert du voile de la chair; le second monte, paré de la pourpre de son sang. Étienne monte, tandis que les Juifs le lapident, parce que le Christ descend, tandis que les anges se réjouissent. « Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux » (Luc 2, 13) chantaient hier les saints anges, exultant; aujourd’hui, dans la joie, ils accueillent Étienne en leur société. Hier, le Seigneur sortait du sein de la Vierge; aujourd’hui, le soldat a quitté la prison de son corps. Hier, le Christ, pour nous, était enveloppé de langes; aujourd’hui Étienne est, par lui, revêtu de la robe d’immortalité. Hier, l’étroitesse d’une mangeoire portait le Christ enfant; aujourd’hui, l’immensité du ciel accueille Étienne triomphant. Seul, le Seigneur est descendu, pour en élever beaucoup. Notre Roi s’est humilié pour exalter ses soldats. Il faut pourtant que nous sachions, mes frères, de quelles armes Étienne était équipé pour vaincre la cruauté des Juifs et obtenir un triomphe si heureux. La couronne que son nom signifie, Étienne avait, pour l’obtenir, les armes de la charité. Grâce à elle, partout il était vainqueur. Par amour de Dieu, il n’a pas cédé à la brutalité des bourreaux, par amour du prochain, il a intercédé pour ceux qui le lapidaient. Par charité, afin de les corriger, il reprend ceux qui errent; par charité, afin d’écarter d’eux le châtiment, il prie pour ceux qui le lapident. Revêtu de la force de la charité, il a vaincu Saul et sa fureur cruelle; celui qu’il avait eu comme persécuteur sur la terre, il a obtenu de l’avoir pour compagnon dans le ciel ».

 

Sermon de Saint Fulgence, évêque de Ruspe (Tunisie actuelle), mort en 532

(3° Sermon sur saint Étienne 1-3: CCL 91A, 905-906)

« Ô miracle vraiment nouveau ! Sa conception est exempte de honte, son enfantement de souffrance. La malédiction qui pesait sur Ève est changée chez notre Vierge en une bénédiction, comme l’annonçait l’ange Gabriel, « Vous êtes bénie entre les femmes ». Ô Bienheureuse, seule entre les femmes à être bénie, et non maudite, seule à être libérée de la malédiction jetée sur toutes, et à ne pas connaître la douleur de l’enfantement. Il n’est pas étonnant, mes frères, que Jésus n’ait pas fait souffrir sa Mère, lui qui venait soulager les souffrances du monde entier, suivant l’oracle d’Isaïe : « Il a vraiment pris sur lui nos douleurs ». La faiblesse humaine redoute deux choses : la honte et la souffrance. Le Christ est venu porter l’une et l’autre, il les a prises l’une et l’autre, quand des impies l’ont condamné à mort, et à la plus honteuse des morts. Et c’est pour nous donner l’assurance qu’il nous enlevait ces deux choses qu’il a voulu en préserver d’abord sa Mère, et qu’il n’y eut dans sa conception nulle honte, dans son enfantement nulle douleur. Les richesses s’accumulent encore, la gloire augmente : voici de nouvelles merveilles. Non seulement Marie conçoit sans honte et enfante sans douleur, mais elle devient Mère sans en subir aucun dommage. Prodige véritablement inouï ! Une vierge enfante et après l’enfantement, sa chair demeure intacte ! Elle possède, tout à la fois, la fécondité et l’intégrité virginale, les joies de la maternité et l’honneur de la virginité ! Désormais j’attends avec confiance la gloire de l’incorruptibilité promise à ma chair, puisqu’elle m’est assurée par Celui qui conserva l’intégrité de sa Mère. Pour Celui qui donna à sa Mère de le mettre au monde sans perdre sa virginité, il sera facile de revêtir d’incorruptibilité mon corps corruptible en le ressuscitant. Et cependant, tu as encore des richesses plus abondantes et une gloire plus grande. La Mère garde son intégrité virginale, le Fils est sans aucun péché. La malédiction qui atteint Ève ne tombe pas sur la Mère, et la loi générale énoncée par le prophète : « Nul n’est pur de toute souillure, pas même l’enfant d’un jour », ne tombe pas sur le Fils. Voici un enfant sans souillure, le seul qui soit véridique parmi les hommes, ou mieux, qui est la Vérité même. Voici l’Agneau sans tache, « l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ». Qui pourrait, en effet, mieux effacer les péchés que celui qui n’est pas sous le coup du péché ? Sans aucun doute celui-là peut me purifier, qui ne connaît pas la souillure. Que cette main, la seule qui soit nette de toute poussière, enlève la boue qui recouvre mes yeux. Les miracles s’accroissent, les richesses se multiplient, le trésor est ouvert : celle qui engendre est à la fois Vierge et Mère; celui qui est engendré est Dieu et Homme. Il faut cacher notre trésor dans un champ, serrer notre fortune dans une bourse. Ô Marie, cache, je te le dis, cache l’éclat de ce soleil levant, couche-le dans la crèche, enveloppe-le de langes: ce sont là nos richesses. Car les langes du Sauveur sont plus précieux que la pourpre, et la crèche plus glorieuse que le trône d’or des rois. La pauvreté du Christ est plus riche que toutes les richesses, que tous les trésors ».

 

Saint Bernard de Clairvaux - Sermon 4 pour la Vigile de Noël, 3-6

« La palme de la victoire n'est offerte qu'à ceux qui combattent. Dans les saintes Écritures, nous trouvons à chaque pas la promesse de la couronne, si nous sortons victorieux de la lutte; mais pour éviter une foule de citations, ne lit-on pas en termes clairs et précis dans l'apôtre saint Paul : « J'ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice » (2 Timothée 4, 7-8). Il faut donc connaître quel adversaire nous avons à vaincre pour être couronnés; c'est celui que Notre-Seigneur lui-même a vaincu le premier, afin que nous aussi, en lui demeurant unis, nous puissions le vaincre à notre tour. La Vertu et la Sagesse de Dieu, le Verbe par qui tout a été fait, c'est-à-dire le Fils unique de Dieu, demeure éternellement immuable au-dessus de toute créature. Or, si toute créature que n'a pas souillée le péché, est sous sa dépendance, à plus forte raison en est-il de même pour celle que le péché a dégradée. Si tous les anges restés purs sont sous lui, encore ne sont-ils pas bien davantage sous lui, tous ces anges prévaricateurs dont Satan est le chef ? Mais, comme Satan avait séduit notre nature, le Fils unique de Dieu a daigné revêtir notre humanité, pour vaincre Satan avec elle, et mettre sous notre dépendance celui qu'il tient sans cesse sous la sienne; c'est ce qu'il fait entendre lui-même quand il dit : « Le prince du monde a été chassé » (Jean 12, 31). Non qu'il ait été chassé hors du monde, comme le pensent quelques hérétiques, mais il a été rejeté hors des âmes de ceux qui restent fidèles à la parole de Dieu, loin de s'attacher au monde dont Satan est le maître; car s'il exerce un pouvoir absolu sur ceux qui recherchent les biens éphémères du siècle, il n'est pas pour cela le maître du monde ; mais il est le prince de toutes ces passions qui nous font convoiter les biens périssables; de là vient l'empire qu'il exerce sur tous ceux qui négligent Dieu, dont le règne est éternel, pour n'estimer que des frivolités que le temps change sans cesse ; « car la cupidité est la racine de tous les maux ; et c'est en s'y laissant aller que quelques-uns se sont écartés de la foi et se sont attirés de nombreux chagrins » (1 Timothée 4, 10). C'est à cause de cette concupiscence que Satan établit sa domination sur l'homme, et prend possession de son cœur. Voilà l'état de ceux qui aiment ce monde. Or, nous bannissons Satan, toutes les fois que nous renonçons du fond du cœur aux vanités du monde; car on se sépare de Satan, maître du monde, quand on renonce à ses attraits corrupteurs, à ses pompes, à ses anges. Aussi Dieu lui-même, une fois revêtu de la nature triomphante de l'homme, nous dit-il : « Sachez que j'ai vaincu le monde » (Jean 16, 33).

 

Saint Augustin, Docteur de l’Eglise - ‘’Du combat chrétien’’, 1er chapitre

« En dehors de l'église se tient le démon car il n'ose pas entrer dans cette enceinte sacrée; dans le bercail de Jésus-Christ le loup ne paraît point; le loup craint le pasteur, et il reste dehors. En sortant d'ici, ne nous livrons pas aussitôt à des réunions frivoles, à de vains discours, à des occupations sans utilité; mais tandis que nous avons encore la mémoire des paroles qu'on vient de nous dire, courons à la maison, et là, que chacun, assis avec sa femme et ses enfants, médite avec soin ce qu'il vient d'entendre. Si vous ne voulez pas retourner chez vous, rassemblez dans quelque lieu particulier ceux de vos amis qui ont entendu les mêmes discours que vous, et là, formez une séance où chacun reproduise de lui-même ce qu'il a pu retenir; reconstituez ainsi une seconde instruction, afin que votre réunion ici n'ait pas été en pure perte. En effet, les commandements de Dieu sont un flambeau : Les prescriptions de la loi sont un flambeau, une lumière, elles sont la vie, la correction, l'enseignement (Prov. VI, 23) ; or celui qui allume un flambeau, ne reste pas sur la place publique, il court chez lui, de peur que le souffle du vent n'éteigne la flamme, ou qu'elle ne cesse avec le temps, faute d'aliment. Agissons de même. L'Esprit-Saint a allumé en nous sa doctrine; lors donc que nous sortons, pleins encore de ce que nous venons d'entendre, si nous rencontrons soit un ami, soit un parent, soit une personne de notre maison, ne nous arrêtons pas, de peur qu'en lui parlant de choses inutiles et superflues; nous ne laissions pendant ce temps-là éteindre en nous le feu de la doctrine, mais afin qu'il prospère dans notre âme comme dans une demeure qui lui appartienne, et que, brûlant sur les hauteurs de notre raison comme sur un chandelier, il éclaire tout ce qui est a l'intérieur. Il est absurde en effet, tandis que nous ne souffrons pas que notre maison reste jamais le soir sans un flambeau allumé, de laisser notre âme dépourvue du flambeau de la doctrine. La plupart des péchés proviennent en nous de ce que nous n'allumons pas aussitôt ce flambeau dans notre âme; de là vient que chaque jour nous trébuchons; de là vient que bien des notions existent dans notre intelligence comme au hasard et sous la première forme venue; en effet, à peine avons-nous ouï la parole divine, avant même d'avoir franchi le vestibule de l'Eglise, nous rejetons à l'instant cette parole, et, comme nous avons éteint la lumière, nous marchons dans de profondes ténèbres ».

Extrait de l'homélie de Saint Jean Chrysostome sur le Saints Martyrs 

« Lors de son premier avènement, Dieu est venu sans aucun éclat, inconnu du plus grand nombre, prolongeant de longues années le mystère de sa vie cachée. Lorsqu'il descendit de la montagne de la Transfiguration, Jésus demanda à ses disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ. Il venait alors, tel un berger, chercher sa brebis égarée, et pour s'emparer de l'animal indocile, il lui fallait demeurer caché. Comme un médecin qui se garde bien d'effrayer son malade dès le premier abord, de même le Sauveur évite de se faire connaître dès le commencement de sa mission : il ne le fait qu'insensiblement et peu à peu. Le prophète avait prédit cet avènement sans éclat en ces termes : « Il descendra comme la pluie sur une toison, et comme l'eau qui coule goutte à goutte sur la terre » (Psaume 71, 6). Il n'a pas déchiré le firmament pour venir sur les nuées, mais il est venu en silence dans le sein d'une Vierge, porté neuf mois par elle. Il est né dans une crèche, comme le fils d'un humble artisan... Il va de-ci, de-là, comme un homme ordinaire; son vêtement est simple, sa table plus frugale encore. Il marche sans relâche au point d'en être fatigué. Mais tel ne sera pas son second avènement. Il viendra avec tant d'éclat qu'il n'y aura pas besoin d'annoncer sa venue : « Comme l'éclair qui part de l'Occident apparaît en Orient, ainsi sera la venue du Fils de l'homme » (Matthieu 24, 27). Ce sera le temps du jugement et de la sentence prononcée. Alors le Seigneur ne paraîtra pas comme un médecin, mais comme un juge. Le prophète Daniel a vu son trône, le fleuve qui roule ses eaux au pied du tribunal et cet appareil tout de feu, le char et les roues (Daniel 7, 9-10). David, le roi-prophète, ne parle que de splendeur, que d'éclat, que de feu rayonnant de tous côtés : « Un feu marchera devant lui, et autour de lui mugira une violente bourrasque » (Psaume 49, 3). Toutes ces comparaisons ont pour objet de nous faire saisir la souveraineté de Dieu, la lumière éclatante qui l'environne et sa nature inaccessible ».

 

Saint Jean Chrysostome - Homélie sur le Psaume 49 - Les deux avènements du Christ

 

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« Aujourd’hui, bien-aimés, dans la joie d’une seule Solennité, nous célébrons la fête de tous les saints. Le ciel exulte de leur société; la terre est heureuse de leur patronage; la Sainte Église est couronnée de leur victoire. Leur confession de foi est d’autant plus à l’honneur qu’elle a été plus ferme à la peine. Car, tandis que le combat augmente de violence, augmente aussi la gloire des combattants; le triomphe du martyre s’embellit de la multiple diversité des souffrances; et le poids de la récompense correspond au poids des tourments. Notre mère, l’Église catholique, répandue en long et en large par toute la terre, apprit en Jésus-Christ, son chef, à ne craindre ni les affronts, ni les croix, ni la mort. Constamment elle s’est affermie, non par la résistance, mais par l’endurance, et à tous ceux qui ont été, en glorieuse phalange, incarcérés comme des criminels, elle a inspiré, pour mener le combat avec la même courageuse ardeur, la triomphale perspective de la gloire. O vraiment bienheureuse mère Église ainsi honorée et illuminée de la divine condescendance, parée du sang glorieux des martyrs vainqueurs, revêtue de la blanche virginité d'une confession de foi inviolée. A ses fleurs ne manquent ni les roses ni les lys. Et maintenant, bien-aimés, que chacun rivalise pour recevoir la plus abondante dignité de ces deux honneurs, les couronnes blanches de la virginité, ou les couronnes pourpres du martyre. Dans les camps célestes la paix et la lutte ont chacune leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ. L’immense et ineffable bonté de Dieu a même pourvu à ne pas étendre le temps des fatigues et du combat à ne pas l’allonger ni l’éterniser, mais à le rendre bref et, pour ainsi dire, d’un moment. Ainsi les combats et les fatigues sont pour cette vie brève et limitée, mais les couronnes et les récompenses des mérites sont pour la vie qui est éternelle. Ainsi les fatigues passent vite, mais les récompenses des mérites se prolongent sans fin. Après les ténèbres de ce monde ils verront une lumière ruisselante de blancheur, ils recevront un bonheur plus grand que les amertumes de toutes les souffrances. C’est ce que l’Apôtre atteste quand il dit : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui doit se révéler en nous » (Romains 8, 18).

 

Sermon de Saint Bède le Vénérable, prêtre (Homélie 70: PL 94, 450

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