« Heureux, trois fois heureux ceux qui ont aimé Dieu et qui, à cause de leur charité pour lui, considérèrent tout le reste comme néant. Certes, ils ont versé d’abondantes larmes et ont passé jours et nuits dans l’affliction pour obtenir la consolation qui ne connait pas de fin. Ils se sont humiliés volontairement pour être exaltés au ciel. Ils ont soumis leur corps à la faim, à la soif et aux veilles, afin que les accueillent là-haut les délices et l’allégresse du paradis. Par leur pureté de cœur, ils sont devenus les demeures de l’Esprit-Saint, selon qu’il est écrit : « J’habiterai au milieu d’eux et j’y marcherai ». Ils se sont crucifiés au monde pour pouvoir se tenir à la droite du Crucifié; ils ont ceints leurs reins de la Vérité et ils ont gardé leurs lampes toujours prêtes dans l’attente de la venue de l’Époux immortel. En effet, dotés des yeux de l’esprit, ils prévoyaient sans cesse l’heure redoutable du Jugement, ils avaient la contemplation, tant des biens futurs que du supplice éternel, inébranlablement fixée dans leur cœur. De même, ils s’acharnèrent à travailler ici-bas afin de ne pas être privés de la gloire éternelle. Ils devinrent insensibles aux passions, comme les anges et ils font chœur maintenant avec ceux dont ils ont imité la vie. Heureux, trois fois heureux, sont-ils ! Car ils ont abaissé le regard ferme de leur esprit, sur la vanité des choses présentes, l’incertitude et l’inconstance de la prospérité humaine; ils y ont renoncé, se sont préparés un trésor de biens éternels et ont conquis cette vie qui ne connaît ni déclin ni interruption par la mort. Ces hommes admirables et saints nous qui sommes indignes et méprisables, nous nous efforçons donc de les imiter. Leur manière de vivre en citoyens du ciel, certes nous n’en atteignons point le niveau, mais nous reproduisons leur vie selon la possibilité de notre faiblesse et de nos pauvres capacités; aussi, avons-nous revêtu leur habit, même si leurs œuvres nous dépassent. Car nous savons que cette promesse faite à Dieu est libératrice du péché et soutien de l’incorruptibilité que nous conféra le baptême divin ».

 

Sermon de Saint Jean Damascène (Vie de Barlaam et Josaphat, ch. 12)

« La Solennité qui nous réunit est la dédicace d'une maison de prière. La maison de nos prières, nous y sommes ; la maison de Dieu, c'est nous-mêmes. Si la maison de Dieu, c'est nous-mêmes, nous sommes construits en ce monde, pour être consacrés à la fin du monde. L'édifice, ou plutôt sa construction, se fait dans la peine ; la dédicace se fait dans la joie. Ce qui se passait, quand s'élevait cet édifice, c'est ce qui se passe maintenant quand se réunissent ceux qui croient au Christ. Lorsque l'on croit, c'est comme lorsque l'on coupe du bois dans la forêt et que l'on taille des pierres dans la montagne ; lorsque les croyants sont catéchisés, baptisés, formés, c'est comme s'ils étaient sciés, ajustés, rabotés par le travail des charpentiers et des bâtisseurs. Cependant, on ne fait la maison de Dieu que lorsque la charité vient tout assembler. Si ce bois et cette pierre n'étaient pas réunis selon un certain plan, s'ils ne s'entrelaçaient pas de façon pacifique, s'ils ne s'aimaient pas, en quelque sorte, par cet assemblage, personne ne pourrait entrer ici. Enfin, quand tu vois dans un édifice les pierres et le bois bien assemblés, tu entres sans crainte, tu ne redoutes pas qu'il s'écroule.

Le Christ Seigneur, parce qu'il voulait entrer et habiter en nous, disait, comme pour former son édifice : « Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres ». C'est un commandement, dit-il, que je vous donne. Vous étiez vieux, vous n'étiez pas une maison pour moi, vous étiez gisants, écroulés. Donc, pour sortir de votre ancien état, de votre ruine, aimez-vous les uns les autres. […] Ce que nous voyons réalisé ici physiquement avec les murs doit se réaliser spirituellement avec les âmes ; ce que nous regardons ici accompli avec des pierres et du bois, doit s'accomplir dans vos corps, avec la grâce de Dieu. Rendons grâce avant tout au Seigneur notre Dieu : les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent de lui. Célébrons sa bonté de tout l'élan de notre cœur. Pour que soit construite cette maison de prière, il a éclairé les âmes de ses fidèles, il a éveillé leur ardeur, il leur a procuré de l'aide ; à ceux qui n'étaient pas encore décidés, il a inspiré la décision ; il a secondé les efforts de bonne volonté pour les faire aboutir. Et ainsi Dieu, qui produit, chez les siens, la volonté et l'achèvement parce qu'il veut notre bien, c'est lui qui a commencé tout cela, et c'est lui qui l'a achevé ».

 

Saint Augustin, Sermon CCCXXXVI

« On ouvre devant nous la chambre nuptiale de Sainte Anne, où s’offrent à nos regards deux modèles à la fois : l’un de vie conjugale, dans la mère; et l’autre, de virginité, dans la fille. La première a été récemment délivrée de l’opprobre de la stérilité; et bientôt la seconde, par un enfantement étranger aux lois de la nature, donnera naissance au Christ, que l’opération divine aura formé et formé semblable à nous. C’est donc à bon droit que, remplie de l’Esprit de Dieu, Anne fait ainsi éclater son bonheur et son allégresse : Réjouissez-vous avec moi de ce que mes entrailles stériles ont porté le rejeton que le Seigneur m’avait promis, et de ce que mon sein nourrit, selon mes vœux, le fruit de la bénédiction d’en haut. J’ai mis de côté le deuil de la stérilité, pour revêtir les habits de fête de la fécondité. Qu’en ce jour, Anne, la rivale de Phénenna, se réjouisse avec moi, et célèbre par son exemple le nouveau et si étonnant prodige opéré en moi. Que Sara, comblée de joie en ses vieux jours par une grossesse qui était la figure de ma fécondité tardive, s’unisse à mes transports. Que les femmes qui n’ont jamais conçu célèbrent avec moi l’admirable visite que le ciel a daigné me faire. Que toutes celles qui ont eu cette joie de la maternité disent également : Béni soit le Seigneur qui a exaucé les prières et rempli les vœux de ses servantes, et qui, rendant féconde une épouse stérile, lui a donné ce fruit incomparable d’une Vierge devenue Mère de Dieu selon la chair, une Vierge dont le sein très pur est un ciel, où celui qu’aucun lieu ne peut contenir a voulu demeurer. Mêlons nos voix aux leurs pour offrir aussi nos louanges à celle qu’on appelait stérile, et qui maintenant est mère d’une mère vierge. Disons-lui avec l’Écriture : Heureuse la maison de David dont vous êtes issue ! Heureux le sein dans lequel le Seigneur lui-même a construit son arche de sanctification, c’est-à-dire Marie, qui l’a conçu sans le concours de l’homme. Vous êtes vraiment heureuse et trois fois heureuse, Anne, d’avoir mis au monde une fille à qui le Seigneur a donné en partage la béatitude, cette Vierge Marie, que son nom même rend singulièrement vénérable, le rejeton qui a produit la fleur de vie, Jésus-Christ; cette Vierge dont la naissance a été glorieuse, et dont l’enfantement sera plus sublime que tout au monde. Nous vous félicitons encore, ô bienheureuse Anne, d’avoir eu le privilège de donner à la terre l’espérance de tous les cœurs, le rejeton objet des divines promesses. Oui, vous êtes bienheureuse, et bienheureux est le fruit de vos entrailles. Les âmes pieuses glorifient celle que vous avez conçue, et toute langue célèbre avec joie votre enfantement. Et certes il est digne, il est on ne peut plus juste, de louer une sainte que la bonté divine a favorisée d’un oracle et qui nous a donné le fruit merveilleux duquel est sorti le très doux Jésus ».

 

Sermon de Saint Jean Damascène (Homélie 2 pour la Nativité de la B. V. Marie: PG 97, 842;
« La deuxième homélie sur la Nativité [de la Vierge Marie] est restituée depuis longtemps
à Saint Théodore Studite » († 826) [Pierre Voulet, s.j., dans SC 80, p. 8]) 

« La lecture du saint Évangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant : la tête de Saint Jean-Baptiste dans un plat, envoi lugubre fait par la cruauté, en haine de la Vérité. Une jeune fille danse, sa mère assouvit sa fureur, et, au milieu des joies dissolues et des délices d’un banquet, un roi fait un serment téméraire et exécute ce serment impie. Ainsi s’accomplit en la personne de Jean ce que lui-même avait prédit. Il avait dit, en parlant de notre Seigneur Jésus-Christ : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3, 30). Jean a été diminué parce qu’on lui trancha la tête, et le Sauveur a grandi parce qu’il a été élevé en la croix. La Vérité a fait naître la haine. Les avertissements du saint homme de Dieu n’ont pu être supportés sans irritation par ceux dont il cherchait le salut. Ils lui ont rendu le mal pour le bien. Que dirait-il, en effet, sinon ce dont il a l’âme remplie ? Et que répondraient-ils, sinon ce dont leur cœur est plein ? Lui, il a semé le bon grain, mais il n’a trouvé que des épines. Il disait au roi : « Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère ». Car ce prince, esclave de sa passion, gardait chez lui, illégitimement, la femme de son frère; toutefois son estime pour Jean l’empêchait de sévir contre lui. Il honorait celui qui lui faisait entendre la Vérité. Mais une abominable créature avait conçu une haine secrète, qu’elle devait mettre au jour le moment venu; ce qu’elle fit au moyen de sa fille, une fille danseuse ».

 

Homélie de Saint Augustin, évêque (Sermon 307, 1: PL 38, 1406)

« La Bienheureuse Vierge Marie est Mère du Souverain Roi parce qu’elle l’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. « Voici, dit-il, que tu vas concevoir et enfanter un fils. » Et plus loin : « Le Seigneur lui donnera le trône de David son père; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin » (Luc 1, 31-33). C’est comme s’il disait expressément : Voici que tu vas concevoir et enfanter pour fils le Roi qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait, tu régneras comme Mère du Roi, et comme Reine tu siégeras sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal. Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu celui qui porte « inscrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Apocalypse 19, 16), aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête » (Apocalypse 12, 1). Marie est la Reine la plus illustre par sa gloire, ce que signifie bien le Prophète dans le psaume qui concerne spécialement le Christ et la Vierge Marie, où l’on dit d’abord au sujet du Christ : « Ton trône, ô Dieu, dans les siècles des siècles », et un peu plus loin au sujet de la Vierge : « La Reine s’est tenue à ta droite », c’est-à-dire à la place d’honneur, ce qui s’applique à sa gloire spirituelle. Puis : « dans son vêtement d’or » (Psaume 44, 7 et 10), qui représente le vêtement de l’immortalité glorieuse, qui fut attribuée à la Vierge dans Son Assomption. Car on ne peut accepter que ce vêtement dont le Christ fut couvert, et qui en outre fut parfaitement sanctifié ici-bas par le Verbe incarné, devienne la pâture des vers. De même qu’il a convenu au Christ de donner à sa Mère la grâce en plénitude dans sa conception, ainsi a-t-il convenu qu’il attribuât la plénitude de la gloire en l’Assomption de cette Mère. Et c’est pourquoi il faut affirmer que la Vierge, glorieuse dans son âme et dans son corps, trône auprès de son Fils.

 

Marie Reine est encore dispensatrice de la grâce, ce qui fut signifié dans le livre d’Esther, où il est dit : « C’est la petite source qui devient un fleuve et s’est transformée en lumière et en soleil » (Esther 10, 6). La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière, à cause de la diffusion de la grâce quant à son double fruit : l’action et la contemplation. Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire ».

 

Homélie de Saint Bonaventure, évêque (Sermon sur la Dignité Royale de la Bienheureuse Vierge Marie)

« Cherchez toujours la Vérité : vénérez la Vérité découverte, obéissez à la Vérité. Il n’est pas de joie en dehors de cette recherche, de cette vénération de cette obéissance. Dans cette aventure merveilleuse, l’Eglise ne vous est pas un obstacle : au contraire, elle vous est une aide. En vous éloignant de son Magistère, vous vous exposez à la vanité de l’erreur et à l’esclavage des opinions apparemment fortes mais en réalité fragiles, car seule la Vérité du Seigneur est éternelle ! ».

 

* « C’est notre liberté que nous nous soumettions à cette Vérité » (Saint Augustin - De libero arbitrio, 13, 37)

Discours de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II au Congrès International de Théologie Morale, le 12 novembre 1988

« Temple Vivant de la Divinité Très Sainte du Fils unique, Mère de Dieu, vraiment, je le redis avec action de grâces, Ton Assomption ne T'a nullement éloignée des chrétiens. Tu vis impérissable et pourtant Tu ne demeures pas loin de ce monde périssable ; au contraire, Tu es proche de ceux qui T'invoquent et ceux qui Te cherchent avec foi Te trouvent. Il convenait que Ton esprit reste toujours fort et vivant et que Ton Corps soit immortel. En effet, comment la dissolution de la chair aurait-elle pu Te réduire en cendre et en poussière, Toi qui as délivré l'homme de la ruine de la mort par l'Incarnation de Ton Fils ? Un enfant cherche et désire sa mère, et la mère aime vivre avec son enfant ; de même, puisque Tu avais dans Ton Coeur un amour maternel pour Ton Fils et pour Ton Dieu, Tu devais normalement pouvoir retourner auprès de Lui, et Dieu, à cause de Son Amour filial envers Toi devait très justement T'accorder de partager Sa condition. Ainsi, morte aux choses qui finissent, Tu as émigré vers les demeures impérissables de l'éternité où réside Dieu dont Tu partages désormais la vie...

Tu as été corporellement sa demeure ; et maintenant c'est Lui qui, en retour, est devenu le lieu de Ton repos. « Voici, disait-il, mon repos pour les siècles des siècles » (Ps 131,14). Ce lieu de repos, c'est la chair qu'il a revêtue après l'avoir prise de Toi, Mère de Dieu, la chair dans laquelle, nous le croyons, Il s'est montré dans le monde présent et se manifestera dans le monde futur lorsqu'Il viendra juger les vivants et les morts. Puisque Tu es la demeure de Son éternel repos, il T'a retirée de la corruption et Il T'a prise avec Lui, voulant Te garder en Sa présence et Son affection. Voilà pourquoi, tout ce que Tu Lui demandes Il Te L'accorde comme à une mère soucieuse de Ses enfants ; et tout ce que Tu souhaites, Il L'accomplit avec Sa Divine Puissance, Lui qui est béni pour l'éternité ».


Saint Germain de Constantinople (?-733), évêque (Homélie 1 pour la Dormition de la Mère de Dieu ; PG 98, 346 (trad. Orval)

« Mon âme exalte le Seigneur; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d’entourer la race humaine. L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu’elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté. L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu’ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus — c’est-à-dire en son Sauveur — car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son Fils et son Dieu. « Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom! » (Lc 1, 49). Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu, qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et si petits qu’ils soient en eux-mêmes. Et c’est bien à propos qu’elle ajoute : « Saint est son nom », pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l’invocation confiante de son nom. Car c’est de cette manière qu’ils peuvent avoir part à l’éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique: « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Jl 2, 32). C’est le nom dont elle vient de dire: « Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. »

 

Aussi est-ce un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la sainte Église, que celui de chanter tous les jours, à vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’Incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand s’approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.

 

Homélie de Saint Bède le Vénérable (I, 4: PL CCL 122, 25-26, 30) 

« L’Eglise connaît deux vies qui lui ont été révélées et confiées par Dieu: l’une est dans la foi, l’autre dans la vision; l’une, pour le pèlerinage temporel, l’autre pour la demeure d’éternité; l’une dans le labeur, l’autre dans le repos; l’une pour la route, l’autre pour la patrie; l’une dans les œuvres de l’action, l’autre dans la récompense de la contemplation. L’une s’éloigne du mal et fait le bien, l’autre n’a plus aucun mal à éviter et peut jouir d’un grand bien. L’une combat l’ennemi, l’autre règne sans plus d’ennemi. L’une vient en aide à l’indigent, où est l’autre, ne se trouve plus aucun indigent. L’une pardonne aux autres leurs péchés pour qu’on lui pardonne les siens; l’autre ne subit rien à pardonner et ne commet rien qui réclame le pardon. L’une est flagellée de maux de peur que les biens ne l’exaltent, l’autre est préservée de tout mal par une telle plénitude de grâces qu’elle adhère au bien suprême sans aucune tentation d’orgueil. Enfin, l’une est bonne mais peineuse encore, l’autre est meilleure et bienheureuse. La première est symbolisée par l’apôtre Pierre, et la seconde par Jean. La première s’écoule tout entière jusqu’à la fin de ce siècle et alors, elle trouvera sa fin. La seconde est différée jusqu’à son accomplissement après la fin de ce siècle, mais dans le siècle à venir elle n’aura pas de fin. Aussi Jésus dit-il à l’un : « Suis-moi ». Il dit de l’autre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi ». Que veut dire ceci ? A mon sentiment, à mon avis, que signifie ceci : « Toi, suis-moi » sinon : imite-moi en supportant les maux de ce temps, lui, qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne rendre les biens éternels ».

 

Homélie de Saint Augustin, évêque (Traités sur saint Jean 124, 5: CCL 36, 685-686)

« Nous entamons aujourd'hui les saints quarante jours du carême, et il nous faut examiner attentivement pourquoi cette abstinence est observée pendant quarante jours. Moïse, pour recevoir la Loi une seconde fois, a jeûné quarante jours (Gn 34,28). Élie, dans le désert, s'est abstenu de manger quarante jours (1R 19,8). Le Créateur des hommes lui-même, venant parmi les hommes, n'a pas pris pas la moindre nourriture pendant quarante jours (Mt 4,2). Efforçons-nous, nous aussi, autant que cela nous est possible, de refréner notre corps par l'abstinence en ce temps annuel des saints quarante jours..., afin de devenir, selon le mot de Paul, « une hostie vivante » (Rm 12,1). L'homme est une offrande à la fois vivante et immolée (cf Ap 5,6) lorsque, sans quitter cette vie, il fait cependant mourir en lui les désirs de ce monde. C'est la satisfaction de la chair qui nous a entraînés au péché (Gn 3,6) ; que la chair mortifiée nous ramène au pardon. L'auteur de notre mort, Adam, a transgressé les préceptes de vie en mangeant le fruit défendu de l'arbre. Il faut donc que nous qui sommes déchus des joies du Paradis par le fait de la nourriture, nous nous efforcions de les reconquérir par l'abstinence. Mais que personne ne s'imagine que seule cette abstinence nous suffise. Le Seigneur dit par la bouche du prophète : « Le jeûne que je préfère ne consiste-t-il pas plutôt en ceci ? Partager ton pain avec l'affamé, recevoir chez toi les pauvres et les vagabonds, habiller celui que tu vois sans vêtement, et ne pas mépriser ton semblable » (Is 58,6-7). Voilà le jeûne que Dieu approuve... : un jeûne réalisé dans l'amour du prochain et imprégné de bonté. Prodigue donc aux autres ce que tu retires à toi-même; ainsi, ta pénitence corporelle soulagera le bien-être corporel de ton prochain qui est dans le besoin ».

 

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église 

Homélies sur les évangiles, n° 16, 5 (trad. Le Barroux rev.)

« Quel mortel, s’il ne s’appuie sur la parole divine, osera célébrer peu ou prou, de ses lèvres non purifiées ou même souillées, cette véritable Mère de Dieu et des hommes, que Dieu le Père, avant tous les siècles, a prédestinée à rester perpétuellement vierge, que le Fils a choisie pour sa très digne Mère, en qui le Saint-Esprit a préparé le séjour de toute grâce ? Par quelles paroles le pauvre homme que je suis osera-t-il exalter les sentiments si profonds conçus par ce Cœur Très Pur et exprimés par cette bouche Très Sainte, alors que la langue de tous les Anges en est incapable ? Car le Seigneur a dit : « L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor du cœur » (Luc 6, 45) ; et cette parole aussi peut-être un trésor. Peut-on concevoir, parmi les simples hommes, quelqu’un de meilleur que celle-là, qui mérita de devenir la Mère de Dieu, qui pendant neuf mois a abrité Dieu lui-même dans son cœur et dans ses entrailles ? Quel trésor est meilleur que cet amour divin lui-même, dont le Cœur de la Vierge était l’ardente fournaise ? De ce Cœur donc, comme de la fournaise du feu divin, la bienheureuse Vierge a tiré de bonnes paroles, c’est-à-dire les paroles d’une très ardente charité. De même que d’un vase plein d’un vin souverain et excellent ne peut sortir que du très bon vin; ou comme d’une fournaise très ardente ne peut sortir qu’un feu brûlant; ainsi, de la Mère du Christ n’a pu sortir qu’une parole d’amour et de zèle souverains et souverainement divins. C’est le fait d’une maîtresse et d’une dame sage que de proférer des paroles peu nombreuses, mais solides et pleines de sens. Ainsi nous trouvons dans l’Évangile, à sept reprises, sept paroles seulement, d’une sagesse et d’une force étonnantes, prononcées par la Très Bénie Mère du Christ : il est ainsi montré mystiquement qu’elle fut pleine de la grâce septiforme. Avec l’Ange elle n’a prononcé que deux paroles. Avec Élisabeth deux encore. Avec son Fils deux également, la première fois au Temple, la seconde fois aux Noces [de Cana]. Avec les serviteurs des noces, une seule parole. Et dans tous les cas, elle a fort peu parlé. Mais elle s’est dilatée davantage dans la louange de Dieu et dans l’action de grâces, lorsqu’elle a dit : « Mon âme magnifie le Seigneur… » (Luc 1, 46). Là, ce n’est pas avec l’homme, mais avec Dieu qu’elle a parlé. Ces sept paroles, elles les a prononcées selon les sept progrès et actions de l’amour, en observant une progression et un ordre admirable : ce sont là comme sept flammes de son Cœur embrasé ».

 

Sermon de Saint Bernardin de Sienne (Sermon 9 sur la Visitation)

Article mis en lien avec la mémoire du Cœur Immaculé de Marie

 

 

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

 

« Les astres brillent dans la nuit, ils éclatent dans les ténèbres ; bien loin de perdre à l'obscurité qui les entoure, ils en apparaissent plus brillants : ainsi en sera-t-il de toi-même, si tu demeures juste au milieu des pervers ; ta lumière en ressortira davantage ». 

 

« Qu'y a-t-il de plus beau que le ciel qui tantôt brille de l'éclat du soleil ou de la lune, tantôt, comme s'il dardait sur nous ses yeux, éclaire la terre d'un nombre infini d'étoiles et fournit aux matelots et aux voyageurs des signes qui leur montrent leur chemin ? Voyez le pilote assis au gouvernail, pendant que les flots sont furieux, que les vents soufflent avec violence et que la nuit ténébreuse est sans lune. Il se confie au ciel qui le guide, et l'étoile, qui, perdue dans les hauteurs, est si éloignée de lui, le conduit avec autant de sûreté ».


« Y a-t-il rien de plus agréable que le ciel, qui, tantôt s'étend sur nos têtes comme un pavillon sans tache et resplendissant, tantôt ressemble à une prairie émaillée de fleurs, et nous montre sa couronne d'étoiles ? Non, il n'est pas aussi doux de voir un oasis dans le désert, qu'il n'est doux, qu'il n'est agréable de voir pendant la nuit le ciel partout couronné de mille étoiles comme de mille fleurs, et de fleurs qui ne se flétrissent jamais, de fleurs qui ont toujours toute leur beauté ? ».

 

 

 

 

 

SAINT AUGUSTIN

 

« Comme les étoiles poursuivent leur course dans les sentiers tracés par Dieu, sans se lasser de projeter leur lumière au sein des ténèbres, sans se troubler des maux qui arrivent sur la terre : ainsi doivent faire les saints, dont la conversation est vraiment au ciel, ne se préoccupant pas plus que les astres eux-mêmes de ce qui se dit ou se fait contre eux ».

« Une lumière éclatante brille pour nous aujourd'hui, parce que le bon Larron est entré dans le ciel sur les pas du Roi des rois. La foule des morts s'est levée, et la conscience des vivants a triomphé. Contemplez l'Eglise, voyez la multitude des élus, les légions des anges, l'armée des fidèles entourant le précieux autel du Seigneur. La foule est dans la joie, parce que le Seigneur des anges est ressuscité. Les morts sont sortis des enfers et sont redevenus vivants, les hommes sont sortis purifiés de la source d'eau vive et entièrement renouvelés; Dieu, dans sa bonté, a pris soin de ressusciter les morts et de renouveler en nous le vieil homme, selon cette parole de l'Ecriture : « L'ancien a disparu, tout est devenu nouveau » (2 Cor V, 17). Voilà pourquoi nous nous écrions tous : « Voici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et tressaillons d'allégresse » (Psaume CXVII, 24). Comment les morts se sont-ils réjouis en sortant de leur tombeau ? Comment ceux qui ont repris naissance ont ils tressailli d'allégresse en sortant de la source sacrée ? Ceux-là ont chanté le cantique nouveau sur la vie nouvelle, et ceux-ci ont chanté l'Alléluia en recevant la grâce précieuse. Disons tous : C'est le jour de la lumière, le jour du pain, afin que nous ne soyons plus soumis ni à la faim ni aux ténèbres ; rassasions-nous, au contraire, du pain de la grâce, et non pas de l'obscurité des nations barbares, car aujourd'hui l'armée des Anges se réjouit avec nous. Que personne ne désire plus le pain matériel, car aujourd'hui est ressuscité « le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean VI, 51). Aujourd'hui les chaînes des enfers sont rompues, que les chaînes de tous les péchés se rompent également.

 

Que notre mère la Sainte Eglise surabonde de joie dans la personne de tous ses enfants. Venez, Seigneur, et dites-nous : « La paix soit avec vous, n'ayez aucune crainte » (Luc IV, 36), et nous jouirons d'une grande sécurité, car en célébrant la loi nous posséderons en toutes choses la lumière éternelle et nous dirons : « Si je marche au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous êtes avec moi, Seigneur » (Psaume XXII, 4). Soyez donc avec nous, Seigneur, afin que nous n'ayons plus à craindre les ombres de la mort et que nous nous réjouissions éternellement en Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrant, ressuscitant et montant au ciel. Par lui puissions-nous nous élever et nous convertir au Seigneur. Le Seigneur est né, et le monde a repris naissance; il a souffert, et l'homme a été sauvé; il est ressuscité, et l'enfer a gémi; il est monté au ciel, et le trône paternel a tressailli de joie. Pendant que le Sauveur souffrait, les morts ressuscitaient et les vivants se réjouissaient; lorsqu'il ressuscita, les captifs sentaient leurs chaînes disparaître, et les anges ne pouvaient contenir leur joie; quand il monta au ciel, les esprits célestes furent enivrés de bonheur, et les Apôtres furent attristés; « mais leur tristesse se changea en joie » (Jean XVI, 20), et dissipa les ténèbres qui les retenaient dans l'erreur. C'est ainsi que pour nous, après la nuit de labeur, rayonne la joie de la lumière à la splendeur du Dieu Sauveur, selon cette parole : « Vous avez changé ma tristesse en joie » (Psaume XXIX, 12) ».

 

Extrait du 21ème sermon sur la fête de Pâques - Saint Augustin, Père et Docteur de l'Eglise

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