« Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et Il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut. Il vient donc, faisant route vers Jérusalem, Lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous gisions au plus bas, afin de nous élever avec Lui, comme le dit l'Écriture, « au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom » (Ephésiens 1, 21). Mais Il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, « Il ne protestera pas, Il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix » (Isaïe 42, 2). Il sera doux et humble, Il fera son entrée modestement... Alors, courons avec Lui qui se hâte vers sa passion ; imitons ceux qui allèrent au-devant de Lui. Non pas pour étendre sur son chemin, comme eux ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant Lui, autant que nous le pouvons, par l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit, afin d'accueillir le Verbe qui vient (Jean 1, 9), afin que Dieu trouve place en nous, Lui que rien ne peut contenir. Car Il se réjouit de se montrer à nous ainsi dans toute sa douceur, Lui qui est doux, « Lui qui monte au-dessus du couchant » (Isaïe 14, 14), c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers Lui par la parole qui nous unit à Dieu ».
 
Homélie pour le Dimanche des Rameaux PG 97, 989-999 - Saint André de Crète (660-740), moine et évêque de l'île de Lesbos


« Dans tout l'univers, Pierre seul est choisi pour présider à la vocation de tous les peuples, à la direction de tous les Apôtres et de tous les Pères de l'Eglise. Ainsi, bien qu’il y ait dans le peuple de Dieu beaucoup de prêtres et beaucoup de pasteurs, Pierre en personne les gouvernerait tous, alors que le Christ les gouverne aussi à titre de chef. Dieu a daigné remettre à cet homme une grande et admirable participation à sa puissance. Et s'il a voulu que les autres chefs aient quelque chose de commun avec lui, tout ce qu'il n'a pas refusé aux autres, c'est toujours par lui qu'il le leur a donné. Le Seigneur demande à tous les Apôtres quelle est l'opinion des hommes à son sujet. Et ils disent tous la même chose aussi longtemps qu'ils exposent les doutes venus de l'ignorance humaine. Mais lorsque le Seigneur exige de connaître le sentiment des disciples eux-mêmes, le premier à confesser le Seigneur est celui qui est le premier dans la dignité d'Apôtre. Comme il avait dit : « Vous êtes le Messie, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui répondit : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » C'est-à-dire : Heureux es-tu parce que c'est mon Père qui t'a enseigné ; l'opinion de la terre ne t'a pas égaré, mais c'est une inspiration céleste qui t'a instruit ; et ce n'est pas la chair et le sang, mais celui dont je suis le Fils unique qui t'a permis de me découvrir. « Et moi, dit-il, je te le déclare », c'est-à-dire : de même que mon Père t'a manifesté ma divinité, de même moi, je te fais connaître ta supériorité. « Tu es Pierre », c'est-à-dire : moi, je suis le rocher inébranlable, la pierre d'angle, qui fais l'unité de deux réalités séparées, le fondement tel que nul ne peut en poser un autre ; mais toi aussi, tu es pierre, car tu es solide par ma force, et ce que j'ai en propre par ma puissance, tu l'as en commun avec moi du fait que tu y participes. « Et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne l'emportera pas sur elle. » Sur cette solidité j'érigerai un temple éternel, et la hauteur de mon Église, qui doit la faire pénétrer dans le ciel, s'élèvera sur la fermeté de cette foi. Les puissances de l'enfer n'arrêteront pas cette confession, les liens de la mort ne l'enchaîneront pas : car cette parole est une parole de vie. Et de même qu'elle porte jusqu'au ciel ceux qui la confessent, de même plonge-t-elle dans les enfers ceux qui la refusent. C'est pourquoi il est dit à Saint Pierre : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les Cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les Cieux. »

 
Sans doute, la possession de ce pouvoir a passé encore aux autres Apôtres et l'institution née de ce décret s'est étendue à tous les chefs de l'Eglise. Mais ce n'est pas en vain que ce qui doit être signifié à tous est confié à un seul. En effet, ce pouvoir est remis à Pierre personnellement, parce que Pierre est donné en modèle à tous ceux qui gouvernent l'Église ».
 

Saint Léon le Grand - Homélie pour l’anniversaire de son sacre épiscopal (IV 2-3)

« Allons à la rencontre du Christ, nous tous qui honorons et vénérons son mystère avec tant de ferveur, avançons vers lui dans l'enthousiasme ! Que tous sans exception participent à cette rencontre, que tous sans exception y portent leurs lumières. Si nos cierges procurent un tel éclat, c'est d'abord pour montrer la splendeur divine de Celui qui vient, qui fait resplendir l'univers et l'inonde de lumière éternelle en repoussant les ténèbres mauvaises ; c'est aussi et surtout pour manifester avec quelle splendeur de notre âme, nous-mêmes devons aller à la rencontre du Christ. De même, en effet, que la Mère de Dieu, la Vierge Très Pure, a porté dans ses bras la véritable lumière à la rencontre de ceux qui gisaient dans les ténèbres ; de même nous, illuminés par ses rayons et tenant en mains une lumière visible pour tous, hâtons-nous vers celui qui est vraiment la lumière. C'est évident : puisque la lumière est venue dans le monde et l'a illuminé alors qu'il baignait dans les ténèbres, puisque le Soleil levant qui vient d'en haut nous a visités, ce mystère est le nôtre. C'est pour cela que nous avançons en tenant des cierges, que nous accourons en portant des lumières, afin de signifier la lumière qui a brillé pour nous, mais aussi afin d'évoquer la splendeur que cette lumière nous donnera. Courons donc ensemble, allons tous à la rencontre de Dieu. Cette lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde, voici qu'elle vient. Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants. Que nul d'entre nous ne demeure, comme un étranger, à l'écart de cette lumière; que nul, alors qu'il en est inondé, ne s'obstine à rester plongé dans la nuit. Avançons tous dans la lumière, tous ensemble, illuminés, marchons à sa rencontre, avec le vieillard Syméon, accueillons cette lumière glorieuse et éternelle. Avec lui, exultons de tout notre cœur et chantons un hymne d'action de grâce à Dieu, Père de la lumière, qui nous a envoyé la clarté véritable pour chasser les ténèbres et nous rendre resplendissants.


Le Salut que Dieu a préparé à la face de tous les peuples et qu'il a manifesté pour la gloire du nouvel Israël que nous sommes, voilà que nous l'avons vu à notre tour, grâce au Christ ; nous avons été aussitôt délivrés de la nuit de l'antique péché, comme Syméon le fut des liens de la vie présente, en voyant le Christ. Nous aussi, en embrassant par la foi le Christ venu de Bethléem à notre rencontre, nous qui venions des nations païennes, nous sommes devenus le peuple de Dieu, car c'est le Christ qui est le Salut de Dieu le Père. Nous avons vu de nos yeux Dieu qui s'est fait chair. Maintenant que la présence de Dieu s'est montrée et que nous l'avons accueillie dans notre âme, nous sommes appelés le nouvel Israël ; et nous célébrons sa venue par une fête annuelle pour ne jamais risquer de l'oublier ».


Homélie de Saint Sophrone, évêque de Jérusalem, † 638 ou 639

Discours 3, sur la fête des Lumières 6.7; texte grec: PG 87-3, 3291-3293)

« Comme vous l’avez entendu dans la lecture de l’Évangile, frères très chers, le Roi du ciel est né et un roi de la terre se trouble : il est normal que la grandeur terrestre soit confondue quand se découvre la majesté céleste. Mais nous devons chercher pourquoi, à la naissance du Rédempteur, ce fut un ange qui apparut aux bergers en Judée tandis que pour l’adorer ce ne fut point un ange, mais une étoile qui amena les mages d’Orient. C’est probablement parce qu’il convenait qu’un être spirituel, à savoir un ange, proclame la bonne nouvelle aux Juifs, comme à des personnes se servant de leur esprit. Mais les païens, parce qu’ils ne savaient pas se servir de leur esprit, sont amenés à connaître le Seigneur non par la parole, mais par un signe. De là vient aussi ce que dit Paul : « Les prophéties sont données aux croyants non aux infidèles, les signes eux sont pour les infidèles, non pour les croyants » (1 Co 14, 22). En effet, les uns ont reçu des prophéties en tant que croyants non en tant qu’infidèles et les autres des signes comme des infidèles, non comme des croyants. Il faut aussi le noter, les Apôtres prêchent à ces mêmes païens notre Rédempteur déjà parvenu à l’âge parfait, mais ce tout petit, encore incapable de se servir des bons offices de son corps humain pour parler, c’est une étoile qui l’annonce aux nations païennes. Car l’ordre logique réclamait assurément que ce soit la parole des prédicateurs qui nous fasse connaître le Seigneur qui parle et que ce soit des éléments muets qui le prêchent quand il ne parle pas encore. Mais en tous ces signes qui se sont manifestés soit à la naissance du Seigneur soit à sa mort, nous devons considérer la dureté de cœur de certains Juifs que ni le bienfait de la prophétie, ni les miracles ne purent amener à le reconnaître. Tous les éléments ont témoigné de l’avènement de leur auteur. Et si je puis parler d’eux d’une manière humaine, les cieux ont su qu’il était Dieu, car ils ont aussitôt envoyé une étoile. La mer l’a su, car elle s’est offerte comme chemin sous ses pas. La terre l’a su, car elle a tremblé tandis qu’il mourait. Le soleil l’a su, car il a voilé les rayons de sa lumière. Les rochers et les murailles l’ont su car au moment de sa mort ils se sont fendus. L’enfer l’a reconnu, car ceux d’entre les morts qu’il retenait, il les a rendus. Et cependant, alors que tous ces éléments insensibles ont senti qu’il était le Seigneur, les cœurs de Juifs encore infidèles ne savent nullement qu’il est Dieu et plus durs que les rochers ne veulent pas se fendre pour la pénitence ».

 

Homélie de Saint Grégoire, pape (Homélies sur les Évangiles 10, 1-2: SC 485, 244-247)

« C’est aujourd’hui l’anniversaire d’une vierge, imitons sa pureté. C’est l’anniversaire d’une martyre, offrons un sacrifice. C’est l’anniversaire de Sainte Agnès. Selon la Tradition, elle a subi le martyre à douze ans. Qu’elle est détestable, la cruauté qui n’a même pas épargné une si petite fille ! Mais combien la foi est grande pour avoir reçu témoignage d’un âge aussi tendre ! Ce petit corps offrait donc assez de place aux blessures ! Et celle qui n’avait presque rien à leur offrir a eu de quoi les vaincre. Alors que les petites filles, à cet âge, ne peuvent supporter les visages sévères de leurs parents et, lorsqu’elles se sont piquées avec une aiguille, pleurent comme si elles s’étaient blessées ! Celle-ci n’éprouve aucune crainte entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne bouge pas en entendant les grincements des lourdes chaînes que l’on tire, et voici qu’elle présente son corps à l’épée d’un soldat furieux. Elle ne sait pas encore ce que c’est que mourir, mais elle y est prête. Et si on l’entraîne de force vers les autels, voilà qu’elle tend les mains vers le Christ à travers les flammes; jusque dans ce foyer sacrilège, elle fait le signe qui glorifie le Seigneur victorieux. Voici qu’on introduit son cou et ses deux mains dans des liens de fer, mais aucune chaîne ne pouvait serrer des membres aussi menus. Est-ce un nouveau genre de martyre ? Elle n’est pas encore capable de souffrir et elle est déjà mûre pour vaincre; il lui est difficile de combattre, et facile de triompher; alors qu’elle supportait le handicap de son jeune âge, elle a réalisé un chef-d’œuvre de vaillance. Elle ne se serait pas hâtée vers la chambre nuptiale le jour de son mariage, comme elle s’est avancée d’un pas joyeux, étant vierge, au lieu de son supplice; c’est le Christ qui était l’ornement de sa tête, et non pas une coiffure compliquée; elle n’était pas couronnée de fleurs, mais de vertus. Tout le monde pleure, elle n’a pas une larme. La plupart s’étonnent de lui voir si facilement répandre une vie à laquelle elle n’avait pas encore goûté, et la donner comme si elle en avait atteint le terme. Tous sont stupéfaits de ce qu’elle se montre témoin de la divinité alors que, en raison de son âge, elle ne pouvait encore décider d’elle-même. Bref, on l’a crue au sujet de Dieu, alors qu’on ne l’aurait pas encore crue au sujet d’un homme. Car ce qui est au-delà de la nature vient du Créateur de la nature. Quelles menaces son bourreau a-t-il employées pour lui faire peur, quelles flatteries pour la fléchir, combien de promesses pour lui faire accepter de l’épouser ! Mais elle : « C’est faire injure à mon époux d’attendre celui qui doit me plaire. Celui qui le premier m’a choisie, c’est lui qui me recevra. Pourquoi traînes-tu, exécuteur ? Qu’il périsse, le corps qui peut être aimé pour avoir charmé les yeux, ce que je refuse ». Elle se leva, pria, tendit le cou. Vous auriez vu le bourreau tressaillir comme s’il était le condamné, la main de l’exécuteur trembler et son visage pâlir par la crainte du coup infligé à un autre, alors que la jeune fille ne craignait rien pour elle-même. Vous avez donc, avec une seule victime, un double martyre : celui de la pureté et celui de la foi. Elle a gardé sa virginité et elle a obtenu le martyre ».

Du Traité Sur les Vierges de Saint Ambroise, évêque (Livre 1, ch. 2.5.7-9: PL 16 [éd. 1845], 189-191)

« Soyez joyeux dans le Seigneur, mes bien-aimés, je le répète, soyez joyeux, car très peu de temps après la Solennité de la Naissance du Christ, voici que nous illumine la fête de sa manifestation. Celui que la Vierge a enfanté ce jour-là, le monde aujourd’hui l’a reconnu. En effet, le Verbe fait chair a si bien réglé les débuts de son entrée dans notre vie que la naissance de Jésus a été manifestée aux croyants et cachée à ses persécuteurs. Alors, les cieux racontèrent la gloire de Dieu et par toute la terre retentit la voix de la Vérité quand l’armée des anges apparut aux bergers pour leur annoncer la naissance d’un Sauveur, et que l’étoile précéda les mages pour les conduire à celui qu’ils venaient adorer. Ainsi, du levant au couchant, resplendit la génération du vrai roi puisque les royaumes de l’Orient apprirent par les mages la véracité des faits et qu’elle ne resta pas cachée à l’empire romain. Même la brutalité d’Hérode, qui voulait supprimer, dès ses premiers instants, un Roi qui lui était suspect, favorisait, à son insu, ce dessein divin. Tandis que, tout entier à son atroce forfait, il poursuivait un enfant qui lui restait inconnu, en massacrant indistinctement les nouveau-nés, la rumeur croissante racontait partout la naissance du souverain que le ciel avait annoncée, rumeur que la nouveauté du signe céleste et l’impiété d’un persécuteur très cruel rendaient à la fois plus manifeste et plus pressée de se répandre. C’est alors aussi que le Sauveur fut emporté en Égypte pour que ce peuple adonné à de vieilles erreurs soit marqué déjà par une grâce secrète en vue du salut tout proche et que, sans avoir encore rejeté de son cœur la superstition, déjà par son accueil il reçoive la Vérité. Reconnaissons donc, frères bien-aimés, dans les mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi. Célébrons, l’âme débordante de joie, les débuts de notre bienheureuse espérance. Car, dès ce moment, nous commençons à entrer dans l’héritage éternel. Dès ce moment, les secrets des Écritures qui nous parlent du Christ se sont ouverts pour nous. La Vérité, que des Juifs, dans leur aveuglement, n’ont pas acceptée, a étendu sa lumière à toutes les nations. Honorons donc ce jour très saint où est apparu l’auteur de notre salut. Celui que les mages ont vénéré enfant dans son berceau, nous, adorons-le tout-puissant dans le ciel. Et tout comme ils ont offert au Seigneur, de leurs trésors, des dons à valeur symbolique, tirons, nous aussi, de nos cœurs, des présents dignes de Dieu ».

 

Sermon de Saint Léon le Grand, pape (Sermon 32, 2° pour l’Épiphanie, nn. 1-4: SC 22 bis, 218-225)

« Ayant appris la naissance de notre Roi, Hérode recourt à la ruse; et, de crainte de se voir priver d’un royaume terrestre, demande qu’on vienne lui annoncer où l’enfant a été trouvé. Il feint de vouloir aller l’adorer, afin de lui ôter la vie, s’il le peut découvrir. Mais que peut la malignité humaine contre un dessein de Dieu ? Car il est écrit : « Il n’y a pas de sagesse, il n’y a pas de prudence, il n’y a pas de conseil contre le Seigneur » (Proverbes 21, 30). L’étoile qui avait apparu aux Mages leur sert de guide : ils trouvent le Roi nouveau-né, ils offrent leurs présents, et ils sont avertis pendant leur sommeil, de ne pas retourner auprès d’Hérode. Et il arrive ainsi qu’Hérode ne peut trouver Jésus qu’il cherche. De qui ce prince est-il l’image, sinon des hypocrites qui, cherchant le Seigneur avec déguisement, ne méritent jamais de le trouver ? Il faut remarquer en passant, que les hérétiques priscillianistes croient que chaque homme naît sous l’influence de certaines constellations, et qu’à l’appui de leur erreur, ils invoquent l’exemple de la nouvelle étoile qui apparut lorsque le Seigneur vint au monde, s’imaginant que cette étoile était son destin. Mais si nous examinons les paroles de l’Évangile, qui dit au sujet de cette étoile : « Jusqu’à ce qu’elle vint et s’arrêta au-dessus du lieu où était l’enfant » (Matthieu 2, 9); nous voyons que ce ne fut pas l’enfant qui courut à l’étoile, mais l’étoile à l’enfant; et, si l’on peut s’exprimer ainsi, que l’étoile ne fut point le destin de l’enfant; mais l’enfant qui apparut, le destin de l’étoile. Mais qu’elle reste loin du cœur des fidèles, la pensée de dire que le destin soit quelque chose. Car la vie des hommes, seul le Créateur qui l’a produite, la gouverne. L’homme n’a pas été fait à cause des étoiles, mais les étoiles à cause de l’homme, et dire qu’une étoile est le destin d’un homme, serait affirmer que l’homme est au-dessous de ce qui a été créé pour le servir. Certes, lorsque Jacob en naissant, tenait par la main le pied de son frère aîné, cet aîné n’était pas encore entièrement venu au monde, que déjà son frère commençait à naître; et cependant, bien qu’ils soient nés le même jour et au même moment, il n’y eut guère de ressemblance entre la vie de l’un et celle de l’autre ».

 

Homélie de Saint Grégoire, pape (Homélies sur l’évangile 10, 3-4: SC 485, 246-249)

« Les Mages sont venus d’Orient pour adorer l’Enfant de la Vierge. C’est le jour où ils lui rendirent cet hommage, que nous célébrons aujourd’hui : c’est à sa mémoire que nous offrons le tribut d’un discours qui est pour nous une dette en cette solennité. Ce jour brilla d’abord pour les Mages, il nous est ramené chaque année par la fête de l’Épiphanie. Ils étaient les prémices de la gentilité; nous en sommes le peuple. Nous avons été instruits par la langue des Apôtres; ils le furent, eux, par une étoile, interprète des cieux. Les mêmes Apôtres, comme d’autres cieux, nous ont raconté la gloire de Dieu. O mystère étonnant ! Il était couché dans une crèche, et d’Orient il amenait les Mages; il était caché au fond d’une étable, et proclamé du haut du ciel, afin qu’ainsi proclamé dans le ciel on le reconnût dans l’étable, ce qui a donné à ce jour le nom d’Épiphanie, qu’on peut traduire en latin par manitestatio, manifestation. Ce jour met à la fois en relief la grandeur et l’humilité du Christ; car les astres révélaient au loin dans le ciel sa grandeur, afin que ceux qui le cherchaient le trouvassent dans un étroit réduit, sous l’apparence de la faiblesse, avec des membres de nouveau-né, enveloppé des langes de l’enfance. En cet état, il fut adoré par les Mages, et redouté des méchants. Car le roi Hérode le craignit, lorsqu’il eut entendu les Mages, encore à la recherche de ce petit Enfant, dont le ciel leur avait attesté la naissance. Que sera son tribunal où il sera assis comme juge, si le berceau où il repose, enfant muet encore, a fait trembler des rois superbes ? Combien les rois sont mieux inspirés, quand, au lieu de chercher, comme Hérode, à le mettre à mort, ils sont heureux de l’adorer comme les Mages; maintenant surtout qu’il a souffert, pour ses ennemis et de la part de ses ennemis, la mort que l’ennemi désirait lui donner, et qu’en la subissant il a tué la mort dans son propre corps ! Si un roi impie l’a craint quand il prenait encore le sein de sa mère, que les rois aient donc pour lui une crainte pieuse, maintenant qu’il est assis à la droite du Père ».

 

Sermon de Saint Augustin, Évêque (Sermon 200, 1-2: PL 38, 1028-1029)

« Aujourd’hui, frères très chers, nous célébrons l’anniversaire de ces enfants qui furent massacrés par le roi Hérode, ce tyran cruel. Le texte de l’Évangile en rapporte le récit. Que la terre donc se réjouisse dans une suprême exultation ! Elle fut la mère féconde de ces lutteurs célestes et de leurs si grandes vertus. Comprenez-le : la faveur de l’ennemi impie n’eût jamais pu être d’un tel avantage à ces bienheureux tout petits que ne le fut sa haine. Oui, la fête très sainte de ce jour le manifeste : autant l’iniquité s’acharna contre ces bienheureux tout petits, autant la grâce de la bénédiction se répandit-elle en eux. Heureuse es-tu, ô Bethléem, terre de Juda : tu as enduré par la monstruosité du roi Hérode la suppression de tes enfants, mais tu as été jugée digne d’offrir à Dieu, en une seule fois, la blanche légion d’une pacifique enfance. A bon droit, nous célébrons leur anniversaire : en les enfantant à la vie éternelle, le monde les rendit plus heureux que ceux que fit naître le sein maternel. N’ont-ils pas obtenu d’être dignes de la vie éternelle avant d’avoir usé de la vie présente ? Dans la mort précieuse des autres martyrs, l’éloge porte sur leur confession de foi, pour ceux-ci, c’est leur holocauste qui attendrit. Dès l’aurore de leur vie naissante, la fin soudaine qui impose un terme à cette vie présente marque le début de leur gloire. Ces nourrissons que l’impiété d’Hérode arracha au sein de leurs mères sont justement appelés les fleurs des martyrs. Écloses au cœur même des frimas de l’infidélité elles surgissent, gemmes précoces de l’Église, et le givre de la persécution vient en quelque sorte les saisir ».

 

Sermon de Saint Césaire, évêque (Sermon 222: CCL 104, 877-878)


 

« Notre Sauveur, frères bien-aimés, est né aujourd’hui, réjouissons-nous ! Pas de place pour la tristesse en ce jour de naissance de la vie, cette vie qui détruit la crainte de la mort et nous donne la joyeuse promesse de l’éternité ! A personne il n’est refusé de partager ce bonheur, unique est pour tous la raison de la joie commune : notre Seigneur, destructeur du péché et de la mort, n’a trouvé personne qui fût libre de la faute, aussi est-il venu délivrer tous les hommes. Que le saint exulte, car il approche du triomphe; que le pécheur se réjouisse, car il est convié au pardon; que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie. Quand vint, en effet, la plénitude des temps, disposée par l’insondable profondeur du plan divin le Fils de Dieu, assuma la nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur; ainsi le Diable, inventeur de la mort, allait être vaincu par cette nature que d’abord il avait vaincue. La lutte engagée pour nous a été menée selon la grande et admirable loi d’équité : avec ce très sauvage adversaire, le Seigneur tout-puissant ne se mesure pas dans sa majesté, mais dans notre humilité; il lui oppose la même condition, la même nature que la nôtre, sujette à la mort comme la nôtre, mais exempte de tout péché. Cette naissance reste certes étrangère à ce qui est écrit de toutes les autres : « Personne n’est pur de souillure, pas même l’enfant qui n’a encore qu’un jour de vie sur la terre » (Job 14, 4-5). Rien ne passe en cette naissance extraordinaire de la concupiscence charnelle, rien ne s’y infiltre de la loi du péché. Une vierge royale de la lignée de David est choisie : appelée à porter un saint rejeton, elle conçoit dans son esprit avant que dans son corps cet enfant divin et humain à la fois. Pour que, dans son ignorance des célestes desseins, elle ne s’effraie pas de paroles insolites, elle apprend par la conversation d’un ange ce qui, par l’Esprit-Saint, va s’opérer en elle; elle ne croit pas dommageable pour sa pureté d’être bientôt la Mère de Dieu. C’est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père par son Fils, dans l’Esprit-Saint. A cause du grand amour dont il nous a aimés, il a eu pitié de nous, et, « alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ » (Éphésiens 2, 5), pour que nous soyons en lui une nouvelle création, une nouvelle œuvre de ses mains. Dépouillons-nous donc « du vieil homme avec ses agissements » (Colossiens 3, 9). Puisque nous sommes admis à participer à la génération du Christ, renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, chrétien, ta dignité : devenu participant de la nature divine, ne retourne pas à ton ancienne bassesse par une conduite indigne de ta race. Rappelle-toi de quelle tête et de quel corps tu es membre. Souviens-toi que, « arraché à la puissance des ténèbres » (Colossiens 1, 13), tu as été transporté dans la lumière du Royaume de Dieu.

 

Sermon du pape Saint Léon le Grand (Sermon 21 [1° pour Noël], 1.3: SC 22bis, 66-69.73-75)

« Alors tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre » (Psaume 95, 12). Le Seigneur est venu une première fois, et il viendra de nouveau. Il est venu une première fois « sur les nuées » (Matthieu 26, 64) dans son Église. Quelles sont les nuées qui l'ont porté ? Les apôtres, les prédicateurs ; il est venu une première fois porté par ses prédicateurs, et il a rempli toute la terre. Ne résistons pas à son premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second. Que doit donc faire le chrétien ? User du monde, mais ne pas servir le monde. En quoi cela consiste-t-il ? « Posséder comme si on ne possédait pas. » C'est ce que dit Saint Paul : « Frères, le temps est court. Que désormais ceux qui achètent vivent comme s'ils ne possédaient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s'il n'en usaient pas vraiment. Car elle passe la figure de ce monde. Je veux vous voir exempt de soucis » (1 Corinthiens 7, 29-32). Celui qui est libre de tout souci attend avec sécurité la venue de son Seigneur. Car est-ce qu'on aime le Seigneur, si on redoute sa venue ? Mes frères, n'en rougissons-nous pas ? Nous l'aimons, et nous redoutons sa venue ? L'aimons-nous vraiment ou est-ce que nous n'aimons pas davantage nos péchés ? Haïssons donc nos péchés, et aimons celui qui doit venir.

 

Saint Augustin (354-430) - Enarrationes Ps 95, §14

« Chez nous l'unanimité se trouve compromise, dans la mesure où a faibli l'abondance des bonnes œuvres. Alors les fidèles vendaient leurs maisons, leurs propriétés, et pour se préparer des trésors dans le ciel, ils en apportaient l'argent aux apôtres pour le soulagement des indigents. Maintenant nous ne donnons même pas le dixième de notre patrimoine, et, au lieu de vendre, comme nous l'ordonne le Seigneur, nous achetons bien plutôt, nous nous agrandissons. C'est ainsi qu'a dépéri chez nous la vigueur de la foi, c'est ainsi que s'est alanguie la ferme énergie des croyants. C'est à notre temps que songeait le Seigneur, quand il a dit : « Lorsque le Fils de l'homme viendra, croyez-vous qu'il trouvera de la foi sur la terre ? ». Nous voyons cette prophétie se réaliser. On ne croit plus qu'il faut craindre Dieu, qu'il y a une loi de justice, une loi de charité, des œuvres à accomplir. On ne songe plus à redouter l'avenir, personne ne médite plus sur le jour du Seigneur, sur la colère de Dieu, sur les supplices qui attendent les incrédules, sur les tourments éternels promis aux perfides. Tout ce que craindrait notre conscience, si elle croyait, elle ne le craint pas, parce qu'elle ne croit pas. Si elle y croyait, elle serait vigilante; et si elle était vigilante, elle se sauverait. Éveillons-nous donc, frères très chers, dans toute la mesure du possible. Secouons la torpeur de notre inertie invétérée. Veillons à observer et à pratiquer les préceptes du Seigneur. Soyons tels qu'il nous a prescrit d'être, quand il a dit : « Ayez la ceinture aux reins et vos lampes allumées ». Soyez semblables à des hommes qui attendent le moment où leur maître reviendra des noces pour lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son retour, trouve en train de veiller ! Oui, ceignons nos reins, de peur que, lorsque viendra  le jour du départ, il ne nous trouve embarrassés et empêtrés ! Que notre lumière brille et rayonne dans les bonnes œuvres, qu'elle nous achemine, de la nuit de ce siècle, à la lumière de l'éternelle clarté. Attendons, sans cesser d'être circonspects et sur nos gardes, l'arrivée soudaine du Seigneur, afin que, lorsqu'il frappera à la porte, notre foi s'éveille pour recevoir de lui le prix de sa vigilance. Si nous observons ces consignes, si nous retenons ces avertissements et ces préceptes, nous ne pourrons être la proie du diable qui n'abuse que des dormeurs. Serviteurs vigilants, nous régnerons avec le Christ triomphant ».

 

Saint Cyprien de Carthage - Sur l'unité de l'Église catholique - Cc 26-27 PL4, 518-520

« Le mérite et la grandeur de la Bienheureuse et Glorieuse Marie toujours vierge, l’ange les proclame de la part de Dieu quand il dit : « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre les femmes ». Il convient que la Vierge soit assurée de pareils dons : elle doit être pleine de grâce, elle qui donne la gloire au ciel, le Seigneur à la terre, et qui apporte la paix, la foi aux nations, un terme aux vices, une règle à la vie, une discipline pour les mœurs. Pleine de grâce en effet, car aux autres la grâce n’est donnée qu’avec mesure tandis qu’en Marie la plénitude de la grâce se répand d’emblée tout entière. Vraiment pleine, car si l’on croit qu’il y eut grâce chez les saints patriarches et les prophètes, elle n’est pourtant pas pleine à ce point. Mais en Marie survient, quoique d’une manière différente, la plénitude de toute la grâce qui est dans le Christ. C’est pourquoi l’ange dit : « Tu es bénie entre les femmes », c’est-à-dire bénie plus que toutes les femmes. Ainsi toute la malédiction répandue par Ève, la bénédiction de Marie l’enlève entièrement. C’est d’elle que Salomon parle comme à sa louange dans le Cantique : « Viens, ma colombe, dit-il, ma toute belle, viens. Voici que l’hiver est passé. Les pluies sont finies, elles s’en sont allées » (Cantique des cantiques 2, 10). Et ensuite il ajoute : « Viens du Liban, viens, tu seras couronnée ». Ce n’est donc pas sans raison que Marie est invitée à venir du Liban; car « Liban » signifie blancheur éclatante. Elle est en effet éclatante de mérites et de vertus sans nombre, plus blanche que neige pure, grâce aux dons du Saint-Esprit montrant toujours la simplicité de la colombe; car ce qui s’accomplit en elle est toute pureté et simplicité, toute vérité et grâce, toute miséricorde et justice, cette justice qui des cieux se penche. Marie est donc immaculée puisque rien ne la souille. Car elle a entouré un homme dans son sein, comme le saint prophète Jérémie l’atteste, ce n’est pas d’ailleurs qu’elle l’a reçu. « Le Seigneur, dit-il crée du nouveau sur la terre. La femme entoure un homme » (Jérémie 31, 22). Du nouveau, c’est bien vrai; nouveauté des vertus qui surpasse toute nouveauté : Dieu (que le monde ne peut porter et que personne ne peut voir sans mourir) a fait son entrée comme en sa demeure dans un sein dont il ignore les limitations corporelles, il y a été porté et toute Sa Divinité s’y trouvait il en est sorti « la porte complètement close », selon la prophétie d’Ézéchiel (cf. 44, 2). Aussi est-ce de Marie que le Cantique chante encore : « Jardin bien clos, source scellée. Tes effluves, un paradis ! » (4, 12). C’est un vrai jardin de délices dans lequel sont plantées toutes les espèces de fleurs et où s’exhalent tous les parfums des vertus. Il est si bien fermé qu’on ne peut le violer ou s’y introduire par ruse. C’est donc la source scellée du sceau de toute la Trinité ».

 

Sermon de Paschase Radbert, Lettres, 9, 5 et 9: PL 30, 127

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

Intentions de prières

 

Actualité du livre

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg