« Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne (Luc 23, 42). Le larron n’a pas osé faire cette prière avant d’avoir déposé par son aveu le fardeau de ses péchés. Tu vois, chrétien, quelle est la puissance de la confession ! Il a avoué ses péchés et le paradis s’est ouvert. Il a avoué ses péchés et il a eu assez d’assurance pour demander le Royaume après ses brigandages. Songes-tu à tous les bienfaits que la croix nous procure ? Tu veux connaître le Royaume ? Dis-moi : Que vois-tu donc ici qui y ressemble ? Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume. Et moi, en le voyant sur la croix, je le proclame Roi. Ne revient-il pas à un Roi de mourir pour ses sujets ? Lui-même l’a dit: Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jean 10, 11). C’est également vrai pour un bon Roi : lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc Roi à cause du don qu’il a fait de sa vie. Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume. Comprends-tu maintenant comment la croix est le signe du Royaume ? Si tu le veux, voici encore une autre preuve. Le Christ n’a pas laissé sa croix sur la terre, mais il l’a soulevée et emportée avec lui dans le ciel. Nous le savons parce qu’il l’aura près de lui quand il reviendra dans la gloire. Tout cela pour t’apprendre combien est vénérable la croix qu’il a appelée sa gloire. Lorsque le Fils de l’homme viendra, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat (Matthieu 24, 29). Il régnera alors une clarté si vive que même les étoiles les plus brillantes seront éclipsées. Les étoiles tomberont du ciel. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme (Matthieu 24, 29-30). Tu vois quelle est la puissance du signe de la croix ! Quand un Roi entre dans une ville, les soldats prennent les étendards, les hissent sur leurs épaules et marchent devant lui pour annoncer son arrivée. C’est ainsi que des légions d’anges et d’archanges précéderont le Christ, lorsqu’il descendra du ciel. Ils porteront sur leurs épaules ce signe annonciateur de la venue de notre Roi ».

 

Saint Jean Chrysostome - Homélie sur la croix et le larron, 1,3-4, PG 49, 403-404

1. « Quelle grandeur y a-t-il à ce que le Roi des siècles devienne le Roi des hommes ? Car si le Christ est Roi d’Israël, ce n’est pas pour exiger le tribut, ni pour armer de fer des soldats, ni pour vaincre visiblement des ennemis. Ce qui le fait Roi d’Israël, c’est qu’il lui appartient de régir les esprits, de prendre soin de nous, en vue de l’éternité, de conduire au Royaume des Cieux ceux qui croient, qui espèrent et qui aiment. Ainsi donc, pour le Fils de Dieu égal au Père, pour le Verbe par qui tout a été fait, s’il a voulu être Roi d’Israël, c’est condescendance et non promotion, marque de miséricorde et non augmentation de pouvoir. Car celui qui est appelé sur terre « Roi des Juifs » est dans les cieux le Seigneur des Anges ».

 

2. « Mais le Christ est-il Roi des Juifs seulement, ou aussi des Gentils ? Il l’est plus encore des Gentils. Dans la prophétie, il dit : « J’ai été établi Roi par Dieu, sur Sion sa montagne sainte, promulguant le précepte du Seigneur »; mais pour qu’à cause de Sion, personne ne puisse dire qu’il a été Roi pour les seuls Juifs, il ajoute aussitôt : « Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré; demande, et je te donnerai les nations pour ton héritage, et en ta possession les frontières de la terre » (Psaume 2, 6-8) ».

 

3. « Jésus répond à Pilate : « Mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, mes serviteurs certes lutteraient pour que je ne sois pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici ». Voilà ce que le bon Maître a voulu que nous sachions. Mais d’abord il devait nous montrer la vanité de l’opinion des hommes, au sujet de son royaume, opinion soit des païens, soit des Juifs, de qui Pilate la tenait. Ils prétendaient le mettre à mort pour avoir convoité une royauté illégitime, ou parce que ceux qui règnent portent habituellement envie à ceux qui sont appelés à régner, et qu’il fallait en effet prendre garde que son Royaume ne s’opposât soit aux Romains, soit aux Juifs. Le Seigneur aurait pu répondre : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » à la première question du gouverneur qui lui dit : « Es-tu Roi des Juifs ? ». Mais à son tour, il lui demande s’il dit cela de lui-même, ou si c’est d’autres qu’il l’a entendu dire. Jésus veut montrer, par la réponse que va faire Pilate, que cette accusation lui a déjà été rapportée par les Juifs contre lui-même, comme un crime; il nous découvre aussi les pensées des hommes, pensées « dont il savait qu’elles sont vaines » (Psaume 93, 11). Et après la réponse de Pilate, il pouvait répondre encore aux Juifs et aux Païens, avec plus d’à-propos et de clarté : « Mon royaume n’est pas de ce monde ».

 

Homélie de Saint Augustin, évêque - Docteur de l’Eglise

1. Homélies sur l’évangile de Jean 51, 4: BA 73B, 292-295

2. Homélies sur l’évangile de Jean 117, 19-21: BA 75, 296-299

3. Homélies sur l’évangile de Jean 115, 1: BA 75, 250-253

« Joachim choisit pour épouse Anne, femme pleine de mérites et digne des plus grands éloges. Comme la première Anne, affligée par l’épreuve de la stérilité, avait obtenu, par la prière et par un vœu, de donner naissance à Samuel, celle-ci, à son tour, par des supplications et une promesse obtint du ciel de mettre au monde la Mère de Dieu : en cela donc aussi, elle ne le cède à aucune des femmes les plus illustres. Ainsi la grâce (car telle est la signification du nom d’Anne) enfanta la Souveraine (c’est ce que signifie le nom de Marie). Marie, en effet, a vraiment été établie la Souveraine de toutes les créatures, en devenant la Mère du Créateur. Elle voit le jour dans la maison de Joachim, dite de la piscine probatique, et plus tard est conduite au Temple. « Plantée ainsi dans la maison de Dieu » (Psaume 91, 13) et nourrie par l’Esprit-Saint, Marie, semblable à un olivier fertile, devient le sanctuaire de toutes les vertus, détachant son cœur de toutes les convoitises de cette vie et de la chair, et conservant son âme vierge aussi bien que son corps, comme il convenait à celle qui devait recevoir Dieu dans son sein.

 

Traité de Saint Jean Damascène sur la Foi orthodoxe (4, 14: PG 94, 1158-1159 – [grec seul: PTS 12, 200])

« Il a commandé à ses Anges à ton sujet » (Psaume 90, 11). Bonté insigne ! Tendresse de charité vraiment admirable ! Par qui ce commandement a-t-il été fait ? A qui, et pour qui ? Et quel est-il ? Appliquons-nous, mes frères, à méditer cet ordre si important, ayons soin de ne pas l’oublier. Qui a commandé ? A qui les Anges appartiennent-ils ? A qui obéissent-ils ? De qui exécutent-ils la volonté ? « Il a commandé à ses Anges à ton sujet, de te garder dans toutes tes voies » (Ibidem). Et ils ne diffèrent pas, ils vous portent même entre leurs mains. C’est donc la souveraine majesté qui commande aux Anges, et à ses Anges, à ces esprits sublimes, aussi heureux que proches de Dieu, unis à lui et ses vrais familiers. Il les charge de nous. […] Combien cette parole doit-elle vous imprimer de respect, vous inspirer de dévotion, vous communiquer de confiance ; de respect, à cause de leur présence; de dévotion, à cause de leur bonté; de confiance, à cause de leur protection ! Marchez avec circonspection, puisque les Anges d’après l’ordre qu’ils ont reçu, vous accompagnent dans toutes vos voies. En quelque logis, en quelque endroit retiré que vous soyez, portez respect à votre Ange. Oseriez-vous devant lui ce que vous n’oseriez pas devant moi ? Ou doutez-vous de sa présence, parce que vous ne le voyez pas ? Que feriez-vous si vous l’entendiez, si vous le touchiez, si vous le sentiez ? Remarquez que ce n’est pas seulement au moyen de la vue qu’on est assuré de la présence des choses. Ainsi donc, mes frères, aimons-les en Dieu d’une tendre affection, ces Anges de Dieu avec qui nous devons être un jour héritiers de son Royaume, et que notre Père céleste a placés auprès de nous pendant cette vie, en qualité de guides et de protecteurs. Que craindrions-nous avec de tels gardiens ? Ils ne peuvent être ni vaincus ni trompés par nos ennemis, et ils peuvent encore moins nous tromper, eux qui nous gardent dans toutes nos voies. Ils sont fidèles, ils sont prudents, ils sont puissants, que redoutons-nous ? Suivons-les seulement; attachons-nous à eux, et demeurons ainsi sous la protection du Dieu du ciel. Toutes les fois que vous vous sentez pressés par une violente tentation et que vous êtes menacés d’une grande épreuve, invoquez celui qui est votre gardien, votre guide, votre « aide au temps du besoin, dans la tribulation » (Psaume 9, 10). Criez vers lui et dites : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons » (Matthieu 8, 25).

 

Sermon de Saint Bernard, abbé (Sermons sur le ps. 90, 12, 4-9: PL 183, 232-235 et SBO 4, 459-462)



« Selon le témoignage de la Sainte Écriture, nous disons qu’il y a neuf chœurs d’Anges, à savoir : les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Qu’il y ait des Anges et des Archanges, presque toutes les pages de la Sainte Écriture l’attestent; quant aux Chérubins et aux Séraphins, chacun sait que les livres des prophètes en parlent souvent. L’apôtre Paul énumère pour les Ephésiens les noms de quatre autres ordres lorsqu’il dit : « Au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu et Domination » (Éphésiens 1, 21). Il dit encore, en écrivant aux Colossiens : « Aussi bien les Trônes que les Puissances, les Principautés ou les Dominations ». (Colossiens 1, 16). S’adressant aux Éphésiens, il avait déjà cité les Dominations, les Principautés et les Puissances; mais avant d’en parler aussi aux Colossiens, il met en tête les Trônes, dont il n’avait rien dit aux Ephésiens. Si donc on joint les Trônes aux quatre ordres que Paul cite aux Ephésiens - Principautés, Puissances, Vertus, Dominations - cinq ordres se trouvent ainsi mentionnés nommément; et si l’on y ajoute les Anges et les Archanges, les Chérubins et les Séraphins, on trouve sans nul doute qu’il existe neuf ordres d’anges. Il faut savoir que le terme d’Ange désigne une fonction, et non une nature. Car si les esprits bienheureux de la patrie céleste sont toujours des esprits, ils ne peuvent pas toujours être appelés des Anges; ils ne sont Anges que lorsqu’ils annoncent quelque chose. C’est pourquoi le psalmiste affirme : « Des esprits, il fait ses Anges » (Psaume 103, 4). C’est comme s’il disait clairement : « Lui qui a toujours les esprits à sa disposition, il en fait ses Anges quand il le veut ». On appelle Anges ceux qui annoncent les choses de moindre importance, Archanges ceux qui annoncent les plus élevées. Voilà pourquoi ce ne fut pas un Ange, mais l’Archange Gabriel que Dieu envoya à la Vierge Marie (cf. Luc 1, 26). En un tel ministère, en effet, il convenait que le plus grand des Anges vînt lui-même annoncer la plus grande des nouvelles. Certains de ces Anges reçoivent aussi des noms particuliers, pour exprimer par des mots l’étendue de leur action. C’est ainsi que Michel signifie « Qui est comme Dieu ? » Gabriel, « Force de Dieu »; Raphaël, « Médecine de Dieu ». Chaque fois qu’il est besoin d’une puissance extraordinaire, l’Écriture nous dit que c’est Michel qui est envoyé : son action et son nom font comprendre que nul ne peut se targuer d’accomplir ce qui est réservé au seul pouvoir de Dieu. L’antique ennemi, dévoré de l’orgueilleux désir de s’égaler à Dieu, déclarait : « Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles du ciel, je m’assiérai sur la montagne de l’alliance aux côtés de l’Aquilon, je monterai sur le sommet des nues et je serai semblable au Très-Haut » (Isaïe 14, 13-14). Or l’Ecriture nous atteste qu’à la fin du monde, abandonné à sa propre force et condamné à périr dans le supplice final, il combattra contre l’Archange Michel : « Il se fit, dit Jean, un combat avec l’Archange Michel » (Apocalypse 12, 7). A Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, lui dont le nom signifie « Force de Dieu ». Ne venait-il pas annoncer celui qui a daigné paraître dans l’humilité pour combattre les puissances de l’air ? Enfin, comme nous l’avons dit, Raphaël signifie « Médecine de Dieu ». En effet, cet Archange a dissipé les ténèbres qui rendaient Tobie aveugle, en touchant pour ainsi dire ses yeux par l’intermédiaire des soins qu’on lui a prodigués (cf. Tobie 11, 7-8)

 

Sermon de Saint Grégoire, pape - (Homélies sur les Évangiles 34, 7. 8-9 : PL 76, 1249-1250. 1251 - CCL 141, 305…308)

 



« Le Martyre de la Vierge
est recommandé à notre attention, tant par la prophétie de Syméon que par l’histoire même de la Passion du Seigneur. « Celui-ci est posé en signe de contradiction, dit le saint vieillard au sujet de l’Enfant Jésus, et ton âme à toi, disait-il à Marie, sera traversée d’un glaive » (Luc 2, 34-35). Vraiment, ô bienheureuse Mère, votre âme a été transpercée; et ce n’est qu’en passant par elle que le glaive pouvait pénétrer jusqu’à la chair de votre Fils. En vérité, après que votre Jésus eut rendu l’esprit, la lance cruelle qui lui ouvrit le côté n’a certes pas atteint son âme, mais a transpercé la vôtre. Son âme à lui n’était plus là, mais la vôtre ne pouvait être arrachée de ce corps. La violence de la douleur a donc transpercé votre âme, en sorte que ce n’est pas sans raison que nous vous proclamons plus que Martyre, vous en qui le sentiment de la souffrance corporelle a été dépassé par le sentiment affectueux de la compassion. N’a-t-elle pas été plus qu’un glaive traversant votre âme, cette parole pénétrant « jusqu’à diviser l’âme et l’esprit » (Hébreux 4, 12) : « Mère, voilà ton fils » (Jean 19, 26). Oh! quel échange! Jean vous est donné à la place de Jésus, le serviteur à la place du Seigneur, le disciple à la place du Maître, le fils de Zébédée pour le Fils de Dieu, un simple homme pour un vrai Dieu. Comment l’écoute de cette parole n’aurait-elle pas traversé votre âme incomparablement affectueuse, quand son seul rappel fend nos cœurs à nous, nos cœurs de pierre et de fer ? Ne vous émerveillez pas de ce qu’on dise que Marie a été Martyre en son âme. Il s’émerveillera, celui qui ne se souviendra pas que Saint Paul a mentionné parmi les plus grands crimes des païens celui « d’être sans affection » (2 Timothée 3, 3). Cela était bien loin du Cœur de Marie, que cela soit loin aussi de ses humbles serviteurs. Mais peut-être quelqu’un dira-t-il : Ne savait-elle pas d’avance qu’il devait mourir ? Assurément. N’espérait-elle pas qu’il ressuscite aussitôt ? Oui, sans hésiter. Et avec cela, a-t-elle été affligée de le voir crucifier ? Oui, profondément. D’ailleurs, qui donc es-tu, mon frère, et d’où te vient cette sagesse, que tu t’étonnes davantage de la compassion de Marie que de la souffrance du Fils de Marie ? Il a pu mourir corporellement et elle n’aurait pu mourir avec lui dans son cœur ? La mort du Fils est le fruit d’une charité telle que personne n’en a de plus grande; la compassion de la Mère vient d’une charité telle qu’après elle on n’en a pas vu de semblable ».

 

 

Sermon de Saint Bernard de Clairvaux - (Pour le Dimanche après l’Assomption 14-15: PL 183, 437-438)

« Bien-aimés, voici donc le Christ exalté par la croix; le regard de l’âme ne doit pas être frappé seulement par l’aspect extérieur qui se présenta aux yeux des impies, de ceux pour qui Moïse dit : « Et ta vie sera suspendue devant tes yeux et tu craindras jour et nuit sans pouvoir croire en ta vie » (Deutéronome 28, 66). Ces hommes, dans la crucifixion du Seigneur, en effet, ne purent penser à rien d’autre qu’à leur forfait; et s’ils ont de la crainte, ce n’est pas celle qui justifie la vraie foi, mais celle qui tourmente la mauvaise conscience. Pour nous, que notre intelligence, illuminée par l’Esprit de Vérité, accueille d’un cœur pur et libre la Gloire de la Croix qui rayonne au ciel et sur la terre; que son regard intérieur contemple le sens de ces paroles du Seigneur sur l’imminence de sa passion: « C’est maintenant le jugement de ce monde; c’est maintenant que le Prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jean 3, 14).

 

0 puissance admirable de la Croix ! 0 gloire ineffable de la Passion ! Là se trouve le Tribunal du Seigneur, le Jugement du monde, le pouvoir du Crucifié ! 0ui, tu as tiré tout à toi, Seigneur, et, lorsque tu « étendais les mains tout le jour vers un peuple incrédule et obstiné à te contredire » (Isaïe 65, 2), le monde entier reçut l’intelligence pour confesser ta majesté. Tu as tiré tout à Toi, Seigneur, lorsque, pour maudire le crime judaïque, tous les éléments prononcèrent une sentence unanime; les luminaires célestes s’obscurcirent et le jour se changea en nuit; la terre elle-même fut ébranlée de secousses insolites et la création entière se refusa à servir des impies ! Tu as tiré tout à Toi, Seigneur, parce que, le voile du temple déchiré, le Saint des Saints s’est retiré loin de pontifes indignes : la figure se changea alors en Vérité, la prophétie en manifestation, la Loi en Évangile.

 

Tu as tiré tout à toi, Seigneur, afin que partout le culte de toutes les nations célébrât par un sacrement plénier et manifeste ce qui se cachait sous l’ombre des figures dans un seul temple de Judée. Maintenant, en effet, l’ordre des lévites est plus illustre, la dignité des anciens plus élevée, l’onction des prêtres plus sainte : car ta croix est source de toute bénédiction, cause de toute grâce; par elle, les croyants tirent force de la faiblesse, gloire de l’opprobre, vie de la mort. Maintenant aussi la diversité des sacrifices d’animaux prend fin et l’offrande unique de Ton Corps et de Ton Sang consomme tous les rites de sacrifices : car tu es le véritable « Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde » (Jean 1, 29), et tu achèves en toi tous les mystères; ainsi, de même que toutes les victimes font place à un seul sacrifice, tous les peuples ne forment plus qu’un seul royaume ».

 

Homélie de Saint Léon, pape (Sermon 59, 6-7 : PL 54, 340-341 - CCL 138A, 356-359 - SC 74, 60-61)

« "Et le nom de la vierge était Marie", est-il dit. Parlons encore un peu de ce Nom qui est interprété « étoile de la mer » et qui convient si bien à la Vierge Mère. C’est vraiment avec beaucoup d’à-propos qu’elle est comparée à un astre, car, tout comme un astre sans se nuire, émet son rayon, ainsi la Vierge, sans se nuire, a donné le jour au Fils. Le rayon ne diminue en rien l’éclat de l’astre, pas plus que le Fils, l’intégrité de la Vierge. Elle est donc cette noble étoile surgie de Jacob, et son rayon illumine le monde entier : sa splendeur brille dans les cieux et pénètre les enfers; éclaire aussi les terres et réchauffe les esprits bien plus que les corps, elle nourrit les vertus et consume les vices. C’est elle, dis-je, la brillante et merveilleuse étoile levée forcément au-dessus de cette grande et vaste mer, étincelante de mérites, lumineuse par ses exemples. Ô toi, qui que tu sois, qui te sais vacillant sur les flots de ce monde parmi les bourrasques et les tempêtes, plutôt que faisant route sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas te noyer durant les bourrasques. Si surgissent en toi les vents des tentations, si tu navigues parmi les écueils des épreuves regarde l’étoile, appelle Marie. Si tu es ballotté sur les vagues de l’insolence et de l’ambition, du dénigrement ou de la jalousie, regarde l’étoile, appelle Marie. Si la colère, l’avarice ou les désirs de la chair secouent l’esquif de ton âme, regarde vers Marie. Si, troublé par la démesure de tes crimes, confus par l’infection de ta conscience, terrifié par l’horreur du jugement, tu commences à sombrer dans le gouffre de la tristesse, l’abîme du désespoir, pense à Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, invoquez Marie, pensez à Marie. Que ce doux nom ne soit jamais loin de votre bouche, jamais loin de votre cœur ; mais pour obtenir une part à la grâce qu’il renferme, n’oubliez point les exemples qu’il vous rappelle. En suivant Marie, on ne s’égare point, en priant Marie, on ne craint pas le désespoir, en pensant à Marie, on ne se trompe point; si elle vous tient par la main, vous ne tomberez point, si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre, si elle vous conduit, vous ne connaîtrez point la fatigue, et si elle vous est favorable, vous êtes sûr d’arriver; vous comprendrez ainsi par votre propre expérience pourquoi il est écrit : "Le nom de la vierge était Marie" ».

 

Sermon de Saint Bernard de Clairvaux, abbé (A la louange de la Vierge mère 2, 17: SC 390, 168-171)

18.jpg« Nous trouvons la vie insupportable, nous sommes troublés, impatients, nous nous fâchons comme de petits enfants, nous nous figurons que le feu de l'enfer né saurait être plus cruel; et voilà les martyrs, en proie non pas au feu de la fièvre, mais à une flamme, qui les assiège de toutes parts, à des étincelles qui sautent sur leurs blessures, et qui dévorent ces plaies d'une manière plus cuisante que la dent des bêtes les plus féroces; et eux, comme s'ils étaient de diamant, comme s'ils voyaient tout cela se produire sur le corps d'autrui, ils demeurent avec générosité, avec le courage conforme à leur devoir, fermement attachés aux paroles de leur croyance, inébranlables au milieu de tous les maux, et donnant une preuve éclatante de leur courage et de la grâce de Dieu. Vous avez vu souvent, au point du jour, le soleil se lever, et darder ses rayons d'or; eh bien ! tels étaient les corps des martyrs, lorsque des ruisseaux de sang s'échappaient tout alentour, comme autant de rayons vermeils, et jetaient sur leurs corps un éclat bien plus vif que le soleil n'en répand dans le ciel. A la vue de ce sang, les anges se réjouissaient, les démons frissonnaient, et Satan lui-même tremblait. Car ce n'était pas simplement du sang qu'ils voyaient, mais un sang salutaire, un sang sacré, un sang digne des cieux, un sang qui arrose continuellement les belles plantes de l'Eglise. Satan vit donc ce sang, et il frissonna : c'est qu'il se rappelait un autre sang, celui du Maître : c'était pour ce sang-là que celui des martyrs coulait; car depuis le jour où le flanc du Maître fut percé, vous voyez des milliers de flancs percés comme le sien. En effet, qui est-ce qui ne se préparerait avec une grande joie à des épreuves qui doivent nous donner part aux souffrances du Maître, et assimiler notre mort à celle de Jésus-Christ ? Oui, c'est là une rétribution suffisante ; un honneur bien au-dessus de nos peines, une récompense bien plus grande que nos luttes, même avant de recevoir la possession du Royaume céleste. N'ayons donc point de ces frissonnements, lorsque nous entendons dire qu'un tel a souffert le martyre; frissonnons, au contraire, lorsqu'on nous apprend qu'un tel autre a pu faiblir et tomber, en présence de rémunérations si glorieuses. Que si vous demandez ce qu'ils deviennent après leur martyre, aucun langage ne saurait l'exprimer. Car l'oeil n'a point vu, dit l'Apôtre, ni l'oreille entendu, ni le coeur de l'homme soupçonné, ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. (I Cor. II, 9.) Or personne n'a aimé Dieu comme l'ont fait les martyrs. Cependant, de ce que la grandeur des biens qui les attendent surpasse le langage et la pensée, nous ne prendrons pas un motif de nous taire ; mais, autant que nous serons capables, moi de l'exprimer, et vous de le comprendre, nous tâcherons de vous dépeindre en traits affaiblis la béatitude qui leur est réservée : ceux-la seuls la connaîtront clairement, qui par les mêmes épreuves auront mérité d'en jouir. Les maux donc si cruels et si insupportables que souffrent ici-bas les martyrs, ne durent qu'un court instant; mais quand ils ont quitté cette vie, ils montent aux cieux, précédés par les anges, escortés par les archanges; car les anges et les archanges ne rougissent pas de les avoir pour compagnons dans le service de Dieu; ils sont prêts à tout faire pour eux, puisque ceux-ci ont été prêts à tout souffrir pour Jésus-Christ leur maître commun. Lors donc qu'ils montent au ciel, toutes ces saintes puissances du ciel accourent au-devant d'eux. Si, en effet, lorsque des athlètes étrangers arrivent dans une ville, on voit tout le peuple affluer de toutes parts, les entourer, et considérer la beauté de leurs membres; à plus forte raison, quand les athlètes de la foi montent au ciel, les anges accourent-ils, et toutes les puissances célestes affluent-elles de tous côtés, pour considérer leurs blessures; alors les martyrs sont accueillis et salués avec joie comme des héros qui reviennent de la guerre et du champ de bataille à la suite de plusieurs victoires et chargés de trophées; ils sont, par un cortége nombreux, conduits au Roi des cieux, au pied de ce trône d'où déborde une gloire infinie, là où les chérubins et les séraphins ont leur demeure. Parvenus en ce lieu, ils adorent celui qui est assis sur le trône, alors ils trouvent auprès du Maître un accueil plus bienveillant encore qu'auprès de leurs compagnons dans le service de Dieu. En effet, il ne les reçoit pas comme des serviteurs (quoique ce soit déjà là un honneur insigne, dont on ne saurait trouver l'égal); mais il les reçoit comme ses amis : Car pour vous, dit Notre-Seigneur, vous êtes mes amis (Jean, XV, 14) ; et cela est tout naturel; car, ainsi que Notre-Seigneur venait de le dire : Il n'y a point de plus grand amour, que de donner sa vie pour ses amis. (Ibid. 13.) Comme ils ont donc fait preuve du plus grand amour, Dieu les accueille, et ils jouissent de cette gloire céleste, se mêlent au choeur des anges, et prennent part aux concerts mystérieux. Car si, tandis qu'ils étaient dans un corps mortel, ils étaient admis dans ces chœurs célestes par la participation aux saints mystères, de sorte qu'ils chantaient l'hymne trois fois saint (Isaïe, VI, 3) en compagnie des chérubins mêmes, comme vous le savez, vous qui avez été initiés aux saints mystères; à plus forte raison, maintenant qu'ils ont rejoint ceux dont ils partageaient déjà les chants d'allégresse, unissent-ils désormais leurs voix à celle des puissances célestes, pour chanter, pleins d'une sainte confiance, l'hymne éternel de louanges. N'avez-vous pas eu jusqu'ici horreur du martyre ? Et maintenant, ne le désirez-vous pas ? Ne gémissez-vous pas à présent de ce que l'occasion ne s'en présente point ? Aussi, exerçons-nous en vue de cette occasion. Ils ont méprisé la vie : méprisez la mollesse; ils ont livré leur corps au feu : livrez maintenant vos biens entre les mains des pauvres; ils ont foulé aux pieds les charbons ardents: et vous, éteignez la flamme de vos passions. Tout ceci est pénible, mais profitable. Ne considérez pas les incommodités présentes, mais les avantages à venir, non les maux actuels, mais les biens en espérance, non les souffrances, mais les récompenses, non les travaux, mais les couronnes; non les sueurs, mais le salaire, non les douleurs, mais la rétribution, non le feu qui vous brûle, mais le royaume qui vous est proposé, non les bourreaux qui vous entourent, mais le Christ qui vous couronnera ».

Saint Jean Chrysostome - Homélie en faveur de tous les saints qui ont souffert le martyre dans tout le monde entier
Photo : Funérailles pour le martyre de l'Archevêque de Mossoul (Irak) en 2008. Article spécial à cette adresse

« Voici, frères bien-aimés, la fête tant attendue de la bienheureuse et vénérable Marie toujours vierge ! Que notre univers, illuminé par une telle naissance, se réjouisse de tout son cœur ! Elle est la « fleur des champs » (Cantique des cantiques 2, 1) dont sortit le précieux « lis des vallées » (Cantique des cantiques 2, 1), à la naissance duquel fut changé le sort de nos premiers parents et lavée leur faute tandis qu’était déchirée la sentence de malheur portée contre Ève : « C’est dans la peine que tu enfanteras tes fils » (Genèse 3, 16). N’est-ce pas dans la joie, en effet, que Marie enfanta le Seigneur ? Ève fut dans la douleur tandis que Marie exulta. Ève porta en son sein les larmes et Marie la joie, car la première enfanta un pécheur et la seconde l’Innocent. La mère du genre humain apporta le châtiment au monde, tandis que la Mère de notre Seigneur lui fit don du salut. Ève est l’auteur du péché, Marie l’auteur du mérite. L’une fut nocive en introduisant la mort, l’autre se rendit utile en produisant la vie. La première frappa, la seconde guérit. La désobéissance fut changée en obéissance, la foi compensa l’infidélité. Que Marie fasse donc résonner les instruments de musique, que les doigts agiles de cette vierge Mère fassent retentir les tambourins. Que les chœurs joyeux fassent entendre et alterner les strophes de chants harmonieux. Écoutez le chant qu’elle a composé : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante. Oui, désormais toutes les nations me diront bienheureuse car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » (Luc 1, 47-49a). Le miracle d’un nouvel enfantement a donc réduit à néant la cause d’une faute dont les conséquences allaient en se développant, et le chant de Marie a pris la place de la lamentation d’Ève ».

 

Sermon de Saint Augustin (Sermons supposés 194, 1, 2 : PL 39, 2104-2105.

« Le sermon n’est pas de Saint Augustin - Auteur inconnu, 7°-8° siècle, source d’Ambroise Autbert »

[note du Bréviaire latin-français, Desclée, 1965]

« Puisque la Vierge Mère de Dieu devait naître de Sainte Anne, la nature n’a pas osé anticiper sur la grâce : la nature demeura stérile jusqu’à ce que la grâce eût porté son fruit. Il fallait qu’elle naisse la première, celle qui devait enfanter le premier-né antérieur à toute créature, en qui tout subsiste. Joachim et Anne, heureux votre couple ! Toute la création est votre débitrice. C’est par vous, en effet, qu’elle a offert au Créateur le don supérieur à tous les dons, une mère toute sainte, seule digne de celui qui l’a créée. Réjouis-toi, Anne, la stérile, toi qui n’enfantais pas; éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs. Réjouis-toi, Joachim : par ta fille un enfant nous est né, un Fils nous a été donné. On proclame son Nom : Messager du grand dessein de Dieu, qui est le salut de tout l’univers, Dieu fort. Oui, cet enfant est Dieu. Joachim et Anne, heureux votre couple, et parfaitement pur ! On vous a reconnus grâce à votre fruit, selon cette parole du Seigneur : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Vous avez eu une conduite agréable à Dieu et digne d’elle que vous avez engendrée. À cause de votre vie chaste et sainte, vous avez produit le joyau de la virginité, celle qui devait être vierge avant l’enfantement, vierge en mettant au monde, vierge après la naissance ; la seule toujours Vierge d’esprit, d’âme et de corps. Joachim et Anne, couple très chaste ! En observant la chasteté, cette loi de la nature, vous avez mérité ce qui dépasse la nature : vous avez engendré pour le monde celle qui sera, sans connaître d’époux, la Mère de Dieu. En menant une vie pieuse et sainte dans la nature humaine, vous avez engendré une fille supérieure aux Anges, qui est maintenant la Souveraine des Anges. Enfant très gracieuse et très douce ! Fille d’Adam et Mère de Dieu ! Heureux ton père et ta mère ! Heureux les bras qui t’ont portée ! Heureuses les lèvres qui, seules, ont reçu tes chastes baisers pour que tu demeures toujours parfaitement vierge. Acclamez Dieu, terre entière, sonnez, dansez, jouez. Élevez la voix, élevez-la, ne craignez pas. »


Homélie de Saint Jean de Damas pour la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge

1. En montant aujourd'hui dans les cieux, la glorieuse Vierge a certainement porté à son comble la joie des citoyens du ciel. Car elle n'est rien moins que celle dont la voix fit tressaillir de joie, dans les entrailles d'une mère qu'elle a saluée, l'enfant qui y était encore enfermé. Si l'âme d'un enfant qui n'était pas encore né s'est fondue de bonheur à sa voix, qu’elle ne dut pas être l'allégresse des esprits célestes quand ils eurent le bonheur d'entendre sa voix, de contempler son visage ? Et même pour nous, mes frères bien-aimés, quelle fête n'est point le jour de son Assomption, quels motifs de joie et de bonheur n'y a-t-il point dans son assomption ? La présence de Marie éclaire le monde entier, c'est au point que les cieux eux-mêmes brillent d'un plus vif éclat, à la lumière de cette lampe virginale. C'est donc avec raison que les actions de grâce et les chants de gloire retentissent dans les cieux; mais nous, mes frères, il semble que nous avons plus de motifs de gémir que d'applaudir. En effet, ce monde inférieur ne doit-il pas proportionner son deuil, quand elle le quitte, à l'allégresse même que sa présence répand dans les cieux ? Pourtant, trêve de plaintes chez nous, car, après tout, nous n'avons point ici une cité permanente, nous aspirons, à celle où Marie fait aujourd'hui son entrée; si nous devons un jour en être citoyens, il est juste que, même dans notre exil, et jusque sur les bords des fleuves de Babylone, nous l'ayons présente à la pensée, nous participions à ses joies, nous partagions son allégresse, surtout à celle qui remplit si bien aujourd'hui même, comme un torrent, cette cité de Dieu, que, même ici-bas, nous en recevons quelques gouttes qui tombent jusque sur la terre. Notre Reine nous a précédés, et le glorieux accueil qui lui est fait doit nous engager à suivre Notre Dame, nous ses humbles serviteurs, en nous écriant : « Attirez-nous à votre suite, nous courrons dans l'odeur de vos parfums ». Notre exil a envoyé en avant une avocate qui, en sa qualité de mère de notre Juge, de mère de la miséricorde, doit traiter en suppliante, mais en suppliante écoutée, l'affaire de notre salut.

 

2. Aujourd'hui notre terre a envoyé un précieux présent au ciel, pour rapprocher, par cet heureux échange de présents d'amitié, les hommes de Dieu, la terre des cieux, notre bassesse de l'élévation suprême. Un fruit sublime de la terre s'est élevé là d'où nous viennent tous dons excellents, tous dons parfaits, et une fois montée dans les cieux, la bienheureuse Vierge comblera à son tour les hommes de ses dons. Pourquoi n'en serait-il point ainsi ? Car le pouvoir ne lui manquera pas plus que la volonté. Elle est la Reine des cieux et une Reine de miséricorde, et de plus elle est la Mère du Fils unique de Dieu; est-il rien qui puisse nous faire concevoir une plus haute estime de son pouvoir et de sa bonté ? A moins qu'on ne croie pas que le Fils de Dieu honore sa mère, ou qu'on doute que les entrailles de Marie, où la charité même de Dieu a passé corporellement neuf mois entiers, se soient remplies de sentiments de charité.

 

3. Si je parle de la sorte, mes frères, c'est pour nous que je le fais, attendu que je n'ignore pas combien il est difficile que dans un si grand dénuement on ne puisse trouver cette charité parfaite qui ne cherche point ses propres intérêts. Mais, sans parler des grâces que nous recevons pour sa glorification, pour peu que nous ressentions d'amour pour elle, nous nous réjouirons de la voir retourner à son Fils. Oui, mes frères, nous la féliciterons, à moins pourtant qu'il ne nous arrive, ce qu'à Dieu ne plaise, d'être tout à fait ingrats envers celle qui a trouvé la grâce. Car elle est aujourd'hui reçue dans la cité sainte par celui qu'elle a reçu elle-même la première, lorsqu'il fit son entrée dans monde, mais avec quel honneur, avec quelle allégresse et quelle gloire! Sur la terre, il n'est point un seul endroit plus honorable que le temple du sein virginal où Marie reçut le Fils de Dieu, et, dans le ciel, n'est point de trône supérieur à celui sur lequel le Fils de Dieu a placé sa mère. Recevant ou reçue, elle est également bienheureuse, elle l'est dans les deux cas d'un bonheur ineffable parce qu'elle l'est d'un bonheur inimaginable. Mais pourquoi lit-on aujourd'hui dans l'Église du Christ précisément le passage où il est donné à entendre que femme bénie entre les femmes a reçu le Sauveur ? C'est, je pense, pour nous faire estimer, ou plutôt pour nous faire comprendre, combien est inestimable la réception que Marie reçoit aujourd'hui de son Fils par celle qu'il lui a été donné à elle-même de lui faire. En effet, qui pourrait dire, même en empruntant les secours de la langue des anges et de celle des hommes, comment expliquer de quelle manière le Saint-Esprit est survenu en Marie; la vertu du Très-Haut l'a couverte de son ombre, la vertu de Dieu par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair, de quelle manière enfin le Seigneur de majesté, que l'univers entier ne peut contenir, devenu homme, s'est enfermé dans les entrailles d'une Vierge ?

 

4. Mais qui pourra se faire une juste idée de la gloire au sein de laquelle la Reine du monde s'est avancée aujourd'hui, de l'empressement plein d'amour avec lequel toute la multitude des légions célestes s'est portée à sa rencontre; au milieu de quels cantiques de gloire elle a été conduite à son trône, avec quel visage paisible, quel air serein, quels joyeux embrassements, elle a été accueillie par son Fils, élevée par lui au-dessus de toutes les créatures avec tout l'honneur dont une telle mère est digne, et avec toute la pompe et l'éclat qui conviennent à un tel Fils ? Sans doute, les baisers que la Vierge mère recevait des lèvres de Jésus à la mamelle, quand elle lui souriait sur son sein virginal, étaient pleins de bonheur pour elle, mais je ne crois pas qu'ils l'aient été plus que ceux qu'elle reçoit aujourd'hui du même Jésus assis sur le trône de son Père, au moment heureux où il salue son arrivée, alors qu'elle monte elle-même à son trône de gloire, en chantant l'épithalame et en disant : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ». Qui pourra raconter la génération du Christ et l'Assomption de Marie ? Elle se trouve dans les cieux comblée d'une gloire d'autant plus singulière que, sur la terre, elle a obtenu une grâce plus insigne que toutes les autres femmes. Si l'œil n'a point vu, si l'oreille n'a point entendu, si le cœur de l'homme n'a point connu dans ses aspirations ce que le Seigneur a préparé à ceux qui l'aiment, qui pourrait dire ce qu'il a préparé à celle qui l'a enfanté, et, ce qui ne peut être douteux pour personne, qui l'aime plus que tous les hommes ? Heureuse est Marie, mille fois heureuse est-elle, soit quand elle reçoit le Sauveur, soit quand elle est elle-même reçue par lui; dans l'un et dans l'autre cas, la dignité de la Vierge Marie est admirable, et la faveur dont la majesté divine l'honore, digne de nos louanges. « Jésus entra dans une bourgade, nous dit l'Évangéliste, et une femme l'y reçut dans sa maison » (Luc. X, 38). Mais laissons plutôt la place aux cantiques de louanges, car ce jour doit être consacré tout entier à des chants de fête. Toutefois, comme le passage que je viens de vous citer nous offre une ample matière à discourir, demain, lorsque nous nous réunirons de nouveau, je vous ferai part, sans céder à l'envie, de ce que le ciel m'aura inspiré pour vous le dire, afin que le jour consacré à la mémoire d'une si grande Vierge, non seulement nous soyons excités à des sentiments de dévotion ; mais encore à faire des progrès dans la pratique de notre profession, pour l'honneur et la gloire de son Fils, Notre-Seigneur, qui est Dieu béni par-dessus tout dans les siècles. Ainsi soit-il.

 

Saint Bernard - 1er Sermon pour l’Assomption de la Vierge Marie - ‘’De la Susception du Christ et de celle de Marie’’

« Le Seigneur découvre Sa Gloire devant des témoins choisis et cette condition corporelle qui lui est commune avec le reste des hommes, il l’éclaire d’une telle splendeur que son visage ressemble à l’éclat du soleil et son vêtement égale la blancheur des neiges. Sans doute cette transfiguration a surtout pour but d’ôter du cœur des disciples le scandale de la croix. Ainsi l’humilité de la passion volontairement subie ne doit pas troubler la foi de ceux à qui est révélée l’éminence de sa dignité cachée. Mais, par une égale prévoyance, il donne un fondement à l’espérance de la sainte Église. De la sorte, le corps tout entier du Christ reconnaît la transformation dont il sera gratifié, promesse pour les membres de participer à l’honneur qui a déjà resplendi dans la tête. Cependant les Apôtres, qui doivent être affermis dans leur foi et initiés à la connaissance de toutes choses, reçoivent par ce prodige un autre enseignement. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent s’entretenant avec le Seigneur : ainsi s’accomplit très exactement dans cette présence de cinq hommes ce qui est dit : « Toute parole sera ferme, proférée en présence de deux ou trois témoins » (Dt 19, 15 et Mt 18, 16). Quoi de mieux établi, quoi de plus ferme que cette parole ? Pour la proclamer, la trompette de l’Ancien et du Nouveau Testament résonne en plein accord et tout ce qui servit à témoigner dans les temps anciens se rencontre avec la doctrine de l’Évangile ! Les pages de l’une et de l’autre alliance, en effet, se confirment mutuellement, et celui que des signes précurseurs ont promis sous un voile de mystères, la splendeur de la gloire présente en montre l’évidente manifestation. Entraîné donc par ces découvertes des mystères, saisi de mépris pour les biens de ce monde et de dégoût pour les réalités terrestres, l’apôtre Pierre se laisse emporter à une sorte de ravissement d’esprit dans les biens éternels. Rempli de joie par toute cette vision, il souhaite demeurer là avec Jésus dont la gloire visible le réjouit. Aussi dit-il : « Seigneur, quel bonheur pour nous d’être ici. Si tu veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Mt 27, 4). Mais le Seigneur ne répond pas à cette proposition, il veut montrer non certes que ce désir est mauvais, mais qu’il n’est pas dans l’ordre; car le monde ne peut être sauvé que par la mort du Christ. L’exemple du Seigneur invite aussi la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire ».

 

Sermon de Saint Léon le Grand, pape (Sermon 51, 3. 4. 5: SC 74, 17-19)

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

Intentions de prières

 

Actualité du livre

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg