« Aujourd'hui, c'est l'abîme de la lumière inaccessible. Aujourd'hui, sur le mont Thabor, l'effusion infinie de l'éclat divin luit devant les apôtres. Aujourd'hui Jésus-Christ se manifeste comme maître de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance... Aujourd'hui sur le mont Thabor, Moïse, le législateur de Dieu, le chef de l'Ancienne Alliance, assiste comme un serviteur son maître, le Christ, lui le donateur de la Loi. Et il reconnaît son dessein auquel il avait été initié autrefois par des préfigurations ; c'est ce que signifie, à mon avis, « voir Dieu de dos » (Ex 33,23). Maintenant il voit clairement la gloire de la divinité, « abrité sous la fente du rocher » (Ex 33,22), mais « ce rocher était le Christ » (1Co 10,4), comme Paul l'a enseigné expressément : le Dieu incarné, Verbe et Seigneur... Aujourd'hui le chef de la Nouvelle Alliance, qui avait proclamé le Christ comme Fils de Dieu en disant : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16), voit le chef de l'Ancienne Alliance, qui se tient près du donateur de l'une et de l'autre, et qui lui dit : « Voici Celui qui est. Voici celui dont j'ai dit qu'il se lèverait un prophète comme moi (Ex 3,14; Dt 18,15; Ac 3,22) –- comme moi en tant qu'homme et en tant que chef du peuple nouveau, mais au-dessus de moi et de toute créature, lui qui dispose, pour moi et pour toi, les deux Alliances, l'Ancienne et la Nouvelle ».

 

Venez donc, obéissons à David le prophète ! Chantons notre Dieu, chantons notre roi, chantons ! « Il est roi de toute la terre » (Ps 46,7-8). Chantons avec sagesse ; chantons avec allégresse... Chantons aussi l'Esprit « qui sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1Co 2,10), en voyant, dans cette lumière du Père qu'est l'Esprit illuminant toutes choses, la lumière inaccessible, le Fils de Dieu. Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent pas voir : un corps terrestre rayonnant de splendeur divine, un corps mortel débordant de la gloire de la divinité... Les choses humaines deviennent celles de Dieu, et les divines celles de l'homme ».

 

Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église 

Homélie sur la Transfiguration ; PG 96, 545 (trad. cf coll. Spi. Or. n°39, Bellefontaine 1985, p. 187)

« Les hommes demandent à la nourriture et à la boisson l’apaisement de leur faim et de leur soif, mais rien ne peut le leur donner en vérité sinon cette nourriture et cette boisson qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les prennent. Ainsi ils réalisent cette société des saints où règnent pleines et parfaites la paix et l’unité. C’est pourquoi, comme l’ont pensé avant nous des hommes de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ a confié son corps et son sang à des espèces où la multiplicité se trouve réduite à l’unité. Dans la première, de nombreux grains forment une unité dans l’autre, de nombreux raisins mêlent leur jus dans l’unité. Le Seigneur explique ensuite comment s’accomplira ce dont il parle et ce que signifie manger son corps et boire son sang. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 57). Manger cet aliment et boire cette boisson, c’est donc demeurer dans le Christ et l’avoir à demeure en soi. Par conséquent, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas sans doute aucun, ne mange pas sa chair d’une manière spirituelle, pas plus qu’il ne boit son sang. Il peut bien broyer de ses dents d’une manière charnelle et visible, le sacrement du corps et du sang du Christ, c’est plutôt pour sa propre condamnation, qu’il mange et boit le sacrement d’une si haute réalité. Impur, il a osé s’approcher des sacrements du Christ que nul, à moins d’être pur, ne peut recevoir dignement. De ceux-là, il est dit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange, celui-là vivra par moi » (Jn 6, 58). C’est comme s’il disait : « Oui, je vis par le Père, en ce sens que je lui réfère ma vie, comme à quelqu’un de plus grand que moi, à cause de l’anéantissement en lequel il m’a mis. Ainsi celui qui me mange vivra par moi à cause de la participation qu’il obtient ainsi. Moi donc dans mon abaissement, je vis par le Père, lui, dans son élévation, il vit par moi ». Toutefois, s’il est dit : « Je vis par le Père » (Ibidem), car le Fils procède du Père et non l’inverse, c’est dit sans préjudice de leur égalité. Tandis qu’en disant : « Celui qui me mange, celui-là vivra par moi » (Ib.), il n’est plus question d’égalité entre lui et nous; ce qui est mis en lumière, c’est la grâce qui nous vient du Médiateur ».

 

Homélie de saint Augustin, évêque (Traité 26 sur l’évangile selon s. Jean,17-19: PL 35, 1614) 

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