Mgr Malcolm Ranjith, Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, demande que soient prises des décisions « audacieuses et courageuses » contre les abus liturgiques qui se sont multipliés dans le sillage de la réforme conciliaire. La réforme doit se poursuivre, a déclaré Mgr Ranjith, en laissant définitivement de côté les mauvaises applications des décisions prises par le Concile, ainsi que l'influence des idéologies marquées par le laïcisme. Ces idées apparaissent dans la préface que Mgr Ranjith a écrite pour un nouveau livre concernant les interrogations du Cardinal Fernando Antonelli au sujet de la liturgie. Le Cardinal Antonelli, rappelons-le, s'était beaucoup impliqué dans le mouvement liturgique avant et après Vatican II...

 

 

Pour Mgr Ranjith, il est évident que l'actuelle mise en oeuvre de la réforme liturgique ne correspond que de très loin à ce que les Pères conciliaires avaient souhaité. Par conséquent, on ne peut pas dire que les liturgies d'aujourd'hui sont toutes véritablement conformes à la Constitution Sacrosanctum Concilium. « Certaines pratiques actuelles - écrit Mgr Ranjith - comme la célébration face au peuple, comme la communion dans la main, comme l'abandon généralisé du chant grégorien et du latin en faveur des langues populaires, comme la généralisation des cantiques et des chants qui laissent peu de place à Dieu... tout ça n'a jamais été voulu par le Concile ». Et Mgr Ranjith parle aussi d'une « grosse erreur » concernant la façon dont a été comprise et mise en oeuvre la « participation active » des fidèles à la liturgie. En convoquant le Concile, le Pape Jean XXIII avait en vue un « renforcement de la foi » et « certainement pas une invitation à se laisser entraîner par les idées du moment ». Mais ceux qui ont été chargés de mettre le Concile en oeuvre ont perdu ça de vue. Ils ont alors mis de côté des thèmes chrétiens essentiels à la vie de l'Eglise, comme la "victime", le "salut", la "mission", l' "annonce", la "conversion", l' "évangélisation"... et ne se sont focalisés que sur des idées comme le "dialogue", l' "inculturation", l' "oecuménisme", l' "Eucharistie en tant que repas", le "témoignage"... etc. Même dans les Commissions post-conciliaires chargées d'aider à la mise en oeuvre de la réforme liturgique, on voit que ces idées nouvelles, pourtant étrangères à Sacrosanctum Concilium, finissent par émerger. C'est ce qui explique que dans bien des documents publiés à la suite de Vatican II, on constate un manque de clarté, une mauvaise répartition des rôles et des compétences, et malheureusement aussi une place trop grande laissée à des expériences liturgiques qui n'auraient jamais dû se faire. Aujourd'hui, il nous faut regarder ce qui a été fait sans référence à Vatican II, et avoir le courage d'améliorer, de corriger les célébrations liturgiques en modifiant si nécessaires certaines pratiques introduites par erreur et qui contredisent la dignité de la liturgie. Mais il faut aller encore plus loin : la nécessaire "réforme de la réforme" ne doit pas simplement consister à corriger des erreurs; elle doit partir de la nécessité ressentie par les fidèles de retrouver ce qu'est vraiment la liturgie, pour faire en sorte que le culte rendu à Dieu soit célébré conformément à ce que Vatican II a voulu.

 

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