« Heureux ceux qui, dans ce siècle pervers, se conduisent en voyageurs et en étrangers, et se conservent purs de toutes les souillures ! « D'ailleurs ce n'est point ici qu'est notre ville permanente, nous cherchons encore celle où nous devons habiter un jour » (Hébreux XIII, 14). Abstenons-nous donc de tous ces désirs charnels, comme il convient à des voyageurs et à des étrangers. En effet, tout voyageur suit la voie royale, et ne s'écarte ni à droite ni à gauche : s'il aperçoit sur son chemin des hommes qui se querellent, il ne fait point attention à eux; s'il en voit d'autres qui se marient, qui se livrent aux plaisirs de la danse, ou qui font autre chose de semblable, il n'en continue pas moins sa route; il est voyageur et tout cela ne l'intéresse point. Il soupire après la patrie, il y tend de toutes ses forces. […] Qui donc peut être encore plus étranger à ce qui se passe dans le monde qu'un voyageur ? Ce sont sans doute ceux à qui l'Apôtre s'adressait en ces termes : « Pour vous, vous êtes morts au monde, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ » (Colossiens III, 3). Il est certain qu'un voyageur peut facilement se trouver retenu ou attardé, en cherchant ou en prenant sur ses épaules, un peu plus de bagages qu'il ne faut ; un mort, au contraire, ne s'aperçoit même point qu'il manque de sépulture. Pour lui, le blâme ou la louange, les compliments flatteurs ou les paroles dénigrantes, il entend tout de la même oreille, ou plutôt il n'entend rien, puisqu'il est mort. O mort mille fois heureuse que celle qui nous conserve ainsi sans tache, ou plutôt qui nous rend si complètement étrangers à ce monde […] ».

 

Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l’Eglise - Extraits du 7ème sermon pour le Temps du Carême

Extrait d’un sermon de Saint Augustin pour le début du carême : « Voici, aujourd'hui même, le retour solennel des observances quadragésimales, et aujourd'hui encore nous devons, comme chaque année, vous adresser la parole. [...] La piété ne demande-t-elle pas de nous qu'à la veille de célébrer la Passion et le crucifiement de Notre-Seigneur, nous nous fassions à nous-mêmes une croix pour y attacher les passions charnelles ? « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, dit l'Apôtre, ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises » (Gal. V, 24). Il est vrai que durant tout le cours de cette vie, harcelée par des tentations continuelles, le chrétien doit être constamment attaché à la croix; jamais il n'y a de moment pour arracher les clous dont il est dit dans un psaume : « Que votre crainte enfonce ses clous dans mes chairs » (Ps. CXVIII, 120). Les chairs sont ici les convoitises charnelles; les clous désignent les préceptes de justice que fait pénétrer en nous la crainte de Dieu, en nous attachant à la croix comme une hostie agréable au Seigneur. Aussi le même Apôtre disait-il encore : « Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rom. XII, 1). Telle est la croix dont le serviteur de Dieu se glorifie, au lieu d'en rougir. « Loin de moi, s'écrie-t-il, de me glorifier, sinon de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde » (Gal. VI, 14). A cette croix dont nous devons rester attachés, non l'espace de quarante jours, mais toute notre vie. […] C'est ainsi qu'il te faut vivre toujours, chrétien ; si tu ne veux point te laisser prendre les pieds dans la boue dont la terre est couverte, garde-toi de descendre de la croix; et si tu dois y rester pendant toute ta vie, à combien plus forte raison durant ce temps de Carême, lequel est non-seulement une partie de la vie, mais le symbole de la vie. En tout autre temps ne laissez appesantir vos cœurs ni par la crapule ni par l'ivresse; mais dans celui-ci pratiquez encore le jeûne. En tout autre temps évitez l'adultère, la fornication et tous les plaisirs défendus; dans celui-ci, abstenez-vous même de vos épouses. Ce que vous vous retranchez par le jeûne, ajoutez-le à vos bonnes œuvres ordinaires en en faisant des aumônes. Employez à la prière le temps que vous passez à rendre le devoir conjugal. Au lieu de s'efféminer dans des affections charnelles, que le corps se prosterne pour s'appliquer aux supplications qui purifient. Qu'on étende pour prier les mains qui se croisaient pour embrasser. Quant à vous qui jeûnez dans les autres temps, maintenant jeûnez encore plus. Vous qui d'ordinaire crucifiez vos corps par une continence perpétuelle, appliquez-vous en ce moment à implorer votre Dieu plus fréquemment et avec plus de ferveur. Vivez tous avec un plein accord, soyez tous fidèles l'un à l’autre, embrasés durant ce pèlerinage du saint désir de la patrie et brûlants d'amour. […] ».

 

Saint Augustin, Père et Docteur de l’Eglise (extrait du sermon CCV pour le début du Carême)

Que faire lorsqu’on meurt de froid ? Que faire lorsqu’une bise glaciale transit nos corps perclus de froid ? Deux solutions, nous disent les habitués de la montagne. La plus urgente : se rapprocher d’un foyer, d’une source de chaleur. L’autre, qui permet de tenir et d’attendre : faire des mouvements, des exercices, agiter ses membres afin d’éviter leur paralysie...

 

 

http://img.over-blog.com/370x512/0/21/41/34/soutane-neige.jpg ...eh bien, c’est cela qu’il nous urgent de faire, au seuil de ce long carême. Car nous sommes bel et bien en train de mourir de froid. Tel des randonneurs inconscients, nous avançons dans la vie comme a travers un rude hiver. Au départ, nous pensons pouvoir résister. Puis nos forces s’usent petit-à-petit, minées par la violence glaciale du péché. Laissés à nous mêmes, coupés de Dieu, nous finissons par tourner en rond, nous nous retrouvons perdus, accrochés sur une étroite vire, au milieu d’une sinistre face nord. Voici alors le plus grand danger, bien connu des montagnards : le froid, en gagnant, nous plonge dans un engourdissement, une apathie mortifère. Notre volonté même de lutter s’éteint progressivement ; nous perdons jusqu’au désir de nous battre. On tombe même dans une sorte d’euphorie hallucinatoire qui nous fait oublier l’extrême proximité de la mort. Tel serait notre sort à tous, si ne nous était donné le carême, ce temps de sauvetage urgent et décisif. Cette petite source de chaleur qui nous reste et qu’il faut ravigoter, c’est la prière. C’est par elle, et par elle seule, que la force de Dieu peut nous sauver, de l’intérieur même de notre appel. Si engourdie que soit notre âme, et si douloureux que soit le contact avec cette source vive de chaleur, il nous faut nous blottir autour d’elle, a tout prix, même de manière toute silencieuse ou implorante. Mais il nous faut aussi bouger, nous agiter, faire de larges et amples mouvements qui nous remuent tout entier. Voilà l’aumône et le jeûne. Car pour que notre corps reçoive la chaleur, il lui faut lui garder sa vitalité, sa circulation intérieure. Or pas de prière vraie, pas d’authentique présence à Dieu si nous ne secouons notre égoïsme, si nous ne tournons pas vers les autres. Dieu ne peut venir à nous que si nous allons à lui à travers nos frères. Nul ne peut se tourner vers Dieu qu’il ne voit pas, s’il ne se tourne d’abord vers son frère qui est à ses cotés. Pas non plus de prière vraie, pas d’authentique présence à Dieu, si nous ne secouons la pesanteur de notre chair, de nos désirs impurs et avares au moyen du jeûne et des privations. Car notre âme n’est pas indépendante de nos passions charnelles. C’est par notre corps que le froid rentre en notre âme et la paralyse. Illusion que de croire garder vivante une âme prisonnière d’un corps mort ! C’est donc par tout nous-même qu’il nous faut lutter, sans détour, sans faux angélisme. Tel est le sauvetage qui nous est offert en ce début de carême. Le sauveur, c’est le Christ vainqueur, qui viendra nous chercher, sur notre vire étroite, dans la nuit de Pâques. Mais il nous faut d’ici là tenir bon, lutter, et avant tout résister à cet esprit d’engourdissement qui susurre à nos oreilles. Tu as déjà tout essayer, plus rien à faire, d’ailleurs, la situation n’est pas si tragique. Réagissons, car l’enjeu est vital, et tous les moyens sont bons, nécessaires même. Notre combat, d’ailleurs, n’est pas solitaire. C’est toute l’Église de la terre qui va lutter pendant quarante jours, en chacun de ses membres. Ce que les uns ne pourront pas faire, les autres le feront pour eux, dans la communion des saints. Que les forts offrent leur force ; que les faibles offrent leur faiblesse ; que chacun offre ce qu’il peut, dans un même désir de survie, un même désir de ce salut qui est promis à ceux qui auront tenu bon. Et au delà de l’Église, c’est aussi pour toute l’humanité que nous luttons. Car la vague de glaciation, en cette fin de millénaire, déferle sur elle. Une bise de relativisme (+), de pessimisme et d’aveuglement l’agresse de plein fouet. Elle la prive petit-à-petit de ses forces vives, de ses repères, de ses valeurs, de sa conscience morale. Dans notre combat, c’est la résistance de toute l’humanité, pour sa survie, que nous menons. Ce carême ne doit donc pas être pour nous une brimade. Dieu ne nous l’impose pas pour nous abaisser ou nous punir. Notre humanité a tellement de prix à ses yeux, qu’il l’exhorte à se ressaisir, à tenir bon, afin de pouvoir accueillir elle-même, librement, ardemment, le salut que Jésus va conquérir pour elle sur la croix. Ainsi, d’abord dans la nuit de Pâques, puis un jour dans cette nuit de notre pâque personnelle, lorsque le Seigneur viendra vers nous en disant « Adam, ou es-tu ? », nous pourrons lui répondre : « C’est moi, Seigneur je t’ai désiré et attendu ; malgré mes maigres forces, tout mon désir est en toi. Prends-moi par ta main, et conduis-moi avec toi, en ton Paradis. »

 

Frère Henry Donneaud, o.p. - Source

 

« Le carême est un petit oiseau dont la prière est le centre,
l'offrande une aile et le jeûne l'autre pour nous aider
à monter vers le Ciel ! » (Saint Augustin)
(Merci à Dunstan - La tradition est vivante !)

 

Le temps du Carême, avec toute la tradition biblique et chrétienne qui en caractérise l’histoire, la signification théologique et l’origine liturgique, est aussi, nécessairement, un temps de jugement. Les pratiques traditionnelles de la prière, du jeûne et de l’aumône, se traduisent nécessairement, pour ceux qui le vivent de manière non superficielle, en un jugement sur leur propre vie, sur ce qui compte réellement, sur toutes les énergies qu’ils déploient dans ce qui n’est pas vraiment nécessaire, et sur la manière selon laquelle ils pourraient vivre réellement de manière plus profonde, plus engagée, et, en conséquence, authentique. Mais, en plus du jugement personnel sur leur propre existence, le Carême rappelle aussi, avec force, la réalité du « jugement en soi », c’est-à-dire cette vérité de foi qui annonce que tout homme est responsable de ses propres actions ; et donc – du latin « respondeo » - il devra répondre devant le Seigneur de la Vie, au jugement particulier, après la mort de chacun, et au jugement universel à la fin des temps.

 

 

 

Comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI dans l’Encyclique Spe Salvi, « déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d'ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu » (41). Dans ce sens, le Carême, avec ses rites, l’invitation à la sobriété, les pratiques pénitentielles pieuses etc., est une grande école de jugement et d’espérance, et un « domaine sacré », dans lequel les consciences peuvent être rééduquées ou éduquées à la reconnaissance de la présence du mystère dans leur propre existence. L’art sacré, l’art authentique, a exprimé depuis toujours cette conscience et cette certitude : « Dans la structure des édifices sacrés chrétiens, qui voulaient rendre visible l'ampleur historique et cosmique de la foi au Christ, il devint habituel de représenter sur le côté oriental le Seigneur qui revient comme roi – l'image de l'espérance –, sur le côté occidental, par contre, le jugement final comme image de la responsabilité pour notre existence, une représentation qui regardait et accompagnait les fidèles sur le chemin de leur vie quotidienne » (ibid.). Alors, le jugement ne doit pas être vécu comme quelque chose de menaçant, de ténébreux ou de lointain de la vie de chacun. Le jugement, qui est rappelé aussi par le temps du Carême, n’est rien d’autre que « le resplendissement », l’expression de la responsabilité et donc, pourrions-nous dire, un hymne à la liberté qui est appelée à travailler pou le vrai et pour le bien, dans l’amour. « Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux êtres vus dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur » (Spe Salvi n. 44). Que le Carême soit un temps pour une récupération effective et affective de cette certitude.

 

Fides

Le temps fort du Carême nous renvoie à l’expérience de Jésus dans le désert où « poussé par l’Esprit Saint, il resta quarante jours, tenté par Satan » (Marc 1, 12). Il se retira en ce lieu pour se préparer à sa mission publique. Durant ce temps, Jésus fut assailli par l’épreuve des tentations, quand Satan se présenta à Lui, en cherchant de le détourner de Sa Mission, celle de sauver le genre humain par la Croix. La tentation fait partie de la vie ; il n’y a pas de chemin authentique vers la sainteté, qui est imitation du Christ, qui ne soit sujet aux tentations, à l’épreuve, à la nuit de la foi… En regardant Jésus précisément, comment Il a affronté le Malin et ses tentations, le chrétien trouve la voie pour les surmonter et pour les vaincre :

 

 

 

Un commentaire de Saint Augustin sur le Psaume 60 est célèbre. Nous l’avons lu dans l’Office des Lectures du 1er Dimanche de Carême, à propos des tentations : « Notre vie durant ce pèlerinage, ne peut être exempt d’épreuves, et notre progrès se réalise par la tentation. Personne ne peut se connaître soi-même, s’il n’est pas tenté, et il ne peut être couronné s’il n’a pas vaincu, et il ne peut vaincre sans combattre ; mais le combat suppose un ennemi, une épreuve… Nous lisions à présent dans l’Evangile que le Seigneur Jésus était tenté par le Diable dans le désert. Précisément, le Christ fut tenté par le Diable, mais dans le Christ, tu étais tenté toi aussi. Parce que le Christ a pris de toi sa chair, mais de lui ton salut, de toi la mort, de lui la vie, de toi l’humiliation, de lui ta gloire, et il a donc pris de toi sa tentation, de lui, ta victoire. Si nous sommes tentés en lui, ce sera précisément en lui que nous vaincrons le Diable. Tu arrêtes ton attention au fait que le Christ a été tenté ; pourquoi ne considères-tu pas aussi qu’il a vaincu ? Ce fut toi à être tenté en lui, mais tu reconnais aussi que, en lui, tu es vainqueur. Il aurait pu tenir le diable loin de lui ; mais, s’il ne s’était pas laissé tenter, il ne t’aurait pas enseigné à vaincre quand tu es tenté ».

Le secret d’une vie authentiquement chrétienne consiste précisément à vivre « dans le Christ », c’est-à-dire en communion étroite avec Lui, par la prière, les Sacrements, la charité fraternelle. Tout ce qui unit au Christ me porte au-delà de la tentation qui cherche précisément à me détacher de Lui. En effet, toute tentation se reconnaît par le fait qu’elle est « une tentative » pour éloigner de l’Evangile vécu, de la Parole de Dieu qui appelle à la communion intime avec Jésus. Alors, si l’on veut vaincre, on doit rester dans le Christ ! Saint Augustin le déclare clairement : « Si nous sommes tentés en lui, ce sera précisément en Lui que nous vaincrons ». Le secret pour vaincre les tentations, pour surmonter toutes les formes d’épreuves, réside donc en cela : « demeurer dans le Christ Jésus ». Le Seigneur le déclare de manière claire (Jean 15, 5-6) : « Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent ». La tentation est comme un feu, si tu lui donnes satisfaction, tu vas finir en lui et tu « brûles ». Voilà pourquoi dans le Notre Père, nous demandons à Dieu, comme Jésus nous l’a enseigné, de « ne pas nous laisser succomber à la tentation » (Matthieu 6, 13), de nous aider, c’est-à-dire, d’être préservés d’entrer dans la tentation, et d’en sortir si nous y sommes entrés.
La prière est fondamentale pour reconnaître la tentation et pour la surmonter ; mais si l’homme ne « fait pas le désert » en lui, s’il ne se met pas seul devant Dieu Seul, s’il ne rentre pas au plus intime de lui-même, il lui sera difficile, voire même impossible, de prier. Pour prier vraiment, on doit se mettre en Présence de Dieu, et Dieu, nous ne le trouvons pas dans le tapage, dans le bruit, dans le vacarme, mais dans le silence ; nous ne le rencontrons pas dans l’exaltation mais dans l’humiliation du moi qui, jour après jour, doit faire marche arrière : non vers la grandeur mais vers la petitesse. Dieu, en effet, se révèle aux petits, il cherche la foi des simples ; les grandes entreprises ne l’impressionnent pas, comme cela se passe pour nous ; Il scrute le cœur de l’homme et se réjouit de son humilité. Quand Dieu trouve un cœur vraiment humbles, alors il y réalise des merveilles de grâces, et réalise exactement ce que Jésus promet : « Si vous ne retournez pas à la condition d’enfants, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 18, 3). Un cœur qui se fait toujours plus humble attire le ciel sur la terre ! Une telle âme, selon la belle expression de Saint Antoine Abbé, « respire le Christ », et ne craint pas les démons. « Connaissez les pièges des démons, sachez combien ils sont féroces et pourtant faibles. Ne les craignez pas, mais respirez toujours le Christ, et ayez foi en Lui. Vivez comme si vous deviez mourir chaque jour, veillez sur vous-mêmes, et rappelez-vous les exhortations que vous avez entendues de moi. Cherchez, vous aussi, de vous unir toujours avant tout au Seigneur et puis aux Saints, pour que, après votre mort, ils vous accueillent dans les demeures éternelles comme des amis et des membres de leur famille. Pensez à cela, et comprenez-le » (Extrait de la vie de Saint Antoine Abbé, écrite par Saint Athanase).

« Rester avec Jésus » veut dire « respirer Jésus », et dans cette expression, il y a toute la beauté de cette vérité de foi : Jésus est aussi en nous ! Je ne dois pas le chercher seulement en dehors de moi, mais, comme Augustin, je dois le trouver au-dedans de moi : « Je T’ai aimée tardivement, beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai aimée tardivement : Et voilà que tu, étais au-dedans de moi, et moi en dehors, et c’est là que je te cherchais, et dans les beautés que tu as créées, je me jetais, difforme. Tu étais avec moi, mais moi je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles mes tenaient ces choses qui, si elles n’étaient pas en toi, n’existeraient pas. Tu as appelé, et tu as crié, et tu as brisé ma surdité, tu as resplendi, tu as montré ta splendeur et tu as dissipé ma cécité, tu as répandu ton parfum, et j’ai respiré et aspiré à toi, j’ai goûté et j’ai faim et soif, tu m’as touché, et je me suis enflammé dans ta paix » (Confessiones, X, 27, 38).

 

Fides

On ne devrait pas considérer le Carême comme étant uniquement un temps de préparation à la Pâque de Notre Seigneur Jésus, mais comme un temps et un parcours de grâce qui, même au milieu de l’épreuve de la tentation et de la lutte contre le péché, va à la rencontre de la Gloire du Ressuscité, comme un fleuve qui coule vers sa mer. Le fleuve n’est pas encore la mer, mais il le sera. En effet, le Seigneur demande de le suivre en tout moment, spécialement quand la croix devient lourde. On ne peut accueillir le Tout sans se vider de son propre moi : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera » (Marc 8, 34-35). Défaite et victoire, souffrance et joie, croix et résurrection, pénitence et fête, sont les deux faces de la même médaille, c’est-à-dire de la même Réalité, ce sont les paradoxes de l’unique Vérité de Foi : le Christ Crucifié et Ressuscité a le pouvoir de transformer notre histoire, notre vie tout entière, faite de si nombreux non et oui, dans une unique, grand et immense Oui à Dieu.

 

 

 

L’humanité tout entière a été rachetée par Jésus ; mais, afin que la Rédemption devienne efficace en chacun de nous, il faut l’acte de foi de chaque personne en particulier. Quand, dans une confiance totale, on met sa confiance en Jésus, Il « entre » dans notre vie, et, avec sa grâce, il l’unifie. Sans l’acte de foi renouvelé en Lui, Jésus ne peut accomplir le miracle d’une vie transformée. Les forces humaines, la seule bonne volonté d’amélioration ne suffisent pas : c’est comme une ligne que je cherche à tracer, mais qui se brise sans cesse ; c’est comme une route que je cherche à construire, mais qui s’interrompt continuellement, et je ne sais ce que je puis faire. Sans la conversion au Christ, dans la foi, cette vie, ma vie, est formée - ou plutôt déformée - de « petits morceaux » d’existence jetés de ci de là, de pas justes en avant et de pas erronés en arrière. Ce qu’il me reste ? Des fragments d’un projet non réalisé, parce qu’il est tellement fragile sans la grâce de Jésus, le Rocher ! Sans la foi et l’amour mis en Lui, la vie nous échappe de manière inexorable, le temps l’emporte avec lui, comme un écheveau qui s’emmêle, avec ses mille événements, souvent d’une grande banalité, où il est impossible de trouver le fil conducteur, parce que nous ne savons pas par où commencer. Mais voilà que si je me rencontre avec Jésus, tout change : je recommence en partant de Lui, je repars de sa Parole, le « fil d’or » qui tient est sa Vérité qui n’est pas emmêlée, qui n’est pas altérée, qui est simplement la Vérité ! Je deviens alors capable d’écouter sa Voix, d’élargir mon horizon ; à présent, il y a Quelqu’un d’absolument différent, qui nous dit des paroles extraordinairement vraies, des paroles qui semblent être des utopies pour un grand nombre ; mais pour ceux qui les croient, elles ouvrent toutes grandes les portes à des réalités merveilleuses : « Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11, 25). Que de vies brisées, jetées, perdues, ont « ressuscité » au contact de la présence de Jésus, se sont recomposées, comme les ossements innombrables de la vision d’Ezéchiel 37, 5-6 : « Ainsi parle le Seigneur Yahvé à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau, je vous donnerai un esprit et vous vivrez, et vous saurez que je suis Yahvé. » Avec le souffle vivifiant de l’Esprit, ces vies se sont réunies, se sont unifiées dans le Principe Premier de leur existence, et ont recommencé à vivre. L’Evangile ne nous parle pas seulement de nombre de ces « squelettes », qui sont redevenus vivants et vigoureux, de nombreux malades dans leur âme et dans leur corps qui ont retrouvé la santé grâce à Jésus, une santé mentale, morale, physique, de nombreux pécheurs, aveugles au-dedans d’eux-mêmes qui, comme le sont les aveugles qui ne voient pas au-dehors d’eux-mêmes, grâce à l’intervention miraculeuse du Christ, par la foi, ont retrouvé la vue. Non, non seulement l’Evangile nous donne un témoignage continu que l’annonce chrétienne n’est pas une utopie, que le miracle est à l’ordre du jour pour celui qui croit ; mais il y a deux mille ans de Christianisme qui, de long en large, sous toutes les latitudes et toutes les longitudes, à chaque époque historique, témoignent que celui qui croit fermement au Seigneur Jésus, réécrit avec sa propre vie, ligne par ligne, Son Evangile. Les Saints en sont le témoignage le plus sublime, et leurs tombeaux proclament à voix haute la vérité, au cœur des plus hautes et des plus belles : En Dieu, la vie est éternelle ! Si ce n’est pas Jésus qui entre dans notre existence, et qui y travaille avec sa grâce, rien ne s’accomplit vraiment dans la vie, parce que tout passe, étant donné que, sans Lui, tout est vanité. Jésus nous accueille et nous aime tels que nous sommes, là où nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, avec nos erreurs et nos vertus. Si nous sommes au banc des impôts comme Lévi (Marc 2, 14), si nous sommes au milieu d’une route, comme Bartimée, l’aveugle de Jéricho (Marc 10, 46), si nous sommes cachés dans la foule, comme l’hémorroïsse (Marc 5, 32), à celui qui croit, Il donne le pouvoir de devenir une créature nouvelle, c’est-à-dire d’avoir une vie nouvelle, celle de l’Esprit !

 

Cette vie spirituelle, comme le soleil qui se lève sur l’horizon, se détache sur la vie charnelle qui est toute tournée vers les choses d’ici-bas, vers ces choses « horizontales », et qui est en conséquence circonscrite à un petit « fragment » une réalité finie. Mais le soleil, la vie de grâce de Jésus en nous, plus elle grandit dans l’âme, plus elle nous élève au-dessus de tout le reste, et nous apprenons, toujours plus, en suivant Jésus que, après la souffrance vient la joie, que après les ténèbres vient la lumière, que, après la tempête vient toujours le calme. Quelle grande erreur ne faisons-nous pas en cherchant le bonheur seulement sur une face de la médaille : au milieu de la lumière, du calme, de la joie… Un tel bonheur se « brise » ainsi à peine survient l’autre face de la réalité, celle que le monde rejette en croyant ainsi l’anesthésier pour jouir seulement de la partie positive de la vie. Non, l’Evangile ne nous apprend pas cela ! Le Seigneur est venu prendre tout et tout racheter pour l’élever vers Dieu, le transformer en grâce, en lumière surnaturelle, en joie divine : la lumière, tout comme les obscurités, la joie tout comme la souffrance, le calme tout comme la tempête. Jésus ne dort pas seulement quand la mer est calme ; Il dort aussi au milieu de la tempête, parce que ni le calme ni le tempête ne sont en eux-mêmes capables de nous élever vers Dieu, mais c’est seulement ce qui nous unit au Christ dans l’amour, qui nous mène dans l’Au-Delà. Avec l’aide d’une Guide, la plus experte, la Vierge des Sept Douleurs, qui connaît le chemin de la souffrance qui mène à la gloire, que ce Carême puisse devenir pour tous une ouverture de libération, tout tourné vers le Ciel où Jésus nous attende définitivement.

 

Fides

Pénitencerie Apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (Manuel des Indulgences), 1999, concession 8 :
§ 1, 2° Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui (…) pendant le temps du Carême, récite pieusement un Vendredi, après la communion, la prière Me voici, ô bon et très doux Jésus, devant la représentation de Jésus Christ crucifié.

 

 

 

Me voici, ô bon et très doux Jésus,

prosterné en votre présence.

Je vous prie et vous conjure avec toute l'ardeur de mon âme

de daigner imprimer dans mon cœur

de vifs sentiments de foi, d'espérance et de charité,

un vrai repentir de mes fautes et une très ferme volonté de m'en corriger;

tandis qu'avec un grand amour et une grande douleur

je considère et contemple en esprit vos cinq plaies,

ayant devant les yeux ces paroles

que le prophète David vous appliquait déjà

en les mettant dans votre bouche, ô bon Jésus :

« Ils ont percé mes mains et mes pieds,

ils ont compté tous mes os » (Ps 21, 17-18).

Jésus révèle à l’aveugle qu’il vient de guérir qu’il est venu dans le monde pour opérer un jugement, pour séparer les aveugles guérissables des aveugles qui ne se laissent pas guérir, parce qu’ils prétendent être sains. La tentation est forte en effet dans l’homme de se construire un système de sécurité idéologique : la religion elle-même peut devenir un élément de ce système, tout comme l’athéisme, ou le laïcisme ; mais en agissant ainsi, on reste aveuglé par son propre égoïsme. « Chers frères et sœurs, laissons-nous guérir par Jésus, qui peut et veut nous donner la lumière de Dieu. Confessons notre cécité, nos myopies, et surtout ce que la Bible appelle "le grand péché" (cf. Psaume 18,14) : l’orgueil. Que nous aide en cela la Très Sainte Vierge Marie qui, en engendrant le Christ dans la chair a donné au monde la vraie Lumière » (Benoît XVI, Angélus, 2 mars 2008). C’est avec ces paroles que le Saint-Père a conclu, ans son discours avant l’Angélus, son commentaire sur le passage de l’aveugle-né, lu en ce 4ème Dimanche de Carême, en invitant tous les fidèles à se faire guérir par Jésus qui, étant « Lumière du monde », est venu pour nous libérer des ténèbres de notre égoïsme.
 
 
 
 
http://img.over-blog.com/287x419/0/21/41/34/2010/tereska.jpgEn effet, le Temps du Carême est un temps où le Seigneur veut opérer en chaque croyant des guérisons intérieures, des libérations authentiques des maux qui affligent notre pauvre humanité : égocentrisme, matérialisme, relativisme protagonisme, individualisme… Ce sont les « ismes » qui causent cette cécité typique de l’esprit, qui ne nous fait plus voir le vrai sens de la vie, qui ne se réduit pas uniquement à ce qui est terrestre mais à ce qui est céleste. L’homme est créé pour l’infini, et, pour cela, il se sent toujours « à l’étroit », comme « en prison », parmi les choses du monde et de la chair, mais il ne peut se libérer de lui-même, il a besoin de Quelqu’un qui soit plus fort que le monde et plus fort que l’égoïsme humain : il a besoin de Jésus : Comme l’aveugle-né, nous ne parvenons pas à « voir » si le Seigneur ne nous donne pas la « vue » de la foi. Ou plutôt, « nous voyons », mais uniquement avec les yeux de la chair, et ils ne sont pas capables de voir au-delà de la simple apparence, ils ne parviennent pas à « regarder au-dedans », ils s’arrêtent à la superficie des choses, là où règne la confusion, le désordre… La réalité, en revanche, celle de laquelle provient Jésus et dans laquelle il vit, est celle de l’Esprit, où les pauvres sont bienheureux, où les affligés sont consolés, où les doux sont les héritiers, où les justes sont les sauvés, où les miséricordieux sont ceux qui sont aimés de Dieu… Dans cette réalité de l’Esprit, se trouvent qui ont le cœur pur qui « voient Dieu » ; tous ceux qui se sont laissés toucher par le Christ et qui ont jeté derrière eux l’orgueil, qui encombrait leur âme et étouffait la dimension de l’enfance spirituelle. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la grande Maîtresse de la spiritualité pour devenir des enfants, appelée précisément « l’enfance spirituelle », a été proclamée docteur de l’Eglise par Jean Paul II en 1997. Un « Docteur de l’Eglise » est reconnu comme tel quand sa doctrine est universelle : cela vaut pour tous les peuples et pour tous les temps. Le fait que Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face nous soit donnée comme « Docteur », en ces temps précisément que nous vivons, doit faire réfléchir : dans un temps de grand orgueil, de « grand péché », où l’homme est plus que jamais tenté par le Malin de se passer de son Créateur, la Divine Providence, par l’intermédiaire de l’Eglise, nous donne des remèdes singuliers, des médicaments exceptionnels, comme celui de « l’enfance spirituelle », connue plus précisément comme la « petite voie », enseignée à cette jeune sainte carmélite. C’est ainsi qu’en parlait le Serviteur de Dieu Jean Paul II, le jour précisément de sa proclamation comme Docteur de l’Eglise : « Thérèse de Lisieux pressentit et décrivit non seulement la Vérité profonde de l’Amour comme centre et cœur de l’Eglise, mais elle l’a vécue intensément durant sa très brève existence… A une culture rationaliste, et trop souvent imprégnée de matérialisme pratique, elle oppose avec une simplicité désarmante la ‘petite voie’ qui, en se référant à l’essentiel des choses, conduit au secret de toute existence : la Charité divine qui entoure et pénètre toute histoire humaine. A une époque comme la nôtre, marquée dans tous ses aspects par la culture éphémère de l’hédonisme, ce nouveau Docteur de l’Eglise apparaît doué d’une efficacité singulière pour illuminer l’esprit et le cœur de ceux qui sont assoiffés de Vérité et d’Amour ».
 
La samaritaine ou l’aveugle-né sont des icônes vivantes de « l’insatisfaction existentielle », comme l’a appelée Benoît XVI, commentant l’Evangile de la Samaritaine, qui est le propre de l’existence humaine. Seul Dieu peut satisfaire l’être de l’homme, seul l’Esprit de Dieu peut le nourrir, la matière n’en est pas capable, les biens terrestres ne peuvent satisfaire la faim de bonheur. Voilà donc pourquoi, à l’horizon existentiel de toute personne de bonne volonté, se présente le Seigneur Jésus, le Sauveur du monde, qui s’offre, qui ne s’impose pas, qui nous a créés libres ! Quand la personne s’ouvre à Sa Présence, alors la lumière entre, la Vérité se fait un chemin au-dedans de notre cœur, et l’amour divin envahira de manière suave l’existence humaine qui, sans la grâce, risquait de succomber à la matière, à la chair, à l’égoïsme, et qui à présent, en revanche, est re-née : l’aveugle voit à présent !
 

"L'Imitation de Jésus-Christ" (en latin De imitatione Christi) est une œuvre de piété chrétienne attribuée au Bienheureux Thomas a Kempis (1380-1471). Le livre est divisé en quatre parties : 1. Avertissements utiles à la vie spirituelle (admonitiones ad vitam spiritualem utiles) ; 2. Avertissements entraînant à la vie intérieure (admonitiones ad interna trahentes) ; 3. De la consolation intérieure (de interna consolatione) ; 4. Exhortation à la sainte communion (de sacramento) :

 
 
 
 
« Depuis longtemps je soutenais ma vie spirituelle avec "la plus pure farine" contenue dans l'Imitation.
Ce petit livre ne me quittait jamais, en été dans ma poche, en hiver dans mon manchon.
J'en connaissais par cœur presque tous les chapitres. »
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, in "Histoire d'une âme"

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