Dans son n°88 (été 2005) la revue "Catholica" a publié un article de Stéphane Wailliez intitulé "La liturgie et le bruit". L'Auteur commence par donner une définition du bruit. « Le bruit, écrit-il, est ce qui détourne de la fin ». « Si Dieu est le bien suprême et la cause finale architectonique de l'univers, c'est à lui que tout doit être ordonné, de façon directe ou indirecte. Ce qui détourne de lui, compte tenu des circonstances et de l'état de vie divers de chacun, doit être tenu pour une déperdition, un bruit ».
Et Stéphane Wailliez de poursuivre : « S'il est un domaine où le bruit ne doit pas pénétrer, c'est celui du sacré. Or précisément, fumées de Satan ou vacarme, rumor mundi est entrée dans le temple de Dieu au lieu de rester pro fano - à l'extérieur du temple -. Des causes et responsabilités du désastre cultuel dans l'Eglise d'Occident, on peut discuter. Du fait, non. Contra factum non fit argumentum, dit l'adage : contre un fait, on n'argumente pas.

 

 

Stéphane Wailliez évoque alors "la liturgie de la Parole" au cours des messes, avec ses monitions, introductions, commentaires, acclamations et autres expressions d'une créativité aussi malheureuse que dévastatrice introduite à la faveur de la réforme liturgique conciliaire. Cette "liturgie de la Parole" est aujourd'hui loin d'être cantonnée à la Parole de Dieu; telle qu'elle se fait dans bien des paroisses, elle a contribué à désacraliser la réception du message biblique.
Mais le bruit se manifeste aussi sous d'autres formes qui ne sont pas auditives. La liturgie, telle qu'elle se présente dans bien des églises où l'on se réclame abusivement du Concile, en a incontestablement assimilé diverses manifestations : les panneaux du CCFD ou d'autres comités tiers-mondistes placés à l'intérieur des églises, les guirlandes confectionnées par les mamans-catéchistes, les vêtements profanes portés dans le sanctuaire, l'absence de limite clairement établie entre le choeur et la nef, les attitudes non rituelles des ministres (bras ballants ou jambes croisées), les vêtements liturgiques sur lesquels des sigles bien visibles remplacent les symboles discrets (les chasubles de Castelbajac, par exemple), le remplacement du chant grégorien créateur de silence par des cantiques visant à galvaniser les assistances... tout ceci se rattache au bruit du monde. A ce bruit qui détourne de Dieu.
Les temps de silence indiqués dans l'Ordo Missae actuel - dont tout le monde se réclame mais que personne ne respecte - sont loin d'être respectés. Sauf peut-être celui qui suit la communion. La Prière universelle est elle aussi trop souvent l'occasion d'amener jusqu'à l'autel le brouhaha du siècle.
Bref, le silence propice au recueillement et à l'adoration, ce silence que devrait procurer la liturgie si elle était respectée, se trouve aujourd'hui dans une situation bien inconfortable. Or, comme par une saine réaction, l'inflation verbale provoque un besoin de silence. Alors, pour répondre à ce besoin, certains célébrants ponctuent à présent la célébration liturgique de plages de silence : on fait des pauses. Nouvelle erreur ! 
En effet, quand on regarde comment sont organisés les rites traditionnels tant orientaux qu'occidentaux, on voit que les moments de silence ne sont pas créés par des interruptions du cursus liturgique, mais simplement par des instants durant lesquels certaines prières se font en secret. L'action liturgique ne s'interrompt pas pour faire place au silence : elle se poursuit, mais s'exprime simplement sur un autre plan, un plan généralement visuel. De cette façon, la cérémonie n'est jamais entravée par une attente qui ressemble parfois à une embarassante minute de silence.
Même l'élévation prolongée par un ralentissement des gestes dû à la piété subjective du célébrant devrait être considérée comme un abus, dans la mesure où la liturgie est alors perturbée par une rupture dans l'accomplissement "normal" des rites.
Ainsi, les silences prévus par l'Ordo Missae deviennent-ils maladroits et incongrus lorsqu'ils trouvent leur place dans une liturgie qui ne semble avoir été inspirée que par le bruit, que par l'esprit de l'homme moderne qui cherche à se perdre dans l'agitation continuelle. Ces silences-là apparaissent comme une malhabile compensation de ce bruit : plaqués sur des liturgies disparates et agitées, ils ne résolvent pas le malaise mais le révèlent.

 

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