Dans un de nos articles, nous posions cette question capitale à laquelle peu de prêtres semblent pouvoir ou vouloir répondre : qu'est-ce qui a fait que ce sont les prêtres ordonnés avant Vatican II qui ont été les premiers à "dérailler" en liturgie après le Concile ? Une réponse - qui semble très juste - est fournie par l'Abbé Houghton, prêtre anglican converti au catholicisme. En constatant avec amertume la grande pagaille que mettent les prêtres dans la liturgie post-conciliaire, il écrit (1) : « Il y avait cependant une question à laquelle je trouvais difficile de donner une réponse satisfaisante. Tous les prêtres avaient dit quotidiennement la messe ancienne avec le soin voulu et, apparemment, avec dévotion. Comment se faisait-il que 98 % d'entre eux acceptaient volontiers qu'elle change alors que ni le Concile ni le Pape n'en avait donné l'ordre ? (...) Il n'était pas possible qu'ils aient aimé la messe ancienne. Ce n'était [pour eux] qu'un rite dont on pouvait changer comme on change de pantalon. Mais s'ils n'aimaient pas la messe, sans doute étaient-ils incapables d'adorer. Ils devaient considérer que la messe était une chose qu'ils avaient à faire, et non une chose que Dieu faisait. Lex credendi, lex orandi : la foi régit la prière, la prière régit la foi. Je n'éprouvais aucun doute quant à la foi de mes confrères, à l'exception de l'un d'eux peut-être. C'était donc du côté de la prière qu'il fallait chercher. Là, je trouvais que nous, prêtres, étions vraiment défaillants. Nous étions tous beaucoup trop occupés à dire la messe, à dire le bréviaire ou à faire quelque chose pour passer un moment en prière devant le Saint-Sacrement. Nous encouragions les laïcs à une forme de prière que nous ne pratiquions guère. Je voyais maintenant clairement comment, au cours de mon séminaire à Beda, ma formation ascétique avait été poussée. On m'avait enseigné comment me perfectionner, mais on ne m'avait pas appris à prier - c'est-à-dire comment adorer Dieu -. (...) Il est clair que, dirigée vers le perfectionnement de soi, l'ascèse requiert des actes humains intelligents, aidés par la grâce actuelle. La prière de son côté, en tant qu'elle est l'adoration de Dieu, est le fruit de la grâce habituelle ou sanctifiante; elle est le retour au Père de l'amour du Saint-Esprit par l'intermédiaire d'une personne humaine. Du point de vue humain, c'est un acte de la volonté qui tend à nous vider de nous-même, à engendrer le recueillement et à favoriser l'adhésion, en vue d'adorer Dieu. Dès lors que cette distinction entre ascèse et prière est clairement perçue, je crois qu'on peut comprendre la révolution dans l'Eglise. Les prêtres - notamment les prêtres les plus efficaces, c'est-à-dire les évêques - en ont eu assez d'une liturgie dans laquelle ils n'avaient rien à faire. Ils ont donc voulu une messe ascétique au lieu d'une messe adorante - l'action au lieu de contemplation -. Ils l'ont eue ».

 

Disons plutôt qu'ils ont cru l'avoir avec la liturgie restaurée à la suite de Vatican II, et ils en sont restés à cette fausse impression. Ce qui explique que quand ils célèbrent la messe, ils ne sont vraiment heureux que lorsqu'ils peuvent transformer la liturgie en occasion de "faire quelque chose" ou de "faire faire quelque chose". L'aspect contemplatif et le caractère permanent de la liturgie est quelque chose qui les ennuie profondément : d'où leur goût pour les messes agitées et leur aversion pour le grégorien, chant de la contemplation par excellence, ainsi que pour les messes en latin qui leur apparaissent comme des entraves à leurs irrépressibles envies d'utiliser les célébrations eucharistiques pour "faire quelque chose". D'où aussi leur aversion pour les vêpres et les Saluts du Saint-Sacrement... où il n'y a pas d'autres "activités" que l'adoration et la contemplation. Ajoutons encore : avant Vatican II, tout semblait parfait... sauf le coeur. Voilà pourquoi bien des messes célébrées avant le Concile qui étaient irréprochables sur le plan liturgique, ne soulevaient déjà plus l'enthousiasme des fidèles, ne réalisaient plus de conversions, ne suscitaient plus de vocations sacerdotales. Tous les chiffres concernant la pratique religieuse et les ordinations sacerdotales le montrent. (2) Quand dans les liturgies (qu'elles soient extraordinaires ou ordinaires) il n'y a pas de coeur au point que ne subsistent que le ritualisme ou l'anarchie, les fidèles vivent un manque qu'ils essaient de compenser par de l'agitation... comme le montrent à l'envie les messes paroissiales retransmises le dimanche par la télévision.

 

(1) Cf. Prêtre rejeté, Ed. DMM. Poitiers.

(2) Cf. Paul Vigneron, Histoire des crises du clergé français contemporain, Ed. Téqui, Paris.

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