1. Le Concile Vatican II à Rome (+) (+)

2. Le Concile Vatican II en France (+) (+)

 

 

--> On comprend une fois de plus pourquoi Benoît XVI est « peiné ».

On entend souvent des fidèles "traditionalistes" attachés de façon exclusive à la forme extraordinaire de la liturgie romaine dire que la crise que traverse aujourd'hui l'Eglise a son origine dans le concile Vatican II. C'est "le" Concile qui serait à l'origine de tous nos maux et de cette grande pagaille qui règne dans les diocèses, dans les paroisses, dans la liturgie surtout.
Or ceci n'est pas exact.
Pour avoir une vision objective de la réalité, il faudrait pour commencer que les fidèles catholiques de France cessent de tout voir avec leur regard français et avec des lunettes françaises. Des pays qui ont appliqué l'enseignement de Vatican II sans le trahir ni le déformer - contrairement à ce qui se fait chez nous - ont des séminaristes, ont des prêtres, ont des messes très fréquentées... et sont très loin de nos débats franco-français sur la couleur des barrettes ou la forme des pompons. Ces pays-là ont souvent d'autres priorités... ce qui ne signifie pas que la liturgie ne doit pas être "aussi" une priorité.
Il faudrait ensuite cesser de dire que la crise que nous traversons a commencé avec Vatican II. La baisse des vocations sacerdotales, chez nous, a commencé bien avant le Concile et les prêtres qui ont saboté le véritable enseignement de Vatican II sont bien souvent - pour ne pas dire toujours - ceux qui avaient été formés avant le Concile...

C'est bien la preuve que : 1) leur formation théologique reçue avant le Concile était déficiente (pour ne pas dire proche du zéro) et que 2) leur fronde était en veilleuse mais était déjà bien là. Vatican II n'aura été, pour eux, qu'un détonateur, qu'un prétexte.
Il faudrait, enfin, avoir l'honnêteté de reprendre tous les discours des Souverains Pontifes de l'après-Concile : tous, jusqu'à Benoît XVI, disent que le Concile a porté des fruits... là où il a été compris et appliqué dans ce que notre Saint-Père appelle une "herméneutique de la continuité". Bien sûr, en France, on ne connaît pas ces fruits. Pourquoi ? A cause du Concile ? Non. A cause d'un clergé mal formé, prétentieux, néo-gallican, désobéissant, qui a cru pouvoir transformer à sa guise l'enseignement conciliaire pour faire dire à l'Eglise ce qu'elle n'a jamais dit.
Redisons-le avec Benoît XVI : le Concile n'est pour rien dans la crise actuelle que connaissent nos diocèses. Cette dernière n'est que le résultat d'une pastorale dévastatrice mise en place par une génération de prêtres français qui, précisément, n'ont pas voulu appliquer Vatican II comme l'Eglise demandait qu'il soit compris et appliqué. Prétendre autre chose relève de la plus pure désinformation.

 

Pro Liturgia

 

hippycatholicism


« Nous savons qu'après le Concile Vatican II certains étaient convaincus que tout était nouveau,
qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise pré-conciliaire était finie et que nous en aurions eu une autre,
totalement « autre ». Un utopisme anarchique ! Et grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre,
le Pape Paul VI et le Pape Jean-Paul II, d'une part ont défendu la nouveauté du Concile et, de l'autre,
ils ont en même temps défendu l'unicité et la continuité de l'Eglise, qui est toujours une Eglise de pécheurs
et toujours un lieu de grâce » (Sa Sainteté le Pape Benoît XVI - Audience Générale du 10 mars 2010)

On entend souvent dire que Vatican II serait un concile simplement "pastoral" et non "doctrinal", ce qui permettrait d’en relativiser le contenu. Ce langage est tenu aussi bien par les "traditionalistes" que par les "progressistes" - encore très nombreux dans l’Eglise-qui-est-en-France - qui veulent soit refuser le Concile, pour les premiers, soit l’interpréter à leurs façons pour les seconds. De fait, Jean XXIII, à l’ouverture de Vatican II, avait demandé que les enseignements du Concile soient de type "pastoral". Encore faut-il savoir ce que signifie "pastoral" dans le langage de l’Eglise… "Pastoral" désigne ici la façon que doit être conçu l’enseignement conciliaire, mais ne qualifie en aucun cas le contenu de cet enseignement qui, lui, demeure "doctrinal" et ne saurait, de ce fait, être critiqué ou remis en cause.


 


 

http://img.over-blog.com/300x204/0/21/41/34/2009/benoitxvietmgrfellay.jpegDans le récent communiqué diffusé à la suite de la dernière entrevue des représentants du Souverain Pontife avec les responsables de la Fraternité Saint-Pie X, il a été question d’un "Préambule" remis à Mgr Fellay et qui « énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère qui a suivi ». Contrairement à ce qui a été rapidement affirmé ici ou là, il n’est absolument pas question de discuter les enseignements de Vatican : ceux-ci sont considérés comme définitifs, pleinement conformes à la doctrine et à la Tradition. Il est uniquement question de pouvoir mieux reformuler ces enseignements et les préciser si besoin est. Sur ce point, il n’y a aucune ambiguïté possible. Paul VI disait déjà qu’ « on ne peut invoquer la distinction entre "dogmatique" et "pastoral" pour accepter certains textes de ce concile [Vatican II] et en refuser d’autres ». Et il ajoutait que « ce qui est affirmé comme objet de foi ou vérité annexe à la foi, par des actes "définitifs", requiert un assentiment de foi. Mais le reste fait aussi partie du Magistère solennel de l'Eglise auquel tout fidèle doit un accueil confiant et une mise en application sincère ». Avis à ceux, de tous bords, qui veulent ignorer le Concile soit en le refusant soit en l’appliquant systématiquement de travers (ces derniers sont légions dans nos paroisses !) tout en se disant au service de l’Eglise…

 

Le Cardinal Karol Wojtyla, devenu par la suite le pape Jean-Paul II, avait rappelé que « les actes pastoraux, par leur profond enracinement dans la foi et la morale ont une signification doctrinale : ils contiennent toute la doctrine que l'Eglise annonce - et souvent la prédisent de la manière la plus évidente - et tendent constamment à atteindre la plénitude de la vérité divine ». Quant au Cardinal Ratzinger - aujourd’hui Benoît XVI - il a affirmé, en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le caractère non discutable, non négociable, de Vatican II : « Il n'est pas possible que vous remettiez en cause la doctrine authentique du concile oecuménique Vatican II, dont les textes sont magistériels et jouissent de la plus grande autorité doctrinale ». On ne saurait être plus clair. Ces précisions permettent de mieux comprendre ce qui est aujourd’hui attendu de la Fraternité Saint-Pie X pour une complète "réintégration" dans l’Eglise catholique.

Depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II et jusqu'aujourd'hui, les déclarations n'ont pas manqué pour dénoncer les abus liturgiques, pour signaler que le Concile n'a pas été correctement appliqué, pour rappeler la nécessité impérieuse de s'en tenir au missel romain, pour insister sur la dignité qui doit entourer les célébrations... Tour à tour, les fidèles ont reçu l'Encyclique Ecclesia de Eucharistia (avril 2003), l'Instruction Redemptionis Sacramentum (mars 2004), la Lettre apostolique Mane nobiscum Domine (octobre 2004), le Discours du Cardinal Arinze à l'Institut catholique de Paris (octobre 2006), la Conférence du Cardinal Arinze à Gateway (novembre 2006), l'Exhortation Sacramentum Caritatis (février 2007), le Motu proprio Summorum pontificum et la Lettre aux Evêques (juillet 2007). Documents magistériels et discours auxquels s'ajoutent les nombreuses déclarations (+) (+) de Mgr Ranjith qui vont exactement dans le même sens.

 

C'est en vain que les fidèles de France attendent une déclaration officielle de leurs évêques montrant les erreurs faites en liturgie et donnant des directives précises visant à corriger ce qui doit l'être. C'est en vain que les candidats au sacerdoce attendent une formation liturgique solide. C'est vain que les prêtres qui respectent la liturgie attendent un réel soutien de la part de leurs pasteurs diocésains. C'est en vain parce que, comme le faisaient remarquer certains évêques à la suite de la parution de l'Encyclique Redemptionis Sacramentum, « il n'y a pas de grands problèmes liturgiques dans les paroisses et les orientations de Vatican II sont de façon générale correctement appliquées ». Cécité ou méthode Coué ?

 

Petite rectification : nos évêques parlent. Avec un extraordinaire courage, ils rappellent aux fidèles "lefebvristes" qu'ils doivent accepter Vatican II sans la moindre réserve. Cela sous-entend-il que les autres, ceux qui n'ont jamais été "lefebvristes", peuvent tranquillement continuer à rejeter des pans entiers du Concile ? On n'en sait rien. Mais c'est en tous les cas ce qui se fait depuis très longtemps... Dans un tel contexte, doit-on encore espérer une déclaration des évêques qui soit dans la droite ligne des documents magistériels cités plus haut ? L'écrivain italien Cesare Pavese faisait remarquer qu' « attendre est encore une occupation. C'est ne rien attendre qui est terrible ».

 

Pro Liturgia

La levée de l'excommunication des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre ont permis aux fidèles de faire une grande découverte : les évêques de France sont tous attachés au Concile Vatican II. Incontestablement. Si, si : c'est eux-mêmes qui le disent depuis quelques jours à qui veut bien l'entendre. Ils sont tous fidèles à Vatican II. Nous avons donc un épiscopat ultra-conciliaire. Très bien ! Seul petit problème : personne jusqu'ici ne s'en était aperçu. Mais ce n'est là qu'un détail : l'important est de dire qu'on est pour le Concile et de faire croire qu'on l'applique.

 

Mais au fait : où le Concile est-il appliqué ? Dans les paroisses ? NON ! (+) (+) (+) (+) [par charité chrétienne, on limite les exemples]. Sur des secteurs paroissiaux entiers, on ne trouve pas une seule messe qui soit célébrée conformément au Missel romain issu de ce Concile dont tous nos pasteurs se réclament. En catéchèse ? NON ! Des générations entières d'enfants se soumettent aux bricolages débiles et ne savent plus ni les prières chrétiennes usuelles, ni ce qu'est un sacrement. Dans la tenue vestimentaire des clercs ? NON ! La soutane ou le clergyman ne sont portés que par une ultra-minorité de prêtres de la nouvelle génération et les soutanes épiscopales - malgré ce que dit le Cérémonial des Evêques publié dans le prolongement de Vatican II - ne sont sorties de la naphtaline qu'à l'occasion d'une visite papale. Dans l'aménagement des sanctuaires ? NON ! Il suffit d'entrer dans certaines églises pour constater que le bric-à-brac règne en maître. Parfois, il n’y a même plus d’autels ! Quel évêque aura le courage - conformément à ce que fait Benoît XVI - de réinstaller des bancs de communions ? A quand l’application de Sacrosanctum Concilium ?

 

Pour le moment, non seulement les décisions conciliaires restent entièrement ignorées dans les diocèses de France, mais ce qui est peut-être plus grave encore, c'est qu'on interdit purement et simplement à des prêtres et à des fidèles laïcs de mettre en oeuvre, dans les paroisses, ce qui a été demandé par Vatican II. Alors, n'est-il pas hypocrite de répéter à l'envie qu'on tient au Concile ? Si Vatican II était appliqué dans nos diocèses, ça se saurait parce que ça se verrait ! (+)

Plusieurs évêques français ont insisté sur le caractère « obligatoire » et « non négociable » du Concile Vatican II et sur le fait que les lefebvristes (qui reconnaissent les 21 Conciles œcuméniques y compris Vatican II envers lequel ils ont des "réserves") doivent accepter ce Concile pour être réintégrés dans l'Eglise catholique. Comme l'a si bien dit le Cardinal Vingt-Trois, « la levée des excommunications ne signifie pas qu'il soit possible d'être catholique en faisant un tri dans l'enseignement de l'Eglise, dans la doctrine et la Tradition de l'Eglise ». S'il est important de s'assurer que les évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X reconnaissent Vatican II, il serait juste de s'assurer que les évêques français acceptent à leur tour les points suivants du Concile. A savoir :

 

 

 

·         L'importance de l'enseignement de la doctrine de Saint Thomas (cf. Optatam Totius N°16 ;  Gravissimum Educationis N°10)

·         La conservation de l'usage habituel du latin et du grégorien dans la liturgie (cf. Sacrosanctum Concilium N°36, N°54, et N°116)

·         La condamnation de la contraception (cf. Gaudium et Spes N°47, et N°51 §3)

·         La condamnation de l'avortement (cf. Gaudium et Spes N°27, et N°51 §3)  

·         La reconnaissance du caractère sacrificiel de la Messe qui implique une façon respectueuse de célébrer l'Eucharistie (cf. Sacrosanctum Concilium N°47; Lumen Gentium N°26).

 

 

On comprend bien qu'il ne faudrait pas qu'il y ait deux poids deux mesures. Avec l'herméneutique de la continuité prêchée par Benoît XVI, nous pouvons espérer que les lefebvristes reconnaîtront le concile Vatican II interprété à la lumière de toute la Tradition. Nous pouvons aussi espérer que les évêques de France en feront tout autant.

 

Pro Liturgia

cardinalratzingerAu cours d’une rencontre qui s’est déroulée durant l’été 2007, Benoît XVI a dit aux prêtres des diocèses de Bellune, Feltre et Trévis : « J’ai vécu, moi aussi, l’époque du Concile Vatican II (...) On avait vraiment l’impression d’une nouvelle Pentecôte, où l’Eglise pouvait de nouveau convaincre l’humanité. Le monde s’était éloigné de l’Eglise aux XIXe et XXe siècles, mais il semblait qu’ils se rencontraient à nouveau et que renaissaient un monde chrétien et une Eglise du monde, vraiment ouverte au monde. Nous avons beaucoup espéré mais, en réalité les choses se sont révélées plus difficiles que prévues. Cependant, il nous reste le grand héritage du Concile, qui a ouvert une voie nouvelle ; c’est toujours une « grande charte » du cheminement de l’Eglise, tout à fait essentielle et fondamentale. Mais pourquoi en a-t-il été ainsi ? (...) nous devons constater que dans la vie de l’après-Concile, il y a deux grandes coupures historiques. La première est celle de 1968, qui marque le début ou l’explosion - si j’ose dire - de la grande crise culturelle en Occident. C’était la fin de notre génération de l’après-guerre, une génération qui, après toutes les destructions, et ayant vu les horreurs de la guerre et des combats, ayant constaté le drame des grandes idéologies qui avaient véritablement conduit les gens vers l’abîme de la guerre, avait redécouvert les racines chrétiennes de l’Europe et commencé à reconstruire l’Europe sur la base de ces grandes inspirations. Mais une fois passée cette génération, on a vu aussi tous les échecs et les lacunes de cette reconstruction, la grande misère qui existait dans le monde. C’est ainsi qu’a commencé puis explosé la crise de la culture occidentale, ou plutôt d’une révolution culturelle qui voulait tout changer radicalement. Cette révolution culturelle disait : « En deux mille ans de christianisme, nous n’avons pas créé un monde meilleur ; nous devons donc repartir de zéro, d’une manière absolument nouvelle. » Et le marxisme paraissait être la formule scientifique permettant d’établir enfin ce monde nouveau. 

 

Dans ce que j’appellerai un grave et grand conflit entre la nouvelle et saine modernité voulue par le Concile et la crise de la modernité, tout est devenu difficile, comme après le premier Concile de Nicée. Certains pensaient que cette révolution culturelle était ce qu’avait véritablement voulu le Concile. Ils identifiaient cette nouvelle révolution culturelle - marxiste - avec la volonté du Concile. Ils disaient : « Le Concile, c’est ça ; quand on les prend au pied de la lettre, les textes sont encore un peu vieillots ; mais derrière les mots écrits, il y a cet « esprit » du Concile. C’est cela la volonté du Concile ; voilà comment il faut faire. » Les autres, naturellement, réagissaient et disaient : « En vous comportant ainsi, vous détruisez l’Eglise. » La réaction absolue contre le Concile fut l’ « anticonciliarisme » et, disons-le, un timide et humble effort pour concrétiser le véritable « esprit » du Concile. (....) Pendant que le progressisme erroné et l’ « anticonciliarisme » absolu faisaient grand bruit, le chemin de l’Eglise progressait très silencieusement, avec beaucoup de souffrances et de pertes dues à la construction d’un nouveau passage culturel. La seconde coupure a eu lieu en 1989, au moment de l’effondrement des régimes communistes. Mais la réponse à cette coupure n’a pas été un retour à la foi, comme on pouvait peut-être s’y attendre ; elle n’a pas été la redécouverte du fait que c’était justement l’Eglise, avec l’authentique Concile, qui avait indiqué une solution aux vrais problèmes. La réponse, au contraire, a été un scepticisme total qui a caractérisé ce qu’on a appelé la post-modernité. On disait alors : « Rien n’est vrai : à chacun de voir comment il veut vivre. » C’était l’affirmation d’un matérialisme, d’un scepticisme pseudo-rationaliste et aveugle qui finit dans la drogue et dans tous ces problèmes que nous connaissons actuellement et qui, de nouveau, barrent le chemin à la foi. Il est si simple, si évident de dire : « Non, rien n’est vrai; la vérité est intolérante, on ne peut pas prendre ce chemin... » 

 

Voilà : dans le contexte de ces deux ruptures culturelles, la première étant la révolution culturelle de 1968 et la seconde la chute dans le nihilisme après 1989, l’Eglise, humblement, entre les passions du monde et la gloire du Seigneur, a voulu tracer son chemin. Sur ce chemin, nous devons progresser avec patience et apprendre maintenant, dans un monde nouveau, ce que signifie renoncer à un certain triomphalisme. Le Concile lui-même avait dit qu’il fallait renoncer au triomphalisme : il avait surtout pensé à l’héritage du Baroque, à toutes ces grandes cultures de l’Eglise. On a alors dit : « Commençons de manière moderne, nouvelle... » Mais un autre triomphalisme s’est développé, consistant à penser : « Maintenant nous agissons : nous avons trouvé la voie et nous y trouvons le monde nouveau. » Mais l’humilité de la Croix, celle du Crucifié, exclut également un tel triomphalisme. Nous devons renoncer à tout triomphalisme qui nous fait croire que c’est maintenant que naît réellement la grande Eglise de l’avenir. L’Eglise du Christ est toujours humble et c’est comme cela qu’elle est grande et joyeuse. (...) Nous devons aussi apprendre, en même temps que cette humilité est le vrai triomphalisme de la catholicité, celui qui progresse au cours de tous les siècles. Aujourd’hui encore nous voyons s’étendre la présence du Crucifié-ressuscité qui a ses blessures et les conserve. Il est blessé, mais c’est justement ainsi qu’il renouvelle le monde, qu’il donne son souffle qui renouvelle aussi l’Eglise malgré toute notre pauvreté. Dans ce mélange d’humilité de la Croix et de joie du Seigneur ressuscité nous avons reçu dans le Concile un grand guide pour la route : nous pouvons donc aller de l’avant, joyeux et pleins d’espérance. »

Hier, le jeudi 14 février 2013, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a rencontré les prêtres du Diocèse de Rome.

Pendant 1 heure, il a parlé sans note du Concile Vatican II. Voici la fin de son discours (style "parlé")  :

 

 

 

090526-LATERAN-2.jpg« (...) Je voudrais maintenant ajouter encore un troisième point : il y avait le Concile des Pères – le vrai Concile – , mais il y avait aussi le Concile des media. C’était presque un Concile en soi, et le monde a perçu le Concile à travers eux, à travers les media. Si bien que le Concile qui est efficacement arrivé jusqu’au peuple a été celui des media, non pas celui des Pères. Et tandis que le Concile des Pères se déroulait à l’intérieur de la foi et était un Concile de la foi qui cherche l’intellectus, qui cherche à se comprendre et cherche à comprendre les signes de Dieu à ce moment, qui cherche à répondre au défi de la foi en ce moment et de trouver dans la Parole de Dieu la parole pour aujourd’hui et pour demain, tandis donc que tout le Concile – comme je viens de le dire – avançait à l’intérieur de la foi, en tant que fides quaerens intellectum, le Concile des journalistes ne s’est naturellement pas réalisé dans la foi, mais à l’intérieur des catégories des media d’aujourd’hui, c’est-à-dire à l’extérieur de la foi, avec une herméneutique différente. C’était une herméneutique politique : pour les media, le Concile était une lutte politique, une lutte de pouvoir entre différents courants dans l’Église. Il était évident que les media auraient pris position pour la partie qui leur apparaissait la plus conforme avec leur monde. Il y avait ceux qui cherchait la décentralisation de l’Église, le pouvoir pour les évêques et ensuite, à travers la « Parole de Dieu », le pouvoir du peuple, des laïcs. Il y avait cette triple question : le pouvoir du Pape, ensuite transféré au pouvoir des évêques et au pouvoir de tous, souveraineté populaire. Naturellement, pour eux c’était celle dernière la partie à approuver, à promulguer, à favoriser.

 

Et ainsi aussi de la liturgie : la liturgie n’était pas intéressante en tant qu’acte de la foi, mais comme une chose où se font des choses compréhensibles, des activités de la communauté, une chose profane. Et nous savons qu’il y avait une tendance, qui avait des fondements historiques aussi, à dire : la sacralité est une chose païenne, éventuellement aussi dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau, seul vaut le fait que le Christ soit mort dehors : c’est-à-dire en dehors des portes, c’est-à-dire dans le monde profane. En finir donc avec la sacralité, caractère profane aussi du culte : le culte n’est pas culte, mais un acte fait ensemble, participation commune, et ainsi aussi participation comme activité. Ces traductions, banalisations de l’idée du Concile, ont été virulentes dans la pratique des applications de la réforme liturgique ; celles-ci étaient nées dans une vision du Concile prise en-dehors de sa propre clef, de la foi. Et de même pour la question de l’Écriture : l’Écriture est un livre, historique, à traiter historiquement et rien d’autre, et ainsi de suite. Nous savons comment ce Concile des media fut accessible à tous. Par conséquent, il fut dominant, le plus influent, et il a provoqué tant de calamités, tant de problème, réellement tant de misères : séminaires fermés, couvent fermés, liturgie banalisée… et le vrai Concile a eu des difficultés à se concrétiser, à se réaliser ; le Concile virtuel était plus fort que le Concile réel. Mais la force réelle du Concile était présente, et peu à peu, elle se réalise toujours plus, et elle devient la vraie force qui est aussi la vraie réforme, la vraie rénovation de l’Église. Il me semble que, 50 ans après le Concile, nous voyons comment ce Concile virtuel se brise, se perd, et apparaît le vrai Concile avec toute sa force spirituelle. Et c’est notre devoir, justement en cette année de la foi, en commençant par cette année de la foi, de travailler pour que le vrai Concile, avec sa force qui lui vient de l’Esprit Saint, se réalise et que l’Église soit réellement rénovée. Espérons que le Seigneur nous y aide. Moi, retiré dans la prière, je serai toujours avec vous, et ensemble avançons avec le Seigneur dans cette certitude : Christ est vainqueur ! »

Il y a plus de vingt ans, au moment du schisme de Mgr Lefebvre et de la publication du Motu proprio « Ecclesia Dei adflicta » par Jean-Paul II, on s’était dit que les évêques de France allaient enfin prendre des décisions courageuses pour corriger les abus liturgiques en grande partie à l’origine du mouvement lefebvriste et de la chute des vocations. Il n’en fut rien : nos évêques ont fait quelques belles déclarations et n’ont rien changé, rien corrigé, rien expliqué. Depuis, les choses ne se sont pas arrangées : elles se sont même aggravées. Souvenons-nous : au moment où Benoît XVI donne son Motu proprio « Summorum pontificum » et adresse une lettre explicative aux évêques, Mgr Ricard déclare qu’il ne faudra rien changer dans les façons de célébrer la liturgie ; à la suite de la publication de l’Exhortation post-synodale « Sacramentum caritatis » par le même Benoît XVI, nos évêques décident de ne pas tenir compte de ce document majeur ; lorsqu’on parle de corriger les traductions fautives que contient la version française du Missel romain, trois évêques s’offusquent et déclarent sans rire que les traductions sont bonnes. Parmi eux, Mgr Le Gall qui, quelques années auparavant, prétendait qu’il n’y avait pas de problèmes en liturgie en France... Enfin, très récemment, le Pape s’adresse à nos évêques en visites « ad limina » et leur demande de respecter les normes liturgiques. De retour en France, dans leurs diocèses respectifs, ces mêmes évêques font non seulement exactement le contraire de ce qu’on leur a demandé de faire mais encouragent même les prêtres qui chamboulent systématiquement la liturgie.

 

On comprendra facilement que les fidèles qui veulent demeurer dans la foi catholique et « en union avec le Pape » - comme il est dit dans la liturgie eucharistique - en ont assez de ces évêques qui contredisent sans arrêt le Successeur de Pierre garant de l’unité de l’Eglise et refusent d'appliquer le concile Vatican II dont ils ne cessent de chanter les bienfaits. Que faire dans ces conditions ? Deux possibilités : ou bien on accepte les choses telles qu’elles sont et, au nom de la « charité », on ne dit rien. Mais dans ce cas-là, n’en vient-on pas à participer à cette actuelle atomisation de l’Eglise qui précède de peu sa disparition en France ? Ou bien au nom de la vérité sans laquelle la charité n’existe pas, on se décide à ne pas se taire et à agir. C’est-à-dire à dénoncer ce qui doit être dénoncé, à critiquer ce qui mérite d’être critiqué, à refuser ce qui doit être refusé. C’est cette seconde possibilité qui est incontestablement la bonne. Elle n’est pas dirigée contre l’autorité de nos évêques mais contre leurs projets pastoraux laxistes et stériles échafaudés sur la non-réception systématique des enseignements du Souverain Pontife autant que sur un défaut volontairement entretenu de solide formation théologique et liturgique. Nous continuerons donc à parler quand il faut parler et à dire ce que nous avons à dire.

 

Pro Liturgia

Voilà 50 ans qu’a eu lieu le concile Vatican II. Voilà 50 ans que des fidèles qui n’ont jamais rejeté ses enseignements attendent que ses décisions soient prises en compte, soient véritablement appliquées dans les diocèses de France. Nous disons bien : dans les diocèses de France ; c’est-à-dire dans toutes les paroisses de France et par tous les évêques de France, et pas seulement dans quelques églises où des prêtres courageux, pour être fidèles aux enseignements conciliaires, sont contraints de braver certaines décisions de la pastorale locale et de surmonter la vindicte de quelques poignées de fidèles qui n’ont que le mot « Concile » à la bouche mais n’en ont jamais compris les enseignements (cf : A quand l’application de Vatican II en France ?).

 

 

 

 

VaticanII.jpgDans quel contexte le Concile a-t-il été reçu en France ? Un contexte peu favorable : le pontificat de Pie XII avait été marqué par un courant centralisateur interdisant aux évêques de prendre certaines décisions qui auraient pu relever de leur compétence et un courant néo-thomiste qui avait conduit, par son étroitesse, à condamner des théologiens tels que Hans-Urs von Balthasar, Jean Daniélou, Henri de Lubac... pour ne citer qu’eux. Dans le même temps, s’était développé, en Occident surtout, une société dite « de consommation » servant de terreau à une mentalité individualiste-hédoniste s’alimentant au progrès économique et à l’essor des sciences humaines. C’est dans ce contexte que se déroule et s’achève le concile Vatican II qui - dit le Pape Jean XXIII - doit permettre un « aggiornimento » de l’Eglise. De quoi s’agit-il ? En aucun cas d’une « réforme » - ce mot n’est pas employé par le Souverain Pontife - mais d’une invitation adressée à l’Eglise pour qu’elle réfléchisse sur elle-même et revienne aux sources de sa foi. Qu’est-ce que l’Eglise ? Quelle doit être sa première mission ? Quels rapports doit-elle entretenir avec un monde qui connaît de profonds changements, qui n’est plus le monde du début du XXe siècle et encore moins celui du XVIe siècle ? L’idée directrice de l’ecclésiologie conciliaire est donc celle de « communion ». Mais pas d’abord d’une communion entre les hommes ! La communion dont parle le Concile est la communion avec Dieu : c’est cette communion-là qui fonde la communion des hommes de bonne volonté au sein de l’unique Eglise du Seigneur. Dès lors, l’Eglise ne peut plus être vue et comprise uniquement - le mot « uniquement » est ici important - comme une réalité d’abord sociale et hiérarchique ou comme une administration. Le décret sur la charge pastorale des évêques explicite bien un changement de perspective : il précise et instaure les structures permettant à chaque évêque d’être « à la fois » responsable de son diocèse et, collégialement, avec le Pape et tous les autres évêques, co-responsable de l’Eglise universelle. Qu’est-ce qui garantit la communion au sein de l’Eglise ? Pour le savoir, il faut relire la Constitution dogmatique « Dei Verbum ». A travers ce document, l’Eglise entend dépasser les vieux débats concernant les deux sources de la Révélation qui sont l’Ecriture - seule référence pour les Protestants - et la Tradition valorisée - avec parfois des excès - par les catholiques. A ces deux conceptions fixistes est désormais préférée une conception dynamique : il n’y a qu’une seule source qui puisse garantir la communion au sein de l’Eglise. Et cette source est la Parole de Dieu « contenue » dans l’Ecriture et transmise dès les origines par la Tradition dont la liturgie est - nous dira « Sacrosanctum Concilium » - l’expression la plus achevée.

 

 

modernismeMalheureusement, en France, cet enseignement du Concile ne sera ni compris, ni expliqué aux fidèles - qu’ils soient clercs ou laïcs -, ni reçu et appliqué. Dès 1964, Paul VI appelle Jean Guitton au Vatican pour lui faire part de son inquiétude quant à la façon dont on explique le Concile en France. Inquiétude pleinement justifiée quand on sait que les journalistes présentent Vatican II comme le fruit d’une sorte de débat parlementaire où se seraient opposés des « conservateurs » et des « progressistes », ces derniers tournant volontiers leurs regards vers l’Eglise de Hollande présentée comme un modèle et qui publie en 1966 un Catéchisme entaché d’erreurs... Mais qui sera repris par de nombreux évêques de France pour servir de base à des « parcours catéchétiques » dont l’usage sera rendu obligatoire pour les catéchistes officiels. Dans le même temps apparaît une notion nouvelle : c’est celle d’ « esprit du Concile », par laquelle on entend dépasser les textes de Vatican II pour leur faire dire ce que l’Eglise n’a jamais voulu qu’ils disent. Dans « La Croix » du 15 septembre 1966, Antoine Wenger écrit : « Neuf mois ont passé depuis la clôture du Concile. Nous assistons à une fermentation des idées ; il est vrai que certains attribuent volontiers au Concile leurs propres opinions et identifient trop facilement les décisions conciliaires avec leurs propres désirs. » En novembre 1966, le philosophe Jacques Maritain publie une réflexion dans un ouvrage vendu à 40 000 exemplaires en deux mois : « Le Paysan de la Garonne ». Ce qu’il observe du catholicisme français le conduit au constat suivant : les masses continuent de s’éloigner, des militants et des clercs vont quitter l’Eglise ; celle-ci est en train de vivre une crise grave qui n’est pas imputable au Concile mais qui a sa source dans un néo-modernisme effréné qui se recommande abusivement de l’ « esprit du Concile ». Et Maritain d’ajouter qu’à la « diabolisation » du monde d’avant le Concile succède à présent un « agenouillement devant le monde », c’est-à-dire une crainte d’être dépassé par les évènements qui agitent les sociétés contemporaines. D’autres théologiens s’inquiètent des dérives qu’ils constatent : parmi eux, les jésuites Daniélou et de Lubac. Le 18 mai 1968, le P. Daniélou écrit dans « La Croix » : « De qui se moque-t-on ? Si Dieu n’est pas le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre, il faut supprimer le premier article du Symbole des Apôtres. Si le Fils de Dieu n’a pas été conçu du Saint-Esprit dans le sein d’une Vierge, il faut supprimer le second article. Si le corps physique du Christ n’est pas ressuscité des morts, il faut supprimer le troisième article. C’est cependant ce qui commence à se lire et à s’écrire impunément... Ce que nous n’admettons plus, c’est que sous prétexte d’action temporelle on démolisse la vie spirituelle, que sous prétexte de promotion de l’homme on démolisse l’adoration de Dieu. L’immense foule du peuple chrétien, l’immense majorité des prêtres en a assez de quelques uns, clercs ou laïcs, qui sont des assassins de la foi. » Quant au P. de Lubac, il considère qu’il est urgent de redresser la situation pour aller « dans le sens authentique du Concile et du véritable aggiornamento ». Et il constate : « nos évêques ne semblent guère oser y engager leur autorité ; de plus en plus la scission s’accentue entre une aile soi-disant marchante qui donne l’impression de mondaniser et d’évaporer la foi et la vie chrétienne, de dissoudre les liens de la catholicité, et une masse dite « intégriste » à laquelle sont tentés de se rallier beaucoup d’excellents chrétiens qui tiennent à l’intégralité de leur foi. »

 

 

panneau-70Pour tenter de juguler la crise qui se développe, à l’automne 1969, de Lubac, Balthasar, Bouyer (qui a publié en 1968 « La décomposition du catholicisme »), Ratzinger et d’autres se réunissent et jettent les bases d’une nouvelle revue internationale de théologie : « Communio ». La première édition française paraîtra en 1975. Mais c’est bien en France que les turbulences post-conciliaires sont les plus vives et les plus précoces. La crise que doit surmonter l’Eglise s’alimente de facteurs sociologiques extérieurs et de facteurs internes assujettis à un courant progressiste dont se réclame un clergé favorable à l’ « esprit du Concile » : l’Eglise ne va pas assez loin ; elle doit pousser les fidèles à s’engager dans tout ce qui permet de lutter pour davantage de justice, pour tout ce qui conduit à l’épanouissement de l’homme... Or, dans l’immédiat après-Concile, aux yeux de beaucoup, les structures qui permettent un tel engagement ne sont plus dans une Eglise qui apparaît encore trop « frileuse », trop « conservatrice », mais plutôt dans les mouvements socialo-communistes qui ont l’appui de nombreux intellectuels dont beaucoup sont enseignants. Dans les mouvements d’Eglise - ACO, JOC... - les militants sont désormais invités à chanter, au cours de célébrations eucharistiques instrumentalisées, des cantiques où s’expriment très nettement les idées marxistes. Le phénomène se retrouve également dans les paroisses, mais de façon plus diffuse : par le biais des cantiques qui remplacent partout le chant grégorien que l’Eglise entendait conserver, on inculque aux fidèles des idées qui sont davantage « marxisantes » que purement chrétiennes. Le « Cercle Jean XXIII », dont l’influence ne se limite pas à la ville de Nantes où il est né, essaie de gagner la sympathie des évêques afin de pouvoir organiser, dans les paroisses dirigées par les prêtres perméables aux idées nouvelles, des messes dominicales dont les structures liturgiques devront susciter, de la part des fidèles, un engagement pour la lutte des classes et l’édification d’une nouvelle Eglise, d’un nouveau catholicisme... Tandis qu’on verra des prêtres - et même quelques évêques - participer à la « Fête de l’Huma » où ils chanteront l’ « Internationale », Mgr Matagrin, alors évêque de Grenoble, publie un rapport - mais ce ne sera qu’un rapport de plus ! - traduisant son inquiétude devant l’adoption des analyses marxistes au sein même de l’Eglise. Mais au milieu de ces débats, la grande masse des fidèles est davantage sensible aux conséquences directes de ces idées nouvelles. Et ces conséquences sont d’abord la désacralisation de la liturgie et la banalisation des célébrations : deux maux dont les cicatrices restent bien visibles dans les messes actuelles. En 1985, le Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publie « Entretiens sur la foi », ouvrage dans lequel il critique les méthodes de transmission de la foi autant que les façons de célébrer la foi. Les signataires de l’ « Appel de Montpellier » - parmi lesquels des évêques et des prêtres bien en vue - l’accuseront de vouloir « enterrer Vatican II ». Pourtant, pour Joseph Ratzinger, il ne s’agit à aucun moment de contester le Concile, mais - comme il le dira plus tard lorsqu’il sera devenu Pape - de critiquer ses déformations et certaines méthodes pastorales dominantes qui s’en réclament pour multiplier des structures diocésaines et interparoissiales qui tournent à vide, épuisent les prêtres tout en faisant fuir les fidèles hors des églises.

 

 

Aujourd’hui, les applications de Vatican II, telles qu’elles ont été faites en France plus particulièrement, laissent sur le bord du chemin trois catégories de fidèles : les « traditionalistes » pour lesquels tout ce qui va mal dans l’Eglise est de la faute du Concile ; ceux qui sont attachés au « vrai Concile » et ne supportent plus ce que des clercs leur demandent d’accepter au nom d’un Concile dont ils faussent aussi bien la lettre que l’esprit ; ceux, enfin, qui sont lassés d’avoir perdu leur temps et leur énergie - souvent dans la souffrance - à essayer des discuter avec des prêtres donnant parfois l’impression de verser dans la schizophrénie à force de vouloir plaire à tout le monde sans jamais avoir la possibilité d’être pleinement eux-mêmes en vivant un sacerdoce épanouissant. Il y a quelques semaines, un fidèle écrivait à son évêque pour lui dire qu’il déplorait de ne plus trouver à des kilomètres à la ronde de messes célébrées comme elles devraient être célébrées : partout des chants insipides, des liturgies désacralisées et en partie improvisées... Réponse de l’évêque : « Peut-être devriez-vous rencontrer votre curé et discuter avec lui pour essayer d’obtenir une messe comme vous la souhaitez ? ». En quelques mots, l’évêque - probablement sans s’en rendre compte - a ainsi fait état de la crise dans laquelle se trouve à présent l’Eglise qu’on a laissé partir à la dérive dès les lendemains du Concile. Car si l’on comprend bien, c’est donc « un fidèle » - pas l’évêque gardien de la liturgie - qui doit rencontrer un prêtre pour « essayer d’obtenir » de lui - ce n’est pas gagné d’avance ! - qu’il célèbre « une messe » - pas toutes les messes - comme le souhaite le fidèle en question - dont on ne se soucie pas de savoir si c’est comme le souhaite l’Eglise -. En laissant s’établir un « esprit du Concile » opposé aux véritables enseignements du Concile, ne s’est-on pas employé, spécialement en France, à plonger l’Eglise dans ces situations proprement kafkaïennes dont pâtissent des fidèles qui aimeraient vivre et célébrer sereinement leur foi catholique ?

 

Pro Liturgia

UN OUTIL PRECIEUX POUR COMPRENDRE

ET INTERPRETER LE CONCILE VATICAN II :

LES « ECRITS CONCILIAIRES » DE RATZINGER

Par Mgr Gerhard Ludwig Müller, Préfet de la

Congrégation pour la Doctrine de la Foi

 

 

 

En tant que théologien, Joseph Ratzinger a contribué à donner forme au concile Vatican II en l’accompagnant dans toutes ses phases. Son influence se fait sentir dès la phase préparatoire, avant même l’ouverture officielle du Concile, le 11 Octobre 1962. Il a participé de façon significative à la genèse des textes les plus variés, d’abord aux côtés de l’Archevêque de Cologne, le Cardinal Joseph Frings, et plus tard comme membre autonome de différentes commissions. Dans la phase de réception, Joseph Ratzinger ne s’est pas lassé de rappeler que le Concile devait être évalué et compris à la lumière de son intention authentique : le Concile est partie intégrante de l’histoire de l'Eglise et ne peut donc être compris correctement que si l’on considère ce contexte de deux mille ans. Grâce à son travail sur le concept d’Eglise chez S. Augustin et sur le concept de la Révélation chez S. Bonaventure, qui lui avait valu son diplôme de docteur, Joseph Ratzinger était particulièrement apte et préparé à affronter les questions fondamentales posées à l’Eglise au XXe siècle. Le septième volume de l’ « Opera Omnia », qui paraît aujourd’hui, juste à temps pour le 50e anniversaire de Vatican II, est le recueil, dans une synthèse chronologique et systématique, des écrits de Joseph Ratzinger sur les enseignements du Concile. Le sous-titre du volume «Formulation, transmission, interprétation» veut illustrer les phases du travail de Joseph Ratzinger en relation avec le Concile. Nous pouvons partir de l'activité de formulation, avec la participation de Joseph Ratzinger à la commission et son travail pour le Cardinal Frings.

 

 


bild38ad.jpgLa collaboration entre
le Cardinal Frings et Joseph Ratzinger, marquée par une grande confiance, émerge dans les événements qui peuvent être mis en relation avec la Conférence de Gênes. C’est de là qu’on trouve l’origine de la nomination de Joseph Ratzinger comme expert et conseiller théologique de l’Archevêque de Cologne. Joseph Frings avait demandé à Ratzinger de lui préparer un premier projet de la conférence qu’il devait prononcer à Gênes le 20 Novembre 1961. Ratzinger lui remit très vite le manuscrit, que Frings jugea réussi au point de le prendre comme il était, à l’exception d’un petit changement final. Le Pape Jean XXIII lui-même, ayant pris connaissance du rapport de l’Archevêque de Cologne, convoqua Frings et dit : « Cher Cardinal, vous avez dit tout ce que je pensais et que je voulais dire, mais que je ne pouvais pas dire ». Et quand Frings, avec sincérité, répondit que c’était le jeune professeur Ratzinger qui avait écrit le texte, le Pape se limita à observer qu’il avait lui aussi besoin d’aide. Il serait important - poursuivit-il - de trouver les bons conseillers. A partir de ce moment, le Cardinal Frings fit examiner tous les textes à caractère théologico-systématique par le professeur de théologie fondamentale à Bonn. Les textes rassemblés dans ce volume sont pour la plupart inédits à ce jour. Il y a des avis sur des ébauches de schémas conciliaires, sur des projets de discours de Frings prononcés par la suite, sur des prises de positions et des propositions de modification de documents spécifiques du Concile, ainsi que des opinions exposées par Ratzinger dans les cercles plus restreints devant des évêques et des cardinaux, sur des propositions concrètes. Seule la vision d’ensemble des textes rassemblés ici permettra à beaucoup de voir clairement l’intensité, la compétence et la précision avec laquelle le jeune professeur de 35 ans Joseph Ratzinger s’est mis au service de l’Eglise et du Concile.

 

Le Concile porte la trace écrite du Pape Benoît XVI. Le 10 Octobre 1962, il y eut une conférence à la bibliothèque du Collège de Santa Maria dell'Anima. Ratzinger critique en particulier la définition de « sources » de la Révélation, au pluriel, qui ne serait pas vraiment conforme à la Tradition. Il met en garde contre l’approbation d’une doctrine controversée au niveau théologique et développe dans les grandes lignes sa propre conception de la Tradition. Le cardinal Frings fait sienne la critique constructive du schéma « De fontibus » par le professeur de théologie fondamentale à Bonn, comme en témoigne son discours à la Congrégation Générale, le 14 Novembre. C’est Joseph Ratzinger lui-même qui a raconté dans deux essais sa collaboration, dès l’ouverture des consultations conciliaire, avec le Cardinal Frings, lequel était déjà presque aveugle. Son récit rend évident la discrétion qui l’anime et met l’accent sur l’apport créatif du Cardinal Frings. A la base des dix-neuf interventions conciliaires de l’Archevêque de Cologne, où sont formulées des questions théologiques fondamentales, on trouve les projets établis par Joseph Ratzinger. Pour la première fois, dans ce volume, ils sont accessibles au public. Ils sont aussi un hommage au Cardinal Frings qui à chaque fois en intégra et en développa les lignes de base afin de fournir aux pères conciliaires des stimuli décisifs. 

 

Des actes du Concile, il ressort que Joseph Ratzinger a participé à deux commissions : il a d’abord été membre de la sous-commission de la commission théologique qui avait la tâche de préparer les passages décisifs du schéma du « De Ecclesia » et il a ensuite contribué aux propositions d’amélioration du schéma du « De fontibus » devant aboutir à la Constitution dogmatique sur la Révélation divine « Dei Verbum ». En second lieu, Joseph Ratzinger a œuvré efficacement à la rédaction du décret « Ad gentes », lequel relie à nouveau avec force l’activité missionnaire de l'Eglise à la mission du Fils dans le monde, qui trouve son prolongement dans l’Eglise, indiquant ainsi clairement que la mission appartient à la nature même de l’Église. Il y eut ensuite une activité de communication de Joseph Ratzinger, consacrée à la transmission de contenus. Pendant le Concile, à la fois à Rome et dans les lieux de son activité scientifique à Bonn et à Münster, il fut souvent un interlocuteur très demandé pour des interviews, et un conférencier recherché sur Vatican II. De cette intense activité de transmission des contenus sont nés les volumes publiés à plusieurs sur les quatre périodes du Concile, offrant au lecteur allemand des perspectives utiles et intéressantes sur Vatican II. Le septième volume de l’ « Opera Omnia » comprend également ces publications qui aident à mieux comprendre la première activité de réception en relation étroite avec les différentes périodes et les différents groupes de travail du Concile. Après Vatican II commença dans le monde entier une phase de commentaire. Les textes furent traduits dans les principales langues et livrés aux scientifiques. Joseph Ratzinger écrivit des commentaires sur « Lumen gentium », « Sacrosanctum Concilium », « Dei Verbum », et « Gaudium et spes ». Ses travaux, écrits entre 1966 et 2003 - qui font désormais partie des classiques de la théologie - ont toujours été motivés par le désir de ne pas trahir la source. Point de départ de toutes ses prises de positions sur le Concile, il y a le texte original latin approuvé qui montre la volonté des pères sans la trahir. Celui qui veut comprendre Vatican II doit examiner avec soin tous les constitutions, décrets et déclarations parce qu'eux seuls, dans leur unité, représentent l’héritage authentique du Concile.


Dans son discours à la Curie romaine du 22 Décembre 2005,qui suscita un intérêt considérable, Benoît XVI souligna l’obligation de respecter « l’herméneutique de la réforme dans la continuité » contre une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Devenu Pape, Joseph Ratzinger se place donc dans le sillage de ses affirmations de 1966. Cette interprétation est la seule possible selon les principes de la théologie catholique. Autrement dit, il faut toujours considérer l’ensemble indissoluble constitué de la Sainte Ecriture, de la Tradition pleine et entière et du Magistère, dont la plus haute expression est le Concile présidé par le Successeur de Pierre, comme chef de l’Eglise visible. En dehors de cette unique interprétation orthodoxe, il existe malheureusement des interprétations hérétiques, à savoir celles qui se basent sur une « herméneutique de la rupture » que l’on retrouve à la fois sur le versant progressiste et sur le versant traditionaliste. Ces deux versants sont unis par le refus du Concile : les progressistes veulent le laisser derrière eux, comme s’il était juste une raison à tout abandonner pour aborder à une autre Eglise et les traditionalistes ne veulent pas y arriver au motif qu’il serait à l’origine de « l’hiver de la catholicité ».

 

« Continuité » signifie correspondance permanente avec l’origine, et non pas adaptation à quoi que ce soit, qui pourrait conduire sur le mauvais chemin. Le mot d’ordre si souvent cité « aggiornamento » ne signifie donc pas « sécularisation » de la foi, chose qui conduirait à sa dissolution, mais origine qui peut être annoncée en des temps nouveaux, origine à partir de laquelle le salut est donné aux hommes ; « aggiornamento » signifie donc « rendre présent » le message de Jésus-Christ. Il s’agit au fond de cette réforme de temps en temps nécessaire dans la fidélité constante au « Christus Totus », selon les célèbres paroles de saint Augustin : « Tout le Christ, c’est-à-dire la Tête et les membres. Que signifie « la Tête et les membres » ? Le Christ et l’Eglise. » (Cf. Iohannis evangelium tractatus, 21, 8). Vatican II lui-même a déclaré que, « sur les traces des conciles de Trente et de Vatican I, il entend proposer la doctrine authentique sur la Révélation divine et sa transmission afin que par l'Annonce du salut, le monde entier en écoutant, croie, en croyant, espère, en espérant, aime. » (Constitution dogmatique « Dei Verbum », n°1). Le Concile ne veut donc pas annoncer une autre foi mais, dans la continuité des précédents Conciles, la rendre présente. En dehors de cela, la « tradition d'origine apostolique se développe dans l’Eglise avec l’assistance du Saint-Esprit : croît en effet la compréhension des choses et des paroles transmises, à la fois avec la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc, 2, 19 et 51), avec l’intelligence donnée par une expérience plus profonde des choses spirituelles, avec la prédication de ceux qui ont reçu par la succession épiscopale, un charisme sûr de vérité. Ainsi, l’Eglise au cours des siècles tend sans cesse vers la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce qu’en elle se concrétise la parole de Dieu (...) Ainsi Dieu, qui a parlé dans le passé, ne cesse pas de parler avec l’Epouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Evangile retentit dans l’Eglise et par elle dans le monde, conduit les croyants dans toute la vérité, et en eux fait habiter la Parole du Christ dans toute sa richesse. (cf. Colossiens 3, 16.) »

 

Le septième volume des « Gesammelte Schriftenfond » dans l’unité des textes dispersés et d’origines diverses, offre ainsi au lecteur un outil pour comprendre et interpréter le concile Vatican II à partir de ses textes. Dans la préface du livre, le Pape Benoît XVI rappelle l’atmosphère qui a précédé l’ouverture du Concile : « Ce fut un temps d’attente extraordinaire. De grandes choses allaient se passer ». Si à cinquante ans de cet événement historique, nous regardons en arrière, on peut dire avec conviction qu’il s’est vraiment « passé » quelque chose de grand ! Le Concile correctement compris ouvre le chemin de l’Eglise vers l’avenir et se présente comme un instrument fondamental pour la nouvelle évangélisation.

 

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