Philosophie / Foi et Raison

« (…) Le rapport entre la foi et la morale resplendit de tout son éclat dans le respect inconditionnel dû aux exigences absolues de la dignité personnelle de tout homme, exigences soutenues par les normes morales interdisant sans exception tous les actes intrinsèquement (+) mauvais. L'universalité et l'immutabilité de la norme morale manifestent et protègent en même temps la dignité personnelle, c'est-à-dire l'inviolabilité de l'homme sur qui brille la splendeur de Dieu (cf. Gn 9, 5-6). Le fait du martyre chrétien, qui a toujours accompagné et accompagne encore la vie de l'Eglise, confirme de manière particulièrement éloquente le caractère inacceptable des théories éthiques, qui nient l'existence de normes morales déterminées et valables sans exception. (…) L'Eglise propose l'exemple de nombreux saints et saintes qui ont rendu témoignage à la vérité morale et l'ont défendue jusqu'au martyre, préférant la mort à un seul péché mortel. En les élevant aux honneurs des autels, l'Eglise a canonisé leur témoignage et déclaré vrai leur jugement, selon lequel l'amour de Dieu implique obligatoirement le respect de ses commandements, même dans les circonstances les plus graves, et le refus de les transgresser, même dans l'intention de sauver sa propre vie. (…) Le martyre est signe éclatant de la sainteté de l'Eglise : la fidélité à la Loi sainte de Dieu, à laquelle il est rendu témoignage au prix de la mort, est une proclamation solennelle et un engagement missionnaire usque ad sanguinem pour que la splendeur de la vérité morale ne soit pas obscurcie dans les moeurs et les mentalités des personnes et de la société. Un tel témoignage a une valeur extraordinaire en ce qu'il contribue, non seulement dans la société civile, mais aussi à l'intérieur des communautés ecclésiales elles-mêmes, à éviter que l'on ne sombre dans la crise la plus dangereuse qui puisse affecter l'homme : la confusion du bien et du mal qui rend impossible d'établir et de maintenir l'ordre moral des individus et des communautés. Les martyrs et, plus généralement, tous les saints de l'Eglise, par l'exemple éloquent et attirant d'une vie totalement transfigurée par la splendeur de la vérité morale, éclairent toutes les époques de l'histoire en y réveillant le sens moral. Rendant un témoignage sans réserve au bien, ils sont un vivant reproche pour ceux qui transgressent la loi (cf. Sg 2, 12) et ils donnent une constante actualité aux paroles du prophète : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l'amer le doux et du doux l'amer » (Is 5, 20). Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vérité morale, auquel relativement peu de personnes sont appelées, il n'en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices. En effet, face aux nombreuses difficultés que la fidélité à l'ordre moral peut faire affronter même dans les circonstances les plus ordinaires, le chrétien est appelé, avec la grâce de Dieu implorée dans la prière, à un engagement parfois héroïque, soutenu par la vertu de force par laquelle — ainsi que l'enseigne saint Grégoire le Grand — il peut aller jusqu'à « aimer les difficultés de ce monde en vue des récompenses éternelles. (...) »

 

Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II - Extrait de l'Encyclique Veritatis Splendor, N°90 à 93

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1ère partie d'une présentation extraite des "Perfections Divines" du père Garrigou-Lagrange
 
2ème partie d'une présentation extraite des "Perfections Divines" du père Garrigou-Lagrange
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« Le christianisme doit toujours se souvenir qu'il est la religion du Logos. C'est la foi en le Creator Spiritus - le Saint-Esprit - par qui procède tout ce qui existe. C'est aujourd'hui ce qui fait sa force philosophique en ce que, soit le monde provient de l'irrationnel, et la raison n'est alors qu'un "sous-produit" à l'occasion même douloureuse de son développement, soit le monde provient du rationnel et est alors en conséquence son critère et son but. La foi chrétienne penche pour cette seconde thèse, ayant ainsi d'un point de vue philosophique la haute main, en dépit du fait que beaucoup considèrent aujourd'hui que la première thèse est par excellence la seule option moderne et rationnelle. Cependant une raison qui prendrait sa source dans l'irrationnel, et ceci est tout compte fait irrationnel en soi, ne constitue pas la solution de nos problèmes. La raison créative seule, qui se manifeste dans le Dieu crucifié comme amour, peut nous montrer le chemin dans la réalité. Nous, chrétiens, devons être extrêmement attentifs, dans le dialogue si nécessaire entre les "gens du monde" et les catholiques, à demeurer fidèles à cette ligne fondamentale : vivre une foi qui vient du Logos, de la raison créative, et ceci parce qu'elle est ouverte à ceux qui sont rationnels en vérité ».


S. E le Cardinal Ratzinger, le 1er avril 2005 (Conférence pour le Prix Saint-Benoît)

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Le 24 septembre 2013, la « Repubblica » a publié une lettre du Pape émérite Benoît XVI. Il s'agit de sa réponse à un livre que lui avait envoyé le mathématicien italien ouvertement athée et anticlérical Piergiorgio Odifreddi. Dans sa longue lettre, Benoît XVI amorce un dialogue avec son interlocuteur. Il s'oppose à son interprétation sur la question de la pédophilie dans le clergé et sur la figure du Jésus historique. Benoît XVI développe une réponse en quatre points, réagissant à l’ouvrage du mathématicien. Ce livre critique notamment son ouvrage consacré à Jésus de Nazareth et son Introduction au christianisme. Si le Pape émérite reconnaît volontiers que les mathématiques sont la seule science "au sens strict", il souligne toutefois que la théologie a fourni des "résultats remarquables" dans les domaines historique et philosophique. En outre, Benoît XVI affirme que la théologie a pour but de concilier la religion et la raison, deux fonctions "d’importance essentielle pour l’humanité". Ci-dessous, extraits de sa lettre :

 

 

 

 


« Illustrissimo Signor Professore Odifreddi, (...) 

 

mathematiques.jpgJe voudrais vous remercier pour avoir tenté dans les moindres détail de vous confronter à mon livre ("Introduction au christianisme"), et donc à ma foi; c'est justement ce qu'en grande partie j'avais voulu dire dans mon discours à la Curie romaine à l'occasion de Noël 2009. Je tiens à remercier aussi pour la manière loyale dont vous avez traité mon texte, cherchant sincèrement à lui rendre justice. Mon jugement sur votre livre dans son ensemble, cependant, est en soi plutôt mitigé. J'en ai lu quelques parties avec plaisir et profit. Dans d'autres parties, en revanche, j'ai été surpris par une certaine agressivité et le caractère hasardeux de l'argumentation. (…) Plusieurs fois, vous me faites remarquer que la théologie serait de la science-fiction. À cet égard, je suis surpris que cependant vous considériez mon livre comme digne d'une discussion aussi détaillée. Permettez-moi de vous soumettre à ce sujet quatre points :

 

1. Il est correct d'affirmer que comme « science » au sens le plus strict du terme, il n'y a que les mathématiques, tandis que j'ai appris de vous que même ici, il faudrait distinguer entre l'arithmétique et la géométrie. Dans toutes les matières spécifiques, la scientificité a à chaque fois sa propre forme, selon la particularité de son objet. L'essentiel est qu'elle applique une méthode vérifiable, exclue l'arbitraire et garantisse la rationalité dans ses différentes modalités respectives.

 

2. Vous devriez au moins reconnaître que, dans le domaine de l'histoire et dans celui de la pensée philosophique, la théologie a produit des résultats durables.

 

3. Une fonction importante de la théologie est celle de maintenir la religion liée à la raison et la raison à la religion. Ces deux fonctions sont d'une importance essentielle pour l'humanité. Dans mon dialogue avec Habermas, j'ai montré qu'il existe des pathologies de la religion et - non moins dangereuses - des pathologies de la raison. Toutes deux ont besoin l'une de l'autre, et les maintenir constamment connectées est une tâche importante de la théologie.

 

4. La science-fiction existe, par ailleurs, dans le cadre de nombreuses sciences. Ce que vous exposez sur les théories autour du début et de la fin du monde chez Heisenberg, Schrödinger, etc, je le designerai comme de la science-fiction dans le meilleur sens du terme : ce sont des visions et des anticipations, pour arriver à une vraie connaissance, mais ce ne sont, en fait, que des imaginations avec lesquelles nous essayons de nous rapprocher de la réalité. Il existe, du reste, de la science fiction en grand style, précisément au sein de la théorie de l'évolution. Le gène égoïste de Richard Dawkins est un exemple classique de science fiction. Le grand Jacques Monod a écrit des phrases qu'il a lui-même insérées dans son œuvre à coup sûr uniquement comme science-fiction. Je cite : « L'apparition des vertébrés tétrapodes (...) tire son origine du fait qu'un poisson primitif a "choisi" d'aller explorer la terre, sur laquelle il était toutefois incapable de se déplacer autrement qu'en sautant maladroitement, créant ainsi comme conséquence d'une modification du comportement, la pression sélective grâce à laquelle se seraient développées les membres robustes des tétrapodes. Parmi les descendants de ce hardi explorateur, de ce Magellan de l'évolution, certains peuvent courir à une vitesse de 70 km à l'heure... » (Cité d'après l'édition italienne de "Le Hasard et la Nécessité" , Milan, 2001, p. 117 et suiv.)

 

Dans les questions abordées jusqu'à présent, il s'agit d'un dialogue sérieux, dont - comme je l'ai dit à plusieurs reprises - je suis reconnaissant. Il en va autrement dans le chapitre sur le prêtre et sur la morale catholique, et encore différemment dans les chapitres sur Jésus. Quant à ce que vous dites de l'abus moral des mineurs par des prêtres, je ne peux - comme vous le savez - qu'en prendre note avec une profonde consternation. Je n'ai jamais essayé de cacher ces choses. Que le pouvoir du mal pénètre à un point tel dans le monde intérieur de la foi est pour nous une souffrance que, d'une part, nous devons supporter, tandis que d'un autre côté, nous devons faire tout ce qui est possible pour que de tels cas ne se reproduisent pas. Ce n'est pas non plus un motif de réconfort de savoir que, selon les recherches des sociologues, le pourcentage des prêtres qui se sont rendus coupables de ces crimes n'est pas plus élevé que dans d'autres professions similaires. En tout cas, on ne devrait pas présenter avec ostentation cette déviation comme s'il s'agissait d'une saleté spécifique du catholicisme.

S'il n'est pas licite de garder le silence sur le mal dans l'Église, on ne doit cependant pas passer sous silence le grand sillon lumineux de bonté et de pureté, que la foi chrétienne a tracé à travers les siècles. Il faut se rappeler les figure grandes et pures que la foi a produites - de Benoît de Nursie et sa sœur Scholastique, à François et Claire d'Assise, Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, aux grands saints de la charité comme Vincent de Paul et Camillo de Lellis, jusqu'à Mère Teresa de Calcutta et les grandes et nobles figures de Turin du XIXe siècle. Il est aussi vrai aujourd'hui que la foi pousse beaucoup de personnes à l'amour désintéressé, au service des autres , à la sincérité et la justice. (...)

 

010.jpg Ce que vous dites au sujet de Jésus n'est pas digne de votre rang scientifique. Si vous posez la question comme si de Jésus, au fond, on ne savait rien, et que de Lui comme figure historique, rien n'était vérifiable, alors je ne peux que vous inviter de manière décisive à vous rendre un peu plus compétent d'un point de vue historique. Je recommande pour tout ceci particulièrement les quatre volumes que Martin Hengel (exégète de la Faculté de théologie protestante de Tübingen) a publiés avec Marie Schwemer : c'est un exemple excellent de précision historique et de très ample information historique. En face de cela, ce que vous dites au sujet de Jésus est un langage irresponsable que vous ne devriez pas répéter. Que dans l'exégèse aient été écrites aussi beaucoup de choses manquant de sérieux est, malheureusement, un fait incontestable. Le séminaire américain sur Jésus que vous avez cité aux pages 105 et suivantes, confirme seulement à nouveau ce qu'Albert Schweitzer avait remarqué sur la Leben-Jesu-Forschung (Recherche sur la vie de Jésus ), c'est-à-dire que ledit « Jésus historique » est principalement le reflet les idées des auteurs. Ces formes mal réussies de travail historique, cependant, ne compromettent absolument pas l'importance de la recherche historique sérieuse, qui nous a conduit des connaissances vraies et sûres quant à l'annonce et à la figure de Jésus.

 

(...) En outre, je dois repousser avec force votre affirmation (p. 126) selon laquelle j'aurais présenté l'exégèse historico-critique comme un instrument de l'Antéchrist. Traitant le récit des tentations de Jésus , j'ai seulement repris la thèse de Soloviev, selon laquelle l'exégèse historico-critique peut aussi être utilisée par l'antéchrist - ce qui est un fait indiscutable (note). Dans le même temps, cependant, toujours - et en particulier dans la préface au premier volume de mon livre sur Jésus de Nazareth - j'ai expliqué clairement que l'exégèse historico-critique est nécessaire pour une foi qui ne propose pas des mythes avec des images historiques, mais réclame une historicité véritable et doit donc présenter la réalité historique de ses affirmations également d'une manière scientifique. C'est pourquoi il n'est pas exact non plus de dire que je ne me serais intéressé qu'à la métahistoire : bien au contraire, tous mes efforts visent à montrer que le Jésus décrit dans les Evangiles est aussi le vrai Jésus historique; qu'il s'agit d'une histoire qui s'est réellement passée. (...)

 

Avec le 19ème chapitre de votre livre, nous revenons à des aspects positifs de votre dialogue avec ma pensée. (...) Même si votre interprétation de Jean 1:1 est très loin de ce que l'évangéliste voulait dire, il y a toutefois une convergence qui est importante. Si pourtant vous voulez remplacer Dieu par « La Nature », reste la question : qui ou quoi est cette Nature ? Nulle part vous ne la définissez, elle apparaît ainsi comme une divinité irrationnelle qui n'explique rien. Je voudrais encore faire remarquer que dans votre religion des mathématiques, trois thèmes fondamentaux de l'existence humaine ne sont pas pris en compte : la liberté, l'amour et le mal. Je suis surpris que vous liquidiez la liberté d'une simple allusion, alors qu'elle a été et est pourtant la valeur fondamentale des temps modernes. L'amour, dans votre livre, n'apparaît pas, et sur le mal non plus, il n'y a aucune information. Quoi que dise, ou ne dise pas, la neurobiologie à propos de la liberté, dans le drame réel de notre histoire, elle est présente comme réalité déterminante et doit être prise en compte. Mais votre religion mathématique ne connaît aucune information sur le mal. Une religion qui ignore ces questions fondamentales reste vide.

 

Illustrissimo Signor Professore, ma critique de votre livre est en partie dure. Mais la franchise fait partie du dialogue; ce n'est qu'ainsi que peut croître la connaissance. Vous avez été très franc et donc vous accepterez que je le sois aussi. Quoi qu'il en soit, j'apprécie très positivement le fait qu'en vous confrontant à mon "Introduction au christianisme", vous ayez cherché un dialogue aussi ouvert avec la foi de l'Eglise catholique et que, malgré toutes les oppositions, dans la partie centrale, les convergences ne sont pas complètement absentes.

 

Avec mes salutations cordiales et tous mes vœux pour votre travail



(note) Le diable se révèle un connaisseur de l'Ecriture, il est capable de citer le psaume avec précision. Tout le dialogue de la deuxième tentation se présente comme un débat entre deux experts en Ecriture Sainte : le diable y fait figure de théologien, ainsi que nous le fait remarquer Joachim Gnilka. Vladimir Soloviev a repris ce thème dans son Court récit sur l’Antéchrist : l'Antéchrist est fait docteur honoris causa en théologie de l'université de Tübingen ; c'est un grand expert de la Bible. Ainsi, Soloviev a voulu exprimer, de façon radicale, son scepticisme envers un certain type d'exégèse érudite de son temps. Il ne s'agit pas d'un refus de l'interprétation scientifique de la Bible en tant que telle, mais d'un avertissement particulièrement nécessaire et salutaire face à ses errances possibles. L'interprétation de la Bible peut effectivement devenir un instrument de l'Antéchrist. Ce n'est pas seulement Soloviev qui le dit, c'est ce qu'affirme implicitement le récit même des tentations. Les pires livres qui détruisent la figure de Jésus, qui démolissent la foi, ont été écrits avec de prétendus résultats de l'exégèse. [Jésus de Nazareth, vol 1, Collection Champs (essais) page 55]

 

SOURCE

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Extrait du livre "Voici quel est notre Dieu" (avec Peter Seewald) :

 



Question : On reproche à l'Église, avec sa politique rigoureuse de l'interdiction de la contraception, de provoquer dans certaines parties du tiers monde de graves problèmes et même une vraie misère :

Cardinal Ratzinger : C'est un parfait non-sens... La misère est provoquée par l'effondrement de la morale. [...] Réduire la parole de l'Église à l'interdiction de la contraception est une grossière bêtise, qui repose sur une conception du monde totalement renversée. [...] L'Église enseigne donc avant tout la sainteté et la fidélité dans le mariage. C'est sa vraie voix. Et là où cette voix est entendue, les enfants ont un lieu où vivre, où ils apprennent l'amour et le renoncement, la discipline d'une vie correcte même au milieu de la pauvreté. Lorsque la famille fonctionne comme un lieu de la fidélité, la patience et le respect mutuels, conditions pour une planification familiale naturelle et efficace, ne manqueront pas. La misère ne vient pas des grandes familles, mais du fait qu'on engendre des enfants de manière irresponsable et indisciplinée ; des enfants qui ne connaissent pas leur père, et souvent pas leur mère, et qui sont dans la rue et doivent endurer la vraie misère d'un monde psychologiquement détruit. Par ailleurs, nous savons tous que, de nos jours en Afrique, l'extension vertigineuse du sida présente depuis longtemps le danger inverse : ce n'est pas l'explosion démographique qui nous guette, mais l'extinction de tribus entières et la désertification des paysages. La misère n'est pas produite par ceux qui éduquent les hommes à la fidélité et à l'amour, au respect de la vie et au renoncement, mais par ceux qui nous détournent de la morale et qui ont une conception purement mécanique de l'homme : le préservatif leur semble plus efficace que la morale, mais si l'on croit qu'on peut remplacer la dignité morale de l'homme par les préservatifs, en vue de rendre la liberté de l'homme non dangereuse, alors on a déjà fondamentalement déshonoré l'homme et on produit exactement ce qu'on dit vouloir éviter : une société égoïste où chacun veut vivre sa vie sans assumer aucune responsabilité. La misère a son origine dans la démoralisation de la société, et non dans sa moralisation : et la propagande du préservatif est un élément essentiel de cette démoralisation, expression d'une orientation vers le mépris de l'homme, qui n'augure rien de bon.

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Au Collège des Bernardins le 12 septembre 2008, le Pape Benoît XVI abordait l'un des thèmes centraux de son pontificat : le rapport entre la foi et la culture. Rappelant l'objectif des moines du XIIe siècle « chercher Dieu, quaerere Deum », il a évoqué les origines de la théologie occidentale et de la culture en Europe. Évoquant la situation actuelle, le Pape livrait pour conclure son analyse : « L'universalité de Dieu et l'universalité de la raison ouverte à Lui constituaient pour eux la motivation et, à la fois, le devoir de l'annonce ». Le rapport entre foi et raison a été approfondi et décliné tout au long de son pontificat, de Ratisbonne en 2006 au Reichstag à Berlin en 2011. Avec notamment : Mgr Jérôme Beau, directeur de l'Ecole cathédrale, Evêque auxiliaire de Paris ; Rémi Brague, philosophe. Débat animé par Christian de Cacqueray, journaliste. Emission du 26/02/2013

 


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Les « idéologies du Mal », Jean-Paul II en a fait l’expérience personnelle. Nazisme ou communisme en sont des exemples éloquents. Mais pourquoi tant d’atrocités ? Peut-être parce que, lorsque nous vivons au sein même de ce Mal, il est impossible de prendre le recul nécessaire. A travers ses méditations politiques et spirituelles, le Bienherueux Pape Jean-Paul II nous propose une relecture de l’Histoire pour que la mémoire de ces terribles années ne soit jamais engloutie par le temps. Ci-dessous, un extrait de son livre "Mémoire et Identité" :

 


 

« Le Mal, dans son sens réaliste, ne peut exister qu’en relation au Bien et, en particulier, en relation à Dieu, Bien Suprême. Le livre de la Genèse parle précisément de ce Mal. C’est dans cette perspective qu’on peut comprendre le péché originel, et aussi tout péché personnel de l’Homme. Mais ce Mal a été racheté par le Christ, par la Croix. Ou, plus précisément, l’Homme a été racheté, lui qui, par l’action du Christ, est devenu participant de la vie même de Dieu. Dans la mentalité des Lumières, tout cela, le grand drame de l’histoire du Salut, avait disparu. L’Homme était resté seul : seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation ; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, comme celui qui existerait et agirait etsi Deus non daretur même si Dieu n’existait pas. Si l’homme peut décider par lui-même, sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu’un groupe d’hommes soit anéanti. Des décisions de ce genre furent prises par exemple sous le Troisième Reich, par des personnes qui, étant arrivées au pouvoir par des voies démocratiques, s’en servirent pour mettre en œuvre les programmes pervers de l’idéologie national-socialiste qui s’inspirait de présupposés racistes. Des décisions analogues furent prises par le parti communiste de l’Union soviétique et des pays soumis à l’idéologie marxiste. C’est dans ce contexte qu’a été perpétrée l’extermination des Juifs, de même que celle d’autres groupes, comme par exemple l’ethnie rom, les paysans d’Ukraine, le clergé orthodoxe et catholique en Russie, en Biélorussie et au-delà de l’Oural. De manière analogue, les personnes gênantes pour le régime furent persécutées : par exemple les anciens combattants de septembre 1939, les soldats de l’Armée nationale en Pologne après la seconde guerre mondiale, les représentants de l’intelligentsia qui ne partageaient pas l’idéologie marxiste ou nazie. Il  s’agissait normalement d’élimination au sens moral : la personne était empêchée d’exercer ses droits, de manière plus ou moins drastique. Parvenus à ce point, on ne peut omettre d’aborder une question plus que jamais actuelle et douloureuse. Après la chute des régimes édifiés sur « les idéologies du Mal », dans les pays concernés, les formes d’extermination ont en effet cessé. Demeure toutefois l’extermination légale des êtres humains conçus et non encore nés. Il s’agit encore une fois d’une extermination décidée par des Parlements élus démocratiquement, dans lesquels on en appelle au progrès civil des sociétés et de l’humanité entière. D’autres formes de violations de la Loi de Dieu ne manquent pas non plus. Je pense par exemple aux fortes pressions du Parlement européen pour que soient reconnues les unions homosexuelles comme une forme alternative de famille, à laquelle reviendrait aussi le droit d’adopter. On peut et même on doit se poser la question de savoir s’il ne s’agit pas, ici encore, d’une nouvelle « idéologie du mal », peut-être plus insidieuse et plus occulte, qui tente d’exploiter, contre l’homme et contre la famille même, les droits de l’homme. Pourquoi tout cela arrive-t-il ? Quelle est la racine de ces idéologies de l’après-Lumières ? En définitive, la réponse est simple : cela arrive parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup, la source de détermination de ce qui est bien et de ce qui est mal. On a aussi rejeté la notion de ce qui, de manière plus profonde, nous constitue comme très humains, à savoir la notion de « nature humaine » comme « donné réel », et a sa place, on a mis un « produit de la pensée » librement formée et librement modifiable en fonction des circonstances. Je considère qu’une réflexion plus attentive sur cette question peut nous conduire au-delà de la rupture cartésienne. Si nous voulons parler de manière sensée du Bien et du Mal, nous devons revenir à Saint Thomas d’Aquin, c’est-a-dire à la philosophie de l’être. Grâce, par exemple, à la méthode de la phénoménologie, on peut examiner des expériences comme celles de la moralité, de la religion ou de l’être-homme, en en tirant un enrichissement significatif pour nos connaissances. On ne peut cependant oublier que toutes ces analyses présupposent implicitement la réalité de l’être-homme, à savoir qu’il existe un être crée, et aussi, un être absolu. Si l’on ne part pas de tels présupposés « réalistes », on finit par se mouvoir dans le vide » (cf : Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Mémoire et Identité).

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Qui relit Humanæ vitæ quarante après sa promulgation, comme c’est notre cas aujourd’hui, éprouve un étrange sentiment. En effet, comment ne pas constater à quel point cette encyclique apparaît encore et toujours comme le symbole de l’intransigeance de l’Église, et du scandale qu’elle représente pour la conscience contemporaine en matière de mœurs en général et de sexualité en particulier ? Et en même temps, comment ne pas être saisi d’admiration devant la clairvoyance des enjeux fondamentaux dont fait preuve Paul VI lorsqu’il prend position sur « le mariage et la régulation des naissances » ? L’étrange sentiment que nous cherchons à nommer a pour objet cette conjonction : lucidité prophétique d’un côté et incompréhension totale de l’autre. On pourrait dire qu’il s’agit alors d’un sentiment d’étonnement. Certes, mais malheureusement, quoi de plus normal que, du monde, les prophètes ne soient pas entendus ? La Bible n’est-elle pas remplie de cette conjonction et le Christ lui-même n’est-il pas « le signe de contradiction » par excellence ? Nous voudrions cependant demeurer un temps dans cet étonnement afin qu’il nous permette d’entendre le mieux possible ce que révèle cette conjonction d’une Église prophétique et d’une conscience contemporaine résolument sourde à sa parole. Il nous semble que se joue là le conflit entre deux conceptions de la raison ; allons plus loin, que se révèlent là deux acceptions incompatibles du mot raison.

 

 

 

 

 

La doctrine d’Humanæ vitæ

 

Citons le cœur de l’encyclique dans laquelle Paul VI prend soin de situer son enseignement dans la continuité de Pie XII et du concile Vatican II : « Ces actes, par lesquels les époux s’unissent dans une chaste intimité, et par le moyen desquels se transmet la vie humaine, sont, comme l’a rappelé le Concile, “honnêtes et dignes” (GS, n. 49), et ils ne cessent pas d’être légitimes si, pour des causes indépendantes de la volonté des conjoints, on prévoit qu’ils seront inféconds : ils restent en effet ordonnés à exprimer et à consolider leur union. De fait, comme l’expérience l’atteste, chaque rencontre conjugale n’engendre pas une nouvelle vie. Dieu a sagement fixé des lois et des rythmes naturels de fécondité qui espacent déjà par eux-mêmes la succession des naissances. Mais l’Église, rappelant les hommes à l’observation de la loi naturelle, interprétée par sa constante doctrine, enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie (n.11). » Paul VI donne ensuite la raison anthropologique : « Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le Magistère, est fondée sur le lien indissoluble que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation. En effet, par sa structure intime, l’acte conjugal, en même temps qu’il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme. C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour, et son ordination à la très haute vocation de l’homme à la paternité. Nous pensons que les hommes de notre temps sont particulièrement en mesure de comprendre le caractère profondément raisonnable et humain de ce principe fondamental (n.12). » Enfin, après avoir réaffirmé la condamnation de l’avortement, le Pape explicite l’immoralité intrinsèque de l’intervention volontaire dans le processus naturel de la procréation : « Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation. Et on peut invoquer comme raisons valables pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l’unique et identique bonté morale. En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand, il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien, c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même avec l’intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde (n. 14). » Le refus de la contraception est donc fondée sur une conception très cohérente de la sexualité humaine. Les deux significations de la relation conjugale, union et procréation, sont inscrites dans la différence du corps sexué masculin et du corps sexué féminin, différence ordonnée à la communion des personnes. Ainsi le don réciproque et libre des époux assume toute l’épaisseur corporelle de leur personne amoureuse. Nous ne reviendrons pas là-dessus tant Jean Paul II a admirablement explicité l’anthropologie sous-jacente à cette doctrine dans sa « théologie du corps ». Cette cohérence de la position magistérielle explique l’espoir de Paul VI « que les hommes de notre temps soient particulièrement en mesure de comprendre le caractère profondément raisonnable et humain de ce principe fondamental ». Or c’est bien cet appel à la raison qui nous apparaît avec quarante ans de distance tout à fait significatif. Humanæ vitæ se présente à nous comme le texte qui révèle que la raison contemporaine, technicienne et instrumentale, n’est en fait que l’expression, souvent inconsciente, d’une volonté de maîtrise déraisonnable. Cette encyclique promulguée en cette emblématique année 68 est ainsi le révélateur que la raison moderne a perdu sa mesure et sombre progressivement dans le nihilisme et le relativisme.

 

 

 

 

 

Humanæ vitæ comme révélateur des enjeux fondamentaux

 

La question de la contraception porte en germe avec elle la question de l’avortement, de la procréation médicalement assistée, des mères porteuses, des manipulations sur les embryons ou encore de la revendication homosexuelle. Bref, se joue ici tout le rapport de l’homme avec son corps sexué et sa capacité de donner la vie. Soit la vie est un don médiatisé par la nature, soit la vie est un matériau de la volonté de l’homme médiatisé par la technique. Au nom du progrès médical et de la recherche du bonheur, on a assisté depuis quelques décennies à la radicalisation de la maîtrise de la nature par l’homme, maîtrise qui détermine en grande partie le projet moderne depuis Descartes. L’Église, face à ce projet, a cherché à discerner ce qui relevait du légitime développement de la nature cultivée au service de l’homme et ce qui relevait d’une exploitation de la nature aliénante pour l’homme lui-même. Le discours du Magistère catholique, puisqu’il repose sur des principes anthropologiques et moraux immuables, est d’une constance et d’une cohérence très grandes, n’en déplaise aux médias qui, par définition, ne se réjouissent que de la nouveauté. En effet, la nature humaine créée par Dieu n’évolue pas dans son intégrité ; c’est là le fondement même de l’universalité de l’humanité et de l’égale dignité de tous les êtres humains, quelque soit leur condition sociale ou biologique. C’est à l’aune de cette cohérence qui passe aux yeux de nombre de nos contemporains pour du fondamentalisme et du dogmatisme qu’il faut s’interroger a contrario sur les tourments de la conscience morale commune actuelle. La critique de la doctrine magistérielle est toujours faite au nom de l’exception voire de la transgression, c’est-à-dire au prix de contradictions internes. Ici la raison humaine est récusée au nom d’une rationalité instrumentale déterminée par les objectifs de la liberté ou du sentiment. Or comme la liberté et le sentiment sont inconstants et changeants, peu importe le respect des principes. Quelle est alors la racine d’une telle critique de la raison par l’irrationalité ? Autrement dit, d’où vient que le projet moderne, pourtant explicitement formulé au nom de la raison humaine, ait pour conséquence la chosification de l’être humain et la domination technicienne sur les corps ? L’Église, « experte en humanité », a nommé dans Humanæ vitæ la source de cette errance : si la raison humaine n’est plus mesurée par autre chose qu’elle-même, elle finit immanquablement dans le délire nihiliste et relativiste. Or sur tout ce qui touche la morale, c’est-à-dire la conduite de la vie humaine et l’orientation de l’action, la raison tire ultimement sa rectitude de son respect de la nature humaine, de ses inclinations vers son vrai bien. Certes, le terme nature apparaît pour beaucoup de nos contemporains comme incompréhensible. « Loi naturelle » désigne pour eux la loi du plus fort, et non pas la formulation par la raison des finalités inscrites dans la nature même de l’humanité. Mais derrière les malentendus qu’il faut chercher à repérer et à lever, inlassablement, se situe une alternative irréductible : soit la raison humaine reçoit son contenu du réel qui l’éclaire et lui permet d’orienter l’agir humain en vue du vrai bien de l’homme ; soit la raison construit non seulement son objet mais aussi les normes de l’action, elle est alors sa propre mesure. Dès lors, il est bien difficile pour elle de ne pas de proche en proche, légitimer l’arbitraire. On a beau décider d’encadrer les pratiques pour éviter les dérives, c’est finalement au prix de contradictions et de transgressions au terme desquelles la raison se retrouve exsangue ; et les êtres humains aussi. On a donc avec Humanæ vitæ l’expression la plus directe et la plus simple de ce qui se joue dans nos sociétés depuis quarante ans au moins. […] L’humanité est de plus en plus confrontée à ses immenses capacités technologiques de transformation de la nature et donc d’elle-même. Où va-t-elle puiser les raisons de se limiter dans son pouvoir d’auto-transformation ? Au nom de quoi va-t-elle interdire l’émergence d’une post-humanité ? Face au « pourquoi pas ? » post-moderne, il se pourrait que l’Église catholique fût la seule institution à donner une réponse totalement cohérente. Dans ce cas, on peut raisonnablement espérer que nombreux seront ceux qui dans les prochaines décennies se rapprocheront d’elle, saisis par l’angoissante tâche de préserver l’intégrité de l’espèce humaine et de continuer à former des hommes dignes de ce nom.

 

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L’affirmation du Pape Benoît XVI a frappé les moyens d’information, selon laquelle, en réalité, il ne peut y avoir le dialogue entre les religions mais entre les cultures. Il s’agit, pour ceux qui connaissent la pensée de Joseph Ratzinger, d’une thèse déjà connue et amplement développée dans le livre très important « Fede, Verità, Tolleranza » (Cantagalli, 2003). Mais de quoi s’agit-il ? La confrontation avec les religions, selon cette position théologique habituelle, serait un affront de la « conscience religieuse », c’est-à-dire de la conscience qu’elles ont d’elles-mêmes, et irait, de par elle-même, au-delà du « théologique » au sens où nous, catholiques, nous l’entendons, ou nous devrions l’entendre, c’est-à-dire, fondé sur la Révélation judéo-chrétienne et sur la Tradition de l’Eglise. Et donc, la base commune du dialogue interreligieux ne peut être que la raison. Et c’est la confrontation que le Pape à proposée dans le discours historique de Ratisbonne. Si une telle position n’est pas comprise comme il faudrait, c’est parce que l’idée de la raison, et surtout l’expérience, n’est pas partagée. Pour le Christianisme, et le Saint-Père le rappelle avec une sollicitude pétrinienne, la raison ne peut être prisonnière d’un simple horizon empirique, et elle ne peut pas exclure pour censurer des éléments qu’elle reconnaît elle-même comme présents, et donc constitutifs, dans l’homme. Une raison qui relèguerait le sens religieux à l’intérieur des pures options subjectives, devrait inévitablement interpréter le dialogue interreligieux en dehors de son propre horizon comme « théologiquement » fondé (et donc, dans cette conception, il ne serait pas raisonnable, parce que « dogmatique »). Existe-t-il peut-être aussi une certaine théologie qui ne reconnaît pas à la raison son horizon adéquat ? Qui, à force de dialoguer avec la modernité et la postmodernité, avec la pensée faible (ou humble, comme le soutiennent certains), n’est même plus consciente de sa propre identité et de son propre statut épistémologique élémentaire ? Au contraire se demande Benoît XVI dans l’Encyclique ‘’Spe Salvi’’ au numéro 23 : « Mais quand la raison domine-t-elle vraiment ? Est-ce quand elle s’est détachée de Dieu ? Est-ce quand elle est devenue aveugle pour Dieu ? La raison du pouvoir et du faire est-elle déjà la raison intégrale ? ». La réponse chrétienne à ces questions est claire : la raison « ne devient humaine que si elle est en mesure d'indiquer la route à la volonté, et elle n'est capable de cela que si elle regarde au delà d'elle-même. Dans le cas contraire, la situation de l'homme, dans le déséquilibre entre capacité matérielle et manque de jugement du cœur, devient une menace pour lui et pour tout le créé » (ibid.). A cause précisément de cette idée différente et de cette expérience différente de raison, on ne comprend pas le rapport réel et essentiel entre raison et foi, et comment cette dernière a à cœur la raison, au point de « la rappeler » continuellement à sa propre stature réelle, à sa propre victoire sur toute tentative réductionniste imposée par la culture dominante. Le Pape poursuit en effet en ces termes : « La raison est le grand don de Dieu à l’homme, et la victoire de la raison sur l’irrationalité est aussi un but de la foi chrétienne ». Pour ces raisons, le véritable dialogue interculturel est fondé sur la raison, et il est donc capable de tenir compte aussi du sens religieux humain. Plus et mieux que le soi-disant dialogue interreligieux.

 

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« La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent

à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la Vérité »

 

 

 

Pour le dixième anniversaire de l'Encyclique Fides et Ratio, l'Université pontificale du Latran, l'Académie pontificale des sciences et la Conférence mondiale des institutions universitaires catholiques ont organisé un congrès. Devant les participants reçus ce matin, Benoît XVI a parlé de l'extrême actualité de ce texte de grande ouverture sur un thème dont on théorise l'extinction. « Jean-Paul II a su au contraire souligner l'importance à conjuguer la raison avec la foi, dans le respect de leurs spécificités ». Par cette encyclique, « l'Eglise a interprété une exigence nouvelle du contexte culturel. Il a défendu la force de la raison et sa capacité à atteindre la Vérité, reproposant la foi comme forme particulière d'une connaissance qui s'ouvre à la Vérité révélée. On lit dans Fides et Ratio qu'il faut avoir confiance dans les capacités de la raison humaine et ne pas la limiter à des buts trop modestes ». La recherche scientifique est un bien, a déclaré le Pape, « lorsque les sciences appliquées sont le fruit de la raison et quand elles expriment l'intelligence avec laquelle l'homme pénètre la création. La foi, quant à elle, ne craint ni le progrès scientifique ni ses applications pratiques lorsque celles-ci s'appliquent au bien de l'homme et au progrès de l'humanité ». Benoît XVI a alors dit que « la science seule n'est pas en mesure de donner des principes éthiques, alors que philosophie et théologie sont indispensables pour éviter que la science s'engage dans des voies tortueuses et dangereuses. Il ne s'agit pas de limiter la recherche scientifique mais maintenir le sens de la responsabilité de la foi et de la raison dans la science, comme garantie du service à l'homme. La raison sait et démontre qu'au delà de ses acquis il y a une Vérité qu'on ne saura découvrir qu'en la considérant comme un don supérieur. La Vérité de la révélation n'est pas au dessus de la Vérité dévoilée par la raison. Par contre elle purifie la raison et l'élève en permettant l'élargissement des horizons de la recherche du mystère ». Benoît XVI a conclu en disant que « la passion de la Vérité nous pousse à rentrer en nous pour découvrir l'homme intérieur et le sens profond de notre vie. Une philosophie authentique doit accompagner tout un chacun dans la connaissance de la Vérité de la Révélation ».



Lien : Congrès sur « Fides et ratio » : Discours de Benoît XVI (16 octobre)

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Retour sur un résumé d’une conférence (que je recherche toujours désespérément !) de celui qui était encore à l’époque le cardinal Ratzinger. La prétention des chrétiens d’annoncer que le Christ est l’unique sauveur de l’humanité est-elle une prétention arrogante ? C’est la question que le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a soulevée, au cours d’une conférence donnée à Murcia, en Espagne, et qui était organisée par l’Université catholique San Antonio…

 

 

 

 

http://img.over-blog.com/335x382/0/21/41/34/beno-t-xvi/026.jpg« N’est-ce pas arrogant de parler de vérité dans des choses ayant trait à la religion et d’arriver à affirmer avoir trouvé la vérité, l’unique vérité dans sa propre religion ? » a ajouté le cardinal Ratzinger. Devant un auditoire d’environ 3.000 personnes, en majorité des jeunes, le cardinal allemand a déclaré qu’aujourd’hui « le fait de rejeter tous ceux que l’on peut accuser de croire « posséder » la vérité, comme à la fois simplistes et arrogants, est devenu un slogan avec une répercussion énorme. Ces personnes ne sont semble-t-il pas capables de dialoguer, et par conséquent, on ne peut pas les prendre au sérieux car personne ne « possède » la vérité, a-t-il ajouté, en exposant la thèse du relativisme. On peut seulement être à la recherche de la vérité. Mais , a-t-il ajouté, de quelle recherche s’agit-il ici, si l’on ne peut jamais arriver au but ? ». Dans cette recherche, a-t-il poursuivi, « est-ce que l’on cherche réellement ou n’est-ce pas plutôt que l’on ne veut pas trouver la vérité car ce que l’on va trouver ne doit pas exister ? Il est évident que la vérité ne peut pas être quelque chose que l’on possède, a-t-il expliqué. Face à elle je dois toujours avoir une attitude d’humble acceptation, en étant conscient du risque et en acceptant la connaissance comme un cadeau dont je ne suis pas digne, dont je ne peux pas me glorifier comme s’il s’agissait d’une conquête personnelle. S’il m’a été donné de connaître la vérité je dois la considérer comme une responsabilité qui suppose aussi un service aux autres, a-t-il expliqué. La foi affirme par ailleurs que la différence entre ce que nous connaissons et la réalité proprement dite est infiniment plus grande que la ressemblance (Lat IV DS 806) ».

 

 

En réalité, l’arrogant c’est le relativiste, affirme le cardinal Ratzinger. « N’est-ce pas arrogant de dire que Dieu ne peut pas nous faire le cadeau de la vérité ? » ajoute-t-il. « N’est-ce pas une marque de mépris de Dieu de dire que nous sommes nés aveugles et que la vérité n’est pas pour nous ? ». La « vraie arrogance » consiste à « vouloir prendre la place de Dieu et à vouloir déterminer qui nous sommes, ce que nous faisons et ce que nous voulons faire de nous-mêmes et du monde ». Par conséquent, a-t-il expliqué, « la seule chose que nous pouvons faire est reconnaître humblement que nous sommes des messagers indignes qui ne s’annoncent pas eux-mêmes, mais qui parlent avec une sainte timidité de ce qui ne nous appartient pas mais qui provient de Dieu. C’est seulement de cette manière que la tâche de la mission prend un sens, qui n’est pas le colonialisme spirituel, ni une soumission des autres à ma culture ou à mes idées », a-t-il expliqué. « La mission exige, en premier lieu, une préparation pour le martyre, une disposition à se perdre soi-même par amour de la vérité et du prochain. C’est seulement ainsi que la mission est crédible », a conclu le cardinal Ratzinger.

 

 

« La vérité ne peut ni ne doit avoir d’arme, qu’elle-même ».

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Le Saint-Père a reçu ce matin le Conseil pontifical pour la culture, dont l'Assemblée plénière vient de réfléchir sur le phénomène de la sécularisation. La sécularisation, nous dit le pape, « touche tous les aspects du quotidien et favorise un état d'esprit dans lequel Dieu est pratiquement absent, qui le rend étranger à la vie et à la conscience humaine. Il ne s'agit pas seulement d'une menace extérieure pour les croyants car le phénomène se développe aussi depuis un certain temps au sein de l'Eglise ». Le Pape a aussi rappelé que les fidèles sont eux-aussi conditionnés par « la culture de l'image, qui impose des modèles et des points de vue contradictoires dans l'ignorance de Dieu. Plus besoin de lui, d'y penser, d'y faire référence. Cette mentalité hédoniste et consumériste prédominante favorise chez les pasteurs comme chez les fidèles une dérive superficialiste et un égocentrisme nuisible pour la vie ecclésiale ». Rappelant également le risque d'une atrophie spirituelle et cordiale, contre laquelle il faut réagir en proposant « les grandes valeurs de la vie qui lui donnent un sens et peuvent répondre aux inquiétudes de l'homme et à sa recherche du bonheur. Ces valeurs sont la dignité de la personne, sa liberté et l'égalité de tous, le sens de la vie et de la mort et l'espérance de ce qui suit l'existence terrestre ». Benoît XVI a alors dit que la formule "Etsi Deus non daretur" (comme si Dieu n'existait pas) « est devenu comme un slogan de vie qui assied une certaine arrogance de la raison, qui est pourtant l'œuvre aimée de Dieu. Cette forme de raison, qui se considère suffisante à elle-même, se ferme à la contemplation et à la recherche d'une Vérité qui pourtant la dépasse ». Puis le Saint-Père a rappelé l'importance de ce Conseil, qui est engagé dans un dialogue constructif entre science et foi, dans le respect des diverses méthodes d'approche de l'humanité et du service de l'homme, dans la mesure où elles favorisent le développement intégral de tous. J'encourage, a-t-il dit, « les pasteurs du peuple de Dieu dans cette mission de dialogue et de rencontre des cultures, de diffusion de l'Evangile et du témoignage chrétien. Qu'ils soient vigilants face à cette sécularisation qui limite la personne et l'entrave dans son cheminement vers la Vérité ».

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19/10/2014

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